La Vengeance d'une blonde (1994)Le Péril jeune (1994)

Comédies françaises Années 90

La Cité de la peur (1994) par Sébastien Raymond


LA CITÉ DE LA PEUR (1994)

Résumé 

Un tueur en série sévit d’une drôle de manière dans le milieu du cinéma : il tue les projectionnistes d’un film tout pourri, Red is dead. L’affaire fait tellement de bruit à Cannes, lors du Festival, que le nanar sans envergure défraie la chronique et s’assure même un succès conséquent. Odile Deray, sa productrice profite de cette publicité, mais prend un garde du corps pour protéger sa vedette de l’instant, Simon Jérémi, star vomissante. Et le serial killeuuur rôde toujours...

Critique :

Désormais un classique de la comédie française fin de siècle, ce film se revoit sans cesse avec toujours autant de plaisir. C’est un petit peu le plaisir d’une génération et l’on peut s’interroger sur sa capacité à traverser les âges.

Calquée sur la comédie ZAZ, faite de pastiches, de détournements, de calembours faisandés, de grossièretés en tout genre et surtout des absurdités les plus énormes possible, elle met en scène pour la première fois le trio "survivant" des Nuls (mais Bruno Carette n'est pas non plus oublié avec un insert de Misou-Mizou en hommage).

D'une certaine manière, la culture américaine est souvent à l'honneur. Les Nuls, comme la France, en sont imprégnés. Les codes filmiques lorgnent du côté de du cinéma hollywoodien : les clins d'œil, les parodies de films policiers, horrifiques ou même romantiques pullulent. Et c’est là peut-être que le bât pourrait blesser : il faut avoir une certaine dose de culture populaire, une culture plus accessible à ceux qui l’ont vécu quand elle était d’actualité.

Ce substrat américain laisse pleine place à l'humour franchouille : les jeux de mots vont bon train tandis que les parodies de pub rappellent que les Nuls sont bien issus du creuset télévisuel français. Certains gags comme "Loulou, oui c'est moi" passeront à l'as pour les étrangers ou pour les plus jeunes. Oui, comédie potache, mais comédie bâtie sur une culture populaire très française. Beaucoup de gags peuvent donc passer inaperçus pour les jeunes générations qui n'ont pas biberonné aux Objectifs Nuls ou Les Nuls l'émission, qui ne connaissent pas l'univers culturel des années 80/90 (publicités, JTs régionaux, etc.). Par conséquent, La cité de la peur est aussi un document qui reste marqué par son temps.

On ne va pas s'attarder sur le scénario qui n'est qu'un bon prétexte à la rigolade en ribambelle de gags, de caméos de nombreux comédiens, français pour la plupart.

Cependant, il ne faut pas non plus oublier le plus fondamental dans la réussite et la longévité d’un film : malgré tout, il n’en demeure pas moins évident que cette histoire a un bon équilibre, bien maîtrisé, très agréable à suivre. Pas d'ennui possible grâce au rythme toujours trépidant. C’est sûrement ces grandes qualités qui font le succès renouvelé au delà de l’aspect générationnel.

Sans compter que les comédiens sont bons également. Il est plus qu’évident que toute la distribution est ravie d’être là, de participer à ce scénario plein d’originalité, et au ton moderne. Les Nuls sont sans doute ceux qui ont le plus renouvelé l’humour français dans les années 90 et 2000. Et les acteurs s’en donnent ici à coeur joie. Mais je voudrais tout de même souligner qu’Alain Chabat fait la plus forte impression. Je viens juste de voir coup sur coup deux films avec Alain Chabat et cet homme est un très bon acteur, au jeu singulier, à nul autre pareil, très comique, physiquement comique.

Et c'est donc un film désormais incontournable car indémodable, malgré son empreinte chronologique profonde. J'adore ! Définitivement, j'adore!

Anecdotes :

  • Le titre complet est “La cité de la peur, une comédie familiale” et est parfois sous-titré “une comédie de Les Nuls”.

  • C’est le premier film des Nuls au cinéma, mais également du réalisateur Alain Berbérian qui les a néanmoins dirigé à la télévision dans ABCD Nuls et dans Histoire(s) de la télévision sur Canal +.

  • Les Nuls voulaient au départ Claude Berri à la réalisation, mais ce dernier a refusé prétextant que le film était trop “débile”. Berbérian a été choisi ensuite.

  • Incroyable anecdote, à prendre avec des pincettes de la part de Valérie Lemercier, racontant qu’un plan d’elle n’est pas… elle, mais sa soeur venue la remplacer : “J'ai eu un petit coup de mou pendant le tournage, j'ai avalé un tube entier de médicaments. J'ai oublié pour la première fois de ma carrière d'aller tourner ! Ma petite soeur était stagiaire script sur le film et du coup elle m'a remplacée. Pierre Lescure est passé sur le tournage et disait : "Mais, quoi ? Vous avez Valérie Lemercier dans le film et vous ne faites pas de gros plan ?" Alors ils ont lui expliqué que ce n'était pas moi. Donc il y a juste un plan où c'est ma soeur.”

  • Le film a été tourné en grande partie à Cannes, mais pas pendant le Festival. Il a fallu pas moins de 800 figurants parfois pour créer l’ambiance folle du Festival, la montée des marches etc.

  • Gérard Lanvin devait participer au film mais a été blessé au tendon d’Achille juste auparavant. Le générique de fin n’oublie pas de préciser sa présence symbolique par : “Gérard Lanvin, coupé au tendon”.

  • Vous l’aurez peut-être reconnu? Non? C’est bien Alain Chabat qui fait le tueur communiste dans le film “Red is dead”.

Séquences cultes :

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