Paradis pour tous (1982)Pour cent briques, t'as plus rien... (1982)

Comédies françaises Années 80

Le cadeau (1982) par Sébastien Raymond


LE CADEAU (1982)

Résumé :

Grégoire part à la retraite. Pour cadeau de départ, sans rien lui dire, ses collègues ont l’idée de lui mettre dans les bras une prostituée de luxe. Grégoire prend le train pour Milan et rencontre donc une très belle femme qui ne semble pas insensible à ses charmes. Elle parvient même à le convaincre de la suivre jusqu’à Venise…

Critique :

À l'heure d'écrire ma bafouille sur ce film de Michel Lang, je ne sais trop par quoi commencer. Celui-ci me laisse une drôle d'impression. Fut un temps, quand j'étais gamin, je voyais ces films comme autant de petites comédies franchouilles à peu près dénuées d'intérêt réel.

Aujourd'hui, je me rends compte que même si elles n'inventent rien, au moins étaient-elles bien ancrées dans leur temps et racontent-elles maintenant une part de cette époque révolue.

Ce "cadeau" n'est pas un grand film, mais il possède deux ou trois atouts qui font qu'à l'occasion j'aime à m'y fondre à nouveau. Ce qui arrive quelques fois sur deux ou trois films de Michel Lang.

Le premier élément non négligeable, c'est la distribution. Trois acteurs dominent et soutiennent tout l'échafaudage.

Le premier est pour moi un géant : Pierre Mondy. Acteur multiple, ayant tout joué, classique et comédie populaire, ciné, théâtre, télé, il est surtout un comédien très aimé, populaire, avec tout ce que cela suscite de mépris pour l'intellectuel de base à qui ça ferait mal à l'égo d'avouer se confondre avec la masse laborieuse. Acteur plébéien, il n'en était pas moins très talentueux et possédait un jeu formidablement précis, tellement bien rythmé (pas étonnant qu'il ait barboté avec autant d'aisance dans le registre comique), à la justesse jamais démentie. Je ne l'ai personnellement jamais vu pris en défaut, en flagrant délit de sur-jeu, d'effet de manche grossier. Un très grand.

Je ne connais rien de sa vie, de sa vision des choses, je ne sais pourquoi il a accepté de jouer dans des comédies moyennes comme celle-ci (et quelques médiocres), si c'est une question d'argent, d’ego ou d'amitié. Quoiqu'il en soit, sa carrière est truffée de petites pépites et parfois, dans des films passables comme ce cadeau, restent des scènes touchantes, drôles qu'on a envie de revoir. C'est sans doute ce qui explique que j'aime à voir et revoir des films avec Pierre Mondy. Il est un très grand monsieur du cinéma au même titre que Michel Galabru par exemple ou Michel Serrault eux-mêmes très longtemps méprisés, mais qui ont connu une carrière plus diversifiée en prenant de l'âge. Je le place volontiers du côté des Jean Rochefort ou Philippe Noiret. Quel regret de ne pas avoir vu Pierre Mondy chez Tavernier ou Sautet, c'eut été le paradis du jeu !

Ici Pierre Mondy joue ce même personnage qu'il a joué mille fois : le français moyen, avec ses petites habitudes, sa petite routine bourgeoise, ses ambitions mesurées, son humilité quotidienne et qui se voit bouleversé dans son statut par une série d'événements dont le plus important a pour nom Clio Goldsmith, j'y reviendrai plus tard.

Le deuxième grand comédien est une femme, et qu'elle femme ! Claudia Cardinale ! Elle, elle n'eut pas à souffrir des mêmes tracas d'image. Elle peut se permettre de jouer dans un film de Michel Lang, elle reste La Cardinale ! Âgée à l'époque d'une bonne cinquantaine d'années, elle a du mal à cacher toute la "cardinalité", la beauté irradiante de son charme. Elle joue une mère de famille quelque peu oubliée par son époux. Tous deux se sont en quelque sorte assoupis sur leur vie. Ils s'endorment doucement vers la retraite pépère et peu palpitante. La présence de Claudia Cardinale dans ce rôle apparaît comme incongrue. Mais la production ne pouvait rêver meilleur choix. L'actrice apporte énormément dans le dernier quart du film, de la sensualité, de l'émotion. Elle est extraordinaire à tout point de vue.

