LE DECAPODE

( THE DECAPOD)

Tournage : Août 1962

Diffusion : ITV, 29 novembre 1962 – 13ème RUE 05 février 1998

Scénario : Eric Paice

Réalisation : Don Leaver

Julie Stevens (Venus Smith), Paul Stassino (Yakob Borb), Philip Madoc (Stepan), Wolfe Morris (Ito), Lynne Furlong (Edna Ramsden), Raymond Adamson (Harry Ramsden), Harvey Ashby (Guards Officer), Pamela Conway (Girl in shower), Douglas Robinson (Bodyguard), Valentine Musetti (Bodyguard), Valerie Stanton (Cigarette girl), The Dave Lee Trio.

Résumé

Après avoir prise une douche, une femme se fait briser la nuque par un colosse au visage masqué. Steed, accompagné cette fois-ci de la chanteuse de night club Venus Smith, enquête dans l’entourage d’un chef d’Etat en visite.


CRITIQUES


Estuaire44 10 juin 2007

Un des attraits de cette saison 2 est de nous offrir un panorama évolutif de cette série encore en devenir que sont alors les Avengers. Certains pistes se révèleront prometteuses, tandis que d’autres seront laissées de côté. Parmi celles-ci on retrouve les six épisodes consacrés à Vénus Smith. A mon sens, s’il est exact que l’association de Steed avec Cathy Gale s’avère plus féconde, s’imposant logiquement, il n’en reste pas moins vrai que ces épisodes sont loin d’être dépourvus d’intérêt, comme le prouve celui-ci, introduisant comédie et chansons dans une période sans fantaisie, voire austère.

Vénus Smith réalise une superbe entrée en scène, interprétant avec un entrain communicatif le fameux standard You’re getting to be an habit with me Julie Stevens n’a certes pas la voix d’une Diana Krall mais sa belle énergie entraîne tout de même l’adhésion. Dès son dialogue avec Steed, installant rapidement leur relation, on comprend que l’épisode vire à la pure comédie, tant le bobard qui lui est servi est énorme ! La crédulité totale de Vénus vis-à-vis de Steed constituera un effet comique récurrent très efficace durant tout l’épisode, couronné par le gag final où elle téléphone plutôt à sa propriétaire qu’à Steed ! Vraiment Vénus est impayable ! On finit par presque se demander si cette série si souvent en avance sur son temps n’a pas inventé les blagues sur les blondes !

Non seulement Vénus se montre très amusante mais elle se révèle également très attachante, une vraie relation s’installe avec Steed, dont elle se montre aussi éperdument amoureuse qu’à pu l’être Tara King. Chacune des scènes communes aux deux personnages s’avère intense, avec des dialogues crépitants comme la série sait les réussir. Julie Stevens est charmante, elle parvient à faire exister son personnage avec beaucoup de sentiment et d’émotion. Ses mines agacées sont irrésistibles !

Néanmoins cette relation apparaît tout à fait déséquilibrée, tant Steed domine sa partenaire, ce qui, à terme, s’avère moins riche et original que les associations que celui-ci développera avec Cathy Gale puis Emma Peel. Il faut bien reconnaître que Vénus n’apporte pas grand-chose à l’action. Imagine-t-on les autres collaboratrices de Steed, retenues à l’Ambassade, rester à se morfondre à attendre un coup de fil de sa part? De même elle reste totalement inerte durant la bagarre finale ! Vénus Smith parait certes enthousiaste, amusante et parfois émouvante, mais son personnage n’aurait pu soutenir une saison complète à lui tout seul, ni trop se prolonger. La parenthèse de six épisodes lui convient tout à fait, un moment de fantaisie et de comédie presque musicale, très appréciable dans une saison par ailleurs très sombre.

Steed lui-même s’avère particulièrement picaresque et égrillard, très différent du personnage raffiné que nous connaîtrons par la suite, ce qui contribue pleinement à l’impact comique très réussi de l’épisode. Totalement en roue libre, nous le voyons mettre une carte de visite dans le corsage de Vénus, avoir un geste très déplacé envers la vendeuse de cigarettes (le sourire indulgent de Vénus en dit long sur ses sentiments à son égard…), se gratter le nez à plusieurs reprise, boire avec bruit, se dégonfler devant une armoire à glace etc. Il fume le porte-cigarettes avec un air canaille assez irrésistible ! Son cynisme de manipulateur envers Vénus pourrait nous le rendre antipathique, mais il désamorce cela par son charme et son humour inaltérables. Le sommet est atteint par un combat de catch sur le ring assez exaltant (je suis surpris à encourager notre héros à vive voix !), où il est très loin de prendre l’avantage sur son adversaire ! Macnee n’a pas besoin ici de doublures, ce qui laisse bien des regrets…

A l’unisson avec Vénus, ce Steed alternatif se montre particulièrement divertissant, d’autant que ce grand acteur qu’est Patrick Macnee affiche une superbe verve comique. Il faut ainsi voir son visage quand il promet solennellement à Vénus de ne plus l’embobiner, il est irrésistible ! Toutefois cet humour très direct s’avère moins subtil que la brillante ironie que Steed manifestera par la suite et son personnage tout de même plus limité qu’il ne le deviendra. Encore une fois, le résultat aurait été trop faible sur toute une saison, mais restreint à quelques épisodes ce Steed est hilarant !

