LAVAGE DE CERVEAU

( THE WRINGER )

Tournage : décembre 1963

Diffusion : ITV, 18 janvier 1964 – 13ème Rue, 21 mai 1998

Scénario : Martin Woodhouse

Réalisation : Don Leaver

Peter Sallis (Hal Anderson), (Charles), Barry Letts (Olivier), Gerald Sim (Lovell), Terence Lodge (The Wringer), Neil Robinson (Bethune), Donald Cummings (Murdo).

Résumé

Après l'assassinat de six agents membres d'un groupe à l'importance stratégique basé en Autriche, Charles envoie Steed à la recherche de l'ultime survivant. Celui-ci, qui ne donnait plus signe de vie, s'était réfugié en Écosse suite à une brusque perte de mémoire. De retour au Ministère, il accuse formellement Steed d'être l'instigateur des meurtres. Charles transfère alors Steed dans une unité d'interrogatoires dirigée par le mystérieux Wringer. Celui-ci utilise des méthodes de lavage de cerveau très avancées, visant à briser la résistance d'un individu. Seule persuadée de l'innocence de Steed, Cathy Gale parvient à se rendre dans l'unité et à faire reprendre ses esprits à un Steed poussé aux limites de la folie. Les deux Avengers s'évadent puis dévoilent au grand jour la conspiration dirigée par le Wringer, agent double cherchant à détruire le Ministère de l'intérieur.


CRITIQUES


Estuaire44 6 août 2008

The Wringer apparaît comme un épisode tout à fait décalé dans cette troisième saison, car ressemblant fort à un hommage particulièrement abouti à Patrick McGoohan ! La chronologie fait qu'il s'agit bien entendu d'un rapprochement involontaire, mais néanmoins très ludique.

Tout l'acte 1 évoque ainsi trait pour trait un épisode réussi de Destination Danger, soit un récit d'espionnage nerveux et fort bien construit, développant un authentique mystère. Nous nous situons ici bien loin des fades pensums figurant parfois au palmarès de la saison 2, tant Martin Woodhouse montre d'intelligence et de sens de l'écriture.

La brillante audace de cet auteur n'hésitant pas à bousculer avec profit les codes de la série, s'accroît encore dans la suite de l'épisode. En effet c'est désormais au Prisonnier que nous avons affaire, tant la confrontation entre Steed et le Wringler évoque le duel entre le N°6 et l'ultime N°2, incarné par Leo McKern dans Il était une fois. De plus cette mystérieuse unité destinée à faire craquer les agents douteux a beau se situer en Écosse et non au pays de Galles, elle n'en rappelle pas moins clairement le Village.

Le vif intérêt de ce passage ne se limite pas à cet aspect : les scènes du lavage de cerveau de Steed comptent parmi les moments les plus dérangeants de la série. Le tout semble tout de même moins fort que son équivalent dans Le cocon, où la terrible torture électrique était actionnée par les « bons », tandis que le Wringler demeure un traître doublé d'un dément. On en reste ici à un classique récit d'espionnage, quoique brillant et imaginatif.

Woodhouse montre cependant un clairvoyant courage quand, hormis une brève fusillade, il fait quasiment disparaître les scènes de combat, soit l'un des identifiants majeurs de la série. Avec une grande acuité il centre le récit sur l'affrontement psychologique entre Steed et le Wringler, en éliminant toute digression perturbatrice. Cette lucidité se voit récompensée par une tonalité oppressante parfaitement aboutie, aux confins du Fantastique. On regrettera néanmoins le recours à quelques clichés, comme le léger coup sur la tête redonnant instantanément tous ses esprits à Steed, ainsi que la légendaire gaine d'aération, déjà en vigueur durant les années 60.

Don Leaver, sans atteindre des sommets d'inventivité, tente de se mettre à niveau de l'audacieuse imagination de Woodhouse en nous offrant l'une de ses meilleures réalisations. La caméra ressort vive et alerte, cherchant à mettre efficacement en valeur les tourments de Steed et la personnalité pour le moins particulière du Wringler. L'ensemble demeure néanmoins d'un grand classicisme, et dépourvu du surcroît du panache et de l'innovation qu'aurait apportés un Peter Hammond, avec qui l'épisode aurait réellement pris toute sa dimension.

