Présentation Le HobbitLe Hobbit : la Désolation de Smaug

Saga Tolkien au Cinéma

Le Hobbit : la Désolation de Smaug (2013)


 LE HOBBIT : LA DÉSOLATION DE SMAUG
(THE HOBBIT : THE DESOLATION OF SMAUG)

classe 4

Résumé :

Poursuivant leur quête, les Nains et Bilbon croisent la route des Elfes Sylvains, affrontent moult dangers avant de parvenir enfin à Erebor. Mais, le plus grand des dangers y vit toujours et sa volonté de garder son trésor est grande, sa haine des Nains profonde.

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Critique :

Avec ce deuxième volet, l’action ne cesse plus, la tension monte et c’est un crescendo magistralement réalisé que nous offre Peter Jackson. Peut-être plus encore mis en avant, Martin Freeman nous régale en montant en gamme avec, en chef-d’œuvre, sa confrontation avec Smaug. Le réalisateur sait nous faire patienter en retardant la survenue du monstre sans temps morts.

La première scène passée (simple rappel pour les ceux qui auraient oublié le premier opus), le spectateur est tout de suite plongé dans l’action : les ouargues sont sur les chevilles de nos héros qui trouvent une chaumière disons accueillante. C’est à ce moment que le scénario opère une rupture majeure : Gandalf quitte la compagnie pour une autre mission. Résumons-la tout de suite car c’est un arc mineur du récit. Le magicien se rend à Dol Guldur pour y confronter l’abomination qui y réside. Cela nous donne l’occasion de revoir brièvement Radagast qui ne sert toujours pas à grand-chose mais Sylvester McCoy est tellement à l’aise avec son rôle que c’est un plaisir coupable que de revoir le magicien frappé. L’architecte de Dol Guldur devait être un dément mégalomaniaque doublé d’un dépressif suicidaire car l’on entre plus avant dans cet antre d’horreur. La répugnance suinte des murs et la lumière morte qui baigne des ruines qui ne le sont pas donne des frissons. La lutte de Gandalf contre le Nécromancien, lequel se présente sous forme de ténèbres mouvantes, est un moment effrayant et le cri final de Gandalf résonne encore.

Ce passage, que le montage présente en courtes mais intenses pastilles, entre dans le projet de « prologue » au Seigneur des Anneaux. Il n’a pas une utilité immédiate mais, outre qu’il instille de vrais moments de terreur (jusqu’au réveil de Smaug évidemment), il est à la fois clin d’œil aux fans et préparation à la première trilogie en montrant les ressorts du plan patient du « Nécromancien ». Cette relative mise à l’écart de Sir Ian McKellen a pour vertu de donner plus de place à Martin Freeman qui devient résolument le héros de ce film. L’acteur accompagne l’évolution de son personnage avec talent. Bilbon n’est plus un casanier petit-bourgeois. Il a du courage mais, une brève scène quand il doit tuer un monstre, nous montre un visage qui s’est durci. Pourquoi ne pas avoir fui ? Parce que le monstre l’empêchait de récupérer l’Anneau. 

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La traversée de la « Forêt Noire » (un nom un peu cliché) réserve son lot d’émotions ! Maléfique, la forêt ensorcelle ses visiteurs pour les perdre. Le rythme qui se ralentit et l’image qui devient grise donnent à voir les hallucinations qui piègent nos héros avant que ce ne soient des araignées géantes qui le fassent ! Et dire que Peter Jackson est arachnophobe ! Qu’est-ce que cela aurait donné s’il ne l’avait pas été !! C’est de l’horreur renforcée par les atroces bruits de claquements de pattes et de mâchoires et autres bruits de succions ! De quoi cauchemarder durant des nuits entières ! C’est aussi à ce moment que surviennent les Elfes Sylvains conduits par Legolas (Orlando Bloom retrouve son rôle avec classe et n’a rien perdu de son élégance) et Tauriel (entrée en scène très réussie d’Evangeline Lilly) qui capturent tout ce beau monde (sauf Bilbon devenu invisible). Notons avec humour que Le Hobbit c’est un peu un guide des geôles de la Terre du Milieu ! Grâce à l’habileté de Bilbon, les Nains pourront s’enfuir dans une séquence d’un grand comique pleine d’allant et avec de l’action sans arrêt et une certaine fantaisie. Le réalisateur joue avec habileté sur plusieurs gammes de sentiments pour enrichir ce passage. Il ajoute un brin de romance entre le Nain Kili et l’Elfe Tauriel rendu très convainquant et par le jeu tout en retenu des acteurs mais aussi Peter Jackson ajoute du drame avec cette blessure gravissime infligée au même Kili et qui poussera Tauriel à faire un choix.

