Chasseur blanc, coeur noir

Saga Clint Eastwood

La Relève (1990)


 LA RELÈVE
(THE ROOKIE)

classe 4

Résumé :

Un détective expérimenté doit faire équipe avec un bleu pour traquer et mettre hors d’état de nuire un gang impitoyable de voleurs de voitures. 

unechance 7

Critique :

On se demande pourquoi Clint Eastwood a accepté de tourner ce film qui s’approche par de nombreux critères de ce que tout cinéphile appelle un ‘nanar’. Le scénario ne vaut guère plus que celui d’un épisode de série télévisée moyenne et, seul, l’acteur-réalisateur surnage dans ce niveau de jeu au ras des pâquerettes. Je n’avais pas été voir ce film en salle et je n’avais jamais tenu jusqu’à présent jusqu’à l’épilogue final, c’est dire…. A 60 ans, Eastwood est en pleine forme et prouve ‘qu’il peut encore le faire’. Fumant le cigare et en chemise rose lors de soirée, l’acteur démontre qu’il n’est pas encore un papy croulant. Son interprétation n’est pas décevante – sans être transcendante – et permet que l’ensemble ne soit pas complètement au niveau d’un film de série Z à la Steven Seagal ! On peut dire en tout cas que Clint tenait ardemment à Chasseur blanc, cœur noir pour accepter le deal de Warner Bros de tourner dans une telle daube…

Commençons par l’intrigue qui n’a rien d’original, loin s’en faut. Nick Pulovski (Eastwood) est un vieux de la vieille de la police de Los Angeles et il vient de perdre son coéquipier lors de la tentative d’interpellation d’un gang dangereux de voleurs de voitures de luxe. On lui octroie un bleu (Charlie Sheen), tiré à quatre épingles et collé au règlement. Malgré une entente difficile, ils coopèrent pour éliminer la bande d’assassins. Rien de transcendant dans cette histoire plate qui s’apparente souvent à du ‘sous-inspecteur Harry’…On y retrouve en effet le collègue descendu (L’inspecteur Harry), remplacé par une nouvelle recrue (L’inspecteur ne renonce jamais), ainsi qu’une provocation du truand au restaurant (Sudden Impact) et le tout est saupoudré par des répliques coup de poing. Sauf que, contrairement à la saga Dirty Harry, il n’y a pas d’histoire plausible, ni de thème revendicatif, et les pistes exploitables tournent dans le vide (les cauchemars d’Ackerman concernant son frère par exemple). Finalement, la parodie policière amorcée dans La dernière cible se transforme en eau de boudin. 

ladoublure 3

Si l’interprétation d’Eastwood est acceptable, le reste de la distribution est cauchemardesque. Charlie Sheen (le fils de Martin) possède un charisme d’huitre et il est complètement transparent. Sa transformation de gentil flic fils à papa en un redoutable justicier n’est pas crédible et contribue au ratage du long métrage, surtout qu’il est en vedette dans la seconde partie du film. Grand espoir de l’époque, il ne s’impose à aucun moment avec son jeu très limité. Que dire du couple de tueurs ? Raul Julia et Sonia Braga sont supposés jouer de méchants allemands ! J’ai passé deux fois la scène pour le croire. Qu’est-ce que ces acteurs hispaniques ont de germanique ? Risible et à la hauteur de l’ensemble, qui souffre d'un cruel manque de crédibilité et qui sombre trop souvent dans la caricature grotesque.

