Angélique et le RoyAngélique et le Sultan

Saga Angélique

Indomptable Angélique (1967)


INDOMPTABLE ANGÉLIQUE

classe 4

Résumé :

La piste de Joffrey semblant mener en Méditerranée, Angélique oblige le Duc de Vivonne à l’embarquer sur la galère amirale du Roi et à naviguer vers la Sardaigne. Pour cela, elle use d’un chantage, menaçant de dévoiler les liens entre la Cabale des Poisons et Madame de Montespan, sœur de Vivonne. La galère est attaquée par le Rescator, un mystérieux pirate traquant les vaisseaux du Roi. Ignorant qu’il s’agit en fait de Joffrey, Angélique préfère se jeter à la mer plutôt qu’être capturée, mais elle est alors récupérée par le sinistre d’Escrainville, aristocrate proscrit haïssant les femmes. Après l’avoir violée, il la conduit chez les Barbaresques pour être vendue en esclavage, mais elle est achetée par Joffrey, qu’elle retrouve enfin. Toutefois les deux époux se séparent sur une dispute et Angélique est de nouveau enlevée par d’Escrainville, devant un Joffrey impuissant. 

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Critique :

Le passage d’Angélique et le Roy à Indomptable Angélique marque une brutale césure pour une saga basculant brusquement d’un univers à l’autre, de l’évocation du grand Siècle  français à celui des films de pirates. Ce genre répond à des codes aussi normés qu’interchangeables, puisque l’essentiel de ce que nous montre en la matière le film aurait tout aussi bien pu se dérouler en d’autres temps ou lieux.

 Une telle évolution, d’ailleurs entreprise par la saga littéraire elle-même, n’apparaît pas négative en soi, puisqu’elle permet de renouveler les récits, d’apporter de nouveaux décors et personnages. D’ailleurs la première partie du film fonctionne correctement. Les vues ensoleillées de la Sardaigne, l’excellent choix de Vivonne comme pont entre les mondes ou l’aspect maritime distraient réellement, tandis que Michèle Mercier demeure, elle, inchangée en son éclat.

La mise en scène de Borderie tire un honorable parti du passage obligé de la bataille navale et du rituel de l’abordage, même s’il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que l’on demeure loin des standards hollywoodiens en la matière, y compris pour les séries B. Les différents décors réalisés à Cinecittà se montrent également de qualité, de même que les divers sites tunisiens.

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Malheureusement la suite des évènements déçoit considérablement. L’intrigue tente bien de maintenir un rythme de péripéties équivalent à celui d’Angélique Marquise des Anges ou d’Angélique et le Roy, mais tourne rapidement à des allées et venues passablement laborieuses de navire en navire ; Faire se déplacer le protagoniste quand on n’a pas grand-chose à raconter demeure l’un des plus vieux pis-aller des scénaristes. Certes déjà marquées précédemment, les simplifications apportées au roman deviennent ici terribles.

 Le film souffre également du tarissement de l’une des sources narratives majeures de la saga : l’évocation de personnages ou évènements historiques aisément reconnaissables par les spectateurs et constituant autant d’intéressants moments. Cela amène l’attention du public à se centrer sur les seules tribulations d’Angéliques, dont le caractère irréaliste en devient dès lors renforcé.

Cela se ressent d’autant plus fortement que c’est pile le moment choisi pour le récit pour abuser des scènes violement sexuelles (viols divers, torture des chats, vente et mise à nu…) dénaturant le personnage. Angélique voit son interprète être vulgairement exhibée comme jamais jusqu’ici (la rudesse sordide du film évoque de ce point de vue ceux de Jess Franco), tandis qu’elle-même est dépouillée de ce statut de femme libre et maitresse de son destin constituant le sel et le panache de la saga. 

Cette mauvaise gestion des personnages se retrouve également chez les seconds rôles. Là où l’adieu à Versailles signifie l’abandon d’atouts majeurs, tels le Desgrez de jean Rochefort ou le louis XIV de Jacques Toja, Indomptable Angélique n’apporte qu’un seul personnage réellement marquant avec d’Escrainville, torturé et haineux (très forte composition de Roger Pigaut), tous les autres relèvent de l’imagerie d’Epinal, tandis que Vivonne résulte passablement fade. 

Après l’impromptu dans l’hôtel parisien d’Angélique et le Roy (absent des romans), la véritable réapparition de Joffrey se voit en partie gâchée par la séparation maintenue entre lui et Angélique durant la majeure partie du film. Alors que les deux époux se retrouvent après une séparation de plusieurs années (15 ans chez Anne Golon), voire leur réunion tourner à une scène de dépit amoureux à la Molière laisse totalement sceptique. L’incrédulité devient abattement quand on s’aperçoit que le procédé n’est destiné qu’à assurer un énième embarquement, ainsi qu’un cliffhanger téléphoné, conduisant vers Angélique et le Sultan

Anecdotes :

  • En France, le film enregistra 1 910 585 entrées, ce qui le place à la dix-neuvième place du box-office 1967. Le trio de tête se compose cette année-là de Les Grandes Vacances (6 986 917 entrées), d’Oscar (6 122 041) et de Les Douze Salopards (4 670 542).

  • Indomptable Angélique et Angélique et le Sultan correspondent au quatrième volume de l’œuvre d’Anne Golon, Indomptable Angélique (1960). Toutefois les deux films consomment la rupture entre les sagas littéraire et cinématographique. Dans le roman, la véritable identité du Rescator demeure cachée. Angélique parvient à échapper au Sultan grâce à Colin Paturel, puis à rallier l’enclave espagnole de Ceuta. Elle y est arrêtée puis ramenée en France. Ce n’est pas chez les Barbaresques qu’Angélique retrouvera Joffrey, mais bel et bien en navigant vers le Nouveau Monde !

  • Contrairement aux trois premiers films, Indomptable Angélique a été tourné quasi exclusivement en Italie. Les scènes en décors ont été réalisées à Cinecittà et celles en extérieur dans différents sites de Sardaigne.

  • Les scènes du marché aux esclaves, censées se dérouler dans l’actuel Maroc, ont en fait été tournées en Tunisie, à Sidi Bou Saïd. C’est également là que furent réalisées la plupart des scènes d’Angélique et le Sultan, les deux films ayant été réalisés conjointement, par souci d’économie. De de fait le film ne dure que 85 minutes, soit 20 minutes de moins que ses prédécesseurs.

  • Les autorités tunisiennes favorisèrent le tournage afin de promouvoir ce haut lieu touristique, situé entre la baie de Tunis et le site de Carthage.

  • La voix du narrateur n’est plus assurée par Jean Rochefort, mais par Jacques Toja. Malgré la disparition de son personnage, l’interprète de Louis XIV, sociétaire de la Comédie Française, était resté attaché à la production du fait de la complicité établie avec Michèle Mercier. Celle-ci a indiqué dans ses mémoires (Je ne suis pas Angélique, 2002) que Jacques Toja était l’un de ses meilleurs amis à la ville.

  • Afin d’obtenir l’usage de son navire, Angélique use de chantage auprès du Duc de Vivonne, le menaçant de révéler les secrets de sa sœur, Madame de Montespan. Louis Victor de Rochechouart, Duc de Vivonne, Maréchal de France, fut effectivement le Général des galères de Louis XIV. Ce militaire, dont les mots d’esprit étaient très appréciés de louis XIV, s’illustra sur terre sur mer. En Méditerranée, il lutta notamment avec succès contre les pirates barbaresques. Il ne mourut pas lors d’un combat en mer, mais à Paris, en 1688, comblé d’honneurs et de richesses par le Roi-Soleil.

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