LE GRAND PENSEUR

(THE BIG THINKER)

Tournage : décembre 1962

Diffusion : ITV, 15 décembre 1962 – 13ème Rue, 12 février 1998

Scénario : Martin Woodhouse

Réalisation : Kim MillsAnthony Blooth (Dr. Kearns), Walter Hudd (Dr. Clemens), David Garth (Dr. Farrow), Tenniel Evans (Dr. Hurst), Allan McClelland (Broster), Penelope Lee (Clarissa), Marina Martin (Janet), Ray Browne (Blakelock), Clive Baxter (Nino).

Résumé

Un technicien participant au projet Platon, le plus puissant ordinateur jamais construit, est retrouvé mort. Connaissant un des responsables du projet, Cathy Gale mène une enquête discrète. L’hypothèse d’un sabotage prend corps quand surviennent d’autres faits étranges. Bientôt un jeune informaticien, aussi brillant qu’insupportable, se voit suspecté.


CRITIQUES


Estuaire44 10 octobre 2007

Le grand penseur introduit un thème que l’on retrouvera dans les saisons ultérieures : l’ordinateur contrôlant tout un édifice. Mais là où L'héritage diabolique, Meurtres au programme et Complexe X41 mettront en scène la machine infernale comme un acteur à part entière, autonome et actif, la saison 2 marque ici clairement ses limites en ne faisant de Platon qu’un simple élément du décor, la victime passive des tentatives de sabotage. On retrouve les récits d'espionnage classiques habituels, cette trame du traître saboteur est d'ailleurs exactement la même que celle de l’épisode précédent, Un traître à Zébra. Le soupçon d’originalité introduit par l'ordinateur géant se voit donc noyé dans le flot coutumier des clichés de ce type d’histoire.

À cela viennent se rajouter les défauts récurrents de cette saison, en particulier une action statique encombrée d’une succession de bavardages trop longs et sans réel intérêt. Le pire demeure la nature confuse et morcelée du récit où cohabitent plusieurs éléments (amourette, amateurs, vrai traître) sans véritable imbrication. On retrouve également la fin abrupte habituelle, sans que l’on sache vraiment les conséquences des dommages subis par Platon, ou le devenir de la relation Kearns-Janet.

La réalisation de Mills ne vient guère rajouter de piment à l’épisode : se limitant à aligner les différentes scènes avec une terne efficacité, il parvient tout de même à faire varier les angles de vue pour animer un minimum les dialogues. Si la qualité de l’image demeure bien médiocre, celle du son s’avère catastrophique, certains échanges se situant aux limites de l’audible. Platon apporte une certaine originalité aux décors, ces derniers s’enrichissant de plus de l’appartement rénové, assez sévère, de Cathy Gale. La salle de flipper est également bien rendue, on y écoute d’ailleurs une musique alors très "dans le vent", constituant une référence directe à l’époque, ce qui deviendra très rare dans la suite de la série. Dans le reste de l’épisode Johnny Dankworth ne fait malheureusement guère étalage de son talent.

L’intérêt limité de l’épisode se retrouve dans les personnages secondaires, très convenus et dont les interprètes ne soulèvent pas non plus l’enthousiasme. On se demande à quoi sert vraiment le couple Broster-Clarissa, si ce n’est clairement à du délayage. Les différents professeurs n’ont guère de réelle personnalité, se limitant à de simples stéréotypes. Seule Janet, unique femme dans un univers très masculin, parvient à nous toucher, d’autant que Marina Martin sait insuffler de l’émotion à son personnage. Ce manque général de relief présente au moins l’avantage de laisser tout l’espace nécessaire à Anthony Blooth pour réaliser un numéro convaincant à défaut d'être vraiment enthousiasmant, dans un rôle crispant à souhait, où l’on peut discerner un des premiers excentriques de la série.

Une fois de plus dans cette saison, l'épisode prend vie grâce au couple vedette, cette fois-ci asymétrique puisque Steed n'apparaît que tardivement (9'31'' !) et surtout qu'il se contente de demeurer en retrait, laissant le devant de la scène à Cathy Gale.