Le décor psychédélique des projections visuelles et sonores du Wringler étonne par son inventivité et sa force d'impact. Il demeure certes embryonnaire comparé à ce que proposera Le Prisonnier, mais n'en reste pas moins une passionnante expérience à ce moment de la série. On peut cependant redouter que cette réussite ait visiblement mangé une grande partie du budget, tant les autres décors paraissent bien communs.

Les personnages secondaires, tous interprétés par des comédiens de grand talent, demeurent dominés par l'extraordinaire personnalité du Wringer. Sa fascination pour le Temps, la relativité des perceptions et son emprise sur Steed (seulement égalée dans Le visage, saison 6), font de lui un fascinant adversaire, magnifié par la somptueuse démesure du jeu de Terence Lodge. On apprécie également le vertigineux retournement de situation final, quand on s'aperçoit que, derrière l'érudition et la vive intelligence, ne réside que la folie. Ne rejoint-on pas encore une fois ici la morale finale du Prisonnier ? Après L'homme aux deux ombres, et l'inoubliable Borowski, Terence Lodge accomplit de nouveau une éblouissante composition d'un esprit dérangé. On ne peut que regretter qu'il ne figure pas parmi les interprètes des futurs Diabolical Masterminds des saisons ultérieures.

Charles occasionne la même déception que dans L'homme aux deux ombres. Le personnage ressort décidément bien fade et sans réelle personnalité, malgré le jeu impeccable de Paul Whitsun-Jones. Il confirme son manque d'ampleur comparé à One-Ten, sans parler de Mère-Grand. On s'aperçoit que, si Mère-Grand se faisait un métier de tout savoir, Charles a oublié comment s'appelle Catherine Gale et a laissé dériver l'unité du Wringler ! Mauvaise passe pour le Ministère... On observe avec intérêt qu'il semble ignorer où se situe l'unité, ou tout du moins qu'il ne désire pas réellement le savoir. Et si c'était ça, le Village ?

On n'oubliera pas la très amusante prestation de Gérald Sim en tailleur sélect et volubile, dont la distinction très British évoque déjà la saison 4 à venir. Dommage que l'épisode n'en fasse pas tout à fait un Excentrique, c'était sans doute encore prématuré !

The Wringer permet en outre à Macnee de montrer une nouvelle facette de son talent, dans une version très différente de son personnage habituel. L'évolution du Numéro Steed inquiète réellement le spectateur, mais convainc aussi dans sa partition d'espionnage. Les Avengers peuvent également constituer une grande série d'espionnage, pour peu qu'on leur fournisse quelque chose d'intéressant à raconter !

L'histoire offre également un enthousiasmant portrait de Cathy Gale, qui s'impose en véritable héroïne de l'épisode. À coté de sa loyauté aussi exemplaire qu'émouvante, on apprécie de la voir se dresser seule devant la logique devenue folle du Ministère : Cathy s'affirme vraiment en femme forte et libérée ! Il reste amusant qu'elle insiste pour servir le café, même avec un bras bandé ! Honor Blackman, extraordinaire, compose une Cathy toujours plus proche de Steed, le contraste avec l'acrimonie de la saison 2 s'affichant désormais clairement. Ici encore la série évolue vers la période Emma Peel, même si la relation entre les personnages demeure bien plus distanciée. C'est ainsi que l'épisode offre également la particularité de voir Cathy sauver explicitement la vie de Steed, chose rarissime jusqu'alors et qui deviendra plus courante par la suite.

EN BREF : Encore une fois en avance sur leur temps, les Avengers préfigurent d'une manière stupéfiante les futurs chefs-d'œuvre de Patrick McGoohan, sans oublier de créer un superbe adversaire en la personne du Wringer !


Critiques

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Critique à venir !


VIDÉO


Steed dans les griffes du Wringer !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité  

o De la même manière que dans L’éléphant blanc, du fait de l’utilisation du kinescope, un insecte apparaît et se déplace sur l’image, sur la joue droite du Wringler (24’40’’) :

o Le geôlier éprouve visiblement beaucoup de peine à ouvrir la serrure de la cellule de Steed, lorsque Mrs Gale s’apprête à sortir (37’30’’) :

o Lors du passage des Avengers dans la gaine d’aération, celle-ci se met à trembloter dans tous les sens. On s’aperçoit qu’il s’agit à l’évidence d’un décor !

o Comme souvent le sous-titre nomme Cathy Mademoiselle Gale, au lieu de Madame.


