CONCERTO

( CONCERTO)

Tournage : avril 1963

Diffusion : ITV, 7 mars 1964 – 13ème Rue, 13 juin 1998

Scénario : Malcolm Hulke & Terrance Dicks

Réalisation : Kim Mills

Nigel Stock (Zalenko), Sandor Eles (Stefan Veliko), Dorinda Stevens (Darleen), Bernard Brown (Peterson), Geoffrey Colville (Burns), Carole Ward (Receptionist), Valerie Bell (Polly White), Leslie Glazer (Robbins).

Résumé

Dans un contexte de détente politique et d’importantes négociations commerciales entre Grande-Bretagne et Russie, Veliko, un jeune pianiste virtuose russe, vient donner une série de concerts à Londres sur l’invitation du Conseil Culturel Britannique. Il est accompagné et chaperonné par Zalenko, un agent secret d’élite, bien connu de Steed. Ce dernier assure également la sécurité du pianiste, en compagnie de Mrs Gale qui est membre du Conseil. Les agents des deux bords vont devoir collaborer car un mystérieux parti, hostile à la Détente, va s’en prendre au jeune pianiste pour saboter les pourparlers en cours. L’entente cordiale existant entre Steed et Zelenko permet de triompher de ce complot dirigé par le corrompu directeur du Conseil, après que Cathy eut risqué la mort dans une partie de roulette russe à sens unique !


CRITIQUES


Estuaire44 13 janvier 2008

Concerto offre le grand intérêt, outre ses qualités intrinsèques, d’éclairer admirablement l’ensemble de la saison 3. Celle-ci représente en effet la transition entre l’espionnite de la saison 2 et la joyeuse fantaisie de la saison 4.

Cette évolution se dénote clairement chez Steed. En effet il semble ici réellement proche de celui des années Emma Peel, manifestant un enthousiasme de chaque instant, mêlé à un humour très incisif. Steed s’amuse véritablement beaucoup (y compris au Stud…) et nous fait partager son entrain, loin des situations parfois figées de la saison précédente. On perçoit un Patrick Macnee beaucoup plus à l’aise dans cette version du personnage, qu’il interprète avec un réel éclat. Le chapeau melon s’impose comme seul couvre-chef et Steed est complimenté par Zalenko pour son joli coup de parapluie… Tout un symbole !

Mrs Gale participe également à cette évolution, d’autant qu’elle délaisse en partie ses strictes tenues habituelles pour un ensemble XVIIIe fort seyant ! On assiste à la mise en place d’une relation relativement plus apaisée avec Steed (qui poursuit tout de même ses cachotteries…), même si Cathy continue heureusement à se montrer mordante à l’occasion. Ce rapprochement vers la série que nous connaissons se trouve conforté par la capture de Cathy, sauvée in extremis par Steed. Ces scènes très ritualisées n’arrivent finalement que rarement dans la saison 2, où l’héroïne a coutume de se tirer d’affaire toute seule (La baleine tueuse, Les œufs d’or, La loi du silence…), voire en compagnie de son partenaire. Elles foisonneront par contre dans les saisons suivantes. Notons également que l’intrépide aventurière paraît logiquement éprouvée d’avoir frôlée la Mort, tandis que Mrs Peel demeurera le plus souvent sereine et spirituelle… La série n’a pas encore rompu avec le réalisme, il s’en faut !

Les seconds rôles ne sont pas en reste, en particulier l’excellent Zalenko. Remarquable partenaire, à l’humour caustique, il compose réellement l’alter ego de Steed à l’Est. On apprécie vraiment sa présence, d’autant que la série nous offrira par la suite une succession de personnages russes caricaturaux, certes amusants, mais d’un intérêt plus limité (Olga, Brodny, Shaffer…). Les scènes avec Steed sont piquantes à souhait, avec une réelle complicité s’installant entre de vieux adversaires ayant tant de choses en commun. Les deux comédiens s’entendent à merveille, Macnee et Stock savent parfaitement restituer cette relation si particulière. La conséquence inéluctable consiste en une certaine mise à l’écart de Cathy Gale, mais demeurant toute relative.

Peterson campe, lui, un méchant stylé et très anglais, tandis que Burns incarne l’homme de main accompli, violent et satisfait de lui-même. La très belle Dorinda Stevens apporte une touche d’émotion dans cet univers vraiment masculin, mais son personnage demeure absolument convenu et prévisible. Sandor Eles interprète parfaitement bien son personnage, pas si effacé qu’il n’y paraît.

