LA MANDRAGORE

( MANDRAKE )

Tournage : janvier 1964

Diffusion : ITV, 25 janvier 1964 – 13ème Rue, 28 mai 1998

Scénario : Bill Bain

Réalisation : Roger Marshall

John Le Mesurier (Dr. Macombie), George Benson (Rev. Whyper), Madge Ryan (Eve Turner), Philip Locke (Roy Hopkins), Annette André (Judy), Robert Morris (Benson), Jackie Pallo (Sexton).

Résumé

Un supérieur et ami de Steed vient de décéder brusquement. Or il est enterré dans une petite ville isolée, à laquelle aucun lien ne l’attachait. Surpris, Steed devient réellement soupçonneux devant les réponses à l’évidence mensongères qu’apporte le fils du disparu à ses questions. Cathy Gale enquête autour du cimetière tandis que Steed remonte une bien étrange filière. Un fabriquant de pétard désargenté et un médecin en pleine dérive professionnelle ont mis au point une sinistre martingale…


CRITIQUES


Estuaire44 8 août 2008

L’intrigue de La mandragore parvient à distiller un véritable mystère tout au long du récit. On ne connaît la clef de l’énigme qu’en toute fin de parcours, ce qui apporte une agréable nouveauté dans cette période où tous les tenants et aboutissants sont généralement connus assez tôt. On n’en suit qu’avec plus de plaisir cette captivante enquête, parfaitement maîtrisée malgré un certain ralentissement en milieu de parcours.

Un autre aspect de cet épisode réside dans la proximité avec les classiques de la saison 4. En effet l’essentiel des ingrédients du fabuleux succès à venir s’observe déjà ici, même si seulement sur un ton mineur. Steed et Cathy connaissent décidemment une relation plus harmonieuse et devisent gaiement de l’art du thé, tandis que l’originalité du complot et la mégalomanie presque délirante de Hopkins font de lui un habile prototype des futurs adversaires des Avengers. Alors que tout l’épisode baigne dans une atmosphère très anglaise, on trouve jusqu’à la boutique si particulière qui réponde à l’appel, même si son occupante ne joue pas encore pleinement la carte de l’excentricité.

Cet agréable panorama, agrémenté de dialogues fort plaisants, se trouve élégamment mis en scène par un Roger Marshall en verve. Sa réalisation joue habilement des angles de vue pour faire ressortir pleinement la psychologie des personnages. La scène de la fiole de poison entre les trois complices apparaît très éloquente à cet égard, avec des plans sur les visages particulièrement significatifs. La scène de combat entre Cathy et Sexton constitue certainement une des plus spectaculaires de la période, tant la débauche d’énergie et le jeu virevoltant de la caméra suscitent d’enthousiasme.

Reste que la qualité de l’image comme du son demeure bien médiocre et que le décor du cimetière détonne par son évidente artificialité, même selon les critères de l’époque. Par ailleurs la musique de Johnny Dankworth apparaît singulièrement présente dans cet épisode, accompagnant un nombre de scènes plus important qu’à l’accoutumée. De plus elle souligne à chaque fois efficacement l’action en cours. Les sceptiques quant à la qualité de l’apport de Dankworth à la série pourront visionner avec profit La mandragore, tant cette musique accomplit ici un véritable festival !

Les adversaires du jour constituent un atout certain pour l’épisode. En docteur dépassé et légèrement déphasé, John Le Mesurier accomplit une performance toute en subtilité. Locke incarne avec un rare panache un adversaire dont le cynisme et l’avidité se nuance d’une dose de délire lui donnant une dimension supplémentaire. C’est toujours avec un réel plaisir que ces épisodes de l’ère Cathy Gale nous permettent de redécouvrir des acteurs appréciés, avant leurs coups d’éclat des saisons ultérieures ! Ces sombres individus fonctionnent en fait surtout en circuit fermé et, jusqu’au dénouement, n’ont finalement que peu de contacts avec les Avengers. Cela permet à l’auteur de tisser habilement des relations venimeuses à souhait, conférant à l’épisode une profondeur et une gravité peu communes. Eve Turner demeure un des personnages féminins les plus sinistres de la série !

