MORT D’UN GRAND DANOIS

(DEATH OF A GREAT DANE)

Tournage : novembre 1962

Diffusion : ITV, 17 novembre 1962 – 13ème Rue, 29 janvier 1998

Scénario : Roger Marshall & Jeremy Scott

Réalisation : Peter Hammond Frederick Jaeger (Getz), Leslie French (Gregory), John Laurie (Sir James), Clare Kelly (Mrs. Miller), Dennis Edwards (1st Assistant), Anthony Baird (2nd Assistant), Billy Milton (Minister), Eric Elliot (Winetaster), Roger Maxwell (Winetaster), Herbert Nelson (Gravedigger), Michael Meyer (Policeman), Frank Peters (George Miller), Kevin Barry (Kennels Man), Junia (Dancer), Heidi (Bellhound).

Résumé

Suite à la découverte, après un accident de la route, de diamants valant plusieurs milliers de livres dans l'estomac d'un certain George Miller, Steed et Cathy enquêtent et découvrent que cette personne servait régulièrement de passeur. Ils remontent la piste jusqu’au mystérieux milliardaire Alex Litoff.


CRITIQUES


Estuaire44 22 septembre 2007

Mort d’un grand danois constitue un exercice de style du plus grand intérêt, car il parvient à synthétiser en un seul épisode l’intégralité des tares de la saison 2, s’offrant au passage le luxe de les accentuer jusqu’au paroxysme.

Comme il est de coutume dans cette saison, le scénario ne comporte aucun élément de fantaisie ou d’humour, se limitant à un polar sans relief. Ce que l’on perd en amusement ne se regagne pas en vraisemblance, car comment imaginer qu’un financier avisé, disposant de tels moyens, puisse recourir à un procédé aussi risqué et gagne-petit que le passage en fraude de diamants ? L’épisode se caractérise par l’accumulation habituelle, mais ici particulièrement flagrante, de dialogues interminables, installant un ennui pesant que ne vient interrompre aucune répartie saillante. On retrouve un autre défaut récurrent de la saison avec une multiplication inutile et tout à fait contreproductive des adversaires, empêchant une opposition réellement stimulante de se mettre en place.

Avec Hammond aux manettes, la mise en scène paraît certes plus vivace que ce que l’on a pu voir durant la saison, mais ne produit tout de même guère d’étincelles. On a connu ce metteur en scène plus inspiré ailleurs, mais son habileté ne pouvait guère trouver matière face à l’avalanche de scènes totalement statiques et confrontée de plus à un criant manque de moyens. En outre un autre fléau de la saison 2 se fait cruellement sentir : l’absence totale de vues extérieures (à part la scène d’introduction et un insert) diffuse une impression d’enfermement réellement pesante. Pour faire bon poids, la qualité de l’image apparaît très médiocre, tandis que le son est, lui, exécrable, avec des dialogues confinant parfois à l’inaudible. Une fois de plus la fin de l’histoire demeure bâclée, avec une bagarre tenant plus de l’agitation fébrile qu’autre chose (Emma Peel sera bien plus convaincante pour le coup !) et une conclusion abrupte.

Cette conjugaison de verbosité statique et de dramatique vacuité n’est pas sans nous rappeler la funeste trilogie du Dr King, d’où un abattement certain pour le spectateur. D’autant que la dynamique de l’épisode ne marque aucun signe d’essoufflement, car non seulement celui-ci cumule les pire défauts de la saison 2, mais il parvient également à en dénaturer les meilleurs aspects : la forte personnalité de Catherine Gale et ses continuelles savoureuse prises de bec avec Steed.

En effet, si Cathy Gale ajoute cette fois la photographie animalière, l’ornithologie et la médecine à ses multiples talents, l’épisode demeure surtout marqué, la concernant, par la scène catastrophique du tourne-disque. Effondrés et abasourdis, nous la voyons en posture d’odalisque et tenue très subjective, se lover sur des coussins tout en souriant béatement à Steed. Honor Blackman est certes superbe, mais toute cette scène demeure hors de propos. Voir Cathy Gale métamorphosée en une espèce de pin-up évaporée lui fait perdre sa singularité et son intérêt véritable. Le contresens est poussé assez loin, car on la voit pratiquement aguicher Steed, ce qui laisse d’ailleurs ce dernier songeur… De plus Cathy voit son importance demeurer périphérique, le cœur du récit consistant dans les infiltrations de Steed chez Litoff. Au total le plus mauvais épisode de la séquence Cathy Gale contient la plus faible prestation de cette dernière, ce qui dénote au moins d’une certaine cohérence.

Steed s’en sort nettement mieux, grâce à son érudition œnologique, sa finesse et son élégance naturelles. La plaisanterie (mais en est-ce vraiment une ?) sur la possible supercherie concernant la mort du passeur, nous vaut la seule petite crispation avec Cathy, toujours plus droite que son partenaire. Mais cela s’avère un feu de paille et le piège de l’épisode finit pas se refermer sur notre héros. Ses interminables dialogues avec Getz sont dépourvus de leur panache et pétillement coutumiers. La personnalité de Steed et tout le talent de Macnee ne peuvent suffire à insuffler de l’intérêt à ce qui n’est que poncifs et échanges téléphonés.

