PrésentationSaison 2

NCIS : Enquêtes spéciales

Saison 1


 1. AIR FORCE ONE
(YANKEE WHITE)



Scénario : Donald P. Bellisario et Don McGill

Réalisation : Donald P. Bellisario

Résumé

Un capitaine de l’Aéronavale fait un malaise fatal à bord d’Air Force One. Le NCIS parvient à diriger l’enquête qui révèle un complot terroriste.

Critique

Une entrée en matière plutôt discrète pour une série qui, depuis, bat des records d’audience. Le scénario de ce pilote est efficace mais ne brille guère par son originalité ni par son humour, deux des piliers des futurs succès.

Ce qui frappe d’emblée c’est l’usage abondant des stock-shot, ces récupérations d’images réelles insérées dans l’épisode pour lui donner une coloration « réaliste ». Il y en a beaucoup, ce qui nous plonge dans l’actualité…de 2003. Une réalisation efficace permet de passer « naturellement » du vrai président George W. Bush à un comédien très ressemblant. Joli, mais nous refaire le coup pour le « retour », c’est un peu abuser. La référence – obligée – au 11-Septembre ancre définitivement Air Force One dans le passé. Vieilli, cet épisode se regarde avec intérêt mais surtout par curiosité car il est difficile alors d’imaginer que plus de 200 épisodes vont suivre celui-là ! A la manière de la saison 2 de Chapeau melon, cet épisode se regarde notamment pour sa valeur historique.

La mort soudaine d’un capitaine de l’Aéronavale lance l’épisode. Cette scène brutale frappe par sa soudaineté. Il s’en suivra par la suite une assez croustillante rivalité entre agences, représentées par l’agent Fornell (Joe Spano présente d’emblée un policier raide, certes condescendant envers le NCIS mais loin d’être un crétin et doté d’un certain sens de l’humour comme le démontre plus tard un bref échange avec DiNozzo) pour le FBI et l’agent Todd pour les Services Secrets. Le NCIS se rajoute dans la boucle mais, surtout, berne tout le monde et récupère le corps, détournant l’avion au nez et à la barbe du FBI ! Sur cette première partie d’épisode, Sasha Alexander (Kate Todd) profite de son temps de présence pour imposer son personnage. C’est notamment le cas lors d’une confrontation assez tendue avec Gibbs. Pour le coup, Mark Harmon ne nous convainc guère lorsqu’il se montre inutilement machiste et qu’on ne comprend pas bien le pourquoi de cette dureté. La coopération scellée entre les deux agents est aussi symptomatique : Gibbs est en haut de l’escalier et toise Kate en contrebas. Désolant ! 

Par contre, c’est déjà crépitant entre Kate et l’agent Anthony DiNozzo. Son explication de sa méthode de travail par ce dernier est très…pédagogique en plus d’être très imagée et hilarante. La relation Kate/Ducky est aussi ébauchée et se montre affectueuse comme l’écart d’âge entre les personnages le permet. C’est lui qui arrache un sourire à Kate ! Sasha Alexander est impeccable ; son personnage est ainsi le plus complexe jusqu’alors présenté. Il est intéressant de souligner la minutie avec laquelle nous est présentée la procédure de recueil des indices. On sent nettement l’influence des Experts. Dans un rare éclair de causticité, Donald P. Bellisario, qui a bien senti la critique qui pouvait viser sa série ; à savoir transposer la police scientifique dans l’univers de l’armée qui lui est cher, la désamorce en une scène absolument géniale à l’aéroport.

On peut aussi profiter du beau décor censé représenter l’avion présidentiel. Ses tons ocre sont agréables et la réalisation sait très bien l’animer, notamment lors de l’échange entre Kate et Gibbs. Le MTAC nous sera aussi présenté (mais pas nommé) et les bureaux du NCIS plutôt rapidement. Ce qu’il faut souligner c’est la présence dès ce premier épisode de tous les décors qui nous deviendront familiers. Voir l’épisode est bien sûr passionnant mais le revoir donne un côté familier, savoureux, comme une madeleine de Proust. Visuellement, NCIS impose ses tons gris et orange, en complète rupture chromatique avec Les Experts qui, à Las Vegas, privilégient le bleu.

A propos d’experts, l’épisode nous présente le dernier, en l’occurrence la dernière, Abby Sciutto. Notons que nous avons alors passé 23’ sur 42. Le labo d’Abby est coloré et paraît fonctionnel mais c’est la laborantine qui surprend ! Coiffée avec des ailes de corbeaux, Pauley Perrette nous compose une technicienne à l’allure étrange mais, au final, pas forcément délirante. Il n’est pas certain que, dans la « vraie vie », on lui ait permis de s’habiller de cette façon mais le réalisme de l’épisode obère la dimension fantasque du personnage. Abby n’est pas tout à fait crédible mais on sent que ce n’est pas la direction à prendre. L’absence de la musique, qui fera une partie du charme de la future Abby, n’est pas encore là. C’est un personnage en gestation qui s’offre à nous. Son triomphe final est déjà hautement comique.

Le verdict de mort naturel satisfait tout le monde…sauf Gibbs évidemment qui parvient à se faire inviter sur le vol de retour. Le fait que le supérieur de Kate ait aussi des doutes permet de crédibiliser cette présence mais surtout de la rendre possible. Trop hiératique une grande partie du temps, Mark Harmon gagne cependant en souplesse à bord du second Air Force One. Lorsqu’il confronte brutalement Kate à la mort de son ex, il montre certes Gibbs dur mais il a un petit recul sur lui qui montre que Gibbs est conscient qu’il y est allé fort : « Les menteurs ne pâlissent pas sur commande », conclut-il cependant, professionnel jusqu’au bout. Le regard assassin de Sasha Alexander fait clairement ressortir la douleur ressentie par son personnage. Mais le plus beau c’est la « confession » que se sent « obligée » de faire Kate face au silence taquin de Gibbs. Cela deviendra une constante de la série et une connivence avec le spectateur à la fois gêné de l’intimité qui lui est dévoilé mais aussi amusé de voir ses héros s’enferrer tous seuls dans leurs paroles. On en apprendra beaucoup sur eux de cette façon !

Le final ne pouvait être que précipité vu le temps de présentation nécessaire mais il faut reconnaître à Donald P. Bellisario et à Don McGill de savoir être efficaces. La série commence véritablement par la proposition de Gibbs à Kate : la Grèce conquise à conquis son vainqueur ! Malgré ses défauts et son obsolescence, Air Force One réussit à nous intéresser, à nous garder avec lui par son rythme plutôt soutenu et il lance parfaitement NCIS.

Anecdotes :

  • Air Force One, de Wolfgang Petersen sorti en 1997. Outre Harrison Ford, le film compte aussi Gary Oldman et Glenn Close. Parmi les seconds rôles, il y a Paul Guilfoyle, qui deviendra célèbre avec le rôle de Jim Brass dans les Experts (2000-2014) et Xander Berkeley, vu dans Les Experts, Nikita et Mentalist. L’épisode multiplie les références au film mais se réfère aussi à Tom Clancy.

