Southland TalesThe Grudge 2

Saga Sarah Michelle Gellar

Southland Tales (2006)


SOUTHLAND TALES 
(SOUTHLAND TALES)

classe 4

Résumé :

2008 : confrontés à une troisième guerre mondiale et à une vague de terrorisme néo-marxiste, les Etats-Unis ont désespérément besoin d’énergie. Au large de Los Angeles est construite une usine produisant le Fluide Karmique, à la fois carburant et drogue psychédélique aux propriétés inouïes. Mais le procédé induit secrètement une distorsion spatio-temporelle perturbant la rotation terrestre et propageant une folie parmi la population. Après avoir mystérieusement disparu, l’acteur vedette Boxer Santaros sort du désert et, en compagnie de sa petite amie Krysta (ex star du porno), entreprend l’écriture d’un scénario décrivant inexplicablement la situation et annonçant la Fin du Monde dans trois jours. Terroristes et gouvernement dictatorial vont s’affronter pour la possession du document, bouleversant la vie de nombreuses personnes.  

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Critique :

Présenté prématurément au festival de Cannes 2008, le film pâtit clairement du long et tortueux remontage ayant succédé à un accueil pour le moins circonspect. Volonté des studios et de l’auteur/réalisateur Richard Kelly s’y parasitèrent mutuellement, débouchant sur une narration rajoutant encore à la complexité déjà considérable d’une intrigue jouant sur l’énigmatique et sur la multiplicité des personnages antagonistes. Même raccourci, avec une durée avoisinant les deux heures et demie Southland Tales souffre de rester trop long, le scénario exigeant une grande attention de la part du spectateur pour reconstituer un puzzle délibérément épars.

Quelques irritants partis pris de mise en scène peuvent également aggraver un éventuel sentiment de lassitude. Hormis quelques belles chansons accompagnant d’étonnantes chorégraphies (trip karma fluidique, spectacle sur le zeppelin), la bande son se complait dans les mélodies sirupeuses et déjà datées de Moby, ce qui constitue rarement un gage de succès. Le recours systématisé à l’hyper violence accompagne d’abord efficacement le panorama ouvert sur une dystopie quasi contemporaine, mais finit par devenir répétitif. Pour sauver sa production, Sony investit un gros budget dédié aux effets spéciaux, ce qui se ressent trop fortement dans le dernier segment de la narration, On ressent que Kelly botte quelque peu en touche pour sa conclusion, préférant parier sur le grand spectacle pyrotechnique.

Et pourtant, malgré ces indéniables faiblesses, Southland Tales demeure un petit chef d’œuvre d’excentricité, de vitalité et d’originalité. Totalement kaléidoscopique, alternant sur un tempo d’enfer plusieurs basculements entre narration classique et hallucinations lysergiques dérivant au sein d’une réalité en voie d’effondrement, multipliant personnages et factions emboitées, le scénario multiplie sans fin les audaces. Kelly entraîne le spectateur dans un jeu de piste fascinant et intelligemment énigmatique, lui laissant le soin de compléter à sa guise les zones de mystère perdurant au-delà du récit. Ce choix jusqu’au-boutiste peut évidemment dérouter, mais captivera dès lors que l’on accepte de jouer le jeu et de s’aventurer au-delà de la stricte structuration cartésienne.  

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Ce scénario à la fois labyrinthique et explosif ne se cantonne pas à un plaisir gratuit de l’esprit. La dystopie décrite par Kelly trouve racine dans les plaies du monde contemporain, ce qui lui vaut une véracité tout à fait glaçante alors que la catastrophe globale ici décrite s’accélère au fil d’une population sombrant toujours davantage dans l’hystérie collective, une pulsion profonde du film. Epuisement des ressources, dérèglement de l’écologie planétaire (océane ici), populations cédant à leurs frayeurs et à la tentation sans cesse accrue de l’entropie, démocratie toujours davantage factice, diffusions virales des armes les plus violentes, tout se conjugue ici dans un maelstrom à l’écho encore accru quelques années après la sortie du film. Jeune auteur et réalisateur (né en 1975). Kelly n’épargne pas sa propre génération, éloquemment décrite comme saturée par la culture pop et la superficialité des apparences, ne croyant plus à rien et ayant abandonné toute ambition constructive.