La seule bouffée d’air frais dans le marasme provient des seconds rôles, d’autant que, à l’exact contrario du reste de l’épisode, eux viennent rappeler un des authentiques plaisirs de la saison 2 : retrouver des comédiens déjà vus et admirés dans les saisons ultérieures. Laurie, comme toujours, demeure exceptionnel dans un rôle insufflant enfin un soupçon de fantaisie et où il n’est pas interdit de voir l'un des premiers excentriques de la série. Frederick Jaeger accomplit un travail très convainquant, malheureusement au service d’un adversaire de faible envergure. Sa totale dissemblance avec Benson représente l’une des rares curiosités de l’épisode ! Le plus intéressant demeure tout de même le majordome Gregory (Leslie French, lui aussi méconnaissable), dont les échanges avec Steed introduisent quelques gouttes d’humour dans ce brouet à la fadeur extrême.

EN BREF : Très clairement le plus mauvais opus de toute la séquence Cathy Gale d’une saison 2 cruellement caricaturée, cette histoire apparaît effectivement mortelle d’ennui. Cette soupe figée présente comme seul intérêt de nous faire trouver plus goûteux "Le petit déjeuner trop lourd" de la saison 5 !


VIDÉO


Une dégustation réussie !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Durant la scène d’ouverture les personnages ont sorti le parapluie tandis que le bruitage indique clairement une averse, mais aucune pluie n’est visible !

o Honor Blackman manque de faire tomber l’enveloppe contenant les radios des diamants, mais la rattrape avec un grand naturel (3’47’’).

o Le drapeau du pistolet de farces et attrapes ne parvenant pas à sortir, Clare Kelly doit se résoudre à l’extraire elle-même, ce qui a l’air de bien amuser Macnee (6’13’’).

o Leslie oublie le « pourboire » de Steed dans le chapeau melon, Macnee le lui rappelle avec le sourire. (12’47’’).

o Durant la grande scène de l‘odalisque, Honor Blackman s’interrompt un instant pour bien se caler sur les coussins (26’37’’).

o Les heures indiquées par les horloges paraissent incohérentes, ainsi Madrid, Paris et Rome ne donnent pas un résultat identique, alors qu’ils sont dans le même fuseau horaire (19’35’’).

o L’ombre du micro passe sur le visage de Getz (47’14’’) :

o Un membre de l’équipe de tournage apparaît dans le décor, à gauche en arrière-plan (50’01’’) :

o La caméra ayant servi à filmer les visages à travers l’œil de bœuf est visible dans le plan suivant (50’03’’) :

 


Détails

o Le chapelier de Steed se nomme Bateson (fils !) et est visiblement réputé. Steed est client de la banque Peterson.

o Cathy Gale a eu par le passé une liaison avec un journaliste financier.

o Par la fenêtre du bureau de Getz on aperçoit la cathédrale St-Paul.

o La voiture de médecin que Steed désigne comme une Hirondelle noire 1961, est en fait une Simca 1 000. Présentée au Salon de Paris en 1961, elle connaît un immense succès, y compris effectivement à l’export vers la Grande-Bretagne et les USA. Elle ne disparaît qu’en 1978. L’hirondelle est le symbole de Simca, son modèle précédent s’appelait d’ailleurs l’Aronde, hirondelle en vieux Français :

o Comme de coutume lorsqu’il est question de vin, Steed passe au Français, il prononce ainsi clairement « Château petit village… Superbe».

o Les réfugiés en Suisse auxquels il est fait allusion sont probablement Hongrois, près de 15 000 d’entre eux ayant franchi la frontière lors de la répression soviétique de 1956. Plus de la moitié d’entre eux n’était pas rentrée au pays.

o La lutte contre le cancer était déjà une grande cause en 1962, cela ne suscite guère l’optimisme…

o On trouve à Asnières le gigantesque et superbement orné Cimetière des Chiens. Ouvert en 1899, c’est le plus grand funéraire animal au monde, avec plus de 100 000 « résidents », du singe au poisson, en passant par le fennec ou le maki. De nombreux animaux de personnalités y sont enterrés, à côté de monuments rendant hommage au dévouement du meilleur ami de l’homme. Il a été classé au patrimoine historique en 1987, et restauré en 2001.

o Grand Danois : Il s’agit de l’autre nom du Dogue Allemand, un des plus grands chiens existant car seulement surpassé par le Lévrier Irlandais. Il peut dépasser un mètre de hauteur au garrot et atteindre un poids de 90 kg. Il fut longtemps un chien de guerre ou de chasse au sanglier avant d’être domestiqué. On le décrit généralement comme intelligent, de bon caractère et très affectueux envers ses maîtres. Il est originaire d’Allemagne, où il fut scientifiquement répertorié. Certains spécialistes lui donnent par contre une origine grecque, selon des effigies apparaissant sur d’antiques pièces de monnaie. Il est d’ailleurs surnommé « l’Apollon des chiens » ! Le surnom de Danois viendrait d’immenses chenils créés par les Rois de Danemark. Le dessinateur Iwao Takamoto a pris le Grand Danois en modèle afin de créer Scooby-Doo pour Hanna et Barbera.

