WARLOCK

(WARLOCK)

Tournage : Janvier 1963

Diffusion : ITV, 27 Janvier 1963 – 13ième RUE, 5 Mars 1998

Scénario : Doreen Montgomery

Réalisation : Peter Hammond

Peter Arne (Cosmo Gallion), John Hollis (Markel), Pat Spencer (Julia), Douglas Muir (One-Ten), Olive Milbourne (Mrs. Dunning), Alban Blakelock (Peter Neville), Brian Vaughan (Doctor), Gordon Gardner (Pathologist), Philip Mosca (Mogom), Susan Fraklin (Barmaid), Herbert Nelson (Pasco), Christina Ferdinando (Miss Timson).

Résumé

Steed enquête à propos d’un scientifique, inventeur d’un nouveau carburant, tombé dans le coma avant de mystérieusement disparaître. En compagnie de Cathy Gale, il va devoir affronter l’alliance d’un agent secret ennemi et d’un étrange sorcier.


CRITIQUES


Estuaire44 11 août 2007

Paradoxalement Warlock apparaît à la fois comme un épisode complètement à part, par sa nature fantastique, et fondateur de la série car établissant les caractéristiques du personnage de Cathy Gale et de sa relation avec Steed.

L’intrigue parait, tout au long de l’épisode, aussi habile qu’originale. Ce qui frappe dès le premier abord c’est son immersion dans le Fantastique, domaine quasiment ignoré par les Avengers, qui utiliseront bien davantage les thématiques de la Science-Fiction. Cela confère à cet épisode comme une saveur préfigurant irrésistiblement les X-Files, au sein d’une saison dédiée à l’espionnage le plus classique! On observe d’ailleurs une amusante inversion des rôles, le sceptique étant ici John Steed… L’histoire ne se contente d’ailleurs pas d’explorer de nouveaux territoires, sa structure se montre également astucieuse grâce à l’adjonction d’une nouvelle branche. L’argument original du sacrifice venant supplanter la trame archi-classique d’espionnage s’étant développé jusqu’alors comme si souvent dans cette saison.

La réalisation de Peter Hammond vient admirablement soutenir l’histoire, sachant jouer de sa caméra pour évoquer l’étrange. Les angles bizarres se multiplient, de même que les fondus enchaînés suggestifs, tandis qu’une incrustation vidéo, rarissime dans la série, vient appuyer les scènes de possession par Gallion. Cet effet spécial peut certes sembler primitif, mais artistiquement réussie cette étrange spirale parvient à nous troubler. Le plan sur Cathy Gale censée ressentir l’appel de Gallion est aussi magnifique qu’évocateur. Si les danses ne convainquent pas tout à fait, la musique résonne par contre très efficacement, soulignant à merveille l’atmosphère surnaturelle où baignent Gallion et sa secte. On apprécie d’ailleurs également les jolis morceaux de jazz accompagnant les vues extérieures de Steed, où l’on reconnaît tout le savoir-faire de Johnny Dankworth.

La qualité de l’image et du son demeure par contre aussi déplorable que dans le reste de la saison, les vues extérieures s’avérant particulièrement pénibles, rappelant parfois le cinéma des années 20 ! Heureusement les décors intérieurs bénéficient du talent coutumier de Green, l’antre de Gallion ou le musée de Cathy parviennent ainsi çà nous captiver. Les bagarres semblent également mieux réalisées que dans le reste de cette saison 2.

L’épisode brille également par l’alliance, dérivant habilement en opposition frontale, de deux personnages secondaires parmi les plus impressionnants de la saison, Gallion et Markel.

Gallion incarne l’originalité de l’épisode, d’autant que l’auteur a la grande habileté de le faire croire à ses propres artifices. Il tranche totalement avec les adversaires hyper classiques d’espionnage ou de polar qui peuplent cette saison et préfigure avec éclat les Diabolicals Masterminds (au sens propre !) des saisons ultérieures. Surtout le personnage est porté par le talent flamboyant de Peter Arne, acteur génial s’affirmant dès sa première apparition dans la série comme un de ses méchants ses plus inoubliables.