Même si l’essentiel de la réussite de l’épisode tient à la humour dégagé par le couple vedette, cet impact se voit néanmoins rehaussé par une réalisation de Don Leaver plus animée que de coutume, la caméra est assez mobile, et offre notamment quelques contre plongées bien senties. Les scènes de catch sont réussies. Une fois de plus, Eric Paice délivre une intrigue redoutablement piégée, et dotée d’un final inattendu (on comprend tout de même plus vite que Vénus !). Les décors de Terry Green sont efficaces, celui du ring sonne très vrai. La musique est bien entendu un point fort de l’épisode. !

Paul Stassino et Philip Madoc composent avec talent deux personnages secondaires réussis, munis de vraies personnalités. La manière dont Borb semble d’abord jovial et insouciant puis se révèle machiavélique et cruel est bien rendue. L’intelligent Stepan, à la fois partenaire et rival de choix pour Steed, est sombre et ardent à souhait, leurs joutes verbales produisent leur effet. Son désespoir final parait convainquant.

EN BREF : Porté par un duo dont la rencontre est une vraie réussite, alternant superbes chansons et excellents moments de comédie, ce décapant décapode s’avère très amusant !


VIDÉO


You're getting to be an habit with me !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Au début de l’acte 2 (22’02’’) la caméra est mal réglée et l’image devient floue :

o Durant la bagarre finale (46’42’’), un membre de l’équipe de tournage apparaît en haut, à gauche de l’image, en train de monter les escaliers ! :

o Au moment où Stepan prend la parole lors de la scène finale (48’06’’), le son baisse brusquement et les paroles deviennent presque inaudibles.


Détails

o Si, comme on l’imagine, l’imaginaire République des Balkans est en fait la Yougoslavie, Yakob Borb serait en fait Josip Broz… Tito ! L’épisode développe d’ailleurs une vision particulièrement cynique des Pays non alignés, dont le mouvement est précisément fondé par Tito, Nasser et Nehru en 1961… Un épisode des Avengers évoquant l’actualité politique du moment, décidemment le Décapode est bien à part !

o You’re getting to be an habit with me : Cette chanson très populaire fut à l’origine composée pour le film 42nd Street (1933) et interprétée par Bebe Daniels, star du Muet reconvertie. Les débuts du cinéma parlant furent marqués par une vague de comédies musicales dont 42nd Street, produit par Darryl Zanuck, fut le plus grand succès. Le triomphe du film, dû notamment à cette chanson, sauva la Warner Bros de la faillite. La chanson fut reprise par de multiples interprètes, entre autres dès 1933 par Bing Crosby puis par Frank Sinatra en 1956 et par Pétula Clark en 1961. Plus récemment, ce standard fut interprété par Diana Krall dans son sublime album Love scenes (1997). A l’origine, la chanson est une déclaration d’amour passionnée d’une femme à un homme, où elle lui déclare ne plus concevoir sa vie sans lui. Ce n’est pas un hasard si Vénus la chante en présence de Steed ! I Got It Bad (And That Ain't Good), composé en 1941 par Duke Ellington et interprété par Ella Fitzgerald, est également un immense succès, repris par de très nombreux artistes.

Acteurs - Actrices

o Paul Stassino : Natif de Chypre, il étudia à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres. Durant les années 60 et jusqu’au milieu des 70 il participera à de très nombreuses séries américaines et anglaises (Interpol, le Baron, Coronation Street, cinq épisodes du Saint…) avant de mettre fin à sa carrière pour ouvrir un casino à Athènes. En 2004, il se retire à Chypre, où il joue et met en scène des pièces de théâtre. Au cinéma, il est surtout connu pour son double rôle dans Opération Tonnerre (1965), où il interprète le pilote de chasse François Derval (frère de Domino) et son « sosie » Angelo Palazzi, qui sera exécuté par le SPECTRE pour s’être montré trop gourmand…

o Philip Madoc (1934) est un acteur gallois, ayant étudié à la Royal Academy of Dramatic Art, puis à Vienne. Il a ensuite participé à de très nombreuses séries anglaises des années 60 et70, tout en connaissant une belle carrière au théâtre et à la radio. Il a ainsi joué dans pas moins de cinq épisodes des Avengers : Le décapode, Six mains sur la table (saison 2), Mort d’un ordonnance (saison 3), Meurtres distingués (saison 5) et Mon rêve le plus fou (saison 6). Madoc a également tenu quatre rôles différents dans Doctor Who. Son rôle le plus fameux sut son interprétation de l’ancien Premier Ministre David Lloyd George, dans une série lui étant consacré (1981). Ses lectures dans des livres audio demeurent très populaires Outre-Manche. Il soutient activement le parti nationaliste gallois, le Plaid Cymru. Madoc explique avoir surtout joué des rôles de méchants du fait de son physique ténébreux, ce qu’il ne regrette pas car, selon lui, ce sont les meilleurs !

