saison 1Saison 3

Supernatural

Saison 2

1. Le Sacrifice (In My time Of Dying)

2. Le Clown (Everybody Loves A Clown)

3. Au-delà des apparences (Bloodlust)

4. Vengeance d’outre-tombe (Children Shouldn't Play With Dead Things)

5. Sous contrôle (Simon Said)

6. Sans issue (No Exit)

7. La Main de la justice (The Usual Suspects)

8. Le Pacte (Crossroad Blues)

9. Croatoan (Croatoan)

10. Traque (Hunted)

11. Maggie et Rose (Playthings)

 

12. Le Polymorphe (Nightshifter)

13. Ange ou Démon (Houses of the Holy)

14. Possédé (Born Under a Bad Sign)

15. Frères ennemis (Tall Tales)

16. Le Temps des adieux (Roadkill)

17. Les Loups-garous (Heart)

18. Le Chef-d’Œuvre de l’horreur (Hollywood Babylon)

19. Les Taulards (Folsom Prison Blues)

20. Comme dans un rêve (What Is and What Should Never Be)

21-22. L’Armée des ténèbres (All Hell Breaks Loose)

 

 

 


1. LE SACRIFICE
(IN MY TIME OF DYING)

Épisode Mythologique

Scénario : Eric Kripke
Réalisation : Kim Manners

You, conjuring me, John ? I'm surprised. I took you for a lot of things, but suicidally reckless wasn't one of them.

Résumé :

Sam fait fuir le démon sur le point de les achever avant de s’écrouler. Il se réveille à l’hôpital ; lui et John s’en sont sortis, mais Dean est entre la vie et la mort : son esprit erre dans les couloirs de l’hôpital où il ne cesse de croiser le spectre de la mort prenant des patients, et il semble bien être le prochain sur la liste... Il rencontre Tessa, une jeune femme, qui elle aussi erre dans les couloirs…

Gambit Winchester : figure du jeu d'échecs où un joueur se sacrifie pour permettre aux autres de continuer la lutte. Particularité : il est pris sans l'accord des bénéficiaires, sinon, ce serait pas fun.

La critique de Clément Diaz : 

À la suite du déferlement du finale de la saison 1, Kripke adopte pour In my time of dying (titre 100% plaqué or) un ton plus introspectif qui lui donne l'occasion de réfléchir sur le thème de la mort. Chacun des trois Winchester est dans une intrigue bien à lui, au caractère différent des autres, mais toutes s'inscrivent dans une seule trajectoire continue, aboutissant à une émouvante coda à en avoir le cœur en puzzle.

L'histoire de Sam développe jusqu'au bout son impossibilité de trouver la paix avec non seulement son père mais aussi lui-même. À ce titre, la grande gueulante entre le père et le fils sous un Dean impuissant se montre particulièrement dure : au moment où ils devraient rester le plus soudés face à l'état de Dean, ils ne peuvent s'empêcher de se disputer encore et encore. Entre un Sam qui ne cesse de changer de convictions à chaque renversement émotionnel (le plus important, c'est Dean, non en fait c'est de tuer le démon, non en fait c'est Dean, etc.) et un John qui accepte de subir les foudres de ses fils, déçus et furieux de le voir ou seulement obsédé par zieujônes (en apparence), ou bien momentanément anéanti - Dean qui voit son idéalisation du père invincible en morceaux, ça fait mal - l'ambiance n'est pas du tout au calme zen. Au milieu de ce sombre panorama, Sam apporte quelques moments d'humour comme la sacralisation de l'Impala, décidément personnage principal de la série autant que les bros, ou l'énorme gag de la planche Ouija (j'ai piqué 30 secondes de fou rire en voyant la tête de Dean).

Celle de Dean est la plus profonde, et possède bien des points communs avec l'Audrey Pauley des X-Files, la poésie en moins, la métaphysique en plus. Il traverse d'abord un suspense intenable avec cette poursuite dans les corridors de l'hôpital avec un spectre qui fout sacrément bien la trouille. Par suite, le twist de Tessa développe toute une remarquable discussion sur l'approche de la mort, de plus en plus apaisée. Magnifique Lindsay McKeon en faucheuse finalement très humaine (et diablement sexy). Remarquable est la trouvaille de l'origine des esprits vengeurs, logique et crédible. Nous avons une Mort qui n'accable pas, ne juge pas, dénuée de cruauté, se montrant parfois consolatrice, tout en restant ferme à n'accorder aucun sursis et à bien casser l'ego de Dean. Sans atteindre les cimes de Six feet under, Supernatural, dans un moment ambitieux, expurge la terreur humaine face à l'inconnu et incite au "lâcher-prise", à un sain renoncement tant chez les morts que chez les vivants.

Quant à John, on peut parler de rédemption – un thème aussi typiquement américain que puissant. Ce n'est qu'a posteriori que l'on comprend sa froideur et son apparent désintérêt pour son fils aîné. Son subjuguant pacte avec le diable marque durablement car commis par amour et non par égoïsme faustien. C'est l'histoire qui m'a le plus touché car il se livre à un acte d'amour sublime qu'aucun de ses fils ne saura jamais, les laissant sur une vision encore chargée de rancune de leur part ; une pointe de cruauté digne des meilleurs shows. On aime comment la simple négociation envisagée par John - déjà en soi vachement kamikaze - laisse place à un dilemme déchirant qu'il n'hésite pourtant pas à accepter. Son courage implacable face à yeux-jaunes, dont on craint à chaque seconde un coup fourré, est à rendre cardiaque (un Big Bad de premier ordre, incontestablement). Par suite, ses derniers oripeaux de paternel trop rude et dur s'effacent, et on le voit se détendre peu à peu lors de la sublime scène finale, où il fait face à son destin avec le sourire du condamné fier d'avoir pris sa décision. Le dialogue avec Dean est un des plus beaux qui m'ait été donné de voir, grâce à la performance tout simplement parfaite de Jeffrey Dean Morgan. Le voir enfin se comporter en vrai père pour la première et unique fois de la série est un très grand moment de fiction, avant la terrible conclusion. Un début de saison où nos héros lost in translation vont devoir composer avec la nouvelle donne des enjeux, et dont on ne peut pas dire qu'elle leur soit spécialement favorable.

La critique d'Estuaire44 : 

Effectivement un fort efficace pilote de saison rebattant totalement les cartes et installant le décor des réjouissances à venir (même si des rencontres importantes auront encore lieu au prochain opus). Le scénario se montre très ambitieux, développant trois points de vue différents sur une même situation en interaction. Malgré cette situation complexe, l’intrigue sait rester fluide et multiplier les twists (je confesse qu’à l’époque Tessa m’avait bien eu ; en même temps, les Bros avaient rencontré tellement de damoiselles en détresse). Effectivement, du côté de Dean, on retrouve une ambiance à la Audrey Pauley, hormis le fait qu’il soit toujours relié à ses partenaires contrairement à Monica ; un loner peut se permettre une telle immersion, pas le final d’un arc sur-vitaminé mené en commun. L’épisode complète joliment Faith, qui avait abordé la mort sous l’angle de la Foi, tandis qu’ici on aborde la destinée humaine d’un point de vue davantage philosophique.

Deux superbes seconds rôles viennent compléter ce riche panorama : Yellow Eyes, parfait en pourriture intégrale et sardonique, on l’aime déjà d’amour, et la belle Tessa à qui le noir va si bien. Ses dialogues avec Dean constituent le sommet de l’épisode, abordant la thématique de la Mort avec une sensibilité étonnante pour Supernatural où le sujet s’accompagne d’habitude de hurlements et de divers objets contondants du meilleur goût. L’humanité sincère et compatissante de Tessa est un joli contrepied aux Faucheurs classiques tel celui de Faith, sans aller toutefois jusqu’à l’humour parfumé aux champignons qui font rire de la joyeuse bande de Dead like me. J’aime bien que grâce à l’ami Azazel (qui ne craint visiblement pas le courroux du patron de Tessa), la réponse définitive de Dean soit laissée à l’appréciation du spectateur. Perso, je pense qu’il allait la suivre, comme la vieille dame à suivi la Mort dans l’épisode Nothing in the Dark de La Quatrième Dimension. Adieu John, merci à son formidable interprète, jusqu’au bout impressionnant de présence et d’implication. L'acte de contrition de John Winchester reste un immense moment, emportant toutes les digues. Avec le recul, on aime bien le médecin qui estime qu’un Ange a veillé sur Dean, tout va bien alors, pas de souci à se faire.

Anecdotes :

  • Le titre original est une référence à un titre de Led Zeppelin inclus dans l’album Physical Graffiti (1975). Inspirée d’une folk song traditionnelle (Jesus make up my dying bed), elle est restée fameuse pour sa longueur supérieure à onze minutes, et donna lieu à de nombreuses improvisations musicales durant les concerts de Led Zep.

  • Promotions : les scénaristes Sera Gamble et Raelle Tucker dirigent désormais la supervision des scénarios, tandis que Ben Edlund intègre la série en tant que scénariste et producteur consultant.

  • Le docteur appelé quand la petite fille passe en code bleu se nomme Kripke, un clin d’œil au créateur de la série Éric Kripke inséré par l’équipe technique.

  • John décède à 10h41, une référence au verset 41-10 d’Esaïe : Ne crains rien, car je suis avec toi. Ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu. Je te fortifie, je viens à ton secours. Je te soutiens de ma droite triomphante.

  • La date indiquée par le moniteur de Dean dans le coma indique que nous sommes le 13 août 2006.

  • Il s’agit de la première manifestation de Tessa. L’aimable Faucheuse va intervenir quatre fois au cours de la série jusqu’en saison 9. Elle est interprétée par Lindsey McKeon (1982) qui s’est fait connaître pour le rôle de Kristie dans Sauvés par le gong, la nouvelle classe (1996-2000) avant de participer à de nombreuses séries. Tessa elle-même est inspirée par Death, le personnage du DC Comics The Sandman écrit par Neil Gaiman.

  • Après avoir été diffusée sur WB durant sa première saison, Supernatural l’est désormais sur la récemment formée CW, créée en 2006 par la fusion de WB et d’UPN. La chaîne continue encore à héberger Supernatural en 2015, son plus ancien programme en date.

  • Fredric Lehne (1959) n’était censé interpréter Azazel – les Yeux Jaunes – que lors de cet épisode, le démon possédant une autre victime durant le final de saison. Mais l’accueil du public fut si enthousiaste que Kripke décida de le conserver. Visage régulier des séries américaines, il a souvent joué des policiers ou des représentants de l’autorité. Il est ainsi le Marshall escortant Kate au début de Lost ou le valeureux Arthur Dales dans deux fameux épisodes d'X-Files. Lehne a indiqué que ses lentilles jaunes l’empêchaient de voir. Jouer et se déplacer sans apercevoir ses partenaires fut pour lui un intéressant défi d’acteur. Il a incorporé le déphasage dû à la cécité dans l’expression de la folie d’Azazel. Le réalisateur Kim Manners fit remplacer le traditionnel repérage au sol par des petits sacs de sable que Lehne pouvait percevoir. Lindsey McKeon eut le même problème, ce qui fit que la scène où Tessa touche le visage de Dean dut être tournée à neuf reprises.

  • Dans les scènes où Dean contemple son propre corps, le Dean alité est interprété par un acteur dont la ressemblance avec Jensen a été accentuée par des prothèses en latex.

  • Le haut-parleur annonce qu’une urgence a lieu dans la chambre 237. Il s’agit de la fameuse chambre de l’horreur dans le film Shining. Tout au long de la série, à chaque fois qu’un numéro de chambre est vu ou entendu, il s’agira le plus souvent de 237. How's Dad ? Is he okay ? Come on, you're the psychic. Give me some ghost whispering or something ! s’exclame Dean. Il s'agit d’un clin d’œil à la série Ghost Whisperer (2005-2010). Il déclare également Dude, I full on Swayze'd that mother ! référence cette fois au film Ghost (1990).

  • Durant la récapitulation des événements on entend Stranglehold de Ted Nugent, également présente dans le final de la saison 1. La chanson entendue à la radio après l’accident est Bad Moon Rising, de Creedence Clearwater Revival.

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2. LE CLOWN
(EVERYBODY LOVES A CLOWN)

Épisode semi-mythologique

Scénario : John Shiban
Réalisation : Phil Sgriccia

- Dean, […] we’ve been at Bobby’s for over a week now and you haven’t brought up Dad once.
- You know what, you’re right. Come here. I’m gonna lay my head gently on your shoulder. Maybe we can cry, hug, maybe even slow dance.

Résumé :

Après avoir brûlé le corps de leur père, Sam et Dean retrouvent la trace d’une de ses connaissances : Ellen. Avec sa fille Jo et un aide du nom d’Ash, elle tient le Roadhouse, un bar servant de point de ralliement pour tous les chasseurs de démons. C’est là qu’ils apprennent que des meurtres ont eu lieu pas loin du bar, commis par des clowns qui se servent de l’innocence des enfants pour entrer chez eux et massacrer tout le monde. L’enquête s’annonce cependant difficile, car les Winchester doivent commencer à porter le deuil de leur père…

Où l'on apprend que traiter quelqu'un de clown n'est pas toujours le meilleur plan santé qui soit...

La critique de Clément Diaz : 

Everybody loves a clown parlera certainement aux coulrophobes, mais cette histoire de clown tueur se montre quoiqu'il en soit trop minimaliste. Accumulant les clichés horrifiques sans la moindre originalité autour de ce récit tant de fois vu ailleurs, l’épisode serait un fiasco s’il n’était pas relevé par l’introduction de la Roadhouse, bar à l’ambiance si agréablement poisseuse et métal, présidé par un duo de dames de choc et un geek halluciné qu’on adore immédiatement. La gestion différente entre les deux frères du deuil qu’ils doivent porter sonne également juste.

Loin du gore d’un Stephen King (Ça) ou de l’humour azimuté de Darin Morgan (Humbug dans X-Files), cette version du clown tueur apparaît singulièrement simpliste. Nos amis vont traîner leurs jeans dans un cirque, suivent quelques fausses pistes de routine, puis finissent par péter la gueule du méchant clown sans que rien ne se soit vraiment passé. Cette paresse narrative plombe la majeure partie de l’épisode, et le réalisateur n’y peut pas grand-chose. Toutefois, on peut être indulgent envers John Shiban qui devait aussi assurer l’introduction de la Roadhouse, repère de chasseurs et d’amoureux de bibines qui arrachent la gorge, et de l’état psychologique des deux frères après la mort de papounet.

Les Harvelle frappent très fort d’entrée, les deux dames parvenant à faire mordre la poussière à nos Winchester pourtant experts en bastons ! Ellen et Jo se montrent fougueusement badass, tenant la dragée haute à nos héros par leur caractère pétaradant, leur froideur tranchante, et concernant Jo, un côté métalleuse sexy qui se met à faire la danse de la séduction à un Dean réduit à l’état de proie (et Lucifer sait qu’il faut aller très loin pour que ce séducteur soit dominé par une minette !). Pour Ellen, c’est son côté matriarche intransigeante qui force l’admiration. Alona Tal flamboie de sensualité et de présence, tandis que Samantha Ferris déploie une intensité de jeu particulièrement stupéfiante. Chad Lindberg en fait des caisses en geek enfumé et abruti, surprenante addition aux beaucoup moins rigolardes Harvelle, mais la surprise fonctionne à plein. On aime aussi la honte pas du tout rentrée des frérots quand ils doivent faire le voyage à pied sans leur grosse tire, on se marreuh. L’épisode sait aussi émouvoir par un Sam parvenant à surmonter l’épreuve plus efficacement que Dean, vu pourtant comme l’élément dominant du duo, mais payant sa proximité plus proche envers son père. La fin de l’épisode se montre très amère, Dean semblant encore perdu dans des orages psychologiques où chagrin, fureur, vengeance, impuissance, culpabilité semblent se liguer pour le faire craquer, et qu’il laisse échapper en se défoulant sur Sam (Dean massacrant l’Impala, une image traumatisante à l’échelle de la série). Sam lui-même doit faire face au regret d’avoir perdu un père qu’il n’a jamais vraiment connu et qui est resté pour toujours un étranger. Les deux frères semblent bien épuisés. Supernatural démontre ici que ses fondations sont suffisamment solides pour venir en aide à une histoire faiblarde.

La critique d'Estuaire44 : 

Passons rapidement sur l’intrigue du jour. L’affaire est rondement menée et permet de concrétiser la phobie de Sammy de manière amusante, mais le clown tueur reste un sujet tout de même éculé. Même si l’apparence du Clown s’avère très réussie, on ne fera jamais aussi bien que le Ça de Stephen King, et l’épisode n’a pas le temps de creuser l’univers très particulier du cirque. C’est dommage, mais cela évite aussi de périlleuses comparaisons avec Carnivale. Et puis, après Yellow Eyes et la Mort, le Clown figure dans la catégorie poids plume.

L’épisode sert surtout à développer la mythologie des Hunters et à achever de planter le décor de la saison, avec l’introduction d’un point fixe pour les Winchester (chose rare), The Roadhouse, et surtout trois nouveaux personnages en or massif : Ash l’allumé (hilarant), Ellen la mère courage de Supernatural (excellents parents de substitution avec Bobby), et la piquante et attachante Jo qui démarre un flirt avec Dean s’étendant sur toute la saison. Deux personnages féminins particulièrement forts et attachants. Dean n’a pas trop la tête à la bagatelle, son intériorisation de la souffrance paraissant d’ailleurs plus intéressante que le bla bla continuel de Sam, assez saoulant. Son explosion et le massacre de l’Impala composent ainsi une scène particulièrement choquante. L’épisode expose brillamment la différente approche de la mort du père que connaît chacun des frères. Rassurons-nous, la Chewy Impala sera de retour dès le prochain épisode, et flambant neuve. Telle est la magie des séries télé.

Anecdotes : 

  • Alona Tal (1983), Jo, a débuté sa carrière de comédienne au sein de l’armée israélienne avant de percer dans les séries télé de ce pays où elle est également connue comme chanteuse. Elle manque de peu de tenir le rôle de Veronica Mars, et jouera Meg Mannings dans cette série (2004-2006). Elle apparaît dans plusieurs séries (Monk, Lie to me, Burn notice, Pretty little liars…).

  • Samantha Ferris (1968), Helen, connut une carrière de journaliste au Canada avant de devenir comédienne. Son rôle le plus connu demeure celui de Nina Jarvis, personnage récurrent des 4400 (2004-2005). Elle apparaît également dans Smallville, Stargate SG-1, The L Word, Battlestar Galactica, V

  • L’épisode est dédié à Peter Ellis, réalisateur anglais ayant mis en scène deux épisodes de la saison 1, Bloody Mary et The Benders. En avril 2006, il décède d’une crise cardiaque, il avait 58 ans.

  • Le titre original est une référence à un classique du Rock interprété par Gary Lewis & The Playboys en 1965.

  • On apprend que Sam a une peur enfantine des clowns.

  • Ash indique qu’il est allé au MIT à Boston, alors que ce prestigieux établissement est situé à Cambridge, Massachusetts.

  • La chanson entendue durant la récapitulation des événements précédents est Time has come today des The Chambers Brothers. Quand Dean répare l’Impala, on entend Shambala des Three Dog Night. Quand les deux frères se rendent à la Roadhouse, on entend Do that to me one more time de Captain & Tennille. À la Roadhouse, on entend Mississippi Mudd de Tim P. & Stephen R. Phillips.

  • Les Winchester affrontent un Rakshasa, un démon de la mythologie hindou changeur de formes, amateur de chair humaine, et de profanation des rituels. Carl Kolchak, le héros de la série Dossiers brûlants (1972-1975), en avait également rencontré un dans l’épisode Le Vertige, interprété par Richard Kiel. Kripke a indiqué qu’avec le recul, utiliser le Rakshasa comme justificatif du clown était une erreur. Les deux thèmes n’ont rien à voir, et il aurait mieux fallu jouer sur l’esthétique effrayante du clown en le désignant comme adversaire lors du combat final.

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3. AU-DELÀ DES APPARENCES
(BLOODLUST)

Scénario : Sera Gamble
Réalisation : Robert Singer

Give you a couple of severed heads and a pile of dead cows, and you're Mr. Sunshine.

Résumé :

Sam et Dean font la connaissance de Gordon Walker, un chasseur de démons, alors qu’ils enquêtent sur des décapitations dans le Montana. Sam est capturé par un groupe de vampires dirigé par leur leader Lenore ; il va vite se rendre compte que les monstres qu’il imaginait affronter ne sont pas ceux qu’il croyait…

Oh mon Dieu, ils ont vampirisé Tara ! Espèces d'enfoirés !

La critique de Clément Diaz : 

Encore une fois, on pioche chez Whedon (casting inclus) avec la thématique des fameuses "zones de gris" dans le combat entre le Bien et le Mal puisque l'épisode apparaît très proche du That old gang of mine (saison 3) d'Angel, et son inversion des rôles : humains bad bad contre monsters good good (enfin, à peu près). Cependant, la version de Supernatural réussit davantage le traitement de la fausseté des apparences et de l'anti-manichéisme : ici, des monstres demandant juste qu'on leur f... la paix se voient pourchassés par des humains qui ne veulent rien entendre et mettre tout le monde dans le même sac (métaphore évidente de la xénophobie et de l'amalgame). L'inversion est telle que ce n'est pas seulement ce taré de Gordon - très bien interprété dans son nihilisme sadique - qui passe au grill, mais aussi Dean lui-même qui se retrouve face à son propre reflet. Comme Gordon, Dean n'est pas allé à l'hôtel Hyperion, et a donc une vision bichrome du Bien et du Mal - legs pourri du paternel - il pallie aux douleurs de sa vocation en prenant son pied à casser du monstre. Or, cette jouissance de tuer pour le "bon droit" l'entraîne du côté Gordon, un vrai “violence addict”. C'est vraiment l'épisode des inversions, car comme le confirme Dean, c'est Sam qui en effet "protège" son grand frère de la tentation des ténèbres injectée par son passif paternel. Dean est décidément bien assaisonné car il a encore du mal à gérer la mort de John, mais dans sa volonté sacrificielle et égocentrique à la fois (tiens, comme Angel), il veut agir en "homme", ne voyant pas qu'il évacue la tension en massacrant des vampires (tiens, comme Faith).

