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Comédies françaises Années 70

Opération Lady Marlène (1975) par Sébastien Raymond


OPÉRATION LADY MARLÈNE (1975)

Résumé :

En pleine occupation allemande, un jeune homme ultra patriote se met trop en danger à afficher son mépris pour les occupants et les collaborateurs. Il rencontre Paulo, un petit escroc qui profite des alertes à la bombe pour cambrioler les appartements vides et revendre le produit de ses larcins au marché noir. Tous deux vont bon gré, mal gré devoir voler les plans du débarquement allemand en Angleterre, connu sous le nom d’Opération Lady Marlène.

Critique :

"Faible, peu intéressant, les comédiens peinent à rentrer dans une histoire pour le moins laborieuse. Peu de gags réussis, aucun sens, aucune magie." Etonnant ! Je garde là la critique que j'ai fait de ce film il y a quelques années. Comment se fait-il que j’ai pu apprécier cette fois avec tellement plus de joie une revoyure ? Question d'état d'âme ou d’esprit ? Possible, mais j'avoue que c'est troublant. Car finalement, je ne changerais pas grand-chose au fond. Et pourtant j’ai pris un peu de plaisir.

Le film est faible toujours niveau scénario. Les personnages sont légers. Mais les comédiens ne sont pas aussi mauvais que je l'avais estimé. Certains dialogues sonnent très “Lamoureux” et c'est bien là le mérite du film, ce qui m'a permis de passer un agréable moment. Un film de divertissement un poil nanar à la française. Un nanar de qualité Lamoureux. Il faudrait lui ériger une statue à ce gaillard d'ailleurs, parce qu'il y a vraiment une patte Lamoureux, un style, franchouille, populaire, simple, mais plein de bon sens et somme toute avec une délicatesse et une bonhomie bien sympathique, fleurant bon son époque. Le rythme des dialogues est très bon dans tous ses films. Je reste persuadé que Lamoureux même s'il souffre d'une côte peu élevée, c'est le moins que l'on puisse dire, auprès des cinéphiles, cela sera sûrement réévalué dans le futur quand on se rendra compte de la réelle et méritoire appartenance de son auteur et de son style à son temps.

Alors certes, Opération Lady Marlène n’est pas son meilleur millésime. Néanmoins, malgré la faiblesse d'un scénario sans grand caractère, le divertissement a porté ses fruits. Et plus le temps passe, plus il m'apparaît net que la force essentielle, peut-être même unique j’en ai bien peur, réside dans ces dialogues et par conséquent dans la distribution qui en fait ressortir le mordant. 

Ce rythme, cette envie de dire et de faire claquer ces répliques se retrouve même, et c’est là sans aucun doute le plus grand exploit, chez un comédien aussi lymphatique que Bernard Menez. Alors certes, il n’est pas non plus ici d'une virtuosité transcendante, mais au moins avec un personnage aussi impétueux, il arrive à faire oublier son débit habituellement soporifique.

Ceux qui profitent des meilleures répliques sont Michel Serrault et Pierre Tornade. Alors que le premier adopte plus une sorte de retenue qui fait ressortir le caractère pince sans rire et moqueur de son personnage, le second excelle à souligner la rondeur du sien, style qu’il est coutumier de lui voir prendre par ailleurs dans son aimable filmographie. Quoiqu'il en soit, ils donnent aux dialogues ciselés de Robert Lamoureux la percussion nécessaire.

Pourtant, après le succès du premier opus de la Septième Compagnie, on aurait pu croire Robert Lamoureux tout aussi volubile et acrobate à écrire une histoire rondement menée, et ce d’autant plus qu’il retrouve un cadre narratif qui ne lui a pas fait défaut jusqu’ici : la seconde guerre mondiale. La reconstitution historique n’est pas mauvaise. On est plus dans le quotidien, dans une époque de collaboration, avec ses cruelles privations et ses petits arrangements douteux et bien entendu, le pendant héroïque de la Résistance, qui ne sera investi un peu plus nettement que dans le dernier volet de la trilogie, La septième compagnie au clair de lune

Cette proposition ne parvient pas à nous embarquer totalement. Est-ce que le cynisme de Michel Serrault gêne aux entournures quand on voudrait le trouver aussitôt sympathique ? La solidarité, thématique si chère à Robert Lamoureux, est aussi présente, notamment lors de la scène du métro, ou bien dans le changement de comportement de Michel Serrault, mais au fond elle ne résiste pas aux nombreux écueils de la réalisation, et surtout du manque de cohésion de l’ensemble du scénario.

Je ne sais pas si le scénario est si fondamentalement mal abouti, mais il y a d'évidence quelque chose qui coince, un manque de fluidité, de puissance parfois, dans l'enchaînement des situations notamment, un liant qui aurait pu davantage dynamiser le récit. Ce n'est que sur la toute dernière partie du film que l'histoire s’emballe vraiment. Sinon, le film reste assez pépère. Trop.

Ce qui explique vraisemblablement l'espèce d'oubli dans lequel le film s'est laissé choir peu à peu. À côté de Impossible pas français ou de la trilogie de la Septième compagnie, en effet, Opération Lady Marlène fait très pâle figure. Cependant, si l’on est fan de Robert Lamoureux, on y trouvera quelque matière à satisfaction, même légère.

Anecdotes :

  • Comme il s’agit d’une co-production franco-allemande, on ne sera pas étonné de retrouver parmi la distribution des acteurs allemands : Sybil Danning (autrichienne si l’on veut être précis) est plutôt connue comme une des reines du cinéma bis allemand, puis américain ; Eddi Arent a un tout petit rôle mais était très populaire en Allemagne pour ses talents comiques ; concernant Jan Niklas, Opération Lady Marlène est carrément son premier long métrage.

  • Sorti après Mais où est donc passée la septième compagnie ? (1973) et Impossible, pas français (1974) et presque en même temps que On a retrouvé la septième compagnie, Opération Lady Marlène apparaît comme une production presque incongrue dans la filmographie de Robert Lamoureux, comme une incompréhensible créature.

  • On notera dans le casting de nombreux comédiens qu’on peut voir également dans la trilogie de la septième compagnie. Outre Pierre Tornade qui jouait le Capitaine Dumont et qui est ici le commandant Moulinot, membre actif de la Résistance : Corinne Lahaye était la “Mademoiselle!” énamourée du lieutenant, elle est ici la femme de Jacques Marin, lequel jouait l’épicier et joue ici un bistrotier ; on notera que  Gino Da Ronch qui jouait le jeune officier tué en tentant de s’évader dans On a retrouvé la septième compagnie joue ici un gestapiste ; Paul Mercey dont la femme accouchait de ‘c’est oune fille” incarne ici un fermier un peu malhonnête, de même pour Jackie Sardou, Doutey, Rollis et bien d’autres...

Séquences cultes :

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