Markel apparaît certes beaucoup plus classique et dans le ton de la saison que Gallion, mais le jeu intense et la présence physique de John Hollis lui apportent un éclat inédit, le hissant bien au-dessus du lot de ses confrères des autres épisodes. Surtout le contraste avec Gallion autorise une opposition croissante parfaitement exploitée, donnant lieu à un duel à l’intérieur de l’histoire principale. Sa défaite face à Gallion résonne comme une annonce de la disparition de ces adversaires stéréotypés, au profit des futurs esprits diaboliques, pour le plus grand plaisir du spectateur !

Face à ce duo de personnages passionnants, le reste des personnages secondaires a du mal à exister, sans que cela nuise particulièrement à cet épisode déjà très riche. Alban Blakelock réussit tout de même à bien restituer les tourments de son malheureux personnage. One-Ten, comme souvent, parvient à émerger, avec de l’humour et une sympathie certaine avec Steed. Il préfigure réellement Mère-Grand.

Un épisode des Avengers ne saurait toutefois être parfaitement réussi sans un duo vedette en pleine forme, et ici encore nous ne sommes pas déçus !

Steed, tout en dynamisme et incrédulité bien anglaise, apparaît particulièrement alerte dans cet épisode. Nullement impressionné par l’aspect surnaturel de l’affaire, il consacre un temps à jouer les séducteurs, que cela soit auprès de la serveuse ou de sa nouvelle partenaire. Ces scènes sont très drôles, notamment grâce au talent affirmé de Macnee pour la comédie, et montrent un Steed égrillard, bien éloigné du gentleman distingué qu’il deviendra par la suite. Ainsi, son approche de Cathy Gale lors de la scène de la voiture parait singulièrement directe, alors même qu’il est visiblement sous l’emprise de l’alcool… Mais bien qu’il nous divertisse beaucoup dans tout l’épisode (il faut le voir ne rien comprendre à conférence de Gallion), c’est bien sa nouvelle partenaire qui s’impose dans cet épisode.

Cathy Gale, après la jolie carte postale de Missive de mort, prend en effet ici toute sa dimension. Elle s’affirme sans complexes face à son partenaire, n’hésitant pas à exprimer un avis différent du sien, sans prendre de gants. Alors même que ses connaissances apparaissent déjà bien supérieures, elle le met également facilement à terre d’une simple prise de judo! Elle n’hésite jamais à le rembarrer ni à lui envoyer des piques bien senties. Elle n’a d’ailleurs aucun besoin de son associé masculin pour se tirer d’affaire dans la scène finale, montrant ainsi que l’on se situe désormais bien loin du poncif de la demoiselle en détresse. Nullement amourachée elle n’hésite pas à remettre ferment Steed en place quand celui-ci tente de lui faire des avances. Ainsi Cathy Gale devient dès cet épisode un symbole de la libération de la femme, à une époque où rien de tel n’apparaissait encore à la télévision, ce qui demeurera une identification constante de la série.

Warlock a également le mérite de poser les jalons de la relation naissante entre Cathy et Steed. Amitié et loyauté sont certes indéfectiblement présentes, mais aucun flirt, avoué ou non, ne se met en place. Steed essuie sur échec sur échec (il tente encore sa chance dans la scène finale, à peine plus subtilement !) Après d’autres tentatives avortées, il se contentera d’admirer platoniquement sa partenaire. Cette relation, dépourvue des sous-entendus si plaisants de l’ère Emma Peel, se voit par contre pimentée par des remarques acerbes, voire des coups de gueule, qui font ici leur apparition (contre-attaque directe de Cathy après la plaisanterie de Steed sur Yorick, qui le laisse décontenancé, coup d’oeil glacial lors de la scène de « chiromancie », contre attaque de Steed qui lui rend la monnaie.. de sa pièce, démarrage en trombe sous son nez, multiples échanges acérés…). L’épisode met en place un duo électrique dont les accrochages compteront parmi les meilleurs moments de cette saison !

EN BREF : Sans doute le meilleur épisode de toute la saison 2, Warlock en plante le décor avec brio, tout en mettant superbement en scène une atmosphère fantastique envoûtante et un duo d’adversaires particulièrement réussi!


VIDÉO


Le Warlock envoûte Catherine Gale!