Alors, certes le scénario est insuffisant, déroulant trop de dialogues avec Gordon et limitant l'action à une décollation à la scie sauteuse (la subtilité légendaire de la série) et à un affrontement psychologique final, mais à la rescousse, miss Amber Benson ! Mon Dieu, que Tara euh Lenore est belle, dans son opulente chevelure brune. Elle donne gravité et émotion à un rôle pourtant assez limité. La séquence de la tentation du sang est d'une intensité palpable, où Lenore repousse finalement sa nature et se sauve elle-même au sens propre et figuré. Le lien avec Dean, qui a réussi difficilement à contenir ses pulsions de meurtre, est bien trouvé. Un épisode limité niveau action, mais thématiquement, la série fait jeu égal avec ses modèles. Sinon, les vannes entre les deux bros marchent toujours ; j'aime bien comment Sam torture Dean en refusant de lui donner un coup de poing pour "équilibrer" ; ça fait du bien de voir "le grand dadais" prendre l'ascendant de temps en temps.

La critique d'Estuaire44 : 

Épisode effectivement réussi. Opposer un alter ego négatif au héros est une formule fonctionnant toujours. C’est d’autant plus le cas qu’ici Gordon représente davantage : ce que Dean pourrait devenir s’il se laissait aller à ses pulsions. L’idée sera reprise en saison 10, mais sans finesse, autour de la Marque de Caïn. La série n’hésite pas à questionner ses protagonistes et à rendre la fratrie agréablement complexe, avec ses deux frères à la fois très différents mais aux liens totalement interpénétrés où chacun apporte à l’autre. Un superbe moteur pour Supernatural qui sait également se montrer moins manichéenne que l’on pourrait le croire dans son discours, y compris sur les Chasseurs. C’était également le cas à Sunnydale, avec le Chasseur que Buffy devait « tempérer » dans Phases.

Excellente interprétation des deux acteurs invités. Sterling K. Brown rend réellement inquiétant ce sociopathe de la plus belle eau qu’est Gordon ; les Bros se sont fait un bon copain qui ne va pas les oublier. Amber se montre toujours supérieurement douée, variant son registre tout en maintenant le clin d’œil à Sunnydale, c’est astucieux. Bon, les vampires de Supernatural ne crèvent pas trop l’écran et n’électrisent pas l’épisode, mais ils sont plus un prétexte que le vrai sujet de l’histoire. Et puis, l’Impala est de retour ! Gordon à une voiture méga classe lui aussi, c’est ça aussi, la Chasse.

Anecdotes : 

  • Amber Benson, bien connue pour le rôle de Tara dans Buffy contre les vampires - une influence majeure de Supernatural - reprendra le rôle de Lenore dans l’épisode Mommy Dearest (6-19).

  • Gordon apparaît en tout dans quatre épisodes, en saisons 2 et 3. Il est interprété par Sterling K. Brown, notamment connu pour les rôles de Cal Beecher dans Person of Interest et de Roland Burton dans American Wives.

  • Jared Padalecki s’est brisé le poignet droit durant l’une des cascades de l’épisode. Lors du suivant, il sera pris prétexte du combat contre Angela pour justifier la blessure et le port ultérieur d’un plâtre par Sam.

  • D’après son badge, l’employé de la morgue se nomme Manners, un clin d’œil de l’équipe au réalisateur-en-chef de la série, Kim Manners.

  • L’auteure Sera Gamble a indiqué qu’elle voyait Gordon comme ce que serait devenu Dean dans une dizaine d’années sans l’influence de son frère.

  • Le titre original est une référence au film Bloodlust ! (1961) voyant un chasseur sadique traquer des jeunes gens sur une île tropicale. Lenore est le titre d’un poème de Gottfried August Bürger (1773) mettant en scène une jeune femme revenue d’entre les morts, assimilable à un Vampire. Le texte a influencé le roman Dracula de Bram Stocker (1897), et donc l’ensemble de la littérature vampirique.

  • Durant la récapitulation des événements précédents, on entend Wheel in the sky, de Journey. Quand Sam et Dean sont dans la nouvellement réparée Impala, on entend le Back in black des AC/DC (il s’agit également de la toute première chanson entendue dans Supernatural). Au bar, on entend Time and time again de Long John Hunter quand les deux frères rencontrent Eli. Quand Dean, Sam, et Gordon sont au bar, on entend Golden rule de Lil' Ed & the Blues Imperials. Quand Sam appelle Ellen à propos de Gordon, on entend Funny car graveyard de Lee Rocker.

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4. VENGEANCE D’OUTRE-TOMBE
(CHILDREN SHOULDN'T PLAY WITH DEAD THINGS)

Scénario : Raelle Tucker
Réalisation : Kim Manners

I've heard of some people doing some pretty desperate things to get laid, but resurrect the corpse of a hot chick… you take the cake !

Résumé :

Sam et Dean enquêtent sur le meurtre du petit ami infidèle d’Angela Mason, une adolescente morte quelques jours auparavant. Ils découvrent que le cercueil d'Angela est vide, et comprennent qu’elle est devenue un mort-vivant cherchant à se venger. Elle compte maintenant tuer sa colocataire (l’amante de son petit ami), ainsi que tous ceux se mettant en travers de son chemin

Message de la Prévention pour les maladies sexuellement transmissibles : la nécrophilie n'est pas la pratique la plus recommandée, surtout avec un zombie qui a 5 cases en moins dans le ciboulot.

La critique de Clément Diaz : 

 

Le scénario ultra-linéaire de Raelle Tucker est bien prêt de saborder totalement l’épisode. Oui, parce que bon, on est pas dupe : ce n'est pas parce qu'on remplace un esprit frappeur (enfin, égorgeur, on est dans SPN quand même) qui veut assouvir sa terrible vengeaaance par un zombie qu'on va surprendre le public. Donc, voilà, on regarde abasourdis l'épisode dérouler tranquillement tous les marronniers de ce genre d'histoire avec une première fausse piste, un meurtre bien sadique comme on les aime (c'est fou la quantité de faux sang disponible pour un épisode), puis une tentative avortée, puis une confrontation avec le tireur de ficelles, puis le mano a mano final, et voilà, c'est fini, plié, lavé, repassé. Alors, pour équilibrer, on tente l'émotion avec un conflit entre les deux bros et Dean qui veut toujours se la jouer dur de dur, mais bon, trois épisodes d'affilée qu'il nous fiche le même numéro, on commence à surcharger un poil. Sam sentant qu'il est en train de perdre son frère est toutefois émouvant. L'apprenti sorcier est bête et transparent comme ses pieds, deux ennemis au lieu d'un seul auraient ajouté plus de piquant. Évidemment, Sam joue à la fin le rôle de l'appât ; c'est marrant, c'est toujours lui qui en prend le plus plein la gueule. On pense au Forever de Buffy dans le thème de l'épisode : le désir de revoir un être aimé décédé, quitte à violer les lois naturelles.

Heureusement, la mise en scène répond à l'appel. Ok, Tamara Feldman joue le rôle cliché du zombie ici sous forme de jolie brune torride (ça change des anti Rudolf Valentino de Romero), mais elle donne justement un petit côté série B pas désagréable, et sait être fichtrement inquiétante dans la folie sanguinaire de son personnage. Et puis bon, suggérer une copulation entre un vivant et une jolie morte, c'est toujours toniquement vomitif. La réalisation de Kim Manners reste assez classique, mais instille suffisamment de tension pour pallier aux insuffisances du script, tandis que la musique de Christopher Lennertz est joliment évocatrice. C'est surtout à l'aune de sa coda qu'il faut considérer l'épisode : la scénariste réussit en beauté sa sortie, avec encore une parenté avec Buffy, cette fois avec le début de la saison 6 avec une Tueuse se sentant morte à l'intérieur d'elle-même. Dean déchirant le masque pour confesser sa culpabilité d'être en vie est saisissant, et Jensen Ackles est grandiose. L'instant dramatique est tel que Tucker délaisse même le rituel de la Chevrolet partant dans le lointain. Une fin aussi magnifique qu'inattendue.

La critique d'Estuaire44 : 

  

Le titre original fait référence au classique de Bob Clark en 1972, archétype du film d’épouvante ultra fauché devenu culte par la suite. Tout comme dans l’épisode, l’action prend place au sein d'un cimetière avec des sorciers amateurs, inconséquents, et pas vraiment futés, pour qui les histoires de résurrection vont mal tourner (en plus ils sont coincés sur une île). Dans mon souvenir (mais je n’ai pas vu l’épisode puis longtemps), l’histoire reconstituait bien l’ambiance de Zombie Movie du film originel et son humour bas du front et gore assez jouissif, ainsi que ses mises à mort joyeusement craignos. En plus, des allusions à Romero et à Pet Sematary, c’est un peu le Zombie Festival comme concept ; je m’étais bien amusé à l’époque. Je me souviens d’avoir bien aimé comment descendre la jeune fille n’avait pas posé de problème existentiel aux gentlemen que sont les Bros en toutes circonstances.

Les personnages rencontrés sont standards au possible, mais cela fait aussi partie du genre avec ses victimes interchangeables (hormis décibels et tessiture des glapissements et hurlements). Mine de rien, le récit est fortement macabre et sexué, on est hors champ d’une programmation mainstream, et Kim Manners démontre toujours un sacré métier. Bon, la connexion entre les sentiments des frères et les événements est assez immédiate, mais les acteurs possèdent suffisamment leurs personnages pour rendre cela sensible et même émouvant à l’occasion. Mention spéciale à Jensen ici, qui imprime réellement sa marque sur cet arc autour d’un Dean assombri, comme Angel a pu l’être en son temps.

Anecdotes : 

  • Angela devait être interprétée par Summer Glau qui ne put finalement se libérer. Tamara Feldman fut recrutée à la dernière minute.

  • D’après le portable d’Angela, elle meurt le mardi 22 août 2006. John Winchester étant mort le 13 août 2006, et les frères arrivant peu de jours après la mort d'Angela, l'on en déduit que moins de deux semaines seulement se sont écoulées depuis le 1er épisode de la saison.

  • L’arbre mort du cimetière fut récupéré sur le tournage du film L'exorcisme d'Emily Rose ; il s’agit du même arbre que celui mis en valeur dans l’épisode Scarecrow, la saison précédente.

  • Le titre original reprend celui d’un film culte de Zombies réalisé en 1972 par Bob Clark.

  • Dean se présente à Lindsey sous le pseudonyme d’Alan Stanwyc. Il s’agit d’un personnage du film Fletch aux trousses (1985) changeant souvent d’identités.

  • La franchise pornographique imaginaire Casa Erotica est ici référencée pour la première fois quand Sam regarde la télé au motel. Elle réapparaîtra à diverses occasions au cours de la série à chaque plaisanterie autour de cette branche particulière du Septième Art.

  • L’air joué par Neil est celui de Sad Girl par Supergrass.

  • Jared Padalecki raconte qu’alors il jouait une scène où il creusait la terre avec une pelle dans le cimetière, il se pencha un peu trop et son pantalon craqua au niveau des fesses, ce qui lança toute l’équipe dans un fou rire. Ce rush est disponible dans les bêtisiers du DVD.

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5. SOUS CONTRÔLE
(SIMON SAID)

Épisode Mythologique

Scénario : Ben Edlund
Réalisation : Tim Iacofano

- If you want to find Andy, just look for a van with a barbarian queen painted on the side.
- Barbarian queen ?
- She's riding a polar bear, it's kinda hard to miss.

Résumé :

Sam a la vision d’un homme recevant un coup de téléphone, puis se dirigeant vers une armurerie où il prend une arme, tue le caissier, puis se suicide. Sam et Dean découvrent qu’un jeune homme, Andy, a le don d’imposer sa volonté à qui il souhaite. Toutefois, tout n’est pas aussi simple…

Un duel des esprits... au sens propre.

La critique de Clément Diaz : 

Voilà un épisode 100% creepy, 100% métal, 100% saignant, c’est bien du Supernatural, tout est tranquille. Ben Edlund, ancien scénariste chez Joss Whedon, se saisit d’une thématique chère au Geeklord (Buffy restera toujours une grande influence de la série) : le rapport des humains au pouvoir, et en offre un brillant traitement. Le pouvoir d’imposer sa volonté, antique fantasme humain, est présente dans bien des romans et séries (La Quatrième Dimension, Agents of SHIELD…) ; avec les deux portraits d’Andy et Ansen, l’épisode s’enrichit d’une réflexion sur ce thème éternel, coulée dans une histoire enchaînant les rebondissements et les scènes chocs à une cadence effrénée jusqu’à un final pétrifiant de suspense. Tout comme Le musée rouge des X-Files, l’autre influence de la série, l’épisode nous leurre en paraissant être un loner avant de dévoiler ses traits Mythologiques.

Les scènes de manipulation d’esprit se montrent dès l’introduction remplies d’un suspense équivalent à celui de Nightmare, car rien ne garantit que nos deux hérauts vont arriver à temps. Edlund dépeint Andy (Gabriel Tigerman, très digne et juste) avec beaucoup de subtilité et de sympathie. L’identification est immédiate, et le contraste avec les scènes horrifiques d’attaque est saisissant, le tout sans jamais perdre un rythme très rapide. Un twist central vient orienter l’épisode vers le véritable tireur des ficelles, un psychopathe total resplendissant de cruauté et de sadisme. Elias Toufexis a la gueule de l’emploi : son regard de prédateur est le meilleur effet spécial de l’épisode. Ces deux êtres qui se ressemblent tant sont chacun le miroir inversé de l’autre, une configuration toujours payante dans un scénario : l’un que le pouvoir rend fou, insatisfait éternel, et vengeur ; l’autre quasi bouddhiste par son détachement, usant de son pouvoir certes pour lui-même mais modérément et sans intention de nuire. À l’issue d’un double affrontement plein de suspense et au twist final creusant encore plus le mystère de « Yeux jaunes », l’épisode pervertit avec finesse son happy end, où Andy ploie désormais sous son fardeau ensanglanté, comme une innocence brisée. Plusieurs thématiques s’ajoutent à l’épisode : l’acte de tuer tapi en chaque être humain et pouvant être déclenché pourvu que l’on pousse les bons boutons, ou l’écœurante facilité à se procurer des armes aux USA, cause de tant de catastrophes.

On est aussi très sensible à l’atmosphère métal de l’épisode, avec Andy fan pur et dur qui ringardise nos deux bros, caisse comprise. À Roadhouse, l’équivalent du Bronze ou du Caritas Buffyesque, nous entrons dans un petit paradis entre flipper où l’on passe à la sulfateuse des cerfs, du whisky bien frappé, de la BO au gros son, et bien sûr Ellen et Jo, les deux tourterelles qu’il vaut mieux ne pas baver sur les rouleaux. On aura rarement vu Dean, qui pourtant mange des démons pour son quatre heures, repousser les énormes perches - enfin là, c’est carrément le George Washington Bridge - que lui tend Jo. Il est vrai que sa maman kickass n’aime pas trop qu’on fricote avec sa fifille. La scène où Jo insère une balade romantique dans le juke-box est à pleurer de rire, qui monte d’un cran quand Dean l’entonne à 140 décibels devant les yeux effondrés de Sam. On retrouve avec amour notre cher Ash alias Dr.Badass (!), toujours aussi imbibé et à la vision très large de la notion de pudeur. Ces moments comiques et musicaux sont le joyau ornant la couronne de cet épisode.

La critique d'Estuaire44 : 

Simon Said (encore un titre génial) introduit de plein pied les psychiques dans l'univers de la série, en l'occurrence les télépathes. Une bonne idée, le modus operandi et l'atmosphère se distinguant considérablement du Fantastique/folklore aperçu jusqu'ici (et ce ne sont pas les joueurs de Donj blanchis sous le harnais qui diront le contraire). Et de fait, l'on retrouve finalement des ressorts très similaires à ceux des X-Files version Pusher, on se croit parfois dans un remake (même les deux meurtres font très X-Files). On se régale donc pareillement de tout un lot de scènes incongrues, drôles, ou horrifiques, liées à la suggestion mentale.

Le procédé fonctionne toujours, même si l'on peut regretter que les deux psychiques, le gentil (très attachant) et le méchant (plus caricatural) n'atteignent jamais le brio et la virtuosité de l'ami Modell. Pour le coup Supernatural crépite, mais un peu moins que son évident modèle. On retiendra tout de même la scène-choc où Dean largue l'Impala sourire aux lèvres ou le presque suicide sur le barrage, un endroit déjà usité de la sorte dans MillenniuM. On a de nouveau droit à une mise en abîme cette saison, avec un parallèle évident entre les situations des deux fratries un peu trop appuyé (on a compris que Dean risque d'avoir lui aussi à tuer Sam). L'équipe de la Roadhouse tient son rang, avec des scènes très amusantes et du bon son comme on aime.

Anecdotes : 

  • Lors de la scène où le docteur tue le vendeur d’armes, on entend Women's wear de Daniel May. Quand les deux frères vont voir Ash à la Roadhouse, on entend Tired of crying de Lil' Ed & the Blues Imperials, puis Uncle John, d’Eric Lindell. La chanson choisie par Jo ensuite entonnée par Dean est Can't fight this feeling de REO Speedwagon. Quand on découvre le van d’Andy, on entend Stonehenge de Spinal Tap. Quand Ellen sert le whisky en fin d’épisode, on entend Fell on black days de Soundgarden.

  • Premier épisode de la série écrit par Ben Edlund, qui va devenir un des scénaristes les plus importants de la série. Le fan convaincu du Buffyverse qu'est Eric Kripke n'a pu qu'être ravi d'accueillir un des anciens auteurs d'Angel. Étrangement, Edlund avait co-écrit et co-dirigé un court métrage intitulé Crawley, soit le nom d'un des futurs rôles récurrents (et un des plus importants) de Supernatural !

  • La plaque minéralogique du van d’Andy RU OBI 1 (Are you Obi Wan ?) est évidemment un autre clin d’œil à Star Wars. Plusieurs autres références sont faites au film au cours des dialogues de l’épisode.

  • Not exactly a serial killer's lair, though. There's no... clown paintings on the walls, or scissors stuck in victims' photos déclare Dean. Il s’agit d’une référence au serial killer John Wayne Gacy qui tua une trentaine de jeunes gens à Chicago durant les années 70 et qui était obsédé par les clowns.

  • Dans le bar de la ville, l'on mentionne le PBR. Il s'agit de l'abréviation de Pabst Blue Ribbon, un alcool américain inventé à Milwaukee, dans le Wisconsin, en 1844. Elle est partie intégrante de la communauté Hipster.

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6. SANS ISSUE
(NO EXIT)

Scénario : Matt Witten
Réalisation : Kim Manners

- So, this job as glamorous as you thought it would be ?
- Well, except for all the pee-your-pants terror, yeah, sure.

Résumé :

Une jeune femme blonde venant de s’installer dans un appartement remarque une substance noire avant de se faire kidnapper par un esprit. Depuis 80 ans, des enlèvements de jeunes blondes ont lieu dans cet immeuble. Sam et Dean partent s’en occuper. Jo, avide d’aventures, tente de les accompagner, mais Ellen, qui ne veut pas la perdre après avoir perdu son mari, refuse. Sur place, Sam et Dean ont la surprise de voir débarquer Jo qui a apparemment joué la fille de l’air…

Tiens, encore des blondes qui morflent grave. Mais que fait Buffy ?

La critique de Clément Diaz : 

En cette saison 2, Supernatural délaisse les codes du formula show de la saison précédente pour devenir beaucoup plus libre de forme, même dans ses épisodes Monster of the week. De fait de l’écriture bien plus classique de Matt Witten, scénariste doué mais habitué aux séries s’épanouissant dans un cadre plus formaté, naît un antagonisme débouchant sur un décevant canevas de chasse au monstre schématique : examens fantastico-scientifiques, deuxième attaque du monstre, recherches « historiques », (trop) gentilles vannes entre les membres de l’équipe, suspense formaté… le scénario est réglé comme du papier à musique, et on a l’impression de regarder une version fantasy des Experts. Witten est habitué aux scénarios a tempo modéré (Law & Order, House MD, CSI : Miami…), et il peine à accélérer son écriture pour une série davantage rapide. Comme il ne rentabilise pas non plus l’atout charme qu’est Jo, on se console avec la mise en scène toujours parfaite de Kim Manners, et nos deux bros assurant toujours le spectacle. Witten finit par épouser même tardivement les codes plus délirants de la série avec un final aussi spectaculaire que joyeusement excessif.