o Wolfe Morris (1925-1996) est apparu dans deux autres épisodes des Avengers : The yellow needle (saison 1) et Un Steed de trop (saison 4). Sa carrière s’étend des années 50 aux 90, grâce à des participations à de nombreuses séries (Z cars, Le Saint, Doctor Who, The famous five, Bergerac…).

o Lynne Furlong n’a pas fait carrière en dehors de rares séries durant les années 60 (Z Cars, Father Brown…).

o Raymond Adamson (mort en 2005) a joué dans trois épisodes des Avengers : Le Décapode (saison 2), Cette grandeur qu’était Rome (saison 3) et L’homme au sommet (saison 6). Il a également participé à un grand nombre de séries, jusqu’à la fin des années 90 (Destination danger, Emma, Bergerac…).

o Julie Stevens (1936) a suivi des études d’infirmière puis fait du théâtre avant de se lancer à la télévision. Malgré d’autres apparitions dans d’autres séries télévisées (Z Cars, Girls about town…) son rôle le plus important demeure celui de Vénus Smith, une chanteuse de Music-hall collaboratrice occasionnelle, et parfois involontaire, de Steed. Celle-ci apparaîtra dans six épisodes de la saison 2 : Le Décapode, Tueur à gage, La boîte à trucs, L’école des Traîtres, L’homme dans le miroir et Le clan des Grenouilles, où elle interprète à chaque fois au moins un numéro musical. Une grossesse et le succès de Cathy Gale entraîneront son départ. Julie Stevens demeure principalement connue comme animatrice d’émissions de télévision pour la jeunesse. Elle a ainsi animé, au début des années 60, The Sunday breaks (ABC), un programme religieux pour adolescents, puis, durant les années 70, Play school (BBC), destiné à la petite enfance. En 1989, elle crée même de nouvelles chansons pour l’émission enfantine de la BBC Look and Read !

A noter que……

o Notes édition DVD Optimum:

Commentaire vidéo: La charmante Julie Stevens ouvre la majorité des épisodes Vénus Smith par un bref commentaire. Elle se souvient avec émotion de son premier épisode dans la série. A l’époque elle n’était pas blonde et dut porter une perruque ainsi que des vêtements qu’elle jugeait vraiment très sexy. Les différentes chansons retenues étaient sentimentales et jazzy (torch songs). Elle était très intimidée car pratiquement novice comme actrice et devait intégrer une série déjà connue, mais Patrick Macnee fut un merveilleux partenaire.

Suppléments: On trouve le script habituel, mais pas la galerie de photos. Dommage pour Vénus… Et pour nous !

o A chaque nouvelle collaboratrice Steed aura a affronter un type de colère différent : a côté de l’assaut frontal de l’éruptive Cathy Gale, puis de la petite moue et des grands yeux réprobateurs de la très policée Emma Peel, Vénus Smith inaugure la mini crise de nerf, avec un babil accéléré et des petites poses agacées très significatives… Qui pourrait imaginer Tara King se mettant en colère contre son grand homme ?

o Ce digne gentleman britannique qu’est John Steed montre une constance certaine dans ses manies : la main très leste vis-à-vis de la marchande trouve un écho dans le plat d’épée bien ajusté de Voyage sans retour (saison 4) et l’assaut à la hussarde de l’infirmière dans Double personnalité (saison 6) !

o Eric Paice (1926 -1989) sera l’auteur de sept épisodes. : Dead of winter (saison 1), Mort en vol, le décapode, le point de mire, le festin de pierres (saison 2), Le cinq novembre, Les petits miracles et Esprit de corps (saison 3). Il fera parfois preuve d’une belle astuce, notamment dans Mort en vol, le point de mire et les Petits Miracles.

o Terry Green, concepteur de décors, interviendra dans sept épisodes de la saison 2 (Mission à Montréal, La trahison, Warlock, le décapode, Mr Teddy Bear , Un traître à Zébra, La naine blanche) et deux de la saison 3 (Ne vous retournez pas, Seconde vue). Ses créations seront toujours de bonne facture, voire excellente. Elles apporteront un attrait supplémentaire à ces épisodes, particulièrement crucial pour la série au moment où celle-ci est tournée quasi exclusivement en décors intérieurs, aux studios de Teddington.

o Don Leaver mettra en scène 20 épisodes des Avengers, majoritairement dans les saisons 1 et 2. Ses réalisations se révéleront souvent atones et assez plates, à la considérable exception du fameux L’héritage diabolique (saison 4).

Fiche du Décapode des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-3.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/203.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-03-TheDecapod.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale04.htm