Une autre rencontre, celle de Bard, marchand maniant bien l’arc, permet aux Nains d’arriver à Lacville, sympathique cité lacustre non loin d’Erebor. A l’image de son Maître, auquel Stephen Fry prête ses traits, c’est une Venise de bois pourrissant, dont on a aucun mal à croire qu’elle sent le poisson et la vermine. En seigneur décati, méfiant, méprisant envers ses sujets, ventripotent, alcoolique et vénal ; bref, en barbon décadent, Stephen Fry est diablement convainquant ! Il opère un contraste très réussi avec Bard incarné par Luke Evans. Celui-ci est solaire, courageux, moral sinon droit. Lui voit clairement le péril si les Nains réussissent leur entreprise mais que peut la raison contre le discours plein de gloriole et d’espèces sonnantes et trébuchantes promises par Thorin qui a parfaitement saisi à qui il avait affaire. Schématique peut-être mais efficace.

La recherche de la porte d’Erebor est le dernier moment d’émotion du film mais comment ne pas le ressentir devant ces réfugiés qui peuvent enfin rentrer chez eux même s’ils craignent que le tyran qui les en a chassé ne soit toujours là ? Bilbon est alors envoyé chercher l’Arken Stone (« pierre d’angle » soit pierre angulaire). Elle symbolise la clé de voûte (cf. la scène d’entrée dans Erebor). C’est la preuve de l’achèvement, du couronnement. La pierre taillée est symbole de connaissance. C’est aussi le cœur de la montagne et le cœur de Thorin « Roi sous la montagne ». Il y a un côté un peu absurde dans cette quête puisque Bilbon doit trouver « une grosse pierre banche » au milieu d’un trésor gigantesque ! La salle du trésor est presque un classique dans son architecture mais cela n’en reste pas moins époustouflant. Tout Erebor que nous parcourrons peu après est à la fois monumentale, superbe mais aussi, et c’est plus rare dans ces constructions fantasmagoriques, il est davantage possible d’imaginer que l’on ait pu y vivre et, mieux encore, que l’on puisse y vivre à nouveau. Un grand classique aussi du récit d’aventure : tout trésor a son gardien et, dans ce domaine, on n’a pas fait mieux qu’un dragon !

Smaug est absolument magnifique. C’est une des plus belles réalisations techniques que l’on ait pu faire. Le meilleur dans cette superbe horreur, c’est son visage qui exprime toute la malignité de la créature. En VF, le susurrement de la bête en rajoute dans l’impressionnant. Son discours est fielleux et ironique ; celui d’un être puissant qui a parfaitement conscience de sa force et ne doute ni d’elle ni du temps qu’il peut prendre car rien ne presse. La conversation entre Bilbon et Smaug est un moment surréaliste par la politesse courtoise qu’elle prend malgré le fait que l’apprenti voleur avoue crûment qu’il sait parfaitement qu’elle ne le sauvera pas. C’est typiquement la fausse conversation pendant laquelle chacun des interlocuteurs tente de doubler l’autre. On voit ainsi que les deux personnages ne cessent de bouger. L’action reprend ensuite ses droits avec une fascinante et pleine de tension partie de cache-cache entre les Nains venus rejoindre Bilbon et Smaug qui crache sa haine de Thorin et de son peuple. C’est une suite de séquences extrêmement dynamiques très variées et qui ne permettent pas de s’ennuyer.

« Qui a vécu par le glaive périra par le glaive » proclamait l’Evangéliste Mathieu (Mt 26,52) et on a l’impression que Smaug va mourir de son exécrable soif de l’or (Auri sacra fames ! écrivait Virgile) mais c’eut été bien mal connaître le monstre ! Dès lors, c’est un épouvantable frisson glacé qui nous parcourt en entendant Smaug susurrer en volant vers Lacville : « Je suis le feu. Je suis la Mort ».

