Charlie et la chocolaterieSweeney Todd (2008)

Saga Tim Burton

Les Noces funèbres (2005)


LES NOCES FUNÈBRES
(CORPSE BRIDE)

Résumé :

Après le fiasco de la répétition de son mariage arrangé, Victor va répéter seul en forêt mais, sans le vouloir, il épouse une mystérieuse mariée qui est décédée ! Amené dans le monde des morts, Victor ne trouve pas ce dernier sans attraits.

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Critique :

Un film fantastique qui montre tout ce que l’animation image-par-image peut avoir de magique. « Un film en prises de vues réelles sur fond bleu ne vous donne pas l’impression d’avoir été là contrairement à ce procédé », affirme Tim Burton et il a ô combien raison ! Comédie musicale tout autant que comédie noire, ce petit bijou manifeste toute la passion du réalisateur pour ces techniques anciennes mais qu’il remet au goût du jour.

Si l’on compare ce film avec Bettlejuice, on notera que Burton a affiné sa conception du monde des morts. A la bureaucratie ennuyante, il préfère un monde coloré, « pittoresque » selon le scénariste John August, « explosif » pour Johnny Depp ; Burton voulait une ambiance jazzy et c’est ce que Danny Elfman lui offre avec ce bel orchestre de squelettes (et l’étui à saxophone est une trouvaille !). Par contraste, le monde des vivants est gris et terne, tendu et coincé. Le scénario s’est inspiré du monde victorien qu’il pousse jusqu’à la caricature grinçante. Pour donner cette double impression, les dessinateurs ont travaillé séparément : un groupe sur un monde, un autre sur le second.

Pour Tim Burton, le problème n’est pas qu’il y ait deux mondes. Ils sont différents mais ont leur légitimité chacun. Le problème est d’être coincé entre les deux. C’est ce qui arrive à Victor et c’est le moteur de l’action. La scène où le jeune homme répète ses serments dans les bois échappe au sinistre par l’humour et l’allant du personnage que nous communique l’excellence de l’animation et la voix de Johnny Depp. On pourrait trouver simple l’idée : un vivant coincé dans le monde des morts voudrait retrouver son monde. Certes, mais c’est Burton, le monde des morts est plus « vivant » justement que celui des non-morts. A un moment, Victor se dit même qu’il pourrait rester et c’est d’autant plus crédible qu’un élément fait le lien avec une situation antérieure. L’accord entre la mariée défunte et son époux vivant se fait en jouant du piano. Or, c’est en jouant du piano que Victor s’était précédemment accordé avec la jeune Victoria qu’il était censé épouser dans le monde d’en-haut. Les deux scènes sont extrêmement poétiques.

Burton ne voulait pas que son film soit trop effrayant aussi ne manque-t-il pas d’humour. La répétition du mariage est un fiasco mais la distraction de Victor gagne notre sympathie et nous compatissons avec lui tout en riant sous cape du désastre. Lorsque Victor croise une araignée (lesquelles sont tailleurs ! Il fallait y penser !), celle-ci lui dit qu’elle n’est pas mariée mais « veuve » ! Le ver qui sort de la mariée à tout propos pour donner son avis participe de ce « pittoresque » mais le clou, c’est bien de voir les morts envahir le monde des vivants dans une ambiance de fête ! Il faut voir et entendre le pasteur tonner contre eux et s’entendre dire de parler plus bas : on est dans une église ! Quand on sait que le pasteur est doublé par Christopher Lee, maudire les morts ne manque pas de sel !

Le projet de Tim Burton mit dix ans à aboutir mais le résultat est plus qu’à la hauteur. Comme il refusait de tout faire par ordinateur, les personnages sont des marionnettes. Près de 200 furent réalisées dont 14 pour Victor et la mariée et 13 pour Victoria car les personnages principaux supportant le poids du film devaient avoir de nombreuses expressions. Des mécanismes miniatures étaient insérés dans les poupées pour qu’elles s’animent et varient leurs expressions. Chacune mesure environ 25 à 30 centimètres. 14 semaines de tournage furent nécessaires et autant pour le montage. Les acteurs doublèrent leurs personnages sans se rencontrer. Ils étaient guidés par le travail déjà fait et les indications de Tim Burton. « L’approche de Tim est celle d’un artiste » pour Johnny Depp. Quant à Christopher Lee, devenu un fidèle de la galaxie Burton, il déclara que « Tim Burton [était] son réalisateur préféré ».

Anecdotes :

  • Sortie US : 25/09/2005 Sortie française : 19/10/2005

  • Le budget était de 30 millions$. Le film en rapporta 148.

  • Scénario : John August, Caroline Thompson et Pamela Pettler

  • Le film fut coréalisé par Tim Burton et Mike Johnson. Ce dernier fut coréalisateur car Burton tournait en parallèle Charlie et la chocolaterie.

  • Le film a été tourné aux studios Vinton de Londres.

  • Tim Burton a dessiné lui-même toutes les scènes, tous les personnages, puis les directeurs artistiques, les plasticiens et les décorateurs ont pris le relais.

  • Casting vocal original : Johnny Depp (Victor), Helena Bonham Carter (la mariée funèbre), Emily Watson (Victoria), Joanna Lumley (Maudeline Everglot), Albert Finney (Finis Everglot), Richard E. Grant (Lord Barkis), Christopher Lee (le pasteur), Michael Gough (Elder Gutknecht)

  • L’idée du film vient d’un lecteur-analyste de scénario de Pixar, Joe Ranft, décédé avant la fin du tournage. La scène où Victor Van Dort pose l’anneau sur ce qu’il croit n’être qu’une branche est inspirée de la légende juive de La Mariée morte, issue d’un recueil du XVIe siècle et qui fascina Ranft. Le récit mettait en scène un jeune et candide promis de retour dans son foyer et qui égare son alliance sur le cadavre d’une mariée assassinée…qui ressuscite brusquement ! Ranft pensa aussitôt à Burton. Cette scène se retrouve dans la nouvelle fantastique La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée dans laquelle un personnage, M. Alphonse, éveille une statue en mettant un anneau à son doigt.

  • La technique d’animation image-par-image (stop motion) fut utilisée par Ray Harryhausen qu’admirait Burton. Harryhausen vint sur le plateau de tournage…suspendant tout travail car les animateurs s’inclinaient devant lui. Dans le film, Victor joue sur un piano de marque « Harryhausen ».

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