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Se reflétant, dans la vitre de la bibliothèque, entre Steed et Cathy, on aperçoit un membre de l’équipe de tournage en train de lire le script (11’42’’) :

o Même les grands acteurs peuvent être maladroits : Macnee s’arrose en voulant ajouter de l’eau gazeuse à son whisky (20’14’’) (Steed ne boit toujours que des alcools forts) et marque sa surprise avant de se resservir, visiblement contrarié. Peter Arne fait bruyamment tomber une tablette (26’27’’), mais, totalement dans son personnage, il continuera, lui, imperturbablement, après s’être excusé auprès d’Honor! :

o L’ombre du micro apparaît sur le visage de Steed durant la conférence de Gallion (29’49’’) :

o On ne comprend pas l’assertion finale de Steed comme quoi Gallion travaillait pour Mogom, jusqu’ici celui-ci apparaissait comme son homme de main (48’42’’)!

 


Détails

o On peut s’étonner de voir toute une bibliothèque consacrée à l’occultisme dans une salle d’exposition de squelettes de dinosaures. Quel est le rapport ?

o « Poor Yorick » déclare Steed voyant Cathy examiner un crâne. Il s’agit d’une référence à un personnage d’Hamlet, un bouffon dont le crâne est exhumé et devant qui Hamlet se lamente : « Alas, poor Yorik ! ».

o La réalisation de son horoscope permet d’apprendre que Cathy Gale naquit le 5 octobre 1930, elle a donc trois ans de moins que son interprète Honor Blackman, née le 12 décembre 1927.

o L'hypnose : Le fameux pouvoir de Gallion se révèle finalement relever davantage de l'hypnose et de la suggestion que de la magie noire. L'hypnose a d'ailleurs été pour la première fois étudiée par un Anglais, le médecin James Braid, qui réalisa un traité sur le sujet en 1843. Longtemps utilisée en psychiatrie, elle fut combattue par Freud qui lui substituera les fameuses séances de divan. Reprise en considération depuis les années 80, elle est aujourd'hui pratiquée dans de nombreuses thérapies, y compris pour... la perte de poids! Elle conserve néanmoins son mystère, la science échouant toujours à expliquer la nature profonde de cette transe. Hormis au music-hall et chez les charlatans, elle n'a jamais été un contrôle mental mais un état intermédiaire entre la veille et le sommeil.

Acteurs - Actrices

o Peter Arne (1920-1983) a tourné dans trois autres épisodes de la série : Death on the slipway (saison 1), Les œufs d'or (saison 2) et Avec vue imprenable (saison 4). Il est né en Malaisie de père français et de mère américaine et a servi héroïquement comme pilote dans la RAF pendant la 2nde guerre mondiale. Il a de nombreux rôles de méchants à son actif dans des films de guerre ou d'espionnage. Son accent lui permit aussi de jouer des rôles de chinois, russes ou sud-américains ! Au cinéma, on peut noter son rôle de colonel dans trois films de La Panthère rose. À la TV, on l'a vu dans Destination danger (4 épisodes), Département S (2 épisodes), Le Saint, L'homme à la valise. Il a été retrouvé assassiné dans son appartement londonien en août 1983. Une rixe entre homosexuels a été évoquée mais le meurtre est toujours inexpliqué. Dans ses mémoires (Chapeau Melon, Presses de la Renaissance, p 264), Macnee lui accorde le crédit d’avoir imaginé les tenues de cuir d’Honor Blackman, pour faciliter les scènes de combat.

o John Hollis (1931-2005) a fait trois autres apparitions remarquées et remarquables dans la série : Sensai dans Les Cybernautes, saison 4, Kanwitch dans Le dernier des Sept, saison cinq et Zoltan dans Le Legs, saison six. Il a également joué dans les séries Le Saint (2 épisodes) et Dr Who entre autres. Au cinéma, entre autres dans Les douze salopards, Superman, Star Wars L'Empire contre attaque (Lobot, le bras droit de Lando Carlrissian), et le James Bond, Rien que pour vos Yeux dans le rôle de Blofeld.

o Pat Spencer, cette apparition dans les Avengers constitue son seul rôle répertorié !

o Douglas Muir (1904-1966) s’est fait connaître dans The Appleyards, considéré comme le premier soap opera anglais. Après une première collaboration avec Patrick Macnee dans Scrooge (1951) il incarne One-Ten, le supérieur de Steed, dans pas moins de 10 épisodes des Avengers : Diamonds cut diamond, The springers, Death on the slipway, The tunnel of fear, The deadly Air (saison 1), Missive de mort, Warlock, Monsieur Nounours, Tueurs à gage et L’argile immortelle (saison 2). Il participera par la suite à quelques autres séries (Z Cars, Le Saint).

