Saison 11Saison 13

Supernatural

Saison 12

1. Résurrection (Keep Calm and Carry On)

2. Mamma Mia (Mamma Mia)

3. Cœurs gelés (The Foundry)

4. Le Cauchemar de Marga (American Nightmare)

5. Fureur de vivre (The One You've Been Waiting For)

6. Veillée funèbre (Celebrating the Life of Asa Fox)

7. Anguille sous Rock (Rock Never Dies)

8. Le Nephilim (Lotus)

9. Le Deal de Billy (First Blood)

10. Lily Sunder (Lily Sunder Has Some Regrets)

11. C'est qui Dean ? (Regarding Dean)

 

12. La Lance de Michel (Stuck in the Middle (With You))

13. L'Étoile (Family Feud)

14. Raid sur les Vampires (The Raid)

15. De mauvais poil (Somewhere Between Heaven and Hell)

16. Émancipation (Ladies Drink Free)

17. Erreur de jeunesse (The British Invasion)

18. Black Bill (The Memory Remains)

19. L'Enfant roi (The Future)

20. Brindilles et ficelles (Twigs and Twine and Tasha Banes)

21. Lavage de cerveau (There's Something About Mary)

22. Je vous salue Mary (Who We Are)

23. L'Autre monde (All Along the Watchtower)

 

1. RÉSURRECTION
(KEEP CALM AND CARRY ON)



Résumé :

Toni Bevell révèle à Sam que les Hommes de Lettres anglais dominent la Grande-Bretagne et veulent désormais s’étendre aux USA. Quand Sam refuse de lui communiquer les noms des Chasseurs américains, elle le torture avec l’aide de Mrs Watt, son assistante. Dean retrouve Mary et part au secours de Sam avec l’aide de Castiel. Mary tue Mrs Watt, que Toni avait envoyée à leur rencontre. Pendant ce temps, Crowley et Lucifer poursuivent leur affrontement.

Critique :

L’épisode prend immédiatement la suite des événements concluant la saison précédente, tout en procédant à un tri adéquat. En effet, au lieu d’épiloguer sur les conséquences cosmiques du départ de Chuck et Amara vers des territoires inconnus, le récit se centre sur ce qui, au-delà de toutes les péripéties, formera toujours le cœur de Supernatural : la destinée de la famille Winchester. L’opus accorde ainsi une grande part aux retrouvailles entre Mary et Dean, puis à la rencontre avec Castiel, qu’elle n’a effectivement jamais connu. Ces scènes résultent superbement interprétées et dialoguées, Samantha Smith trouvant instantanément le parfait tempo face à ses partenaires. Humour et émotion sont au rendez-vous, avec une analyse du personnage suffisamment riche pour distinguer entre la Chasseuse immédiatement d’attaque (comme il sied à cette aimable congrégation pour qui il s’agit toujours de vaincre ou de périr) et la femme, l’épouse, la mère, au contraire en plein trouble existentiel.

L’inévitable contrepartie de ce choix captivant consiste en une certaine lenteur de l’action, surtout après la conflagration entre Dieu et le Ténèbres, même si quelques scènes se montrent davantage spectaculaires. Il en va ainsi du duel impitoyable entre la tueuse anglaise ou du mémorable atterrissage de Castiel parodiant clairement celui du vaisseau de Superman en provenance de Krypton, dans l’imagerie traditionnelle de DC Comics (en guise de bienvenue, puisqu’au même moment Kara Zor-El débarque sur The CW). Le jeu en vaut néanmoins la chandelle. On demeure un peu plus circonspect concernant l’aspect volontiers caricatural des Anglais, bien dans la tendance de nombreuses séries américaines, y compris dans celles de Joss Whedon ayant tant inspiré Supernatural (difficile de na pas songer aux pires aspects des Observateurs). La découverte encore mystérieuse de Toni lors de l’opus précédent nous semblait promettre davantage de subtilité, encore que l’éprouvante confrontation avec Sam nous vaille une très belle prestation de Jared Padalecki.

Anecdotes :

  • Durant la traditionnelle séquence récapitulative The Road So Far, on entend Bad Boys d’April Wine. Lors du crash de castiel, la chanson entendue dans le camion est Diesel Smoke, Dangerous Curves, de Tom Powder. Durant le montage final, on entend Solitude, de Black Sabbath.

  • Le titre original reprend un slogan anglais de la Seconde guerre mondiale. Il est également devenu un meme sur internet et a été détourné par de multiples produits dérivés (mugs, tee-shirts…).

  • Dean et Mary évoquent leurs rencontres précédentes. Les deux voyages temporels se sont déroulés lors des épisodes Au commencement (4-03) et Le Retour d’Anna (5-13). Le fantôme de Mary est apparu lors de La Maison des cauchemars (1-09).

  • Les personnages dont Sam visionne les morts quand il est torturé par Toni Bevell sont : Charlie Bradbury, Kevin Tran, Sarah Blake, Dean, Meg, Mary et Jessica.

  • Lors de sa mort, Mary Winchester avait 29 ans. Amara est censée l’avoir ressuscitée telle quelle (Mary porte la tenue de la célèbre scène de son incinération par les Yeux Jaunes), mais, lors de la diffusion de l’épisode, Samantha Smith a désormais 46 ans. Mais l’actrice a tant de présence que l’on oublie rapidement ce détail.

  • L’épisode devient le cinquième de Supernatural où Sam et Dean luttent contre de simples humains. Il succède à Les Chasseurs (1-15), Entre les murs (4-11), Façon Scooby-Doo (9-15) et Nos amis imaginaires (11-08).

  • Le spectaculaire retour de Castiel sur Terre s’inspire clairement de l’arrivée de Superman sur Terre, notamment telle que montrée dans Smallville. En octobre 2016, l’épisode est diffusé trois jours après le lancement de Supergirl sur The CW (la saison 1 de cette série fut programmée sur CBS).

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2. MAMMA MIA
(MAMMA MIA)

Résumé :

Dean est à son tour capturé et torturé par Toni, mais l’intervention de Mary inverse la situation. Mark Davies, chef des Hommes de Lettres anglais en Amérique, désavoue Toni et affirme aux Winchester vouloir collaborer avec eux. Il a toutefois secrètement fait appel au principal tueur de l’organisation, Arthur Ketch. Crowley échoue à enfermer Lucifer dans la Cage et s’enfuit, laissant Rowena aux mains du Diable.

Critique :

Succédant à Résurrection, Mamma Mia constitue manifestement le second volet d’un double épisode introductif ne voulant pas dire son nom. De ce point de vue, il présente la faiblesse de ne rien apporter de réellement nouveau à ce que présentait déjà le pilote de saison, aucune nouvelle ligne narrative ne se voyant ouverte. Par contre il sait talentueusement développer l’aspect familial du récit, soit l’atout maître de la période. Ainsi, après l’émotion première, le récit envisage avec finesses toutes les retombées du retour de Mary, parfois malaisées pour un Dean habitué à être le chef en tant que frère aîné et se trouve relégué au second rang. Un chemin encore plus difficile s’annonce avec Sam émerveillé par la découverte de cette mère qu’il n’a jamais connue, mais qui reste minée par la culpabilité d’avoir comme abandonné son nouveau-né aux Yeux Jaunes. Sur ce panorama flotte bien entendu le fantôme de John, à la fois socle de la famille reconstituée et profond élément de divergence, tant le souvenir qu’en conserve Mary diffère de celui qu’ont connu Sam et Dean durant toute leur jeunesse.

Portée par une excellente interprétation, cette très riche psychologique permet de relativiser la déception que représentent les Hommes de lettre anglais, toujours plus réduits à une brutalité atavique via Toni et dont les motivations demeurent floues (qu’ont-ils à gagner à vouloir se charger des monstres américains, en quoi se battre contre les Chasseurs va-t-il favoriser le combat commun contre les Ténèbres). On ressent une certaine gêne à voir Crowley et Rowena se confronter à l’Adversaire central de l’univers de Supernatural, tandis que les Winchester se cantonnent à une Opposition autrement moins convaincante. Rick Springfield apparaît très à l’aise dans le rôle d’un Lucifer dont le soudain côté Rock and Roll convient idéalement à la série comme à la légende noire de cette musique si américaine, mais comment ne pas demeurer nostalgique de l’irrésistible interprétation de Mark Pellegrino ? La saison va jouer beaucoup de son intérêt sur le sang neuf que va prochainement apporter, ou pas, le menaçant et mystérieux Mr Ketch.

Anecdotes :

  • Toni (Lady Antonia Bevell) est interprétée par Elizabeth Blackmore. Cette actrice, australienne et non anglaise, est notamment connue pour les rôles de Marianne dans Legend of the Seeker et de Valérie dans Vampire Diaries.

  • Le titre original est celui de l’un des plus grands tubes d’ABBA (1975). Celui-ci a également donné lieu à une comédie musicale à succès du West End (1999), adaptée ensuite au cinéma.

  • Le Comics lu par Crowley quand Lucifer arrive est le Superman n° 206. En date de 1968, sa couverture montre notamment Superman être enchaîné d’une manière similaire à ce que Crowley fera plus tard subir à Lucifer.

  • L’épisode devient le cinquième de Supernatural où personne ne meurt. Il succède à Le Prophète (4-18), Le Diable au corps (4-21), L'Échappée belle (10-17) et Les Liens du sang (11-23).

  • Dans le décor de l’hôtel, on remarque les paroles de la chanson Imagine, de John Lennon. Responsable des décors depuis le début de Supernatural, Jerry Wanek a indiqué qu’il avait éprouvé le besoin d’introduire de la sérénité après la tuerie survenue durant l’inter-saison, le 12 juin 2016, dans une boite de nuit LGBT d’Orlando.

  • Vince Vincente / Lucifer sera en tout joué dans trois épisodes par Rick Springfield, populaire artiste de Rock’n roll. Parallèlement à la musique, il mène une carrière de comédien depuis les années 70, apparaissant dans de nombreuses séries télévisées (Hôpital central, L’Homme qui valait trois milliards, Wonder Woman, Battlestar Galactica, Drop Dead Diva…). Il joue également son propre rôle dans quatre épisodes de Californication.

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3. CŒURS GELÉS
(THE FOUNDRY)

Résumé :

A la demande de Mary, Sam et Dean s’intéressent à un cas de maison hantée. Ils y découvrent les fantômes de plusieurs enfants. Mary admet souffrir de ne pas avoir vécu la jeunesse de ses enfants. Elle quitte temporairement le Bunker, ayant besoin d’être seule pour retrouver son équilibre. Castiel et Crowley s’associent contre Lucifer. Mais ce dernier est exilé au fond de l’océan après avoir été dupé par Rowena. Les trois décident de faire ensemble quand Lucifer sera revenu.

Critique :

L’épisode nous vaut un bel exemple de la qualité globale d’écriture de Supernatural, série pour laquelle un loner ne se résume que rarement à une simple Chasse de plus. Ainsi assiste-t-on à un joli dégradé de l’atmosphère. Après les émotions du lancement de saison, débuter par un petit déjeuner pétillant d’humour au sein de la Famille Winchester se montre particulièrement réjouissant… avant de progressivement s’immerger dans une affaire des plus sombres, avec comme point d’orgue Sam et Dean boutant cette fois le feu à dépouille d’un petit enfant. Supernatural n’est certes jamais tombé dans le piège consistant à décrire la Chasse comme une activité joyeuse, mais là elle se surpasse ! Le récit développe également avec sensibilité l’écho rencontré par cette dramatique histoire chez une Mary toujours habitée par la culpabilité concernant ses propres enfants.

