Les vierges de Satan (1968)Capitaine Kronos, chasseur de vampires (1974)

Saga Hammer

Dr Jekyll et Sister Hyde (1971)


DR JEKYLL ET SISTER HYDE
(DR JEKYLL AND SISTER HYDE)

Résumé :

Recherchant la potion qui prolongera la vie, le docteur Jekyll l’essaye sur lui-même mais il se transforme en une belle jeune femme ! Pour poursuivre ses recherches, il décide d’aller jusqu’au bout, jusqu’au meurtre même !

Critique :

Ce Hammer tardif montre que la déchéance de la firme n’était pas encore aboutie et qu’il pouvait toujours sortir des créations surprenantes et de qualité. Ce film est pourtant une reprise d’un thème déjà exploité mais il est bien plus original et ses interprètes, excellents, apportent quelque chose de nouveau, de plus sensuel aussi car le choix est de montrer plus de sang et d’érotisme. Heureusement que l’histoire développe plus que cela. Avec un scénario écrit par Brian Clemens, on pouvait s’attendre à de belles trouvailles et, en effet, elles ne manquent pas !

Le film profite d’un riche contexte historique qui sert plus que de trame historique en étant habilement mêlé à l’histoire. D’entrée de jeu, une affiche nous apprend que l’on recherche un assassin…dans le quartier de Whitechapel ! L’omniprésence du bouillard dans les scènes « d’extérieur » (visiblement tournées en studio) n’est pas sans évoquer l’épisode « Brouillard » de la série Chapeau melon et bottes de cuir justement consacré à Jack L’Éventreur. Ce nom ne sera pourtant jamais prononcé ici, laissant planer un petit mystère. L’ouverture du film est capitale aussi parce qu’elle instaure une tension : une prostituée est assassinée et le montage fait coïncider son meurtre avec le dépiautage d’un lapin ! L’insistance du réalisateur sur le couteau met mal à l’aise tout de suite. Le second point historique intervient en soutien des recherches de Jekyll qui a besoin de cadavres. Au départ, il se procure ce qu’il cherche à la morgue où travaille le sinistre Baker (excellente interprétation de Philip Madoc, inquiétant à souhait) mais, comme cela ne suffit pas, Jekyll charge Burke et Hare de lui procurer des cadavres. Ces deux affreux compères vont les trouver ces cadavres. L’idée géniale de Clemens, c’est de mêler à nouveau un fait historique (« les résurrectionnistes d’Édimbourg ») à la trame de l’histoire et le plus beau c’est que tout cela forme un tout cohérent, noir, violent et fascinant à la fois. La scène où le trio est filmé en contre-plongée fait ressortir la bassesse et la dangerosité de tous.

Le scénario de Brian Clemens réussit une variation sur le personnage de Jekyll. Ainsi, avec talent, le scénariste nous présente un homme a priori « normal » mais les scientifiques sont des proies tentantes pour la Hammer qui les aime bien à point ! Lancé sur une recherche scientifique impossible (un thème récurrent chez les savants fous), le jeune docteur Jekyll comprend qu’une vie ne suffira pas et qu’il lui faut prolonger la sienne. Mais Jekyll ne serait pas Jekyll s’il n’essayait pas son breuvage sur lui et, là, innovation géniale sur une trame connue : Jekyll devient certes Hyde mais Hyde est une femme ! Une femme magnifique très satisfaite de son apparence comme en témoigne une scène complaisante sur son buste et un beau rire de gorge. Ultérieurement, le réalisateur nous en montrera subrepticement beaucoup plus mais la nudité est ici mise au service d’une histoire et elle demeure fugace. Par contre, il est indéniable que, dans un premier temps, Martine Beswick n’est qu’un beau corps sans une ligne de texte. La Hammer aimait les jolies femmes mais n’était vraiment pas féministe !