  • MTAC : Multiple Threat Alert Center (MTAC) (« Centre d'alertes des menaces multiples ») créé en 2002.

  • Premières mentions des « règles de Gibbs » à savoir les n°1 (ne jamais laisser deux suspects dans la même pièce), n°2 (toujours porter des gants sur les scènes de crimes), n°3 (ne jamais croire ce qu’on vous dit. Toujours vérifier) et n°6 (ne jamais s’excuser. C’est un signe de faiblesse).

Retour à l'index


2. LE DERNIER SAUT
(HUNG OUT TO DRY)

Scénario : Don McGill

Réalisation : Alan J. Levi

Résumé

Un parachutiste se tue à l’issue d’un saut. Le NCIS soupçonne qu’il s’agit d’un meurtre.

Critique

Un épisode solide qui met en place la première « équipe-type » du NCIS. Pas beaucoup d’humour et quelques longueurs mais il y a déjà du mieux dans le contenu par rapport au premier.

La scène d’ouverture est un petit bijou à la fois comique et gore et tout le début de l’épisode a lieu de nuit et à la lueur des projecteurs et des lampes-torches ; ce qui donne un bel effet de contraste. L’entrée en scène de Caitlin Todd fait sourire car le nouvel agent (le premier « bleu » de la série) n’est pas « tout à fait aux normes » ! Sans être hilarante, cette ouverture tempère par sa légèreté ce que la découverte du corps pouvait avoir de dure. Cet équilibre sera un critère de réussite pour les futurs épisodes.

L’échange tendu entre Gibbs et le capitaine Faul participe de la mise en place de la série vis-à-vis des téléspectateurs qui ignoraient probablement l’existence de ce service. La référence au JAG n’est pas fortuite non plus. Ce dernier est composé de militaires et donc doit respecter la hiérarchie. Le NCIS est composé de civils ayant rangs d’agents fédéraux donc n’ayant pas à tenir compte de cette même hiérarchie. On comprend aisément que le capitaine préfère parler à un avocat militaire plutôt qu’à un civil. N’oublions pas non plus qu’à la date de diffusion de cet épisode (le 30 septembre 2003 aux Etats-Unis), la série JAG affiche 8 saisons à son compteur et que NCIS qui en procède débute tout juste. Très logiquement, Don McGill place sa nouvelle protégée sous le patronage de sa glorieuse ainée. C’est ainsi qu’il faut lire la longuette et peu utile scène d’interrogatoire du lieutenant Roberts. De plus, ce dernier fait explicitement référence au double épisode introduisant la nouvelle série. Ce rappel que nous sommes dans une franchise (que l’on retrouvera ultérieurement dans les futures séries dérivées) reste cependant ponctuel et ne se reproduira plus aussi directement ni aussi maladroitement.

L’épisode développe ce qu’Air Force One n’avait pu que présenter : l’autopsie de Ducky et les analyses d’Abby. Clairement, nous sommes dans une série chorale : si Mark Harmon est l’acteur n°1, il n’est pas mis en avant au détriment des autres et la conclusion d’une enquête est un travail d’équipe. Plus que Les Experts, il y a une influence Mission : Impossible. Les autopsies deviendront un moment obligé des épisodes ultérieurs et David McCallum se montre impeccable. Toujours alerte, il donne les premiers éléments sur la scène de crime (assortis du « J’en saurais plus après l’avoir autopsié », un vrai gimmick) et les complète dans une belle salle aux couleurs chromées/bleutées. Ici, c’est le tableau pour lire les radios qui est utilisé. C’est un moment enlevé et qui, malgré la présence de la mort, a quelque chose de léger. David McCallum y est pour beaucoup. Son Ducky est professionnel, humaniste, assez âgé pour avoir du recul sur les « choses de la vie » mais avec beaucoup d’humour qu’il distille savamment. De son côté, le personnage d’Abby se précise. Toujours pas de musique ni de soda à la caféine mais un choix de déco très personnel. Pauley Perrette s’amuse visiblement beaucoup et égaye ses expériences et ses résultats par ses mimiques et ses commentaires. La réalisation est aussi enlevée et toujours mobile. L’examen d’un indice sur grand écran (Gibbs ayant déjà des problèmes de vue) est ainsi mis en scène en alternance sur Gibbs devant l’écran et Abby à son poste de travail ; même s’il lui arrive de rejoindre son patron. On assiste aussi à la naissance de l’amitié entre Kate et Abby.

Si vous ne savez pas comment on bosse chez les paras du corps des Marines, cet épisode est pour vous. On nous explique en long, en large et en travers les procédures et les emplois du temps. Alan J. Levi a bien saisi ce que cette présentation et les interrogatoires qui vont avec pouvaient avoir de rébarbatifs. Il anime parfaitement ces séquences et le montage alterne efficacement scènes d’interrogatoires sur le terrain et scènes de labo. Notons aussi la présence plus longue des scènes dans les bureaux du NCIS. C’est un moment-clé de tous les épisodes car ces scènes permettent de récapituler les éléments de l’enquête et de lancer les nouveaux axes de recherches. C’est aussi le lieu où s’échangent piques et commentaires et, à ce jeu, DiNozzo se révèle déjà très doué.

Michael Weatherly nous régale avec son personnage qui est certes un peu chien fou à l’humour très enjoué et gamin mais il sait le montrer courageux (saut en parachute) et très efficace. C’est en fait un enquêteur de premier ordre puisqu’on le prendrait volontiers pour le clown de service alors qu’il saura très bien vous passer les menottes. Plus en retrait sur cet épisode, Sasha Alexander se montre à la hauteur et la mine austère qu’elle prête à Kate lorsque celle-ci est consternée par l’humour de DiNozzo est un régal. Ces asticotages entre les deux collègues vont produire d’excellents moments d’humour tout au long de cette première partie de l’histoire de NCIS. De son côté, Mark Harmon s’améliore grandement par rapport à Air Force One. La scène où il parle au fils et à la veuve du défunt, si elle est moyennement utile à l’épisode, permet surtout à l’acteur de montrer une facette plus humaine, beaucoup plus chaleureuse, décontractée, au sourire communicatif. Gibbs est ainsi proche des familles des victimes. C’est un moment très revigorant, touchant même. 