Passé le débarquement en fanfare de Jo, toujours désopilante quand elle fait du rentre-dedans à Dean, l’épisode se contente de dérouler. La succession mécanique de fouilles et de brainstormings enferme l’épisode dans un plan narratif restreint. L’esprit manque aussi de consistance (façon de parler…), se contentant de suppurer un fluide noir gluant certes bigrement repoussant, mais ne manifestant guère de menaces à côté. Le mobile de ses crimes apparaît très convenu, et sa véritable identité n’est pas non plus un événement. Manners parvient à soutenir un semblant d’intérêt lors de l’exploration des couloirs secrets, bien humides et obscurs comme on les aime. Sa caméra longe les murs et donne à chaque micro-péripétie un cachet horrifique. Le final permet heureusement un grand défouloir : l’édification de la prison éternelle aux mitrailleuses, la survenue d’une énorme bétonnière, ou le gros malaise dans la voiture lorsqu’Ellen casse le babil de Dean rien qu’avec ses regards de Rambo pas content. Jo déçoit aussi : la badass dynamique devenant une terne amatrice toujours à la remorque du duo, puis basculant dans le peu glorieux statut de damsel in distress malgré quelques élans comme lorsqu’elle poignarde l’esprit. Alona Tal n’a pas l’occasion de répéter son gouleyant numéro habituel. On sera plus sensible devant l’inquiétude féroce d’Ellen : Samantha Ferris synthétise à merveille la fureur et la panique animant sa figure de mère protectrice, mais aussi son émotion dès lors que le passé revient la hanter (glaçante révélation finale).

La critique d'Estuaire44 : 

No exit suscite un seul regret (léger) : je trouve qu'il arrive trop tôt dans la saison. Un petit univers bien sympathique était en train de se développer dans la Roadhouse, donner un point fixe aux Winchester promettait d'intéressants développements de même que la timide romance entre Jo et le Dean. L'épisode envoie promener tout cela, on l'aurait plus vu en mi-saison. Dommage que la scène finale soit une douche froide inutile, on sait bien qu'il n'y a pas de place pour une compagne dans la vie des Winchester (hormis la Route). Bon, pour le reste, c'est 100% du bonheur. Bien avant l'arrivée de l'Ange du Jeudi, No exit introduit avec un percutant succès la dynamique du trio, d'où pas mal de situations originales. Le Monstre de la Semaine est sans conteste le plus effrayant vu jusqu'ici dans cette saison tant par ses manifestations à la Poltergeist que par sa personnalité de serial killer bien jouasse (mais que fait Frank Black ?).

Bonne idée que de fouiller dans l’histoire de l’Amérique pour y débusquer le premier tueur en série répertorié en tant que tel : tous les monstres ne relèvent pas du folklore ; on adore toujours le côté viscéralement américain de Supernatural, un vrai cachet pour la série. Le huis clos mis en place devient vite oppressant à souhait, Kim Manners dans ses œuvres. Mais No Exit demeure avant tout un grand cru Jo, la Miss dynamisant l'ensemble du récit par son allant, son naturel, son mélange de hardiesse et de manque d'expérience, et sa manière assez irrésistible d'empoisonner la vie de Dean. Alona Tal est vraiment épatante de bout en bout. L'épisode évite la démagogie, il est logique que Jo commette des erreurs lors de sa première chasse. Ellen n'est pas en reste, le silence glacial dans l'Impala est vraiment à se tordre, nos deux tueurs la ramenant nettement moins (choix musical hilarant de Cold as ice).

Anecdotes : 

  • L’épisode met en scène H.H. Holmes, souvent considéré comme le premier serial killer recensé de l’histoire américaine, pendu en 1896 à Philadelphie. Durant les années 1890, il tortura et tua plus de deux cents clients et employés de son hôtel de Chicago, principalement des femmes. Ouvert lors de l’Exposition universelle de 1893, le « Château des meurtres » est également resté fameux pour son architecture labyrinthique comportant nombre de chausse-trappes et de chambres sans fenêtres, conçue par Holmes comme l’univers de ses fantasmes. Holmes demeure présent dans la culture populaire américaine. En 2011, sa biographie romancée par Erik Larson rencontre un important succès (Le Diable dans la ville blanche). L’épisode comporte de nombreuses références au parcours de Holmes, notamment à la légende urbaine selon laquelle il serait également Jack l’Éventreur, son contemporain de Londres. Une photo de l’une de ses victimes représente en réalité l’une de celles de l’Anglais, Elizabeth Stride.

  • No exit est le titre anglais de Huis clos, la célèbre pièce de Jean-Paul Sartre (1944).

  • Quand Sam et Dean arrivent à Philadelphie, on entend Surrender de Cheap Trick. Lors du retour glacial dans l’Impala, on entend Cold as Ice de Foreigner.

  • Quand Sam demande quel est le nom de la jeune femme qui aurait été enlevée par un culte satanique, Dean répond « Katie Holmes », une référence à la Scientologie.

  • Sam apparaît en retrait dans l’épisode, Jared bénéficiait alors de temps libre pour finir de soigner son poignet cassé lors du tournage de Bloodlust (2.03).

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7. LA MAIN DE LA JUSTICE
(THE USUAL SUSPECTS)

Scénario : Cathryn Humphris
Réalisation : Mike Rohl

My name is Dean Winchester. I am Aquarius. I enjoy long walks on the beach and frisky women.

Résumé :

Quelques jours après l’assassinat de son père, Karen Giles meurt égorgée peu après avoir vu le fantôme d’une femme blonde. Dean, présent sur les lieux du crime, est arrêté pour meurtre. Sam est aussi interpellé, et interrogé par l’inspecteur Diana Ballard qui a beaucoup de mal à croire ses histoires surnaturelles. L’unique indice qu’ont les Winchester est un nom : « Dana Shulps ».

Monopoly version Supernatural : si vous êtes un Winchester, sautez la case prison.

La critique de Clément Diaz : 

Cathryn Humphris prend un risque en séparant les deux frères durant la quasi-totalité de l’épisode. Mais elle pare à la perte de dynamisme en montrant toutes les ressources (physiques, intellectuelles, intuitives…) qu’ils peuvent déployer chacun dos au mur. Le scénario assume un côté volontairement basique (mais un joli twist final est à prévoir), avec en plus un coupable évident, pour jouer sur d’amusants décalages et un aspect multi-référencé du récit jusqu’à la guest star du jour, dont le personnage est par ailleurs impeccablement dessiné, et digne d’enquêter aux côtés de nos héros.

L’épisode apparaît comme un hommage non seulement au film éponyme mais aussi à un épisode particulier des X-Files : Unusual Suspects, où les Bandits Solitaires doivent répondre aux questions d’un inspecteur pour s’être trouvés au mauvais endroit au mauvais moment (un pléonasme pour eux). Supernatural se voulant une série référencée sur le genre horreur, le guesting de Linda Blair-ta-mère-suce-des-bites-en-enfer est pour le coup assez ultime.

Dans cet épisode décidément très X-Files, elle semble agir comme un John Doggett : sceptique, dure, froide de surface, elle sait toutefois s’adapter à l’évolution des situations, et accepter à défaut de comprendre l’irruption du surnaturel. L’actrice a un excellent feeling avec Jared Padalecki, leur duo à la fois allié et antagoniste est le moteur de tout le récit. Loin d’être à la remorque, elle participe activement à l’action et apporte son efficacité de policière à l’enquête, faisant particulièrement mouche lors de la confrontation finale où coincée entre son devoir et ses sentiments personnels… elle jette ses derniers à la corbeille en trois secondes et tire dans le tas. Ça, c’est du personnage féminin comme on les aime dans la série ! Ses adieux aux bros sont par ailleurs assez poilants. Les autres références jouent avec le spectateur : outre Dana Scully euh pardon Dana Shelps répété et imprimé partout alla Shining, on retient le cadavre caché dans la mur, ce qui parlera aux amateurs d’Angel (Room with a view) et encore de X-Files (Release), à Buffy (un certain « Anthony Giles »), à La grande évasion - une scène assez énorme - voire… 200 dollars plus les frais !

Malgré que Dean risque sa tête, l’épisode maintient de plaisantes saveurs humoristiques : voir les frères tenter d’avaler leurs histoires surnaturelles à la police est plaisant, on aime aussi quand les flashbacks nous montrent le rigoureux inverse de ce que dit Sam à Ballard, un effet comique qui depuis La femme modèle marche systématiquement, ou lorsque les deux frères se servent de leur avocat uniquement comme messager sous-fifre. Dean balançant tous ses délires à un inspecteur cuit à point pour dégainer la boîte à mandales nous vaut la scène la plus hilarante. On reste admiratifs de la vivacité d’esprit dont font preuve les Winchester nonobstant leur séparation, pour s’en sortir et remonter tout le fil par une enquête simple mais bien conduite par la mise en scène très mobile de Mike Rohl. Un bon loner.

La critique d'Estuaire44 : 

On n’accroche pas vraiment à The usual suspects. D'abord Unusual suspects était un bien meilleur titre (souvenirs, souvenirs), et puis l'épisode cumule plusieurs faiblesses comme un esprit vengeur trop classique et assez faiblard comparé à d'autres, un coupable qu'il nous faut bien cinq secondes pour déterminer, genre il porterait une pancarte « Guilty » autour du cou, ce serait pareil, une relative fadeur de la mise en scène, ou une interprétation un peu en dessous des standards particulièrement élevés de Supernatural. Les vannes de Dean sont marrantes et cela fait plaisir de retrouver Linda Blair, mais l'épisode vaut surtout pour sa description des rapports entre Hunters et forces de l'ordre.

Être un Chasseur requiert décidément des talents très divers, et Sam excelle particulièrement dans ce jeu d'esquive. Une approche intéressante (super importante pour un JDR) mais que la série ne développera jamais tout à fait, les différents cops et agents ne demeurant jamais qu'une gêne passagère pour les Winchester, jamais une entrave réaliste. Et puis on sait bien quels sont les deux seuls Agents du Bureau capables de les coincer, mais ils ne sont pas dans le coup, dommage. Les représentants de l'ordre seront également moins marquants que monstres, anges, et démons, la plus intéressante demeurant la future shérif amie de Bobby avec celle de la saison 1 qui avait, déjà, laissé partir les deux frères. Un épisode essentiellement utilitaire, le supplément "cops" d'un Jeu de rôles  Supernatural.

Anecdotes : 

  • Le titre original est une référence au film Usual Suspects (1995). Sa structure narrative est la même que celle de l’épisode, procédant par flashbacks lors d’un interrogatoire.

  • Ballard est interprétée par Linda Blair, actrice cultissime chez les amateurs de films d’épouvante pour sa participation à L’Exorciste (1973). À la fin de l’épisode, Dean demande d'ailleurs à Sam si la shérif ne lui est pas familière et ajoute qu’il mangerait bien une soupe. Il s’agit de clins d’œil à L’Exorciste rajoutés à la dernière minute par l’équipe.

  • Dean déclare Well, all work and no play makes Jack a dull boy. Il s’agit d’une référence à la fameuse phrase répétée indéfiniment dans The Shining. Plus tard, Dean évoque également REDRUM. Le film de Kubrick demeure l’un des plus souvent référencés tout au long de Supernatural.

  • Sam s'enregistre à l'hôtel sous le nom de Jim Rockford, le nom du détective de la série The Rockford Files, connue en France sous le titre 200 dollars plus les frais.

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8. LE PACTE
(CROSSROAD BLUES)

Scénario : Sera Gamble
Réalisation : Steve Boyum

Secretary’s name is Carly, she is 23, she kayaks, and « they » are real…

Résumé :

Un architecte au talent fou qui connut une ascension fulgurante il y a 10 ans vient d’être retrouvé mort, le corps lacéré. Une doctoresse réputée qui atteignit rapidement la notoriété il y a également 10 ans subit le même sort. Leur point commun : ils étaient clients du Lloyd’s bar, situé au carrefour où le bluesman Robert Johnson aurait jadis conclu un pacte avec le diable. Sam et Dean tentent de protéger les survivants en sursis ayant cédé à la tentation diabolique, mais cela implique pour Dean de traverser une ordalie particulièrement douloureuse…

Dean : 1, Faust : 0

La critique de Clément Diaz :

Le mythe de Faust demeure vivace dans les séries et la littérature Fantastiques. La version de Supernatural s’en tient à un cadre classique, mais ne s’en montre pas moins puissante et éloquente. Sera Gamble, l’une des meilleures auteures de la série, va avoir l’intuition de délaisser son scénario pour se concentrer sur une galerie de portraits aussi riche que diverse, héros compris, ce qui lui permet de disserter brillamment sur la peur si humaine de manquer ses rêves, mais aussi sur le pouvoir écrasant de l’amour (sentimental ou familial). Les différentes rencontres se montrent passionnantes, scandées par ces scènes d’attaque qui pour être seulement suggérées, n’en sont pas moins effrayantes. L’épisode se voit couronné par une longue et captivante confrontation avec le démon, à la violence psychologique redoutable. Cette sombre épreuve déteint sur une coda à la gravité saisissante.

Gamble soigne notre duo central : Dean est un self-made-man, dont la persévérance (parfois obsessionnelle), le goût de l’épreuve, et une haine de soi masochiste transmutée en un ego démesuré semblent constituer les seuls moteurs l’animant. On voit donc cet être non apaisé, qui ne se voit qu‘au travers de son « travail», être volontiers persifleur envers les « faibles » qui tentent de se construire par la facilité, et ricanant lorsque l’addition leur tombe dessus. À cela, Sam répond par une compassion plus ouverte, comprenant et sympathisant davantage devant ces manifestations désespérées de la peur de l’échec – un mal qui pour être humain est de surcroît en plein cœur du mode de vie américain - En plus de ce distinguo, Gamble décrit des artistes rongés par l’angoisse de ne jamais se faire connaître ; cela est particulièrement poignant chez Darrow dont le détachement progressif du monde est moins spirituel que nihiliste, remâchant perpétuellement l’échec de sa vie et l’injustice amère d’un monde où talent n’est pas synonyme de succès. Le voir refuser l’aide des Winchester pour se jeter dans le châtiment promis restera comme un cas d’école vraiment étonnant dans la série ! Les différentes mises à mort sont une vraie orfèvrerie artistique alors même qu'elles restent suggérées, une performance. On note aussi de beaux flashbacks sur la campagne américaine des années 30 et son blues immortel. La réalisation de Steve Boyum distille un authentique sens de la terreur. L’acidité de Dean finit par se briser lors du cas Hudson, cas poignant de l’amour fou jusqu’à la damnation, un sacrifice ultime qui évidemment renvoie au cas John Winchester.

L’épisode trouve toute sa justification dans l’éprouvant mano a mano final avec le démon, un des plus splendidement intenses et dialogués de toute la série. Jensen Ackles trouve une partenaire de choix en la sublime Jeannette Sousa, campant un Mephistophélès absolument irrésistible ; on comprend mieux pourquoi les victimes n’ont pas réfléchi à deux fois ! L’actrice, aussi sensuelle que douée, use d’un jeu habilement emphatique pour retranscrire l’ambiance à la fois de confrontation et de séduction avec Dean (il n’y a que dans Supernatural où vous flirtez avec des démons de l’enfer). L’on assiste, angoissés, à l’effondrement progressif de l’assurance de Dean devant les coups de boutoir du démon le mettant face à sa culpabilité d’avoir causé non seulement la mort de son père, mais aussi sa damnation ; puis lui promettant de rééquilibrer la balance naturelle, ce que la culpabilité dévorante de Dean cherche à tout prix. Les dialogues sont tranchants comme des rasoirs, et ce sadisme raffiné est quasi insoutenable. Les éléments se déchaînant chez Hudson ne contribuent pas à détendre l’ambiance. L'épreuve est telle que la libération finale ne provoque le retour d’aucun soleil, et une fin sur un Dean pas du tout apaisé, au sombre mutisme. Un épisode optimisant au maximum toutes les potentialités de ce thème si riche et fascinant qu’est le pacte diabolique.

La critique d'Estuaire44 : 

Comme souvent dans Supernatural, Crossroads blues s’empare d’un classique du folklore, pour le dépoussiérer avec talent tout en veillant scrupuleusement à en conserver la quintessence. Les auteurs s’attaquent ici au pacte faustien, dont Yellow Eyes nous avait déjà donné un aperçu fort goûteux en début de saison. La séduisante, tentatrice, et vénéneuse Démone des Carrefours fait encore plus fort lors de scènes aux dialogues dorés à l’or fin. Elle est matoise, la garce… Toutefois, malgré un recours à une figure de l’histoire américaine, le bluesman maudit Robert Johnson, un procédé dont on raffole toujours, on pourra reprocher une certaine répétitivité au scénario.

Le récit s’en tient à une réitération, il s’agit principalement de découvrir à plusieurs reprises les Hellhounds (nouveaux venus eux aussi ; welcome, on vous déteste déjà) venir chercher leurs proies, inexorablement. Mais alors pour le coup on pénètre franchement dans l’horreur : les scènes ont un impact terrible, on oublie d’ailleurs totalement que les malheureux damnés y ont contribué. La confrontation entre la commerciale de choc (Crowley School of Business) est un joyau de duel d’intelligence. Surtout, l’épisode apporte sa pierre à sa saison où tout converge vers un final que l’on pressent déjà festif : on sent bien que Dean à tout juste résisté à la tentation pour John, alors avec la menace planant sur Sam, on voit venir l’affaire et cela fait froid dans le dos. Une superbe introduction pour Démons des Carrefours et Chiens de l’Enfer, appelés à connaître de grands lendemains dans la suite de la série.

Anecdotes :

  • L’épisode met en scène Robert Johnson, célèbre chanteur, guitariste, et compositeur de Blues des années 30 dont l’influence sera marquante sur l’ensemble de la musique américaine. Il décède en 1938 à l’âge de 27 ans et le scénario fait référence à la légende urbaine selon laquelle il aurait vendu son âme au Diable en échange du don de la musique. Le pacte aurait été effectivement signé sur un carrefour, au Mississippi, en 1930. Le titre reprend celui de l’un de ses succès, Cross Road Blues (1936), dont on entend l’unique enregistrement parvenu jusqu’à nous de Robert Johnson.

  • Le Démon des Carrefours de Johnson est interprété par Christie Laing qui jouera par la suite la Belle Marianne de Once upon a time et la Carly Diggle d’Arrow. Celui de Dean est joué par Jeannette Sousa, Carmen Martinez dans Meet the Browns.

  • Dean recherché par les Feds dit qu’il se sent comme Dillinger. John Dillinger fut un fameux gangster de la Grande Dépression, qui mourut lors d'un affrontement avec la police en 1934. Dillinger était parvenu jusqu'alors à se jouer des forces de l'ordre qui échouaient toujours à l'arrêter. Plus anecdotiquement, Dean ne connaît pas MySpace et semble amateur de la musique de Johnson.

  • La chanson Hellhound on My Trail, également de Robert Johnson, est également entendue lors du premier flashback, un clin d’œil aux monstre de l'épisode : les Hellhounds ou chiens de l'enfer. On entend Downhearted Blues de Son House quand les Winchester interrogent George. Quand Sam et Dean évoquent John, la radio de l’Impala joue Key to the highway, de Big Bill Broonzy. Quand Dean met la radio pour clore la discussion sur le Pacte, on entend Chaos surrounds you de Brian Tichy. Durant les images présentant les prochains épisodes, on entend Hair of the dog, de Nazareth.

  • Le Dr. Silvia Growman se cache au Baskerville Motel, une référence au classique de Conan Doyle et à son chien infernal.

  • Le Lloyd's Bar fait référence au film The Shining où le tenancier du bar spectral se nommait Lloyd.

  • La maison de Darrow est négativement comparée à « MTV Cribs », une émission de télé-réalité axée sur la découverte de propriétés détenues par de grandes stars.

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9. CROATOAN
(CROATOAN)

Épisode Mythologique

Scénario : John Shiban
Réalisation : Robert Singer

- Do you mind stepping out of the car for a minute ?
- Well, you are a handsome devil, but I don't swing that way, sorry.

Résumé :

Sam a la vision de Dean exécutant un jeune homme hurlant « il n’est pas en moi ». Arrivés dans le village où doit avoir lieu l’événement, Sam et Dean constatent que plusieurs personnes se mettent soudainement à devenir violents jusqu’au meurtre. Tout le village, aux issues barrées, est peu à peu atteint par ce contagieux « virus démoniaque ». Sam et Dean trouvent refuge dans le cabinet d’un médecin en compagnie d’autres rescapés. Mais le virus a déjà infecté l’un d’entre eux…

L'office de tourisme du village vous souhaite un long, éternel, séjour.

La critique de Clément Diaz : 

Épisode très TZ et très X-Files que Croatoan. Le lieu isolé où des forces obscures sont à l’œuvre rappelle Serling tandis que le huis-clos avec virus fantastique mortel rappelle irrésistiblement plusieurs grands épisodes de X-Files, notamment Projet arctique. L'on voit que John Shiban a voulu rendre hommage à la série où il a fait ses armes. La réussite de l'épisode doit toutefois davantage aux luttes intérieures de nos héros qu'au suspense du huis-clos, assez pré-fabriqué et à la mise en scène simplement correcte. De fait, on suit un chemin super bien balisé et prévisible, avec figures-types (l'excité du fusil, la victime sacrificielle, la scientifique impuissant, l'infecté cachant son jeu), relevé toutefois par quelques bons twists.

Cependant, on salue toujours cette volonté de la série de lier ses épisodes à l'histoire des États-Unis, ici une légende entourant une vieille colonie anglaise, ce qui lui donne toujours un cachet d'authenticité bienvenue. L'interprétation est au diapason, avec notamment une excellente composition de la très belle Kate Jennings Grant en médecin gardant la tête froide et au jeu ambigu. Le travail sur le décor du village où aucun être sensé passerait ne serait-ce qu'une nuit est à saluer.

