PASSAGE À TABAC

( THE FRIGHTENERS )

Tournage : mai 1961

Diffusion : ITV, 27 mai 1961

Scénario : Berkeley Mather

Réalisation : Peter Hammond


Ingrid Hafner (Carol Wilson), Willoughby Goddard (The Deacon), Philip Gilbert (Jeremy de Willoughby), Philip Locke (Moxon), Doris Hare (Mrs. Briggs), Stratford Johns (Sir Thomas Weller), Dawn Beret (Marylin Weller), David Andrews (Nigel), Godfrey James (Nature Boy), Neil Wilson (Beppi), Eric Elliot (Butler), Ann Taylor (Secretary), Ralph Tovey (Waiter), Benn Simons (Inspector Foster).

Résumé

Le jeune et séduisant Jeremy de Willoughby s’est donné comme profession de séduire de riches jeunes femmes . Il espère ainsi épouser Marylin Winter, héritière fortunée, mais le père de celle-ci, Sir Thomas, ne l’entend pas de cette oreille. Il a recours aux services d’un chef de gang, Deacon, dont les hommes sont chargés d’agresser Jeremy pour le dissuader d’aller plus loin. Steed, qui enquête sur les agissements de la bande de Deacon, intervient en compagnie du Dr Keel et capture un des agresseurs. Tandis que Steed tâche d’en savoir plus sur Jeremy, Keel prend l’initiative de manipuler son prisonnier pour l’amener à le conduire chez Deacon. Sous la menace d’une aiguille prétendument remplie d’acide, il oblige Deacon à avouer l’identité de son commanditaire, avant de parvenir à s’enfuir. Steed, accompagné de la police, réussit à capturer la bande au moment où elle allait s’en prendre à Sir thomas, qui refuse de payer pour un échec, mais aussi à Keel en représailles. Puis Keel et Steed se livrent à un stratagème révélant à Marylin la vraie nature de Jeremy.


CRITIQUES


Estuaire44 2 octobre 2008

Chaque épisode redécouvert de cette première saison apporte son lot de révélation. Alors que Neige brûlante nous faisait découvrir le Dr Keel, La trapéziste nous permettait d'étudier en détail sa relation avec Carol Wilson. Comme pour couronner le tout, Passage à tabac nous révèle enfin le Steed des commencements de la série et son tandem avec Keel.

L’épisode permet ainsi de percevoir comment Steed a pu demeurer au second plan durant toute une saison. La répartition des rôles apparaît effectivement claire : Keel s’impose bien comme le héros, à qui les scènes d’action et de péril sont réservées, tandis que Steed demeure le comparse, avec à la clé des passages distrayants ou utilitaires. Si, grâce à l’abattage et à la personnalité de Patrick Macnee, Steed se montre à l’occasion amusant et spirituel, il n’en demeure pas moins ici un policier brutal, aussi loin que possible du gentleman suave que nous connaissons. C’est ainsi qu’on le voit menacer d’un rasoir un suspect pour le faire parler (suscitant la désapprobation d’un Keel plus civilisé) ou accompagné de forces de l’ordre dans une descente de police des plus classiques. Le réalisme et la violence sont à l’ordre du jour. Steed, déjà nanti de son parapluie et fugacement de son chapeau melon, s’afiche déjà comme un personnage intéressant mais nettement moins original qu’il ne le deviendra, tant l’influence de Police Surgeon demeure prégnante ici. On ne s’étonnera pas de le voir célébrer la victoire au whisky et non au champagne !

Keel demeure, lui, constant, Ian Hendry se montrant toujours aussi énergique et convaincant. Il construit une relation originale avec Steed, celui–ci se montrant aussi directif qu’avec une Vénus Smith ou lors des premières apparitions de Cathy Gale, mais se cassant cette fois les dents sur un partenaire indépendant et n’hésitant pas à affirmer son autonomie. Si la complicité demeure bien entendu présente, on assiste également à une forme de rivalité de pouvoir très virile, où Keel parvient à s’imposer comme le moteur principal d’une enquête alors que Steed entendait le limiter à un rôle subalterne. Cette confrontation confère une vraie originalité à cette histoire, dans une tonalité où le réalisme prend une place primordiale, situant la série aux antipodes de ce que l’on connaîtra dès la saison trois.