L’enquête progresse grâce à une fouille des casiers des membres du peloton de parachutistes. Fouille rendu dynamique par une réalisation inspirée et qui débouche sur un classique interrogatoire. Le plus intéressant c’est la manière dont cet interrogatoire nous est présenté. Évidemment, Gibbs interroge dans la salle mais on nous fait passer de l’autre côté du miroir sans tain. L’alternance entre le dedans et le dehors sera un passage obligé des futurs épisodes et si, ici, c’est plutôt fonctionnel et assez bref, on aura par la suite beaucoup plus d’humour. Pour l’heure, le sérieux est la teinte dominante de la série qui se veut réaliste. Mais, comme nous ne sommes pas dans une série de police scientifique, ce n’est pas l’ADN qui fournira la solution mais le facteur humain. D’abord un lapsus de Kate puis une mise en scène de Gibbs façon Jim Phelps, pour le piège, mâtinée de Brenda Lee Johnson (The Closer), pour l’aveu mais avec de l’humour pour la patte du chef. La scène où l’assassin est confondu jouit en outre d’un bel éclairage rouge et d’une musique nerveuse, tendue mais qui change au moment où le coupable accepte de passer un accord. Le final montre clairement que l’humour est une composante importante de la série qui ne demande qu’à être davantage exploitée.

Anecdotes :

  • Nouveau générique. Plus dynamique que le précédent, il en est une nouvelle orchestration. Il deviendra le générique définitif.

  • Comme dans le premier épisode, la première image de Gibbs le montre construisant un bateau dans sa cave. Une scène qui deviendra récurrente, tout en étant un motif d’étonnement et d’intenses réflexions dans toutes les futures équipes du NCIS !

  • Abby fréquentait les casses auto étant gamine pour comprendre ce qui s’était passé. Kate voulait devenir avocate.

  • Première évocation des tatouages d’Abby et on subodore que l’agent Todd en porte aussi.

  • La direction pour se rendre au labo d’Abby (ou pour en venir) n’est pas encore celle à laquelle la série nous habituera.

  • Le « baril d’eau » est la manière pour les Marines de surnommer les ragots.

  • Pancho Demmings/Gerald Jackson : acteur américain, vu dans Very bad things (1999) mais surtout à la télévision : Loïs et Clark, les nouvelles aventures de Superman (1996), Beverly Hills (2000), 24 heures chrono (2006), Cold Case (2008). Il sera récurrent sur cette saison 1.

  • Julie Gonzalo/Sarah Schaefer : actrice américano-argentine, née à Buenos Aires. Au cinéma, on l’a vu dans Freaky Friday (2003). Plus présente à la télévision : Veronica Mars (2006-2007), Castle (2010), Dallas (2012-2014).

  • James McDonald/capitaine Faul : acteur américain, on a pu le voir dans plusieurs films (Broken Arrow, Space Cowboys, Phone Game,) et séries (Star Trek : Deep Space Nine, Buffy contre les vampires, JAG (3 épisodes), Esprits criminels, Scandal, Mentalist, NCIS : Nouvelle-Orléans).

  • Patrick Labyorteaux/Lieutenant Bud Roberts : acteur américain, il a joué dans La petite maison dans la prairie (1977-1981), Dexter (2009). Il reste principalement connu pour son rôle dans JAG (1995-2005)

Retour à l'index


3. RÉACTION EN CHAINE
(SEADOG)

Scénario : John C. Kelley et Donald P. Bellisario

Réalisation : Bradford May

Résumé

Le corps d’un capitaine est retrouvé sur la plage. La police pense à une affaire de drogue mais pas le NCIS.

Critique

Un épisode plutôt quelconque dont les bons moments sont gâchés par une intrigue sans subtilité ni surprise et une réalisation brouillonne.

La découverte du cadavre d’un capitaine remplit de joie DiNozzo qui n’aura pas à assister à une conférence sur le harcèlement sexuel. Michael Weatherly réussit à faire sourire avec ce qui est quand même une attitude contestable. Se défiler à ces conférences deviendra un running gag dans les saisons ultérieures ; ici, c’est plutôt le sexisme des personnages masculins qui est souligné.

Bradford May – réalisateur habituel sur JAG – présente, avec la découverte du corps, ce qui sera sa signature sur cet épisode : les vues de haut. Ça lui plaira tellement qu’il en mettra partout, provoquant un effet comique involontaire. L’image est souvent floue et la réalisation, correcte mais sans génie. On lui reconnaîtra cependant de réussir à animer l’épisode qui se suit sans déplaisir. Pour la police, qui en prend pour son grade de la part de Ducky (là, c’est drôle !), c’est en lien avec la découverte des cadavres de deux trafiquants de drogue retrouvés à quelques kilomètres de là. Il y aura donc enquête conjointe avec la DEA. En tout cas sur le papier car l’acteur censé incarner l’agent de la DEA est transparent et fait essentiellement tapisserie. Il réagit plutôt qu’il agit et l’entendre dire « qu’il sait ce qu’il a à faire » fait sourire.

La salle d’autopsie prend de l’importance dans cet épisode. D’abord, on y assiste au travail de Ducky et de son assistant Gérald. Le réalisme de l’opération montre l’influence que les méthodes de la police scientifique ont acquise pour la crédibilité d’une enquête. Ensuite, on apprécie l’anecdote « savoureuse » du jour. Diversement reliées au sujet principal, ces historiettes, généralement interrompues, sont toujours décalées et donnent un côté « vieil oncle radoteur» au docteur Mallard lui assurant la sympathie du spectateur. Elles sont la marque de Ducky et un identifiant fort pour les fans. En outre, la chaleur du personnage contrebalance ce que l’exposé de la médecine légale pourrait avoir de froid et de formel. Enfin, c’est dans cette pièce que Gibbs convoquera deux têtes de réseaux de drogue pour les confronter. Ils nous ont été présentés comme des « professionnels qui ne donneraient pas le nom de leurs mères ». On peut trouver la présentation exagérée. Le bluff ridicule de Gibbs à cette occasion est d’une surprenante absence de subtilité et Mark Harmon donne dans le premier degré de manière éhontée. Néanmoins, il en sortira quelque chose.

La découverte du bateau des trafiquants donne l’occasion de se débarrasser de l’agent inutile dont le nom de son chien renifleur est censé faire rire. Le décor du bateau est, lui, bien fait et on profite d’un extérieur agréable (et de deux informatrices de charme dont DiNozzo tirera la substantifique moelle au moyen d’un procédé mis ultérieurement en valeur dans Esprits criminels, preuve que le dragueur de la bande est aussi un bon agent). En fait, toute l’histoire de la drogue est un McGuffin car un indice fait totalement dévier l’enquête : des billets retrouvés sur les dealers morts et que Kate identifie comme des faux. Ses recherches vont amener le FBI à s’immiscer dans l’enquête. On apprécie pour le coup de retrouver l’agent Fornell. Volontiers moqueur, il oriente l’affaire vers le terrorisme. En 2003, c’était (déjà) une véritable obsession mais, le souci, c’est l’absence de recul sur le sujet. Bellisario avait (déjà) montré sa paranoïa dans les épisodes de JAG post-11 Septembre. Il continue. Joe Spano a bien saisi son personnage et il est à la fois ironique mais capable de sérieux. L’acteur lui donne une vraie force et il nous convainc également par le duo avec Mark Harmon. Pas toujours très fin dans cet épisode, l’acteur retrouve des couleurs quand il a quelque chose à défendre. Par leur jeu respectif, Joe Spano et Mark Harmon rendent crédible l’amitié naissante et le respect professionnel de leurs personnages respectifs.