 On pourra sourire de la voir réagir en se coupant les cheveux, pendant féminin du cliché voyant le héros masculin remonter sur le ring après s’être rasé la barbe, mais le jeu de Samantha Smith emporte l’adhésion. Et après tout cela correspond bel et bien aux nécessités de la Chasse. Le départ temporaire de Mary se voit pleinement justifié, ce qui apporte aussi de la liberté aux auteurs. L’épisode contribue également à crédibiliser la dissociation entre les Frères Winchester et l’opposition à Lucifer. Si Rowena apporte un précieux grain de sel, on apprécie particulièrement l’hilarante association entre Castiel et Crowley. Visiblement fort satisfaits l’un de l’autre, Misha Collins et Mark Sheppard se régalent avc cette version passablement décalée du binôme Good Cop / Bad Cop, encore un excellent thème de série dérivée qui ne verra pas le jour !

Anecdotes :

  • On entend Born to Be Wild, par Steppenwolf, quand les Winchester sont dans l’Impala.
  • Castiel et Crowley se font passer pour les agents Byoncé et Jay Z. des alias évidents. Les Winchester deviennent les Agents Shirley Padridge, Cassidy et Bonaduce. Il s’agit d’une référence à la sitcom musicale The Partridge Family (1970-1974, ABC). Le rôle principal en était tenu par David Cassidy, père de Katie Cassidy (Ruby I).

  • Le motel du jour est le Royal Funk. La couleur violette des chambres et l’insertion du Love Symbol dans la décoration constituent autant de références à Prince. Le chanteur était originaire du Minnesota, où se déroule l’action.

  • La scène de la moto a été largement improvisée par Jensen Ackles. Il s’agit d’une Norton Commando (1967-1977), une moto anglaise pouvant indiquer la présence de Ketch en coulisses.

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4. LE CAUCHEMAR DE MARGA
(AMERICAN NIGHTMARE)

Résumé :

Sam et Dean enquêtent après la mort étrange de plusieurs membres d’une famille très religieuse. Ils soupçonnent le fantôme de Marga, la benjamine récemment décède du clan. Mais ils découvrent que Marga est bien vivante et enfermée à la cave par ses parents prenant ses facultés psychiques pour de la sorcellerie. Elle tue inconsciemment en lançant des appels au secours. Magda est sauvée par les Winchester mais ultérieurement assassinée par Ketch.

Critique :

American Nightmare annonce clairement la couleur lors de sa séquence introductive remplie d'extraits d'extraits de très anciens épisodes. Outre que cela permet de vérifier une nouvelle fois à quel point la coupe de cheveux de Sam aura été davantage fluctuante que celle de Dean (on repère aussi facilement la saison qu'avec Dana Scully), ceci annonce un nouvel opus rétro, comme Supernatural aime à s'autoriser de temps à autres. Effectivement les éléments constitutifs de ce type d'épisodes vont par la suite se succéder efficacement, mais aussi sans surprise. A commencer par l'absence totale de Castiel et Crowley laissant Sam et Dean livrés à eux-mêmes comme au tout début de la série.Par ailleurs, on renoue ici avec la tonalité d'épouvante caractérisant les premiers jours de Supernatural, série s'étant progressivement édulcorée (avant même l'arrivée de Jack).

C'est notamment le cas avec un récit très à la Carrie et quelques morts en apparence mystiques mais authentiquement abominables. Le thème des Psychiques nous ramène également directement à l'emprise des Yeux Jaunes sur Sam, ici davantage mis en avant que Dean. La faille elle-même évoque un épisode comme Les Chasseurs (The Benders, 1-15), avec leur amour réel mais dévoyé jusqu'à en devenir profondément dérangeant, à l'instar de la Meute des X-Files. Autant d'éléments qui satisferont les nostalgiques, mais qui laissera sur sa faim le public espérant encore de la nouveauté de la part de la série. La cruelle et inattendue conclusion apportée par Ketch tombe à pic pour les rassurer en dramatisant l'émergence des Hommes de Lettres britanniques.

Anecdotes :

  • Quand Ricky Copeland est tué, l’iPod diffuse Golden Dunes, de The Budos Band.

  • Le titre original reprend celui d’une chanson des The Misfits, présente dans l’album Legacy of Brutality (1985). Elle fut tweetée par le scénariste Davy Perez peu de temps avant la diffusion de l’épisode.

  • L’épisode est le premier écrit par Davy Perez pour la série (pour un total de neuf en début de saison 15). Il est promu coproducteur de la série en saison 14.

  • L’horloge de parquet des Peterson est la même que celle de Chronos, dieu païen du Temps, dans l'épisode Les Incorruptibles (7-12).

  • Mr. Ketch est interprété par David Haydn-Jones, acteur s’étant fait connaître comme humoriste sur scène. Sa sombre version d’un James Bond passablement psychopathe et disposant d’armes et gadgets surnaturels demeure son rôle le plus marquant à la télévision. En début de saison 15, il a participé à 17 épisodes de la série et est devenu une figure régulière des conventions Supernatural.

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5.  FUREUR DE VIVRE
(THE ONE YOU'VE BEEN WAITING FOR)

Résumé :

L’attention des Winchester est éveillée quand l’Ordre de Thulé assassine une vieille dame pour s’emparer d’une montre à gousset. Celle-ci contient l’âme d’Hitler, que l’Ordre avait préservée en 1945. Désormais l’organisation veut ressusciter Hitler, à l’aide d’un hôte approprié. Aidés par un jeune membre de l’Ordre, Sam exécute le haut commandement de Thulé, tandis que Dean en termine avec Hitler ressuscité.

Critique :

The One You've Been Waiting For amusera les amateurs des New Avengers par sa reprise de l’idée de base du Repaire de l’Aigle ; un groupe de nazis s’efforçant de faire revivre Hitler. Bien tentendu le sel réside dans la manière opérée, puisque d’une hibernation somme toute très classique dans extrapolation scientifique, on passe ici à un fantastique tournant rapidement à la farce irrésistible ; En effet l’épisode se montre très rapidement amusant avec cette variation outrée sur le thème de Thulé, agrémentée de références geeks comme toujours très amusantes dans cette série (la référence à Indiana Jones était incontournable) et surtout d’’une avalanche d’effets gore surpassant le standard pourtant élevé de la production (beaucoup de flammes et de sang, beaucoup). Autour de ces Nécromanciens Zombies Nazis, on retrouve ainsi une surenchère permanente et joyeusement féroce, sur une tonalité nous ayant déjà valu au cinéma des succès scandaleusement jubilatoires, comme Dead Snow ou Iron Sky. Alors il ne s’agit certes pas de l’épisode le plus subtil de Supernatural, c’est bourrin copieux, mais l’accumulation d’énormités et de rebondissements scénaristiques effrénés divertira le spectateur.

L’effet comique consistant à faire s’écrouler en permanence le ciel sur la tête de la jeune fille en détresse de la semaine fonctionne redoutablement. Après toute cette orgie de violence (Dean a malheureusement du renoncer au lance grenades), le clou du spectacle consiste à montrer Hitler retrouvé non pas en génie du mal, mais en bouffon sanguinaire et fou, comme un Néron au rabais, une ironie mordante particulièrement destructrice. Décidément Supernatural sait divertir avec les figures les plus emblématiques du Mal, une précieuse spécificité. On regrettera toutefois l’écriture approximative du jeune nazi, alors que le personnage offrait de réelles potentialités. L’épisode confirme l’habilité de cette saison consistant à revenir en apparence aux loners d’enquêtes des premières saisons, afin de rompre avec l’élévation continue et feuilletonnante des enjeux, mais en fait osant beaucoup plus le décalé et l’audacieux, c’est finement joué.

Anecdotes :

  • Quand Nauhaus empêche Hitler de se suicider, on entend le mouvement final de la Symphonie n° 7 d’Anton Bruckner (1883). Quand l’Ordre de Thulé prépare le transfert de l’âme d’Hitler, on entend le prélude de L'Or du Rhin, de Richard Wagner (1869).

  • Il s’agit du troisième épisode où Sam et Dean sont confrontés aux Nazis de l’Ordre de Thulé. Les deux précédents étaient L'Ordre de Thulé (8-13) et L'Arche d'alliance (11-14).

  • L’âme d’Hitler est préservée dans une montre à gousset, ce qui constitue peut-être une référence à Doctor Who. En effet, tant le Docteur (Human Nature, 3-08) que le Maître (Utopia, 3-11) ont eu recours au même moyen pour y conserver leur essence de Seigneur du Temps.

  • Le titre original fait référence au lance-grenades de l'Impala. L'arme est présente dans le coffre de la voiture dès le pilote de la série et y a été aperçue de temps à autres depuis. Elle n’avait toutefois jamais été utilisée jusqu’ici et était devenue un sujet de plaisanterie et d’attente chez les fans. Dean lui-même a plusieurs fois indiqué avoir envie de s’en servir. Le lance-grenades n’est toutefois ici que brandi par Dean et les auteurs s’amuseront à insérer d’autres clins d’œil durant la saison 12. L’événement surviendra toutefois en fin de saison (Je vous salue Mary, 12-22), quand Dean s’en servira pour pratiquer une ouverture dans le Bunker.

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6. VEILLÉE FUNÈBRE
(CELEBRATING THE LIFE OF ASA FOX)

Résumé :

En 1980, le jeune Asa Fox fut sauvé d’un Loup-garou par Mary. Il devint un Chasseur de Démons réputé, avant de mourir en 2016. Mary, Sam, Dean et Jody se rendent à sa veillée funèbre, au Manitoba. Mais le Démon Jael vient perturber la cérémonie, tuant de Chasseurs et révélant qu’Asa a été tué accidentellement par son associé, Bucky. Joel est exorcisé et Bucky est renié par les Chasseurs. Billie propose à Mary, toujours troublée, de la ramener dans l’Au-delà. Mary refuse.

Critique :

Dans une époque antérieure, moins contaminée par l’informatique, Veillée funèbre aurait constitué le parfait scénario d’accompagnement pour le supplément « Chasseurs » du Jeu de Rôles papier « Supernatural ». En effet, l’opus expose avec beaucoup de saveur, d’humour et d’émotion, les us et coutumes de ce microcosme bien particulier que forment les Chasseurs de Démons américains. L’argument de la réunion se montre volontiers ludique, puisque empruntant dans le détail au Whounit à la Agatha Christe (les Anglais sont décidément partout, en ce moment), formule souvent divertissante et fort peu employée dans la série jusqu’ici. On se prête d’autant plus au jeu que, si Jael ne représente sans doute pas le plus mémorable des Démons des Carrefours, sa capacité de possession induit un fort appréciable suspense à la The Thing.