o Olive Milbourn (1909-1994) est une actrice régulière des séries des années 60 (Le Saint, Dixon of Dock Green, Z Cars…). Son nom est mal orthographié dans le générique de fin : Milbourne).

o Alban Blakelock (1897-1966). Sa participation aux Avengers constitue le dernier rôle de cet acteur ayant été une figure des tout débuts de la télévision anglaise. Il apparaît à de multiples reprises dans les premières adaptations théâtrales, en direct, de Theatre Parade (1936-1938) : La Nuit des Rois, Alice in Wonderland, Le médecin malgré lui… En 1937, il y a à peine plus de 2000 téléviseurs dans tout la Grande-Bretagne !

o Herbert Nelson (1913-1990) Cet acteur américain est apparu à trois reprises dans la série : Dragonsfield (saison 1), Warlock et Mort d’un grand Danois (saison 2). Il a joué dans une multitude de seconds rôles au cinéma comme à la télévision (Kung-Fu).

A noter que…

o John Hollis reprendra un rôle très similaire dans Le dernier des sept (saison 5), un agent secret classique, dont le scepticisme et la répugnance à payer vis-à-vis d’un associé promettant monts et merveilles (et au jeu également superbe, puisqu’il s’agit de Donald Sutherland) conduiront également à la crise et à sa propre perte.

o Michael Whittaker, crédité au générique, a réalisé les costumes de Cathy Gale dans sept épisodes de la saison 2: Warlock, Combustible 23, Monsieur Nounours, Le point de mire, Mauritius Penny, Mort d’un grand danois, Festin de pierres. Ancien acteur, il devint dessinateur de costumes, notamment de cinéma : Maria Chapdelaine (1950), The story of Robin Hood (1952)… Les costumes réalisés pour The Black Rose lui valurent d’être nominés aux Oscars de 1951. Ses œuvres les plus connues demeurent tout de même les fameuses combinaisons en cuir de Cathy Gale ! Celles d’Emma Peel seront dessinées par John Bates.

o Terry Green, concepteur de décors, interviendra dans sept épisodes de la saison 2 (Mission à Montréal, La trahison, Warlock, le décapode, Mr Teddy Bear, Un traître à Zébra, La naine blanche) et deux de la saison 3 (Ne vous retournez pas, Seconde vue). Ses créations seront toujours de bonne facture, voire excellentes. Elles apporteront un attrait supplémentaire à ces épisodes, particulièrement crucial pour la série au moment où celle-ci est tournée quasi exclusivement en décors intérieurs, aux studios de Teddington.

o Doreen Montgomery (1913-1992). Le scénario de Warlock constitue pratiquement son dernier travail d’auteur. Elle a beaucoup écrit durant les années 40 et 50, au cinéma (Shadow of The Eagle, 1950) comme à la télévision (New adventures of Charlie Chan, 1957), développant souvent des mélodrames.

o Peter Hammond (1923-2011) est une figure importante de la série car il a réalisé pas moins de 19 épisodes, durant les saisons 1 (neuf épisodes, dont Passage à tabac), 2 (Warlock, Le point de mire, Mort d’un grand Danois, Les œufs d’or, La loi du silence) et 3 (Plaidoirie pour un meurtre, La toison d’or, Ne vous retournez pas, Le piège à rats idéal, Seconde vue). Il a participé à de nombreuses autres séries (Rumpole of The Bailey, Shades of greene…). Plus récemment il a tourné neuf épisodes du Sherlock Holmes de Jeremy Brett.

o Initialement Warlock était censé correspondre à la première rencontre entre Steed et Cathy. Finalement l’idée fut rejetée et les dialogues correspondant supprimés. On note tout de même que Cathy lui donne du « Mister Steed », quand elle referme la porte de la bibliothèque.

o Cet épisode s’intitule également en français Le Sorcier.

Fiche de Warlock des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-18.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/218.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-18-Warlock.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale19.htm

En espagnol

http://losvengadores.theavengers.tv/cathy_warlock.htm