FESTIN DE PIERRES

(DEATH ON THE ROCKS)

Tournage : novembre 1962

Diffusion : ITV, 01 décembre 1963 – 13ème Rue, 5 février 1998

Scénario : Eric Paice

Réalisation : Jonathan Alwyn Frederick Jaeger (Getz), Leslie French (Gregory), John Laurie (Sir James), Clare Kelly (Mrs. Miller), Dennis Edwards (1st Assistant), Anthony Baird (2nd Assistant), Billy Milton (Minister), Eric Elliot (Winetaster), Roger Maxwell (Winetaster), Herbert Nelson (Gravedigger), Michael Meyer (Policeman), Frank Peters (George Miller), Kevin Barry (Kennels Man), Junia (Dancer), Heidi (Bellhound).

Résumé

La femme d’un diamantaire venant d’être assassinée, Steed se fait passer pour un négociant, et Cathy Gale pour son épouse ! Ils vont faire face à un gang de contrebandiers cherchant à forcer des diamantaires à acheter des pierres illicites, en menaçant d’éliminer leurs épouses.


CRITIQUES


Estuaire44 29 septembre 2007

Alors qu’Eric Paice nous avait habitué a des scenarii très efficaces, mêlant description d’un milieu particulier à la résolution d’astucieuses énigmes, le Festin de pierres détonne quelque peu. En effet, si le monde des diamantaires est abordé, l’étude en demeure moins fine que de coutume. Surtout l’élément ludique de l’énigme disparaît totalement, pour être remplacé par une réalisation totalement prévisible. Ce récit se voit également encombré par les écueils habituels de cette saison, bavardages et multiplicité sans objet des personnages, tout en demeurant un polar assez quelconque.

La mise en scène de Jonathan Alwyn apparaît pareillement anodine, alignant les diverses scènes en évitant toutefois de demeurer trop statique. La qualité du son et de l’image demeurent très médiocres, on se situe décidemment bien loin du très beau noir et blanc de la saison 4. Les décors restent assez schématiques (hormis les superbes trophées de Mrs Gale !) tandis que la musique s’en tient aux coutumières mais agréables mélodies de Dankworth.

Cette grisaille s’étend aux multiples seconds rôles, les diamantaires demeurant un élément du décor plus qu’autre chose et Ross se limitant à un rôle de père éploré très classique. Les deux amoureux transis sont particulièrement fades, David Summer ne montrant guère de finesse dans l’expression des tourments de son personnage, alors que Toni Gilpin est totalement transparente. Si l’on doit à Liza Denham l'une des entrées en matière les plus glaçantes de la saison, elle provoque peu d’étincelles durant l’épisode. Le retournement de Max Daniels ne se justifie guère que comme une tentative assez artificielle de provoquer une surprise en fin d’histoire. Le seul à réellement se détacher demeure Fenton, Gerald Cross parvenant à bien exprimer la froide folie habitant le personnage. Cette dimension d’homme que sa soif de vengeance exacerbée pousse toujours davantage à nier le réel, jusqu’à la catastrophe finale, lui confère un statut plus élevé que le vénal adversaire coutumier.

Face à cette relative médiocrité générale, comme souvent l’intérêt réel de l’épisode provient de son couple vedette.

Steed apparaît encore bien différent du personnage qu’il deviendra dans les saisons ultérieures. Si l’on retrouve bien l’approche en biais qu’il utilisera parfois avec Mrs Peel, on reste tout de même sidéré de le voir utiliser Cathy Gale comme appât, sans même lui en avoir parlé ! Néanmoins Steed, qui n’a toujours pas adopté définitivement le chapeau melon, se montre par ailleurs parfait homme du monde, faisant preuve de l’humour et de l‘entrain que nous lui connaissons car Macnee sait mettre en valeur son grand alent durant cet épisode. On ressent toutefois que Steed reste bien à l’étroit dans un récit aussi banal, et qu’il lui faut un tout autre cadre pour acquérir sa véritable dimension.

Le caractère bien trempé de Cathy Gale provoque également quelques unes des meilleures scènes de l’épisode, tant elle décoche de traits acérés à tous ses interlocuteurs, que cela soit Steed ou un adversaire ! Le petit jeu de Steed la portant sur ses épaules l’agace manifestement davantage qu’il ne l’amuse. Cathy ne sera décidemment pas la marionnette d’un Steed, toujours plus tortueux qu’elle, d’autant qu’elle lui manifeste clairement son déplaisir d’avoir été manipulée. Le personnage s’affirme donc pour le plus grand plaisir du spectateur, d’autant que sa scène de bagarre est très réussie. La seule exception à cette volée de bois vert est Mrs Daniels pour qui Cathy manifeste une vraie sollicitude, le souci envers les faibles (bien moins marquée chez son partenaire) constituant l’autre facette de ce personnage décidemment très attachant.

Mais c’est surtout la relation originale entre Steed et Cathy qui capte ici l’attention, grâce à leur mariage de théâtre, cette idée produisant souvent de très bons résultats, comme avec Mulder et Scully dans Bienvenue en Arcadie. Le plus amusant réside ici dans l’illustration de la différence de caractère entre les partenaires. Steed, comme souvent, semble visiblement beaucoup s’amuser, multipliant les « honey » et autres « darling », allant jusqu’à tenter un baiser en forme de clin d‘œil, tandis que Cathy s’agace visiblement de tout cela, en en faisant, elle, le moins possible. Malheureusement, cet aspect demeure insuffisamment développé, alors qu’il aurait dû constituer un axe majeur d’un épisode versant davantage vers la comédie au lieu de demeurer dans un polar très convenu. C’était sans doute encore trop prématuré…

EN BREF : Épisode assez quelconque, hormis le mariage de Steed et Cathy, ce "Festin de pierres" nous laisse de marbre !