.

Le directeur du NCIS obtient un petit quelque chose de son homologue du FBI qui aura son importance plus tard dans la saison. Pour l’heure, en une scène, Alan Dale incarne pleinement le directeur de cette petite agence qu’est le NCIS. L’acteur dégage une vraie autorité et une vraie crédibilité, en même temps qu’un humour léger. Le but des terroristes est un peu plus original mais le final est un brin précipité ; ce qui est normal quand on a consacré une bonne moitié de l’épisode à sa fausse piste. L’idée était cependant bonne mais le traitement n’a pas suivi. Un dernier point entache la crédibilité de cette intrigue : le refus de Gibbs de penser que le capitaine décédé puisse être lié à l’affaire de drogue. Que la police ait fait des conclusions hâtives d’accord mais il faut quand même un peu plus pour se faire une opinion. On en serait resté là qu’on n’aurait pas trouvé grand-chose à dire mais l’adjonction des « bonnes œuvres » du défunt c’est trop ! Guimauve quand tu nous tiens ! Avec ça, évidement que le capitaine n’est pas coupable ! Bien sûr que non, pensez donc, il aide les jeunes ! Une absence de recul sidérante et qui sert à placer une jolie journaliste qui « lavera » sa faute en « disant la vérité ». C’est mignon mais c’est davantage du niveau d’un soap que d’une série policière.

Anecdotes :

  • Kate évoque la Marie-Céleste, bateau retrouvé sans équipage et qui a inspiré diverses théories. L’essayiste français Francis Lacassin les passe en revue pour les démonter dans Passagers clandestins.

  • On découvre qu’Abby (et Gibbs) parle le langage des signes. Ses parents étaient sourds.

  • Première mention des talents de dessinatrice de Kate.

  • Alan Dale/Tom Morrow : acteur néo-zélandais, vu dans Urgences, The Lone Gunmen, The Practice (2002), JAG (2003), Lost (2006-2010), Once upon a time (2011).

  • Joe Spano/Tobias Fornell : acteur américain, il a contribué à fonder le Berkeley Theatre Repertory, troupe dont il fit partie durant 10 ans. Il se fait connaître avec la série Capitaine Furillo (1981-1987). On l’a vu dans Apollo 13 (1995), X-Files (1997), Mentalist (2012). Récurrent dans la série avec le rôle de Tobias Fornell.

  • Le FBI : Federal Bureau of Investigation, principal service fédéral de police judiciaire et de  sécurité intérieure. Placé sous la tutelle du département de la Justice, ses compétences se rapportent à l’antiterrorisme, au contre-espionnage, au crime organisé, enlèvements, délinquance en col blanc et criminalité financière et à la collecte de renseignements généraux. Créé en 1908 en tant de Bureau of Investigation par Charles Joseph Bonaparte-Patterson, il eut comme directeur le célèbre John Edgar Hoover entre 1924 et 1972. Il a pris son nom actuel en 1935. Ses agents sont formés à la FBI Academy situé à Quantico en Virginie.

  • Émilie de Ravin/Nancy : actrice australienne d’origine française. Elle a tourné dans la colline a des yeux (2006) et dans les série Roswell (2000-2002) et Lost (2004-2010). Dans cet épisode, elle apparaît blonde, ce qui est sa couleur naturelle.

  • Gregory Itzin/directeur du FBI : acteur américain principalement connu pour son rôle dans les saisons 4, 5, 6 et 8 de la série télévisée 24 heures chrono.

Retour à l'index


4. LES IMMORTELS
(THE IMMORTALS)

  

Scénario : Darcy Meyers

Réalisation : Alan J. Levi

Résumé

Un matelot est retrouvé en grand uniforme au fond de l’océan. Il semblerait qu’un jeu de rôles en ligne ait mal tourné.

Critique

Un premier succès pour la série : un scénario solide, de l’humour et une réalisation de bon aloi. L’équipe est désormais formée et fonctionnelle.

La découverte du corps par un jeune plongeur est une première émotion forte : la caméra qui se focalisait sur le plongeur nous le montre soudain pris de terreur avant que le montage rapide nous fasse découvrir le cadavre. Des gros plans brefs et rapides soulignent l’incongruité de la tenue du mort. Nous voilà plongé en plein mystère !

Après un passage quelque peu inutile avec la mère de la victime dénommée Russell MacDonald, mais qui est intéressante pour le chapitre des relations DiNozzo/Kate (de vrais chiens et chats !), l’équipe se rend à bord du destroyer Foster, où servait MacDonald. Humour involontaire : les images du bateau sont des « vraies » insérées dans le corps de l’épisode et qu’on repère aisément à leur qualité médiocre. Les premiers contacts avec l’équipage sont assez frais et ce n’est pas l’interrogatoire mené par DiNozzo avec un sous-officier arrogant qui fera remonter la température. Ce moment est aussi rendu pénible par un mouvement de va-et-vient incessant de la caméra. Par contre, les entretiens de Kate avec le médecin du bord, réalisés bien plus posément, rendent une approche plus sensible et profonde. C’est le premier indice sur la vérité qui sort de ces discussions. Sasha Alexander est une vraie perle dans cet épisode et elle est vraiment la meilleure de l’équipe. Mark Harmon compose un Gibbs encore assez sec et dur. Michael Weatherly s’amuse par contre à jouer le beau gosse matois ; le passage par « Porto Rico » est très drôle grâce à lui. 

La découverte d’un jeu de rôles en ligne, Les Immortels, complexifie l’épisode et le rend plus intéressant et plus sombre. Il est sans doute étrange qu’une agence fédérale paye un de ses employés pour jouer en ligne mais c’est ce que fait Abby ! Pour découvrir la vérité évidemment. Darcy Meyers, scénariste sur JAG, a bien compris le personnage et les scènes consacrées aux recherches d’Abby sont drôles et sérieuses à la fois. Alan J. Levi a l’excellente idée de mettre le visage de Pauley Perrette en exergue pour montrer la concentration, la détermination et la passion du personnage.

C’est cocasse et on note aussi l’apparition du soda à la caféine. Le rituel n’est pas encore en place mais les éléments s’assemblent. Il manque toujours la musique. Celle de l’épisode est efficace sans être exceptionnelle. Abby et Ducky apportent des éléments troublants à leurs collègues : MacDonald s’est battu en duel à l’épée et il était en vie quand il s’est noyé. A ce moment, la réalité se brouille : qui s’est battu ? MacDonald ou son personnage, Weylin ? Son adversaire du jeu est-il à bord ? Pour la clarté de l’épisode évidemment, mais l’interrogation n’est pas traitée comme une question rhétorique et la scénariste est parfaitement consciente des dangers du virtuel. Elle a aussi le métier pour ne pas s’enliser dans une banale dénonciation. Le danger représenté par ces jeux pour des esprits faibles est certes présent mais il est parfaitement intégré dans une enquête policière. La découverte du « journal de Weylin » fait encore monter la pression en présentant le défunt comme devenu fou et paranoïaque. Darcy Meyers se montre également brillante dans son choix de l’adversaire de MacDonald/Welin. L’homme peut très bien se présenter modestement et reconnaître des mérites à son collègue et ennemi, sa volonté de puissance ne tarde pas à effleurer à la surface de sa politesse. Il est à la fois pathétique et effrayant. La révélation finale par Kate et DiNozzo est faite au centre opérationnel plongé dans une semi-obscurité d’où émergent les lueurs des écrans et des manettes et les formes inquiétantes des appareils. 