La mise en scène de Richard Kelly rejoint harmonieusement son propos et son tourbillonnant kaléidoscope narratif. Le montage percute avec tonicité des scènes souvent brèves et relevant de natures très diverses : insertion de publicités ou journaux télévisés en folie, une réalisation onéreuse ou simplement caméra sur l’épaule, en vue subjective ou en large panorama, effets spéciaux informatiques ou trucages traditionnels… Aucun passage ne ressemble au précédent ou au suivant, on aura rarement vu une telle variété visuelle au sien d’un seul film. Un grand soin, presque maniaque, apparaît porté au travail de production (décors, costumes, voitures…), tandis que Southland Tales tient la promesse de son titre en nous proposant quelques fort jolies vues de la conurbation du Grand Los Angeles, de Venice jusqu’au Downtown.

L’amateur de Science-fiction trouvera un intérêt supplémentaire dans ce film avouant explicitement s’inspirer, voire quasiment adapter et actualiser, l’univers des ultimes romans de Philip K. Dick. Marqué par le LSD, le grand auteur écrit ces livres profondément étranges essentiellement durant les années 70 tardives et le début des 80, y donnant libre cours à ses obsessions mystico-religieuses et apocalyptiques, ainsi qu’à à sa paranoïa délirante envers Nixon. L’hyper technologie invasive de la NSA succède ici aux micros de naguère. Ces livres aussi tragiquement fous que fulgurants par moments (SIVA, L’Invasion divine, La Transmigration de Timothy Archer, Radio libre Albemuth, L'Exégèse…) marquent profondément le film et son univers truqué, un émouvant hommage à ce crépuscule tragique, encore parfois grandiose. Quelques images fortes parachèvent l’ensemble, comme ce mystérieux scientifique détenteur du secret ultime et ressemblant beaucoup à Philip K. Dick au soir de sa vie, ou le policier abattant un homme en disant « Coulez, mes larmes » (paru en 1970, le roman Coulez mes larmes, dit le policier reste l’un des ultimes chefs d’œuvre de Dick, avec Substance Mort).

Southland Tales a également le bon goût de confier ses multiples personnages à d’excellents acteurs, souvent des figures connues du grand ou du petit écran. Ceux-ci se donnent à fond dans des rôles parfois éphémères, voire météoriques, mais recouvrant toujours des personnages irrésistiblement excentriques, sinon totalement dingues Entre autres faits d’armes, on appréciera la féline et exotique beauté de Bai Ling en exécutrice féroce et sensuelle, le toujours parfait Curtis Amstrong en bras droit du scientifique dickien, le cynisme satisfait de quelques habitués aux rôles de fripouilles ou le brillant Seann William Scott  en personnage mystère de l’histoire. Le public français retrouvera cet acteur sous-évalué qu’est Christophe Lambert, avec un rôle voyou en terre étrange n’étant pas sans évoquer celui de Subway. Avec un rôle moins monolithique qu’à l’accoutumée, sans que cela le prive de son indéniable charisme, Dwayne Johnson (The Rock himself) surprend agréablement.

C’est toutefois bien Sarah Michelle Gellar qui parvient à se tailler la part du lion au sein de cet aréopage de qualité. Elément le plus positif et joyeux de cet univers partant en lambeaux, Krysta est une bouffée de bonne humeur et de drôlerie continuellement euphorisante, illustrant à merveille les dons de l’actrice pour la comédie. Portée par son bon cœur et sa tête de linotte Krysta s’avère également un personnage clef de l’intrigue, l’un des seuls chez qui l’humanité prévaut sur les ambitions, les coteries ou l’embrasement de la violence. A sa manière elle illustre néanmoins la folie de cet univers si proche du nôtre, avec son groupe de collègues stars du porno devenues chroniqueuses politiques à la télévision. Avec sa manière positive et décomplexée d’aborder le sexe, elle nous rappelle que même au soir de la Fin du Monde perdurent les joies de l’amour. Un adorable et précieux personnage, auquel Sarah Michelle Gellar apporte tout son éclat naturel et la grande véracité de son talent.

