Une journée en enferDie Hard : Belle journée pour mourir

Saga Die Hard

Die Hard 4 : Retour en enfer (2007)


DIE HARD 4 : RETOUR EN ENFER
(LIVE FREE OR DIE HARD)

classe 4

Scénario : Mark Bomback, sur une idée de Mark Bomback et de David Marconi, d'après certains personnages créés par Roderick Thorp, d'après l'article de presse A Farewell to Arms (1997) de John Carlin[]

Réalisation : Len Wiseman

Sortie US : 27 juin 2007 Sortie France : 4 juillet 2007

Résumé :

Une cyber-attaque gigantesque frappe Washington. Chargé de ramener au FBI un hacker, John McClane se retrouve impliqué dans ce qui est une veangeance mené par un pirate de haut vol qui avait pesé chaque détail. Sauf un : John McClane !

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Critique :

Film spectaculaire qui ne dépareille pas dans la saga. Le scénario est inventif, brillant ; il la modernise sans lui faire perdre trop de ses qualités. Si la réalisation est également excellente, elle sacrifie beaucoup trop au spectaculaire justement jusqu’à tomber dans l’esbrouffe et le tape-à-l’œil. La partition musicale est de qualité, soulignant les phases importantes de l’action. On regrettera la disparition du classique qui donnait une patine « chic » et originale. Bruce Willis déroule son personnage mais est constamment impliqué. Plusieurs scènes sont ainsi consacrées à la psychologie de John McClane, ce qui évite au film de sombrer dans le film de bourrins. C’est probablement la meilleure œuvre de Len Viseman dont le reste du travail n’est vraiment pas un cadeau pour l’histoire du cinéma !

Ce qui est bien dans les Die Hard, c’est le commencement. Toujours calme et qui soudain part en vrille ! L’entrée en matière est ici intrigante et on sait vite qu’il s’agit d’un piratage informatique dirigé contre la cyber-division du FBI ! Mais tout de suite après on se retrouve en pleine crise familiale avec Lucy « Gennero » qui ne veut plus parler à son père, John McClane. Au-delà du clin d’œil au premier opus avec les noms de ces dames, voici l’entrée en scène de Mary Elizabeth Winstead. La scène est à la fois tendue et pathétique. En colère, l’actrice a le regard superbe (comme le reste de sa personne d’ailleurs) et, d’emblée, elle réussit à nous convaincre qu’elle interprète la fille de McClane avec ce caractère fort. Le pirate en fera aussi le constat, non sans en sourire !

La mission du jour est « simple » : ramener un hacker nommé Matt Farrell à Washington. Justin Long incarne Farrell et saura faire évoluer son personnage entre le hacker un peu tête à claque du début jusqu’à (presque) un héros qui aura compris l’ampleur de sa faute et aura su évoluer. Sur place, McClane tombe sur une équipe de tueurs venu éliminer ce dernier ! La première fusillade (il y en aura beaucoup d’autres, ce qui marque une escalade par rapport aux premiers films) est très réussie : brutale, nerveuse, dynamique, baignant dans une ambiance mal éclairée presque glauque et une musique haletante. On a plaisir aussi à retrouver le flic le plus cool du siècle (« ça ne risque pas de réveiller les voisins ? » se demande-t-il !). 

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Au même moment, le pirate encore anonyme lance l’attaque contre le réseau de transports de New York, semant une pagaille monstre, filmée avec conviction (les bruitages sont excellents) puis s’en prend à la Bourse, avant d’envoyer un message menaçant détournant des images des présidents américains (notamment Nixon, c’est plus anxiogène !). C’est ici que le scénario raccroche le spectateur en lui expliquant le concept de « liquidation » (qui fait froid dans le dos). Le fait que McClane n’y connaisse rien en technologie en fait le représentant de beaucoup de spectateurs ; Farrell doit donc expliquer simplement.

Après une nouvelle fusillade se place le moment tant attendu : le premier contact (via la radio, exit le talkie-walkie) entre le méchant et McClane. On appréciera particulièrement l’ironie du pirate (« Vous êtes une montre à remontoir à l’heure du numérique ») ; il définit très bien McClane. Côté répliques, Timothy Olyphant est servi. L’acteur est tout simplement impeccable de bout en bout. Très calme, parfois dur, il n’est jamais glacial. Vêtu simplement et sobrement, il dégage une aura de normalité qui mets mal à l’aise, surtout que le regard de l’acteur dévoile l’appétit de puissance et de folie de son personnage. L’acteur est charismatique à faire peur. Len Viseman a aussi une idée géniale en le filmant souvent face caméra. Il s’adresse à nous autant qu’à McClane et nous prend à témoin. Cette façon de procéder raccroche le spectateur au film.

