Le Petit Monde de Don CamilloLa grande bagarre de Don Camillo

Saga Don Camillo

La Grande Bagarre de Don Camillo (1955)


LA GRANDE BAGARRE DE DON CAMILLO

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Résumé :

Un nouvel affrontement politique oppose Don Camillo à Peppone, lorsque ce dernier se présente aux élections législatives. Don Camillo est fermement décidé à empêcher une victoire communiste, tout en ne pouvnat se résoudre à voir son ami quitter Brescello. Aussi se jette-t-il à corps perdu dans la bagarre, malgré les conseils apaisants de Jésus. Les escarmouches se multiplient, mais Don Camillo aide Peppone à obtenir le nécessaire certificat d’études. Peppone est élu député, mais refuse finalement d’abandonner son mandat de maire… et Brescello !

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Critique :

Une notable continuité d’écriture se voit assurée entre ce nouveau vole de la saga et les deux précédents, du fait du support préserve de l’œuvre littéraire de Guareschi (d’ailleurs toujours présent parmi les scénaristes), mais aussi le maintien du grand René Barjavel à la rédaction du volet français. Toutefois La grande bagarre de Don Camillo demeure marquée par le départ de Julien Duvivier, qui avait tellement imprimé sa marque sur Le Petit Monde de Don Camillo et sur Le retour de Don Camillo. Une grande inquiétude pouvait dès lors se ressentir quant au maintien de la remarquable qualité artistique des deux premiers volets.

De fait une certaine dépréciation se dénote ici, même si heureusement encore relative. En effet, Olivier Ravanello, nouveau venu au long parcours, ne manifeste ni le sens aigu de l’image caractérisant Duvivier, ni les ambitions de ce dernier en termes de composition sophistiquée d’une scène. Mais Ravanello dispose d’un indéniable métier, acquis depuis les années, et il sait apporter une vraie truculence à cette comédie picaresque en définitive très enlevée que représente La grande bagarre de Don Camillo. Sa mise en scène contribue à rendre ce film parfaitement distrayant encore aujourd’hui. 

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Au niveau de sa trame narrative, La grande bagarre de Don Camillo renoue avec bonheur avec les successions de scénettes précédentes, son lot coutumier de moments mémorables, tels l’apparition du char, la confrontation sur le pont, ou la fameuse séquence du certificat d’études, sans doute le clou du spectacle toutefois cet aréopage semble légèrement moins fourni que précédemment, se peut parce que les meilleures histoires de Guareschi ont déjà été utilisées. Surtout, le nouveau film renonce partiellement à cet alliage d’émotion et d’humour constituant la spécificité des deux premiers volets, en privilégiant clairement l’aspect humoristique. Du moins le comique est-il pleinement au rendez-vous, avec un opus se percevant comme l’un des plus drôles de la saga.

D’ailleurs le fil rouge de l’élection résulte davantage prégnant et structurant que ses prédécesseurs, d’où un effet davantage contradictoire la multiplicité des scénettes dispersant l’action. Paradoxalement, l’élection ne contribue pas à enrichir le discours politique du film, l’opposition entre Communisme et Catholicisme virant ici davantage à l’affrontement d’homme à homme. La mise en scène de Ravanello contribue d’ailleurs pleinement à encore centrer la narration sur le duo vedette, davantage que sur la chronique d’un village. Il est vrai que le réalisateur peut s’appuyer sur un Fernandel et un Gino Cervi une nouvelle fois impériaux. 

L’élection présente également un intérêt historique, car elle nous expose le déroulement d’une campagne en ces temps que l’évolution technologique a rendu très lointains, avec parfois d’étonnantes persistances (le scandale des poules, la question du non cumul des mandats). Elle évoque également l’émergence du rôle des femmes en politique, y compris avec humour, pointant le machisme des supposés progressistes. On peut toutefois regretter que la seule femme jouant un rôle politique se voit cantonnée à une romance avec Peppone. Pour le coup, cela date un film subissant fort bien par ailleurs le passage des années.

L’émotion de la scène d’adieux entre les deux amis et l’humour de leur retour en bicyclette permet au film de s’achever en renouant avec le meilleur de la saga mais aussi avec la symbolique du bien commun s’imposant au-dessus des rivalités politiques. Une belle conclusion pour ce film souvent drôle et truculent, légèrement en retrait des deux premiers volets, mais toujours divertissant.

Anecdotes :

  • Ce troisième volet de la saga obtint la sixième place du box office français de 1955, avec 5 087 231 entrées. La première place revient à La Belle et le Clochard, avec 11 175 233 entrées.

  • En grande partie initiées par le phénoménal succès du Petit Monde de Don Camillo, les coproductions franco-italiennes sont alors en vogue. Parmi les plus grands succès populaires de l'année on trouve également : Le Comte de Monte Cristo, French Cancan, Nana, La fille du fleuve, etc.

  • Toujours une coproduction franco-italienne, ce film n'est plus réalisé par Julien Duvivier, mais par Olivier Ravanello, prolifique réalisateur italien. Ce grand spécialiste des films en costumes et des péplums tournera également l'opus suivant, Don Camillo Monseigneur (1961).

  • Le scénario est également l’œuvre d’un nouveau collectif, auquel participe Giovanni Guareschi, le créateur littéraire de Don Camillo. René Barjavel écrit de nouveau les dialogues français. Le scénario agrège comme précédemment plusieurs brèves nouvelles écrites par Guareschi pour son journal.

  • Le tournage se déroula en avril-mai 1955. Après un second opus largement tourné en studio, il prend de nouveau place dans la localité de Brescello.

  • Les élections générales voyant Peppone remporter un siège de député se déroulèrent le 18 avril 1948 (il avait été élu en maire de Brescello en 1946). Les premiers députés et sénateurs de la République italienne récemment proclamée y furent choisis. Alliés aux Socialistes, les Communistes semblaient en passe de l’emporter, dans une atmosphère dramatisée par le Coup de Prague survenu en février. Mais la Démocratie chrétienne l’emporta largement et put exercer seule le pouvoir, mettant fin au gouvernement d’union nationale, postérieur à la chute du Fascisme.

  • La musique entendue durant le discours enflammé de Peppone est celle de LaLeggenda del Piave. Ce chant patriotique, composé en 1918, célèbre le courage des soldats italiens sur le front vénitien. Après leur grande victoire de Caporetto, les troupes austro-hongroises ne purent franchir le fleuve du Piave pour atteindre Venise. Ce succès galvanisa la résistance de la nation italienne et précipita la capitulation, puis la chute, de l’empire des Habsbourg. La chanson est traditionnellement entonnée lors de la fête nationale italienne, le 2 juin.

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