Anecdotes :

  • Sortie France : 11 décembre 2013 Sortie Nouvelle-Zélande : 12 décembre 2013 Sortie Etats-Unis : 13 décembre 2013

  • Le budget était de 250 millions $. Le film en a rapporté 950.

  • Une araignée « baptise » l’épée de Bilbon « Dard ». Ce nom lui restera et elle deviendra l’épée de Frodon.

  • Un des Nains de la compagnie, Gloin, est le père de Gimli, futur compagnon de Frodon.

  • Détail curieux : le Maître de Lacville boit du Cognac. Où l’a-t-il trouvé ?

  • Ce second volet des aventures du Hobbit est l’occasion de découvrir le dragon Smaug dont on avait aperçu l’ombre durant le premier épisode. Pour l’incarner, Peter Jackson a misé sur Bennedict Cumberbatch, plus connu pour son rôle de Sherlock Holmes à la télévision. L’acteur fait aussi la voix du Nécromancien en VO.

  • Le nom du dragon est un jeu de mot d’après « smog » (brouillard de la ville). La pollution était une manifestation du mal pour Tolkien. « Smaug » vient d’un vieux verbe allemand qui signifie « glisser ». Contrairement à l’image montrée à l’écran (qui est une représentation traditionnelle occidentale), chez Tolkien (Le Silmarillon) les dragons ressemblent à des vers géants.

  • Le premier dragon a veillé sur un trésor est Fafnir dans la Volsunga Saga, épopée islandaise. On retrouve ce dragon dans Les Nibelungen, adaptation germanique de la légende. Wagner en tira sa Tétralogie.

  • Le vol de la coupe d’or par Bilbon fait écho à un vol identique commis par Beowulf avec un dragon dans les deux cas et des villageois alentour qui subissent la colère du monstre.

  • Le 4 novembre, Peter Jackson a présenté en avant-première mondiale 20 minutes du second volet de sa trilogie. Un évènement qui n’a jamais aussi bien porté son nom puisque cet extrait a été diffusé sur internet ainsi que dans des cinémas à Wellington, Londres, New York et Los Angeles, reliés entre eux grâce à une connexion satellitaire. Plusieurs membres de l’équipe du film y ont participé (Orlando Bloom, Evangeline Lilly, Andy Serkis, Luke Evans, Lee Pace).

  • Fin octobre, les créateurs de la série Les Simpsons ont tenu à faire un petit clin d’œil à la sortie du Hobbit – La Désolation de Smaug. Pour l’occasion, un générique inédit a été créé au sein duquel les membres de la famille Simpson sont grimés en personnages de la saga de Peter Jackson et traversent des décors semblables à ceux de la Terre du Milieu en vue de rejoindre… le canapé, lieu de clôture des génériques de la célèbre série.

  • Créer un personnage de la dimension de Smaug n'a pas été une mince affaire pour les équipes d'effets spéciaux de Peter Jackson. Au total, une semaine a été nécessaire pour aboutir à un visuel concret.

  • A la première minute du film apparaît Peter Jackson à l'écran en tant que villageois. Un caméo également présent dans le premier Seigneur des anneaux.

  • Ce sont les monts Ruapehu qui ont servi pour Erebor. Un lieu sacré auquel les Aborigènes ont autorisé l’accès pour le tournage.

  • Selon Peter Jackson, la rivière Pelorus (où a été tournée la scène des Nains dans les tonneaux) était « parfaite pour des monstres » !

  • Smaug a fait une apparition et a été interviewé par Stephen Colbert dans son spectacle satirique The Colbert Report (2005) le 11 décembre 2014 pour promouvoir le film. C’est Benedict Cumberbatch qui a fait la voix de Smaug pour l'entrevue.

  • Peter Jackson a rencontré Evangeline Lilly après avoir fini de filmer la première trilogie de la Terre du Milieu et l'aimait tellement qu'il a promis de l'inclure dans une autre adaptation de Tolkien. Quand le tournage du Hobbit a commencé, l’actrice a reçu un appel téléphonique de Jackson lui disant qu'il avait créé le personnage de Tauriel pour elle.

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