SECONDE VUE

( SECOND SIGHT)

Tournage : Octobre 1963

Diffusion : ITV, 16 Novembre 1963 – 13ème Rue, 23 Avril 1998

Scénario : Martin Woodhouse

Réalisation : Peter Hammond

John Carson (Marten Halvarssen), Judy Bruce (Eve Hawn), Peter Bowles (Neil Anstice), Ronald Adam (Dr. Spender), Steven Scott (Dr. Vilner), Terry Brewer (Steiner).

Résumé

Halvarssen, un milliardaire scandinave aveugle résidant à Londres, doit recevoir les cornées d'une amie mourante pour lui permettre de retrouver la vue. L'opération va se dérouler en Suisse, les greffons étant convoyés en Angleterre dans un caisson hermétique et opaque. Steed soupçonne rapidement que ce récipient pourrait bien contenir tout autre chose. Il envoie en Suisse Cathy Gale et le Dr. Spender, ophtalmologiste réputé, afin de suivre le déroulement des prélèvements. Spender, trop curieux, est assassiné et l'opération se déroule sans témoins. Les Avengers, désormais certains de l'existence d'un complot, pénètrent dans l'appartement londonien de Halvarssen. Ils découvrent que celui-ci et son entourage tramaient en fait l'entrée en fraude de diamants mondialement célèbres. Halvarssen, non informé de l'assassinat de Spender, se voit de plus trahi par les siens. Les Avengers et lui s'allient et parviennent à vaincre leurs adversaires dans un combat mené en pleine obscurité.


CRITIQUES


 

Estuaire44 16 mai 2008

Seconde vue pourrait laisser... à première vue une impression mitigée. En effet le spectateur reste quelque peu dubitatif devant la complexité de l'intrigue et le raffinement usité par les comploteurs dans ce qui demeure finalement un simple passage en fraude de diamants. Il semble étrange de développer un stratagème comportant la présence obligatoire d'un agent de l'Etat! Woodhouse ne se préoccupe guère de justifier une telle disproportion, se contentant d'esquisser de vagues considérations sur la psychologie de Halvarssen. Néanmoins cette histoire, pour invraissemblable qu’elle demeure, nous régale d’un vibrant suspens jusqu’à son terme.

De plus ces réserves se trouvent rapidement oubliées devant l'incroyable maestria manifestée, une fois de plus, par le grand Peter Hammond, tout au long de son dernier épisode réalisé pour la série. Avec une infaillibilité tenant du prodige, il trouve à chaque fois l'angle de vue parfait pour susciter une ambiance déstabilisante pour le spectateur. Les gros plans finement désaxés sur les visages, le jeu entre les différents plans d'une même image, une caméra admirablement mobile pour suivre les déplacements et repérages de la main de Halvarssen confèrent à Seconde Vue une délectable aura d'étrangeté, bien au-delà de la simple intrigue policière qu'il développe. Un épisode à montrer dans les écoles de cinéma, d'autant que la vive imagination de Hammond multiplie les audaces et les excellentes idées de mise en scène, comme la vision du gang se confrontant à Cathy, réfléchie dans une table miroir, ou la chute mortelle du Pr Spender reflétée dans les lunettes noires de son agresseur. Il parvient à transformer les contraintes du tournage en studio en tremplin pour sa créativité, orchestrant à merveille tous les moyens à sa disposition. Un remarquable exercice de style, particulièrement enthousiasmant.

Ce récital bénéficie également d’un autre chant du cygne, celui du dessinateur de décor Terry Green. Déjà auteur de plusieurs superbes compositions, il réalise son chef d'oeuvre lors de sa dernière participation à la série : l'appartement de Halvarssen. Celui-ci constitue en effet un exceptionnel décor, aussi bien pour ses qualités esthétiques que pour son étrangeté. Ses reliefs distordus nous font toucher du doigt l'univers mystérieux de la cécité. Ce n'est pas un hasard si Steed trébuche lors de son départ, s'identifiant ainsi à un spectateur troublé par cette expérience. Hammond en est si parfaitement conscient qu'il n'hésite pas à consacrer une longue scène silencieuse à la découverte de ce décor, lors de l'intrusion de Steed. Une jolie audace, une nouvelle fois payante. Décor et mise en scène concourent ainsi avec une rare éloquence à nous faire percevoir le véritable sujet de l’épisode : la terrible expérience de la cécité. L’auto-portrait, remarquable et aperçu à de nombreuses reprises, en résonne comme un lancinant rappel.