Mais c’est bien par son fond que l’opus nous touche le plus, avec son portrait sensible et pétri d’humanité de la communauté des Chasseurs : une grande famille que l’on n’avait que fugacement entrevu depuis la disparition du Road House des regrettées Jo et Ellen (évidemment évoquées ici). Une éclipse que la série justifie habilement par le statut particulier, à la fois glorieux et troublant qu’occupent désormais Dean et Sam de par leur relation avec les Puissances qui sont. Chaque Chasseur rencontré se voit habilement caractérisé et interprété, on apprécie d’ailleurs particulièrement que Supernatural y laisse la place à des figures féminines forte, à commencer par Mary et Jody, cette dernière confirmant qu’elle appartient désormais pleinement au clan. Les auteurs évitent également de verser dans l’hagiographie : les Chasseurs sont dépeints avec réalisme comme de grands blessés de la vie, la Chasse comme une drogue aliénante et la sanction d’exil intérieur frappe par sa cruauté.

Malgré tout, on demeure réellement ému par la force des liens perdurant sous l’apparente anarchie des Chasseurs, une force que ne saisissent pas les Britanniques imbus de leur organisation au contraire hiérarchisée, impitoyable et high tech. Un aveuglement qu’ils finiront par payer au prix le plus fort. Cette habile opposition établie entre les deux camps rivaux nous fait définitivement choisir notre camp, tant l’individu doit prévaloir sur le système. L’un des opus les plus originaux et aboutis de la saison, Veillée funèbre demeure également essentiel pour bien appréhender le si riche univers de Supernatural.

Anecdotes :

  • Durant le montage montrant comment Asa Fox est devenu un Chasseur, on entend Roll on Down the Highway, de Bachman-Turner Overdrive. Il s’agit d’un groupe canadien originaire du Manitoba, où se déroule l’action. Durant la veillée funèbre, on entend Man in the Box, d’Alice in Chains.

  • L’épisode est le premier de Supernatural à se dérouler au Canada ou à mettre en scène des Chasseurs canadiens, alors que toute la série a été tournée en Colombie britannique. 

  • Max indique avoir une préférence pour le Cinquième Pentacle de Mars. Cette figure entremêlant mysticisme et astrologie remonte à la Renaissance et est censée être particulièrement protectrice contre les Démons et autres esprits du Mal.

  • Randy s’étonne que Dean soit déjà mort quatre fois. Ces événements sont survenus lors des épisodes suivants : Les Chiens de l'enfer (3-16, tué par un Molosse infernal, ressuscité par Castiel), Axis Mundi (5-16, tué par Walt, ressuscité par Joshua), L'Assaut final (7-23 supposé mort, précipité au Purgatoire) et Le Faiseur de miracles (9-23, poignardé par Métatron, ressuscité par la Marque de Caïn sous forme de Démon).

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7. ANGUILLE SOUS ROCK
(ROCK NEVER DIES)

Résumé :

Vince Vincente, star sur le déclin du Rock and Roll, est désormais le Vaisseau de Lucifer. Lucifer prépare un grand concert destiné à piéger le public. Pour y parvenir, il n’hésite pas à assassiner les musiciens et l’agent de Vince quand ils lui mettent des bâtons dans la roue. Sam, Dean, Castiel et Crowley parviennent à empêcher le projet. Lucifer disparaît après avoir révélé qu’il sombrait désormais dans le  nihilisme, suite au départ de Chuck .

Critique :

Anguille sous Rock apparaît de prime abord comme un épisode à part au sein de Supernatural, série où bien peu d’intrigues se déroulent au sein d’une grande ville, ou relèvent de quelque façon que cela soit de la Fantasy urbaine. Nouvel opus thématique, son focus porté sur le Rock’n Roll lui permet néanmoins de rejoindre l’univers de la série. D’ailleurs son titre anglais synthétise en trois mots la bande-son de quinze saisons ! L’approche satirique de Los Angeles et d’Hollywood se montre certes très divertissante, notamment grâce à des dialogues affûtés et à la reconstitution de l’hilarant duo antagoniste formé par Castiel et Crowley. Mais, outre que ceci résulte assez superficiel, l’ambition de l’épisode se voit clairement contrecarrée par le manque de moyens de sa mise en scène. Durant les années 2010, on aura rarement autant d’inserts évidents et de plateaux en studios pour reconstituer une destination, on en st littéralement revenu à ce que pouvoir proposer des séries 60’s comme Le Saint, Destination Danger, ou parfois Chapeau Melon, d’où un tenace sentiment d’artificialité.

Le volet Rock convainc bien davantage, car la survenue de Lucifer permet un joli portrait en coupe de la Musique du Diable, comme elle fut initialement désignée par ses contempteurs. Sa légende noire et son défilé de morts précoces se voient ainsi abordés de même que les mille et un petits travers de son petit monde, on se croirait d’ailleurs par moments dans l’épatante saison 6 de Californication. On s’amuse beaucoup, avec bien évidemment un Crowley comme un poisson dans l’eau au sein de cet univers. Le récit évoque également avec force la richesse et l’inaltérable vitalité de cette musique, de même que le rapport fusionnel existant entre stars et public, On trouve d’ailleurs ici la véritable justification de la présence de Rick Springfield, dont l’agréable Lucifer n’aura pas rivalisé avec celui de Mark Pellegrino. De quoi volontiers pardonner un scénario dont l’argument se résume essentiellement à une longue partie de cache-cache assez peu structurée entre les Winchester et le Diable. L’aveu de son trouble existentiel par ce dernier, suite au départ de Chuck se montre étonnamment émouvante, tout en dramatisant encore la menace qu’il représente.

Anecdotes :

  • De nombreuses chansons rock sont entendues tout long de l’épisode, au bar, au club, à l’hôtel, etc. Au club Meteor, Ladyheart (le groupe de Lucifer) interprète Black Messiah, chanson spécialement écrite et composée par le scénariste Robert Berens et le compositeur Jay Gruska. Ce dernier a écrit des musiques originales pour de nombreuses séries (Lois et Clark, Charmed). Pour Supernatural, il a notamment composé le générique des Ghostfacers et plusieurs chansons de l’épisode musical 200.

  • L’étoile aperçue sur le célèbre Walk of Fame est celle de Milt et Bill Larsen, deux frères ayant été de grandes vedettes de la prestidigitation depuis les années 50. Ils ont créé à Hollywood le spectaculaire Magic Castle (1963), servant de club et d’académie dédiés aux spectacles de magie. David Copperfield a notamment été leur élève.

  • Le montage et sa musique montrant Beverly Hills constituent un clair clin d’œil au générique de la série culte Beverly Hills 90210 (1990-2000). Durant l’été 2019, la série effectue un retour ébouriffant, hilarant et totalement méta.

  • Lucifer a lu de nombreuses biographies de stars du Rock. Dans sa chambre d’hôtel, on remarque notamment celles de Led Zeppelin, Guns N' Roses, Jim Morrison et Johnny Cash. Le Seigneur  des Ténèbres a bon goût.

  • Lucifer surnomme ses ennemis The Little Rascals. Il s’agit d’une série de courts métrages (Les Petites Canailles, 1922-1944) mettant en scène les aventures d’enfants turbulents et gaffeurs.

  • Dean indique que la dernière Chasse menée avec Sam à Los Angeles remonte à une dizaine d’années. L’épisode Le Chef-d’Œuvre de l’horreur s’insère effectivement en saison 2 (Hollywood Babylon, 2-18).

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8. LE NEPHILIM
(LOTUS)

Résumé :

Lucifer prend le Président des États-Unis comme nouveau Vaisseau. Par ailleurs, il commet l’acte de chair avec l’assistante du Président, Kelly Kline. Tombée enceinte, Kelly est destinée à donner naissance à un Nephilim, puissante créature mi-humaine, mi-angélique. Aidés par Kelly et Ketch, Sam et Dean exorcisent Lucifer Mais ils sont arrêtés par le Service Secret, pour qui ils ont tenté d’assassiner le Président. Kelly refuse d’avorter et s’enfuit avec Castiel.

Critique :

Après plusieurs épisodes réussis, force est de constater que la saison connaît ici un léger trou d’air.  L’épisode est certes loin de représenter une catastrophe, le récit ne connaît pas de temps mort et bénéficie de quelques-uns des atouts de cette saison certes inférieure à la précédente, mais restant le plus souvent de qualité. Le duo improbable formé entre Castiel et Crowley tient de nouveau toutes ses promesses. Il se confirme que l’on tenait décidément là un intéressant sujet pour un éventuel spin off. Mr Ketch, l’exécuteur des hautes œuvres des Hommes de Lettres apporte un pastiche de 007 très réussi, avec ses gadgets mystiques joyeusement débiles et son tempérament du tueur bon teint. Mais le recours au Président des États-Unis (POTUS) est tellement exogène à l’ADN de la série que l’on se dit que les scénaristes ont vraiment eu une panne d’inspiration.

Succédant à l’intéressant épisode dédié à l’esprit du Rock and Roll, où il manifestait un nihilisme nouveau et très porteur, c’est ici Lucifer qui devient le point faible du récit. Visiblement les auteurs ne savent plus que faire de Lui, c’est la nouvelle inquiétante du jour, car tout ce qu’il a accompli ici et exprime aurait très pu l’être par un puisant démon. Or le Sombre Seigneur a toujours été le Principe premier du Mal, doublé d’un fou magnifique. On ne peut pas réduire Lucifer à un démon supérieur de plus, comme la série en a tant connu. Certes l’arc de l’Antéchrist s’annonçant ne manque pas d’attraits, tandis que le côté geek de la série suscite déjà des clins d’œil à Damien, mais cela ne compense pas cette éclipse temporaire.  Même si ses successeurs n’ont pas failli, Lucifer ne s’est jamais vraiment remis du départ de Pellegrino, avec qui il était devenu consubstantiel. Ce inal de mi-saison suscite en définitive davantage d’interrogations que d’enthousiasme.

Anecdotes :

  • Le titre original est un jeu de mots sur l’acronyme POTUS (President of the United States), Lucifer remplaçant ici Président.

  • Diffusé le 08 décembre 2016, l’épisode marque l’arrivée de la traditionnelle pause liée aux Fêtes de fin d’année. L’épisode suivant surviendra le 26 janvier 2017.

  • Le motel vu dans l’épisode est également celui prenant place dans le pilote de la saison 11 des X-Files, Mon Combat III.

  • Courtney Ford (Kelly) est une figure régulière des séries américaines : Dexter, True Blood, Revenge, Castle, etc. Elle joue actuellement la magicienne Nora Darhk dans DC’s Legends of Tomorrow, avec son mari Brandon Routh.

  • La prise de possession très lumineuse d’un Vaisseau par un Ange n’avait pas été vue depuis l’épisode Le Pénitent (4-20).

  • Sam estime que le Président est gardé comme le Diamant Hope. Ce diamant bleu, l’un des plus chers au monde (45,52 carats) a la réputation d’être maudit. Plusieurs de ses propriétaires ont en effet connu un destin tragique. Conservé sous haute garde au National Museum of Natural History de Washington, il est le deuxième objet d’art le plus visité au monde, après la Joconde.

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9.  LE DEAL DE BILLY
(FIRST BLOOD)

Résumé :

Après deux mois passés au secret dans un site gouvernemental de haute sécurité, les Winchester parviennent à s’enfuir en simulant leur mort. Grâce à Mick, ils sont retrouvés par Castiel et Mary, ce qui incite celle-ci à collaborer avec les Anglais. Mais leur fausse mort a été suscitée par Bille, après la signature d’un pacte : un Winchester doit définitivement mourir à minuit. Pour sauver ses amis, Castiel tue Billie, quitte à risquer de bouleverser l’ordre cosmique.

