LES PETITS MIRACLES

( THE LITTLE WONDERS )

Tournage : janvier 1964

Diffusion : ITV, 11 janvier 1964 – 13ème Rue, 21 mai 1998

Scénario : Eric Paice

Réalisation : Laurence Bourne

Kenneth J. Warren (Fingers), David Bauer (Bishop), Lois Maxwell (Sister Johnson), Tony Steedman (Beardmore), Harry Landis (Harry), John Cowley (Big Sid), Rosemarie Dunham (Gerda), Frank Maher (Hasek), Alex MacDonald (Porter), Mark heath (Coalman), Christopher Robbie (Thug), Rick Jones (Thug).

Résumé

Bibliotek, une vaste organisation criminelle disséminée sur tout le Commonwealth britannique, présente la singulière particularité de mimer l'Église dans son organisation. L'Évêque, son chef suprême, réunit tous les chefs de « diocèses » à Londres, pour organiser sa succession, car il est mourant. Un de ces barons est intercepté par la police et Steed infiltre la réunion en se prétendant son successeur. Il découvre que Bibliotek est minée par des dissensions internes exacerbées par la succession en cours et que des agents d'une puissance étrangère tentent d'y prendre le pouvoir via la propre secrétaire de l'Évêque. Au terme d'un brutal affrontement, Steed et Mrs Gale parviennent à démanteler toute l'organisation.


CRITIQUES


Estuaire44 7 août 2008

Les petits miracles apparaît de prime abord comme un remake enlevé et original de Inter-crime (saison 2). On y retrouve en effet de nombreux éléments : l’organisation criminelle internationale, la substitution d’un de ses membres, arrêté à l’aéroport, par un Avenger en vue d’infiltration, les dissensions internes et jusqu’à la présence de Kenneth J. Warren ! La comparaison entre ces deux épisodes permet d’établir à quel point la fantaisie a pris de l’importance dans l’écriture de la série.

Là où Inter-crime proposait une histoire efficace mais finalement d’un traitement très classique, la fulgurante idée d’Eric Paice d’adopter les attitudes et le cérémonial de l’Église confère à l’ensemble un cachet agréablement étrange, et autorise de jolis numéros d’acteurs. L’autre très bonne idée de cet épisode consiste à encore accroître l’originalité du récit en intégrant l’action au sein d’une école primaire. Le choix de cet environnement permet en outre de distiller un savoureux contraste entre l’innocence de la petite enfance et les criminels rassemblés, accentué par les véritables jeux de gamins auxquels se livrent dans un premier temps les convives. Le spectateur s’en trouve ainsi agréablement déstabilisé ! De plus, on ne peut qu’applaudir l’audace de la démarche d’associer en 1964, même indirectement, crime organisé et Église.

Malheureusement l’auteur éprouve visiblement du mal à aller au-delà de sa belle intuition pour développer réellement son histoire. Les laborieux allers-retours autour de la poupée s’avèrent singulièrement artificiels et répétitifs, ne servant visiblement qu’à trouver une occupation à Cathy Gale. Le volet espionnage paraît insuffisamment construit et vient parasiter l’ensemble alors qu’il aurait été plus judicieux de développer les luttes de clans internes au Syndicat. Mais la principale faiblesse de l’histoire réside dans un final absurdement précipité, où tous les fils tissés au cours de l’épisode n’aboutissent qu’à un concours de tir passablement ridicule. On devine qu’ici encore il s’agit d’une reprise d’Inter-crime et de son final impeccablement chorégraphié, mais le passage semble ici beaucoup plus vain et inopérant.

Ce manque d’acuité de la mise en scène s’observe tout au long de l’épisode. Sans ressortir réellement désagréable, la caméra de Laurence Bourne se contente d’aligner assez platement et sans guère d’imagination les différentes scènes. La seule réelle exception demeure Sœur Johnson mitraillant l’assistance depuis le tableau de classe. La surprise fonctionne à plein ! Si la réalisation déçoit quelque peu, on apprécie la bonne facture des décors, avec une classe plus vraie que nature et un joli atelier de réparation de poupées.

L’excellente idée initiale bénéficie par contre d’acteurs inspirés, apparaissant ici en très grande forme.

Tous les barons de Bibliotek se voient ainsi campés avec truculence par des comédiens s’amusant visiblement beaucoup. Parfois on ne se sent guère éloigné des Tontons flingueurs ! Ces "Pieds Nickelés" en soutane donnent beaucoup d’humour et d’énergie à leurs scènes. Le meilleur d’entre eux demeure le toujours incroyable Kenneth J. Warren, réellement grandiose en gangster tellement archétypal qu’on le croirait issu d’un film de Z.Z. Von Schnerk !