Cette relation – davantage conflictuelle que celles que nous connaîtrons par la suite, même avec Cathy Gale – s’insère dans une intrigue relevant du strict polar, dépouillée de toute la fantaisie qui fera les beaux jours de la série par la suite. Elle n’en devient pas inintéressante pour autant, grâce au savoir-faire et au métier du spécialiste du genre qu’est Berkeley Mather, mais s’affiche tout de même moins originale. On reste confondu de voir Steed se mobiliser pour démanteler une simple bande de gros bras ! Bien construite, empreinte d’un réalisme très sombre, l’histoire se suit avec plaisir, d’autant qu’elle sait ménager un joli coup de théâtre final, même si un tantinet appuyé. Mieux vaut utiliser la ruse et la perfidie que la force brutale semble constituer la morale du récit, une leçon finalement très Avengers !

L’épisode bénéficie également du savoir-faire et de l’imagination toujours aussi affirmés d’un Peter Hammond, sachant composer avec un budget à l’évidence très modeste. Sa caméra souligne à merveille les expressions du visage de personnages hauts en couleurs, donnant une vivacité certaine à Passage à tabac. Comme toujours chez lui, on assiste à de très bonnes idées de mise en scène, comme le jeu des reflets dans un miroir, la caméra filmant à travers une cage de perroquet, ou encore l’agencement des lumières donnant une vraie élégance à ce taxi campant statiquement dans un décor. Les inserts paraissent captivants, que ce soit les vues nocturnes de Londres ou les scènes de vie dans le quartier populaire de Soho. Ils donnent comme une saveur très sympathique de documentaire à cet épisode. La musique de Dankworth habille joliment l’action et convient à merveille à cette atmosphère de série noire. Reste que les contraintes techniques font que les scènes de bagarre demeurent assez sommairement filmées. De plus, l’image et particulièrement le son s’avèrent de qualité très médiocre, en retrait par rapport aux deux épisodes précédents de cette saison 1.

Les seconds rôles apparaissent comme une vraie richesse de l’épisode, grâce à des personnages très vivants au style très cockney donnant un cachet de Londres populaire qui deviendra une vraie rareté par la suite. Les acteurs sont épatants et jouent leur personnage avec une totale conviction et des trognes assez irrésistibles. Tous les personnages ont un profil bien dessiné et assez réjouissant. Si la tonalité de l’histoire reste grave, on assiste à une galerie de portraits qui maintient éveillée l’attention du spectateur durant tout le récit. Se détache l’impressionnant Stratford Johns, donnant une farouche énergie à un personnage aux antipodes de Le legs. Si Carol Wilson n’effectue ici qu’une très brève apparition, cela suffit à Ingrid Hafner pour s’imposer dans des scènes où elle montre une belle présence et un charme certain. On apprécie de la voir aussi ravie quand Marylin la prend pour l’épouse de Keel…

EN BREF :Un épisode moins abouti que "La trapéziste", mais qui se suit avec plaisir grâce à une saveur de bon polar, tout en faisant découvrir des Avengers totalement différents de ce qu’ils deviendront. Steed s’avère particulièrement méconnaissable !