Critique :

L'épisode souffre d'une longue première partie très morne voyant les Bros se morfondre en prison, sans qu’il ne se déroule pas grand-chose autour, hormis une vague chasse menée par Mary, dont on n’aperçoit que quelques fragments (assez goûteux il est vrai la découpe, il n’y a que ça de vrai). On comprend que l’on cherche à installer une désespérance chez nos héros, les conduisant à signer un nouveau pacte aux conséquences dramatiques. L’enfermement est très bien filmé et les acteurs se montent convaincants mais le postulat de départ ne tient pas. On a vu les Winchester et Castiel relever trop de défis insensés, leur univers à trop minoré les forces de l’ordre, pour faire croire maintenant à une mise en échec les conduisant à une mesure autant désespérée que celle entreprise avec la Faucheuse. C’est d’autant plus vrai que le scénario multiplie les contorsions, comme Castiel et Mary subitement inertes, ou Crowley ayant comme par hasard des hommes à lui partout dans l’appareil d’état, sauf là, précisément.

Tout s’anime enfin dans le dernier segment, avec l’évasion conduisant à une résolution ultra brutale par des Winchester se la jouant Rambo sans concession (Sam, et Dean furibards, c’est quelque chose) et la résolution impitoyable du pacte par Castiel, avec un Misha sortant une nouvelle fois le grand jeu. On apprécie surtout que les Hommes de lettres anglais s’immiscent une nouvelle fois dans la partie encours, toujours aussi arrogants, classieux et perfides, British style. L’élévation de leur menace et de leur mainmise sur les Chasseurs de démons américains constitue d’ailleurs la meilleure nouvelle de l’opus. Même s’il est sauvé par son dernier quart d’heure, l’épisode manque toutefois de dimension et d’éclat pour un pilote de mi-saison.

Anecdotes :

  • Durant la séquence récapitulative The Road So Far, on entend If You Want Blood, d'AC/DC. Durant la discussion au bar, on entend En el Cielo No Hay Cerveza, de Flaco Jimenez.
  • La période de silence de Sam et Dean ne prend fin qu’à la 23e minute. Les auteurs ont voulu créer un récit quelque peu conceptuel à l’occasion du 250e épisode de la série.

  • Le titre original reprend celui du premier opus de la saga Rambo (1982), disparu en version française. Le titre français du roman adapté au cinéma reste toutefois Premier sang.

  • La Faucheuse Billie, ennemie des Winchester, est tuée ici par Castiel. Elle ne va pas pour autant quitter la série, l’événement allant lui permettre de devenir le nouvel avatar de la Mort.

  • La machine à écrire utilisée par Mick Davies s’inspire fortement de l’Enigma, qui servait à codifier les messages de l’armée britannique durant la seconde guerre mondiale. La machine a également été reprise dans la série Fringe, pour les messages entre univers.

  • Mick Davies est interprété par Adam Fergus, acteur irlandais également connu pour le rôle régulier d’Adam dans Les vies rêvées d'Erica Strange (2009-2011).

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10. LILY SUNDER
(LILY SUNDER HAS SOME REGRETS)

Résumé :

Les Winchester et Castiel mènent l’enquête quand sont assassinés des Anges étant d’anciens amis de ce dernier. Ils ont victimes de Lily Sunder, victime faisant appel à la magie pour tuer ce groupe d’Anges. Jadis elle fut l’épouse d’un Ange, que le groupe exécuta pour ce crime, ainsi que leur fille. Or l’enfant n’était un Néphilim le complot fut ourdi par un Ange jaloux. Castiel tue celui-ci et présente ses excuses à Lily. Celle-ci part après lui avoir pardonné.

Critique :

Lily Sunder constitue le premier opus angélique de la saison, d’où de fortes attentes car les Anges dystopiques de Supernatural demeurent l’une des créations les plus originales et audacieuses de cette série. La réussite est au rendrez-vous, malgré quelques imperfections. Ainsi on peut regretter la dramatisation trop téléphonée autour du Néphilim à venir, cette évocation d’un cas antérieur tombant à point nommé juste après les démêlés initiés dans LOTUS. Tout ceci manque un peu de finesse, d’autant que l’on se demande bien comment Lily aurait pu anticiper la Chute des Anges.

Par ailleurs, les séquences rétro, tournées avec talent par John Badham, auraient mérité bien davantage d’espace : ici l’on ne va pas beaucoup plus loin de ce que pouvait proposer un épisode standard d’Highlander. Sans doute aurait-il fallu dédié tout un épisode à cette séquence (mais peut-on seulement imaginer Supernatural sans Sam ni Dean ?), puis un deuxième centré sur Lily Sunder. Mais si ces flashbacks ont comme un goût de trop peu, c’est bien du fait de leur grand intérêt. Interprétés avec beaucoup de sentiment par d’excellents acteurs (dont le toujours parfait Ian Tracey), ils mettent en scène des Anges complexes et tourmentés, avec une captivante dynamique de tragédie antique.

Les changements de Vaisseaux survenus entre les deux époques s’avèrent particulièrement marqués ici du fait du montage. Il en découle que les changements d’ethnie ou de genre, déjà survenus par le passé, sont ici particulièrement mis en avant pour différents Anges. Que les sentiments perdurent malgré tout situe Supernatural bien davantage dans les thématiques actuelles que l’image que l’on se fait habituellement de la série, d’autant que récit vitupère l’attitude suprématiste des Anges vis-à-vis des Humains. Évidemment le fait que, notamment Castiel ait jadis été une femme plaira aux tenants de Destiel... On apprécie également la performance d’Alicia Witt, qui sait doter Lily d’une vraie présence tout en exprimant à merveille le resserrement émotionnel de son âme.

La sombre magie énochienne, sacrifier des parcelles de son âme pour s’en prendre aux Anges, étend encore la vaste mythologie de la série, tout en paraissant plus convaincante que le si pratique Livre des Damnés de Rowena. L’opus nous délivre enfin des éléments d’autant plus précieux du passé de Castiel que ceux-ci restent très rares. L’Ange du Jeudi représente en effet un paradoxe vivant : au combien présent depuis la saison 4, on le connaît par cœur, mais la majeure partie de son parcours nous demeure un livre fermé. On se dit qu’il y avait peut-être là le sujet pour une série dérivée, une de plus.

Anecdotes :

  • L’épisode est le deuxième de la série à s’intéresser au passé de Castiel. Il avait été précédé par L’Ange déchu (6-20).

  • Alicia Witt (Lily Sunder) fut une enfant star dans les années 80, jouant notamment Alia, sœur de Paul, dans le Dune de David Lynch (1984). Outre de nombreuses participations à des séries et à des films indépendants, elle est connue aux USA comme vedette des rituels téléfilms de Noël. Elle en tourne quasiment un chaque année depuis le début des années 2010, pour Hallmark Channel.

  • Le jeu vidéo auquel joue l’Ange Benjamin est Rampage. Ce jeu d’arcade avait fait sensation en 1986, car on y jouait trois monstres détruisant des villes, mangeant les habitants et s’opposant à l’arme américaine. En 2018, ce jeu culte des 80’s a été adapté au cinéma, avec Dwayne Johnson, mais aussi Jeffrey Dean Morgan.

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11.  C'EST QUI DEAN ?
(REGARDING DEAN)

Résumé :

Victime d’un sortilège, Dean perd de plus en plus la mémoire. Afin de sauver son frère, Sam part en guerre contre une famille de druides. Il reçoit la précieuse aide de Rowena, qui connaît ce clan de longue date. Dean lui-même intervient de manière déterminante, grâce à des instructions laissées par Rowena. Sam et Dean reconnaissent être en dette envers la Sorcière, mais refusent néanmoins de lui laisser le grimoire des druides !

Critique :

Regarding Dean s’inscrit dans la tradition des épisodes isolés n’apportant rien de bien novateur ou de fondamentalement ambitieux, mais manifestant néanmoins suffisamment de savoir-faire pour accrocher l’intérêt. Une telle figure est rendue indispensable par la formule des saisons comportant une vingtaine d’épisodes, à laquelle, Supernatural sera, à peu près, demeuré toujours fidèle, mais qui a du plomb dans l’aile aujourd’hui. Reste que la série va ici s’en sortir fort honorablement. Ce n’est certes pas la première fois que Dean se voit soumis à une malédiction variant du cocasse au tragique, mais alors que la plupart des récits précédents partent de l’humoristique pour parvenir au poignant, ici le stout s’entremêle dans le tragi-comique. Il reste ainsi émouvant de voir Dean si heureux en ayant oublié la Chasse, tandis que le système des notes à la Memento fonctionne à plein régime. La situation permet à Jensen Ackles de monter toute la variété de son talent, même si on lui trouve une saveur particulière dans le domaine comique.

Véritable co héroïne de l’épisode, Rowena quitte s’affranchit ici des épisodes mythologiques pour désormais participer aux stand-alones, un indice supplémentaire de son enracinement dans l’univers de la série. Toujours aussi amusante et badass, la Sorcière nous divertit toujours autant, d’autant que les auteurs savent conjuguer sa cruauté avec une complicité toujours plus marquée avec Sam et Dean (qui veillent au grain, tout de même !). Une évolution similaire à celle de Crowley, mais davantage marquée encore. L’épisode sait aussi soigner la caractérisation de son trio de druides maléfiques, se montrant volontiers ambitieux pour celles qui demeurent avant tout un prétexte à la mésaventure de Dean. Décidément il en faut plus que le Pouvoir des Trois pour prendre le dessus sur le clan Winchester !

Anecdotes :

  • Durant le montage final, on entend Broomstick Cowboy, de Bobby Goldsboro. Quand Catriona torture Rowena, elle chante Raggedy Ann, de Tirra Dent. Raggedy Ann est une poupée de chiffon aussi rousse que Rowena, héroïne d’une série de romans pour la jeunesse des années 1920. En 2014, elle inspire le film d’horreur Annabelle.

  • Le titre original reprend celui du film Regarding Henry, à propos d’un avocat devenu amnésique après avoir reçu une balle dans la tête (A propos d’Henry, 1991, avec Harrison Ford).

  • Dean et Sam se font passer pour les Agents Entwistle et Moon, une allusion à John Entwistle et  Keith Moon, des The Who.

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12. LA LANCE DE MICHEL
(STUCK IN THE MIDDLE (WITH YOU))

Résumé :

À travers une chronologie déstructurée, nous suivons les étapes de l’affrontement entre le clan Winchester et un puissant Démon nommé Ramiel. Crowley lui a jadis offert la Lance de l’Archange Michael en échange du Trône et Ramiel s’en sert pour abattre Castiel. Sam l’abat avec la Lance, qui est brisée pour sauver Castiel. Ramiel possédait également le Colt, que Mary récupère pour le compte des Anglais. Crowley parvient à enchaîner Lucifer.

