LES ŒUFS D’OR

(THE GOLDEN EGGS)

Tournage : février 1963

Diffusion : ITV, 2 février 1963 – 13ème Rue, 5 mars 1998

Scénario : Martin Woodhouse

Réalisation : Peter Hammond Peter Arne (Redfern), Pauline Delaney (Elizabeth Bayle), Donald Eccles (Dr. Ashe), Gordon Whiting (De Leon), Robert Bernal (Hillier), Irene Bradshaw (Diana), Louis Haslar (Campbell), Charles Bird (Hall).

Résumé

Des œufs, à l’apparence dorée, sont volés chez un biologiste. Le cambrioleur, au contact avec de mystérieux fluides durant l’opération, tombe gravement malade. Les œufs, conservés dans une mallette étanche, servent en fait de réceptacle à diverses cultures de terribles virus. Une course-poursuite s’engage alors entre le commanditaire du vol et les Avengers pour récupérer ces objets, aussi précieux que dangereux.


CRITIQUES


Estuaire44 17 novembre 2007

L’intrigue des Œufs d’or, tout en demeurant très classique dans son approche, s’avère d’une efficacité redoutable. Le thème de la chasse au trésor donne souvent lieu à des histoires palpitantes et celle-ci ne fait pas exception. Après une introduction efficace, elle se déroule sans temps morts ni digressions inutiles. Au suspense résultant de l’opposition entre les deux camps, vient s'ajouter la menace induite par le virus. Ainsi, sans abuser du spectaculaire, cet épisode parvient à insuffler une véritable angoisse, l’aspect crédible de Verity Prime, une super grippe, le rendant finalement plus menaçant encore. Comme fréquemment chez les Avengers, l’histoire devient anticipation. Ce qui pouvait encore passer pour un scénario proche du fantastique durant les années 60 appartient aujourd’hui au banal, tant les menaces d’attentat ou d’emploi d’armes de guerre biologiques sont devenues tangibles.

Deux faiblesses apparaissent néanmoins dans le déroulement de l'intrique. Il est ainsi étonnant de voir Steed s'absenter pour un motif assez trivial, alors même que les adversaires peuvent surgir à tout moment, ce qui ne manque d'ailleurs pas de survenir. Connaissant le caractère florentin du personnage, et l'aspect cyniquement manipulateur qu'il illustre à diverses reprises en cette saison, on peut supposer qu'il s'agit d'un procédé destiné à les décider à passer à l'action. Il ne s'en vante d'ailleurs pas, reste à savoir si Cathy Gale en est dupe... Beaucoup plus gênant demeure de voir le minutieux et intelligent Redfern enfermer Cathy dans la pièce contenant les commandes électriques de la maison. On peut y discerner une facilité scénaristique détonnante dans cet épisode de très haut niveau.

Mais ce qui impressionne le plus dans cet épisode demeure l’inventivité de la mise en scène d’un Peter Hammond au sommet de son art. Grâce à une caméra judicieusement mobile, il parvient toujours à trouver l’angle de vue adéquat afin de susciter l’angoisse ou l’émotion. Les étapes de la maladie de De Leon sont ainsi anxiogènes à souhait, tandis que l’atmosphère légère créée lors des scènes entre Cathy et Steed en forment un contrepoint parfait. On apprécie l’audace de quelques figures de style, comme les rapides allées et venues entre les plans de Cathy et Redfern, faisant admirablement monter la pression avant le face à face final. Les décors ont visiblement fait l’objet d’un soin particulier, la modeste demeure de De Leon semble très crédible, tandis que l’impressionnante collection d’automates de Redfern apporte une touche d’étrangeté bienvenue au récit.

Comme lors de Warlock, l’épisode se voit dominé par l’ahurissante performance de Peter Arne. S'il apparaît moins hors normes et novateur que Cosmo Gallion, Redfern n'en demeure pas moins un personnage singulièrement plus relevé que la plupart des adversaires issus de cette saison fortement inspirée par l'espionnage le plus classique. Il manifeste un machiavélisme mâtiné d'humour glacial des plus réjouissants, tandis que son obsession maladive pour les automates achève de lui conférer un avant-goût des Diabolical Masterminds ultérieurs. Le tout se voit sublimé par l'excellence du jeu fantasque et brillant de son interprète. Vraiment, on ne peut que regretter que Peter Arne n’ait pas occupé d'avantage d'espace durant les saisons ultérieures !