Sur un registre très différent, induisant ainsi un habile contraste, David Bauer crée avec conviction un Évêque cultivé, visiblement capable d’une toute autre hauteur de vue que ses confrères. Son attachement aux traditions et son dévouement à l’organisation se révèlent finalement assez dignes. Cette personnalité de la vieille… école du Milieu demeure également intéressante pour la vision qu’elle donne d’un individu finissant par croire lui aussi au mensonge sur lequel il a bâti sa vie. On a souvent l’impression qu’il se projette réellement en dignitaire religieux !

Mais la grande figure de l’épisode, et l’une de ses attractions principales, demeure bien entendu Loïs Maxwell. Elle étincelle réellement dans cette vision inversée de son rôle fétiche, passant de la secrétaire de M à celle du chef d’une organisation criminelle internationale qui n’est pas sans rappeler le SPECTRE. L’actrice exprime à merveille la dureté et la finesse d’esprit de son personnage, clairement d’un tout autre métal que les malfrats qui l’environnent. L’actrice montre un charisme et une profondeur de jeu ne pouvant que nous faire regretter de ne pas avoir pu l’admirer dans davantage de rôles différents.

Malgré la prestance et l’entrain d’Honor Blackman, Cathy Gale demeure relativement en retrait dans cette histoire où elle n’a finalement pas grand-chose à accomplir. Mais l’épisode fait de vice, vertu, car Steed profite de cet espace supplémentaire qui lui est accordé pour réaliser une grande prestation. Patrick Macnee semble visiblement ravi d’endosser la tenue de prêtre dans le théâtre que constitue finalement une salle de classe. Il donne beaucoup d’allant et de pétillement à « Johnny l’Étalon » ! La série n’hésite pas ici à abandonner encore un peu plus le réalisme, tant Steed n’accomplit aucun des efforts d’immersion que nécessite ce type d’infiltration. Le contraste éclate à chaque instant entre sa classe naturelle et les rustres bandits, sans que nul ne semble s’en étonner ! Mais qu’importe, nous sommes au spectacle durant tout l’épisode, et c’est bien là l’essentiel.

EN BREF : Il n’y a pas de miracle : les excellentes idées de scénario se voient partiellement gâchées par une progression dramatique inaboutie et une réalisation passe-partout. Demeurent d’excellents comédiens qui font de cet épisode un petit régal !


VIDÉO


Le baiser de Steed et Mrs Gale !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité

o Légère erreur de traduction dans le sous-titrage : le nom de Bromoacétone, utilisé par Cathy, est repris tel quel, alors qu’il s’agit du terme anglais. La version française en est Bromacétone. (32’36’’) :


Détails

o Steed découvre un Luger démonté dans les bagages de Harbuttle. Le Luger Parabellum, développé en 1898 en Allemagne, fut le premier pistolet semi automatique à être diffusé. Il apparaît souvent au cinéma pour avoir équipé les officiers allemands durant les deux guerres mondiales. Les forces alliées y eurent aussi recours de 1945 à 1955. Célèbre pour sa précision et son confort d'utilisation, le Luger devint une pièce de collection réputée à partir des années 60. Le terme Parabellum (qui recouvre aussi les cartouches) provient de la citation latine Si vis Pacem, para Bellum [Si tu veux la paix, prépare la guerre].

o Harbuttle arrive de Rhodésie. Cette province de l'Afrique du Sud fut explorée en 1890 par Frederick Selous. Elle fut nommée en l'honneur de Cecil Rhodes, grande figure de l'Empire britannique en Afrique. Au cours de la Décolonisation, la Rhodésie du Nord devint la Zambie en 1964 et la Rhodésie du Sud le Zimbabwe en 1980.

o L'érudite Cathy Gale reconnaît immédiatement la dangerosité du Bromacétone. En effet ce redoutable gaz lacrymogène se révèle puissamment toxique. Il fut utilisé comme gaz de combat par l'armée allemande en 1915 (obus et mortiers), puis par les Alliés. L'armée française l'employa sous le nom de Martonite.

o Cathy Gale, qui a jadis collectionné les poupées, reconnaît dans celle détenue par Harbuttle un modèle de Simon et Halbig. Cette firme allemande a réellement existé, produisant de 1869 à 1920 des poupées de porcelaine innovantes et de très haute qualité. Leurs différents modèles demeurent aujourd'hui encore très disputés parmi collectionneurs et passionnés. Une seule de ces poupées peut atteindre 10 000 Dollars sur Internet !