Supernatural est une série sombre, mais cet épisode franchit un palier de plus car Shiban a l'heureuse idée de broder autour de la personnalité fiévreuse de Dean, axe central du récit. Se débattant contre une rage et un chagrin internes liés aux dernières paroles de John, Dean s'assimile de plus en plus à un ange exterminateur, particulièrement intense et violent lors de scènes d'exécution d'humains filmées dans toute leur crudité. Le voir enfermer son frère pour aller exécuter Duane se montre particulièrement effrayant. Jensen Ackles est monstrueux de talent dans cette inflexion ravagée du personnage. De fait, l'épisode semble totalement le déshumaniser jusqu'à même lui enlever le plaisir certes sadique, mais au moins familier, de ventiler les monstres. Face à un Dean semblant devenir pareil aux monstres qu'ils combattent, Sam ne peut opposer que des avertissements touchants par leur impuissance (mais Jared Padalecki tombe trop dans le surjeu). Une fenêtre s'ouvre lorsque Sam et Dean se retrouvent seuls et que ce dernier, dans un inouï retournement de veste, expose toute sa lassitude et sa douleur intolérable d'un "job" qu'il ne supporte plus.

Son quasi-suicide, étonnant acte d'amour, nous fait comprendre que Sam semble bien la dernière chose au monde qui l'empêche de se transformer en Terminator fatal. La relation entre les deux frères demeure bien le moteur solide de la série, et les variations autour de la dépendance de Dean à Sam, alors même qu'il est le plus "fort" des deux, compensent leur répétitivité par toujours plus d'intensité. Le twist final est un maître coup d'ironie où l'on entend dans le lointain le rire du Mastermind ravi d'avoir si bien manipulé nos héros - et le spectateur par la même occasion. Mine de rien, notre duo, pour la première fois, ne résout pas l'énigme, et doit admettre une inédite défaite accentuée par une coda douloureuse où l'on pressent qu'une intolérable tragédie va s'abattre.

La critique d'Estuaire44 : 

Comme on rigolait beaucoup trop dans la Saison de la Joie, Supernatural prend les mesures qui s’imposent et nous décoche un pur cauchemar. Croatoan s’avère un épisode particulièrement riche, entremêlant sur un tempo parfaitement orchestré différentes sources de paranoïa : petite village isolé à la Twilight Zone évidemment vite coupé du reste du monde, version locale des Profanateurs de Sépultures, une nouvelle fois un emprunt au folklore US avec ces villes vidées mystérieusement (genre King dans La Tempête du Siècle), l’idée démentielle du virus au sulfure démoniaque, etc. On pourrait craindre le surplus mais le scénario parient à coordonner le tout lors d’une implacable et continue hausse de pression alors que les mâchoires du piège se referment toujours davantage sur les Winchester.

Les seconds rôles sont criants de vérité et superbement interprétés, leurs morts successives n’a rien de mécanique, bien au contraire. On retrouve le fil rouge de la saison avec cette épée de Damoclès pesant en permanence sur Sam ici portée au paroxysme. C’est encore Super Dean, ici. La chute est finale est aussi inattendue qu’horrifique, un vrai coup de poing (et qui mine de rien pare à la seule faiblesse de l’intrigue, l’absence d’assaut sur le fortin). Et quand on croit en avoir fini, on a encore le cliffhanger de la mort qui tue avec la prochaine révélation du Grand Secret de John.

Anecdotes :

  • L’épisode fait allusion à ce qui est restée dans l’histoire américaine comme la Colonie perdue. Installés sur l’île de Roanoke au large de l’actuelle Caroline du Nord, ces colons anglais du XVIème siècle disparurent à l’arrivée d’un navire de ravitaillement en 1590 sans qu’aucune explication ne puisse en être trouvée. Il s’agissait du tout premier établissement anglais en Amérique du Nord. L’inexplicable mot Croatoan fut retrouvé gravé sur un poteau. Des fouilles archéologiques se poursuivent actuellement afin de pouvoir trancher parmi les nombreuses hypothèses existant.

  • L'on apprend que John Winchester était dans les Corps, compagnie Echo 2-1.

  • Se présentant comme des Marshals, les deux frères utilisent les pseudonymes de Billy Gibbons et Frank Beard, deux membres de ZZ Top.

  • Le Dr. Lee indique que la ville la plus proche est Sidewinter, il s’agit également de la localité (fictive) située à proximité de l’hôtel de Shining. Dean confond School history et Schoolhouse rock : « Shot around the world, Bills become laws ». Creepy house, little too « Stepford » commente-t-il par ailleurs, faisant référence aux Femmes de Stepford, roman d'Ira Levin sur une communauté trop tranquille pour être honnête. Il y a également référence à The omega man, film de SF de 1971 avec Charlton Heston réalisé par Boris Sagal d'après une célèbre nouvelle de Richard Matheson : Je suis une légende à propos d'un homme se réveillant seul sur la Terre déserte. Le film culte La nuit des morts-vivants de Romero est aussi cité.

  • La marque du pack de bières de Dean est Larklair Tejas Dark Ale, une marque fictive.

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10. TRAQUÉ
(HUNTED)

 

Épisode Mythologique

Scénario : Raelle Tucker
Réalisation : Rachel Talalay

- Are you okay ?
- Am I okay ? I just helped you steal somme dead guy’s confidential psych files… I’m awesome !

Résumé :

Dean révèle à Sam que les dernières paroles de leur père étaient qu’il devait trouver un moyen de contrer le plan du démon aux yeux jaunes qui est d’élever une armée de ténèbres dont Sam doit faire partie ! S’il devenait un monstre, Dean devrait le tuer. Sonné par cette révélation, Sam joue la fille de l’air et tombe sur une psychique qui lui prédit qu’il mourra assassiné par une bombe après qu'elle ait rêvé de lui ! Peu de temps après, Dean est kidnappé par une vieille connaissance…

Le retour du psycho...

La critique de Clément Diaz : 

 

L’épisode vaut essentiellement par la foudroyante révélation suivant le cliffhanger de l’épisode précédent, avec Sam confronté à un destin horrible qui semble inévitable. Deux changements sont à prévoir dans la donne de l’histoire : une relation entre les Weuh désormais pesant sous le poids du fatum promis à Sam, et une traque des chasseurs contre les psychiques, Sam inclus, pour contrer le masterplan du Démon. Cela promet beaucoup, mais l’épisode ne fait qu’exposer cette thématique. Ce qui prendrait dix minutes s’étale sur toute la durée de l’épisode. Malgré le retour de Gordon, l’épisode ressasse encore et encore la situation jusqu’à saturation, le suspense éventé du piège de Gordon n’aide pas. On retient toutefois un formidable premier acte et une coda glaçante où de sombres nuages commencent à s’amonceler.

Le scénario se montre d’abord astucieux en se penchant plus avant sur la population des psychiques, hommes et femmes ordinaires confrontés à un pouvoir qui les violente, les perturbe, les fait se considérer négativement. La cold open chez le psy se montre aussi frissonnante qu’émouvante par le calvaire enduré par Scott, tandis que panique et effroi sont le lot quotidien d’Ava. Malheureusement, le portrait trop peu travaillé de ce personnage féminin, contrairement à l’habitude de Supernatural, déçoit, malgré l’interprétation justement fébrile de Katharine Isabelle. Le duo avec Sam est également tué dans l’œuf par son évacuation trop preste de la scène pour laisser (trop grande) place à Gordon, le déséquilibre narratif saute aux yeux. Si on adore retrouver ce bon psychopathe qu’est Gordon, il ne fait que répéter son obstination à tuer Sam, tandis que Dean, ligoté sur une chaise, se contente de donner mollement le change par des protestations tournant en boucle. Le suspense de la bombe ne marche clairement pas depuis qu’Ava a pu prévenir Sam, mais on apprécie le bon tour final, mélange imparable de stratégie et d’opération suicide, c’est de plus franchement drôle.

Le corps de l’épisode n’étant constitué que du duo Sam-Ava et Dean-Gordon, tous deux tombant à l’eau, demeure une impression de vacuité. Consacrer tout un épisode à une seule révélation est une erreur malgré quelques bonnes scènes comme Dean pensant que Sam a « emballé » Ava, Dean sautant sur Gordon, la choquante première scène, et bien sûr la dispute initiale où Dean et Sam, abattus par la révélation de papounet, se déchirent inexorablement. Soudainement, nous avons une vision de l’esprit de Dean, totalement angoissé et dévasté par la perspective de devoir tuer non seulement la personne qu’il aime le plus au monde, mais aussi son dernier rempart face à la tentation de sombrer dans les ténèbres. Sam, assommé, n’arrive qu’à se défouler contre son frérot qui peut à peine répondre. S’il l’accable injustement, on peut difficilement le condamner car sa réaction est tristement rationnelle. Promis à un sombre destin, Sam ne peut que clamer sa rage et sa révolte sur la seule personne autour de lui : Dean. Ce duel électrique est véritablement le point d’orgue d’un épisode insuffisant par ailleurs. On retient pour finir la coda sanglante où un froid glacial envahit l’écran ; le compte à rebours est lancé pour Sam…

La critique d'Estuaire44 : 

   

Dans la continuité immédiate du précédent, Hunted débute par la scène magistrale, très à la tragédie grecque, où Dean lâche le morceau. Le décor naturel est superbe, à la sérénité mettant en valeur la terrible violence de l'échange. Le duo traverse une terrible crise (on n’aime pas la réaction de Sam, assez nombriliste) ce qui rend crédible la scène suivante où celui-ci s'en va, le conduisant à sa perte. Une belle habileté, qui reste d'ailleurs la marque de cet épisode remarquablement écrit et soulignant à quel point cette saison 2 se construit de manière cohérente et dense. Le personnage d'Ava est ainsi introduit sous une forme particulièrement sympathique, ce qui nous promet un beau twist lors du final, que sa disparition met déjà en place.

Gordon se montre également passionnant car il vient nous rappeler la vraie nature des Chasseurs dissimulée par l'affection portée aux héros : des tueurs paranos et impitoyables, même si (le plus souvent…), pour la bonne cause. Évidemment, chez lui, c'est porté au paroxysme, mais est-ce si différent chez nos amis ? Son acteur restitue parfaitement le côté psychopathe de l’individu durant la très éprouvante veillée d'armes en compagnie de Dean (percutants dialogues là aussi). Hunted constitue un excellent épisode mythologique, jouant admirablement du grand sujet de la saison, la relation fusionnelle et tourmentée des deux frères. Les Winchester se retrouvent après la crise et peuvent dès lors retrouver logiquement retrouver une certaine routine lors des prochains opus, en attendant le mano à mano face à Azazel.

Anecdotes :

  • Exceptionnellement, cet épisode se déroule immédiatement après le suivant alors même qu’il ne s’agit pas d’un double épisode.

  • Raelle Tucker construisit le personnage d’Ava sur le modèle de sa meilleure amie quand elle était enfant.

  • Durant l’introduction, on entend White rabbit de Jefferson Airplane. Quand Sam parle à Ellen à la Roadhouse, on entend Lonesome stranger de Carey Bell. Quand Ash donne les résultats de sa recherche à Sam, on entend Supermassive black hole de Muse.

  • Dean utilise le code « Funky Town » pour indiquer qu’il est en difficulté. Funky Town est le titre d’une chanson de 1980 des Lipps Inc, l’un des tous derniers tubes de l’époque Disco.

  • L'épisode fait aussi référence à T.J.Hooker, héros de la série policière éponyme incarné par William Shatner (1982-1986).

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11. MAGGIE ET ROSE
(PLAYTHINGS)

Scénario : Matt Witten
Réalisation : Charles Beeson

- The most troubling question is why these people assume we’re gay ?
- Well, you’re kind of butch. I think you’re overcompensating.

Résumé :

Susan Thompson doit se résigner à vendre l’hôtel familial. Bizarrement, les deux possibles repreneurs meurent accidentellement dans l’hôtel : à chaque fois, une des poupées de la maison est retrouvée dans la même position que la victime. Sam et Dean trouvent des inscriptions Hoodoo dans l’hôtel…

Chers clients, profitez de nos réductions sur nos maisons de poupées, réductions s'appliquant aussi à votre durée de vie, nous vous souhaitons de joyeuses fêtes.

La critique de Clément Diaz : 

  

Le scénario de Matt Witten mett du temps à décoller mais arrive pourtant à faire monter la tension progressivement tout en faisant perdre une à une les certitudes du spectateur. Plusieurs bons twists au cours de cet aventure, mais le dernier acte final déçoit par sa précipitation et son deus ex machina de dernière minute rendant caduc tous les efforts de nos héros. Heureusement, les auteurs peuvent toujours s’appuyer sur la fascinante relation entre les frérots qui à chaque épisode réussissent à être toujours plus ravagés, et surtout sur la maîtrise tout simplement époustouflante de l’équipe technique, vraiment au sommet de son art. Charles Beeson se montre supérieurement doué dans les cadrages, les décors, et les accessoires, et confirme que Supernatural est autant une série de réalisateurs que de scénaristes, un cas relativement rare à la télévision.

Witten reste sur un moule classique : poupées dont aucune petite fille sensée serrerait dans ses bras au moment de faire dodo, fillettes aussi monolithiques qu’effrayantes, un grenier où siège la clé de l’énigme, des objets qui bougent tout seuls pour trucider des pauvres types, un secret de famille… le catalogue est complet, mais est sublimé par la brillante réalisation de Beeson : grands plans larges couvrant la majesté des décors (le bar de l’hôtel !), contrastes tranchants avec de gros plans aux moments critiques, impressionnantes plongées et contre-plongées, petits plans-séquences délicats. Il faudrait aussi mentionner le montage extraordinairement varié d’Anthony Pinker qui impulse une grande vitalité à l’histoire. Si l’histoire ne semble pas décoller au premier abord, l’angoisse étend son grand manteau d’ombre par le jeu des fausses pistes, bien malin celui qui aura prévu l’effarant twist central ! Le suspense monte dangereusement jusqu’à un final qui bien qu’en demi-teinte, se clôt sur un troublant épilogue baigné d’une lumière irréelle. Annie Wersching manifeste son talent coutumier à exprimer énormément de sentiments avec un jeu très intérieur tout en subtilité : le secret de son jeu électrique qui fera tant merveille dans 24 heures chrono. Si Matreya Fedor est très bonne, c’est surtout l’interprétation formidablement effrayante de Conchita Campbell en petite fille capricieuse qui déchaîne l’enthousiasme. À aucun moment la jeune actrice est prise en défaut, manifestant toute sa compréhension de la perversité égoïste de son personnage. Même nos bros demeureront impuissants à lui rendre le monnaie de sa pièce, d’où un tenace malaise à la fin.

Justement, chez les Weuh, on est solidaires : dès qu’un des frères commence à aller bien, c’est l’autre qui se charge de prendre le relais du dolorisme, de la dépression, de la culpabilité, etc. on attend toujours un épisode où les deux gars seront bien dans leurs jeans. Adonc, Sam, cassé par la terrible échéance qui le menace, gobe des mouches, vide tout le bar de la chambre, se flagelle (métaphoriquement)… devant un Dean de plus en plus babysitter. Cela passe par des dialogues percutants et des délires gay sur leur relation (une running joke de la série) - on retient le moment où Dean fait passer Sam pour un efféminé aux goûts girly, on rigoleuh - mais aussi de touchantes séquences comme les tentatives acharnées de Sam de reprendre le contrôle sur ses émotions ou cette déchirante scène où il supplie Dean de veiller sur lui. La terreur, la panique, de devenir un monstre de Sam, est très bien rendue par Jared Padalecki. Un bon épisode.

La critique d'Estuaire44 : 

  

Playthings se définit avant tout comme un lieu et une atmosphère. Le décor de l'hôtel s'avère absolument remarquable et d'excellent goût, admirablement mis en valeur par une mise en scène subtilement feutrée. Comme un morceau de vieille Angleterre tombé au beau milieu des colonies, les amateurs des Persuaders se croiront d'ailleurs dans Greensleeves ! On se régale d'autant que l'édifice sert de parfait écrin à un Fantastique lui aussi en rupture avec le ton yankee de Supernatural car très victorien : fantômes, poupées bien sinistres, parallèle entre leur maison et la réalité, un vieux thème déjà usité par de nombreuses séries mais parfaitement mis en scène ici. Du joli travail, d'autant que le récit exploite parfaitement le choc entre cette ambiance et les Winchester qui déboulent ici comme des chiens dans un jeu de quille.

On retrouve avec amusement avec la running joke de la relation gay supposée, comme dans toutes les saisons. L'histoire a l'habileté de demeurer classique, en accord avec l'atmosphère. Évidemment, avec ces deux sœurs, on a encore une mise en abîme des Bros cette saison, pourquoi pas. D'excellentes actrices viennent encore renforcer cet épisode que l'on peut aussi trouver très féminin, la Annie Wersching de 24h Chrono et la toujours marquante Conchita Campbell, géniale dans les 4400. Après le joyeux tableau de famille de la saison précédente, les étranges petites filles réussissent décidément bien à Supernatural, et Lilith n'est pas encore là ! Plusieurs excellents clins d'œil à Shining (rigoureusement inévitables) dont la mythique scène du bar.

Anecdotes :

  • Susan est interprétée par Annie Wersching, notamment connue pour les rôles de Renée Walker dans 24h chrono et de Lili Salvatore dans Vampire Diaries.

  • Maggie est interprétée par Conchita Campbell, qui incarna précédemment Maia, l’un des personnages centraux des 4400.

  • Dean surnomme Sam « Sasquatch », il s’agit en fait du surnom donné à Paladecki par Ackles dans la vraie vie.

  • Dean et Sam occupent la chambre 237, soit le même numéro que la chambre fatidique de l’hôtel de Shining. L’épisode comporte plusieurs références à ce film, comme la scène du bar ou les petites filles fantômes, mais aussi dans les dialogues. De même Dean fait une réflexion sur « Fred et Daphne », le couple plus ou moins central de Scooby-Doo. Dean semble d'ailleurs fantasmer sur Daphne, et il peut s'agir d'un clin-d’œil à Sarah Michelle Gellar qui l'incarna deux fois au cinéma, l'actrice étant surtout connue pour avoir interprété le rôle-titre de Buffy contre les vampires, grande influence de la série.

  • Quand Sam cherche Ava, on entend Voodoo Spell, de Michael Burks.

  • Jared a indiqué qu’il considérait la chambre des poupées comme l’un des décors les plus inquiétants de la série. Le producteur Cyrus Yavneh dit d'ailleurs que la grande maison de poupée de l’épisode construite spécialement pour l'épisode coûta 25000 $.

  • Une imposante tête de cerf orne l’intérieur de l’hôtel. Cet élément de décor est devenu une running joke de la série, apparaissant dans une dizaine d’épisodes.

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12. LE POLYMORPHE
(NIGHTSHIFTER)

Scénario : Ben Edlund
Réalisation : Phil Sgriccia

- You’re lead dog now, but you would just love my full cooperation.
- I don’t give a rat’s ass what you do. You can go get a doughnut and bang your wife for all I care.

Résumé :

Des vols sont commis par des employés modèles à Milwaukee, ils sont ensuite retrouvés morts chez eux. Sam et Dean font malgré eux équipe avec Ronald, un geek paranoïaque, pour retrouver le changeur de formes qui se prépare à voler une banque. Mais la situation dégénère et le trio est enfermé hermétiquement dans la banque avec un monstre qui ne cesse de changer de forme parmi les clients de la banque, et le SWAT et le FBI juste à côté les prenant pour des fous dangereux…

Un film de casse... mais version Supernatural.

La critique de Clément Diaz : 

Après plusieurs épisodes centrés sur la relation entre nos deux héros, on en revient à un épisode d’horreur pur. Commençant sur un ton plutôt léger, l’épisode se mue bientôt en une frénétique chasse au monstre en local clos appartenant aux meilleurs avatars du genre, rehaussé par la menace policière planant sur nos héros. Le contrepoint comique apporté par la guest star du jour s’avère goûteux au sein d’un épisode décidé à river le spectateur sur le banc du suspense.

Coup de cœur immédiat pour Ron qui perpétue après les Ghostfacers la figure bien connue du geek aussi passionné qu’allumé, aussi débile qu’involontairement efficace (à sa manière). Ben Edlund a l’ingénieuse idée d’exposer l’affaire par son intermédiaire, lors d’une tirade paranoïaque d’anthologie proprement hilarante devant les bros préparés à tout sauf à ce prodige (l’irruption du Cyberman dans Supernatural fait éclater à gorge déployée tous les Whovians). Sa chambre n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à l’allumé de Roswell des X-Files. En l’intégrant au cœur de l’action, qu’il dynamite à coup de bouffonneries continuelles, Ron insuffle une bienvenue énergie supplémentaire. L’humour ne manque pas entre Dean en agent du FBI prenant le numéro de téléphone d’une jolie fille par « patriotisme » ou Sam en mode man in black. Mais cette déferlante se brise lorsque se forge le huis clos. Dès lors, une tension galopante se développe : la caméra de Phil Sgriccia colle au plus près de l’action lors de ses courses-poursuites au sein de la banque plongée dans le noir, ponctuée par de fracassants électrochocs comme les apparitions toujours bien dégoûtantes des chairs liquéfiées, la sortie de scène de Ron saisissant le spectateur par surprise, ou le coup de poker final se résolvant en une électrisante bagarre (Georgia Craig et Jensen Ackles sont impressionnants de sauvagerie). La survenue des fédéraux est un coup de maître, car faisant naître une seconde menace à l’extérieur pour nos héros, semblant bien piégés dans une voie sans issue ; le dialogue entre Dean et Henriksen se montre tendu à souhait. Le sauvetage in extremis de nos amis ne libère que partiellement la tension tant l’on ressort éprouvé par cet épisode qui n’a cessé d’enrouler et dévider la pelote que l’histoire a fait avec nos nerfs.