Si Pauline Delaney campe de manière très crédible la cupide Elizabeth, finalement dépassée par les conséquences de ses actes, c'est surtout le couple De Leon/Diana qui attire par ailleurs l'attention. Gordon Whiting donne un impact terrible aux délires enfiévrés de son personnage, magnifiquement servi par la caméra d'Hammond, tandis que l'émotion suscitée par le drame vécu par Diana s'avère très communicative, sans effet par trop mélodramatique. Ce couple suscite d’autant plus notre intérêt qu’il représente une Angleterre humble et réaliste, dont l’évolution de la série vers la fantaisie va rendre les apparitions très rares à l’avenir. Le brillant Donald Eccles, dans le rôle du misanthrope Dr Ashe, annonçant lui les futurs excentriques caractéristiques de la série, vient compléter une distribution particulièrement enthousiasmante.

L'épisode demeure également marqué par une mise en retrait significative de John Steed. Si ce phénomène s'observe ailleurs dans la saison (Le grand penseur, Six mains sur la table), cela s'avère ici particulièrement net. C'est évidemment prendre un risque, mais l'espace libéré résulte admirablement occupé par une Cathy Gale parfaitement à la hauteur. Tout en multipliant initiatives et hardiesses (ce n'est pas un hasard si son partenaire la qualifie d'indépendante !), elle parvient à mener efficacement l'affaire à son terme, sans tomber dans le cynisme parfois très dur du Steed de ce temps-là. Bien au contraire, elle montre une authentique sollicitude pour les victimes, comme lors de la rencontre avec Diana, permettant à Honor Blackman d'illustrer de réels talents de grande comédienne. Malgré l'apparition d'une tenue en cuir très guerrière, on assiste à peu de véritables scènes de combat, mais le duel final avec Redfern, marqué par un rare suspense, compense largement ce manque.

Si Steed se fait rare, ses apparitions paraissent très réussies, d'autant que ses dialogues avec Cathy Gale pétillent comme rarement. C'est en effet l'ultime atout de cet excellent épisode que de nous offrir un duo d'Avengers particulièrement amusant, proposant de superbes réparties à d’excellents interprètes éprouvant à l’évidence un plaisir des plus communicatifs à jouer ensemble. C'est notamment le cas lors de l'étonnant petit-déjeuner ouvrant le récit, laissant un instant planer les plus folles suppositions, avant que l'ambiguïté ne soit finalement levée. Le passage du vase provoque également un franc éclat de rire. Patrick Macnee et Honor Blackman entendent à la perfection comment mettre en valeur la passionnante association unissant leur personnage !

EN BREF : Grâce à une intrigue brillante et à une réalisation virtuose à l’inventivité rare, cet épisode s'avère particulièrement enthousiasmant. À côté de brillants héros, à la piquante relation désormais parfaitement établie, le toujours étonnant Peter Arne s’impose décidemment comme le grand adversaire de cette saison !


VIDÉO


L’étrange Mr. Redfern !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o L’angle de vue de la caméra permet de constater l’absence de plafond du décor (16’30’’) :

o L’ombre du micro passe sur le visage de Redfern (14’52’’) :

 


Détails

o Au lieu d’un porridge bien plus anglais, Steed prend des corn-flakes très américains au petit-déjeuner !

o Le slogan inscrit sur la boite de corn-flakes est: "Wild west cornflakes. The most nourishing and sustaining breakfast cereal of them all".

o Après l’écriture d’un livre consacré aux porcelaines (L’argile immortelle), Cathy passe aux travaux pratiques !

o Steed, titillant Mrs gale à propos de la séduction émanant de ses atours préraphaélites (23’30’’), fait référence à un mouvement artistique anglais de la seconde moitié du XIXe siècle, le Préraphaélisme. En réaction aux stricts canons victoriens, celui-ci cherchait, dans des domaines aussi divers que la peinture, la poésie ou la sculpture, à retrouver l’éclat des artistes italiens médiévaux, avant une Renaissance, symbolisée par Raphaël et supposée privilégier des œuvres maniérées mais vides de sens. Quand on sait que les peintures préraphaélites étaient réputées pour leurs couleurs vives et la splendeur des étoffes, on ne peut que constater une ironie certaine envers la mise souvent austère de Cathy Gale...

Monna Vanna, 1866 (Dante Gabriel Rossetti)

The Lady of Shallot, 1888 (John W. Waterhouse)

o Culture de virus : Les virus sont des organismes unicellulaires ne pouvant se reproduire qu'en envahissant d'autres cellules vivantes, leur multiplication effrénée finissant par tuer leur hôte. Utiliser un œuf comme terrain d'ensemencement ne semble donc pas tout à fait absurde ! La reproduction contrôlée des virus présentant de nombreux avantages (études ; production de vaccins), des moyens efficaces ont été développés pour y parvenir, en recourant aux cultures de cellules. Les boîtes dites de "Petri" jouent ainsi le même rôle que l'œuf du Dr Ashe. Ces pratiques ont été définitivement élaborées durant les années 50, et se situent encore à la pointe lors du tournage de l'épisode. Les tous premiers essais (1885) faisaient effectivement appel à un embryon de poulet !

