Joe KiddL'Homme des hautes plaines

Saga Clint Eastwood

Breezy (1973) 


BREEZY
(BREEZY)

classe 4

Résumé :

Un homme d’âge mûr divorcé et une jeune hippie, qu’à priori tout sépare, tombent amoureux l’un de l’autre.

unechance 7

Critique :

Edith Alice “Breezy” Breezerman (Kay Lenz) est une jeune hippie au grand cœur et à la vie bohème, qui erre avec sa guitare sur les routes californiennes. Elle échappe à un homme qui l’a prise en stop pour abuser d’elle et se retrouve sur la riche propriété isolée de Frank Harmon (William Holden), un agent immobilier quinquagénaire, divorcé et peu sentimental. Elle s’invite dans la voiture d’Harmon afin qu’il la dépose sur le chemin de son travail. Malgré leur grande différence d’âge, une relation complexe se noue progressivement entre Breezy et l’agent immobilier, car leur rencontre fortuite les plonge dans une histoire d'amour qui va devoir se confronter aux idées reçues.

Ce film romantique est bien estampillé ‘années 70’ dans sa conception, car la romance met particulièrement en évidence l’opposition entre la contre-culture hippie et l’ « establishment », autant que l’aspect générationnel lié au vieillissement et au regard des autres. Harmon a réussi sa vie professionnelle et collectionne quelques conquêtes sans lendemain, mais il a vécu récemment un divorce houleux. A noter l’excellent plan lorsqu’on aperçoit la blonde monter dans le cab et Harmon chiffonner le bout de papier avec le numéro de téléphone de ce ‘one-night stand’. Breezy vit au jour le jour et se déplace en auto-stop en Californie. Leur rencontre improbable se métamorphose lorsque Breezy oublie sa guitare dans la voiture d’Harmon, après qu’ils aient découvert un chien mal en point dans le caniveau. Le rôle de l’animal s’avèrera déterminant dans la relation Harmon/Breezy jusqu’au ‘dénouement’… La jeune hippie revient au domicile de l’agent immobilier pour récupérer sa guitare mais, sans-gêne, elle s’incruste pour finalement diner, prendre une douche et repartir sous la pluie…. 

ladoublure 3

Arrêtée pour vagabondage, Breezy est ramenée chez Harmon, prétextant qu’il est son oncle et elle le convainc de l’emmener voir l’océan au lever du jour, avant de s’endormir – en tout bien tout honneur – dans la somptueuse demeure ; un palais des glaces pour la jeune femme habituée aux squats et autres logements sordides. A partir de ce moment, la relation change car Harmon l’autorise à rester chez lui et le couple échange et se découvre puis ils deviennent amants. Frank se sent responsable de cette relation improbable et le jugement de ses amis et de son ex-femme le pousse à rompre. Une décision qu’il finit par regretter puis un drame lui fait prendre conscience que la vie est courte. 

La trame du film est banale sans être larmoyante et l’intérêt principal repose sur le jeu d’acteurs particulièrement convaincant de l’expérimenté William Holden et de la débutante Kay Lenz. Le rôle fut le premier important de l’actrice, qui apparaît souvent les seins à l’air ! A l’époque, Kay Lenz avait 19 ans et Holden 55. C’est presque une caricature tellement les contrastes sont flagrants : quinquagénaire/jeunette, homme respectable et désabusé /hippie optimiste…, mais l’énergie de Breezy insuffle un vent de nouveauté dans les habitudes d’Harmon. Parmi les autres personnages, notons Betty Tobin (Marj Dusay), une ancienne conquête sur le point de se marier, à qui Harmon est très attaché, et Bob Henderson, l’ami et collègue de Frank, son antithèse, avec la scène ‘révélatrice’ du sauna.  

Quelques répliques incisives pimentent un long-métrage qu’on jugerait bien sage de nos jours. Ainsi, lors de la rencontre des deux personnages principaux, Harmon est gêné que Breezy lui raconte sa vie sans retenue ni pudeur et le lui fait savoir, demandant à la jeune femme si cela ne lui fait rien d’être aussi crue avec ‘a perfect stranger’ ; la réponse de l’hippie est directe : « Are you perfect ? » (Je ne sais pas si la VF peut restituer). Dans la même conversation, Breezy demande à Harmon à brûle-pourpoint : « Do you think God is dead ? » et la réponse du quinquagénaire est terrible : « I didn’t even know he was sick ». La musique mièvre de Michel Legrand sied parfaitement à l’histoire, prévisible dans son déroulement, qui passe par une phase de crise suivie d’une réconciliation. On peut voir un parallèle entre Play Misty for Me et Breezy, écrits par la même scénariste. Dans les deux cas, une relation sentimentale et sexuelle homme/femme a des conséquences dramatiques, même si la fin de Breezy est une véritable ‘happy end’. 