La critique d'Estuaire44 : 

Autant les Vampires de Supernatural sont ternes, autant les Métamorphes dépotent toujours sévèrement comme Nightshifter vient nous le rappeler avec une percutante efficacité. Évidemment les The Thing-like sont courants dans les productions SF/fantastique (l’épisode Bank job de Sanctuary d'ailleurs ressemble beaucoup à l'épisode), mais celui-ci se situe vraiment dans le haut du panier pour l'intensité du huis clos, son tempo effréné, et sa mise en scène hyper stressante. Tout cela pulse méchamment, encore une longue nuit pour les Winchester après le siège de Croatoan. D'autant que ce métamorphe-là est encore plus vicieux et malin que son collègue de la saison 1. Entre humour et émotion, le vrai coup de cœur de l'épisode demeure Ronald dont la mort tristement réaliste nous cisaille, on ne voulait pas y croire. Le gag des Cybermen reste vraiment génial, dommage que le Docteur ne soit pas venu le sortir de là !

Par contre, l'épisode, après celui de Linda Blair, essaie très très fort de nous faire encore croire à la terrible menace policière avec un résultat assez moyen. De toutes manières, le tour de passe-passe enfantin utilisé par les deux frères pour s'échapper remet tout ça à sa juste place. On a l'impression que dorénavant les Winchester devront raser les murs : du pipeau. Les Winchester iront en prison quand ils le voudront et en sortiront pareil. Supernatural en fait trop ou pas assez sur l'impact des policiers sur la Chasse.

Anecdotes :

  • Jared ayant terminé sa convalescence, le poignet de Sam est désormais à l’air libre.

  • Le magazine montré par Ronald à Sam et Dean a un Cyberman (version 2005) de Doctor Who en couverture. Il s’agit du Fortean Times n°209 de mai 2006.

  • Dean surnomme Sam « Agent Johnson », adversaire de Néo dans la trilogie Matrix.

  • Les pseudonymes de Sam et Dean en tant qu’Agents du FBI sont Han Solo et Jack Ryan, deux célèbres rôles d’Harrison Ford.

  • Quand les deux frères regagnent l’Impala en fin d’épisode, on entend Renegade de Styx.

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13. ANGE OU DÉMON
(HOUSES OF THE HOLY)

Scénario : Sera Gamble
Réalisation : Kim Manners

- A Spongebob placemat instead of an altar cloth ?
- We'll just put it Spongebob side down.

Résumé :

Sam et Dean enquêtent sur des meurtres étranges : les assassins, des hommes et des femmes ordinaires à la dérive, disent avoir été « visités » par une lumière surnaturelle qui leur a incité à tuer des criminels qui ont échappé à la police. Malgré qu’ils soient emprisonnés, ils semblent maintenant tous baigner dans un état de rédemption sereine. Sam est convaincu qu’un ange les a visités, Dean penche pour un esprit vengeur. La situation se complique quand Sam est visité à son tour par la lumière…

Car telle est la volonté de Dieu : mates cet épisode.

La critique de Clément Diaz : 

Après Faith, Sera Gamble affirme à nouveau son intérêt pour le thème de la foi religieuse. Sans atteindre sa richesse, Houses of the holy développe de belles réflexions sur la justice et les motivations des hommes à adopter ou non le chemin de la foi. Malheureusement, le récit est des plus frustrants : insuffisant narrativement, absence de réel méchant, sans rythme et prévisible au plus haut point ; même le chevronné Kim Manners ne peut animer ce script, en fait pensé comme une respiration au sein de la course ténébreuse de la saison.

Les Winchester paraissent très vite en marge de l’affaire. Ils passent la moitié de l’épisode à fouiller chez les victimes, à parler avec des témoins sans que leur enquête n’avance en quoi que ce soit. Leur première action influençant les événements n’apparaît qu’à la 35e minute. Le sommet se voit atteint avec une séance de spiritisme pour Sam sans terreur ni suspense et une course de bagnoles (moyennement filmée) pour Dean : pour un « climax », on est loin du compte. De fait, leur enquête est sans conteste l’une des plus faibles de la série.

L’épisode vaut en fait pour la poursuite de la réflexion religieuse entamée dans Faith. Nous constatons qu’aucun des deux frères ne parvient à vivre leur croyance de manière saine. Sam est croyant, mais sa foi n’est guidée que par la peur, celle de tomber dans la folie tendue par les ténèbres qu’il combat chaque jour. Ne pouvant avoir pleinement confiance en Dean pour le sauver de son horrible destin, il renforce sa foi artificiellement, en espérant qu’un pouvoir supérieur veille sur lui comme un ange (Castiel se marre en coulisses). L’on n’est pas loin de l’analyse Freudienne des religions où l’homme invente Dieu comme substitution d’un pouvoir protecteur qui serait plus fiable qu’un père terrestre faillible. Parallèlement, traumatisé par le mensonge involontaire de sa mère, Dean fait de son athéisme moins une conviction qu’un bouclier désespéré contre la laideur du monde. Ayant vu tant d’horreurs, il ne peut croire en d’invisibles beautés, et demande des preuves que seuls ses yeux pourraient juger comme recevables. Ne jouissant d’aucune spiritualité qu’il ne compense pas par des valeurs morales puissantes, mais seulement par devoir familial et par vengeance (de sa mère), sa vie est condamnée à l’amertume perpétuelle, sans espoir ni joie sincères. Aussi la coda où chacun fend l’armure est-elle très émotionnelle, avec en plus le jeu très sensible des comédiens.

Gamble parle aussi de « justice divine ». Elle reste fidèle en une vision d’un Dieu qui n’est pas juge. Elle peut s’appuyer sur la magnifique figure du Père Reynolds qui, s’il demande l’aide de Dieu, ne souhaite pas une rétribution selon la loi du Talion, car cela violerait le libre-arbitre des hommes : automatiquement punis par Dieu, nos choix humains deviendraient alors forcés, car nous n’agirions plus que par peur. Implicitement, Reynolds demande à ce que les coupables tombent dans leurs propres pièges que leur déviance a construits. Gregory compose une intéressante figure de fanatique, persuadé d’agir au nom de Dieu, et cherchant à être utile au-delà de la mort en se prenant pour un ange exterminateur (la métaphore de l’extrémisme religieux se voit sans peine). Le voir réaliser l’étendue de son erreur et accepter la rédemption s’avère très émouvant. La mort très Destination Finale du psychopathe est un moment d’humour macabre très réjouissant. Il ne manquait à cet épisode qu’une histoire plus prenante pour rejoindre les sommets d’une série qui sait s’épanouir autant dans l’horreur que dans les réflexions sur l’humanité et sa part divine.

La critique d'Estuaire44 : 

Revoir cette saison 2 offre de nouvelles perspectives que lors d'une première diffusion, on apprécie ainsi davantage toute la convergence savamment organisée vers le grand final. Mais cet aspect connaît un summum lors de Houses of the Holy avec évidemment un première évocation des Anges qui prendront tant d'importance par la suite. Toute l'incrédulité de Dean devient ainsi très divertissante, de même que l'espoir de salut de Sam apparaît vite particulièrement émouvant quand on sait ce qui l'attend.

Le meilleur réside dans la représentation dans toute leur pompe et leur gloire de Michel (L'Archange du Premier Rayon, le Chef des Milices Célestes...) et de Raphaël (Le Seigneur de l'Air, le Prince des Séraphins...). C’est absolument ironique quand on songe à quoi ils ressembleront une fois descendus de leur tableau. Le coup de la mort du pervers s'inspirant de la Lance de Michel est également bien vu, on se demande si le jovial et débonnaire Michel n'est pas déjà sur place, en fait. Coucou, Michel.

Pour le reste, le récit introduit des variations judicieuses au thème de l'esprit vengeur avec deux excellents acteurs comme invités du jour (comme d’habitude pour Supernatural). La scène où l'esprit comprend qu'il n'est pas un Ange est vraiment bouleversante. Travail de production tout à fait soigné avec de superbes décors, église, et objets d'art, mais aussi un de ces motels azimutés et si américains dont les artistes de la série ont le secret. Heureusement, l'accès de dévotion de Dean l'Incrédule ne durera pas, d'où un joyeux moment à l'arrivée du son protecteur ailé. Une très belle réussite, même si l'on pourra préférer la beauté funèbre et la profondeur du Metatron des X-Files. Tiens, on le verra aussi dans Supernatural, celui-ci.

 

Anecdotes :

  • La scénariste Sera Gamble indique avoir été inspirée par la Seconde élégie des Duino Elegies de Rainer Maria Rilke pour l’idée d’un ange ordonnant à des gens de tuer. Gamble crédite toutefois Ben Edlund comme celui ayant eu l’idée d’un prêtre décédé se prenant pour un ange.

  • Le titre original est celui d’un célèbre album de Led Zeppelin (1973). On y trouve l’un des principaux tubes du groupe, No quarter, et effectivement on voit Dean manquer de pièces de 25 cents pour le lit relaxant.

  • Sam révèle prier tous les jours.

  • Dean écoute sur son téléphone un autre titre de l’album, Kashmir. Toutefois, la chanson que nous entendons est Down on love de Jamie Dunlap. Quand la jeune femme est attaquée, on entend There's a good times a coming de Doug Stableton. À la fin de l’épisode, on entend Knockin' on Heaven's door de Bob Dylan.

  • Évoqués en cours d’épisode, les Archanges Michel et Raphaël interviendront ultérieurement dans la série.

  • Yup, Roma Downey made him do it déclare Dean. Il s'agit d’une référence à la série Les Anges du bonheur (1994-2003) où Roma Downey joue un Ange venu prêter assistance aux Humains.

  • Since when are you all Mr. 700 Club ? demande Dean. The 700 Club est une émission chrétienne très populaire aux USA, diffusée depuis 1966.

  • On note une référence à Dr.Seuss, affectueux surnom donné à Theodor Seuss Geitel (1904-1991), dessinateur-illustrateur australien qui écrivit beaucoup de livres et contes pour enfants, souvent caractérisés par la présence de rimes légères et pleines d’humour. Il fut une véritable icône en son temps dans le milieu des dessinateurs, et ses contes furent souvent adaptés au cinéma et à la télévision. David Addison de Clair de Lune déclare par exemple que ses facilités à improviser des rimes lui viennent de sa lecture.

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14. POSSÉDÉ
(BORN UNDER A BAD SIGN)

Épisode semi-mythologique

Scénario : Cathryn Humphris
Réalisation : John Miller Tobin (crédité comme « J. Miller Tobin »)

You checked in two days ago under the name Richard Sambora. I think the scariest part about this is that you’re a Bon Jovi fan.

Résumé :

Sam disparaît pendant une semaine. Lorsque Dean le retrouve dans une chambre d’hôtel, Sam est couvert de sang et ne se souvient de rien. Les deux frères tentent de remonter le parcours de Sam pour reconstituer le fil des événements. Sam se demande si le plan de « Yeux jaunes » à son égard n’a pas déjà commencé…

Sam met ses poings où il veut, et c'est souvent dans la gueule.

La critique de Clément Diaz : 

Cette version démoniaque de Very bad trip (la gueule de bois en moins, l’hémoglobine en plus) captive par la terrifiante métamorphose de Sam en serviteur des ténèbres. Cathryn Humphris exploite avec brio le thème toujours payant du héros tombé du côté obscur. Après un premier acte où la menace plane au-dessus des Winchester, elle fond en piqué sur eux pour provoquer de multiples affrontements rivalisant d’intensité jusqu’à déboucher sur un duel époustouflant de fureur.

L’allure faussement tranquille du premier acte ne trompe pas : la succession d’indices menant à une terrible vérité provoque un frisson permanent, pas seulement perceptible chez un Sam épouvanté par l’horrible conjecture, mais aussi chez Dean, touchant dans sa volonté de nier l’évidence jusqu’à ce qu’il y soit acculé.

Le désarroi des personnages touche immédiatement, lorsque le coup de poing terminant cette première partie fasse basculer le scénario dans un quasi thriller, avec Sam en homme à abattre et Dean en détective acharné, dans la grande tradition du film noir si chère au cinéma américain. Rien ne manque : bars poisseux, flingues, duels verbaux, jeux de dupes de chaque côté, jolie blonde en détresse (Jo !), et tempo effréné (on salue le sens du timing de J. Miller Robin, faisant encore plus monter la sauce). Un déferlement de scènes-chocs s’abat sur l’épisode : l’agression de Sam sur Jo, dérangeante par ses atours libidineux, Dean à la rescousse, la fusillade dans l’entrepôt et sa glaçante conclusion… l’interprétation de Jared Padalecki, d’une férocité inattendue, est le détonateur des bombes successivement assénées par les auteurs. Autant que sa violence, on apprécie beaucoup comment Sam, très Angelus ici, se sert des vérités les plus cruelles pour blesser ceux qui l’affrontent. Voir Dean se contenir pour éviter de tuer son frère malgré ses multiples demandes est d’un palpitant suspense, et touchant par sa détermination à le sauver envers et contre tout. Alona Tal est toujours ravissante, mais il est dommage que la tenancière de choc soit encore une fois en demoiselle en détresse, même si sa frustration d’une relation inaboutie avec un Dean qui a la tête ailleurs la rend émouvante.

Mais à ce bal terrifique, le roi de la soirée se prénomme bien Bobby Singer ! L’allié de nos héros, beaucoup trop discret, fait ici un retour sensationnel pour un final de furie où tous les compteurs du cardiomètre virent au rouge (le rebondissement du verrou de sang est une sacrée trouvaille !) : on retrouve le Bobby qu’on adore : roublard, inquiétant, aussi tordu que les démons qu’il combat, et pas vraiment partisan de la demi-mesure. La flamboyance du jeu de Jim Beaver est un vrai délice. Le twist final ne manquera pas de surprendre : comme Sam, le spectateur aura certainement sauté trop vite aux conclusions et ne peut qu’applaudir l’ingéniosité du script. C’est au terme de cette poursuite infernale que le spectateur respire en voyant les Weuh rire de bon cœur pendant qu’on retrouve cette image iconique de l’Impala s’éloignant dans le lointain dont on avait été privés quelque temps.

La critique d'Estuaire44 : 

Born under a bad sign parvient à créer un road movie caractérisé au sein d'une série qui en constitue elle-même un de taille gigantesque. Une jolie performance, où les deux Winchester, au lieu d’investir un lieu maudit, demeurent continuellement en mouvement, car le point zéro, cette fois, c'est Sammy. Le caractère original du récit est souligné dès l'introduction avec la révélation percutante de la disparition de Sam depuis une semaine. Tout est fait pour que l'on croie que, oui ça y est, Sam est tombé dans le Côté obscur. Le récit n'y arrive pas tout à fait, on se doute bien qu'il y a un truc, quel qu'il soit, mais la tentative demeure brillamment menée avec conviction et imagination. On va sans aussi loin qu'il est possible d'aller sur ce terrain avec l'exécution d’un Chasseur et une enquête post-amnésie assez à la Hitchcock.

Le scénario bascule juste à temps avant que cela ne devienne assez artificiel, devenant dès lors un passionnant duel. Excellente idée de retrouver Jo, toujours incarnée avec sensibilité par la craquante Alona Tal. Toute la scène avec « Sammy » est éprouvante, c'est absolument horrible. Nous disons au revoir encore une fois à l’épatante Jo (Dean aussi), mais elle reviendra ; Supernatural restera jusqu’au bout une série adorant les call-backs de personnages secondaires. J'aimais déjà beaucoup Bobby, mais c'est bien lors de cette épisode que le vieux parano est devenu une de mes idoles sur la série, le coup de la bière à l'eau bénite c'est juste énorme. Go Bobby ! Un exorcisme bien goûteux vient conclure dans l'allégresse cette balade bonne pour le teint, d'autant que l'on retrouve cette bonne vieille Meg (les call backs, encore et toujours), sympa comme idée même si pas vraiment nécessaire. Une diablesse grand train, cela fait chaud au cœur de la savoir toujours en piste.

Anecdotes :  

  • Le titre original reprend celui d’une chanson R&B d’Albert King (1967) également connue pour sa reprise par Cream. Elle est devenue un standard entonné par de nombreux artistes.

  • Le coup de poing que Dean assène à Sam à la fin de l’épisode ne figurait pas dans le script initial ; c’est une idée de Jensen Ackles. Sam s’est inscrit au motel sous le nom de Richard Sambora, en fait le guitariste des Bon Jovi.

  • Quand « Sam » entre dans le bar de Jo, on entend Ashes to ashes de Tarbox Ramblers. Quand il lui parle après l’avoir ligotée, on entend The Crystal Ship de The Doors. À la fin de l’épisode, on entend Back on the road again de REO Speedwagon.

  • Either this guy's a Unabomber suppose Dean quand la dépouille du Chasseur est découverte. Il s’agit du surnom de Theodore Kaczynski, qui durant près de 20 ans envoya des colis piégés à des personnes censées représenter l’emprise de la technologie dans nos vies ; cela occasionna trois morts et de nombreuses blessures. Il fut arrêté en 1996 après ce qui demeure la chasse à l’homme la plus onéreuse menée par le FBI, et fut condamné à la prison à vie.

  • Les cigarettes retrouvées dans la voiture sont de la marque Silver Spur, le nom d'un ranch qui commercialise des produits en tous genres. Dean dit que Sam ne fume pas des menthols.

  • Sam a bu un « 40 » à la station-service, abréviation de 40oz malt liquor.

  • Le vendeur, énervé, demande s’il parle urdu. Le urdu ou ourdou est une langue indo-iranienne et est la langue officielle du Pakistan, également parlé au nord de l’Inde.

  • Running joke : La chambre de Sam à l'hôtel est de nouveau la 237.

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15. FRÈRES ENNEMIS
(TALL TALES)

Scénario : John Shiban
Réalisation : Bradford May

- Dean, did you touch my computer ?
- Uh, no.
- Eh, well, then why is it frozen at "bustyasianbeauties.com" ?

Résumé :

Des événements aussi bizarres que mortels se produisent dans un campus universitaire. Sam et Dean ne cessant de se disputer depuis qu’ils enquêtent sur cette affaire, ils décident de faire appel à Bobby pour les aider ; mais même ce dernier semble stupéfié du récit de leur enquête qui ne cesse d’être de plus en plus débile…

Le méchant le plus hilarant de la série.

La critique de Clément Diaz : 

Cette grosse plaisanterie que constitue Tall Tales sert de pause au concours des scénaristes consistant à savoir lequel réussira à plus plonger dans la merde nos pauvres bros. Plus de problèmes existentiels, de monstres terrifiants, mais par contre un véritable festival d’humour parodique et de gore juteux. John Shiban rend clairement hommage aux X-Files, série sur lequel il a travaillé 8 années, et plus particulièrement à ses deux grands auteurs comiques : Darin Morgan et Vince Gilligan. Du premier, il reprend un humour dément couplé de gore tonique ; du second, il reprend l’architecture solide des histoires et un goût assumé pour l’absurde. Shiban maîtrise à fond son sujet et réussit l’exploit de donner une version parodique de la série tout en restant fidèle à son univers. De fait, l’épisode est à la série ce que Jose Chung from outer space est aux X-Files : une véritable histoire horrifique dans l’ADN de la série submergée par un tsunami burlesque. Shiban reprend également le principe du mythique épisode Bad Blood (écrit par Gilligan) avec nos deux frères ne cessant de démolir l’autre en proposant chacun leur version de l’histoire. L’épisode décolle définitivement avec l’apparition du Trickster, devenant dès maintenant le méchant (bien trop rare hélas) le plus gratiné et allumé de la série.

Autant les personnages que l’histoire se voient joyeusement ventilés façon puzzle : la relation si tourmentée entre les deux frères devient ici le prétexte à un concours infantile de qui pissera le plus loin avec Bobby-la-terreur en arbitre consterné (les mimiques dubitatives de Jim Beaver sont impayables). Totalement survoltés, Jared Padalecki et Jensen Ackles dégainent vannes et mauvaises farces à un rythme convulsif. Chacune de leurs versions de l’histoire sert moins d’exposé que de démolition en règle. Ainsi, pour Sam, Dean est un ivrogne contant fleurette aux filles les plus cruches de l’Amérique, accro à des sites montrant, disons, une vision rapprochée de la gynécologie féminine, et bouffant comme un porc. Dean réplique en dépeignant Sam comme un frustré qui a trois pois chiches en guise de cervelle, et inépuisable en matière de déclarations idiotes, tout en rappelant que lui, en revanche, est un charmeur de premier ordre qui ne lève que des bombes surintelligentes. Tout comme Gilligan naguère, l’adresse de Shiban est de prendre des traits véritables de la personnalité de ses héros mais en les grossissant en les faisant passer sous le filtre partial de l’autre. Même l’émouvante réconciliation apparaît comme une dernière blague.