L'intérêt de Seconde Vue se trouve également rehaussé par une magnifique galerie de portraits.

Les amateurs des Avengers n'en seront guère surpris : Peter Bowles réalise une fois de plus une étonnante prestation. Anstice ne se contente pas en effet d'être un criminel classique : sa cruauté hilare et son orgueil délirant confine presque au dérèglement mental. Le comédien souligne habilement cette dimension, entre suavité et brusques accès de violence, annonçant clairement les futurs Harvey et Thyssen. Rarement le plaisir offert par la période Cathy Gale de découvrir les performances antérieures des grandes figures de la série n'aura été autant ressenti! Eve Hawn apparaît cependant nettement plus en retrait et dominée par son partenaire, d'autant que le jeu de la très belle judy Bruce semble assez limité. On regrette que sa confrontation avec Cathy ne produise pas plus d'étincelles.

Spender campe un médecin à l'ancienne, d'un machisme si pittoresque que même Cathy Gale finit par en sourire. L'épisode lui doit plusieurs passages particulièrement amusants, mais aussi une scène réellement intense, lors de son agression filmée en caméra subjective. Un procédé efficace, parfaitement réalisé par l'habile Hammond et que l'on retrouvera dans des opus aussi brillants que Le vengeur volant ou encore Le tigre caché.

Seconde vue représente également une nouvelle occasion de s'émerveiller devant le don de transformiste de John Carson, Halvarssen demeurant totalement méconnaissable du bouillonnant Ariston de Le clan des grenouilles ou du sinistre Fitch de Meurtre par téléphone. Outre ce talent, Carson confère également une intensité particulière à son personnage , s'imposant comme le centre de gravité de l'épisode. Les conversations avec Steed ou son soliloque triomphant constituent des scènes particulièrement fortes. Il y a quelque chose de très émouvant dans ce personnage volontaire, foudroyé par la cécité, dont toute la vie se résume à une lutte empreinte de fierté contre le handicap et qui doit finalement avouer sa faiblesse devant la menace du gang. Ce destin brisé émeut jusqu'à l'habituellement cynique Steed, qui personnifie encore une fois le spectateur dans sa sympathie envers Halvarssen.

Un duo d'Avengers particulièrement enthousiasmant parachève l'étonnante réussite de l'épisode. Leurs scènes communes paraissent toujours aussi toniques et distrayantes, d'autant que Steed cède encore une fois avec délectation à se manie de manipulation amicale de sa partenaire. La manoeuvre finit d'ailleurs par divertir la propre Cathy Gale, dont on perçoit bien que la contrariété n'est que de façade. Mais à leur brio coutumier, cet épisode finalement particulièrement sensible, apporte une dimension supplémentaire de grande humanité. Certes coutumière chez Cathy, il demeure tout de même significatif de voir celle-ci manifester une sympathie amusée face aux emportements misogynes d'un spender resté encalminé dans une époque révolue, alors qu'on la connaît autrement intransigeante sur ce point. Mais c'est surtout Steed qui surprend, lors de ses scènes superbement écrites avec Halvarssen, car il montre une rare empathie avec un potentiel adversaire et s'acharne jusqu'au bout à lui laisser sa chance. Patrick Macnee et Honor Blackman, magnifiques, concourent de tout leur talent au succès de cet épisode particulièrement dense et ambitieux.

EN BREF : Cette conjonction de superbes talents aboutit à une évocation particulièrement éloquente de la cécité, de ses mystères comme de ses misères. L’intrigue n’en constitue que le prétexte mais offre néanmoins un suspens de grande qualité. Peter Hammond s’impose définitivement comme le meilleur réalisateur des années Cathy Gale !


VIDÉO


Un rire bien cruel…


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité

o Peter Bowles essaie d’ouvrir la porte de la salle de préparation, mais visiblement oublie qu’elle est fermée. Surpris, il se précipite alors pour tourner la clé (28’15’’) :

o A l’issue du combat final Steed demande que l’on rallume la lumière (49’58’’), mais au contraire elle s’éteint alors totalement ! Erreur de manipulation ou ultime évocation de la cécité ?