Détails

o The Wringer signifie l’essoreuse ou le nettoyeur, ce qui rejoint effectivement la notion de lavage de cerveau !

o Lors de la séquence d’ouverture, on peut discerner une étrange inscription sur le dossier tenu par Hal Anderson PERS/CON/ONE-ONE. S’agit-il d’une allusion à la période des One-Ten et autres One-Twelve (saisons 1 et 2), où jamais le mystérieux One-One n’est apparu ? Mais qui est le n° 1 ou quand les Avengers ressemblent vraiment au Prisonnier !

o Les Avengers sont toujours de grands voyageurs : Cathy (décidemment souvent à l’étranger entre deux missions avec Steed) revient de Paris, tandis que Steed a récemment passé ses vacances à camper en Norvège.

o Le numéro de téléphone de Cathy est Primrose 004.

o Cathy Gale laisse un mot écrit au rouge à lèvres sur le miroir de Steed (Call me). Cela semble une coutume entre les deux agents, car Steed procédait déjà de même dans Missive de mort (saison 2).

o Steed serait-il peu ponctuel ? Il arrive ici en retard à la convocation de son supérieur, comme c’était déjà le cas dans L’homme dans le miroir (saison 2), ce qui lui avait également valu une cinglante remarque !

o Le thé et le café ressortent comme des valeurs essentielles pour les collaboratrices de Steed : Cathy insiste pour servir, même blessée, tandis que l’unique consigne de Mrs Peel à Tara King consiste en la manière de préparer le thé au goût du grand homme (Ne m’oubliez pas, saison 6). Steed rendra d’ailleurs la pareille avec un service particulièrement inoubliable dans Voyage sans retour (saison 4).

o Cathy estime que Steed est un brillant agent, quoique tombant parfois dans la facilité. Dans Le cocon elle met en cause sa vanité…

o Hal Anderson force Steed à ingurgiter du somnifère dont il déclare qu’il contient de l’hydrate de chloral. Il s’agit effectivement d’un puissant sédatif chimique, isolé en 1832. Utilisé en médecine avant l’apparition des barbituriques, il demeure employé par les vétérinaires pour aboutir à une anesthésie totale de l’animal. Il sert également à l’élaboration de stupéfiants et ses dérivés sont utilisés comme drogue du viol.

o Le groupe d'agents basé en Autriche se nomme le réseau Carinthie. La Carinthie constitue la région la plus au Sud de l'Autriche, frontalière à la Slovénie actuelle. Comme indiqué dans l'épisode, il s'agit d'une région riche en lacs et montagnes, où s'est développé un important tourisme de campings et de domaines skiables. Le nom de Carinthie remonte à un antique duché, issu de la désintégration de l'Empire Carolingien. Dès la fin de la Guerre, la région connaissait une forte tension entre les Blocs, entre Yougoslavie, URSS et Alliés. Encore aujourd'hui la coexistence des populations de langue allemande ou slovène demeure problématique.

o Le cultivé Wringler cite Ludwig Wittgenstein (1889-1951) comme source d'inspiration de ses travaux. Ce penseur autrichien, puis britannique, développa la relation unissant logique mathématique et logique du langage. Une de ses pensées maîtresses demeure l'impossibilité pour l'individu de comprendre ce qui l'entoure, le Wringler utilisant cette faiblesse pour détruire l'esprit de ses victimes. Un film lui a été consacré en 1995, où Michael Gough (interprète du Dr Amstrong, père des Cybernautes), incarnait le grand mathématicien et philosophe Bertrand Russel, un ami très proche de Wittgenstein.

o Alta et Narvik : Les vacances norvégiennes de Steed se sont déroulées près de Alta, ce que l'on peut comprendre car cette ville est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco pour un magnifique site rupestre doublé d'un riche musée archéologique. On y trouve également l'hôtel de glace situé le plus au Nord d'Europe. Tout comme Narvik, l'autre ville citée par Steed, Alta a connu de violents combats durant la Guerre. Elle a également servi de port d'attache au fameux Tirpitz. Située sur le cercle arctique, Narvik constitue l'une des villes les plus septentrionales de la planète. Célèbre pour ses forêts et ses fjords, elle permet également de faire facilement du ski. La présence du Gulf Stream assure un climat relativement doux pour la latitude (3,7°C de moyenne !), Narvik a d'ailleurs été fondée en 1887 pour son port libre des glaces. Steed y a sans doute passé de bons moments, la ville bénéficiant d'un golf célèbre car installé dans le magnifique fjord de Skjomen. Il s'agit sans doute du parcours le plus au Nord qui puisse exister !

