Traque sur internetLe temps d'aimer

Saga Sandra Bullock

Le Droit de tuer ? (1996)


LE DROIT DE TUER ?
(A TIME TO KILL)

classe 4

Résumé :

Mississippi, dans les années 1960. Accablé par la douleur après le viol de sa fille par deux hommes blancs, un père noir décide de faire justice lui-même. Accusé de double homicide, il risque la peine de mort.

unechance 7

Critique :

Un film aux thèmes très forts, aux discours puissants et qui résonnent encore aujourd’hui. Il est malheureusement en partie desservi par sa mise en scène.

Le départ ne saurait être plus tranché : deux Blancs éméchés, poussiéreux et braillards ; une communauté noire paisible, bien tenue, presque silencieuse. La suite est d’une grande brutalité ; on ne voit rien évidemment mais c’est très brouillon comme mouvement de caméra. On a plus l’impression que le réalisateur s’agite plutôt qu’il ne suggère. La musique est à cet instant absolument tragique. Le shérif (noir) arrête les coupables mais, avant qu’ils ne soient présentés au juge, le père, Carl Lee Hailey les abat ! Filmée au ralenti avec une chanson triste en illustration, la scène fait d’autant plus ressortir le bruit des coups de feu. Arrêter le meurtrier ne sera là non plus pas compliqué.

Le cadre a été posé même si on peut regretter le temps qu’il a fallu pour cela. Le réalisateur va prendre un temps considérable encore pour poser les enjeux (qui sont pourtant clairs), essayer de travailler son atmosphère (sans grande réussite) et en faisant parler ses acteurs ; en les faisant vraiment beaucoup parler. Des tunnels de dialogue. Certains sont importants mais d’autres auraient pu être raccourcis ou fusionnés. Les échanges entre Jack Brigance et Lucien Wilbanks (un bon Donald Sutherland) auraient gagné à être condensés. On a bien compris que ce dernier est le mentor du premier, qui le pousse à aller de l’avant mais on s’ennuie ferme. Le scénario rajoute aussi la présence du Klu Klux Klan qui ne sert qu’à dramatiser une histoire qui n’en a pas besoin – elle est suffisamment forte comme cela – et à nous servir soit des dialogues nauséeux entre des mecs répugnants (et Kiefer Sutherland en compose un bien poisseux quoiqu’intellectuellement limité, ce qui le rend caricatural) ou des scènes de violence (tabassage, menaces, incendie etc.). Il eut été bien plus profitable de ne se concentrer que sur un des deux aspects du film : soit la présentation d’un milieu marqué par un profond racisme (adapter Faulkner par exemple) soit un procès sur la question raciale. Mêler les deux alourdit le film.

ladoublure 3

On a donc perdu une heure quand le procès s’ouvre. Quelles sont les forces en présence ? Pour l’accusation, le procureur est Rufus Buckley incarné avec maestria par Kevin Spacey. L’acteur donne corps à un homme ambitieux, habile et manipulateur mais dont on ne saura jamais vraiment ce qu’il pense. L’entendre parler des statistiques raciales fait froid dans le dos car Buckley pèse la question en termes d’influence sur un jury et non comme une question en soi. La défense est assurée par Jack Brigance et Matthew McConaughey montre déjà son talent.

Les limites du jeune avocat ne sont pas oubliées et l’on n’est pas surpris qu’il faille (plusieurs fois) qu’on le pousse en avant. On se construit avec les autres, soit. C’est par contre un peu beaucoup que de mentionner qu’il n’a que peu de clients et boit beaucoup. Le voir recevoir au petit matin Helen avec la gueule de bois n’apporte pas grand-chose. Helen ? Une étudiante brillante qui a (lourdement) insisté pour rejoindre Jack et l’aider. Sandra Bullock n’apparaît qu’au bout d’une demi-heure et n’intervient réellement que dans la seconde partie du film. Que son nom arrive en premier au générique n’empêche pas que ce soit Matthew McConaughey la star du film.

On a également du mal à imaginer l’actrice en « étudiante ». Qu’il faille qu’elle insiste trois fois pour être engagée n’est qu’un exemple de plus du temps perdu par le film. Par contre, Sandra apporte une belle énergie et la présentation d’Helen ne manque ni d’enthousiasme ni d’humour et l’entendre défendre l’abolition de la peine de mort (que Jack en soit un partisan ne sert à rien sinon à pouvoir poser le débat et permettre un échange pas inintéressant en soi d‘ailleurs) est particulièrement fort. Le président du tribunal est quant à lui incarné avec autorité et aisance par le grand Patrick McGoohan. Hautain, mais jamais méprisant, l’acteur nous donne à voir un homme partial, sûr de lui-même mais suffisamment honnête pour laisser se dérouler le procès. Quant à l’accusé, c’est Samuel L. Jackson qui le joue et l’acteur est impressionnant de force et de charisme. Il donne corps à la douleur de Carl mais, plus encore, il lui donne une dignité (scène avec le « groupe de soutien »). 