Quant à l’histoire, elle est presque impossible à raconter à cause de l’avalanche d’absurdités sur laquelle bute notre trio. On regrette vraiment que Shiban n’ait quasiment jamais écrit de comédie dans les X-Files quand on voit ce qu’il nous assène : témoins en roue libre, riche galerie de jolies filles en folie caricaturant les bimbos, loufoquerie saignante des événements (Darin Morgan se serait prosterné devant le slow romantique de l’alien). Cela ne cache pas une vraie histoire, solidement écrite, au whodunit et modus operandi plaisamment étudiés, et à un vrai suspense lorsque le Trickster tombe le masque. L’interprétation déphasée de Richard Speight Jr. est-ce qu’il fallait pour achever la réussite de cet épisode : arrogant, hédoniste, moins ange du mal qu’ange du chaos, s’amusant comme un sale gosse de ses pièges aussi mortels qu’hilarants, il est aussi un vilain raffiné, chevaleresque, généreux, démesuré, et semblant vraiment aimer nos frères malgré qu’ils soient ennemis. Le grand affrontement final avec bimbos en petite tenue championnes de karaté et Frankenstein à tronçonneuse se montre aussi hilarant que stressant. L’épisode s’achève sur la promesse du retour prochain de cet adversaire jouissif. Si quelqu’un a la vidéo du brainstorming de la writers’ room pour cet épisode, on est preneur. Cette parenthèse fait du bien alors que la saison va reprendre ses histoires bien dark et bien sadiques comme on les aime.

La critique d'Estuaire44 : 

Et le miracle Tall Tales survint : au sein d’une saison marquée par la marche à l’abîme et nombre d’histoires particulièrement sombres, voici que déboule un épisode décalé absolument hilarant à contre-courant. Cela susciterait déjà l’intérêt en soi, mais le récit va développer deux veines comiques absolument irrésistibles. La guéguerre entre les deux frères permet de joyeuses caricatures, d’autant que la complicité des deux comédiens dynamise réellement l’ensemble. On les sent vraiment ravis de sortir de la teinte fuligineuse coutumière. Pendant ce temps, Bobby est plus Bobby que jamais, on s’en régale. Certes le procédé de double narration antagoniste n’est pas original, il s’agit d’un décalque de ce que les X-Files avaient réalisé dans Bad Blood, mais la drôlerie des deux opus paraît équivalente (mention spéciale au numéro de sensibilité pleurnicharde de Sammy, Paladecki se défoule !).

L’autre pilier du succès de Tall Tales réside bien entendu dans la révélation du formidable Trickster, de son humour total bien à lui, de sa personnalité ambivalente, et de son effarante capacité à faire basculer l’univers dans un absurde toujours imaginatif et surprenant. Le personnage crève déjà l’écran ici, mais on devine bien que l’on ne tient ici que les prémisses d’un filon en or massif, et, de fait, les apparitions suivantes de l’Embrouilleur frapperont sans cesse plus fort, un prodige. On appréciera le savoureux clin d'œil aux aliens des X-Files, bien avant la saison 6, ainsi que le numéro irrésistible de Richard Speight qui a à l’évidence tout compris d’emblée au Trickster.

Anecdotes :

  • Richard Speight, Jr. réalise ici sa première apparition dans le rôle du Trickster. Toujours très populaire dans les conventions Supernatural, il est également connu pour ses participations à Band of Brothers et Jericho. Il est également un réalisateur de publicités en vue. Il a d'ailleurs dirigé un épisode de la série (Just my imagination, 11-08).

  • L’épisode marque l’apparition du site imaginaire bustyasianbeauties.com. Il va devenir une running joke de la série, Dean y demeurant très attaché.

  • Au début de l’épisode, on entend Walk away de The James Gang. Quand Sam raconte sa version de la scène du bar, on entend Next to you de Junk Food. Quand Dean raconte la sienne, on entend Brenda and me de The Rhythm Machine. Lors du slow avec l’Alien, on entend Lady in red de Chris DeBurgh (possiblement un clin d’œil à Scully). Quand Dean découvre les deux jolies complices du Trickster, on entend Can't get enough of your love, Baby de Barry White.

  • Les citations de Loki et d’Anansi sont des références au roman American Gods de Neil Gaiman (2001) dont Kripke a toujours indiqué être un grand fan, et qui constitue une inspiration majeure pour les divers dieux païens rencontrés par Sam et Dean.

  • Le fameux tabloïd Weekly World News, réputé depuis 1979 pour ses histoires totalement délirantes – ou plus professionnellement « non diffusées sur les autres médias » – est apprécié par le Trickster et lu par les Winchester. En retour, le magazine imaginera de « véritables » interviews de Sam et Dean, avec des images de la série comme photographies ! Paul Kupperberg, rédacteur-en-chef de l’époque, collabora dans cet épisode avec la production pour construire des unes et des pages dans le style véritable du journal pour plus d’authenticité. Diffusé en février 2007, ce fut très peu de temps avant la fermeture de cet iconique journal. Il renaquit toutefois en 2009 sur Internet.

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16. LE TEMPS DES ADIEUX
(ROADKILL)

Scénario : Raelle Tucker
Réalisation : Charles Beeson

You're like a walking encyclopedia of weirdness.

Résumé :

Autoroute 41. Nuit. L’esprit de Jonah Greeley fait dérailler la voiture de David et Molly McNamara qui devaient féter leur anniversaire de mariage. Ils percutent un arbre. Quand Molly se réveille, David a disparu. Revenant sur la route, elle croise Sam et Dean qui arrivent pour détruire cet esprit tuant ceux qui traversent cette route. Voulant retrouver son mari, Molly s’associe à eux, mais les Winchester lui ont-ils bien tout dit ?…

Vous ne savez pas quoi offrir à votre femme ? Offrez-lui une nuit mémorable avec Winchester & Co. avec des méchants esprits en comité d'accueil. Attention, nous déclinons toute responsabilité en cas de mort bien gore.

La critique de Clément Diaz : 

L’épisode reprend le thème de la tierce personne dont l’univers percute celui des héros, ce qui permet un renouvellement des codes de la série et un suspense supplémentaire. Mais Roadkill pousse le mimétisme jusqu’à le filmer quasi exclusivement du point de vue de cette personne (on songe au Hungry des X-Files), les Winchester étant repoussés au second plan. Un acteur à la présence électrique était indispensable pour légitimer ce renversement de perspectives, c’est chose faite grâce à la magnifique Tricia Helfer qui entre deux duplications de Cylons s’invite dans la série le temps de cette chasse trépidante contre un esprit vengeur, animée par la flamme de l’espoir et de l’amour pour son mari qui la pousse à risquer sa vie. Ce magnifique récit d’horreur et d’amour, aux prétentions philosophiques, est aussi effrayant que poignant, se résolvant sur un explosif twist final certes pas inédit, mais dont la puissance est telle qu’il nécessite de revoir une deuxième fois cet épisode pour voir à quel point la géniale Raelle Tucker a réussi à faire tourner la tête des spectateurs dans la mauvaise direction. Moins qu’un brillant outil scénaristique (comme Croatoan), le twist déverse toute l’émotion alors contenue jusqu’ici dans une déchirante coda.

Les figures féminines de Supernatural sont souvent des personnalités couillues, énergiques, maximalistes dans la lumière comme dans les ténèbres (surtout dans les ténèbres), mais parfois, comme la Leyla de Faith, elles existent par l’émotion qu’elles font naître. Lorsqu’elle bascule du réel au surnaturel, Molly se bat alors contre sa terreur en invoquant l’amour conjugal qui la lie à David, et accompagne les Winchester. Ce combat permanent émeut sans problème ; dans l’imaginaire collectif, l’amour est (et devrait toujours être) vu comme une force détruisant toute peur - comme l’amour fraternel de Sam et Dean reste leur plus grande arme, même s’ils ne l’expriment jamais directement ; le parallélisme est d’ailleurs clairement évident. Tout au long de l’épisode, Molly est aussi révélateur de leur humanité : Sam s’épanche sur son incertitude quant à la place après la mort d’esprits bons à l’origine, mais rendus maléfiques par la folie de ne jamais trouver la rédemption, alors que Dean, malgré ses airs de dur-à-cuire, fêle progressivement sa vision encore bichrome du bien et du mal à son contact. Ces thématiques philosophiques auraient toutefois pu être plus poussées, mais on comprend que les scénaristes aient préféré se concentrer sur l’histoire. Le tempo volontairement ralenti permet au décidément génial Charles Beeson de déchaîner toute la panoplie du genre : esprit répugnant, maisons monstrueuses, forêt pluvieuse et ténébreuse, gros jets de sang… avec une efficacité optimale. Cet épisode d’atmosphère presque intimiste fait frissonner de bout en bout. Tricia Helfer incarne un des plus beaux personnages de la série, d’une vibrante sensibilité : le provisoire trio de l’épisode n’a ainsi rien d’artificiel.

C’est à l’aune de son rebondissement final que l’on voit que l’épisode est comme une sorte de roman policier : on se frappe la tête en voyant le train d’indices qui nous est passé sous le nez. Même si les plus intelligents peuvent l’avoir deviné, le moment où l’épisode opère une foudroyante bascule, passant du point de vue de Molly à celui de Sam et Dean, est à couper le souffle, nous rendant solidaires du calvaire tragique et perpétuel de l’esprit. La mélancolique coda se déroule sous une aurore sonnant comme une délivrance (quelle photographie !). Le déchirement de l’esprit à accepter enfin sa résilience est beau à en pleurer. Cette fin douce-amère est une des plus belles de la série.

La critique d'Estuaire44 : 


Roadkill nous raconte avant tout un superbe drame amoureux, prouvant que, oui, il est possible d’associer romantique et Fantastique sans sombrer dans le nunuche. Son grand atout demeure la bouleversante émotion apportée de celle qui restera sans nul doute l’une des guests les plus marquantes de la saison 2, la très belle et talentueuse Tricia Helfer, aux antipodes de la Numéro Six de Battlestar Galactica ! Le courant passe très bien avec des frères Winchester (et leurs interprètes), qui s’évertuent à cacher le grand secret (il est aussi très intéressant de revoir l’épisode en sachant la vérité, pour apprécier leurs postures). Le récit confirme une intéressante propension de cette saison 2 à proposer des antagonistes entre ombre et lumière, moins manichéens qu’à l’ordinaire dans Supernatural, après ce Trickster que l’on ne peut s’empêcher de trouver sympathique ou l’émouvant Lycanthrope de l’opus suivant, sans parler du final.

Le versant fantastique horrifique de l’histoire est également bien rendu, avec une de ces longues nuits dans la forêt canadienne comme on l’aime. La mise en scène demeure décidément l’un des atouts maîtres du programme. On avouera que l’Impala nous semble encore plus sublime quand on l’admire de nuit. L’esprit fou est abominable à souhait. Même si l’on a à peu près deviné l’histoire (on ne s’attarde pas dans la Quatrième Dimension sans mémoriser certaines astuces, d’autant que l’histoire résulte comme un mix malin d’After Hours et de Ring-a-ding girl), l’effort narratif apparaît particulièrement bien mené et la conclusion se montre des plus émouvantes. Pour la première fois, un esprit s’en sort vers le haut, il ne sera pas le dernier cette saison. Une rencontre atypique et mémorable pour nos héros.

Anecdotes :

  • Cet épisode contient un très faible nombre de personnages : 6 (dont 1 muet).

  • À la fin de l’épisode, Dean surnomme Sam, « Haley Joel », en référence à Haley Joel Osment, l’acteur interprétant le jeune garçon du film Le Sixième Sens (1999), ce qui est une évidence après le twist final de l'épisode. Sam is getting a little J.Love Hewitt when it comes to things like this ironise Dean, référence à Ghost Whisperer et ses esprits torturés à sauver.

  • Molly est interprétée par Tricia Helfer, connue notamment pour le rôle du Cylon Numéro Six dans Battlestar Galactica (2004-2009). Elle est également une importante actrice de voix pour jeux vidéos (Mortal Kombat, Starcraft, Halo…).

  • Dans la voiture de Molly, puis dans l’Impala et chez le mari, on entend The house of the rising sun de The Animals. L'esprit partira effectivement au soleil levant.

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17. LES LOUPS-GAROUS
(HEART)

Scénario : Sera Gamble
Réalisation : Kim Manners

- You go after the creepy ex. I’m gonna hang here with the hot chick.
- Dude, why do you always get to hang with the girls ?
- Because I’m older.

Résumé :

Un avocat est retrouvé dépecé et le cœur arraché. Sam et Dean tentent de retrouver le loup-garou à l’origine de l’attaque. Ils s’intéressent à Madison, une femme harcelée par son ex et qui voyait d’un mauvais œil le rapprochement entre elle et l’avocat. Sam ne tarde pas à tomber amoureux de Madison…

Une histoire d'amour à rendre « à crocs »

La critique de Clément Diaz : 

Le Fantastique (et la Science-Fiction) a la qualité de pouvoir aborder sous le prisme du surnaturel n’importe quel genre narratif. Supernatural ose à cette occasion un genre d’une extrême difficulté : le mélodrame. Toute l’histoire « lycanthropique » paraît accessoire devant l’histoire d’amour se nouant entre Sam et Madison. Cependant, le pari ne résulte pas tout à fait réussi, le lien entre les deux protagonistes est amené d’une manière trop forcée. Cependant, la qualité des dialogues, la réalisation de Kim Manners, autant maître de l’horreur que des sentiments humains, le remarquable portrait de Madison incarnée par une sublime Emmanuelle Vaugier, et l’éclatante alchimie qu’elle instaure avec Jared Padalecki parviennent à susciter l’émotion et l’espérance d’une belle histoire, avant le fracas d’une coda considérée à juste titre comme une des plus tragiques de la série.

La belle série de cadavres plus ou moins sanguinolents (franchement, les fournisseurs de faux sang ont trouvé le tiroir-caisse) restera comme l’attraction horrifique du jour. L’évacuation immédiate des fausses pistes, le twist central plutôt classique, la contorsion scénaristique du loup-garou à tuer pour guérir ceux qui ont été mordus (même l’auteure ne semble pas y croire elle-même), l’inexplicable nuit tranquille, ou la non-utilisation de la méthode Oz - pour les fans de Buffy - témoignent du passage pas totalement assumé au second plan de l’enquête. L’étalement temporel piétine l’impetus de l’ensemble. Le coup de foudre Sam-Madison est un peu trop précipité, tandis que cette dernière se résigne trop rapidement à l’inévitable (comme Buffy dans Prophecy girl).

Heureusement, Sera Gamble fait montre une nouvelle fois de son talent inouï à dessiner des personnages marquants. Madison impressionne par sa lumineuse sympathie, sa triomphante féminité, sa volonté de sortir d’un sombre passé et de marcher vers un avenir plus brillant dont elle serait le seul artisan. Elle incarne une héroïne du quotidien, sûre d’elle-même. Emmanuelle Vaugier lui accorde une grâce et une chaleur folles, et l’on comprend qu’elle tourne totalement la tête du pauvre Sam, jusqu’à motiver ce dernier à s’opposer à Dean qui voudrait bien marcher sur ses plates-bandes (la partie de pierre-feuille-ciseaux est hilarante), chose qu’il n’avait rigoureusement jamais fait jusqu’ici. Mais Sam restant assez timide, c’est madame qui doit se taper tout le boulot, que ce soit par une exposition désopilante de sous-vêtements, une conversion aux soap operas (tiens, Dr.Sexy pointe déjà le bout de son nez ?), ou de pétillantes conversations. Le couple devient de plus en plus intense et leur rapprochement accroît sans cesse l’allégresse du spectateur, ravi de voir enfin Sam oser une histoire depuis Jessica (la Sarah de Provenance était plus une « rebound girl »), et il faut voir toute l’énergie déployée par Sam pour la sauver d’un horrible destin. Dean, plus ému qu’il veut le laisser paraître, se soumet même à ses ordres pour trouver une solution alternative, Madison chamboule décidément totalement les deux frères, pas seulement Sam ! Mais, syndrome Bonanza oblige, le spectateur devine au fond de lui-même la tragédie qui s’apprête à foudroyer les personnages. Cela rend la parenthèse de bonheur absolu (magnifique scène d’amour, rendue à la fois ardente et pudique par maestro Kim Manners) aussi sublime que douloureuse, comme pouvait l’être les retrouvailles Buffy-Angel dans I will remember you d’Angel. Les cinq dernières minutes de l’épisode atteignent des sommets d’émotion dévastatrice : les larmes coulent sans retenue, les dialogues atteignent une grande épure lyrique, les personnages vont jusqu’au bout de leurs sentiments paroxystiques, et les regrets éternels d’une histoire condamnée dès le début. Voir Dean à son tour verser une larme montre bien à quel point la situation devient intenable, avant le couperet final et le froid écran noir. De quoi aviver quelques regrets devant cet épisode inabouti tant ce puissant mélodrame, malgré ses défauts, reste en mémoire encore longtemps.

La critique d'Estuaire44 : 

Heart apparaît un peu trop classique et prévisible, on avait d’ailleurs eu un épisode très similaire dans Angel. On observe au passage qu’en sa saison 5, le Prince ténébreux de Los Angeles se montre en définitive plus conciliant et généreux avec Nina que les deux frères avec Madison, sans même parler de Buffy et Willow avec Oz à Sunnydale. Les frères Winchester ont un intéressant accès de faiblesse, mais, finalement, ils restent bien des équarrisseurs. À leur décharge, ils subissent la nature nomade de leur activité, ils ne disposent pas du support que représente la Bibliothèque de Giles (ou les locaux de Wolfram & Hart) pour gérer la Lycanthrope. On imagine mal le Bobby en nounou, d’autant que sa cave a bien d’autres emplois que de servir de garderie. Le mélo du jour souffre également de s’insérer dans un loner pur et dur, il semble du coup trop soudain pour ne pas résulter passablement artificiel. Oz avait bénéficié de davantage de temps et d’une forme feuilletonnante pour développer sa relation avec Willow.

On n’est guère surpris par les successives péripéties mélodramatiques, mais les à-côtés du récit sont réussis. Les scènes de lycanthropie se montrent performantes, avec d’impressionnants maquillages, tandis que la Lune se voit somptueusement filmée. La boucherie est également fidèle au rendez-vous des poètes. Le côté protecteur du frère aîné est bien mis en valeur, de même que la sensibilité de Sam. On remarque qu’il n’a décidément pas de chance avec les fiancées qui passent et trépassent, et Ruby n’est pas encore arrivée. On retiendra surtout la bouleversante composition de la sublime Emmanuelle Vaugier, une actrice que l’on adore. Si la nécessité de contracter le récit au sein d’un loner fait qu’elle accepte trop facilement de passer à l’abattoir ; grâce à son interprète, Madison parvient à s’affirmer comme un riche personnage à part entière, et non comme un simple prétexte lacrymal.

Anecdotes :

  • Madison est interprétée par Emmanuelle Vaugier, actrice québécoise connue notamment pour sa participation à Saw, Smallville (la fiancée de Luthor durant les premières saisons), ou Les Experts : Manhattan. Outre de nombreuses apparitions dans d’autres séries (la Morrigan de Lost Girl), elle joue régulièrement dans des productions indépendantes au cinéma.

  • Après Jessica dans le pilote, Madison devient la deuxième femme à subir le « Peen of Death », nom donné par les fans au grinçant running gag de la série voyant un certain nombre de femmes ayant eu au moins une relation sexuelle avec Sam à connaître un funeste destin.

  • Les pseudonymes de policiers pris par Sam et Dean sont Dante et Landis. Il s’agit de références à des réalisateurs de célèbres films de loup-garou : Joe Dante avec Hurlements (1981, avec Patrick Macnee), et John Landis avec Le loup-garou de Londres (1981).

  • Dans le commentaire audio du finale de la saison, Sera Gamble déclare que sa côte d'amour auprès des fans monte à chaque fois que ses scénarios font se déshabiller au moins un des deux acteurs du show, et qu'elle reçut notamment beaucoup de love letters après cet épisode où Sam a une scène d'amour ! Gamble admet malicieusement qu'elle n'est pas insensible au charme de Jared Padalecki.

  • Sam se découvre une passion pour les soaps !

  • Quand Dean est au club de strip tease, on entend Smoking gun de Kip Winger. Quand il chasse le loup garou, on entend Down on the street de The Stooges. Quand Sam et Madison passent la nuit ensemble, on entend Look at you de Screaming Trees. Lors de la scène finale, on entend Silent lucidity de Queensrÿche.

  • I'd say Kurt's looking more and more like our Cujo déclare Dean. Il s’agit d’un clin d’œil à une nouvelle de Stephen King mettant en scène un St-Bernard envahi par une folie homicide, adaptée au cinéma en 1983.

  • Le film regardé par Sam est le Western (original) 3h10 pour Yuma (1957).

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18. LE CHEF-D’ŒUVRE DE L’HORREUR
(HOLLYWOOD BABYLON)

Scénario : Ben Edlund
Réalisation : Philip Sgriccia

- Hey, we gotta go check out Joey Ramone's grave when we're done.
- You wanna dig him up too ?
- Bite your tongue, heathen !

Résumé :

Un meurtre vient d’être perpétré pendant la production d’un film d’horreur à Hollywood. Sam et Dean partent enquêter, soupçonnant qu’un esprit vengeur est à l’œuvre, mais l’ambiance surexcitée du plateau ne rend pas leur enquête facile…

Vous qui entrez dans le royaume des séries Z d'Hollywood, abandonnez tout espoir... de bon goût.

La critique de Clément Diaz : 

Cet épisode comique, sans atteindre les cimes de Tall Tales, lorgne clairement sur le Hollywood A.D. des X-Files par son enquête dans le milieu de l’usine à rêves californienne, prétexte à sortir la mitraillette à acide, et à tirer dans le tas. Ben Edlund, dont on sait depuis Angel qu’il est un excellent auteur dans la comédie, n’épargne rien ni personne, et sa charge se montre aussi hilarante que furieuse, tout en flirtant ouvertement avec le méta-récit. Mais Edlund pose également un regard affectueux envers cette industrie du spectacle qui rassemble tant d’hommes, créateurs comme public, autour du 7e art. Cependant, on sent que les auteurs ont voulu avant tout se faire plaisir, et de fait, l’humour de l’épisode s’axe surtout sur d’obscurs références aux nanars horrifiques des années 80, 90, et 2000, soit incompréhensibles pour la grande majorité du public. De fait, on ne s’immerge pas complètement dans l’épisode si l’on est pas un connaisseur ultime.