Comment mieux souligner la dangerosité d’une informatique et d’un réseau invisible à la fois indispensable et imprévisible ? Quand le virtuel s’invite dans le réel ou se confond avec lui, il ne peut rien en ressortir de bon. L’alerte générale déclenchée par les découvertes du NCIS montre la percussion du premier sur le second. Bien filmée, nerveuse, elle évite le flou et la confusion pour nous plonger dans la mise en action d’un navire de guerre. On pardonnera à la scénariste la dernière scène un peu inutile, comme si effrayée de sa propre virtuosité, elle avait tenu à « expliquer » au spectateur ce qu’il venait de voir !

Anecdotes :

  • DiNozzo rêve de Porto Rico depuis toujours. Colonie espagnole depuis le XVIème siècle, l’île fut conquise par les Etats-Unis lors de la guerre de 1898. Aujourd’hui, elle a le statut d’ « État associé aux Etats-Unis » ; en clair une situation bancale (mais profitable à Washington) puisque ce n’est pas une colonie mais pas non plus un État fédéré, ce que demande les habitants qui ont pourtant la citoyenneté américaine.

  • Ducky explique pourquoi on roule à gauche en Angleterre et s’étonne que ce ne soit pas le cas ailleurs. Au vu de son explication, on peut en effet se le demander !

  • Caitlin Todd est catholique.

  • Chad W. Murray/Russell MacDonald : beau-fils de Donald P. Bellisario et frère cadet de Sean Murray. On l’a vu aussi sur NCIS : Los Angeles (2009). Il se consacre aujourd’hui surtout à la production.

Retour à l'index


5. LA MOMIE
(THE CURSE)

Scénario : Don McGill, Jeff Vlaming et Donald P. Bellisario ; d’après une histoire de Donald P. Bellisario

Réalisation : Terrence O’Hara

Résumé

Un corps momifié est retrouvé dix ans après sa disparition. Le défunt était soupçonné du vol d’un million de dollars. Mais l’argent est toujours manquant.

Critique

Une bonne idée mais le scénario est trop prévisible pour être pleinement convainquant.

Le corps était dans le réservoir modifié d’un Tomcat (avion F-14). Ramené au quartier-général du NCIS (premières images de l’extérieur avec ce montage nerveux qui se rapproche du bâtiment et qui deviendra un passage obligé des futurs épisodes), il fait la joie d’Abby ! Excellente idée que la manière de faire passer les explications techniques par les échanges Abby/Gibbs. Pas besoin de démonstration en image de synthèse ou de reconstitution, c’est la patte de NCIS qui s’affirme ainsi et se dégage de la gangue de la série de police scientifique. C’est drôle, tonique, enlevé et, bien entendu, on fait référence à la malédiction qui accompagne toute bonne momie qui se respecte. Cet ingrédient sera utilisé tout au long de l’épisode  (notamment par Abby mais c’est une « gothique ») comme additif comique et, saupoudré dans diverses conversations et situations, il ne lasse jamais et donne un petit côté léger à cet épisode. A la base, c’est une banale histoire de vol (1,2 million de dollars quand même) suivi d’un assassinat. Sauf que l’argent n’est pas avec le corps. D’autant que l’autopsie montre qu’une abondante hémorragie a eu raison de la victime : il a été tué avant d’être mis dans la nacelle. 

Cette mise en bouche ne sera malheureusement pas suivie de scènes suffisamment fortes pour ôter une impression de déjà-vu ni pour emballer le récit. Pas de fausses pistes juste des suspects mais trop peu pour faire durer le doute. L’enquête un peu vite faite de l’agent spécial Owens permet cependant de relancer l’intrigue d’autant que le scénario a la bonne idée de ne pas passer par la case « agent nul » pour valoriser nos héros. Owens a pêché mais il aura l’occasion de se rattraper en participant à l’enquête.

David Ramsay fait les bons choix pour son personnage. Exaspéré quand il est mis en cause mais trop intelligent pour ne pas percevoir les failles de son enquête, il le montre plus modeste ensuite mais professionnel, motivé, vraiment désireux de bien faire son travail. Par contre, faire monter Gibbs, DiNozzo et Owens à bord du porte-avion Eisenhower a quelque chose de gratuit. Certes, ils trouvent une piste en bossant comme une équipe quand bien même le premier échange Gibbs/Owens n’a pas été des plus cordial ! Mais avaient-ils réellement besoin d’aller là-bas trouver leurs infos ? 

Les interrogatoires allongent l’épisode mais le trio de scénaristes a compris que le meilleur agent pour les mener était Caitlin Todd. Sasha Alexander est excellente dans ces scènes par l’humanité, le sens de l’écoute et l’attention qu’elle sait conférer à son personnage. Elle sait aussi varier son jeu. Elle ne joue pas de la même façon quand elle parle à la veuve du présumé voleur qu’à l’ex-enseigne de vaisseau qui était la secrétaire de l’équipe de trésorerie aux moments des faits. Si DiNozzo fait dans l’humour un peu lourd et Gibbs dans l’ironie cinglante, l’humour de Kate est plus fin mais peut se montrer caustique. C’est d’ailleurs elle qui apporte d’abord un élément intriguant de son entrevue avec la veuve puis ensuite l’élément capital qui résout l’enquête. La manière dont l’équipe réussit est une des meilleures scènes de l’épisode. C’est à la manière d’Hercule Poirot que les agents spéciaux, et Abby, coincent l’assassin en reconstituant la scène de crime. Brillant, dynamique, avec juste le soupçon d’humour qui enlève ce que cela pourrait avoir d’artificiel ou de didactique. Juste un plaisir !