L’épisode bénéficie d’une intrigue astucieuse, distillant un habile suspense. D’entrée on reste séduit par une remarquable séquence d’introduction, réellement l'une des plus surprenantes de la série, avec un formidable coup de théâtre à la clef. Par la suite le rythme ne ralentit pas, l’action virevoltant d’un endroit à l’autre, nous délivrant quelques scènes marquantes, comme la visite de Steed au Stud , ou la terrible séance de roulette russe. De plus les dialogues demeurent percutants durant tout l’épisode.

Concerto bénéficie d’une réalisation soignée de la part de Kim Mills, qui retrouve le talent ayant été le sien dans La boîte à trucs pour la description du Londres "chaud". Les décors apparaissent magnifiques, du Stud au salon de réception. La saison 3 est aussi celle où les budgets deviennent plus conséquents, cela se voit à l’écran. La musique est bien entendue admirable, avec les superbes Polonaises de Chopin…

Mais ce qui fait avant tout le prix de l’épisode demeure son témoignage de ce moment enchanté que constitua l’avènement de la Détente. Les terreurs de la Guerre Froide s’amenuisent et les contemporains se prennent à espérer un futur plus fraternel. Cette sensation de bousculement d’un ordre glacé que l’on croyait immuable se retrouve tout au long de cette histoire plus farfelue et dynamique que d’ordinaire. Ce sentiment est couronné par l’irrésistible scène finale où l’on contemple Steed et Zalenko fraterniser autour du (des) verre(s) de l’amitié et aller jusqu’à échanger leur chapeau ! Même Cathy Gale, qui ne manque d’habitude jamais une occasion de fustiger le goût de Steed pour le brandy, se laisse aller à l’euphorie et à un sourire attendri… Décidemment, voici les lendemains qui chantent !

Malheureusement, comme d’accoutumée chez Hulke et Dicks, la vive imagination et l’enthousiasme ne vont pas sans certaines facilités scénaristiques. Les motivations des adversaires demeurent très floues et l’on ne perçoit pas clairement en quoi l’échec d’une tournée musicale pourrait compromettre des négociations commerciales. Chaque acte se conclut par un Avenger menacé d’un révolver, ce qui semble tout de même quelque peu téléphoné. Peterson crache le morceau devant Darleen, et, surtout, est persuadé que Veliko va commettre un vrai meurtre, en public, pour échapper à la fausse accusation d’en avoir perpétré un autre…

Qu’importe ces quelques faiblesses, Concerto demeure un excellent épisode, augurant très favorablement de la suite de la saison !

EN BREF : Concerto nous offre une ouverture Allegro de la saison 3, dont la mélodie apparaît plus imaginative qu’auparavant. Steed devient Steed et donne le "la" à cet épisode très divertissant !


VIDÉO


Le verre de l'amitié !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité  

o Durant tout l’épisode le sous-titrage indique Melle Gale, au lieu de Mme.

o Le sous-titrage appelle le chien de Steed Junior et non Junia (3’13’’).

o Lors de la scène des alcools (19’10’’), Nigel Stock reste soudain silencieux, tandis que Macnee jette des coups d’œil perplexes à l’équipe technique. On peut supposer un trou de mémoire passager de Stock. Macnee ressert une tournée et fait durer, le temps nécessaire à son partenaire pour retrouver son texte. Quel sang froid !

o Le micro est visible à la droite de Zalenko (30’05’’) :

o Lors de la scène de la roulette russe, l’image devient subitement floue (41’57’’) :

o Durant cette même scène, les statistiques délivrées par Burns sont hautement fantaisistes (4 pour 1, 2 pour 1), un barillet contenant six balles…


Détails

o Steed a un troisième chien, Junia succédant à Freckle et Sheeba.

o La boîte d’allumettes de Zalenko est ornée de l’Étoile Rouge, ainsi que de la Faucille et du Marteau.

o Zalenko déclare avoir appris ses clefs de bras en regardant la télévision anglaise le samedi. L’épisode a été diffusé le sept mars 1964, soit, bien entendu, un samedi…

o En 1948, Steed était dans le Herefordshire.

o Steed taxe son nouvel ami Zalenko de coquin, quand celui-ci évoque les « droskies » (49’17’’). Un drosky est un traditionnel attelage ouvert, typiquement russe, où le passager s’assoit les jambes écartées sur un axe surélevé. La vitesse peut effectivement soulever quelques jupes…

o Le bureau de Peterson s’orne d’un buste de Mozart, ce qui peut détonner au Conseil Culturel Britannique, le grand musicien étant Autrichien et n’ayant guère séjourné à Londres !

o Zalenko déclare qu’aucun assassinat politique n’a eu lieu en Grande-Bretagne depuis 1812. Effectivement, le 11 mai 1812, le Premier Ministre Spencer Perceval est abattu en plein Palais de Wesminster, alors qu’il se rendait à la Chambre des Communes. Son assassin, un déséquilibré l’accusant de l’avoir ruiné, sera pendu la semaine suivante. D’origine écossaise, Perceval a fait face au Blocus Continental de Napoléon et c’est sous son gouvernement que la traite des esclaves a été abolie. Il est à ce jour l’unique Premier Ministre à avoir été assassiné.