o À La porte du bureau où Steed rencontre Cathy, on aperçoit un panneau indiquant H. M. CUSTOMS, ce qui signifie Her Majesty's Customs, soit Les Douanes de sa Majesté.

o La boutique de réparation de poupées s'intitule Hôpital pour poupées (Dolls Hospital) , comme on peut le lire à l'envers sur sa vitrine.

o L'institution où se déroulent les événements se nomme École primaire St-Timothée, fondée en 1957. Vraisemblablement une école pour filles, son enseignement (indiqué sur le tableau installé dans le couloir) vient rappeler la condition féminine du temps : Français, cuisine, tissage de panier, classe de catéchisme (French, Cookery, Basket work, Bible class).

o On remarque dans le Bureau des Douanes une étonnante affiche où l'on distingue « Français, engagez-vous ! » On s’aperçoit en examinant les lignes du bas qu’il s’agit d’un appel à s’engager dans la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme, c’est-à-dire les SS français combattant sur le front de l’Est durant la Guerre ! On distingue également Maréchal, écrit en gras…

o Évoquant la trahison de Sœur Johnson, l'Évêque la surnomme "Messaline". Messaline fut l'épouse de l'Empereur romain Claude, fameuse pour sa vie scandaleuse. Elle ourdit l'assassinat de son mari, mais, découverte, fut abattue par un soldat.

o Johnny Stompanato : Durant son infiltration, Steed se surnomme Johnny l'Étalon, à l'agacement manifeste de Cathy. Ce surnom était en fait attribué à Johnny Stompanato (1925-1958), qui fut l'un des principaux lieutenants de Mickey Cohen, le célèbre roi de la pègre du Los Angeles d'après guerre. Fameux pour sa tapageuse élégance vestimentaire ainsi que ses bonnes fortunes (et ses performances) auprès des Dames, il eut ses entrées dans les hautes sphères d'Hollywood. Stompanato eut d'ailleurs une longue liaison avec Lana Turner, durant laquelle il se montra violent et maladivement jaloux. Il menaça ainsi de son révolver le jeune Sean Connery, qu'il trouvait trop entreprenant sur un tournage. L'acteur le désarma et lui administra une solide correction ! Stomponato finit d'ailleurs assassiné par la propre fille de Lana Turner au cours d'une dispute particulièrement orageuse, ce qui produisit un immense scandale. Ces gangsters de Los Angeles inspirent visiblement les auteurs des Avengers, car leurs noms sont repris pour les personnages de Tueurs à gage (saison 2).

o Commonwealth : Bibliotek est installée dans les divers pays du Commonwealth britannique. Le Commonwealth of Nations, créée en 1884 et développé à partir de 1926, regroupe les différents pays ayant appartenu à l'Empire britannique. Présidé par le souverain britannique, cet ensemble regroupe désormais 54 participants, présents sur les cinq continents, en tant que nations libres et égales. La présidence de la Reine Elisabeth demeure largement symbolique. Les États membres se réunissent tous les deux ans, et décident en commun de mesures techniques de coopération dans les domaines politiques, économiques et sociaux. L'association comporte comme but premier la promotion des valeurs de démocratie, de primauté du droit et de solidarité entre les pays membres. L'Afrique du Sud en a été suspendue durant la période d'Apartheid, de 1961 à 1994. Seul le Zimbabwe s'en est retiré, en 2003.

Acteurs – Actrices

o Kenneth J. Warren (1929-1973) a joué dans trois autres épisodes de la série : Le trapéziste (saison1), Inter-crime (saison 2) et Caméra meurtre (saison 5). D’origine australienne, il mène une double carrière, sur les planches et devant la caméra. Il s’y spécialise dans les rôles de criminels à la forte présence. Venu tenter sa chance à Londres à la fin des années 50, il connaît très vite le succès au cinéma (A high wind in Jamaica, 1965) et participe aux séries les plus prestigieuses (Z Cars, Destination Danger, Amicalement Vôtre…).

o Frank Maher est également présent dans les épisodes Balles costumées, Le cinq novembre (saison 3) et Meurtres à épisodes (saison 5). Il est la doublure de Patrick MacGoohan dans Le Prisonnier. Il a joué aussi dans Destination Danger, L'Homme à la Valise, Le Saint, Amicalement Vôtre, Cosmos 1999.

o David Bauer (1917-1973) est un acteur américain né à Chicago. Il a également joué dans Maille à partir avec les taties (saison 4). Il s’installa en Grande-Bretagne pour fuir le MacCarthysme. Au cinéma, des petits rôles dans L'Espion qui venait du froid, On ne vit que deux fois, Patton, Les Diamants sont éternels et à la télévision dans Le Saint (cinq épisodes), Le Prisonnier, Les Champions, Département S, Poigne de Fer et Séduction.