Pendant que se déroulent diverses péripéties, une équipe de criminels s’empare du site de Woodlawn, dont nous découvrirons l’utilité ultérireurement. Cette équipe est dirigée par Maï, compagne du chef. Plus qu’une informaticienne, c’est une guerrière et le choix de Maggie Q était tout indiqué. Le côté lisse de l’actrice est ici parfaitement approprié : Maï est une combattante émérite et McClane a bien du mal à s’en défaire ! A travers ce personnage, et aussi de celui de Lucy, on note la vraie innovation de ce film dans la saga : créer des rôles féminins forts. Symboliquement, on a en un dans chaque camp. Cette touche féministe n’est pas une concession gratuite à « l’air du temps » car les deux personnages ont chacun leur personnalité et influent sur l’action. On mettra de côté le personnage de Taylor (Christina Chang) beaucoup plus conventionnel et dont la disparition inexpliquée ne cause pas de dommage au film.

Maï éliminée au terme d’une séquence spectaculaire, second contact entre le pirate et McClane, qui pourra l’identifier grâce à Farrell et au FBI. Il s’appelle Thomas Gabriel et avait prévenu que ce qui se passe pouvait arriver. N’ayant pas été écouté, il se venge. Si la police n’a pas été à la noce dans les précédents opus (et le FBI non plus dans le premier !), retournement de situation avec Bowman, chef de la cyber-division. Lui ne prend jamais McClane de haut et ne considère jamais qu’il est en trop ou pas à sa place. Cliff Curtis lui confère une stature d’homme de responsabilité mais aussi d’humanité. La grossièreté volontaire de McClane vis-à-vis de Gabriel nous vaut la preuve de la folie meurtière qui rôde dans l’esprit de ce dernier et une séquence d’une grande violence pyrotechnique !

Pour se venger de McClane – Gabriel est rancunier ! – il fait enlever Lucy et Mary Elizabeth Winstead a de nouveau l’occasion de se montrer à son avantage. La lucidité de son personnage dans une situation dangereuse est incroyable mais crédible vu ses antécédents familiaux. L’ironie froide de Gabriel est un des sommets du duel avec McClane. Les deux adversaires se parlent (toujours indirectement sauf dans la séquence finale) beaucoup plus que les précédents adversaires de McClane. C’est que le scénario, s’il sacrifie au toujours plus, a aussi l’habileté de « redescendre sur terre » en déplaçant, ou plutôt en superposant une dimension personnelle au monstrueux plan de Gabriel. McClane n’était pas prévu, Gabriel s’est adapté ; le policier s’accroche et le combat devient personnel. La justification grandiloquente de ses actions par Gabriel se voit ainsi pulvérisée par une réplique cinglante de McClane.

Pour s’en débarraser, Gabriel va même obtenir d’un F-35 (un avion de chasse) qu’il prenne le camion que conduit McClane pour cible ! Occasion pour s’en prendre à ce qui coûte le 4ème melon au film : l’abus de spectaculaire qui vire à l’énormissime et pas loin de l’invraisemblable. C’est aussi la marque de fabrique de Len Viseman mais ce qui peut relativement passer quand on filme des vampires et des loups-garous est beaucoup moins crédible dans le monde réel. Le coup du tueur acrobate (à deux reprises) c’est presque un gag et on hausse le sourcil d’incrédulité mais ça pourrait passer. L’attaque de l’hélico, c’est déjà plus compliqué mais la façon dont McClane s’en débarasse, c’est tout simplement invraisemblable ! On sent l’influence des Mission : Impossible à la sauce Tom Cruise. Plus c’est gros et plus on y croit. Sauf que non. Le clou du spectacle c’est donc le duel entre un camion et un avion. Une séquence qui dure longtemps (environ 5 minutes) et qui est résolument n’importe quoi. Même la façon dont McClane s’en sort dépasse l’entendement. L’implication de Bruce Willis permet cependant de ne pas tomber dans le ridicule, mais on n’y passe pas loin.

La séquence finale est relativement brève mais intense et entre Farrell qui panique mais reste quand même concentré, Lucy toujours combattive, le duel Gabriel/McClane atteint un sommet dans la tension. Saluons le retour du « yeppee-ky-kay, pauvre con » qui nous avait manqué ! Ce clin d’œil ponctue une manière de s’en sortir assez peu conventionnelle, violente mais excellente.

Le film n’est pas une banale suite car le scénario incorpore des scènes plus intimistes qui en font plus qu’un film d’action et approfondissent le concept « John McClane ». Dans les différentes discussions entre le policier et le hacker (très bonne idée que d’avoir exposé la question à plusieurs moments, cela évite le pensum), c’est l’amertume qui domine McClane et Bruce Willis est excellent dans son interprétation d’un homme qui refuse d’être un héros mais qui y contraint parce qu’il faut faire le job. S’il n’a perdu ni son humour ni sa « coolitude », Bruce Willis renvoie plutôt l’image d’un homme blessé.

