MISSIVE DE MORT

(DEATH DISPATCHT)

Tournage : mars 1963

Diffusion : ITV, 26 décembre 1962 – 13ième RUE, 19 février 1998

Scénario : Leonard Fincham

Réalisation : Jonathan Alwyn Richard Warner (Miguel rosas), David Cargill (Monroe), Valerie Sarruf (Anna Rosas), Douglas Muir (One-Ten), Gerald Harper (Travers), Hedger Wallace (Baxter), Michael Forrest (Rico), Maria Andipa (Singer), Pasco (Alan Mason), Thugs (Geoff L’Cise, Arthur Griffiths), Chambermaid (Bernice Rassin), Customer (Jerry Jardin).

Résumé

Le diplomate Alan Baxter est assassiné dans sa chambre d'hôtel en Jamaïque. Il revenait de Washington et transportait des informations ultra confidentielles dans une valise diplomatique britannique. Malheureusement, cette valise a été emportée par le meurtrier. Envoyés sur place, Steed et Cathy Gale, dont la mission est de retrouver cette mallette, nous entraînent dans un voyage pour le moins exotique, de Jamaïque jusqu'à Santiago !


CRITIQUES


Estuaire44 13 août 2007

Missive de mort apparaît comme un épisode à part, par son intrigue qui, même en demeurant purement un récit d'espionnage, conduit les Avengers jusqu'aux exotiques contrées de l'Amérique du Sud.

L'argument, une simple course poursuite, ne sert que de prétexte pour faire parcourir aux Avengers toute l'Amérique Latine. Ce manque de consistance constitue la principale faiblesse de l'épisode. Toutefois ce défaut demeure mineur tant il nous autorise des scènes pittoresques et un vrai dépaysement, même de fantaisie. De plus de multiples éléments viennent conférer à cet épisode une tonalité à la 007, alors même que James Bond contre Dr No vient de sortir sur les écrans en cette année 1962 (le 5 octobre en Angleterre) et se déroule lui aussi en Jamaïque.

Ainsi nous découvrons un Steed plus machiste et Casanova que jamais, une énigme se résolvant par des déplacements multiples en avion d'un pays à l'autre, un complot à grande échelle... Honor Blackman, future Pussy Galore, campe une Bond Girl avant l'heure, avec une Cathy Gale bien plus sous le charme de son partenaire qu'elle ne le sera par la suite, tandis que One-Ten fait encore plus penser à M que de coutume. Certains décors (comme la chambre d'hôtel du prologue) évoquent nettement le film. Nous avons même droit à l'opposition entre agent secret et personnel diplomatique ampoulé qui se retrouve également dans le film, de manière plus atténuée il est vrai.

Heureusement, l’épisode évite de devenir un simple pastiche, et notre héros demeure bien Steed, John Steed. Le manque de moyens vient d’ailleurs limiter ce rapprochement : au lieu d'un final explosif on se retrouve ainsi face à un de ces dénouements beaucoup trop précipités dont cette saison s'est faite une spécialité. En prime cela débouche sur une scène particulièrement pénible où nos héros prennent une jeune fille en otage pour s'en servir comme bouclier humain !

Cette intrigue originale se voit soutenue par une réalisation qui, sans être particulièrement inspirée, se révèle assez alerte, sachant par exemple tirer profit du décor relativement neutre des chambres d'hôtel. Le face-à-face de la cabine téléphonique ou l'infiltration de Cathy comme femme de chambre constituent des moments de tension bien rendus. Les décors semblent très succincts, (aéroport, chambres, terrasse de Rosas), à l'exception majeure de la taverne des Dos Pajaros. Celle-ci concentre à peu près tous les clichés imaginables sur l'Amérique Latine, avec des acteurs baragouinant un Espagnol de cuisine pour le moins improbable. Le summum est atteint avec une interprétation en roue libre de la Malagueña Salerosa ! Tout ceci pourrait verser dans le ridicule, mais, avec un peu de bonne volonté, on prend assez facilement le parti de s'en amuser. De plus les inserts, de bonne qualité, servent habilement l’histoire en se cantonnant astucieusement à une simple et efficace illustration.

L’épisode souffre par contre du manque de saveur de ses personnages secondaires. Si Gerald Harper interprète avec humour un diplomate complètement dépassé par Steed, l’opposition semble par contre singulièrement terne. Rosas lui-même manque totalement d’intérêt et ne montre certes pas la démesure et l’éclat des grand ennemis de James Bond ! Bizarrement, il fait beaucoup plus Américain du Nord que du Sud. Sa fille est parfaitement crispante d’idiotie. Les tueurs qu’il confronte à Steed apparaissent totalement dépourvus de personnalité et réduits à de simples silhouettes. Seul Monroe parvient à exister quelque peu, mais demeure très convenu. One-Ten parvient à établir une vraie complicité avec Steed, ces deux-là s’entendent à l’évidence comme larrons en foire, y compris vis-à-vis des dames de la piscine ! Ce personnage apparaît décidément comme le supérieur de Steed le plus intéressant de cette époque.