Cette vision survoltée d’Hollywood se montre d’une hilarante férocité, au point de rivaliser avec les saisons 5 et 7 de Californication qui frapperont par la suite encore plus fort : producteurs aussi invasifs que cuistres, réalisateurs à la ramasse, scénaristes frustrés, techniciens respirant tout sauf la joie de vivre… Le film en question étant un film d’horreur de série Z destinés aux nanardeurs les plus déviants, les vannes deviennent encore plus corrosives : décors plus faux que nature, scénarios idiots, guéguerres minables, acteurs en roue libre… sans oublier le trailer du film, vrai joyau de pathétisme burlesque (Edlund s’est-il rappelé du clip du Harm’s way d’Angel ?). Chapeau bas à Elizabeth Whitmere, parfaite à hurler de rire en actrice jouant encore plus faux que ses pieds (une belle performance) et copine comme cochon avec Dean qu’on aime toujours autant en mode Pick-Up Artist. Ces deux-là semblent anticiper franchement Hank et Sasha dans la série de Tom Kapinos. Le gag final du décor bidon que n’aurait pas désavoué Moonlighting plaira aux fans des Avengers (Caméra meurtre). Les auteurs persiflent aussi contre la pratique vulgaire du buzz gratuit, uniquement destiné à faire de l’audience. Dans cet univers en folie, Dean est comme un poisson dans l’eau et prend son job d’assistant réalisateur avec un sérieux à pouffer de rire, poussant Sam à se surpasser en mimiques désolées, on adore.

On apprécie toutefois la foi de fer des artisans de la série dans leur métier : réalisateur décidé à continuer la bataille (très belle tirade de rassemblement), volonté de crédibilité, croyance sincère en le travail de chacun, acteurs finalement sympas, professionnalisme général… Le méta-récit se développe avec plusieurs têtes pensantes de la série redessinés à l’écran (le producteur McG, le chef opérateur Serge Ladouceur…), une énorme vanne initiale sur le précédent rôle de Jared Padalecki dans Gilmore Girls, et comme base de l’épisode, la frustration induite par le superbe mais ingrat métier de scénariste, condamné à voir en permanence ses créations réécrites, et parfois pas de la meilleure façon, jusqu’au 4e mur à double détente voyant Sam et Dean devant faire le ménage quand l’horreur réelle s’invite dans l’horreur fictive (joli effet de miroir, très Scream), regardant tout droit envers le magnum opus futur d’Edlund que sera The french mistake. Les scènes d’horreur se montrent fort goûtues en broyage, éviscération, et charcutages en tout genre, et le suspense maintenu de l’ensemble. Malheureusement, l’épisode multiplie à l’excès sa principale source d’humour : les références obscures à la contre-culture cinéma la plus confidentielle, rendant une grande partie de l’épisode hermétique. Les scénaristes se sont fait plaisir, mais perdent le spectateur en chemin, mais qui leur pardonne tant cette charge autant comique qu’horrifique et satirique fait mouche souvent.

Supernatural 2 18 2

La critique d'Estuaire44 : 

Hollywood Babylon demeure une réussite hélas imparfaite. Son côté méta-épisode nous vaut pas mal de scènes amusantes sur le tournage d’une production d’épouvante, mais il n’arrive pas à choisir clairement entre cet aspect et celui d’une enquête classique, plutôt bien faite mais manquant d’originalité, sinon de folie. Du coup l’on en reste sur un entre deux assez frustrant. L’épisode souffre aussi d'une double comparaison : d’une part, il succède rapidement à un autre épisode humoristique, Tall Tales, alors que celui-ci reste dix fois plus percutant ; d’autre part, et surtout, sur le mode méta, il n’arrive pas à la cheville du postérieur The French Mistake (autre opus se déroulant sur un tournage), qui lui choisira judicieusement de totalement jouer cette carte, quitte à ne conserver qu’un scénario minimaliste.

On apprécie quelques private jokes sur le parcours des deux acteurs, mais aussi sur de précédents épisodes de Supernatural repris comme des Séries Z des années 80/90 (Scarecrow, Everybody loves a clown…). Les rencontres féminines marquantes se succèdent pour les Bros, on peut gager que Dean, ici comme un poisson dans l’eau, se souviendra longtemps de la sympathique Tara. De quoi oublier que sa chère Impala n’apparaît jamais à l’écran, pour la toute première fois de la série. Jensen Ackles et Jared Padalecki confirment leur talent pour la comédie au cours de ce réjouissant équivalent local de l’Hollywood A. D. des X-Files. La conclusion se montre amusante et fort bien mis en scène sur la rivalité opposant Hollywood et Vancouver.

Anecdotes :

  • Le titre original repend celui du livre de Kenneth Anger (1959) qui détaillait les mœurs sordides de nombre de stars du Hollywood d’avant-guerre. Le livre a été interdit aux USA mais demeure une source importante de légendes urbaines.

  • Tara déclare que le scénario de Boogeyman est horrible. Éric Kripke, le créateur de la série, est en réalité co-auteur du scénario !

  • Setting for télévision series Gilmore Girls and if we are lucky, we might even catch one of the show’s stars ! vante un haut-parleur. Le regard amusé de Dean est compréhensible : Jared Padalecki s'est fait connaître en étant un des personnages principaux des premières saisons de cette série alors toujours en cours au moment de l'épisode !

  • Dean vante la qualité de la nourriture sur la tournage. L’équipe de Supernatural s’était plainte d’une cuisine infâme durant la tournage de la saison 1. En saison 2, le traiteur fut changé à la satisfaction générale.

  • Tara aime à prendre des photos du tournage entre les prises pour passer le temps. Il s’agit d’un clin d’œil au hobby de Jensen sur les plateaux de la série.

  • La chaise d’un assistant est marquée Serge L. un clin-d’œil au chef opérateur de la série Serge Ladouceur. Le réalisateur est censé être McG, producteur exécutif dans la série, et justement mentionné dans le trailer du film comme réalisateur des Charlie’s Angels. Jay parle au téléphone à un réalisateur qu'il appelle « Bob », une référence au producteur exécutif et réalisateur Robert Singer.

  • Durant la visite du studio, on évoque le tournage de Lois & Clark. Robert Singer, producteur exécutif de Supernatural, fut aussi celui de cette excellente série (1993-1997). L’épisode contient plusieurs d’autres private jokes du même style. Ainsi, Tara est censé avoir joué dans de réels films de série B et Z existant réellement : Feardotcom (Terreur.com), Ghost ship (Le vaisseau de l’angoisse), et Boogeyman. Il est fait mention aussi de Metalstorm : the destruction of Jared-Syn (1983), Critters 3, mais aussi curieusement la web-série Lonelygirl (15) et Three men and a baby, le remake (raté) du film de Colline Serreau !

  • L’épisode a été tourné dans les studios de la série. Le plateau de Hell Hazers II : The reckoning est constitué de plusieurs éléments de décor vus dans des épisodes précédents. Les affiches de film ornant le bureau de Martin correspondent également à des épisodes précédents. De même, le trailer du film reprend des extraits d’épisodes ; les comédiens y apparaissant sont d'ailleurs des membres de l’équipe technique de Supernatural ; le générique du trailer indique par ailleurs leurs noms.

  • Dean indique que le film Creepshow (1982) a été tourné aux studios, mais il l’a été en fait dans la région de Pittsburgh, et dans le New Jersey.

  • On entend I've got the world on a string de Frank Sinatra quand Sam et Dean vont à l’appartement de Gérard. À la fin de l’épisode, quand Sam et Dean s’éloignent dans le prétendu soleil couchant, on entend Green peppers d’Alpert & the Tijuana Brass.

  • [L.A.] Swimming pool weather to you ? It’s practically Canadian ! se lamente Sam devant le mauvais temps. En effet, la série est tournée à Vancouver !

  • Gérard mentionne une pièce de théâtre qu'il joue en ce moment. On peut l'identifier comme étant une du dramaturge Arthur Miller : Mort d'un commis-voyageur (1949).

  • Dean conseille à Sam de faire un R&R, abréviation de Rest & Relaxation à cause de Madison, référencée ici. L'acronyme PA signifie ici Personal Assistant [sous-entendu du réalisateur], son rôle est généralement de faire le service entre les techniciens.

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19. LES TAULARDS
(FOLSOM PRISON BLUES)

Scénario : John Shiban
Réalisation : Mike Rohl

- I wish I had a baseball, you know, like Steve McQueen.
- Yeah, well I wish I had a bat, so I could bash your fricking head in.

Résumé :

Un esprit commet plusieurs meurtres dans une prison. Deacon, ancien ami de leur père, demande aux Winchester de l’en débarrasser. Sam et Dean n’ont pas d’autre choix que de se laisser attraper par la police pour être conduits dans ladite prison tout en prévoyant un plan d’évasion sous le coude. Mais l’esprit se montre compliqué à identifier, et l’agent Henriksen qui traquait nos héros les surveille de très près…

Dean la main froide.

La critique de Clément Diaz :

On poursuit la relecture des thèmes X-Filesiens avec cette fois un palimpseste du très moyen La liste. Mais là où Chris Carter se laissait aller à une glauque complaisance, Shiban, décidément en verve comique, écrit pour son neuvième et dernier épisode pour la série, non seulement un épisode d’horreur mais aussi une comédie carcérale. Il s’appuie très fort sur le grand numéro de Dean/Jensen Ackles en dur à cuire qui se sent remarquablement bien dans ce milieu, dynamitant chaque passage dramatique. Sam/Jared Padalecki compose un excellent faire-valoir catastrophé. Bon, les auteurs commencent sérieusement à abuser de la vengeance spiritique, (le 8e épisode sur le sujet rien que pour cette saison !), mais les doses de suspense, d’effroi, et de gore restent bien équilibrés pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Ce qui restera un bon moment comme le plan le plus tordu des deux frères va permettre de déchaîner gags et blagues qu’on attendait pas normalement d’un épisode sur le thème de la prison. Ainsi, Dean dégaine les one-liners comme autant de perles, prend une pose de crâneur pour sa photo de prisonnier, se moque joyeusement de son frère beaucoup moins rassuré, insulte des montagnes de muscles, se fait tabasser par les matons, devient psy involontaire d’une grosse brute, plume des caïds au poker, voit la prison comme son royaume, devient pote avec les rebuts de la société… même quand Henriksen arrive pour compliquer la situation, Dean ne peut s’empêcher de le rembarrer avec délices. Sam est logiquement en retrait pour permettre ces déflagrations drolatiques. Le twist central se montre bienvenu, le plan d’évasion des frères était aussi culotté que… très simple finalement. Mais Dean sait aussi nous impressionner par son sens du devoir, risquant tout, y compris sa liberté, seulement pour honorer une dette d’honneur. Les Winchester ont beau être des nettoyeurs en vadrouille perpétuelle, ils ont un fort code moral qui leur donne comme une grandeur.  Certains thèmes plus graves sont aussi passés en revue comme la prison vue comme une jungle, ce qu’elle est réellement, ou le sadisme de certains gardiens.

Le côté horrifique n’est pas absent loin de là, avec ces apparitions aussi glaçantes que mortelles de l’esprit, des moments toujours très efficaces dans Supernatural. Et puis, la répétition de ce thème est atténuée par les motivations de l’esprit qui changent quelque peu de la vengeance d’outre-tombe. La poursuite finale a un suspense savamment dosé. Heureusement, nos héros peuvent compter sur leur avocate vraiment sympa (craquante Bridget White) pour leur ménager une porte de sortie aussi miraculeuse que drôle. Disons-le, on sourit vraiment de plaisir quand les deux bros remontent dans leur Impala pour sillonner de nouveau l’Amérique.

Angel 2 19 2

La critique d'Estuaire44 : 

Épisode en dessous que Folsom Prison Blues. D’abord on ne raffole pas des épisodes de prison s‘insérant ponctuellement dans des séries traitant d’autres sujets car ils se limitent à quelques clichés, toujours les mêmes. Celui-ci ne fait d’ailleurs pas exception (il en va différemment pour les séries traitant sérieusement le thème comme Oz ou Capadocia). Tout ce rituel rebattu ennuie assez, mais la palme revient au redoutable (paraît-il) Agent fédéral traquant les Bros : Il n’est pour rien dans leur arrestation que l’on devine d’ailleurs d’emblée volontaire, et il demeure entièrement inopérant lors de leur évasion d'une facilité confondante.

En substance, l’opus nous confirme qu’il n’est clairement là que pour le remplissage et pour servir de confident à Dean pour ses bonnes vannes coutumières. D’ailleurs tout l’aspect Dean en vacances dans une colo pour garçons tandis que Sam est nettement moins jouasse est franchement rigolo, cela sauve l’épisode du fiasco. Pour le reste l’esprit vengeur est classique mais vraiment flippant. Henriksen aurait peut être été davantage intéressant s’il avait conscience du surnaturel (mais cela ferait tellement Affaires Non Classées), là il est vraiment trop hors jeu.

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Anecdotes :

  • Clif Kosterman (Tiny) est le chauffeur et le garde du corps de Jensen et Jared sur le tournage.

  • Le titre original reprend le titre d’une chanson de Johnny Cash (1955). Elle-même s’inspire du film Inside the Walls of Folsom Prison (1951).

  • Le tournage de l’épisode se fit durant la semaine du 1er mars 2007, jour de l’anniversaire de Jensen Ackles. L’acteur rapporte que voir tous les figurants jouant les prisonniers patibulaires et violents chanter « Happy birthday » rendait la chanson plutôt effrayante !

  • Les dialogues contiennent plusieurs références à des films d’évasion, notamment L'Évadé d'Alcatraz (1973) et La grande évasion (1963).

  • Randall lit dans l’introduction un magazine fictif, The Apollo gate, écrit par Kit Marlett, nom d'un second assistant réalisateur de la série.

  • À l’arrivée de Sam et Dean à la prison, on entend Green Onions de Booker T. & the M.G.'s. À la fin de l’épisode, on entend Rooster d’Alice in Chains.

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20. COMME DANS UN RÊVE
(WHAT IS AND WHAT SHOULD NEVER BE)

Scénario : Raelle Tucker
Réalisation : Eric Kripke

- How did I end up with such a cool chick ?
- I just got low standards.

Résumé :

Alors que Sam est à l’hôtel, Dean est attaqué par un Djinn et perd connaissance. Le choc est rude à son réveil : il travaille dans un garage, sa mère est toujours en vie, il a une petite amie officielle du nom de Carmen, Sam est toujours avec Jessica, bien vivante, et étudie le droit. Dean comprend qu’il vit enfin la vie « normale » dont il a toujours rêvé. Mais un spectre ne cesse de surgir sporadiquement, perturbant cette belle perspective…

Le prix des héros...

La critique de Clément Diaz : 

Le thème de l’univers parallèle est un pilier majeur de la Science-Fiction. Raelle Tucker va toutefois à contre-courant de la dystopie, quasiment la règle pour ce genre d’histoires, pour au contraire présenter un monde où Dean est libéré de toutes ses souffrances. Cette utopie vire évidemment à la prison dorée (on songe au Prisonnier), exigeant du protagoniste une véritable interrogation sur le libre-arbitre et le statut de héros, similaire à celle développée par Joss Whedon (dont Kripke avoue l’influence dans le commentaire audio) dans Angel : dépouillé de toute lumière, désacralisé, se sacrifiant en permanence, ne recevant rien en retour. L’histoire retombe brutalement sur une banale chasse au monstre à mi-parcours, mais se ressaisit par un final sur le fil du suspense.

Passée l’attaque initiale, l’épisode délaisse les codes de la série : plus d’enquête ni de flots de sang, triomphe de l’émotion sur le suspense, photographie lumineuse, tempo contemplatif… la réalité dans laquelle se réveille Dean a tout du paradis comparée à sa vie de chasseur de monstres. L’épisode pousse l’audace à affirmer la vraie nature de Dean : généreux, aimant, monogame (!), n’aspirant qu’à mener une vie heureuse et tranquille. Son caractère depuis le pilote de la série provient donc bien du terrible héritage paternel. Dean est ici presque vu comme un enfant redécouvrant son innocence, et s’accrochant comme un perdu à cette seconde chance qui lui tend les bras, celle où il retrouve son vrai soi et un bonheur durable.

On a beaucoup de plaisir à retrouver Adrianne Palicki et Samantha Smith, la deuxième bénéficie par ailleurs d’une émouvante scène de retrouvailles filiales avec Dean. Kripke a également la main heureuse en choisissant comme incarnation de la petite amie idéale Michelle Borth, l’une des plus sublimes et talentueuses actrices américaines de la télévision. Brasier de sensualité, tendresse constante, mais très professionnelle et indépendante par ailleurs, Carmen a tout de l’éternel féminin, et son duo avec Dean donne les moments les plus affectueux de l’épisode. Le trio de dames est d’une beauté capiteuse mais instille chacune une émotion aussi différente que puissante selon leur rapport à Dean (et Sam), d’où une première moitié d’épisode osant l’émotion comme unique moteur, mais la profondeur du personnage de Dean fait que ce pari culotté est gagné haut-la-main. Jensen Ackles excelle à montrer cette face cachée de Dean, faisant à l’occasion l’un de ses plus beaux récitals d’acteur.

Le dilemme de Dean est si tentant : Conscient du caractère irréel de la situation, il voudrait pourtant ne plus quitter cette nouvelle et heureuse réalité. Cela s’exprime par des mouvements de joie (tondre le gazon !), d’affection inédites, mais aussi ce rageur monologue devant la tombe de John où l’on s’aperçoit de son dégoût, de sa colère d’être un « héros » devant tout sacrifier pour sauver ceux qui ont besoin de lui (car sont morts dans cette réalité tous ceux que lui et Sam ont sauvés). L’épisode nous interpelle ouvertement : que ferions-nous à la place de Dean ? Se retirer du combat entre le Bien et le Mal pour cultiver son jardin, ou combattre sans fin comme un héros ? Si Dean choisit finalement de renoncer à ce doux rêve, c’est parce que le sens du devoir est plus fort, et aussi parce que dans cette réalité, lui et Sam sont étrangers l’un à l’autre. C’est bien là un coup de maître des auteurs que le pire cauchemar de Dean soit en définitive de vivre loin de son frère, dans une relation sans chaleur.

Les scènes entre les deux frères prennent aux tripes devant le mur de glace érigé par Sam, si loin de la bourrue mais sincère complicité à laquelle nous sommes habitués. Aussi, il est dommage que cette tornade émotionnelle s’évanouisse quand les Weuh partent chasser le Djinn : on quitte les hauteurs du rêve pour une vadrouille conventionnelle. Le Djinn se montre finalement le plus pervers des monstres rencontrés jusqu’ici car tuant ses victimes avec leur consentement, puisqu’il leur offre un sentiment de béatitude éternelle. La dernière tentation semble si irrésistible que Dean est bien près de sombrer, et c’est avec colère et chagrin qu’il doit s’extirper de son rêve pour clore l’épisode dans une bagarre sombrement rageuse. Malgré une coda inutilement allongée (Tucker n’avait-elle pas confiance dans ses capacités à émouvoir ?), What is and what should never be démontre qu’une série, quelle qu’elle soit, s’épanouira toujours de la plus belle façon quand elle osera l’émotion sans partage.

La critique d'Estuaire44 : 


What is and what should never be retrouve le thème toujours particulièrement porteur des univers miroirs et de leur fameux What if ? Les chefs d’œuvre TV du genre demeurent sans doute le The Wish de Buffy et le Turn left du Docteur, mais l’opus présent joue habilement avec l’univers de la série, frappant précisément en son point nodal : la mort de la mère. Les différences en résultant sont finement mises en place et sonnent très justes, notamment entre les deux frères, soudain si distants. On aime aussi l'ambivalence de cette vie, à la fois plus sûre, tranquille et normale, mais aussi tellement ennuyeuse comparée à la Chasse trépidante. Évidemment, à chacun d’imaginer ce que Sam aurait vu à la place de Dean, et comment il aurait réagi. Le dévoilement successif de ce nouveau monde pas si idéal que cela (dans Supernatural, il y a toujours un prix à payer) se réalise avec grande efficacité, tandis qu’Ackles démontre une fois de plus qu’il compte plus d’une corde à son arc.

Le suspense de savoir si Dean va accepter ou non la situation joue d’autant qu’il lui est pleinement possible de faire son choix, le parallèle avec les paradis artificiels proposés par les drogues se montre très habile. Le Djinn lui même frappe par son apparence étrange et l’horrible destin de ses victimes, il demeure plus marquant que ses collègues de la saison 6, y compris leur Aînée, pas inoubliable. Comme toujours, la série maîtrise parfaitement le retour de personnages secondaires marquants, une technique pas si facile à utiliser de manière optimale. Carmen est bien jolie, mais elle représente notre seul léger regret, on aurait préféré découvrir Jo à sa place (fleur bleue quand tu nous tiens). On remarque que John n’est plus là, Jeffrey Dean Morgan était clairement devenu trop cher pour la série ; s’il y a bien quelque chose qui tue plus efficacement que démons et vampires dans Supernatural, c’est bien l’enveloppe budgétaire ! Après cet épisode en forme de bilan, c’est tout naturellement que l’on passe au final de saison, mais aussi de la première séquence de la série.

Anecdotes :

  • Le titre original reprend celui d’une chanson de Led Zeppelin (1969).