VIDÉO


Steed et Cathy emménagent ensemble !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES


Tournage


Continuité

o Une ombre projetée sur mur apparaît derrière Steed : il s’agit d’un appareil en activité, dont on peut suivre le mouvement (32’41’’) :

o Lorsque Fenton brandit son pistolet, la caméra opère un violent mouvement d’ascenseur, étant visiblement positionnée trop bas au départ (48’33’’) :

o . Lors de la fusillade finale, une bouteille du bar est perforée par une balle, sans qu’aucun liquide ne coule (50’28’’). On s’est visiblement contenté d’en arracher une partie de l’étiquette ! :

 


Détails

o Le banquier de Steed se nomme Sir John. Dans Meurtres à épisodes, (saison 5), ce sera Lord Maxted, notre héros a d’excellentes fréquentations !

o Pour Cathy, Steed loue les services d’un peintre ; pour Mrs Peel, il mettra lui-même les mains à la pâte (Le tigre caché, saison 5)… Décidemment les deux relations ne sont pas du même ordre !

o Le titre français de l’épisode fait sans doute référence à la pièce de Molière Don Juan ou le festin de pierres, où la statue du Commandeur invite Don juan à partager son repas, avant de le précipiter en Enfer. Le crime ne paie pas!

o De nouvelles informations sur le passé de Cathy Gale nous sont apportées : elle a séjourné en Afrique Orientale.

o Cathy Gale porte la même tenue blanche à taches noires que dans Mort d’un grand danois.

o L’origine chinoise des diamants évoquée dans l’épisode est assez fantaisiste. La production chinoise de diamants demeure en réalité insignifiante, même si la prospérité économique et la hausse du niveau de consommation en a fait le quatrième marché mondial du diamant en quelques années ! Quant au sel gemme, on n’en trouve pas non plus en Mandchourie, mais par contre énormément dans la région de Sichuan, où de nombreuses mines sont présentes.

o Diamants de conflits : Les principaux courants mondiaux de fraude de diamants sont constitués par les diamants de conflits, égalent appelés diamants de sang. Ils proviennent d’Afrique (près de 60% de la production mondiale), de nombreux pays y étant la proie de guérillas qui extraient sur leur territoire des diamants dont la vente en contrebande financera leurs actions. L’UNITA en Angola et le FRU en Sierra Leone y ont recours. De moyen ces diamants finissent par souvent devenir la cause de tels conflits. On trouve de nombreuses références à ces diamants dans la littérature ou au cinéma, comme dans Les diamants sont éternels (1971) ou récemment Blood Diamond (2006), s’inspirant de la situation au Sierra Leone.

Acteurs – Actrices

o Meier Tzelniker (1894-1982), originaire de Roumanie, avait pris la nationalité britannique. Avant tout un grand acteur du théâtre yiddish, il réalisa tout de même quelques apparitions au cinéma (Expresso Bongo, 1960 ; La vingt-cinquième heure, 1966) comme à la télévision (Londoners, Private Eye…) durant les années 50 et 60.

o Gerald Cross (1912-1981) est apparu dans de nombreuses séries (Maigret, Dr Who, Detective…). Au cinéma, il joua notamment dans Murder, she said (1961), mettant en scène Miss Marple, interprétée par Margaret Rutherford.

o Naomi Chance (1930-2003) est également apparue dans l’épisode Cœur à cœur (saison 4). Elle débuta au théâtre mais vint très tôt au cinéma (Dangereux voyage, 1954) puis à la télévision (The third man, The troubleshooters…) où elle devint très populaire grâce à son rôle récurrent dans The Newcomers (1965-1969). Elle fut l’épouse de Guy Hamilton.

o Hamilton Ryce (1912-1972) a participé à deux autres épisodes : Death on the slipway (saison 1) et À vos souhaits ! (saison 6). Il a également été vu dans Adam Adamant lives !, Le Baron, Dr Who

o David Sumner (1933) est également présent dans l’épisode Interrogatoires (saison6). On l’aperçoit également dans L’Homme à la Valise, Department S, Rumpole of The Bailey

o Douglas Robinson a participé à trois épisodes des Avengers, Le décapode (saison 2), L’homme aux deux ombres et Esprit de corps (saison 3), mais n’a fait ultérieurement que quelques apparitions, dont le rôle d’Euphemus dans Jason et les Argonautes (1963), où Honor Blackman interprétait Héra.

À noter que…

o Le titre originel de l’épisode était Pillar of salt.

o Brian Clemens n’étant pas encore le maître d’œuvre de la série, il est fréquent de voir mourir des femmes durant cette saison 2, mais que cela en soit une qui assassine une autre demeure rarissime.

o Eric Paice (1926-1989) sera l’auteur de sept épisodes. : Dead of winter (saison 1), Mort en vol, Le décapode, Le point de mire, Festin de pierres (saison 2), Le cinq novembre, Les petits miracles et Esprit de corps (saison 3). Il fera parfois preuve d’une belle astuce, notamment dans Mort en vol, Le point de mire et Les petits miracles.

o Jonathan Alwyn (1940) a dirigé sept épisodes : Missive de mort, Combustible 23, Festin de pierres, Inter-Crime, L’école des traîtres (saison 2), Le marchand de secret, Le retour du traître (Saison 3). Sa carrière de réalisateur (Armchair Theatre, The rivals of Sherlock Holmes…) et de producteur (Maigret, The rivals of Sherlock Holmes…) s’est prolongée jusque dans les années 90.

Fiche de Festin de pierres des sites étrangers :

En anglais

http://theavengers.tv/forever/gale1-10.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/season2/210.html
http://deadline.theavengers.tv/GaleS1-10-DeathOnTheRocks.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/gale11.htm