En parallèle se déroule une intrigue secondaire qui, anecdotique au départ, prend petit à petit de l’ampleur et finit par jouer un rôle important. Au-dessus de chez Jekyll est venu habiter la jeune Suzanne (Suzanne Broderick) qui y vit avec sa mère et son frère Howard. Ce dernier n’aime pas beaucoup Jekyll mais il est tout de suite fasciné par Sister Hyde qui ne le décourage nullement ! Lors d’une « réunion » impromptue, Hyde révèle que Jekyll aime Suzanne et qu’elle-même aime Howard. Même si on peut douter de cette dernière affirmation voilà une phrase singulièrement troublante puisque Jekyll et Hyde sont une seule et même personne ! Le thème de l’ambigüité sexuelle est ici pleinement exprimé, montrant que l’époque a changé et que la Hammer cherche à s’adapter. Intéressante aussi la mention d’une « lutte » entre Jekyll et Hyde.

Un film c’est une histoire qu’il faut incarner et le choix des interprètes est ici une réelle réussite. A cent lieux du fadasse Paul Massie du premier opus, Ralph Bates est un magnifique Jekyll. S’il le montre extrêmement travailleur, il ne lui donne pas non plus la passion du savant fou et le montre même plutôt équilibré. Ce qui est très bien vu car cette « normalité » du docteur ne fait que plus ressortir l’horreur de ses crimes et l’ambigüité de sa position vis –à-vis de sa « sœur » (c’est ainsi qu’il parle de Hyde à sa jolie voisine Suzanne). On comprend que la Hammer ait songé à lui pour une « seconde génération » après celle des Lee et Cushing mais le déclin accéléré de la firme dans ces années 70 ne le permettra pas. A ses côtés, Martine Beswick se tire haut la main d’une prestation qui aurait pu être scabreuse. Elle est magnifique, on l’a déjà dit, mais elle sait jouer et c’est avec efficacité qu’elle use de ses sourires ambigus et de regards volontiers faussement pudiques pour dissimuler une force intérieure rageuse et un appétit de vivre féroce.

A la toute fin du film, quand Hyde veut assassiner Suzanne parce qu’elle plaît à Jekyll (et réciproquement), elle la suit dans le brouillard et c’est extrêmement tendu. Son visage exprime alors une détermination froide puis une haine virulente. Le troisième larron, Gerald Sim, réussit l’exploit d’éviter d’être le collègue « voix de la raison » pour exister vraiment par lui-même. D’un tempérament sybarite, le docteur Robertson est un confrère intéressé, certes sceptique sur les recherches de Jekyll mais pas hostile et qui ne cesse de le pousser à profiter de la vie. On est loin de la morale victorienne ! Jusqu’au bout, Gerald Sim saura alterner sourires de l’homme de plaisir et mine fermée de l’homme de devoir. Bel exercice d’équilibre. Le final est nerveux, angoissant mais, surtout, le testament de Jekyll, qui placé en ouverture nous a prévenu qu’il allait raconter « une histoire effroyable », est détruit accidentellement. La vérité ne se fera pas jour et cela signifie que tout peut recommencer.

Anecdotes :

  • Sortie britannique : 7 novembre 1971. Sortie US : avril 1972 Sortie française : 15 juin 1975

  • Film produit par Albert Fennell et Brian Clemens.

  • Réalisation : Roy Ward Baker. Réalisateur, producteur et scénariste britannique (1916-2010), il commence par des petits boulots avant de devenir assistant d’Hitchcock sur Une femme disparaît (1938). Il débute sa carrière de réalisateur avec L’homme d’octobre (1947). Il travaille un temps à Hollywood avant de revenir en Angleterre. Durant les années 50-60, il fut un des piliers du cinéma britannique avant de retourner à la télévision. On lui doit Troublez-moi ce soir (1952), Atlantique, latitude 41 (1958), Les monstres de l’espace (1967), The vampire lovers (1970), Les cicatrices de Dracula (1970), Asylum (1972), Les sept vampires d’or (1974). Pour la télévision, il réalisa des épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir, Le Saint, Alias le Baron, Amicalement Vôtre, Les Champions.

  • Scénario : Brian Clemens, d'après le roman « L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde », de Robert Louis Stevenson. Brian Clemens est connu pour avoir été le maître d’œuvre de Chapeau melon et bottes de cuir et des Professionnels.