Anecdotes :

  • Marco Beltrami remplace Mickael Kamen pour la musique

  • Un projet de scénario emmenait McClane dans la jungle amazonienne. Il fut abandonné suite au projet d’Antoine Fuqua, Les Larmes du Soleil dans lequel joue Bruce Willis et qui se déroule au Nigéria.

  • Le réalisateur français Florent Emilio Séri avait été pressenti pour tourner le film. Bruce Willis préféra le travail de Wiseman pour Underworld 2.

  • Britney Spears avait été auditionée pour le rôle de Lucy McClane.

  • Bruce Willis voulait Ben Affleck pour le rôle de Matt Farrell.

  • En VO, le « Sorcier » est appellé « The Warlock », un nom qui sonne bien aux oreilles des fans des Avengers !

  • Sur la tombe de McClane, Gabriel verrait bien « Il était toujours au mauvais endroit au mauvais moment ».

  • Mark Bomback : scénariste américain, on lui doit les scripts de Godsend, expérience interdite (2004), Unstoppable (2010), La planète des singes : l’affrontement (2014), Cinquante nuances de Grey (2015)

  • Len Wiseman : réalisateur, scénariste et producteur américain, il commence sa carrière hollywoodienne par le biais des effets spéciaux (Independace Day, par exemple) et des clips musicaux. En 2002, il écrit et réalise Underworld. Il écrira les scenarii des trois autres volets mais ne réalisera que le second (2006). En 2012, il réalise le remake de Total recall. Il a également officé pour la télévision (Hawaï Five-O, Sleepy Hollow).

  • Mary Elizabeth Winstead/Lucy McClane : actrice américaine, elle se destinait tout d’abord à la danse. Elle tourne pour la télévision (Passion, 1999-2000) mais c’est le cinéma qui la fera connaître : Le Cercle 2 (2005), Boulevard de la mort (2007), Scott Pilgrim (2010), Abraham Lincoln, chasseur de vampires (2012), 10 Cloverfield Lane (2016).

  • Justin Long/Matt Farrell: acteur américain découvert dans Galaxy Quest (2000). On a pu le voir ensuite dans Jeepers Creepers, le chant du diable (2002), La Coccinelle revient (2005), Jusqu’en enfer (2009), La conspiration (2010), My Movie Project (2013). A la télévision : Ed (2000-2004)

  • Timothy Olyphant/Thomas Gabriel : acteur américain, il se fait connaître avec la série Deadwood (2004-2006) et retournera à la télévision pour Justified (2010-2015). Il tourne également pour le cinéma : Scream 2 (1997), 60 secondes chrono (2000), Hitman (2007), Snowden (2015).

  • Maggie Q/Mai Linh : Née Margareth Quigley, mannequin et actrice américaine, elle débute dans des séries chinoises et se fait remarquer par Jackie Chan à Hong Kong. Elle débute au cinéma en 2000 avec Gen-Y-Cops. Sa prestation lui vaudra de figurer dans Rush Hours 2 (2001). Elle a ensuite tourné dans Mission : Impossible 3 (2006), Divergente (2014, 2015, 2016). A la télévision, elle incarne Nikita (2010-2013) puis joue dans Stalker (2014-2015).

  • Cliff Curtis/Miguel Bowman : acteur et danseur néo-zélandais, il a joué dans La leçon de piano (1993), Un cri dans l’océan (1998), Les rois du désert (1999), Le maître du jeu (2003), The Fountain (2006), Colombiana (2011). A la télévision, vu dans Hercule (1996), Trauma (2009-2010), Fear the walking dead (depuis 2015).

  • Jonathan Sadowski/Trey : acteur américain surtout vu à la télévision : NCIS (2003), Dr House (2007), Terminator : Les chroniques de Sarah Connor (2008), Young & Hungry (depuis 2014)

  • Christina Chang/Taylor : actrice taïwanaise, vue principalement à la télévision dans FBI : Portés Disparus (2002), Les Experts : Miami (7 épisodes, 2004, 2009), Close to home (5 épisodes, 2005-2006), Mentalist (2009), Desperate Housewifes (4 épisodes, 2011), Rizzoli & Isles (5 épisodes, 2015-2016)

  • Zeljko Ivanek/Molina : acteur slovéno-américain, diplômé de Yale, il débute au théâtre à Broadway. Au cinéma, on l’a vu dans : Donnie Brasco (1997), Hannibal (2001), Le casse de Central Park (2011), Argo (2012). Il joue également à la télévision : New York Police Judiciaire (1993, 1997-1999, 2004), Homicide (1993-1999), The Practice : Bobby Donnell et associés (1997, 2001, 2002), Oz (1997-2003), Les Experts (2005), Damages (2007-2010), Dr House (2008), True Blood (2008-2010, 2014), Revolution (2013-2014), Madam Secretary (depuis 2014)

  • Le budget était de 110 millions de dollars (le plus important de toute la saga). Il en rapporte 383 au total. 

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