Cette noirceur se voit ponctuée par le sympathique et volubile Révérend, mais surtout par la très craquante Judy. Ses scènes avec Steed s’avèrent irrésistibles de drôlerie, mais aussi par une atmosphère de séduction très explicite. Annette André se montre très enjouée, avec de plus un de ces jolis accents français dont la période Cathy Gale s’est décidemment fait la spécialité ! Son duo avec Patrick Macnee fonctionne à merveille !

Steed se montre des plus dynamique durant cet épisode, Macnee mettant beaucoup d’énergie dans son personnage, y compris dans les passages avec Cathy Gale, développés comme ils le méritent. Les scènes communes aux Avengers deviennent d’une manière toujours plus évidente un moment fort de chaque épisode, donnant un véritable ton à la série. Cathy Gale ne se contente pas de son impressionnante scène de combat, Honor Blackman et les savoureux dialogues de l’épisode insufflent même plus d’humour qu’à l’accoutumée au personnage, parachevant ainsi la belle réussite de La mandragore.

EN BREF : Une belle intrigue policière, avec des adversaires de qualité et des acteurs que l’on aime beaucoup. Les scènes entre Steed et Judy sont particulièrement amusantes !


VIDÉO


Quand Steed rencontre Judy…


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité  

o Durant la première visite de Cathy Gale et sa discussion avec le Révérend, puis Sexton, les fausses branches sont à plusieurs reprises tirées de côté pour laisser passer la caméra (à partir de 13’15’’).

o Le docteur essaie de jeter la fiole de poison rendue par Eve Turner mais vise mal et fait tomber la corbeille (42’27’’) :

o Durant les aveux mouvementés de Benson, l’image se trouble, le temps pour la caméra d’effectuer un réglage (44’05’’) :

o Apparemment le sous-titrage n’arrive pas à marquer le signe « œ » et plusieurs mots en restent tronqués : chour pour chœur, oil pour œil :

o Le sous-titrage continue également à appeler Cathy "Melle" Gale.


Détails

o Steed se trouvait en mission à Beyrouth en 1956.

o Le docteur Macombie s’apprête à avancer que M. Turner est décédé d’un catarrhe gastrique. Il s’agit d’une inflammation aigue des muqueuses internes du corps (estomac, vessie…).

o Steed devine que Judy est Française car elle met de la moutarde dans ses petits sandwichs de pain de mie ! Comme toujours il n’hésite pas à passer au Français et la salue d’un vibrant : Enchanté, Mademoiselle !

o Le texte que déclame Judy à l’arrivée de Steed est un extrait de Richard III (1591), Acte I, scène IV : le Duc de Clarence, enfermé à la Tour de Londres, raconte à son geôlier un cauchemar où il s’est vu mourir par noyade en mer. Steed identifie la pièce de Shakespeare et répond par un clin d’œil : Je voulais voir Clarence, je suis venu à pied !

o Un frère du Révérend, mort durant la Grande Guerre, y a connu Woodbine Willy. Il s’agit du surnom de Geoffrey Anketell Studdert Kennedy (1183-1929), un prêtre et poète très populaire pour avoir distribuer des cigarettes de marque Woodbine aux blessés, en même temps qu’il veillait à leur moral par ses sermons. Ses secours apportés sous le feu ennemi lui valurent la Military Cross. Ses écrits demeurent un témoignage précieux sur le conflit. Après guerre il s’engagea dans le mouvement socialiste et pacifiste, pour lequel il donna une grande série de conférences dans toute la Grande-Bretagne.

o La citation d’Hippocrate par le Révérend est tirée de ses Aphorismes. La version complète en est : « La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement difficile ».

o Cathy cite, elle, St-Augustin : « L’abstinence totale est plus facile que la parfaite modération ».