Les personnages sont soignés dans cet épisode : c’est déjà un axe fort de la série. Ainsi, la relation Gibbs/Kate se montre plus apaisée et dénote davantage de complicité. Mettons cela sur l’acclimatation réussie du nouvel agent fédéral et de ses réelles et appréciables compétences. Au passage, on se demande comment fonctionnait l’équipe avant elle : être seulement deux paraît un tantinet curieux, voire léger, pour mener des enquêtes et surtout assurer une présence. Que se passait-il lorsque l’un des deux partait en vacances ? A moins qu’ils n’en prennent pas. Toute plaisanterie mise à part, on ne nous dit jamais que cette task force a perdu un de ses membres et que c’est pour cela que Gibbs engage Kate. Il y a comme un flou ici. L’équipe du NCIS : Nouvelle-Orléans aura pareillement le même étrange fonctionnement alors que leurs confrères du NCIS : Los Angeles seront opérationnels d’entrée. Par contre, il faut que Gibbs fasse soigner, non seulement sa vue (mais ça restera un gimmick de la série) mais aussi son machisme. Sa réflexion sur les « films de filles et les films de mecs » est dite avec trop de sérieux pour être une moquerie. La question du point de vue exprimé n’est pas sans pertinence mais c’est la manière de le dire qui interpelle. Décidément, le Gibbs première époque est vraiment mal dégrossi ! L’étrangeté de la mort met particulièrement Abby et Ducky en valeur. Leurs échanges dans la salle d’autopsie sont un régal. Non seulement c’est drôle mais, pour sa première réalisation sur la série, Terrence O’Hara a de bonnes idées pour placer ses caméras et celle d’en placer une comme s’il s’agissait du tableau de radiologie est la meilleure ! Abby est superbement mise en valeur mais surtout la musique fait son apparition et pas du Beethoven, non, du hard rock ! Cette fois, tout est en place !

Anecdotes :

  • DiNozzo est présent au QG du NCIS depuis deux ans. Il est donc entré en 2001 au service de Gibbs.

  • Cela fait un mois que Kate est au NCIS. L’épisode a été diffusé le 28 octobre 2003 ; le 1er l’avait été le 23 septembre 2003. Un mois avant.

  • Abby n’aime pas qu’on l’appelle « Abigail ». Cette réserve disparaîtra par la suite. Ducky est le seul à l’appeler ponctuellement ainsi.

  • La « malédiction de la momie » est un cliché des films d’horreur depuis longtemps ! Avant la comédie La Momie en 1999 (avec Brendan Fraser et Rachel Weisz, remake d’un film Universal de 1932), la Hammer avait produit une Malédiction des Pharaons en 1959.

  • Terrence O’Hara : réalisateur américain, il débute en 1989 avec Darkroom. Spécialisé dans les séries, il a œuvré sur Les Dessous de Palm Beach (8 épisodes entre 1992 et 1995), Le rebelle (13 épisodes, 1993-1995), Docteur Quinn (10 épisodes, 1996-1997), Le Caméléon (7 épisodes, 1997-1999), Angel (6 épisodes, 2002-2004), JAG (17 épisodes, 1999-2004), NCIS : Los Angeles (16 épisodes, 2009-2015), NCIS : Nouvelle-Orléans (3 épisodes, 2014-2015). Il a réalisé une trentaine d’épisodes de NCIS.

  • David Ramsay/Richard Owens : acteur américain, on l’a notamment vu au cinéma dans Les ailes de l’enfer (1997) mais c’est la télévision qui l’emploie régulièrement notamment avec Ghost whisperer (2005-2008), Dexter (2008-2009) et Arrow (depuis 2012).

Retour à l'index


6. TRAFIC EN HAUTE MER
(HIGH SEAS)

Scénario : Jeff Vlaming et Larry Moskowitz, histoire de Jeff Vlaming

Réalisation : Dennis Smith

Résumé

Deux marins du même navire font une overdose à la métamphétamine mais tous deux jurent qu’ils ne prennent pas de drogue.

Critique

Un épisode somme toute banal. Sans être mauvaise, l’intrigue n’est pas des plus stimulantes car elle manque de surprise.

Appelé par Stan Burley avec qui il a travaillé auparavant, Gibbs débarque sur le porte-avion Enterprise avec son équipe. Les relations cordiales entre Gibbs et Burley provoquent l’agacement de DiNozzo, ce qui est amusant. L’intéressant au niveau des relations personnelles c’est le renforcement des liens Kate/Tony. Se chamaillant dès que possible comme frère et sœur, ils n’en montrent pas moins une amitié sincère au-delà de la simple courtoisie entre collègues. Le défi de « C’est moi qui y serai le premier » est un très bon moment d’humour, surtout quand on a entendu avec effroi la manière de lire les indications pour se repérer à bord d’un porte-avion ! Les mésaventures de l’agent Todd à bord de l’Enterprise forment d’ailleurs un running gag des plus réjouissant !!

Le premier marin, Wilkes, nie avoir pris de la drogue mais son bilan sanguin dit le contraire. On comprend le scepticisme de Gibbs. Mark Harmon la joue à la dure, ce qui est très bien vu puisque son personnage est convaincu qu’il a affaire à un drogué et les dénégations du marin ne sont pas pour le convaincre mais, à la place de Gibbs, le serions-nous ? Pas sûr du tout.  Nouveau venu sur la série, le réalisateur Dennis Smith (qui deviendra un des réalisateurs habituels) sait parfaitement animer cette scène d’interrogatoire qui se déroule dans un espace confiné. La caméra est mobile, nerveuse, alerte mais elle ne nous égare pas et elle donne une forte autorité à Gibbs. Un second marin fait soudain une crise en plein pont alors qu’un avion est en approche !

Les images qui montrent la vie sur le pont sont des récupérations et ça se voit. Dommage mais c’est anecdotique. L’important c’est que les deux marins appartiennent à la même équipe de pont ; celle du maître Reyes. Un dur à cuire qui pousse ses hommes à donner le maximum. La manœuvre d’appontage est un beau moment très tendu et qui nous agrippe. C’est très rapide (forcément, un avion arrive !) mais nous n’avons pas l’impression que la scène a été bâclé. Efficacité est le mot qui s’impose. Cependant, lorsque l’on voit l’entraînement, c’est une impression de malaise qui saisit le spectateur. Ajoutons que tout l’épisode se passe alors que le porte-avions participe à une mission de sauvetage. Habilement placé de-ci-delà, ces rappels participent à l’atmosphère de pression et de tension qui parcourt l’épisode.

Évidemment que l’interrogatoire du second shooté ne donne rien mais voilà que Wilkes meurt brutalement ! A défaut d’être surprenant, le scénario sait par contre scander l’épisode. On ne s’ennuie jamais. Si l’essentiel de l’intrigue se passe à bord d’un navire (mais sans donner une impression d’enfermement grâce à une réalisation très mobile et un montage fluide), on a des « cartes postales » du NCIS : Ducky explique comment Wilkes est mort et Abby trouve le vecteur de la drogue. Le passage avec Ducky est le meilleur car il alterne entre le direct de la salle d’autopsie et la visioconférence. C’est bien joué et en plus Gerald nous gratifie d’un peu de légèreté bienvenue.