o Le concerto est un genre musical se caractérisant par le dialogue entre un ou plusieurs solistes et le reste de l’orchestre. L’intitulé du concerto indique l’instrument isolé. On s’aperçoit donc que le titre de l’épisode ne fait pas référence au récital, en solo, de Veliko mais bien aux efforts conjoints de Steed et Zalenko travaillant... de concert !

o Steed préfère Van Cliburn à Veliko. Il s’agit en effet d’un prestigieux pianiste américain, né en 1934. Il accède à la renommée mondiale en 1958, lorsqu’il remporte la première édition du concours international de musique classique Tchaïkovski, organisé par l’URSS en pleine Guerre Froide. Devant son éclatant talent, les juges soviétiques ne purent faire autrement que de lui discerner le premier prix mais non sans en avoir au préalable demandé la permission à Nikita Kroutchev. L’acceptation de celui-ci est généralement considérée comme un signal annonçant la prochaine Détente. Van Cliburn eut droit à la une de Time et à une parade triomphale dans New-York ! En 1962, un an avant l’épisode, il retourna en URSS pour une série de grands concerts donnés dans tout le pays. Il refit régulièrement le voyage par la suite. En 1987, il donna un récital à la Maison Blanche lors de la visite de Gorbatchev à Reagan, marquant la fin de la Guerre Froide.

o Pour son récital, Veliko répète une Polonaise de Chopin. Ce grand compositeur et pianiste (1810-1849) s'était exilé à Paris lors de l'écrasement de la rébellion de Varsovie, alors possession Russe. Son nationalisme affiché empêchera toujours son retour et sa nostalgie désespérée lui inspirera cette fameuse série de Polonaises. Il y reprend des airs traditionnels polonais, en les sublimant par son exquise écriture pianistique. La Polonaise en La bémol Majeur, entendue dans l’introduction de l’épisode et évoquée plus tard (6’22’’), est l'une des plus célèbres, connue sous le nom de Polonaise Héroïque (Opus 53, 1842). Elle est réputée comme exigeant un haut degré de virtuosité chez son interprète !

o Dénommée The Stud, (« L'Étalon »…) la boîte de strip-tease se situe dans Soho, le quartier chaud de Londres. Situé à deux pas du West End et de Westminster, il regroupe de nombreux pubs, sex-shops et autres officines. Tel le Marais à Paris, on y trouve la majorité des bars homosexuels de la ville. Le Chinatown de Londres se situe au sud de ce quartier. Soho fut longtemps un petit village ; le terme de « Soho » serait un cri traditionnel poussé durant les chasses qui s'y déroulaient.

o British Council : Fondé en 1934, le British Council est un organisme public visant à promouvoir les relations culturelles avec les pays étrangers, dans un but d'amélioration des relations internationales. Basé à Londres, dépendant du Foreign Office mais conservant une large autonomie, il est implanté dans 110 pays et se consacre principalement à l'enseignement de la langue anglaise, à l'offre de bourses à des étudiants étrangers et à la participation à des événements culturels ponctuels. Des connexions avec le MI5 ont parfois été évoquées. Le BC connaît actuellement une crise avec la Russie qui désire réduire son implantation au minimum, dans un contexte diplomatique tendu avec la Grande-Bretagne. L'équivalent français en est l'Alliance Française.

Acteurs – Actrices

o Nigel Stock (1919-1986) apparaît également dans l’épisode L’économe et le sens de l’histoire (saison 4). Formé à la Royal Academy of Dramatic Art, il connaît une très brillante carrière au West End et à Broadway. Durant la Guerre il sert brillamment dans l’armée des Indes, avec deux citations. Il se lance ensuite au cinéma (La Grande Évasion, 1963) et à la télévision (Police Surgeon, Doctor Who, Le Prisonnier, Destination Danger, Adam Adamant lives !...). Son rôle le plus connu demeure celui du Dr. Watson dans deux séries (1965 et 1968) de Sherlock Holmes, avec Peter Cushing dans le rôle principal, autre prestigieux invité des Avengers.

o Sandor Eles (1936-2002) participe également à l’épisode La dynamo vivante (saison 5). D’origine hongroise, il émigre en Grande-Bretagne durant les événements de 1956. Son accent exotique lui vaut de jouer les étrangers dans de nombreuses séries anglaises (Les Professionnels, Jason King, Le Saint, Le Baron…), particulièrement... les Français ! Au cinéma son rôle le plus connu demeure celui du Français Paul, dans And soon The darkness (1970), réalisé par la future équipe des TNA (Brian Clemens, Terry Nation, Albert Fennel, Laurie Johnson, Robert Fuest).