o Le révérend évoque le Cap Lizard. Il s’agit du point le plus au sud de Grande-Bretagne, à l'extrémité des Cornouailles. Il est considéré traditionnellement comme le point de départ des traversées de l’Atlantique vers l’Ouest. Les courants et les récifs y causent de nombreux accidents maritimes. Un phare y fut effectivement construit en 1619, mais fermé en 1623 car l’impossibilité de percevoir des taxes de passage le rendait non rentable. Un système à deux tours, doublé d’une corne de brume, fut inauguré en 1903 et automatisé en 1998. Sa lumière porte à 26 milles, soit près de 42 km. C’est au large du Cap Lizard que le Bugaled Breizh sombra en 2004.

o L’église du Révérend Whyper est consacrée à St-Alban. Celui-ci fait l’objet d’un culte répandu car il fut le premier martyr d’Angleterre. Persécuté par Dioclétien en 303, il est célèbre pour ses guérisons miraculeuses. Il est vénéré le 22 juin.

o Le cimetière se situe à Tinbey, une ville imaginaire des Cornouailles.

o La belladone est une plante des forêts dont le fruit, ressemblant à une cerise, comme les racines, sont hautement toxiques. Elle a d’ailleurs souvent été utilisée lors d’empoisonnements. Correctement préparée, elle sert néanmoins en pharmacologie pour les traitements du système nerveux.

o Mandragore : la mandragore reste en fait une plante plus méditerranéenne que britannique. Très proche de la belladone, sa richesse en alcaloïdes lui confère des propriétés hallucinogènes. Cette caractéristique et la forme particulière de sa racine, parfois assimilée à un corps humain, ont été à l’origine de nombreux mythes. Selon les diverses traditions elle serait la plante de Circé ou un rejeton de l’Arbre de la Connaissance ! On attribue à l’emploi de la mandragore de nombreuses transes observées dans les cultes antiques ou médiévaux. La consommer garantirait prospérité et fécondité (ou vigueur sexuelle), surtout si elle est recueillie sous le gibet d’un pendu ! Présente dans une abondante littérature, la mandragore est également reprise par J. K. Rowling dans Harry Potter, où elle a vraiment un corps humain, dont le cri peut tuer ! (La Chambre des secrets).

Acteurs – Actrices

o John Le Mesurier (1912-1983) participe également à Les espions font le service (saison 4). Fils d’un juriste, il a mené des études de droit mais il se tourna vers la comédie. Il débuta au cinéma à la fin des années 50 mais son rôle le plus populaire est celui du Sergent Wilson dans Dad's Army (1968-77). Il a reçu le BAFTA, meilleur acteur de l'année, en 1971. Il a écrit lui-même son épitaphe pour le Times et avant de sombrer dans le coma, il aurait dit : " It's all been rather lovely " ["Tout cela a été plutôt agréable !"]. Il est décédé d'une cirrhose du foie. Du milieu des années 60 à sa mort, il fut la voix de Flour Grader Fred, un personnage publicitaire vantant les mérites d’une marque de farine et portant un... chapeau melon !

o Philip Locke (1928-2004) est le tueur silencieux harponné par James Bond dans Thunderball – Opération Tonnerre. Il a joué dans deux autres épisodes de la série : Passage à tabac (saison 1) et Bons baisers de Vénus (saison 5). Il a participé à de nombreuses séries (Dr Who, Le Saint, Les Champions, Département S, Poirot, Bergerac, Inspecteur Morse…). Issu de la Royal Academy of Dramatic Arts et membre régulier de la Royal Shakespeare Company, il mena également une brillante carrière au théâtre. Toujours spécialisé dans les rôles d’adversaires, il interpréta ainsi le Dr Moriarty de 1974 à 1976, à Broadway.

o Annette André (1939) participe également à l’épisode Le château de cartes (saison 7, TNA). Née en Australie, elle a débuté sa carrière en 1960 et a participé à de nombreuses séries : Le Baron, Le Prisonnier, Le Saint (cinq épisodes), Amicalement Vôtre (deux épisodes dans le rôle de Pekoe), Le Retour du Saint (avec Ian Hendry). Elle demeure principalement connue pour son rôle récurrent de la veuve Jeannie Hopkirk, dans les très populaires Randall and Hopkirk (Deceased) (1969-1970). Également chanteuse et danseuse, elle est apparue dans plusieurs spectacles musicaux, dont Vanity Fair, au West End.