La suite est plus convenue. Le coupable identifié, il faut juste trouver les preuves. A nouveau, il est fait référence au JAG et à la procédure des cours martiales. Nous sommes dans une franchise, ne l’oublions pas. Mais nous sommes aussi dans une série inspirée des Experts et la description de la procédure criminelle (test de drogue) nous est expliquée. Par contre, le passage de la fouille est assez drôle lorsque le trio d’enquêteurs a recours à la « lumière noire » pour trouver des résidus de drogue : il y a un petit côté Star Wars très involontaire sans doute mais qui fait sourire. Nos policiers la jouent enfin Columbo pour piéger le dealer. Mince alors ! Mais c’est tout à fait celui qu’on soupçonnait ! Heureusement, les aveux sonnent justes et ils interpellent. Nous n’avons pas affaire à un criminel endurci ou à un vulgaire assassin mais à un soldat à l’honneur dévoyé. Humainement, c’est très intéressant et l’acteur est très juste dans son jeu : sobre face aux policiers, expansif et dur avec ses hommes ; il a un charisme certain qui explique sans justifier la confiance aveugle que les matelots ont placé en lui.

« Que ne ferait-on pas pour l’Angleterre ? » disait James Bond en souriant. Que ne ferait-on pas pour l’Amérique ? lui rétorque sèchement le soldat

Anecdotes :

  • Burley a travaillé 2 ans avec Gibbs.

  • Avant de travailler au NCIS, DiNozzo a été policier à Baltimore. C’est la première mention du passé policier de Tony.

  • C’est à partir des années1970 que des agents du NIS furent déployés sur les navires.

  • Carlos Gomes/Reyes : fils d’immigré cubain, il début en 1995 (Desperado, de Robert Rodriguez). En 1999, il joue dans Ennemi d’Etat de Tony Scott. On l’a régulièrement vu à la télévision : Docteur Quinn (1997), A la Maison-Blanche (2003), Sleeper Cell (2005-2006), The Glades (2010-2014).

Retour à l'index


7. L'IMPOSTEUR
(SUB ROSA)

Scénario : George Schenck et Frank Cardea

Réalisation : Michael Zinberg

Résumé

Un corps trouvé dans un bidon d’acide fait comprendre au NCIS qu’un imposteur est monté à bord d’un sous-marin.

Critique

Coup d’essai et coup de maître pour le duo de scénaristes Schenck/Cardea ! Ce tandem sera à l’avenir un des meilleurs pourvoyeurs d’épisodes pour la série. Leur scénario est machiavélique mais il ne sacrifie ni l’action ni l’humour et se permet le luxe d’introduire le personnage de McGee.

La première partie est composée de l’enquête à terre qui conduit l’équipe à Norfolk. L’occasion pour DiNozzo de se payer l’agent débutant McGee, qui lui donne du « monsieur » tout au long de l’épisode, ce qui ne manque pas de mettre le spectateur en joie. La découverte d’un tatouage par Abby oriente l’enquête vers les sous-marins ; en l’occurrence le Philadelphia, le seul à partir en mission. Cette première partie est couronnée par une évolution salutaire de Gibbs : il impose Kate avec lui à bord du sous-marin et fait son éloge (mais hors de sa présence). Cela permet un « double effet » : d’abord furieuse d’avoir dû sortir, Kate est ravie d’être emmenée. Enfin, un (deux) scénariste(s) pensent à faire sortir Gibbs de son machisme primaire. Bon ! Il y a un « reste » à deux moments dans l’épisode mais, dans ces cas-là, l’humour permet de les faire passer. Cette utilisation de l’humour et la prise de distance avec le strict réalisme est un marqueur important et un jalon pour l’évolution de la série. 

La seconde partie de l’épisode est menée sur trois plans : l’enquête de Gibbs et Kate à bord du Philadelphia, l’enquête de Tony et McGee à Norfolk et les recherches d’Abby et de Ducky. Chaque duo a une présence certaine à l’écran et le montage permet de passer avec aisance d’une scène à une autre donnant à l’épisode une fluidité et un dynamisme de bon aloi. De plus, les interconnections entre ces trois plans empêchent l’apparition de scènes inutiles ou gratuites. Tout à un sens, tout à un but et nous sommes pris dans le développement d’une intrigue complexe mais sans que nous soyons perdus. Cinq marins sont suspects d’être l’imposteur mais seulement deux seront interrogés ; ce qui nous évite un long tunnel d’interrogatoires.

 Dommage que le grain de l’image ne soit mauvais à ce moment (ce sera aussi le cas lors de la découverte de la planque de l’imposteur). Le suspens sera préservé, justement avec cette alternance dedans/dehors. L’intérieur du sous-marin est un des meilleurs décors de ce début de saison. Il est magnifique, varié, en pénombre pour le poste de commandement et bien éclairé pour les autres lieux. Filmées avec énergie, ces scènes donnent de l’intensité à l’intrigue, nous plongent dans le danger car un sous-marin est un lieu clos, puissant mais vulnérable ainsi que le souligne le capitaine dont les « duels » avec Gibbs montrent le choc de deux figures d’autorité dont l’une n’apprécie pas d’être défiée chez elle (et on la comprend).

Glenn Morshower est excellent. Sobre, il n’a pas besoin d’en faire trop pour incarner un officier supérieur. Il montre que son personnage défend son territoire mais n’est pas hostile au NCIS par principe. Quand Gibbs prouve ses soupçons, il est suivi. Mark Harmon est une autre satisfaction de cet épisode. Moins raide, plus souriant, il joue l’autorité mais ne se montre pas autoritaire. Il fait montre d’humour et nous présente un Gibbs bien plus sympathique et dont le charisme est bien plus évident.

Autre point positif : l’arrivée de Sean Murray dans le rôle de McGee. A ce moment, on ne sait pas qu’il reviendra mais c’eut été dommage de s’en priver car l’acteur réalise un bon passage. Totalement dominé par Gibbs (au point de dire une énormité qui fait éclater de rire !), McGee ne s’en montre pas moins bon policier et ses qualifications impressionnent DiNozzo. Ce sera d’ailleurs la seule fois ! Sean Murray montre parfaitement que McGee n’a aucune expérience mais sans jamais le faire paraître ridicule. Il a de l’humour aussi mais, sur ce plan-là, il ne peut rivaliser avec Tony !! Michael Weatherly nous régale d’une des meilleures scènes de comédie de la série (au point qu’elle figurera au générique) avec sa façon très « personnelle » de jouer au football (entendons : football américain) !!! C’est absolument hilarant et la mine circonspecte de McGee est un régal. C’est un des temps forts de l’épisode et c’est méritant à George Schenck et Frank Cardea de l’avoir réservé à ce duo. En effet, ce passage jubilatoire est presque aussitôt suivi d’une scène brève mais glaçante. La musique (présente au labo d’Abby ; c’est désormais la règle) fait froid dans le dos. C’est une autre satisfaction car la scène finale, haletante, à bord du sous-marin lui devra une part de son dynamisme. Pauley Perrette et David McCallum, quant à eux, tiennent déjà bien leurs personnages et nous régalent de pastilles de légèreté tout en faisant très consciencieusement leur travail. On est plus efficace au travail quand l’ambiance est bonne !