J'ai un peu hésité à évoquer un trio de tête pour les comédiens. Pourtant, Jacques François est un second couteau de première bourre, si vous me passez l'expression, dans le cinéma français. Mais je crois qu'il mérite d'être mis en valeur. Après une première partie de carrière que je connais mal, où il semble avoir eu quelques succès d'estime en tant que "jeune premier", il a passé la seconde partie, comme Pierre Mondy, à se cantonner grosso modo à un seul type de rôle, celui du grand bourgeois un peu salop, guindé, coincé dans un cadre moral de façade. Ici, il est un banquier, patron à la perruque agitée, qui essaye de se payer une petite jeunette à Venise.

A ce propos, c'est là que le bât commence à blesser sérieusement : son histoire paraît un peu de façon artificielle, en parallèle à celle de Mondy. Le lien n'est pas aussi bien ficelé qu'il le faudrait entre les deux. Dès lors, s'insinue un léger malaise que viennent renforcer les gags lourdingues de portes qui claquent, de vaudeville dans les chambres d'hôtels vénitiens, de toupet volatile, etc. Tout ce qui tourne autour de ce personnage n'est pas des plus réjouissants et ne vient en fait que pour mettre un peu en valeur le personnage de Pierre Mondy sur la fin, de façon à ce qu'il ne passe pas tout à fait pour un loser. C'est bien dommage.

On aurait dû s'appuyer uniquement sur l'enjeu conjugal Mondy/Cardinale. Tout le reste, la banque, l'émir, la perruque, le fils et son hystérique petite amie, on s'en cogne, cela n'apporte que du bruit, ça alourdit toute la machine. Le trio Mondy/Cardinale/Goldsmith, bien que triangle traditionnel et donc par certains aspects éculés, suffirait amplement.

Clio Goldsmith, parlons-en ! Je ne l'ai pas insérée dans le trio de tête, non parce qu'elle serait mauvaise, mais disons qu'elle est moins éclatante. Très belle, racée, sa présence reste unidimensionnelle quand les trois apportent indéniablement quelque chose d'autre. Clio Goldsmith est une actrice qu'on a pu voir souvent dans les années 80 et qui, peu à peu, s'est évanouie. Je ne sais pas pourquoi. Son jeu, sans être excellent, n'en demeure pas moins correct. Mais peut-être qu'à jouer toujours sur le registre plastique, les productions s'en sont lassés (cruauté à laquelle peu de comédiennes échappent).

On notera également la courte participation de Henri Guybet, autre figure récurrente de ce cinéma français des années 70/80, autre acteur fort populaire.

Dans le rôle du fils, Rémi Laurent est un comédien qui a disparu très tôt. On le voit surtout dans ce genre de films de l'époque, et puis piouf, le sida a fait son sale boulot !

Et pour finir, Cécile Magnet une actrice que je ne connais que par ce film. Sa diction geignarde et son personnage très tarte sont un peu lassants. Pas simple de jouer ça : une tête à claque qui chouine en permanence, un rôle casse gueule par excellence !

Pour résumer : un film à voir pour le velouté Pierre Mondy (rond comme un bon Sauternes), la savoureuse Claudia Cardinale et éventuellement, pour Jacques François.

Anecdotes :

  • Pierre Mondy fanatique des comédies musicales est heureux pendant le tournage : “Michel Lang avait prévu une scène de danse “à la manière de” Fred Astaire et Ginger Rogers. C’est l’un de mes plus chers souvenirs de tournage. Michel Legrand nous concocta une musique qui rappelait les comédies musicales d’avant-guerre. Pour moi, c’était le cadeau dans Le cadeau, et je précise que je ne suis pas doublé dans le passage des claquettes”.

  • Gilbert de Goldschmidt, le producteur, est le cousin de l’actrice Clio Goldsmith

  • C’est le 8e film de Michel Lang et la deuxième collaboration du cinéaste avec l’acteur Rémi Laurent. Michel Lang l’avait découvert dans A nous les petites anglaises (1976).

Séquences cultes :

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