J’ai découvert le film pour cette critique, ce qui lui donne un charme supplémentaire, mais je comprends parfaitement qu’il ne correspondait pas aux attentes des fans d’Eastwood à l’époque, qui l’ont copieusement boudé. L’acteur pensait qu’Universal avait négligé la promotion du film, dont la sortie fut d’ailleurs retardée d’un an, alors que des critiques ont évoqué des scènes de nudité trop ‘soft’ pour un tel sujet. Richard Schickel, le biographe déclara: “Eastwood was too polite in his eroticism”. Que Breezy soit très peu connu encore aujourd'hui ne m'étonne pas, cela prouve qu'il reste marginal et en dehors de la machine commerciale hollywoodienne. Breezy mérite d’être vu mais je ne partage pas l’avis des âmes romantiques, qui auraient préféré voir persévérer Eastwood dans de telles œuvres intimistes….

Pour la première fois, Clint Eastwood réalisait un film – son troisième - sans y participer en tant qu’acteur, ce qui est sûrement aussi une raison de son échec. On le voit néanmoins dans un caméo, l’avez-vous remarqué ? Un petit indice : il porte une veste blanche. Il faudra attendre quinze ans, Bird en 1988, pour qu’il retente l’expérience, et vingt-deux pour qu’il revienne à la ‘love story’ avec Sur la route de Madison, où il sera réalisateur et acteur. Je recommande d’ailleurs aux fans de The Bridges of Madison County de re(découvrir) Breezy, injustement méconnu, car ils seront les plus enthousiastes. Alors que Breezy fut un échec auprès du public et des critiques, la Warner annonçait qu'Eastwood allait reprendre le Magnum .44 pour une suite de L’inspecteur Harry, un retour aux fondamentaux. 

Anecdotes :

  • Le film sortit le 18 novembre 73 aux USA, un an après le tournage avec une classification ‘pour adultes’, qui limita considérablement sa diffusion, et le 26 mars 75 en France, dans une seule salle parisienne et sans affiche ! Il bénéficia de deux ressorties dans l’hexagone, le 28 février 2001 et le 27 février 2008. L’affiche originale américaine présentait un portrait d’Eastwood en médaillon, en dessous des visages des deux personnages principaux !

  • Le film fut tourné entre novembre et décembre 72 – cinq semaines - en Californie et entièrement dans les environs d’Hollywood : Laurel Canyon, Lookout Mountain, Nichols Canyon, Kirkwood Avenue, Topanga Canyon et l’autoroute Pacific Coast Highway.

  • Frank et Breezy vont au cinéma et le film à l’affiche est…High Plains Drifter (L’homme des hautes plaines), la réalisation précédente d’Eastwood.

  • Breezy marqua la cinquième des quinze collaborations entre le producteur Robert Daley et Clint Eastwood.

  • Jo Ann Harris (vue dans Les Proies), petite amie d’Eastwood pendant quelques temps, fut le premier choix du réalisateur pour incarner Breezy. Deborah Winters, Lauren Hutton, Cybill Shepherd et Tuesday Weld furent également en compétition pour le rôle. C’est également pendant le casting qu’Eastwood rencontra pour la première fois Sondra Locke, qui jouera dans six films de l’acteur tout en étant sa compagne. Locke ne fut pas Breezy car elle était trop âgée, 29 ans.

  • Après Un frisson dans la nuit, Jo Heims travailla pour la seconde fois sur un scénario d’un film d’Eastwood. L’acteur déclara à la presse : « J'ai bien cerné le personnage. Elle voulait que je le joue. Je lui ai dit : « Jo, je ne crois pas que je sois dans la bonne tranche d'âge». Holden avait douze ans de plus qu’Eastwood, et déclara être prêt à retravailler avec lui sans même prêter attention au sujet proposé. Jo Heims décéda en 1978 et Breezy est sa dernière œuvre pour le cinéma. William Holden est mort huit années après le tournage du film de sa dépendance à l’alcool.

  • Juste avant le tournage de Breezy, Eastwood refusa une proposition de script d’Elmore Leonard, qui décrivait un cultivateur d'artichauts aux prises avec une association de malfaiteurs qui voulait lui extorquer de l'argent. C’est finalement Charles Bronson qui accepta le rôle de Mr. Majestyk tourné en 1973. 

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