L’accumulation de scènes d’action et de passages incohérents surprend puis lasse. Le retour d’Ackerman à la boite louche pour tout faire péter est sûrement l’exemple le plus criant d’un scénario sans inspiration. Ackerman sanguinolent allant quémander l’argent de la rançon à son père pour sauver son collègue est également symbolique des limites de Charlie Sheen. Bon, il subsiste ‘la’ scène du film ; celle qu’on associe à La relève quand tout le reste est dans la poubelle de l’oubli. La fameuse séquence où la sadique Liesl (Sonia Braga) manie le rasoir avec de forts relents de sadomasochisme avant de chevaucher le grand Clint, le ‘tough American guy’, après avoir glissé une cassette pour enregistrer les ébats. L’acteur avait-il pris goût à ce genre de pratique après La corde raide ? L’actrice n’a rien d’une James Bond girl et on est en droit de se demander qu’apporte une telle scène au scénario. C’est provocant, peu conventionnel mais c’est le seul passage qui marque les esprits…et pourtant, il a coûté bien moins cher que la plupart des excentricités endurées. Même le final à l’aéroport est pathétique, en dessous de tout, comparé à ceux de Bullitt et Heat par exemple tournés dans des lieux similaires. 

Parmi les points positifs, il faut souligner quelques scènes d’action assez réussies qui ont nécessité d’avoir plus de cascadeurs – environ 80 - que d’acteurs sur le plateau de tournage. En particulier, le début du film, le premier quart d’heure, avec la poursuite sur l’autoroute, fait partie des bons moments. On peut cocher dans cette liste une mise en scène acceptable, un rythme soutenu, malheureusement au détriment de l’intrigue, et quelques pointes d’humour efficaces («She didn’t sit on my face »), qui se noient dans des répliques le plus souvent débiles ; à noter également les passages de l’interview à la télévision, qui provoque le tueur, et celui du casino, pas aussi lourdingue que les autres.

A la fin des années 80/ début des années 90, Eastwood n’était plus une valeur sure du cinéma mondial. Ainsi, Pink Cadillac, pourtant meilleur que La relève, n’était même pas sorti en salle en France. The Rookie est une démesure d’effets spéciaux et de situations invraisemblables ; un film, au scénario inexistant et au budget colossal, qui présente de rares étincelles dans un ensemble sans saveur qu’on consomme avec une bière un samedi soir pluvieux. Ce ne fut pas un succès au box-office et la carrière d’Eastwood déclinait, mais il se sortit de l’impasse en déterrant un script, qu’il avait en sa possession depuis quelques années et qui lui permit d’entrer définitivement dans la légende du septième art…

Anecdotes :

  • Le film sortit le 7 décembre 1990 aux Etats-Unis et le 26 juin 1991 en France.

  • Le tournage eut lieu d'avril à juillet 1990 exclusivement en Californie, principalement à Los Angeles (Highland Park, East Los Angeles, San Pedro, South Los Angeles). Des scènes furent également tournées dans le désert des Mojaves, San José (scène d’ouverture et aéroport dans le final) et Saratoga.

  • D’après "Clint Eastwood A Cultural Production" de Paul Smith, Charlie Sheen avait des problèmes de drogues au début du tournage. Eastwood le prit en main pour lui faire adopter une attitude responsable.

  • Pour assister à la projection à Cannes de Chasseur blanc, cœur noir, Eastwood interrompit la production du film pendant cinq jours, ce qui coûta un million et demi de dollars. Pas rien pour Eastwood toujours prompt à terminer un tournage bien avant l’échéance prévue et à économiser de l’argent au studio.

  • Buddy Van Horn, doublure de Clint Eastwood sur plusieurs films dont L’homme des hautes plaines, avait mis en scène Ça va cogner (1980), La dernière cible (1988) et Pink Cadillac (1989). Il supervisa plusieurs scènes d'action de La Relève, notamment la course-poursuite sur l’autoroute.

  • Lors de l’agression de la femme d’Ackerman, la télévision diffuse quelques images d'un vieux film noir et blanc avec une grosse araignée : il s'agit de Tarantula !, une des premières apparitions de Clint Eastwood au cinéma en 1955.

  • Eastwood avant le tournage : « J'ai un projet pour ce printemps qui sera plein d'action, c'est un autre film de flic, très différent de celui-ci. Il a son propre cachet et s'il est bien fait, il peut s'avérer être quelque chose de bon. Charlie Sheen sera le bleu et je vais jouer le flic expérimenté ».

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