Acteurs – Actrices

o Paul Whitsun-Jones (1923-1974) a tourné dans trois autres épisodes de la série : L’homme aux deux ombres (saison 3), Avec vue imprenable (saison 4) et Brouillard (saison 6). Ses apparitions dans The Avengers résument parfaitement sa carrière. Il a surtout tourné pour la télévision dans les séries Ivanhoé, Le Saint (quatre épisodes), Département S (deux épisodes) et il joue le rôle d'un inspecteur de police français dans un épisode d' Amicalement Vôtre (La danseuse). Il est décédé suite à une crise d'appendicite.

o Gérald Sim (1925) a participé à toute l’aventure des Avengers, sa première apparition remontant à The radioactive man (saison 1) et la dernière au tardif Le lion et la licorne (saison 2, TNA). Entre-temps il aura participé à : Mission à Montréal (saison 2), Lavage de cerveau (saison 3), Meurtre par téléphone (saison 4) et Du bois vermoulu (saison 6) ! Beau-frère du réalisateur Richard Attenborough, il fera plus de 100 apparitions à la télévision ou au cinéma (Frenzy, Un pont trop loin, Gandhi, Jeux de guerre…).

o Terence Lodge apparaît également dans l’épisode L’homme aux deux ombres (saison 3). Il participe à de nombreuses séries (Jason King, Softly Softly, Le Baron, Z Cars…) mais demeure surtout dans les mémoires pour son rôle de Moss dans Doctor Who, Planet of Spiders (1974).

o Peter Sallis (1921) débuta comme amateur au théâtre aux armées. Le succès rencontré le fit intégrer la Royal Academy of Dramatic Arts. Il s’ensuivit une très belle carrière au West End et au cinéma, notamment pour la Hammer (Taste The blood of Dracula, avec Chistopher Lee, 1970). Il apparut également à la télévision (Destination Danger, Z cars, Amicalement Vôtre…) avant de connaître la consécration avec le rôle de Norman Clegg dans 261 épisodes (1973-2007) de Last of the summer wine. Toujours actif, il est la voix du célèbre Wallace dans Wallace et Gromit ! Il fut élevé au rang d’Officier de l’Empire Britannique en 2007.

o Barry Letts (1925) a participé à diverses séries en tant que comédien (Maigret, Z Cars, Public Eyes…). Mais, on se souvient principalement de lui comme l’un des grands producteurs de la télévision britannique, où il développa de nombreux téléfilms et séries à succès (A tale from two cities, Moonbase 3, The hound of Baskervilles…) Surtout, il produisit pas moins de 162 épisodes de Doctor Who (où il interpréta également plusieurs rôles), de 1970 à 1981. Cette importante figure de la série en réalisa de plus 29 épisodes, participa aux versions radiophoniques et écrivit même plusieurs romans à succès autour des différents Docteurs. Le dernier, Island of Death, est paru en 2005.

À noter que…

o Sous l’influence de Frederick Starke, la mode occupe une place de plus en plus importante dans la série, dont elle devient une composante majeure et autonome du récit. C’est ainsi que l’on voit Cathy Gale arborer une superbe tenue de soirée, pour la première fois depuis Six mains sur la table (saison 2), sans que cela soit absolument nécessaire à l’intrigue. Jusqu’ici d’une tenue très austère, nous pouvons également l’admirer avec un magnifique chapeau et quelques autres accessoires fort seyants. Parallèlement Steed s’affirme plus que jamais en gentleman élégant et raffiné, comme lors des séances avec son tailleur. Nous sommes bien loin des débuts de la série !

o Martin Woodhouse a écrit le scénario de sept épisodes : Monsieur Nounours, Le grand penseur, Les œufs d’or, Le clan des grenouilles (saison 2), Seconde vue, Lavage de cerveau (saison 3) et L’économe et le sens de l’histoire (saison4). Il est également connu pour sa participation à la série Supercars, dont il a écrit 22 épisodes (1961).

o Don Leaver mettra en scène 20 épisodes des Avengers, majoritairement dans les saisons 1 et 2. Ses réalisations se révéleront souvent atones et assez plates, à la considérable exception du fameux L’héritage diabolique (saison 4).

Fiche de Lavage de cerveau des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-17.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/319.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-17-Wringer.htm

En espagnol
http://losvengadores.theavengers.tv/cathy_wringer.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale44.htm

 

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