 


Détails

o On retrouve le portrait de l’ancêtre de Steed, R.K.J. de V. Steed (18’42’’), disposé de la même manière que dans Le Cocon.

o Les deux livres présentés par Steed à Cathy pour l’aider à rendre crédible sa couverture s’intitulent : Handbook of ophtalmic surgery et Visual optics.

o Cathy se plaint de toujours devoir déplacer ses congés au bon gré de Steed. Dans Le quadrille des homards, son ultime épisode, elle finira par effectivement partir pour des vacances à durée indéterminée…

o Steed craint une réaction du Royal College of Surgeons en cas d’intervention injustifiée (11’33’’). Cette institution dont les origines remontent au XIVième siècle fut formalisée en 1800 par charte royale. Elle remplit un rôle d’assistance et de surveillance des actes des chirurgiens et dentistes, dont elle supervise la formation. Son siège se situe en bordure du Lincoln’s Inn Fields, le plus grand jardin public de Londres et contient une superbe bibliothèque ainsi qu’un musée fort réputé consacrés à la chirurgie.

o La surcompensation, évoquée par Halvarssen (15’13’’) est un phénomène psychologique étudié par le psychanalyste autrichien Alfred Adler (1870-1937), selon lequel un individu cherche à contourner un sentiment d’infériorité par une autoglorification affirmée. Le soliloque du même Halvarssen (45’06’’) en constitue d’ailleurs un exemple des plus explicites !

o Steed et Cathy viennent d’assister à une course de stock-car (2’30’’). Steed décrit ce sport comme pratiqué par des particuliers. En effet il s’agit de courses automobiles, plus souvent pratiquées en circuit fermé qu’en rallye, où l’on utilise théoriquement des voitures de série. Cependant, le plus souvent, on ne conserve que la carrosserie originelle, tout le reste de la voiture étant optimisé pour la compétition. Peu répandu en France, cette discipline connaît une grande popularité en Grande-Bretagne mais aussi aux Etats-Unis et au Canada. La principale organisation de stock-car, le NASCAR, fut fondée aux Etats-Unis en 1948. Cette discipline se répand en Grande-Bretagne à partir de 1954, avec une particularité : les courses mettent alors principalement en œuvre des voitures des années 30 spécialement renforcées. On comprend ce qui y attire John Steed ! Les années 60 verront l’arrivée progressive des véhicules modernes.

o Greffe de la cornée : Cette très fine couche de cellules, épaisse de 500 à 600 micromètres, recouvre le centre de la surface de l’œil et joue un rôle primordial dans la diffraction de la lumière permettant la vue. Comme énoncé par Cathy Gale, ce type de greffe est de pratique ancienne et courante. La première réussie sur l’homme remonte à 1905, par l’ophtalmologiste viennois Zirm. Cette tradition d’excellence autrichienne perdure et se retrouve dans l’épisode à travers le Dr. Vilner. Les techniques s’améliorent progressivement et les années 60 marquent un progrès décisif par l’introduction des corticoïdes. En France 2700 cornées sont greffées chaque année, ce qui permet effectivement de guérir, ou d’améliorer grandement la situation des personnes atteintes de pathologies de cet organe, même s’il existe d’autres sources de cécité. La cornée reste un des organes les plus facilement transplantables, avec un faible taux de rejet. Le nombre de donneurs s’avère par contre insuffisant et 8000 patients demeurent en attente. Des solutions alternatives sont actuellement développées, comme l’utilisation de membranes de placenta, de cellules souches ou de cornées synthétiques.