Critique :

L'épisode se révèle un très amusant pastiche du cinéma de Quentin Tarantino. Outre une brillante déstructuration de la narration en mode Pulp Fiction, l'habile réalisation de Richard Speight Jr. nous vaut plusieurs beaux faits d'armes. Entre autres, on pourrait citer la scène d'ouverture voyant le Clan Winchester discuter dans une cafétéria à la Reservoir Dogs, Castiel (fatalement Castiel) saigner continuellement durant tout l'épisode tel Mr. Orange, ou un magnifique Mexican standoff s'instaurer entre les Winchester et Ramiel. Cette spectaculaire figure de style - une confrontation armée sans vainqueur possible - est en effet appréciée par Tarantino qui en a peuplé ses films (Pulp Fiction, Inglourious Basterds ou encore Reservoir Dogs), à l'image de ses mentors John Woo et Sergio Leone. L'opus est d'ailleurs baigné par une musique évoquant les films de ce dernier.

Mais le véritable mérite de cet épisode consiste à ne pas se contenter de cet exercice de style effectivement très réussi. Bien au contraire, tout au long d'une narration électrique, événements et révélations relancent l'ensemble de la saison. L'entrée en lice des Princes de l'Enfer dévoués à Lucifer et la réapparition du Colt mythique frappent ainsi les esprits et complètent des éléments clefs de la mythologie de Supernatural. Mais le vrai bouleversement survient quand Mark Pellegrino reprend le rôle d'un Lucifer aussitôt asservi magiquement par Crowley. La série bascule dans l'inconnu, tandis que la confrontation aux Enfers atteint un palier inédit. Le récit sait toutefois ne pas ensevelir ses protagonistes sous les péripéties et accorde une belle place aux personnages. La réussite de l'épisode montre à quel point la saison 12, sans certes atteindre les sommets de la précédente, sait demeurer pleinement vivante et palpitante.

Anecdotes :

  • L’épisode est le deuxième réalisé par Richard Speight Jr.. Il comporte de nombreuses références aux films de Tarantino, en particulier Reservoir Dogs et Pulp Fiction : style de mise en scène (ralentis, panoramas), reprises de dialogues et de scènes, ambiance musicale (avec aussi des références à Sergio Leone), narration non linéaire, etc.

  • Le titre original est celui d’une chanson des Stealers Wheel figurant dans la bande son de Reservoir Dogs.

  • L'épisode est marqué par deux retours : celui, temporaire, du Colt mythique et celui de Mark Pellegrino dans le rôle de Lucifer. Cette reprise n'était pas prévue initialement (Lucifer devait continuer à occuper des Vaisseaux successifs), mais les fans se mobilisèrent massivement pour le retour de leur interprète préféré du meilleur ennemi de Sam et Dean. L’air chantonné par Lucifer en fin d’épisode est le thème de la série Colt .45 (1957-1960).

  • Avec Ramiel, l’épisode introduit la notion des puissants Princes de l’Enfer, soit la seconde génération de Démons créée par Lucifer, après Lilith. Ils sont au nombre de quatre, dont Azazel (les Yeux jaunes sont leur signe distinctif). Seuls Dagon et Asmodeus sont encore cachés et en vie, ils se révéleront ultérieurement. Dans le Livre d’Hennoch, Ramiel (ou Rémiel) est le chef des Anges déchus pour avoir épousé des humaines.

  • La peinture dissimulant le Colt chez Ramiel est Saint Michel terrassant le démon (1518), de Raphaël. On y aperçoit la fameuse lance, objet de l’épisode. Offerte par le Pape Léon X à François Ier, l’œuvre est visible au Louvre.

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13. L'ÉTOILE
(FAMILY FEUD)

Résumé :

Sam et Dean enquêtent sur des meurtres commis par un esprit vengeur, qui se révèle être celui de Fiona, la fiancée du fils de Crowley, Gavin. Celui-ci retourne dans son époque pour sauver Fiona et son époque, quitte à en périr. Deux Anges s’apprêtent à tuer Kelly pour empêcher la naissance du Nephilim, mais il sont abattus par Dagon. Le troisième Prince de l’Enfer est aux ordres de Lucifer, qui compte sur son fils pour reprendre l’avantage sur Crowley.

Critique :

L'opus a pour mérite d'illustrer à quel point Supernatural, saison après saison, demeure une série plaçant la notion de famille en son centre. Outre celle des Winchester, le récit s'appuie en effet sur celles de Crowley et Lucifer, chacune dysfonctionnelle à sa manière, mais aux liens pareillement intenses. Malheureusement l'histoire se divise en de trop nombreuses sous-intrigues, chacune demeurant cloisonnée, sans souffle global. Certaines parties se voient même réduites à du quasi purement informationnel, comme lorsque Mary révèle à Sam et Dean sa collaboration avec Ketch. Le segment le plus développé se centre sur le fils de Crowley, qui se révèle toujours aussi fadasse, tandis que sa promise Fiona constitue un esprit vengeur certes convaincant, mais qui ne distingue pas vraiment des nombreux autres déjà alignés par Supernatural.

Heureusement Crowley et Rowena continuent à susciter davantage d'étincelles, tandis que d'autres à-côtés viennent heureusement pimenter l'opus. Entre scènes enneigées, assez rares au sein de la série, et manifestations de l'esprit, la mise en scène nous ménage quelques jolis moments. Certes bien loin de l'entité de Lovecraft, Dagon s'avère néanmoins une adversaire coriace et souvent amusante par son humour vache. La confrontation entre Crowley et Lucifer continue de former une série dans la série d'autant plus divertissante que se sont bien trouvés. Évidemment, même quand l'Archange est au creux de la vague, l'issue ultime du combat ne fait guère de doute, mais le duel sait jouer davantage du brio de Crowley que d'un suspense classique. De quoi rehausser quelque peu redorer un épisode en soi assez peu savoureux.

Anecdotes :

  • Durant le montage final, on entend Playing with Fire, des The Rolling Stones.
  • Le titre original est celui d’un populaire jeu télévisé voyant deux familles tâchant de deviner les réponses les plus répandues à des questions diverses (depuis 1976 sur ABC, Une Famille en Or en France).

  • Dagon, troisième des Princes de l’Enfer, fait ici son apparition, elle va participer à trois épisodes de la saison. Originellement un dieu des Philistins, Dagon a également été repris par Lovecraft dans le Mythe de Cthulhu. Ce Grand Ancien est le dieu aquatique adoré par Ceux des Profondeurs résidant à Innsmouth, le Culte Ésotérique de Dagon. La culture populaire américaine l’a ensuite incorporé comme un dieu du Mal. Dans Donjons et Dragons, il devient ainsi l’une des divinités primordiales de l’Abysse, le maître du Démogorgon popularisé par la série Stranger Things.

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14. RAID SUR LES VAMPIRES
(THE RAID)

Résumé :

Afin de démontrer leur efficacité, les Anglais ont commencé à exterminer l’intégralité des Vampires américains. Contrairement à Sam, approché par Mary, Dean reste hostile jusqu’à ce que Ketch lui fasse participer à la destruction des Vampires. Le Vampire Alpha attaque le QG des Anglais et provoque un massacre, avant d’être abattu par Sam armé du Colt. Sam décide de rallier les Hommes de Lettres anglais et Dean accepte sa décision, tout comme celle de Mary

Critique :

Toute l’action autour du raid vampirique dans la base des Hommes de Lettres se montre riche en rebondissement et féroces péripéties, ce qui vaut à l’épisode de demeurer certainement très prenant. On apprécie de voir travailler Sam et Mary en tandem, une association quasi inédite, de même que le dénouement astucieux de la situation. Même si Mick Davies y joue un rôle non négligeable, l’impact pris par l’intervention de Sam illustre à que point, malgré leur arsenal et leur organisation, les Anglais restent tributaires du sens de l’initiative des Chasseurs. Le récit sait également accorder au Vampire Alpha, ennemi de longue date toujours très classieux, la sortie de scène qu’il méritait, au cours d’une ultime intense confrontation et avec un emploi du Colt qui ravira évidemment les fans.

Si le projet d’éradiquer tous les Vampires d’Amérique du Nord titillera agréablement l’amateur de Buffy contre les Vampires, le recrutement de Sam et Mary par les Hommes de Lettres décevra par contre celui d’Angel. En effet on ne retrouve pas ici la résonance que présentait l’absorption d’Angel Investigations par Wolfram & Hart, couronnement de l’inexorable parcours moral des héros. Ici, même si l’on comprend les motivations de nos amis, la manœuvre apparaît comme un simple accident de parcours, exogène au dessein profond de la série. C’est d’autant plus vrai que l’autonomie préservée de Dean lasse entrevoir un piège, ce que confirment les perversions de Toni et Ketch, tortures et meurtres, là où Mick ressort au mieux comme une dupe. Une péripétie que l’on devine déjà passagère et qui ne vient pas contrebalancer l’impression que la trame principale de la saison repose sur la venue prochaine du Nephilim.

Anecdotes :

  • La bouteille de Scotch Whisky avec laquelle Ketch vient fraterniser avec Dean ressemble beaucoup à celle du Glendronach Scotch Whisky. Une bouteille de cet alcool réputé peut se commercialiser jusqu’à mille livres l’unité.

  • Le Vampire Alpha quitte ici la scène, abattu par le Colt manié par Sam. Le plus ancien des Vampires, jadis créé par Eve, était apparu en saison 6, avant de participer à cinq épisodes.

  •  Sam déclare avoir rencontré le Vampire Alpha cinq ans plus tôt, à Hoople, dans le Nord Dakota. Ceci correspond à l’épisode L’Arme fatale (7-22), or leur première rencontre remonte à Entretien avec un Vampire (6-07).

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15. DE MAUVAIS POIL
(SOMEWHERE BETWEEN HEAVEN AND HELL)

Résumé :

Sam entraîne Dean sur une affaire secrètement indiquée par Mick : un molosse infernal tue des humains n’ayant pas contracté de Pacte démoniaque. Crowley leur révèle que la bête a échappé à son contrôle, étant loyale envers Lucifer. Il les aide Sam à le tuer. Désormais informé de la collaboration avec Mick, Dean accepte de lui donner une chance. Lucifer est sur le point de s’échapper mais Crowley lui révèle cruellement que c’est son Vaisseau qui est ensorcelé, non ses chaînes.

Critique :

La chasse au Molosse Ramsey se montre volontiers divertissante, d’autant que Jensen Ackles, Jared Paladecki et Mark Sheppard s’amusent visiblement beaucoup du crapahut en forêt et savent rendre communicative leur bonne humeur. Les scènes en extérieur et l’affrontement final se voient tournées avec efficacité et Gwen Hernandez (épatante Angélique Rivera) constitue une belle rencontre,d  d’autant que les personnages hispaniques demeurent une rareté dans Supernatural, il faut bien le constater. La confrontation finale entre Crowley et Lucifer compose un monument de cruauté ironique, d’autant qu’elle est portée par deux merveilleux comédiens totalement investis dans leur personnage, pour l’un des sommets de cette très réussie série dans la série que représente ce duel. Autant d’éléments rendant l’épisode fort prenant, mais, si l’on ne s’y ennuie certes pas, il n’en porte pas moins témoignage d’une évolution pas toujours positive d’une série toujours plus amusante et moins effrayante.