Steed lui-même a l’air de beaucoup s’amuser durant son escapade dans l’hémisphère sud. Donnant l’impression d’être réellement en vacances, il drague à tout va, y compris sa partenaire, d’une manière très explicite voire grivoise (cela sera plusieurs fois le cas lors de cette saison). Il abandonne chapeau melon et parapluie pour une tenue de touriste assez hideuse (dont un feutre blanc du plus mauvais effet), sans parler de la robe de chambre et des chaussons d’un ridicule mortel. Néanmoins le personnage pétille, notamment dans les scènes de comédie très réussies avec Gérald Harper, parmi les plus réussies de l’épisode (le tag final reste un modèle du genre). Son numéro de charme auprès de sa partenaire est également très distrayant. Macnee sait à merveille nous communiquer l’amusement et la joie de vivre de son personnage, grâce à sa verve comique toujours aussi brillante.

La vraie vedette de l’épisode demeure néanmoins Mrs Catherine Gale, qui réalise ici sa première apparition. D’ailleurs on s’aperçoit que le duo ne s’est pas encore réellement constitué, car c’est One-Ten qui désigne sa partenaire à Steed. L’impression d’avoir affaire à un épisode véritablement à part devient grâce à elle particulièrement prégnante. En effet Cathy apparaît ici comme jamais plus elle ne sera. Bien qu’elle dispose d’une véritable personnalité, elle est tout sourire et complicité avec son partenaire, allant jusqu’à pousser loin le jeu de la séduction. Toujours d’accord avec lui, elle accepte de bon gré ses méthodes et goûte fort son humour, bien loin des colères et autres remarques acrimonieuses qui deviendront par la suite partie intégrante de son irrésistible personnalité. Néanmoins cette Cathy parvient à nous passionner : n’hésitant devant aucune prise de risque et disposant déjà de connaissances bien plus étendues (excellent Espagnol !) que celles de son associé, elle s’impose d’emblée comme une authentique partenaire de Steed. La magnifique Honor Blackman suscite déjà l’enthousiasme, tant son talent et son charme crèvent l’écran dès cette première aventure !

EN BREF : Un épisode fort plaisant et des plus dépaysants, où Cathy Gale réalise une entrée en scène très réussie. La rencontre des deux Avengers s’avère si harmonieuse que la balade prend des allures de lune de miel… Le retour à Londres se révèlera plus rugueux !


VIDÉO


La Malagueña salerosa !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Dans la scène d’ouverture on entend distinctement le couteau tomber par terre au lieu de percuter Baxter (4’22’’).

o Au début de l’épisode la demoiselle attend visiblement le signal de lancer le ballon (4’42’’).

o L’ombre du micro apparaît sur le visage de Steed quand celui-ci porte un toast (41’01’’) :

 


Détails

o Une fois de plus les Avengers sont en avance sur leur temps car en 1973 un coup d’État aura bien lieu au Chili, menant tragiquement au pouvoir un Pinochet aux idées politiques très proches de celles de Rosas. o D’une manière plus triviale, le Chili se situe en plein dans l’actualité de 1962, car il y a organisé la Coupe du Monde de Football. Lors du tournage de l’épisode, l’Angleterre est en pleine préparation de sa World Cup, qu’elle accueille et remporte en 1966. Bien avant la prise en main de la série par Clemens et ses fameuses lois, on peut constater que la série ne met en scène aucun Noir, y compris à la Jamaïque...

o En l'honneur de l'arrivée de sa nouvelle collaboratrice, Steed sable le champagne, chose alors très rare, car durant cette saison 2 il sera plutôt amateur d'alcools forts.

o Décidément James Bond contre Dr No comporte plus d'un lien avec les Avengers. On y retrouve ainsi la superbe Eunice Gayson dans son rôle de Sylvia Trench (également dans Goldfinger), alors qu'elle interprétera l'inoubliable Lucille Banks de La danse macabre (saison 4). Q, ici joué par Peter Burton, est également doublé par Jean Berger, qui assure la version française de Patrick Macnee.