Si Honor Blackman n'a guère de possibilités d'exhiber ses qualités de combattante (le combat est vite expédié), elle se montre par contre parfaitement à la hauteur d'un rôle plus étendu que de coutume. Cathy Gale est ainsi pleine d'initiative, aussi habile enquêtrice que courageuse face à l'ennemi. On peut toutefois regretter que, lors d'une aventure où elle se trouve au premier plan, elle doive par deux fois son salut à l'arrivée providentielle de Steed. L'affirmation du personnage féminin n'est pas encore totale ! Cathy, toujours soucieuse d'autrui, montre par contre une belle solidarité avec Janet. On retrouve avec plaisir son superbe chapeau vaguement espagnol, qu'elle arbore toujours aussi joliment. Elle s'impose ici aussi par rapport à un partenaire devant se contenter du seul parapluie, la querelle feutre-chapeau melon marquant une pause.

Si Steed ne réalise que quelques interventions, ponctuelles mais déterminantes, celles-ci s'avèrent véritablement pétillantes grâce un Patrick Macnee particulièrement en verve. Le personnage montre un entrain mâtiné de cynisme vraiment irrésistible. Ses scènes avec Cathy sont toutes très amusantes, tranchant avec un épisode qu'elles parviennent à sortir de l'ornière. Le duo fonctionne à merveille, Cathy ne lui ménageant aucune pique narquoise ou irritée, tandis que lui-même manifeste un humour sarcastique absolument délectable. Les remarques récurrentes de Cathy sur le voyage sans cesse remis de Steed provoquent un comique de répétition très réussi. Le tag final est également très réjouissant, nos compères se quittant de bonne humeur et visiblement fort contents l'un de l'autre. Ils ont bien raison : leur équipe apparaît plus que jamais comme le véritable atout de cette saison !

EN BREF : La bonne idée de départ résulte gâchée par manque d'audace et d'imagination, mais heureusement le duo vedette est une fois de plus à la hauteur. Des histoires médiocrement intéressantes, mais des héros irrésistibles, tel est le logiciel de la saison 2 !


VIDÉO


Steed et Cathy réalisent une omelette aigre-douce !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Alan McClelland et Honor Blackman se coupent la parole (37’37’’).

o Le micro apparaît brièvement quand Steed et Cathy font face à Broster et Clarissa (38’38’’) :

o La caméra est clairement visible derrière Cathy et Kearns (41’44’’) :

 


Détails

o À qui le titre fait-il référence : à Platon ou au Dr. Kearns ?

o Steed a un nouveau chien, Sheeba, se substituant à Frickle.o Après les travaux d’aménagement décrits dans Festin de pierres, nous découvrons le nouvel intérieur de Cathy Gale.

o Une nouvelle information nous est donnée concernant le passé de Cathy Gale : son mari a été tué en Afrique.

o Le chef du projet s’appelle Clemens !

o Les opérations de calcul mental de Kearns sont fausses. Ainsi, 3 249 divisé par 363 donne 8,95 et non pas 12,39.

o Cathy Gale définit l’anthropologie comme un art.

o Les billets et brochures de Steed nous apprennent que son fameux voyage se déroulera à Tel Aviv, avec la compagnie aérienne Pan Israeli Airlines, à l’Hôtel Miramar.

o Platon ne disjoignait effectivement pas la philosophie rationaliste de la pensée scientifique, c’est ainsi qu’il fit graver au fronton de l‘Académie : « Nul n’entre s’il n’est géomètre ».

o Steed utilisera le même pseudonyme pour son voyage que lors de son appel à la police : Carruthers. Coïncidence ? Robert Carruthers (1799-1870) était un journaliste écossais, auteur d’une Histoire d’Huntington, en 1824. Or Patrick Macnee descend par sa mère d’une authentique lignée aristocratique écossaise, les comtes (Earls) d’Huntington.

o Geste élégant de Steed, attribuant une superbe rétribution à Cathy pour services rendus, avec la manière !

o Le zéro absolu, évoqué par le Dr., signifie la température la plus basse qu'il est théoriquement possible d'atteindre, soit -273,15°C. À cette température les métaux perdent toute résistance à l'électricité, cette supraconductivité étant effectivement à la pointe de la recherche pour accroître les capacités des ordinateurs. Néanmoins les contraintes physiques ne permettent que de converger vers cet idéal, le minimum atteint demeurant -272,74°C.

o Ordinateurs : les années 60 marquent effectivement un tournant dans l'histoire de l'informatique. Les ordinateurs basés sur la technologie des tubes à vide, issus de la seconde guerre mondiale, perdurent durant les années 50, jusqu'à ce qu'ils soient supplantés par les modèles à transistor, autrement plus fiables et performants. Le décollage de l'électronique autorise la construction en 1960 du premier ordinateur à transistor, l'IBM 7000. Dès 1964 un nouveau pas décisif est franchi, avec l'apparition des modèles à circuits intégrés (IBM 360). Le développement de ces technologies, assorties du perfectionnement des langages de programmation, provoque un essor de l'informatique, les ordinateurs se multipliant dès lors dans le monde entier.