Ainsi, lors des premières saisons, notamment lors de l’Heure Zéro de Dean ou Bela, ces monstres suscitaient de purs moments d’effroi ou d’horreur. Ici la bête devient un monstre relativement facile à chasser, dépouillé de son angoissante invisibilité pour des héros secondés par le Roi de l’Enfer. On se situe bien loin du contre la montre haletant de Les Chiens de l'enfer (3-16). Lucifer aussi continue a plus se développer dans la veine comique (ici face aux Démons qu’il vaporise), même si heureusement Mark Pellegrino préserve son aura. Les deux fils de la saison (Lucifer et les Hommes de Lettres), continuent aussi à cohabiter sans interactions autres que ponctuelles. Autant d’élément pouvant se ressentir comme une perte d’intensité, même si le récit sait en prendre acte avec talent.  Au moins la série sait-elle s’épargner un énième drame éphémère entre les deux frères, à propos de la collaboration avec les Anglais.

Anecdotes :

  • Le titre original reprend celui d’un album du groupe punk Social Distortion (1992).

  • Dean possède une batte de base-ball entourée de fil barbelé et déclare que son père l’appréciait. Il s’agit d’un clin d’œil à l’arme de prédilection de Negan dans The Walking Dead, dont Jeffrey Dean Morgan venait alors de prendre de rôle.

  • Castiel se fait passer pour l’Agent Solange, une référence à la chanteuse Solange Knowles, sœur de Beyoncé. Sam et Dean se font passer pour les Agents Baker et Clapton, Ginger Baker et Eric Clapton ayant été des membres du groupe Cream.

  • Mick Davies est référencé dans le téléphone de Sam comme étant « Frodo ». Il était déjà « le Hobbit » dans celui de Mary.

  • Le molosse infernal se nomme Ramsey, un possible clin d’œil à l’ignoble personnage de Game of Thrones aimant à employer de tels animaux contre ses victimes.

  • Nouveau leader du paradis, Joshua avait déjà été rencontré par Sam et Dean lors de l’épisode Axis Mundi (5-16). Les Winchester avaient déjà eu recours aux lunettes permettant de voir les Hellhounds lors de l’épisode Les trois épreuves (8-14).

  • La glacière verte utilisée comme arme par Gwen contre le Molosse est un modèle Coleman de 1959. Elle est devenue une possession des Winchester régulièrement vue depuis la saison 3. Associée aux moments de détente de Sam et Dean (elle contient le plus souvent des packs de bière), elle est devenue populaire auprès des fans. Dans l’épisode Baby (11-04), la tête tranchée du Monstre de la semaine y prend place auprès des bouteilles. En 2014, Jared y a recours pour sa vidéo du populaire Ice Bucket Challenge.

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16. ÉMANCIPATION
(LADIES DRINK FREE)

Résumé :

Désirant faire ses preuves sur le terrain, Mick accompagne Sam et Dean dans une Chasse au Loup-Garou. Or Claire enquête également sur l’affaire, sans l'avoir dit à Jody. Elle est mordue par le monstre, mais ses trois compagnons d'aventure parviennent à la sauver. Si cette Chasse permet de vérifier la cruauté des Hommes de Lettres anglais, Mick devient moins insensible envers les victimes grâce à Sam et Dean. Leur amitié est scellée.

Critique :

Avec une nouvelle chasse au Loup-Garou, le thème d’Émancipation pourrait sembler rebattu, mais en soi l’évolution de la série apporte de la nouveauté, avec une approche moins manichéenne du monstre. Là encore on a fait du chemin depuis un épisode aussi sombre et désespéré que le fut Les Loups-garous (2-17), en son temps. Surtout, les auteurs vont s’échiner à pimenter cette affaire grâce à des apports extérieurs. L’association avec Mick porte ainsi ses fruits, par l’humour qu’elle véhicule, mais aussi par une intéressante comparaison entre les méthodes des Hommes de Lettres et des Chasseurs. Chacun apprend judicieusement de l’autre et la césure entre Mick et ses partenaires anglais s’avère décidément non feinte, de quoi pimenter l’affrontement à venir, que l’on pressent inexorable. Le côté British de Mick apporte aussi son écot au récit, avec notamment un hôtel sensiblement plus classieux que les coutumiers motels folkloriques des Winchester.

Depuis son lancement, l’arc des Hommes de Lettres anglais s’alimente régulièrement des personnages secondaires de Supernatural, alliés ou antagonistes, et celui-ci ne fera pas exception puisqu’il devient le rituel épisode annuel dédié à Claire. Même si l’on s’étonne de l’absence de Castiel alors que sa protégée subit une telle épreuve, le portrait de la jeune femme s’avère une réussite. On apprécie de la voir s’affirmer en Chasseuse à part entière, en dehors de la protection de Jody (difficile de ne pas songer à Jo et Ellen). C’est d’autant plus vrai que Supernatural sait ici ne pas s’édulcorer : pour Claire la Chasse étant devenue une drogue aussi dure que pour ses confrères et consœurs. Évidemment l’intrigue du jour et son issue heureuse demeurent largement prévisibles. Claire est désormais bien installée dans l’univers de la série et les auteurs ne prendront certainement pas le risque d’un nouveau CharlieGate. Mais Kathryn Newton sait rendre émouvantes les émotions de son attachant personnage.

Anecdotes :

  • Quand Claire est attaquée par le Loup-Garou, on entend Make Me Wanna Die, de The Pretty Reckless. Quand Claire s’éloigne en voiture, on entend Real Wild Child, de Joan Jett.

  • Sam et Dean se font passer pour les Agents McVie et Fleetwood, tandis que Mick se fait passer pour le Dr. Buckingham, soit trois membres de Fleetwood Mac. Il s’agit d’un groupe américano-britannique, conformément à leur association !

  • Claire prend Beatrice Quimby comme alias. Il s’agit d’un personnage de la série de romans pour la jeunesse Henry Huggins, publiés durant les années 50 et 60.

  • Dans la voiture de Claire, on peut voir un exemplaire du Comics Batgirl: The Darkest Reflection (2012). Alors que l’Univers DC entre dans l’ère New 52, ce Comics raconte notamment comment Barbara Gordon guérit et redevient Batgirl, après trois années passées dans le fauteuil roulant d’Oracle, suite aux événements tragiques de The Killing Joke (1988).

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17. ERREUR DE JEUNESSE
(THE BRITISH INVASION)

Résumé :

Par flash-backs, nous découvrons la formation du jeune Mick à l'Académie Kendrick des Hommes de Lettres anglais. Les jeunes gens sont soumis à un traitement particulièrement impitoyable par le Dr. Hess. Celle-ci ordonne la mort du Nephilim, et de celle des Winchester s'ils s'y opposent. Quand la Chasseuse Eileen tue accidentellement un Homme de Lettres lors d'un affrontement conte Dagon, la faction agressive des Anglais prend le dessus. Ketch exécute Mick.

Critique :

A l’inverse des épisodes l’ayant précédé, The British Invasion relève du pur mythologique. Un exercice dans lequel il se montre particulièrement efficace, puisqu’il introduit une nette césure au sein de la saison, le Rubicon étant franchi lors de sa terrible conclusion sans retour. Dans le sang et la mort, l'épisode achève d'installer une fin de saison à l'ambiance sentant la poudre entre les Bros et nos bons amis anglais. Après 17 épisodes les Britanniques n'ont visiblement toujours pas compris qui sont réellement les Frères Winchester mais, pas de souci, Sam et Dean vont le leur expliquer. Le vaste flash-back sur la sympathique école des Hommes de Lettres (à côté Serpentard, c’est le Club Med) se montre glacial à souhait, achevant de révéler sans fard la névrose profonde sur laquelle repose l’organisation. Une grande réussite, dans laquelle on se contentera de regretter le frappant manque de ressemblance entre le Mick jeune et l’adulte. La série nous a habitué à beaucoup mieux avec Sam et Dean.

Retrouver Eileen fut un vrai plaisir, mais avoir une meute de sociopathes surarmés à ses trousses augure mal de son avenir, il en faut généralement moins que cela pour occire un personnage féminin dans Supernatural. On se fait moins de souci pour Kelly, tant il est désormais évident que le nephilim est appelé à naître. Pendant ce temps Castiel a regagné le Paradis et mène son propre combat, tandis que Lucifer et Crowley continuent leur vendetta personnelle et Impitoyable pour le Trône des Enfers. Crowley à l'avantage mais le Cornu en a vu d'autres... et il est lui. Mark Sheppard et Mark Pellegrino sont fascinants à contempler, à chacune de leurs scènes. La saison 12 continue à mobiliser avec talent chacune des ressources de l'univers de la série. Les fans seront ravis, les nouveaux venus seront exclus quasiment d'office, c'est un luxe qu’une série se permettre quand elle en est à sa saison 12 et avec ses fidèles toujours au rendez-vous.

Anecdotes :

  • La devise latine de la Kendricks Academy est Vis unita fortior, que l’on pourrait traduire par « L’union fait la force ».

  • Eileen avait été précédemment vue lors de l'épisode Le Cri de la Banshee (11-11).

  • Le titre original reprend l’expression de la presse américaine désignant la grande vogue anglaise ayant traversé les USA après la tournée historique des Beatles en 1964. Dans le sillon de la Beatlemania, d’autres groupes anglais connurent une grande popularité, comme The Rolling Stones ou The Kinks. Mais le mouvement s’est étendu à tous les domaines de la culture populaire. Des séries télévisées anglaises ont ainsi trouvé place pour la première fois sur les écrans américains, telles Destination Danger, Le Saint ou Chapeau melon et bottes de cuir.

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18. BLACK BILL
(THE MEMORY REMAINS)

Résumé :

Ketch envoie les Winchester sur une affaire, en se faisant passer pour le défunt Mick. Cela lui permet de fouiller le Bunker et d'y dissimuler des caméras. Sam et Dean enquête sur un village où une disparition mystérieuse survient une fois par an, depuis plus d'un siècle. Ils découvrent que les caciques locaux obtiennent leur fortune grâce à un sacrifice annuel au dieu païen Moloch. Moloch est tué grâce au Colt.

Critique :

Après l’intensité de The British Invasion, le présent épisode souffre d’une forte impression de déjà-vu. En effet, le thème du sacrifice pour assurer la prospérité d’une communauté avait déjà été largement exploité dans le très marquant L’Épouvantail (1-11), en plus de l’être dans le roman American Gods, l’une des inspirations majeures de Superatural. Même le fait de dissimuler des caméras dans le quartier général des héros évoque clairement le Trio procédant pareillement dans la Boutique de Magie de Giles durant la saison 6 de Buffy contre les Vampires. L’impression de surplace se ressent d’autant plus fortement qu’une crise majeure semblait sur le point d’éclater entre Chasseurs et Hommes de Lettres, en lieu et place d’un nouveau monstre de la Semaine.

Aussi classique soit-elle, la chasse du jour demeure heureusement habilement menée. Le récit prend ainsi le temps de caractériser un minimum les deux premières victimes, ce qui apporte un impact supplémentaire à leur trépas. La mise en scène s’offre de jolis panoramas naturels neigeux, une rareté au sein de la série. Le parallèle entre les Winchester et la famille antagoniste pimente également les enjeux, une figure de style classique mais toujours efficace. Même s’il se voit venir à des encablures, le dieu païen local se situe honorablement parmi ses pairs toujours avides de sacrifices humain, tandis que l’affrontement final se montre tendu à souhait. On apprécie que la fouille du Bunker et la pose des caméras permettent de soigner le côté espion britannique de Ketch. Soit un bon goût de Spies Show, un univers auquel Sam et Dean ne sont judicieusement pas préparés.

