LE CLAN DES GRENOUILLES

(A CHORUS OF FROGS)

Tournage : mars 1963

Diffusion : ITV, 9 mars 1963 – 13ième RUE, 19 mars 1998

Scénario : Martin Woodhouse

Réalisation : Raymond Menmuir Julie Stevens (Venus Smith), Eric Pohlman (Mason), Yvonne Shima (Anna), Colette Wilde (Helena), John Carson (Ariston), Frank Gatliff (Pitt-Norton), Michael Gover (One-Six), Alan Haywood (Jackson), Makki Marseilles (Stephanopoulus), Norman Johns (Ship’s Officer), Steve Cory (Steward), Colin Fry (Man), The Kenny Powell Trio.

Résumé

Steed, en vacances en Grèce, apprend la mort d’un membre du Clan des Grenouilles, un groupe travaillant occasionnellement pour le Ministère. Les faits se sont déroulés sur le yacht d’un milliardaire ayant engagé Vénus Smith afin qu’elle chante pour ses invités. Steed la rejoint pour mener son enquête…


CRITIQUES


Estuaire44 9 août 2007

Sur un thème très banal, Le clan des grenouilles parvient à intéresser par une mise en scène échappant aux poncifs grâce à une théâtralisation réussie.

La mise en scène se rapproche en effet singulièrement d’un exercice de style. Toute l’action se déroule dans une unité de lieu, le navire (véritablement immense !) de Mason et multiplie les claquements de porte d’une scène à l’autre. Plus dynamique que d’ordinaire dans cette saison, la réalisation accumule les cavalcades, les colères et les retournements de situation avec une certaine frénésie, sans sacrifier à l’efficacité, sinon à la vraisemblance ce dont on ne se plaint d’ailleurs pas. Dans une tradition théâtrale bien établie, on voit la grande scène finale regrouper tous les protagonistes, pour une spectaculaire confrontation résolvant tous les problèmes en suspens.

L’intrigue se prête à cette artificialité en multipliant des protagonistes aux intérêts divergents et les alliances de situation temporaires, à partir d’un argument finalement assez mince. Le décor accentue cette sensation, avec une succession de cabines sans aucune vue extérieure.

Il en va de même pour les très nombreux personnages secondaires, aussi savoureux qu’improbables.

Ariston paraît totalement versatile, changeant plusieurs fois d’humeur et d’attitude au cours d’une même scène. Son impact sur le déroulement de l’histoire semble limité mais il participe pleinement à l’atmosphère particulière de l’épisode. C’est néanmoins avec son exubérante partenaire Helena que l’ensemble prend un tour résolument théâtral. Avec son révolver et ses furies pittoresques, elle apporte un humour de répétition toujours bienvenu. Colette Wilde cabotine d’ailleurs avec talent, rajoutant à la fantaisie de l’épisode.

Anna Lee incarne une figure de choix dans cette rencontre de la commedia dell’arte et du récit d’espionnage, entre Fu Manchu et Mata Hari. La figure dominante de l’épisode demeure néanmoins Mason, autour de qui tout gravite. Eric Pohlman prête sa carrure et sa truculente personnalité à cet intéressant personnage, oscillant avec cynisme mais aussi humour et une certaine humanité entre les deux blocs. C’est grâce à lui que l’épisode achève d’acquérir sa dimension.

À côté de ce Falstaff, Steed interprète un superbe Scapin, manipulant avec brio les différents personnages pour parvenir à ses fins, sans réaliser directement grand-chose lui-même ! Plus séducteur que jamais, outre Vénus il instrumentalise la bouillante Helena pour faire plier Mason. Il assure ainsi la liaison entre les différentes parties d’une intrigue qu’il maîtrise parfaitement malgré la lucidité d’ Anna Lee. Tonique et plein d’esprit (ses dialogues avec Mason sont un régal, de même que ses confrontations successives avec Helena), la belle prestation de Steed assure la réussite finale de l’épisode. Patrick Macnee sait avec talent doter son personnage de la malice et de l’énergie nécessaire à l’authentique moteur de la pièce se déroulant sous nos yeux. Le chapeau melon et le parapluie restent toutefois aux abonnés absents, remplacés par des tenues de yachtman assez hideuses…. Surtout on reste un peu confondu de voir Steed envoyer ainsi une femme au feu, mais le caractère joyeusement irréaliste de l’ensemble et la flamme d’Helena font que l’on ne s’inquiète pas vraiment pour elle !