o Dorinda Stevens (1932) est une figure régulière des séries anglaises. Elle est aperçue notamment dans Le Saint, No hiding place, Destination Danger, Interpol Calling

o Geoffrey Colville (?-2006) joue aussi dans l’épisode Le village de la mort (saison 5). Il est principalement connu pour son rôle de Perry dans Doctor Who – Evil of The Daleks (1967).

o Bernard Brown a participé à un grand nombre de séries, se spécialisant dans les rôles d’aristocrate ou d’officier : No Hiding Place, Gideon’s Way, Crown Court, Inspector Morse, Les Aventures du Jeune Indiana Jones

À noter que…

o Cathy Gale dispose du même appartement ultra moderne qu’à la fin de la saison 2. Aux portes coulissantes vient s’ajouter le gadget de l’échiquier amovible laissant place au téléphone !

o Une autre séance de roulette russe se déroulera dans Les chevaliers de la mort (saison 4), traîtreusement abrégée par Steed…

o L’épisode fait directement référence à l’actualité (La Détente). Cette pratique, régulièrement observée durant les années Cathy Gale, disparaîtra dans les périodes suivantes, du fait de l’influence de Brian Clemens.

o Les Échecs apparaissent régulièrement dans la série. On peut notamment citer la fameuse séance d’introduction de l’Échiquier, destinée aux Américains, l’hôtel de Avec vue imprenable (saison 4), les parties simultanées de Interférences (saison 6), la partie perdue par Steed dans Requiem (saison 6)… Une référence au Noble Jeu a également lieu dans le film de 1998.

o Steed refera cause commune avec le camp d’en face dans Meurtres distingués (saison 5), où Nutski portera lunettes et moustaches comme Zalenko, et échangera également quelques « souvenirs »avec Steed. Mrs Peel, comme Mrs Gale, saura de même parler Russe ! Le ton y sera tout de même davantage à la fantaisie, à l’image de ces deux saisons. Une nouvelle alliance verra le jour dans Le monstre des égouts (saison 7, TNA).

o Malcom Hulke (1924-1970) a participé à l’écriture de neuf épisodes : Mauritius Penny, Inter-crime, La naine blanche (saison 2), Concerto, Les fossoyeurs, Les sorciers, Le cheval de Troie (saison 3), Les fossoyeurs (saison 4) et Homicide et vieilles dentelles (saison 6). Il a également contribué à d’autres prestigieuses séries : Pathfinders (en collaboration avec Eric Paice), Gideon’s Way, Destination Danger… Il a principalement collaboré à Dr Who (13 épisodes, sept novélisations). Auteur d’un livre référence, Writing for Television in The 70’s, il fut également un ami personnel de Terrance Dicks à qui il mit les pieds à l’étrier avec l’écriture conjointe de Mauritius Penny.

o Terrance Dicks (1935) est un auteur important de la télévision britannique. Il commence à écrire pour le petit écran grâce à son ami Malcom Hulke, qui le lança avec l’écriture conjointe de Mauritius Penny. Ils écriront en commun trois autres épisodes : Inter-crime (saison 2), Concerto (Saison 3) et Homicide et vieilles dentelles (saison 6). Il collabore à d’autres séries comme Crossroads ou Cosmos 99 mais connaît la consécration avec Dr Who, dont il devient auteur et superviseur de l’écriture des scénarii de 1969 à 1980. Depuis 1980, tout en continuant à participer ponctuellement à la série, il produit de nombreuses émissions enfantines pour la BBC, en poursuivant conjointement une brillante carrière d’auteur pour la jeunesse, débutée par la novélisation de 64 épisodes du Dr Who !

o Kim Mills (1931-2006) a réalisé de nombreux épisodes de diverses séries anglaises des années 60 (Public Eye, Mystery and Imagination, Armchair Theatre…) avant de débuter une carrière de producteur dans les années 70 (Zodiac, The rivals of Sherlock Holmes…). Il a en tout réalisé 10 épisodes des Avengers : Le grand penseur, La boîte à trucs, L’homme dans le miroir, La baleine tueuse (saison 2), Concerto, Mort à la carte, Mort d’un ordonnance, Les sorciers, La grandeur qu’était Rome et Le quadrille des homards (saison 3). Il a eu ainsi l’honneur de conclure chacune de ces deux saisons !

Fiche de Concerto des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/gale2-24.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/ gale/301.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS2-24-Concerto.htm

En espagnol
http://losvengadores.theavengers.tv/cathy_concerto.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale51.htm

 

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