Anecdotes :

  • Quand Dean mange son hamburger, on entend Burgers and Fries, de Charley Pride.

  • Pour une fois, les fausses identités de Sam et Dean ne font pas référence au Rock. Ils deviennent ici les Agents Stark et Martell, d’après les noms de deux des Maisons de Game of Thrones.

  • Le titre original reprend celui d’une chanson de Metallica (1997).

  • La devise familiale de Pete (Hunting people, killing them, the family business), détourne celle des Winchester (Saving people, hunting things, the family business).
  • John DeSantis (Moloch) a interprété de nombreux monstres ou créatures fantastiques durant sa carrière, du fait de sa prédilection pour les rôles déguisés et de sa haute taille. Avec 2,04 mètres, il est référencé comme l’acteur canadiens à la taille la plus élevée. Pour Supernatural, il a notamment interprété le Golem (L'Ordre de Thulé, 8-13) et l’Épouvantail (Fan Fiction, 10-05).

  • Évoqué à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament, Moloch est un dieu adoré par des peuples de Canaan. Son culte est lié à des sacrifices d'enfants par le feu. Il est également très présent dans les traditions mystiques. Moloch a largement été repris par la Culture populaire, il est notamment l'un des Goa'ulds de Stargate SG-1, ainsi qu'un Démon affronté par Buffy (Moloch, 1-08).

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19.  L'ENFANT ROI
(THE FUTURE)

Résumé :

Kelly se suicide, mais est ressuscitée par le Nephilim, Elle comprend alors qu'il n'est pas mauvais. Castiel s'empare du Colt et part abattre le Nephilim et sa mère, avec un groupe d'Anges. Il ne peut se résoudre à tuer Kelly. Aiguillonnée par la colère de Lucifer, Dagon tue les Anges et détruit le Colt. Le Nephilim prend possession de Castiel et incinère Dagon. Castiel part avec Kelly, après avoir indiqué aux Winchester que le Nephilim devait naître à tout prix.

Critique :

Hormis quelques passerelles ponctuelles, la saison continue à balancer entre les deux intrigues des Hommes de lettres et du Nephilim. Ici elle se centre sur ce dernier, avec une réussite inégale. Le camp du Bien se voit en effet peu mis en valeur par des évocations éphémères de tactiques nébuleuses visant à régler le cas du prochainement né : se réfugier au Paradis tout en supprimant l’enveloppe corporelle, annihilation de son essence angélique… Rien de tout cela n’apparaît très convaincant, d’autant que nous sommes dans Supernatural et que l’on sait donc très bien que tout se résoudra par un duel au soleil et non un recours à des ressorts théologiques. La rapide annihilation de Joshua par Dagon achève de réduire à bien peu de choses l’expédition de Castiel au Paradis, même si cela présente le mérite d’éclaircir le tableau pour le combat final : les Anges sont hors-jeu.

Le parallèle évident mis en place avec la Nativité semble également assez pesant (surtout quand avec le recul on sait que toit ceci débouchera sur Jack le Boulet). Finalement le seul véritable crépitement de l’opus se doit à Dagon, qui effectue un vrai festival à l’occasion de sa sortie de scène. On se régale autant de ses saillies que de son pouvoir destructeur, réellement impressionnant (le Colt !). Cette digne remplaçante d’Abaddon, bien servie par la mise en scène d’Amanda Tapping, se voit finement caractérisée par des scènes annexes, se régalant de la déconfiture de candidats à un jeu télévisé, ou pétrifiée par un effroi révérenciel envers Lucifer. Une épatante adversaire, même si elle s’avère finalement sous-exploitée à l’échelle de la saison. Au moins le titre originel de l’épisode est-il judicieusement choisi, les débuts peu passionnants de Jack augurant effectivement du futur de la série.

Anecdotes :

  • Sam détermine que la naissance du Nephilim surviendra le 18 mai. Soit un clin d’œil méta puisqu’il s’agit également de la date de diffusion de l’épisode final de la saison, qui se conclura effectivement par l’apparition de Jack.

  • Le jeu télévisé que regarde Dagon à l’arrivée des Anges est Catch Phrase. Ce jeu d’énigmes fut diffusé en 1985 et 1986, en syndication. Malgré sa courte durée de vie, il fut acheté dans de nombreux pays et est diffusé sans interruption depuis 1986 en Grande-Bretagne, sur ITV.

  • Il s’agit du premier des quatre épisodes dirigés par Amanda Tapping, qui incarnait Naomi en saison 8. Il n’est pas prévu qu’elle réalise un épisode lors de la saison 15 et dernière.

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20. BRINDILLES ET FICELLES
(TWIGS AND TWINE AND TASHA BANES)

Résumé :

Sam et Dean viennent en aide à Alicia et Max, les deux enfants d’Asa Fox et d'une Sorcière amicale, assassinée par une rivale maléfique. Celle-ci crée de parfaites répliques de ses victimes, en les animant grâce au cœur qu'elle leur a arraché. Alicia est tuée mais Max en crée un simulacre ignorant ce qui est advenu. Mary devient méfiante envers Ketch devenu son amant et découvre le cadavre de Mick. Elle tente d'avertir ses fils, mais elle est capturée et torturée par Toni.

Critique :

Le procédé consistant à mettre en place une famille miroir de celle des Winchester a déjà été employé tant de fois au cours de la série, que l’épisode ne peut s’affranchir d’une certaine prévisibilité. C’est d’autant plus vrai que le parallèle se voit ici poussé particulièrement loin, jusqu’à spécifiquement intégrer le personnage de la mère au cœur de l’histoire, au moment où Mary se voit-elle-même en position délicate quand elle comprend enfin la vraie nature des Hommes de Lettres. Et ce n’est pas trop tôt, tant sa relation avec Ketch ne nous a jamais passionné. Cela présente aussi le mérite de déjà nous catapulter dans le final de saison. L’adversaire du jour s’avère de plus immédiatement identifiable, il est vrai que les antagonistes de Supernatural sont progressivement devenus les prétextes plutôt que les sujets des récits.

Et pourtant cet ultime opus indépendant de la saison va parvenir à capter notre intérêt. Il a ainsi la bonne idée de se situer dans la continuité de l’excellent Veillée funèbre, cette saison. Déjà connaître Alicia et Max nous sensibilisent davantage à leurs déboires et le récit développe son précieux aspect documentaire sur l’inépuisable sujet que constitue l’univers de la Chasse. Nous découvrons ainsi que des couples peuvent se former avec de créatures magiques et des Chasseurs se voir eux-mêmes dotés de pouvoirs magiques, quitte à en payer le prix. Nous sommes loin de la réprobation concernant les capacités cette fois démoniaque de Dam, voici bien longtemps. Autour d’un nouveau type de magie, l’habile mise en scène de Richard Speight Jr. compose  un Merveilleux hofrifique  original au sein de la série. Tout ceci s’avère captivant, mêle si l’épisode confirme sans doute que Supernatural aura sans doute sous-exploité la communauté des Chasseurs.

Anecdotes :

  • Quand Max recrée Alicia, on entend InPeaceful Dreams, de Seasick Steve.
  • Quand Mary appelle Dean au téléphone, le message du répondeur et This is Dean’s other other cell, so you must know what to do. Déjà présent en saison 1, il est demeuré inchangé au fil des années.
  • L’épisode est le troisième réalisé par Richard Speight Jr. (Gabriel, le Trickster) pour Supernatural.

  • Parmi les dossiers informatiques de Chasseurs que découvre Mary, on remarque ceux de Garth, Eileen et Claire.

  • Mr. Ketch évoque Saville Row. Cette rue du très huppé quartier de Mayfair, à Londres, est réputée pour le haut standing de ses nombreux tailleurs pour hommes. De nombreuses personnalités britanniques ou internationales s’y fournissent, y compris le palais royal. La boutique des tailleurs du film Kingsman : Services secrets (2015) se situe au 11, Saville Row.

  • Il s’agit du cinquième épisode où Sam et Dean affrontent et tuent des Sorcières, après La Strige (1-18), Les Familiers (8-15), Baiser mortel (11-13) et C'est qui Dean ? (12-11).

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21. LAVAGE DE CERVEAU
(THERE'S SOMETHING ABOUT MARY)

Résumé :

Les Anglais entreprennent d'éliminer les Chasseurs américains : Ketch tue Eileen grâce à un Molosse fourni par Crowley, Toni lave le cerveau de Mary pour qu'elle tue ses amis l’un après l’autre. Mais Eileen a eu le temps de prévenir Sam et Dean, qui capturent Toni. Ketch et Mary donnent l'assaut au Bunker, y emmurant Sam et Dean. Lucifer parvient à inverser le sortilège l'emprisonnant, et triomphe enfin de Crowley. Il part à la recherche de son fils devant naître prochainement.

Critique :

L’épisode répond à un objectif clair, net et précis : dramatiser au maximum tous les enjeux envisageables des histoires en cours, afin de mettre idéalement en orbite le double final de saison qui s’annonce. La feuille de route se voit remplie avec un plein succès. Ainsi la conflagration avec les Hommes de lettres britanniques se voit portée à incandescence quand ceux-ci lancent leur grande offensive. Celle-ci  a le mérite de se montrer particulièrement abjecte, y compris à l’échelle d’une série peuplée de tant d’horreurs. Ainsi les terribles destins réservés à Eileen et, sans doute pire encore, à Mary, nous font prendre pleinement cause commune avec les Winchester et leurs alliés (en plus de s’inscrire dans la grande tradition Supernatural des sorts funestes réservés aux personnages féminins). Ketch et Toni sont en grande forme et tiennent visiblement à ce que cela se sache.

La narration s’effectue avec dynamisme tout en veillant à conserver aux Hommes de lettres leur saveur d’organisation typique des Spies Shows anglais des Sixties, qui aura pimenté l’ensemble de la saison. Ainsi le lavage de cerveau (excellente Samantha Smith) constitue une pratique emblématique de l’époque, ayant d’ailleurs émaillé plusieurs épisodes de Chapeau Melon (Lavage de cerveau, Le visage, etc.). Ketch partant s’en s’assurer de la mort des héros s’avère également caractéristiques des méchants de l’époque, une attitude d’ailleurs justement parodiée dans les Austin Powers. Pile à l’heure pour le final, Lucifer triomphe enfin de Crowley (dont évidemment personne ne croit à la mort), à l’issue d’une confrontation imprégnée de leur cruelle ironie coutumière. Cette montée en puissance globale s’accompagne de plusieurs effets visuels réussis, comme une nouvelle chambre de motel étrange (une rareté cette saison) ou Lucifer posant en Maître du Monde au sommet d’une montagne. Tout est place pour un tonitruant final.

Anecdotes :

  • Le titre original reprend celui d’une comédie de 1998 ayant fait sensation, avec Cameron Diaz (Mary à tout prix).

  • Il est ici révélé que Crowley a signé un accord de collaboration avec les Hommes de lettres britanniques. Il permet ainsi à ses Démons des Carrefours de signer des Pactes de Grande-Bretagne, malgré la toute puissance de l’organisation. Ceci vise à résoudre une contradiction relevée par des fans, entre l’infaillibilité des hommes de lettres établie depuis 1965 et le fait que Bela Talbot ait pu vendre son âme postérieurement. Les Hommes de lettres anglais apprécient les renseignements fournis par Crowley et estiment que ceux qui sont assez stupides pour contracter un Pacte n’ont que ce qu’ils méritent.