Le personnage le plus décevant de l’épisode demeure finalement la malheureuse Vénus Smith, dont la dernière apparition se traduit par une prestation singulièrement effacée. Si sa scène de colère, bien dans son style, s’avère amusante, pour le reste les éléments constituant le charme et l’intérêt de la jeune femme se révèlent ici sans éclat. Les chansons sont assez fades, bien loin des magnifiques standards jazzy auxquels elle nous avait habitués. Son importance dans l’action paraît encore moindre que d’ordinaire. C’est d’ailleurs quand elle est en danger qu’elle devient le plus intéressante, car on continue à bien davantage s’inquiéter pour elle que concernant les autres partenaires de Steed. Même si Julie Stevens semble toujours aussi pétillante, son personnage paraît moins sous le charme de Steed et renâcle quelque peu devant sa présence. Celui-ci n’essaie d’ailleurs même plus de l’embobiner avec un mensonge présentant un minimum de crédibilité, se contentant quasiment de la mettre devant le fait accompli. Le temps qui passe semble avoir accompli son œuvre en douchant quelque peu l’enthousiasme de Vénus !

Et c’est ainsi que Vénus quitte le ciel du Monde des Avengers, mais cette dernière prestation ne doit pas dissimuler le réel intérêt du personnage. Même si Vénus ne dispose bien sûr pas de la dimension et du charisme de Cathy Gale, et n’aurait certainement pas pu supporter toute une saison, le duo asymétrique avec Steed, sa pétulance et ses chansons constituent une agréable diversion dans le sombre univers d’espionnage de cette saison. Avec six épisodes l’on peut considérer que l’on a fait le tour du personnage, cette durée lui convenant parfaitement. Vénus Smith ne paraît pas en définitive mériter l’oubli ou le dédain dans lesquels elle se trouve souvent confinée.

EN BREF : "Le clan des grenouilles" apparaît comme un épisode choral, dont la réussite se bâtit sur fond de récit d’espionnage éculé grâce à une brillante construction théâtrale et à une excellente interprétation, le duo Patrick Macnee - Eric Pohlman en tête. Cette aventure ne manque pas de cuisse !


VIDÉO


Vénus reçoit un visiteur inattendu !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o One-Six prend la parole trop tôt (2’10’’) et coupe la réplique de Steed. Patrick Macnee ne peut éviter qu’une expression de surprise saisisse un instant son visage ! :

o L’ombre du micro défile sur la nuque de Steed quand celui-ci se retourne après sa confrontation avec Ariston et Helena (27’02’’).

o L’ombre du micro apparaît nettement sur le visage du Pr. Pitt-Norton lorsqu’Anna Lee lui parle du télégramme de Vénus (39’24’’) :


Détails

o Apparemment One-Six a fait le déplacement depuis Londres uniquement pour échanger quelques mots avec Steed !

o On apprend que le père de Vénus Smith est marinier, et qu’elle-même est née sur une péniche. o Vénus apprend le Chinois avec les méthodes de l’époque : livre et tourne-disques. Peut-être envisage-t-elle une tournée dans l’empire du Milieu ?

o Bathyscaphes : Ces engins d’exploration abyssale ont été inventés en 1946 par un Français, le Pr. Auguste Piccard. Ils se constituent d’une cabine sphérique en acier épais, descendant par son propre poids jusqu’à toucher le fond, puis remontant grâce à l’éjection de lest. Dépourvus de moteur ils étaient également toujours transportés par un navire d’accompagnement. Ils connaissent leur apogée à l’époque du tournage de l’épisode. Encore en vigueur aujourd’hui, le record mondial de plongée est ainsi atteint par Piccard en 1960 (-10 916 m, dans la Fosse des Mariannes). Lancé en 1961, l’Archimède ne connaît plus aucune limite à ses capacités de descente. Du fait des progrès scientifiques (métaux composites, adjonction d’un moteur) ils seront progressivement remplacés par des sous-marins d’exploration profonde pour disparaître au début des années 80, accomplissant ainsi la prophétie de la visionnaire Anna Lee !

Acteurs – Actrices

o Eric Pohlman (1913-1979), de son vrai nom Erich Pollak, est d’origine autrichienne ; il débuta ainsi au théâtre à Vienne. Marié a une juive, il gagnera Londres en 1939. De langue allemande, il jouera un rôle actif dans les émissions de la BBC à destination de l’Allemagne. Outre la poursuite de sa carrière au théätre, il connaît, grâce notamment à son accent exotique, un grand succès à la télévision (Le Saint, Destination Danger, Department S...). Il s’installe en Allemagne en 1965 où il connaît une brillante carrière au cinéma (Le Retour de la Panthère Rose, 1975) et à la télévision (Der Kommissar, Derrick). Son accent lui valut de jouer la voix de Blofeld dans Bons baisers de Russie (1963) et Opération Tonnerre (1965).

o Yvonne Shima, chanteur et mannequin canadienne d’origine japonaise, a connu une carrière d’actrice limitée à quelques apparitions durant les années 60. Elle fut ainsi Sister Lily, dans James Bond 007 contre Dr No (1962), une des deux hôtesses accueillant Bond dans la base secrète du bon docteur.

o Collette Wilde est également apparue dans l’épisode La grandeur qu’était Rome (saison 3). Elle a aussi participé à quelques autres séries (Destination Danger, L’Homme Invisible...).