Acteurs - Actrices

o Peter Bowles (1936) a tourné dans trois autres épisodes de la série : Meurtre par téléphone (saison quatre), Remontons le temps (saison 5) et Les évadés du monastère (saison 6). Il a tourné dans de nombreuses séries ITC des années 60 même si "elles rapportaient plus d'amusement que d'argent" : Le Saint, Destination danger, Département S, Amicalement vôtre, Cosmos 1999. Il est l'infâme A dans l'épisode A, B et C du Prisonnier. Très peu de films à son actif mais des sitcoms au début des années 80. Il s'est tourné vers le théâtre ces dernières années. Il participe régulièrement à des interviews et reportages sur la série.

o John Carson (1927) a également participé aux épisodes suivants : Le clan des grenouilles (saison 2), Meurtre par téléphone (saison 4) et Le baiser de Midas (saison 7, The New Avengers). Il a participé à une multitude de séries (Le Saint, Le Baron, Poirot…) mais c’est au cinéma qu’il a connu ses plus grands succès, jouant dans de nombreux films d’horreur, notamment dans les productions de la Hammer : The plague of the Zombies (1966), Taste the blood of Dracula (1969), Captain Kronos-Vampire Hunter (1974). Sa voix particulière l’a souvent fait comparer à Christopher Lee, une autre étoile de la Hammer.

o Judy Bruce : Sa participation à l’épisode représente le dernier rôle répertorié de sa très courte carrière (1958-1963).

o Ronald Adam (1895-1979) connut une remarquable carrière dans l’Armée de l’air : il eu le privilège d’être une des victimes du légendaire baron rouge durant la Grande Guerre, avant de devenir un important dirigeant de Service du Radar durant la Bataille d’Angleterre. Les historiens lui reconnaissent un rôle crucial dans le succès de la RAF. Membre d’une famille de comédiens, il connut une carrière fertile s’étendant sur quarante ans (1938-1978), au théâtre comme à l’écran : Public Eye, Gideon’s Way, Columbo… Pour son dernier rôle il interpréta le juge anglais de L’amour en en question d’André Cayatte.

A noter que…

o La présence de Starke se fait toujours sentir, on retrouve ainsi la coiffure conique très haute couture de Cathy Gale, tandis qu’apparaissent un nouvelle tenue de cuir particulièrement stylée Notre héroïne également arbore un pantalon de cuir fort suggestif,lui aussi mis en valeur par la caméra de Hammond qui s’y attarde quelque peu (4’03’’)… La mode devient décidemment une composante majeure de la série.

. Comme dans Mort d’un ordonnance, nous observons Steed utiliser son parapluie selon le mode usuel (2’13’’), de nouveau en le refermant en rentrant dans une pièce après avoir affronté la pluie. L’instant est encore une fois fugace ! Steed préfèrera toujours utiliser son fameux parapluie de mille et une autres manières !

o Avec le voyage de Cathy Gale, l’épisode renoue avec la grande tradition des périples en décors de la saison 2, la Suisse succédant à l’Amérique du Sud, l’Atlantique, la Grèce ou bien encore la Côte d’Azur.

o Peter Hammond (1923-2011) est une figure importante de la série car il a réalisé pas moins de 19 épisodes, durant les saisons 1 (neuf épisodes, dont Passage à tabac), 2 (Warlock, Le point de mire, Mort d’un grand Danois, Les œufs d’or, La loi du silence) et 3 (Plaidoirie pour un meurtre, La toison d’or, Ne vous retournez pas, Le piège à rats idéal, Seconde vue). Il a participé à de nombreuses autres séries (Rumpole of The Bailey, Shades of greene…). Plus récemment il a tourné neuf épisodes du Sherlock Holmes de Jeremy Brett.

o Martin Woodhouse a écrit le scénario de sept épisodes : Monsieur Nounours, Le grand penseur, les œufs d’or, Un cœur de grenouilles (saison 2), Seconde vue, Lavage de cerveau (saison 3) et L’économe et le sens de l’histoire (saison 4). Il est également connu pour sa participation à la série Supercars, dont il a écrit 22 épisodes (1961).

o Terry Green, concepteur de décors, interviendra dans sept épisodes de la saison 2 (Mission à Montréal, La trahison, Warlock, le décapode, Mr Teddy Bear , Un traître à Zébra, La naine blanche) et deux de la saison 3 (Ne vous retournez pas, Seconde vue). Ses créations seront toujours de bonne facture, voire excellente. Elles apporteront un attrait supplémentaire à ces épisodes, particulièrement crucial pour la série au moment où celle-ci est tournée quasi exclusivement en décors intérieurs, aux studios de Teddington.

Fiche de Seconde Vue des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-8.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/313.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-08-SecondSight.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale35.htm

 

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