Acteurs – Actrices

o Peter Arne (1920-1983) a tourné dans trois autres épisodes de la série : Death on the slipway (saison 1), Warlock (saison 2) et Avec vue imprenable (saison 4). Il est né en Malaisie de père français et de mère américaine et a servi héroïquement comme pilote dans la RAF pendant la seconde Guerre Mondiale. Il a de nombreux rôles de méchants à son actif dans des films de guerre ou d'espionnage. Son accent lui permit aussi de jouer des personnages chinois, russes ou sud-américains ! Au cinéma, on peut noter son rôle de colonel dans trois films de la Panthère rose. À la TV, on l'a vu dans Destination Danger (quatre épisodes), Département S (deux épisodes), Le Saint, L'Homme à la Valise. Il a été retrouvé assassiné dans son appartement londonien en août 1983. Une rixe entre homosexuels a été évoquée, mais le meurtre est toujours inexpliqué. Dans ses mémoires (Chapeau Melon, Presses de la Renaissance, p 264), Macnee lui accorde le crédit d’avoir imaginé les tenues de cuir d’Honor Blackman, pour faciliter les scènes de combat.

o Pauline Delaney (1926-2007) joue également dans l'épisode Un petit déjeuner trop lourd (saison 5). Cette actrice, d'origine irlandaise, fit ses classes dans les théâtres de Dublin, avant de connaître le succès au West End, au début des années 60. Elle apparaît également dans de nombreux programmes de la télévision anglaise : Z Cars, Dixon of Dock Green, Rumpole of the Bailey... Elle obtient le rôle récurrent de Mrs Mortimer dans Public Eye. Elle est parfois référencée sous l'orthographe irlandaise de son nom, Pauline Delany.

o Donald Eccles (1908-1986). Comédien de la Royal Shakespeare Company, il est venu tardivement à l'écran, durant les années 60. Il joua dans de nombreuse séries (Dr Who, Rumpole of the Bailey, Adam Adamant lives!...) avant de décéder dans un accident de voiture. Dans le rôle de Robin Starveling, il participa notamment à la version filmée du Songe d'une nuit d'été (1968) où Diana Rigg interprétait Héléna.

o Irene Bradshaw est également aperçue dans deux autres épisodes : One for the mortuary (saison 1) et Le village de la mort (saison 5). Elle ne connaît qu'une carrière limitée à quelques apparitions durant les années 60 (Z Cars, Softly Softly...), mais participe néanmoins à l'étrange Dr. Jeckyll et sister Hyde (1971) écrit par Brian Clemens et réalisé par Roy Ward Baker.

À noter que…

o L’énergique Steed semble plus matinal que sa partenaire, cela sera également le cas dans Les aigles (saison 4).

o Alors que, afin de se faire passer pour un collectionneur (Mauritius Penny) ou un avocat (Inter-crime), Steed utilisait une paire de lunettes, ici pour simuler une journaliste Cathy Gale utilise... et bien, une paire de lunettes ! Les déguisements de nos héros deviendront plus variés dans les saisons ultérieures.

o Peter Hammond (1923-2011) est une figure importante de la série car il a réalisé pas moins de 19 épisodes, durant les saisons 1 (neuf épisodes, dont Passage à tabac), 2 (Warlock, Le point de mire, Mort d’un grand danois, Les œufs d’or, La loi du silence) et 3 (Plaidoirie pour un meurtre, La toison d’or, Ne vous retournez pas, Le piège à rats idéal, Seconde vue). Il a participé à de nombreuses autres séries (Rumpole of The Bailey, Shades of greene…). Plus récemment il a tourné neuf épisodes du Sherlock Holmes de Jeremy Brett.

o Martin Woodhouse a écrit le scénario de sept épisodes : Monsieur Nounours, Le grand penseur, les œufs d’or, Le clan des grenouilles (saison 2), Seconde vue, Lavage de cerveau (saison 3) et L’économe et le sens de l’histoire (saison4). Il est également connu pour sa participation à la série Supercars, dont il a écrit 22 épisodes (1961).

Fiche des Œufs d'or des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-19.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/219.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-19-TheGoldenEggs.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale20.htm