VIDÉO


Steed, l'infirmier de choc !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage


Continuité 

o La caméra heurte violemment quelque chose en début d’épisode (1’06’’). Il en va de même à 29’59’’.

o Moxon et Nature Boy dissimulent classiquement leur visage avec des bas (12’19’’) mais, quelques instants plus tard, encore en pleine action, ils apparaissent tête nue ! (12’51’’). On observe la même chose chez Weller (35’13’’).

o Les bouteilles du bar de Willoughby n’ont aucun bouchon, il s’agit à l’évidence d’accessoires (22’54’’).

o Le sous-titre écrit Motson au lieu de Moxon (26’23’’).

o Quand Beppi ouvre sa porte à Steed, on voit dans le reflet les comédiens jouant les policiers en train d’attendre, bras croisés (33’06’’)


Détails

o Deacon a établi son quartier général dans l’arrière fond d’une boucherie, ce qui sera exactement la méthode retenue par Quilpie, supérieur de Steed, dans Le retour du traître (saison 3).

o À la fin de l’acte 1, en proposant à Keel de prendre les blessés à son cabinet, Steed fait un clin d’œil à Police Surgeon : Give the police surgeon the night off !

o Steed se montre éloquent quand il reproche à Keel d’être allé dans un endroit très dangereux, soit là où "Angels and Steeds fear to tread !"

o Jeremy réside à l’adresse suivante : Flat 1A, 1st floor, 27 Bancham Gardens, Chelsea. Il dîne de coutume au restaurant La Provence, sur King’s Road.

o Steed fait passer du Wich-hazel pour de l’acide. Il s’agit en fait d’une décoction astringente de hamamélis ou Noisetier des sorcières, également utilisée en phytothérapie. Elle est indiquée pour lutter contre les varices, phlébites, ou autres congestions veineuses. Elle sert également d’après-rasage, ou de lotion anti-moustiques !

o Tate Gallery : Jeremy donne rendez-vous à Marylin à la Tate Gallery. Il s’agit du musée national d’art moderne du Royaume-Uni. Ouvert en 1897, elle fut historiquement composée principalement de la collection d’Henry Tate, magnat du sucre et passionné d’art victorien. D’abord bâtie sur l’ancienne prison de Millbank, des succursales furent ouvertes dans les principales villes du pays au fil du développement de la collection. L’établissement originel demeure connu sous le terme de Tate Britain et accueille les chefs-d’œuvre de l’art britannique (depuis 1500), tandis que les œuvres modernes (20e siècle) se trouvent depuis 2000 dans la nouvelle Tate Modern, une ancienne centrale thermique donnant sur le Millennium Bridge. L’année de son ouverture, celle-ci fut le musée le plus visité au monde, avec 5 250 000 visiteurs !

o Taxis de Londres : Steed accueille Keel dans un de ces fameux black cabs faisant intégralement partie du paysage londonien. Héritiers des fiacres et coches organisés par la municipalité dès 1654, ces taxis sont gérés directement par le Grand Londres à travers le Public Carriage Office. Ils ont été lancés dès 1901 et s’élèvent désormais à plus de 21.000, constituant une réponse originale aux problèmes récurrents de circulation. Le plus souvent noirs, ils revêtent parfois des parures très originales, ainsi 50 modèles dorés furent-ils créés à l’occasion du jubilée de la Reine en 2002. Figures de la culture populaire anglaise, ils sont aperçus dans de nombreux films et séries. Mrs Peel et Steed célèbreront leur succès en dégustant les meilleurs vins à l’arrière de l’un d’entre eux dans Meurtre par téléphone (saison 4).

Acteurs – Actrices

o Ingrid Hafner (1936-1994) incarna Carol Wilson, la secrétaire et réceptionniste du Dr Keel, durant 19 épisodes de cette première saison. Tout comme Ian Hendry, elle est une transfuge de Police Surgeon. Ces deux acteurs font de nouveau équipe, car ils y incarnaient le Dr Geoffrey Brent et son infirmière Amanda Gibbs, héros récurrents de cette série policière. Ingrid Hafner fut également une comédienne très réputée au théâtre, où elle apparut régulièrement au West End ainsi qu’au prestigieux Old Vic de Bristol. Elle y interpréta les grands rôles du répertoire shakespearien, mais composa également une Roxanne remarquée dans Cyrano de Bergerac. Elle participa également à de nombreuses autres séries (Public Eye, Crown Court, Les Rivaux de Sherlock Holmes…). Elle décède en 1994 des suites d’une maladie nerveuse dégénérative.