  • 1re réalisation du créateur de la série Éric Kripke pour sa série. Il réalisera un autre épisode : Le réveil de Lucifer (saison 4).

  • L’Impala arbore pour la première fois des plaques de l’Ohio et non plus du Kansas, ce que Sam explique par leur évasion précédente.

  • L’épisode reste l’un des deux seuls de la série où personne ne meurt hormis le monstre de la semaine, avec l’épisode n°200, Fan Fiction, en saison 10.

  • Commentaire audio :

  • Déclarant être fan de Buffy, Éric Kripke fut enchanté de l’idée originale de l’histoire et sa réalité parallèle qui lui rappelait « l’épisode où Buffy se réveille dans un asile ». Il s’agit de l’épisode 6.17 À la dérive (Normal again). Voulant une histoire vraiment « spéciale » pour diriger son premier épisode, Kripke rejeta un nombre important d’idées soumises par ses scénaristes, tout en avouant à Raelle Tucker que la plupart des idées rejetées étaient en réalité excellentes, mais pas assez « spéciales ».

  • Le scénario original montrait Dean ayant une vie de loser dans sa réalité parallèle.

  • Parmi les photos de l’épisode, deux proviennent réellement des collections de Jared et Jensen : celle où Jensen est dans son costume de prom, et Jared lors de la cérémonie des diplômes.

  • Le temps à Vancouver étant très pluvieux et sombre, Eric Kripke craignait de ne pouvoir tourner la scène où Dean passe la tondeuse qui demandait impérativement un beau temps. Il plut tout le long du tournage sauf pendant trois heures de temps radieux, ce qui permit à Kripke de tourner rapidement la scène. C’est d’ailleurs une des très rares scènes du show à avoir une photographie vive et lumineuse.

  • La présence d’Adrianne Palicki était indispensable pour le tournage de l’épisode, mais elle ne put se libérer car occupée sur le tournage de la série Friday night lights (dont Kripke est fan) dont elle est une des actrices principales. Kripke dut arrêter le tournage durant cinq jours, et commencer celui de l’épisode suivant en attendant qu’elle puisse se libérer. Palicki put finalement revenir 3 jours avant de retourner dans Friday night lights, mais elle n’eut tout de même pas le temps de tourner la scène de l’entrepôt (où elle n’est en réalité pas présente) : elle fut donc filmée sur fond bleu et « rajoutée » artificiellement à la scène en post-production.

  • La production demanda à Kripke d’insérer une scène sexuelle entre Jensen Ackles et Michelle Borth lorsqu’ils commencent à s’embrasser sur le canapé. Kripke refusa, voyant Carmen comme quelqu’un de rigoureux dans sa vie professionnelle, donc qui ne se permettrait pas d’arriver en retard parce qu’elle « baisait » (sic) son petit ami. Kripke demande toutefois pardon aux spectateurs de les avoir privés d’une telle scène. Pour ceux qui regrettent de ne pas avoir vu Michelle Borth « en pleine action », je conseille la série Tell me you love me (10 épisodes) où entre deux prestations dramatiques époustouflantes, elle joue les scènes sexuelles les plus osées de la télévision américaine ; Borth fut surnommée après ces exploits : « the nakedest person in TV history ! », surnom qui ne doit pas faire oublier ses réels dons d'actrice que l'on peut entre autres admirer dans Hawaii 5-0 et Forgotten.

  • Bien que le monologue de Dean au cimetière est filmé par deux caméras, Kripke demanda à ce que Jensen Ackles tourne la scène en une seule prise. L’acteur y arriva dès la 2e ou 3e fois.

  • L’entrepôt du Djinn est en fait un décor de la série Kyle XY.

  • Le maquillage de Mackenzie Gray (le Djinn) prenant 3 heures, Kripke, pressé par le temps, dut demander à l’acteur de rester avec son maquillage durant toute la semaine de tournage pour éviter de perdre du temps à le refaire chaque jour. Gray accepta mais déclara que la semaine fut difficile car tous les gens avaient peur de lui quand il sortait dehors, et aucun taxi ne voulait le prendre !

  • Kripke déclara n’avoir quasiment rien changé au script de Raelle Tucker, expliquant que l’auteure a une écriture plus sophistiquée que la sienne, et est plus douée que lui dans les scènes émotionnelles (occupant la majeure partie de cet épisode), alors qu’il est plus à l’aise dans les scènes horrifiques (très limitées ici). Ce qu’il résume par cette phrase lapidaire : Eyes gouging out ? See Kripke. Deep emotional exchanges ? Go to Raelle Tucker.

  • Épisode préféré d’Ivan Hayden, superviseur des effets spéciaux. Ce dernier déclare que les FX autour du personnage du Djinn furent parmi les plus compliqués mais aussi les plus « fun » à réaliser pour la série.

  • Le film diffusé par la télévision de Dean est From Hell it came (1957).

  • Quand Dean tond la pelouse, on entend What a wonderful world par Joey Ramone. Lorsque Dean revient dans l’Illinois, on entend Saturday night special de Lynyrd Skynyrd. Quand Dean est tenté de demeurer dans l’univers miroir, on entend Spiegel im spiegel de Christopher Lennertz, le compositeur attitré de la série.

  • My God. Barbara Eden was hot, wasn't she ? Way hotter than that Bewitched chick déclare Dean, un clin d’œil à la fameuse rivalité opposant Ma sorcière bien-aimée à Jinny de mes rêves. Dean n’est pas un fan d’Elizabeth Montgomery !

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21-22. L’ARMÉE DES TÉNÈBRES
(ALL HELL BREAKS LOOSE)

Épisode Mythologique

Scénario : Sera Gamble (1re partie) et Eric Kripke, d’après une histoire d’Eric Kripke & Michael T. Moore (2e partie)
Réalisation : Robert Singer (1re partie) et Kim Manners (2e partie)

You saved my life over and over. Man, you sacrifice everything for me, don't you think I'd do the same for you ? You're my big brother, there's nothing I wouldn't do for you. And I don't care, I'm going to get you out of this. I'm going to save your ass for a change.

Résumé :

Sam disparaît sous les yeux de Dean après avoir causé un carnage dans un restaurant routier. Il est « téléporté » dans une ville fantôme en compagnie de quatre autres psychiques dont Andy (Simon Said) et Ava (Hunted). Le démon aux yeux jaunes entame alors la première partie diabolique de son plan… Dean et Bobby se rendent à la Roadhouse mais un terrible spectacle les attend. Lorsqu’ils retrouvent Sam, une catastrophe s’abat sur eux. Dean va devoir faire un horrible marché pour continuer la lutte et tenter de stopper l’armée des ténèbres prête à envahir le monde…

The road so far...

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume des yeux jaunes, et les Winchester vont faire le ménage !

La critique de Clément Diaz : 

Le finale de la saison 2 n’apparaît pas aussi violemment rythmé que celui de la saison 1, il n’en reste pas moins un show à grand spectacle où à l’étrange frissonnant de la 1re partie succède une 2e partie plus émotionnelle et psychologique. Si l’on regrette un certain manque d’action pour un finale de saison, ce double épisode est dominé par l’ombre maléfique de Yellow Eyes, déployant pouvoirs et ruses diaboliques à pleine puissance, entraînant les deux frères dans un tourbillon sauvage et sanglant allant crescendo jusqu’à une coda où tous les chiens de l’enfer sont lâchés.

La première partie rappelle irrésistiblement La Quatrième Dimension autant par sa narration que ses thématiques. On croit voir un remake de Cinq personnages en quête d’une sortie avec ce cercle de psychiques perdu dans une ville fantôme (tiens, au nombre de cinq !) et n’ayant aucune idée de l’endroit où ils sont et du but de leur présence. Cette saisissante ouverture, avec retours appréciés des sympathiques Andy et Ava, se dilue cependant assez vite dans une exploration assez paresseuse de la ville, avec quelques attaques d’esprits pour donner une sensation de mouvement. Cette version du huis clos horrifique ne rend pas la terreur souhaitée contrairement à Nightshifter, la faute à une trop longue exposition et le peu de péripéties s’ensuivant, malgré les efforts d’un Robert Singer ne se ménageant pas pour animer tout ça. Gamble positionne cependant idéalement Sam en leader cachant sa terreur pour maintenir soudé un groupe peu à peu décimé. Le récit rebondit avec la spectaculaire apparition de Yellow Eyes en personne, haussant soudainement les enjeux par le jeu cruel qu’il instaure avec ses « candidats ». Il demeure un tireur de ficelles hors pair, et sa confrontation avec Sam est d’une violence psychologique ardente (la révélation concernant la mort de Mary et le destin de Sam est d’une éclatante cruauté). Dès lors, Jake et Ava deviennent d’intéressants sujets d’étude, leur bonté intérieure vacillant devant le retour de la loi de la jungle (un thème classique de la SF/Fantastique) et questionnant douloureusement le spectateur sur ce qu’il ferait dans une telle situation « limite ». Le coup de théâtre central se montre particulièrement dévastateur, devant beaucoup à la performance époustouflante de Katharine Isabelle, tandis qu’Aldis Hodge, malgré un jeu trop répétitif, parvient à sous-entendre son déchirement entre morale et instinct de survie.

La quête désespérée de Dean et Bobby se montre émouvante, le duo exprimant avec force leur angoisse à l’idée de la catastrophe à venir. Le twist de la Roadhouse étend les ténèbres de ce sacré numéro qu’est Yellow Eyes, ne ménageant pas sa peine pour frapper ses adversaires là où ça fait le plus mal. Ce contrepoint de folle inquiétude achève de donner émotion et suspense cravaché, jusqu’au cliffhanger final, l’un des plus barbares de l’histoire des séries télé, où devant les cris d’horreur du public, l’impensable se produit, le laissant sonné.

Supernatural doit ses meilleurs moments lorsqu’elle tourmente ses héros à fleur de peau, les mettant en face d’eux-mêmes, de leurs désirs, de leurs devoirs. Autant dire que la vision de Dean devant le choc qui vient de lui exploser à la figure fait très fort : devant un Bobby à l’impuissante compassion, il se noie dans une culpabilité quasi destructrice d’une force inouïe. Sur un tempo certes moindre que Salvation/Devil’s trap, le finale se décide enfin à presser l’accélérateur et retrouver un style Anasazi avec une explosive succession de rebondissements-chocs et de confrontations électriques dans une atmosphère de paranoïa et de pyrotechnie.

Ainsi, le marché de dupes avec le démon du carrefour se montre aussi désiré que non souhaité, et retrouve l’intensité frénétique de Crossroads blues, mais cette fois, le démon a l’avantage, et fait plier Dean sous nos yeux horrifiés, Ona Grauer se montre aussi perverse dans son interprétation que Jeannette Sousa. Dean subjugue par son obstination à veiller sur son frère, quitte à réitérer le même sacrifice ultime que son père tout en violant les lois naturelles, ce à quoi il s’était toujours refusé ; ce qui nous vaut une splendide réaction désespérée de Bobby, si humain derrière son côté bourrin, et toujours parfaitement incarné par Jim Beaver. Le sacrifice reste une thématique puissante dans Supernatural, et par là, Dean se transcende dans une grandeur quasi symphonique. Mais on ignore toutefois si Dean a réellement pris la « bonne » décision. Kripke pose un regard plein de compassion envers Dean, l’absolvant de sa chute volontaire dans les ténèbres : quand l’amour vous guide, la raison se tait. Les retrouvailles avec Ellen restent une rare parenthèse de lumière justement appréciée.

Le final dans le cimetière se montre fastueux à souhait. Kim Manners accomplit ici une de ses plus grandes prouesses à l’occasion, filmant l’émotion à fleur de peau comme l’invasion infernale avec un sens de l’image-choc à en rester baba. Yellow Eyes se déploie dans toute sa magnificence à l’occasion de ce final d’apocalypse, porté par la composition stratosphérique de Fredric Lehne qui semble totalement possédé par son rôle (sans jeu de mots). Il écrase toute opposition avec une facilité féroce, tout en semant un doute terrible sur Sam, qui comme Dean, passe lui aussi en mode Terminator lors de son explosion vengeresse face à Jake, à en rester pantelant d’effroi. Le foudroyant deus ex machina final est un des plus grands moments de la série entière, sonnant comme une libération apaisée, mais le happy end n’est que de surface : Dean a maintenant sa terrible échéance, et nul doute qu’elle sera au cœur de la saison 3. Malgré un début à retardement, All hell breaks loose est bien un finale de saison aussi frénétique qu’émouvant, mené par un méchant majestueux que l’on se surprend déjà (un peu) à regretter.

La critique d'Estuaire44 : 


Après une introduction tonitruante frappant les trois coups, la première partie d’All Hell Breaks Loose prend les allures d’un Big Brother diabolique totalement irrésistible. On retrouve avec plaisir des visages connus de la saison dont une Amy ayant bien caché son jeu ; leur disparition n’en revêt que plus d’impact. La série continue à gérer impeccablement les personnages secondaires, ici moins manichéens qu’à l’ordinaire, et des retrouvailles émouvantes avec Helen.

Tandis que la tension nerveuse demeure en permanence à son zénith, Azazel se délecte avec un sadisme consommé de son rôle de maître de cérémonie. La partie en cours (très à la Battle Royale, ou à la Hunger Games comme on le dirait hélas aujourd’hui) s’entrecoupe de moments également des plus intenses comme le voyage onirique dans le passé traumatique des deux frères ou la révélation de la destruction de The Roadhouse (so long, Ash). Ce captivant récit débouche sur le cliffhanger sans doute le plus insoutenable que pouvait nous décocher Supernatural.

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Tout ce que la seconde partie parvient à contenir, sans jamais un seul instant donner l’impression de bâcler, relève du prodige. Le scénario demeure suprêmement efficace, alors même qu’il entremêle émotion et action tout en concluant magistralement la saison. On apprécie au plus haut point de constater à quel point celle-ci à été savamment construite, notamment lors de l’inévitable recours au Démon des Carrefours. Dean a pu résister à la tentation concernant John, mais, fatalement, inexorablement, il en est incapable pour Sam. La scène où il s’adresse à la dépouille de son frère ressort comme l’une des plus bouleversantes d’une saison particulièrement riche en la matière.

L’ultime scène culmine avec des effets spéciaux spectaculaires et un bouleversement de l’univers de la série, désormais plus périlleux encore, mais aussi l’affrontement tant attendu (la dernière balle !) entre Azazel et les Winchester. Le retour totalement inattendu de John constitue la géniale idée de scénario caractérisant les grandes fins de saison. On a encore un grand moment d’émotion lors des adieux silencieux du père, pleurant de fierté devant ses fils. Azazel quitte la scène sur un ultime grand numéro, il aura marqué toute la première période de Supernatural, une série qui va maintenant pouvoir chercher d’autres pistes de narration (il faut sauver le soldat Dean) et s’ouvrir à d’autres antagonistes récurrents (hello, girls). Un immense final de saison !

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Anecdotes :

  • Le titre original reprend celui d’une chanson des Misfits. Le finale de la saison 3 de Charmed s’intitule aussi All hell breaks loose, et voit également le décès d’un personnage principal de la série (toutefois non ressuscité)

  • Commentaire audio de la 1re partie – où l'on comprend pourquoi Sera Gamble se trouve dans la série : ses commentaires montrent qu'elle est en fait encore plus givrée que ses patrons !

  • Eric Kripke et Robert Singer déclarent que Sera Gamble est leur scénariste préférée, vantant son professionnalisme et sa prise en compte de chaque critique des producteurs pour écrire ses scripts sans jamais se plaindre. C'est d'ailleurs elle qui succédera à Kripke comme showrunner de la série pour les saisons 6 et 7. Une autre raison est peut-être avancée par le dialogue suivant : Sera : The longer I write this show the more I want everything to be bloodier/Éric : That’s why I love you Sera.

  • L'idée qu'Ava devienne la méchante est une idée du réalisateur Robert Singer. Par ailleurs, ce fut Raelle Tucker qui proposa à Sera Gamble de faire de Jake un militaire alors qu'elle cherchait un moyen de décrire Jake comme « awesome and totally all-american ». Gamble déclare que Bobby est son personnage favori de la série.

  • Pour la 1re partie de l'épisode, Sera Gamble a indiqué s’être inspirée du film The Breakfast club (1985) où cinq lycéens très différents se retrouvent ensemble en retenue. Elle déclara avoir détesté écrire la très longue scène d'exposition entre les cinq psychiques, qui fut réécrite un nombre considérable de fois jusqu'à ce que Kripke donne son feu vert.

  • Il y avait en réalité six psychiques initialement. La 6e aurait été une télépathe qui contacterait Dean par la pensée. Le trop grand nombre de personnages conduisit Sera Gamble à fusionner les deux personnages féminins en Lily, et à donner à Andy le soin de contacter Dean.

  • Le café a été construit spécialement pour l'épisode.

  • Le village fantôme s'appelle Border Town et fut construit pour une série western tournée à Vancouver une dizaine d'années auparavant. Rarement entretenu, il tomba à l'abandon, ce qui était l'idéal pour l'épisode. De plus, il ne nécessitait aucun coût pour l'utiliser, ce qui motiva Kripke à renoncer à l'orphelinat initialement prévu pour un village fantôme.

  • Sera Gamble fut assistante réalisatrice pour un film d'horreur et elle dut pendant 3 jours dessiner encore et encore toujours le même dessin dans tout le décor pour les besoins de ce film, ce qui lui donna au moment d'écrire l'épisode l'idée du tableau noir rempli par la même phrase.

  • Kripke fut particulièrement ravi de détruire le décor de la Roadhouse, déclarant qu'in fine, il regrettait l'idée d'un point fixe qui dans les codes du programme lui semblait irréaliste.

  • Gamble, Singer, et Kripke font remarquer que Lily meurt sans une goutte de sang, un phénomène assez rare dans la série, nos trois amis déclarant ouvertement être très friands de mises à mort bien gores !

  • La scène en plongée où Sam s'écroule au ralenti, mortellement touché par Jake, est selon Robert Singer un clin-d’œil à une scène de Platoon.

  • Comme en saison 1, le fameux The Road So Far récapitule l’ensemble de la saison et remplace la traditionnelle évocation des événements précédents. Durant le Road so Far, on entend Foreplay/Long time de Boston. Quand Ash demande à Dean de venir à la Roadhouse, on entend Opening de Darker My Love. À la fin de l’épisode, on entend Don't Look Back, de Boston.

  • Pour la première fois, on entend le Carry on wayward son de Kansas (1976) lors d’un final de saison. Cela va devenir une tradition, cette chanson étant désormais considérée comme l’hymne de la série par les fans.

  • Michael T.Moore fut script coordinator de la série pendant les trois premières saisons. Il s’agit de sa seule participation directe à un épisode de la série.

  • La première version du scénario du double épisode était si long qu’il s’étendait sur près de six heures ! Kripke et son équipe durent travailler dur pour contenir l’épisode sur seulement une heure et demie. La réalisation de l’épisode se montra particulièrement éprouvante, notamment pour les scènes du cimetière qui devaient être tournées en extérieur : les nuits n’étant pas assez longues, il fut impossible de tourner l’épisode de nuit dans le cimetière choisi à l’origine. Kim Manners tenta de filmer en nuit américaine (technique utilisée pour filmer de jour des scènes de nuit), mais le manque d’arbres le lui interdit, et l’équipe dut se rabattre sur un autre cimetière, mais le temps exécrable les força à abandonner leur projet. En dernière minute, toute la scène dut être tournée en studio, ce qui força toute l’équipe à rivaliser d’idées pour rendre la scène convaincante.

  • Le scénario original d’Eric Kripke et de Michael T.Moore pour la deuxième partie comprenait des scènes plus spectaculaires. Ainsi, le piège à démons devait être constitué d’églises contenant de saintes reliques, et Jake devait détruire ces objets et se battre contre Sam & Dean lorsque ces derniers arrivaient. La production avertit Kripke que le budget de l’épisode explosait celui habituel de la série et lui demanda de revoir les coûts à la baisse. Après une discussion avec le réalisateur Kim Manners (également executive producer), Kripke renonça alors à faire construire des décors d’église et les remplaça par les rails de fer, tandis que le combat initialement prévu fut remplacé par un Mexican standoff, réduisant les excès du budget. Kripke se déclare satisfait du résultat final, car le chemin de fer et le standoff sont des éléments très forts de la culture américaine, qui imprègne fortement la série.

  • Jeffrey Dean Morgan étant indisponible sur le tournage de l’épisode, ses scènes furent tournées six semaines en avance sur fond bleu.

  • Tout comme Tessa/Lindsey McKeon, Fredric Lehne ne voyait rien avec les lentilles jaunes et dut jouer toutes ses scènes à l'aveugle. Robert Singer dit avoir déjà travaillé avec lui sur un téléfilm avec Michelle Pfeiffer qu’il avait produit alors que l’acteur était encore très jeune. Une comparaison de leurs filmographies nous apprend qu’il s’agit du téléfilm Pour l’amour d’un enfant (The children nobody wanted) écrit par Lee Hutson et réalisé par Richard Michaels en 1981. Il s’agissait du premier grand rôle de Michelle Pfeiffer. Singer déclare aussi que le tournage fut compliqué car il pleuvait chaque jour et la majorité des scènes de la ville fantôme étaient tournés en extérieur.

  • Dean aime les oignons et les tartes, et se déclare fan d’Alerte à Malibu (How strange).

  • Lorsqu'il souhaite quitter le village, Jake conclut sa tirade par « FYI », acronyme de For Your Information.

  • Cyrus Yavneh, producteur des trois premières saisons de la série, déclara que c’est l’épisode le plus complexe de sa carrière de producteur sur lequel il travailla.

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