Acteurs – Actrices

o Frederick Jaeger (1928-2004) est célèbre dans le monde des Avengers pour son rôle de Benson dans Les cybernautes (saison 4) et Le retour des cybernautes (saison 5). Il apparaît également dans Cibles (Saison 7, TNA). Jaeger est né à Berlin et étudia en France et en Allemagne avant d'émigrer en Angleterre en 1939. Il commença à faire du théâtre en 1949, de la télévision en 1955 et du cinéma en 1956. Il est apparu dans de nombreuses séries (Département S, Paul Temple, Amicalement Vôtre, Poigne de Fer et Séduction, Regan, Le Retour du Saint, Les Professionnels…), intervenant à de multiples reprises dans les diverses versions du Dr Who. Il est décédé en Espagne.

o Leslie French (1904-1999) est également apparu dans Meurtres à épisodes (saison 5). Il a joué dans de nombreuses séries anglaises (Dixon of Dock Green, Z Cars, Dr Who…). Au cinéma, il participa notamment à Tuer n’est pas jouer (1987), où il interprétait un assistant de laboratoire. Il servit de modèle nu pour la fabrication de la statue d’Ariel, l’esprit servant de Prospero, ornant la façade de l’immeuble de la BBC, construit en 1932 !

o John Laurie (1897-1980), a connu une brillante carrière de comédien shakespearien au théâtre. Ami très proche de Laurence Olivier, il apparut ainsi régulièrement à l’Old Vic. Laurie a également joué dans de nombreux films dès les années 30, dont Les 39 marches et Q Planes qui a inspiré le personnage de Steed à Patrick Macnee. Il a participé à trois autres épisodes de la série : Plaidoirie pour un meurtre (saison 3), Une petite gare désaffectée (saison 5) et Pandora (saison 6). Son rôle le plus populaire demeure James Frazer, personnage récurrent dans Dad’s Army (1968-1977).

o Herbert Nelson (1913-1990). Cet acteur américain est apparu à trois reprises dans la série : Dragonsfield (saison 1), Warlock et Mort d’un grand Danois (saison 2). Il a joué dans une multitude de seconds rôles au cinéma comme à la télévision (Kung-Fu).

À noter que…

o Pour l'édition Optimum sortie en 2009 au Royaume-Uni, un commentaire audio de cet épisode a été fait avec Roger Marshall, scénariste.

o Notes édition DVD Optimum:

Suppléments : Ceux-ci contiennent le script d’époque ainsi qu’une grande galerie de photos de tournage, comme pour la quasi totalité des épisodes du coffret. On peut constater la complicité existant entre Macnee et Laurie et qu’ils se sont visiblement bien amusés durant la scène de dégustation des vins.

o Le générique de début d’épisode évolue, avec , notamment, une nouvelle représentation de Cathy Gale, le visage orienté vers la gauche et tenant un pistolet.

o Cet épisode fit l’objet d’un remake durant la saison 5, avec l’épisode Un petit-déjeuner trop lourd écrit avec le même très faible résultat !

o La scène des devinettes œnologiques fait évidemment penser à celle de Meurtre par téléphone (saison4).

o Perruque mise à part, la marionnette de Mrs Miller ressemble furieusement à celle de Comment réussir un assassinat ? (saison 4).

o Le Grand Danois apparaissant dans l’épisode est en fait un chien appartenant à Patrick Macnee !

o Peter Hammond (1923) est une figure importante de la série car il a réalisé pas moins de 19 épisodes, durant les saisons 1 (neuf épisodes, dont Passage à tabac), 2 (Warlock, Le point de mire, Mort d’un grand danois, Les œufs d’or, La loi du silence) et 3 (Plaidoirie pour un meurtre, La toison d’or, Ne vous retournez pas, Le piège à rats idéal, Seconde vue). Il a participé à de nombreuses autres séries (Rumpole of The Bailey, Shades of greene…). Plus récemment il a tourné neuf épisodes du Sherlock Holmes de Jeremy Brett.

o Roger Marshall (1934) fut un des auteurs les plus importants des Avengers. Il écrivit pas moins de quinze épisodes, de la saison 2 à la saison 5, donnant naissance à quelques uns des plus beaux moments de la série. Il a ainsi écrit : Tueurs à gage, Mort d’un grand danois, La loi du silence (saison 2), La toison d’or, Mort d’un ordonnance, La cage dorée, La mandragore (saison 3), Meurtres par téléphone, Avec vue imprenable, La poussière qui tue, L’heure perdue, Maille à partir avec les taties, Les chevaliers de la mort (saison 4), Une petite gare désaffectée et Un petit déjeuner trop lourd (saison 5). En 2000, il réalisera également un documentaire sur la série : Avenging the Avengers. Il a participé à l’écriture d’autres séries : Public Eye, Armchair Theatre, Lovejoy

Fiche de Mort d'un grand danois des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-8.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/208.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-08-DeadGreatDane.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale09.htm