o Willoughby Goddard (1926-2008) a également joué dans Destination Danger, Le Baron, Le Saint, Cosmos 1999, Regan, ainsi que dans Haute tension de la saison 6. Il fut également une grande figure du théâtre anglais, apparaissant fréquemment au West End durant ses quarante ans de carrière.

o Philip Locke (1928-2004) est le tueur silencieux harponné par James Bond dans Thunderball – Opération Tonnerre. Il a joué dans deux autres épisodes de la série : La mandragore (saison 3), et Bons baisers de Vénus (saison 5). Il a participé à de nombreuses séries (Dr Who, Le Saint, Les Champions, Département S, Poirot, Bergerac, Inspecteur Morse…). Issu de Royal Academy of Dramatic Arts, et membre régulier de la Royal Shakespeare Company, il mena également une brillante carrière au théâtre. Toujours spécialisé dans les rôles d’adversaires, il interpréta ainsi le Dr Moriarty de 1974 à 1976, à Broadway.

o Philip Gilbert (1931-2004) a interprété de nombreux rôles à la télévision et au théâtre, mais cet acteur canandien demeure surtout connu pour avoir été la voix de TIM, l’ordinateur biologique de The Tomorrow People (1973-1979).

o Stratford Johns (1925-2002) fut célèbre pour son rôle du détective Barlow dans Z Cars de 1962 à 1978. Né en Afrique du Sud, il servit dans l'armée de ce pays pendant la seconde guerre mondiale. Il émigra en Grande-Bretagne où il débuta sa carrière en 1955. Vu à la télévision dans Département S, Le Retour du Saint, et l'épisode Le legs de la saison 6.

o Doris Hare (1905-2000) fut une comédienne galloise très populaire pour sa participation à la sitcom à succès On The buses (1969-1973). Elle débuta durant les années 20 dans les variétés et le pantomime, dont elle devint une grande figure.

À noter que…

o Cet épisode est le seul de la saison 1 diffusé en France, en 1998, sur la chaîne 13ème rue.

o Il fut redécouvert grâce aux recherches de Dave Rogers, spécialiste reconnu de la série et auteur de livres passionnants sur le sujet.

o Un des indicateurs de Steed est un Noir (le chauffeur de bus), qui a un rôle parlant. Cela demeurera une rareté dans la série, même avant les fameuses règles édictées par Brian Clemens. Les deux seuls épisodes montrant un personnage de couleur de premier plan sont La cage dorée (saison 3), et Un dangereux marché (saison 6).

o Peter Hammond (1923-2011) est une figure importante de la série car il a réalisé pas moins de 19 épisodes, durant les saisons 1 (neuf épisodes, dont Passage à tabac), 2 (Warlock, Le point de mire, Mort d’un grand danois, Les œufs d’or, La loi du silence) et 3 (Plaidoirie pour un meurtre, La toison d’or, Ne vous retournez pas, Le piège à rats idéal, Seconde vue). Il a participé à de nombreuses autres séries (Rumpole of The Bailey, Shades of greene…). Plus récemment il a tourné neuf épisodes du Sherlock Holmes de Jeremy Brett.

o Berkeley Mather (1909-1996) n’a pas eu une carrière se prolongeant au-delà des années 60. Il écrit notamment quelques épisodes pour Les Espions et participe à l’équipe adaptant Dr. No (1962) au cinéma. De son vrai nom John Evan Weston Davies, il demeure avant tout un auteur de romans policiers et d’espionnage, avec quinze ouvrages à son actif entre les années 50 et 80.

Fiche de Passage à tabac des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/keel-15.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/keel/115.html
http://deadline.theavengers.tv/keel-015-TheFrighteners.htm

En flamand

http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/keel16.htm

 

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