Moment imposé : le héros est tellement plongé dans son affaire qu’il néglige le reste. Par contre, le film n’a pas tort de montrer qu’une affaire de ce genre ne peut pas être extraite de son substrat social (ce qui sera rappelé avec force dans la plaidoirie finale de Jack) et qu’elle a nécessairement des conséquences et des répercussions sur la vie des personnes. Il est appréciable de voir la famille Brigance secouée mais pas coulée et Ashley Judd est très émouvante dans son rôle d’une épouse aimante, qui flanche dans les moments très durs mais qui n’abandonne pas son mari et saura être présente au moment où il aura besoin d’elle. Merci aussi de nous avoir épargné une romance qui aurait été inappropriée entre Jack et Helen. Qu’ils soient attirés l’un par l’autre est compréhensible (et qui peut résister aux beaux yeux de Sandra Bullock ?) mais le scénario joue la responsabilité des personnages. Les acteurs jouent bien la corde raide mais on peut quand même dire qu’il y a du mou dans la corde à noeuds. Joel Schumacher est incapable de garder l’intensité d’une scène très longtemps et le nombre de moments qui manque de nerfs est impressionnant.

Le déroulement du procès appartient au déjà-vu avec ses coups fourrés, ses retournements de situation etc. et un épisode de l’excellente série New York Police Judiciaire en montre autant sinon davantage en 42 minutes. Kevin Spacey est impeccable à démonter son rival mais qui s’énerve aussi quand les choses lui échappent. Hormis la plaidoire finale de Jack vraiment impressionnante, c’est bien Buckley qui tient la barre dans cette partie. Matthew McConaughey se défend certes, mais face à Kevin Spacey et Patrick McGoohan, il ne pèse pas lourd ! Ce qui est précisément l’effet recherché et ces scènes sont très crédibles. Ici, peu d’effets et c’est efficace. Dommage, encore une fois, de perdre son temps avec des a-côtés sans grand intérêt.

La plaidoirie finale de Jack est le moment clé de la fin du film et elle n’est pas manquée. Filmé en gros plan, Matthew McConaughey est émouvant, profond et dégage une véritable force. Avec intelligence (ça lui arrive), Joel Schumacher insère des plans sur Buckley que l’on sent mal à l’aise et qui comprend qu’il est en train de perdre le procès. Excellente idée que de ne pas avoir filmé les délibérations et de nous faire vivre le verdict avec ceux qui attendent dehors. La toute dernière scène est peut-être par contre un brin moralisatrice ou guimauve mais elle ne manque pas non plus d’intérêt.

Anecdotes :

  • Sortie US : 13 juillet 1996. Sortie en France le 13 novembre 1996

  • On notera la pudeur de la traduction française. Quand le titre original est affirmatif, celui en français est interrogatif.

  • Le film est l’adaptation du roman Non coupable de John Grisham. A noter que le titre original du roman et le titre original du film sont les mêmes.

  • Joel Schumacher : réalisateur, scénariste et producteur américain, il débute dans le cinéma en faisant du design de costumes. Son premier film est La femme qui rétrécit (1981) et son premier succès St Elmo’s Fire (1985). On lui doit ensuite L’Expérience interdite (1990), Le Client (1994), Batman Forever (1995), Batman et Robin (1997). Ce dernier est un lourd échec qui interrompt la saga pour un long moment. Par la suite, il va réaliser Phone Game (2002), Le fantôme de l’Opéra (2004), Le nombre 23 (2007). Effraction (2011) est son dernier film.

  • Akiva Goldsman : scénariste et producteur américain, il a surtout travaillé avec Joel Schumacher et Ron Howard (Un homme d’exception, en 2001, lui rapporte l’Oscar du meilleur scénario adapté). Il a aussi scénarisé et produit la série Fringe (2008-2013).

  • Matthew McConaughey/Jack Tyler Brigance : acteur américain, il est révélé par le film Génération rebelle (1993). Le droit de tuer ? est son second rôle. Il enchaîne avec Amistad (1997) puis En direct sur Ed TV (1999). Il tourne ensuite principalement des comédies sentimentales (Un mariage trop parfait, 2001 ; Playboy à saisir, 2006) mais aussi Le Règne du feu (2002). Il se redonne du souffle avec La défense Lincoln (2011), Bernie (2012). En 2013, sa performance dans Dallas Buyers Club lui vaut l’Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur. Il enchaîne avec Insterstellar (2014). La même année, il participe à la première saison de True Detective.

  • Samuel L. Jackson/Carl Lee Hailey : acteur américain, il tourne depuis 1972. Sous la direction de Spike Lee, il décroche la Palme de meilleur second rôle masculin pour Jungle Fever (1991). C’est son rôle de tueur dans Pulp Fiction (1994) qui en fait une star. Vedette de Tarantino, il tournera sous la direction de celui-ci dans Jackie Brown (1997), Kill Bill vol. 2 (2004), Django Unchained (2012) et Les Huit salopards (2016). Il a égalment tourné dans Star Wars (1999, 2002, 2005), Shaft (2000), Cleaner (2008), Kingsman, services secrets (2015). Depuis 2008, il incarne principalement Nick Fury dans les films de la franchise Avengers.