Profondément original, animé par moments d’un vrai souffle visionnaire, Southland Tales compose sans doute l’un de ces « grands films malades » évoqués jadis par Truffaut. Ses brillantes qualités se voient en effet partiellement étouffées par une ambition sans doute démesurée chez un Kelly voulant trop le remplir à ras bord et parfois en mettre plein la vue. Il lui manque une poésie et un sens de l’étrange plus élaboré, que l’on retrouve chez Lynch auquel il fait songer par son histoire hallucinée et volontairement énigmatique, ainsi que par un univers oscillant entre le réel et l’étrange.

Anecdotes :

  • Le film a été présenté en Compétition en Sélection Officielle au Festival de Cannes, le 21 mai 2006.

  • Gilles Jacob fut séduit par un rush envoyé à tout hasard par l’auteur et réalisateur Richard Kelly. Très surpris d’avoir été retenu, Kelly ne put que présenter un film dont le montage fut être effectué à toute vitesse. L’accueil fut houleux, mais Sony estima que le film avait du potentiel et racheta les droits à Universal.

  • Suite au mauvais accueil connu à Cannes, à la demande de Sony, Richard Kelly procéda à un remontage intégral de son film qui demanda plus d'une année. Alors que la version projetée à Cannes durait 2h41, la version finale dure 2h24.

  • Il sortit finalement aux États-Unis en octobre 2007, dans seulement 63 salles. Éreinté par la critique, le film devint un four monumental, rapportant moins de 400 000 dollars, pour un budget de 17 millions.

  • En France, le film est directement sorti en vidéo.

  • La carrière de Richard Kelly avait été propulsée en 2001 par le succès critique d’un autre thriller fantastique tourné autour de la Fin du Monde, l’étrange Donnie Barko.

  • Kelly a indiqué que Southland Tales était un étrange hybride entre of Andy Warhol et Philip K. Dick.

  • Dans son récit de la Fin du Monde, Boxer Santaros se projette dans le personnage de Jericho Cane. Il s’agit d’un clin d’œil au film La Fin des Temps (1999), dont le protagoniste Jericho Cane est incarné par Arnold Schwarzenegger.

  • Le terme Southland désigne communément le Grand Los Angeles. Regroupant les comtés de Los Angeles, Orange, San Bernardino, Riverside et Ventura, la zone avoisine les 18 millions d’habitants. Elle donne également son nom à la série policière Southland (2009-2013).

  • C’est à l’occasion de ce film que Dwayne Johnson renonça à on pseudonyme de The Rock, optant pour poursuive sa carrière sous son véritable nom.

  • Il ne fallut qu’une journée à Justin Timberlake pour tourner ses différentes scènes.

  • Dans le film, la devise de la police est Oderint dum metuant. Il s’agit d’une citation célèbre de l’empereur romain Caligula, qui signifie « Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ! ».

  • Le film de décompose en trois chapitres, chacun intitulé du titre d’une chanson de musique alternative : Temptation Waits, de Garbage ; Memory Gospel de Moby (qui composa l’ensemble de la musique du film), et Wave of Mutilation, de Pixies.

  • Le Système d’Energie de Fluide Karmique s’inspire des plans laissés par Nikola Tesla à propos de son sa mythique théorie d’électricité inépuisable.

  • L’évocation de la Fin du Monde, récitée par Justin Tmberlake, s’inspire du poème Les hommes Creux (1925), de T. S. Eliot.

  • Tara Reid, Jennifer Love Hewitt et Jessica Biel furent envisagées pour le rôle de Krista Now, avant qu’il n’échoie à Sarah Michelle Gellar. Le rencontre entre Richard Kelly et l’actrice se déroula fort bien, cette dernière accepta son rôle d’enthousiasme, avant même d’avoir lu son script.

  • Sarah Michelle Gellar participa pour la première fois au Festival de Cannes à l’occasion de la présentation du film.

  • La prestation de Sarah Michelle Gellar fut bien mieux accueillie par la critique que le film lui-même, notamment concernant son impact comique et sa collaboration avec Dwayne Johnson.

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