o Harry Landis (1929) connut une belle carrière au théâtre et à la télévision (Le Saint, L’Homme à la Valise, Dixon of Dock Green, Z Cars, Eastenders…). Au cinéma il fut notamment le partenaire de Michael Caine (Commando en Corée, 1956). Landis gagna une grande popularité pour ses personnages de juifs cockneys. Il préside actuellement Unity, le puissant syndicat des comédiens britanniques.

o Loïs Maxwell (1927-2007) naquit au canada et, en mentant sur son âge, participa au théâtre aux armées durant la Guerre, en Europe. Découverte, elle s’installa en Grande-Bretagne pour éviter la cour martiale et intégra en 1944 la Royal Academy of Dramatic Arts comme plus tard une autre canadienne, Linda Thorson. Elle s’y lia d’amitié avec Roger Moore. Après quelques rôles aux États-Unis, elle se consacre à la télévision britannique (Gideon’s Way, UFO, Le Saint, Amicalement Vôtre, de nouveau avec Roger Moore) mais accède à la célébrité avec le rôle de Moneypenny, l’irrésistible secrétaire de M, le supérieur de James Bond. Elle incarna le personnage durant les 14 premiers films de la série, de 1962 (Dr No) à 1985 (Dangereusement vôtre, avec Patrick Macnee). En 1973 elle retourna au Canada où elle connut le succès dans le commerce du textile. Elle décède d’un cancer du colon.

À noter que…

o Cet épisode est également connu en Français sous le titre de L’habit ne fait pas le moine.

o Comme souvent dans la série, un élément d’un décor précédent est réutilisé : le cheval à bascule présent dans la salle de classe (10’42’’) figurait déjà dans la sinistre maison de Ne vous retournez pas, cette même saison (21’55’’).

o Sœur Johnson demeure l'une des très rares femmes de la série touchées par un coup de feu, alors que Hilda Stern (Inter-crime, saison 2) ne le fut qu'indirectement. Brian Clemens bannira les assassinats de femmes ultérieurement, mais nombreuses demeurent cependant les victimes féminines durant les années Cathy Gale (Mort en vol, Mission à Montréal, Combustible 23, Le décapode, Festin de pierres, Mort d'un grand danois, Concerto, Le cocon...)

o Le thème d'une école utilisée par une organisation criminelle fut repris dans Voyage sans retour et Les aigles (saison 4).

o L'unique baiser échangé entre Steed et Cathy Gale se justifie par les besoins de l'enquête. De même le seul baiser entre Steed et Mrs Peel n'en sera pas un vrai car leur corps respectif sont alors occupés par Basile et Lola (Qui suis-je ?, saison 5). Leur baiser d'adieu sera lui des plus chastes !

o L'idée d'un saisissant décalage entre mitraillette pétaradante et son porteur, comme ici avec Sœur Johnston, fut employée à plusieurs reprises dans la série : déjà une fausse religieuse dans Mort en vol (saison 2), un pseudo jeune marié dans Une petite gare désaffectée (saison 5), la raffinée et très féminine Emma Peel dans Le mort vivant (saison 5), un très improbable pseudo Humphrey Bogart (Caméra meurtre, saison 5) et une prétendue vieille dame dans un fauteuil roulant, dans Rien ne va plus dans la nursery (saison 5). Le film de 1998 rendit hommage à ce fil rouge de la série, avec la digne Alice abattant un ennemi alors que Steed et le Docteur Peel se jettent à terre ! Ce sera souvent la même mitraillette à chargeur circulaire, typique des films de gangsters, qui sera utilisée.

o Eric Paice (1926-1989) sera l’auteur de sept épisodes. : Dead of winter (saison 1), Mort en vol, Le décapode, Le point de mire, Le festin de pierres (saison 2), Le cinq novembre, Les petits miracles et Esprit de corps (saison 3). Il fera parfois preuve d’une belle astuce, notamment dans Mort en vol, Le point de mire et Les petits miracles.

o Laurence Bourne a réalisé trois épisodes des Avengers : L’éléphant blanc, Les petits miracles et Le cheval de Troie, tous durant la saison 3. Il a également apporté sa contribution à plusieurs séries des années 60 (Public Eye, The Troubleshooters, Dr Finlay’s Casebook…).

Fiche des Petits miracles des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-16.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/320.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-16-LittleWonders.htm

En espagnol
http://losvengadores.theavengers.tv/cathy_littlewonders.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale43.htm

 

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