o John Carson (1927) a également participé aux épisodes suivants : Seconde vue (saison 3), Meurtre par téléphone (saison 4) et Le baiser de Midas (saison 7, The New Avengers). Il a participé à une multitude de séries (Le Saint, Le Baron, Poirot…) mais c’est au cinéma qu’il a connu ses plus grands succès, jouant dans de nombreux films d’horreur, notamment dans les productions de la Hammer : The Plague of the Zombies (1966), Taste the Blood of Dracula (1969), Captain Kronos-Vampire Hunter (1974). Sa voix particulière l’a souvent fait comparer à Christopher Lee, une autre étoile de la Hammer.

o Alan Haywood a également participé à l’épisode La cage dorée (saison 3), ainsi qu’à de nombreuses séries des années 60 (Dr Who, Crossroads, Z Cars...)

o Frank Gatliff (1927-1990) a connu une carrière particulièrement longue et fertile, participant à de nombreuses séries prestigieuses (Destination Danger, L’Homme à la Valise, Department S, Z cars…). Il a survolé toute l’histoire des Avengers en jouant dans cinq épisodes : One for the mortuary (saison 1), La trahison (saison 2), Le clan des grenouilles (saison 2), Amour quand tu nous tiens (saison 6) et Le repaire de l’aigle (The New Avengers, saison 1). Il est même apparu dans Police Surgeon, la série précédant historiquement les Avengers !

o Michael Gover (1918) interprète également One-Six dans l'épisode L'homme dans le miroir (saison 2). Cette apparition dans les Avengers constitue son tout premier rôle à l'écran, il est ensuite apparu dans de multiples séries (Dixon of Dock Green, Z Cars...) Son rôle le plus connu reste sa participation récurrente à Survivors (1976), une série de Science-Fiction à succès. Au cinéma il a été notamment le gouverneur de la prison d'Orange Mécanique (1971).

o Julie Stevens (1936) a suivi des études d’infirmière puis fait du théâtre avant de se lancer à la télévision. Malgré ses apparitions dans d’autres séries télévisées (Z Cars, Girls about town…) son rôle le plus important demeure celui de Vénus Smith, une chanteuse de music-hall collaboratrice occasionnelle, et parfois involontaire, de Steed. Elle apparaîtra dans six épisodes de la saison 2 : Le décapode, Tueur à gage, La boîte à trucs, L’école des traîtres, L’homme dans le miroir et Le clan des grenouilles, où elle interprète à chaque fois au moins un numéro musical. Une grossesse et le succès de Cathy Gale entraîneront son départ. Julie Stevens demeure principalement connue comme animatrice d’émissions de télévision pour la jeunesse. Elle a ainsi animé, au début des années 60, The Sunday breaks (ABC), un programme religieux pour adolescents, puis, durant les années 70, Play school (BBC), destiné à la petite enfance. En 1989, elle crée même de nouvelles chansons pour l’émission enfantine de la BBC Look and Read !

noter que…

o Pour l'édition Optimum sortie en 2009 au Royaume-Uni, un commentaire audio de cet épisode a été fait avec Julie Stevens, actrice.

o Notes édition DVD Optimum:

Suppléments: Le DVD propose le script de l’épisode mais aussi une galerie de photos de tournage permettant de retrouver de nombreux moments de l’épisode.

o John Carson nous offre un superbe rôle de composition, on ne reconnaît absolument pas le sinistre Fitch de Meurtre par téléphone (saison 4) !

o L’appareil auditif de One-Six préfigure la succession de handicaps physiques caractérisant la direction du Ministère durant la saison 6.

o Il s’agit du dernier épisode avec Vénus Smith ; le succès rencontré par Cathy Gale fera d’elle la seule partenaire de Steed durant la saison 3.

o Courageux mais pas téméraires, les premiers partenaires de Steed semblent prendre congé après avoir connu des émotions fortes : le Dr. King disparaît après avoir manqué d’être exécuté dans La trahison, Vénus Smith après avoir ici risqué l’asphyxie, et Cathy Gale, à la fin de la saison 3 (Un quadrille de homards) partira pour des vacances indéfiniment prolongées après avoir failli être brûlée vive… Le départ de Mrs Peel sera plus romantique (Ne m’oubliez pas, saison 6) et celui de Tara King davantage… excentrique ! (Bizarre, saison 6)

o Martin Woodhouse a écrit le scénario de sept épisodes : Monsieur Nounours, Le grand penseur, Les œufs d’or, Le clan des grenouilles (saison 2), Seconde vue, Lavage de cerveau (saison 3) et L’économe et le sens de l’histoire (saison4). Il est également connu pour sa participation à la série Supercars, dont il a écrit 22 épisodes (1961).

o Raymond Menmuir a également réalisé l’épisode Le cocon (saison 3) et a participé à de nombreuses séries des années 60 et 70 (The Troubleshooters, Zodiac, Duchess of Duke Street…). Il a produit 15 épisodes des Professionnels (Deuxième saison, 1978-1979).

Fiche du Clan des grenouilles des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-24.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/224.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-24-ChorusOfFrogs.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale25.htm