o La Malagueña Salerosa : Cette chanson, interprétée d’une manière pour le moins fantaisiste par la chanteuse du Dos Pajaros, n’est bien entendu pas un air chilien mais un grand classique de la musique mariachi. Écrit et composé par Elpidio Ramirez, il est issu d’un film mexicain portant le même nom et ayant connu un grand succès en 1947, avec notamment une grande vedette du cinéma de ce pays, Lilia Prado. Cette vibrante déclaration d’amour fut reprise souvent, avec différentes adaptations, sur scène (Trini Lopez, Chingon…) comme au cinéma. On la retrouve ainsi dans les bandes-son de Desperado 2 (2003) et de Kill Bill 2 (2004). En France, après Nana Mouskouri, Olivia Ruiz l’a reprise en 2003 dans son album J’aime pas l’amour. La Malagueña est également une branche du flamenco, originaire de la région de Malaga.

Acteurs – Actrices

o Richard Wagner (1911-1989) a connu une longue carrière, s'étendant sur tout un demi-siècle. Il a participé à de très nombreuses séries (Destination Danger, Z Cars, Le Saint...) et est également apparu au grand écran, dans des classiques du cinéma fantastique : Le Village des damnés (1960) et Le Spectre du chat (1961).

o David Cargill est un habitué des séries des années 60 (L'Homme à la Valise, Le Baron, Le Saint, Destination Danger...). Il effectuera encore quelques apparitions dans les années 70 (Amicalement Vôtre).

o Gerald Harper (1929) a également participé aux épisodes L'heure perdue (saison 4) et Homicide et vieilles dentelles (saison 6). Formé à la Royal Academy of Dramatic Arts, il a connu une belle carrière dans les dramaturgies radiophoniques de la BBC, de même qu'à la télévision (Gedeon's way, Public Eye, Hadleigh...). Au cinéma il est apparu notamment dans A night to Remember (1958), une évocation du Titanic où Honor Blackman tient l'un des rôles principaux. Son rôle le plus connu demeure néanmoins celui de Adam Adamant, dans Adam Adamant lives ! (1966), la série que tenta d'opposer la BBC aux Avengers !

o Hedger Wallace (1927-2000) a également participé aux Anges de la mort (saison 8, The New Avengers), ainsi qu'à de nombreuses autres séries (Le Saint, Destination Danger, Les Champions...).

o Michael Forrest apparaît dans un autre épisode, Le tigre caché (saison 5). Il a joué également dans Z Cars, Dixon of Dock Green...

o Douglas Muir (1904-1966) s’est fait connaître dans The Appleyards, considéré comme le premier soap opera anglais. Après une première collaboration avec Patrick Macnee dans Scrooge (1951) il incarne One-Ten, le supérieur de Steed, dans pas moins de 10 épisodes des Avengers : Diamonds cut diamond, The springers, Death on the slipway, The tunnel of fear, The deadly Air (saison 1), Missive de mort, Warlock, Monsieur Nounours, Tueurs à gage et L’argile immortelle (saison 2). Il participera par la suite à quelques autres séries (Z Cars, Le Saint).

À noter que…

o Le message écrit (au rouge à lèvres) par Steed sur le miroir de Cathy fait songer aux fameux Mrs Peel, we're needed de la saison 5.

o L’épisode pousse à l’extrême les voyages en décor réalisés par les Avengers durant cette saison 2. À côté de cette traversée de l’Amérique du Sud on y trouve en effet des visites en France (Combustible 23, Tueurs à gage), au Canada (Mission à Montréal), en Irlande (Mort en vol) ou bien encore en Grèce (Le clan des grenouilles). Cette intéressante originalité se voit souvent gâchée par le manque de moyens et la platitude de la réalisation, qui font que la bienveillance du spectateur est au moins autant sollicitée que son imagination ! Néanmoins on y relève parfois de bonnes idées et surtout des accents pittoresques assez irrésistibles.

o Cathy Gale aura de nouveau l’occasion de mettre en pratique son excellent espagnol dans Mort d’un ordonnance (saison 3).

o Elle réalisera également une autre spectaculaire apparition en sous-vêtements dans L’homme aux deux ombres (saison 3).

o Jonathan Alwyn (1940) a dirigé sept épisodes : Missive de mort, Combustible 23, Festin de pierre, Inter-Crime, L’école des traîtres (saison 2), Le marchand de secret, Le retour du traître (Saison 3). Sa carrière de réalisateur (Armchair Theatre, The rivals of Sherlock Holmes…) et de producteur (Maigret, The rivals of Sherlock Holmes…) s’est prolongée jusque dans les années 90.

Fiche de Missive de mort des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-13.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/213.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-13-DeathDispatch.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale14.htm

En espagnol

http://losvengadores.theavengers.tv/cathy_dispatch.htm