Acteurs – Actrices

o David Garth (1920-1988) a également joué dans les épisodes Comment réussir un assassinat (saison 4) et Étrange hôtel (saison 6). Il est apparu dans de nombreuses autres séries (Le Saint, Le Baron, Adam Adamant lives !...)

o Penelope Lee : Son apparition dans l’épisode constitue un de ses tous premiers rôles. On la reverra dans Z Cars, The Regiment, Bergerac… Elle retrouvera les ordinateurs en 1985 car elle interprètera la voix de l’un d’entre eux dans l’épisode du Dr Who, The revelation of The Daleks ! Au cinéma elle participe notamment à The Tomb of Ligeia (1964) où elle est la servante de Lady Rowena, interprétée par Elizabeth Shepherd.

o Anthony Blooth (1931) débute après guerre au théâtre après une première expérience en France, puis se lance à la télévision et au cinéma au début des années 60. Surtout connu pour son rôle récurrent de Mike Rawlins dans la série Til death us do part (1966-1974), il a également participé à de très nombreuses séries (Z Cars, Dixon of Dock Green, Le Saint, Coronation Street...). Encore actif, il intègre Emmerdale en 2007. Interrogé sur ce qu’il a retenu de la France il répond : « Brigitte Bardot et le Cognac ! ». Il est le beau-père de Tony Blair !

o Allan McClelland (1917-1989) apparaît également dans l’épisode Le piège à rats idéal (saison 3). Il connaît une belle carrière au théâtre, tout en apparaissant beaucoup au petit écran (Public Eye, Detective, Dixon of Dock Green, Le Saint...).

o Walter Hudd (1897-1963). Sa participation à l’épisode constitue le dernier rôle de cet acteur s’étant fait connaître dans le cinéma des années 30 (Rembrandt, 1936). Il fut également membre de la Royal Shakespeare Company (Le Marchand de Venise, 1947). Il décède quelques semmaines après le tournage de l’épisode, le 20 janvier 1963.

o Tenniel Evans (1926) a également participé aux épisodes Please don’t Feed The Animals (saison 1), La toison d’or (saison 3) et Étrange hôtel (saison 6). Tout en connaissant un beau parcours au théâtre, il participe à de prestigieuses séries (Z Cars, Le Saint, Dr Who, Wycliffe, Inspecteur Morse…) mais demeure dans les mémoires pour ses multiples interprétations dans la très populaire sitcom radiodiffusée The Navy Lark (1959-1976). Né à Nairobi, sa jeunesse kenyane lui inspire des mémoires ayant connu un grand succès : Don’t walk in the long grass (1999).

À noter que…

o L’héritage diabolique (saison 4), Meurtres au programme (saison 6) et Complexe X41 (saison 8, TNA) rependront l’idée d’un ordinateur contrôlant un édifice, avec plus d’audace et d’imagination !

o Kim Mills (1931-2006) a réalisé de nombreux épisodes de diverses séries anglaises des années 60 (Public Eye, Mystery and Imagination, Armchair Theatre…) avant de débuter une carrière de producteur dans les années 70 (Zodiac, The rivals of Sherlock Holmes…). Il a en tout réalisé 10 épisodes des Avengers : Le grand penseur, La boite à trucs, L’homme dans le miroir, La baleine tueuse (saison 2), Concerto, Mort à la carte, Mort d’un ordonnance, Les sorciers, La grandeur qu’était Rome et Le quadrille de homards (saison 3). Il a eu ainsi l’honneur de conclure chacune de ces deux saisons !

o Martin Woodhouse a écrit le scénario de sept épisodes : Monsieur Nounours, Le grand penseur, les œufs d’or, Le clan des grenouilles (saison 2), Seconde vue, Lavage de cerveau (saison 3) et L’économe et le sens de l’histoire (saison4). Il est également connu pour sa participation à la série Supercars, dont il a écrit 22 épisodes (1961).

Fiche du Grand penseur des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-12.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/212.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-12-TheBigThinker.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale13.htm