o Jackie Pallo (1926-2006) fut un catcheur professionnel qui connut une grande popularité durant les années 60 et 70, notamment grâce aux émissions d’ITV consacrées à cette discipline. Il participa également à plusieurs séries (Are you being served ?), son pseudonyme sur le ring étant d’ailleurs Mr TV ! En 1985 il publie une autobiographie à succès, révélant l’envers du décor du monde du catch (You Grunt, I'll Groan). Sa déconvenue face à Honor Blackman fit grand bruit dans le pays et il déclara avec humour : Je veux que tout le monde comprenne bien qu'il s'agissait d'un accident. Je n'ai jamais été battu par une femme et compte bien ne jamais l'être.

À noter que…

o Le projecteur de diapositives de Cathy était déjà présent dans Le marchand de secrets.

o Lors du combat entre Cathy Gale et Sexton, le coup de pied d’Honor Blackman brisa le nez de Jackie Pallo. Celui-ci resta inanimé dans la tombe durant plusieurs minutes, après avoir tout de même fini le tournage de la scène ! Honor Blackman rapporte avoir éclaté en sanglots autour de la tombe où gisait assommé le malheureux catcheur et avoir alors juré de ne plus jamais combattre, ce que bien sûr elle continua à faire, précise-t-elle !

o L’intensité de ce combat rappelle l’inoubliable affrontement opposant Tara King à Gozzo dans Miroirs (saison 6). Ce n’est pas une coïncidence, Gozzo étant interprété par "Big Bruno" Elrington, un proche de Pallo et une autre figure régulière des émissions de catch du samedi après-midi sur ITV.

o Bill Bain (1930-1982) réalisa pas moins de sept épisodes des Avengers : Les fossoyeurs, Le cinq novembre, La cage dorée, La mandragore, Les charmeurs (saison 3) et Les espions font le service (saison 4). Il participa régulièrement à plusieurs séries à succès : Armchair Theatre, Tne Duchess of Duke Street, Upstairs, Downstairs… Pour cette dernière série, il remporta l’Emmy Award de la meilleure mise en scène, en 1975.

o Roger Marshall (1934) fut l'un des auteurs les plus importants des Avengers : il en écrivit quinze épisodes, de la saison 2 à la saison 5, donnant naissance à quelques uns des plus beaux moments de la série. Il a ainsi rédigé : Tueurs à gage, Mort d’un grand danois, La loi du silence (saison 2), La toison d’or, Mort d’un ordonnance, La cage dorée, La mandragore (saison 3), Meurtres par téléphone, Avec vue imprenable, La poussière qui tue, L’heure perdue, Maille à partir avec les taties, Les chevaliers de la mort (saison 4), Une petite gare désaffectée et Un petit déjeuner trop lourd (saison 5). En 2000, il réalisera également un documentaire sur la série : Avenging the Avengers. Il a participé à l’écriture d’autres séries : Public Eye, Armchair Theatre, Lovejoy

o Commentaire de Roger Marshall : « On demandait souvent aux scénaristes de Chapeau Melon et Bottes de Cuir d’où venaient leurs idées. Comme toujours, des sources les plus banales. Nous avions découvert dans l’autobiographie de Sydney Smith, un célèbre expert médico-légal, que le sol de certaines mines d’étain des Cornouailles était littéralement imprégné d’arsenic. Tout d’un coup, nous avions notre point de départ. Des gens avaient été tués partout en Angleterre et leurs corps avaient été expédiés vers ce village des Cornouailles. Les Avengers rencontrent Murder Incorporated [NDR : Nom donné à une organisation mafieuse italo-américaine des années 30/40 qui procédait de la même manière que dans l’épisode pour se débarrasser de personnes gênantes.] ». (source : DVD Studio Canal)

Fiche de La mandragore des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-18.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/321.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-18-Mandrake.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale45.htm

 

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