  • Eileen Leahy, Chasseuse d’origine irlandaise et amie des Winchester, trouve ici son destin. Depuis la saison 9, chaque 21e épisode de saison voit mourir un personnage récurrent : Abaddon, Charlie puis Métatron et enfin Eileen.

  • La mort d’Eileen, femme et membre d’une minorité en tant que personnage sourd, provoqua la colère de nombreux fans ayant encore en tête le CharlieGate, même si cette fois le tumulte fut moindre.  

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22. JE VOUS SALUE MARY
(WHO WE ARE)

Résumé :

Mary est capturée quand elle s'attaque à Jody et Claire. Dean utilise le lance-grenades pour ouvrir le Bunker. Toni aide Dean à pénétrer dans l'esprit de Mary, pour la guérir. Ketch survient et tue sa rivale Tony, mais Dean et Mary remportent leur duel. Pendant ce temps, Sam rallie les Chasseurs américains et ils attaquent la base des Hommes de lettre anglais, qui sont massacrés. Les Winchester se réconcilient et découvrent que Lucifer est à nouveau libre.

Critique :

Malheureusement l’épisode confirme ce que l’on subodorait : le final de saison ne sera pas l’occasion d’une étonnante fusion entre les deux grands fils narratifs que forment les Hommes de Lettres et Lucifer/le Nephilim. Jusqu’au bout les auteurs les auront maintenus (pour l’essentiel) séparés, ce qui manifeste ici un relatif manque d’ambition et qui positionne quelque peu Who Whe Are comme un simple prologue, puisque c’est bien entendu le futur mano à mano avec un Lucifer désormais libre de se déverser sur le Monde qui focalise l’attention, en tant qu’ennemi ultime des Winchester. Et pourtant, malgré ce handicap formel, c’est bien l’enthousiasme que va susciter Je vous salue Mary.

Les amateurs d’action se verront par comblés par un festival quai ininterrompus et varié. Le spectaculaire emploi du lance-grenades pour sortir du Bunker tombe à point nommé pour conclure ce sujet de longue date relancé par la saison. Le duel entre Ketch et Dean se montre haletant à souhait, avant d’être judicieusement conclu par Mary. Au passage Ketch en aura terminé avec sa rivale Lady Toni, évitant à Dean d’avoir à tuer une femme, les auteurs ont déjà donné à ce sujet.  L’assaut du QG des Anglais par les Chasseurs américains reste un vaste morceau de bravoure aussi animé que sanguinaire, on n’avait plus vu une extermination aussi implacable depuis que Dean s’était occupé des assassins de Charlie. La pyrotechnie finale produit également son effet : depuis la destruction de Sunnydale High, on sait que l’un des moyens les plus efficaces de conclure une saison reste la destruction de son décor principal, un principe une nouvelle fois démontré ici. Mais Who We Are justifie son titre très à la MillenniuM, tout en manifestant le surcroît d’ambition dont il avait besoin.

En effet, il utilise cette débauche de violence (extrême même au sein de Supernatural, car exclusivement l’œuvre d’Humains) afin de révéler chaque personnage dans sa vérité. Les Chasseurs lisent libre cours à leur fureur vengeresse, mais aussi à leur nature profonde. Décidément le tabou concernant la vie humaine ne les concerne pas, pour le coup nous sommes loin de Buffy. On distingue en particulier Jody, qui n’hésite pas à exécuter de sang-froid la cheffe désarmée des Anglais. La Chasse l’ayant désormais complètement rattrapée. Aiguillonné par les tortures subies par sa mère, le gentil Sam nous confirme qu’il et bien du même bois, et avec le tempérament d’un leader. Plusieurs séquences se montrent émotionnellement fortes, comme la séparation des deux frères partants chacun pour son combat, ou Dean et Ketch se reconnaissant une même identité de tueurs. La coda de l’épisode survient quand, au terme d’une bouleversante séquence portée par Jensen Ackles, Dean se réconcilie enfin avec Mary, à propos du pacte avec Azazel. Ce retour aux sources de la série boucle élégamment la boucle initiée avec le retour de Mary. La touchante image de la famille enfin pleinement réunifiée aurait apporté une parfaite conclusion à la série, mais les Winchester ont encore un rendez-vous à leur agenda.

Anecdotes :

  • Les Hommes de lettres britanniques sont exterminés par l’alliance des Chasseurs américains. En début de saison 15, ils ne sont toujours pas revenus dans la série.

  • Il s’agit du deuxième épisode de la série où un membre de la famille Winchester dit explicitement à un autre qu’il l’aime. Dean avait en effet déjà dit à Mary qu’il l’aimait lors de l’épisode Axis Mundi (5-16), au Paradis

  • On retrouve également ici le duo de Chasseurs Walt et Roy, qui avait précisément tué Sam et Dean lors de l’épisode Axis Mundi.

  • Dean utilise enfin le lance-grenades, la blessure qu’il reçoit à cette occasion sera guérie dès l’épisode suivant, grâce à Castiel.

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23. L'AUTRE MONDE
(ALL ALONG THE WATCHTOWER)

supernatural 7 23

Résumé :

Lucifer tue Rowena tandis que Sam, Dean et Crowley découvrent le refuge de Castiel et Kelly, sur le point d'accoucher. Le Nephilim encore à naître ouvre une faille donnant sur un univers parallèle, où l'Apocalypse biblique a eu lieu. Une bataille s'y déroule avec l'aide du Bobby alternatif. Malgré le sacrifice de Crowley, Lucifer triomphe et tue Castiel. Mary parvient à s'emprisonner dans l'autre monde avec Lucifer. Jack le Nephilim naît, annihilant Kelly et prenant une forme adulte.

Critique :

Cet ultime opus de la saison suscite des sentiments plus mêlés que la Saint-Barthélémy des Hommes de Lettres britanniques. Certes la narration se montre riche en coups de théâtres et scène choc, mais en usant et abusant de la mort de personnages. On compte ainsi pas moins de trois figures clefs de la série tombant au champ d’honneur : Rowena, Crowley et Castiel. On comprend bien qu’un final de saison doive se distinguer, mais, outre que trop d’effet tue l’effet, l’épisode ne peut que subir le fait que voici bien longtemps que la mort n’est plus définitive dans Supernatural, ce qui émousse singulièrement le procédé ici. Par ailleurs ces morts se montrent inégales. On arrive après la bataille pour Rowena (même si l’ironie luciférienne envers Sam vaut le détour) et le sacrifice de Crowley visant à emprisonner Lucifer dans le monde parallèle échoue en définitive piteusement, soit une manière singulièrement anti-climatique de prendre congé du Roi de l’Enfer. La mort la plus retentissante demeure celle de Castiel, tant l’épisode s’échine à nous faire croire à la défaite de Lucifer, mais, bien entendu, personne ne peut croire que Supernatural puisse se passer durablement de l’Ange.

Le récit se montre également trop gourmand, l’opus servant autant (sinon moins) à conclure la saison actuelle qu’à lancer la suivante.  La mise en place des thèmes principaux de la saison 13 (Jack, l’Univers de l’Apocalypse) prend beaucoup de temps, au détriment de ce qui aurait dû constituer son cœur : le combat acharné mais désespéré de tous les protagonistes contre seul Lucifer. Là aussi les sentiments sont mêlés. L’univers parallèle apporte en soi une nouveauté au sein de la série, hormis quelques épisodes décalés comme The French Mistake, Changing Channels ou My Heart Will Go On. Toutefois la formule du What If résulte très classique vis-à-vis de ces expérimentations précédentes, même s’il reste judicieux que le point d’inflexion soit la non-existence des Winchester, après tout c’est ce que Chuck nous raconte dans ses romans. M^me si, l’apparition du Bobby alternatif, si irrésistiblement proche du nôtre, nous ravit, on devine également que cet univers-miroir pourrait facilement donner lieu à du fan-service facile. La cause de la création de la faille par le Nephilim demeure également floue. La venue au monde au monde de Jack (le début du crépuscule de Supernatural) se justifie grâce à l’émotion suscitée par la disparition de sa mère et la belle composition de Courtney Ford, que fort heureusement on retrouvera ensuite très vite dans l’Arrowverse.

Malgré ces fortes réserves, l’opus parvient néanmoins à susciter un véritable intérêt autour de l’affrontement avec l’Archange déchu. Avec le recul, on peut d‘ailleurs volontiers tracer un parallèle, toutes proportions gardées, avec la bataille de la Longue Nuit, dans Game of Thrones : une veillée d’armes propice aux réunions émouvantes, l’attente face au Fléau, un combat cruel et enténébré contre un inexorable Seigneur des Ténèbres, contre lequel même l’héroïsme le plus absolu et déterminé semble ne jamais prévaloir et, à la fin des fins, une victoire quasi miraculeuse  obtenue par une femme. Car c’est bien à Mary qu’il échoit de remporter la partie par son sacrifice délibéré, on ne dira jamais assez à quel point la série se montre souvent plus complexe que le machisme dont elle se voit régulièrement accusée. Le moment se montre d’autant plus bouleversant qu’il la laisse à la merci d’un Lucifer ivre de rage, un cliffhanger en définitive autrement plus percutant que la naissance de jack, annoncée depuis belle lurette. Chaque personnage reste sur son registre bien identifié, mais les acteurs donnent tout et parviennent à rendre malgré tout assez inoubliable cette ultime résistance face à l’Ennemi. Entre tous on discernera Mark Pellegrino, à l’occasion d’un festival où il nous régale de toutes les facettes de son si riche Lucifer : l’humour, la puissance, la cruauté, l’intelligence, la folie, la certitude absolue en soi et en sa destinée…  All Along the Watchtower ne forme peut-être pas la plus marquante des fins de saison de Supernatural, mais, il reste un grand épisode Lucifer, et c’est déjà beaucoup.

Anecdotes :

  • Comme de coutume, l’ultime séquence récapitulative The Road So far est accompagnée par le Carry On Wayward Son de Kansas.

  • Le titre originel reprend celui d’un grand succès de Bob Dylan (1967), repris par Jimmy Hendrix et de nombreux autres interprètes, dont Francis Cabrel en 2012. La chanson figure également dans la bande son de nombreuses productions. Elle est notamment reprise par Tom Ellis dans la saison 2 de Lucifer.

  • L’épisode introduit deux notions clef de la saison 13 la découverte d’un Univers parallèle, dit de l’Apocalypse (Lucifer et Michael ont pu y livrer la bataille d’Armaggedon) et la naissance de Jack, immédiatement devenu un jeune adulte.

  • Plusieurs univers parallèles sont évoqués dans les dialogues, comme le Bizzaro World de DC Comics ou celui de l’épisode Arrêt sur image (6-15), voyant Sam et Dean devenus les héros d’une série télévisée intitulée Supernatural.

  • L’épisode est le centième où figure Misha Collins, dans le rôle de Castiel ou dans un autre. Mark Sheppard interprète également Crowley pour la 70e et dernière fois à ce jour (début de saison 15).

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AMARA (OUT OF THE DARKNESS, INTO THE FIRE)