  • Le tournage s'est déroulé aux studios d’Elstree,

  • Le film fut projeté en France le 20 novembre 2004 dans le cadre du Festival du film gay et lesbien de Paris.

  • C’est Brian Clemens qui suggéra le titre à Sir James Carreras. Il l’avait trouvé en déjeunant au restaurant des studios Elstree avec Roy Ward Baker.

  • Le réalisateur David Price a par la suite effectué une nouvelle adaptation du roman en mettant de nouveau en scène un personnage de Hyde au féminin avec son Dr. Jekyll et Ms. Hyde (1995).

  • Martine Beswick a déclaré que ses scènes topless étaient à l'origine destinées à présenter une nudité frontale, mais elle était en désaccord avec le réalisateur Roy Ward Baker sur ce qu’il fallait montrer, et ils ne se sont pas parlé pendant une semaine. En revanche, elle accepta d’être intégralement nue quand Sister Hyde apparaît parce que, déclara-t-elle : « I understood that it was extremely important for that scene because she is birthed and she has no shame. »

  • Cette nouvelle variation du mythe créé par Stevenson fait coïncider son récit avec deux notoires éléments historiques que pourtant plus d'un demi-siècle sépare : Jack L’Éventreur (1888) et les meurtres du duo de « résurrectionnistes » Burke et Hare qui, en 1827-1828, assassinèrent plusieurs personnes pour fournir l’école d’anatomie de l’Université d’Édimbourg en cadavres. Les preuves n’étant pas formelles, le Lord Advocat sir William Rae offrit l’immunité à Hare s’il témoignait contre Burke. Ce dernier fut exécuté puis publiquement disséqué à l’Edinburgh Medical College.

  • Jack L’Eventreur : surnom donné à un tueur en série qui sévit dans le quartier londonien de Whitechapel entre août et novembre 1888. Le surnom vient d’une lettre reçue par une agence de presse, Central News, le 28 septembre 1888 qui débute par « Cher patron » et est signé « Jack the Ripper ». Cinq crimes lui sont attribués à coup sûr, cinq prostituées égorgées puis subissant des mutilations abdominales. Les théories abondent mais aucune ne fait l’unanimité. Jack l’Eventreur est aujourd’hui une figure importante du folklore populaire.

  • Ralph Bates/Dr Jekyll : acteur britannique (1940-1991), il débute au théâtre avant de devenir une figure montante de la Hammer dont le déclin le fait aller vers le petit écran. Il a joué au cinéma dans Une messe pour Dracula (1970), Les Horreurs de Frankenstein (1970), Lust for a vampire (1971), Sueurs froides dans la nuit (1972), Evil Baby (1975). Pour la télévision, Dear John (1986-1987). Il décède d’un cancer du pancréas.

  • Martine Beswick/Sister Hyde : actrice britannique née en Jamaïque, elle est d’abord mannequin. Au cinéma, on a pu la voir dans Bons baisers de Russie (1963), Opération Tonnerre (1965), Un million d’années avant JC (1966), Les femmes préhistoriques (1967), La Reine du mal (1974). Elle se fait plus rare ensuite : Nuit sanglante (1987), Le Flic de Miami (1990), La nuit de l’épouvantail (1995). Elle a également tourné pour la télévision : Des jours et des vies (1965), Opération Vol (1968, 1969), Night Gallery (1971), L’Homme qui valait trois milliards (1975, 1976), Pour l’amour du risque (1980), Santa Barbara (1985).

  • Gérald Sim/professeur Robertson : acteur anglais (1925-2014), il débute sa carrière juste après la Seconde guerre mondiale. Au cinéma, on a pu le voir dans Le silence de la colère (1960), Ah Dieu ! Que la guerre est jolie (1969), Frenzy (1972), Un pont trop loin (1977), Gandhi (1982), Jeu de guerre (1992). Il a aussi tourné pour la télévision : Chapeau melon et bottes de cuir (4 épisodes, 1962-1968), Alias le Baron (1967), L’homme à la valise (1967-1968), Amicalement Vôtre (1971), Angoisse (1974), Chapeau melon et bottes de cuir (« Le Lion et la Licorne », 1977), Les Professionnels (1978-1979), Bergerac (1984).

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