  • Oliver Platt/Harry Rex Vonner : acteur canadien, il a joué dans L’Expérience interdite (1990), Proposition indécente (1993), La courtisane (1998), Lake Placid (1999), Mafia Parano (2000), Frost/Nixon (2008), 2012 (2009), Love et autres drogues (2010). Il a également tourné pour la télévision : Deadline (2000-2001), Huff (2004-2006), Nip/Tuck (2007-2008), Chicago Police Department/Chicago Med (2015).

  • Kevin Spacey/Rufus Buckley : acteur américain, il s’intéresse au théâtre, s’initie au stan-up et à l’imitation. En 1986, il débute au cinéma dans La brûlure. Son premier véritable rôle est dans la comédie Pas nous pas nous (1989). Il participe ensuite à Henry and June (1990). Jeux d’adulte (1992) en fait un acteur de premier plan. Il devient une star avec Usual Suspect (1996) qui lui vaut l’Oscar du meilleur second rôle. Suivront L.A Confidential et Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997). En 2000, il obtient l’Oscar du meilleur acteur pour American Beauty. En 2006, il tourne dans Superman Returns puis Les Chèvres du Pentagone (2009). Kevin Spacey n’a pas boudé la télévision puisqu’on l’a vu dans Equalizer (1985), Un flic dans la Mafia (1988, 8 épisodes) et, bien sûr, House of Cards (depuis 2013).

  • Donald Sutherland/Lucien Wilbanks : acteur canadien, d’abord DJ pour des radios locales, il s’inscrit à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres et monte sur les planches. Il tient son premier rôle au cinéma avec un film d’horreur italien, Le château des morts-vivants (1964) avant d’avoir un premier grand rôle dans Les Douze salopards (1967). Il se fait remarquer avec le succès de la comédie MASH (1970). En 1976, il est le Casanova de Fellini dans le film éponyme. Suivront, par exemple, L’invasion des profanateurs (1978), JFK (1991), Buffy, tueuse de vampires (1992), Space cowboys (2000), Retour à Cold Mountain (2003), Hunger Games (2012-2015). Il a également tourné pour la télévision : Le Saint (1965), Chapeau melon et bottes de cuir (1967), Dirty Sexy Money (2007-2009), Crossing Lines (2013-2015).

  • Kiefer Sutherland/Freddie Lee Cobb : fils du précédent, il est né à Londres mais vit à Toronto depuis 1975. Au cinéma, il a joué dans Comme un chien enragé (1986), L’expérience interdite (1990), Les trois mousquetaires (1993), Phone Game (2003), Mirrors (2008), Melancholia (2011), Pompéi (2014). Son rôle le plus connu est cependant celui de Jack Bauer dans la série 24 heures chrono (2001-2010, 2014).  

  • Patrick McGoohan/juge Omar Noose : acteur irlando-américain (1928-2009), il a tourné tant pour le cinéma que pour la télévision. Il débute avec Les briseurs de barrages (1954). On le retrouvera dans Destination Zebra (1968), L’Evadé d’Alcatraz (1979), Braveheart (1995). La télévision lui a fourni ses rôles les plus mémorables avec les séries Destination Danger (1961-1968), Le Prisonnier (1967-1968), Columbo (4 épisodes).

  • Ashley Judd/Carla Brigance : née Ashley Tyler Ciminella, cette actrice américaine, diplômée de français de l’université du Kentucky, débute sur les planches. Elle a tourné dans Heat (1995), Le Collectionneur (1997), Instinct meurtrier (2004), La chute de la Maison-Blanche (2013), Divergente (2014, 2015, 2016).

  • Charles S. Dutton/sheriff Ozzie Walls : acteur américain vu au cinéma dans Crocodile Dundee 2 (1988), Alien 3 (1992), Seven (1995), Gothika (2003) et vu à la télévision dans The L Word (4 épisodes) ou Esprits criminels.

  • Chris Cooper/Dwayne Lowell Loney : Christopher W. Cooper, acteur américain, débuta avec Matewan (1987). On l’a vu ensuite dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998), American Beauty (1999), Adaptation (2002 ; Golden Globe et Oscar du meilleur second rôle), Syriana (2005), The Town (2010), Un été à Osage County (2013).

  • Klu Klux Klan : souvent abrégé en KKK ou le Klan, organisation suprématiste blanche créée en 1865. Recréé après la Première guerre mondiale comme un lobby défendant les anglo-saxons blancs protestants (WASP en anglais), il disparaît officiellement en 1944. Dans les années 1950 et 1960, certains groupuscules s’en réclameront cependant.

  • Le film permet les retrouvailles entre Kiefer Sutherland et Sandra Bullock, quatre ans après La Disparue dans lequel l’actrice n’avait qu’un petit rôle (celui de la fiancée disparue justement).

  • Pour le rôle de Jake Brigance, les premiers choix étaient Kevin Costner, Val Kilmer, Brad Pitt, Alec Baldwin, Bill Paxton, Ralph Fiennes.

  • Paul Newman refusa le rôle de Lucien Wilbanks.

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