Le Sauvage (1975)On a retrouvé la septième compagnie (1975)

Comédies françaises Années 70

Le Téléphone rose (1975) par Sébastien Raymond


LE TÉLÉPHONE ROSE (1975)

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Résumé :

Un entrepreneur provincial monte à Paris pour négocier avec un groupe industriel américain la reprise de son entreprise. Pour l’amadouer, on n’hésite pas à rendre son séjour dans la capitale le plus agréable possible. Une prostituée de grande classe censée être la nièce d’un des négociateurs tape dans l’œil de ce naïf chef d’entreprise.

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Critique :

J'aime beaucoup ce film. Cela faisait très longtemps que je ne l'avais pas vu et j'ai craint au départ d'être déçu.

La vision du patronat provincial (ce coup-ci, c'est Toulouse qui prend) et de la manière dont est vécue la crise issue de la mondialisation est au début radicalement archaïque. A priori, on nous dépeint quelque chose d'arriéré, et salement. Mais j'ai cru un instant que ce regard était nostalgique, bienveillant en tout cas. En fait, pas du tout. Il est sans concession et même très violent. C'est la pute (Mireille Darc) qui finit par dire ses 4 vérités au patron dépassé par son époque en mouvement (Pierre Mondy). Et avec quelle force ! Dur et réaliste, le coup porte. Il est même encore certainement d'actualité et peut expliquer les difficultés des européens en matière concurrentielle, une Europe en perte de vitesse, surtout d'hégémonie.

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Sur un texte de Francis Veber, les mots claquent. Droit au but. Pas de fioriture. Il y a donc une scène particulièrement marquante où Mireille Darc laisse éclater toute sa colère et son mépris pour l'incapacité de ce Français moyen à ne pas vouloir voir plus loin que le bout de son nez.

Donner ce genre de dialogue à des acteurs aussi bons, cela produit un très bon film d'acteurs. Pierre Mondy est très émouvant. Il a un rôle compliqué à rendre crédible, passant d'un état d'esprit à un autre. Pourtant, il arrive à créer un vrai personnage. Je l'admire.

Mireille Darc aussi a un rôle difficile, devant jouer un personnage tout en nuances, entre affection, mépris, colère. Loin d'être évident, et elle s'en tire très bien. Son jeu est impeccable, sûr.

Un autre comédien que j'aime bien, c'est Daniel Ceccaldi. Il a ici un rôle peu reluisant, mais c'est un acteur toujours plaisant, assez sûr de lui, efficace.

La mise en image de Edouard Molinaro est malheureusement abîmée par cette foutue photo baveuse, si en vogue à l'époque, davidhamiltonienne. Elle est tellement dégueulasse, que certains plans sont de la bouillie infâme. Les détails se noient dans le brouillard ou ont l'air d'être dédoublés. Quel pouvait être le sens de cette photo ? Aucune idée ! Aujourd'hui, cela donne une impression de manque de moyen, ou comme si le chef-op (Gérard Hameline en l’occurrence) avait été extrêmement mauvais. Certains plans sont illisibles. Je suis loin d'être sûr que la compression du dvd aurait pu sauver quoique ce soit.

Ce film n'est pas un très grand film, parce qu'outre sa photo pourrie, il souffre d'un rythme un peu trop aléatoire, disons un peu anarchique, ce qui est souvent préjudiciable pour une comédie.

On doit dès lors savourer le jeu des comédiens, la pertinence des dialogues et la morale de cette histoire, comme un témoignage d'une fin d'époque. Film de la fin des 30 glorieuses, film de la crise, film de la fin d'une certaine bourgeoisie. Une certaine nostalgie se laisse doucement deviner, mais surtout une grande amertume semble s'emparer de personnages désemparés devant cette évolution qu'ils ne comprennent pas. Une comédie presque triste.

Anecdotes :

  • Francis Veber écrit ce film sur mesure pour Pierre Mondy. Il est inspiré par l’époque et l’affaire de proxénétisme de Madame Claude.

  • La production hésita longtemps à accorder à Pierre Mondy le premier rôle. On propose le rôle à Lino Ventura qui refuse de jouer un type qui se fait avoir par une pute : “Moi, une fille qui me roule dans la farine, je lui retourne une baffe et on n’en parle plus.” La production se tourne vers Yves Montand qui se trouve trop séduisant pour que Mireille Darc ne lui tombe pas directement dans les bras. Mais Francis Veber insista sur Pierre Mondy et obtint gain de cause, pour notre plus grand plaisir.

  • Pierre Mondy est ravi de retrouver Mireille Darc avec laquelle il avait déjà travaillé au théâtre dans Pieds nus dans le parc où elle côtoie Jean-Pierre Cassel sous la mise en scène de Mondy.

  • Pierre Mondy ne tarie pas d’éloges sur l’actrice dans son autobiographie La cage aux souvenirs : “Je sais déjà ce qui me plait dans son jeu, ce qu’elle donne et ce qui lui échappe, et que les spectateurs aimeront. Elle allie le caractère et la douceur, la séduction et le naturel. Et tout son jeu s’en ressent.”

  • Pierre Mondy juge agréable la collaboration avec Edouard Molinaro qui “dirige avec calme, gentillesse et un extrême professionnalisme.”

  • Les scènes dénudées dans le lit avec Mireille Darc posent problème pour Pierre Mondy. L’actrice s’en amuse, le taquine :”Allez, Pierre, détends-toi… Tu ne vas pas garder ton slip, si ?

  • Devant le succès du film, à la première, Gérard Oury souffle à l’oreille de Mondy :”Profites-en, ça ne dure que 15 jours”.

  • Claude Vital essaiera de retrouver la recette de ce succès en 1982 en reformant le couple Mondy/Darc dans Si elle dit oui, je dis pas non, une comédie un peu oubliée.

Séquences cultes :

C'est moche

Tu es franchouillard jusqu'au bout du béret

Il aime qu'on le talque

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