C’est Abby qui démasque l’imposteur déclenchant un final de toute beauté : tonique quand le sous-marin se met en alerte, comique avec Gibbs et Kate, inattendu et brusquement inquiétant après un faux calme. C’est excellent et ça ne nous laisse aucun répit. Gibbs comprend grâce à un fait en apparence anecdotique. C’est brillant !

On termine sur une pure scène de comédie et c’est vraiment réjouissant. Du fond et de la forme, rien à jeter !

Anecdotes :

  • Première apparition de Sean Murray.

  • « Conflit » de génération : quand Ducky compare le portrait-robot du mort à Cary Grant, Abby pense plutôt à Hugh Grant.

  • McGee est titulaire d’une maîtrise d’informatique en police scientifique et diplômé en recherche biomédicale. Le CV de McGee  (et la fierté qu’il en tire) fournira ultérieurement matière à une foultitude de gags.

  • Glenn Morshower/Robert Peters : acteur américain, il joue souvent des personnages d’autorité. Il a joué dans Air Force One (1997), Godzilla (1998), La chute du faucon noir (2001), Good Night and Good Luck (2005), Transformers (2007, 2009, 2012). A la télévision : Les incroyables pouvoirs d’Alex (1994-1998), JAG (1995-2000), X-Files (1998), Les Experts (2000-2001), 24 heures chrono (2001-2010), Dallas (2012-2013), Agents du SHIELD (2013-2014).

Retour à l'index


8. FAUSSE PISTE
(MINIMUM SECURITY)

Scénario : Philip DeGuere Jr et Donald P. Bellisario

Réalisation : Ian Toynton

Résumé

La mort surprenante d’un interprète conduit l’équipe du NCIS à Guantanamo.

Critique

Comme JAG à la même époque, NCIS souffre d’un traitement basique du terrorisme, du 11-Septembre en particulier. Le scénario, bien rythmé, qui ménage quelques beaux moments d’humour, n’a malheureusement aucune subtilité et se révèle sans surprise. Seuls les interprètes s’en sortent un peu mieux.

La « mule » qui meurt à cause de son chargement c’est banal mais que ce soit des émeraudes afghanes est plus original ! L’homme s’appelait Saïd et était interprète au camp Delta dans la base de Guantanamo affecté aux interrogatoires de l’agent spécial Paula Cassidy. Voilà posées les bases de la première partie de l’épisode. L’équipe doit se méfier d’elle et comprendre ce qui est en jeu. Pendant que Gibbs et Kate épluchent les transcriptions des interrogatoires, DiNozzo se renseigne sur Paula. Cette partie est celle qui contient le plus d’humour comme le choix des chambres, le réveil de Tony qui n’est pas seul et qui dort nu…comme le constate ses collègues. Kate semble apprécier ce qu’elle voit. Le visage de Sasha Alexander fait bien plus sourire que toutes les plaisanteries qu’elle aurait pu trouver ! Michael Weatherly est bien mis en valeur. Il profite de scènes à la fois légères (il est épatant dans la comédie et son sourire est un régal) et graves (sa défense de Paula même si ce n’est pas une surprise que ce soit à lui que revient le rôle de « l’avocat » de cette dernière).

Question décor, on est plutôt mal servi. Celui de la boîte de nuit est banal (tout comme la musique qu’il y passe) mais il sonne plus juste que celui d’une cellule fouillée par Gibbs ! Rarement vu du béton aussi peu crédible ! Tout le passage dans la boîte n’a, en outre, guère d’intérêt pour l’enquête mais Michael Weatherly et Jessica Steen en font un moment agréable par leurs répliques vives et piquantes. Malheureusement, tout cela reste convenu et manque d’étincelles. Sur cette première partie, l’actrice s’en sort plutôt bien. Visiblement perplexe devant le débarquement des trois agents, son personnage est parfaitement crédible lorsqu’elle s’indigne du traitement qu’on lui fait subir. Même si Gibbs est un peu « pourri » sur ce coup-là, il n’a pas tort et Mark Harmon montre très bien que Gibbs est d’abord un agent professionnel et qu’il ne fait pas confiance à quelqu’un sous prétexte d’être dans la même agence. Il y a du mieux dans le jeu de l’acteur beaucoup moins monolithique. Il a bien saisi son personnage et, même lorsque ce dernier se montre dur, il n’a plus de ces manières supérieures quasiment arrogantes. 

Il a d’autant plus raison de se montrer dur envers Paula qu’il a des soupçons contre un des détenus qu’elle interrogeait avec Saïd, un certain Nasir. Dès lors, le suspect est forcément coupable et rien ne nous enlèvera l’impression que l’on connaît la fin. Certes, le scénario ménage encore des moments d’écriture appliquée (les deux scénaristes ont du métier, Philip DeGuere Jr travaillait sur JAG). Le dénommé Nasir est un cliché du terroriste. Le temps passé à tenter de nous convaincre de la présumée trahison de Paula (qui n’a en fait commis qu’une erreur d’appréciation ; c’est moins grave tout de même) manque pour construire une figure plus complexe. Parfaitement lisse, son interprète ne nous intéresse jamais à son sort. Les motivations du tueur (le rôle des émeraudes est brièvement expliqué) sont simplissimes même si pas aberrantes. En fait, il aurait peut-être fallu partir de là pour monter le scénario beaucoup trop linéaire. En tout cas, ce scénario est parfaitement dans le ton de l’époque. Aucun recul et un souci de coller à l’ambiance du moment. Bellisario sait parler des guerres de son pays mais il lui faut du recul. Magnum savait parler de la guerre de Corée, JAG du Viêtnam mais, quand il s’agit de l’immédiat, il ne connaît plus la subtilité.

Paula réhabilitée, un piège est monté contre le tueur. Que ce piège manque de se retourner contre ses concepteurs était quasiment obligé, histoire de nous ménager un moment de tension en toute fin d’épisode ! Cette seconde partie est dénuée d’humour sauf la vacherie, presque gratuite, que sort l’agent Cassidy pour crédibiliser le piège qui est tendu. Gibbs apprécie cependant. Belle preuve de bon esprit mais c’est tout de même mince. Si l’on profite de quelques extérieurs ensoleillés, c’est très peu pour nous faire croire qu’on est à Guantanamo. Si, dans une saison ultérieure, il en sera montré encore moins, le scénario sera beaucoup plus astucieux et la série aura cessé de nous agacer avec ses stock shot qui deviennent ridicules à force d’être systématiques ! Un mirador et c’est Guantanamo !! Abby et Ducky jouent largement les utilités dans cet épisode même si le coup des parfums est très drôle. Drôle mais vain, dommage. 

Heureusement, on termine sur une note drôle et chaleureuse grâce à la malice de Kate. Sasha Alexander nous la montre radieuse, ravie de son coup et son échange avec Gibbs est savoureux montrant aussi la nette amélioration de leurs rapports. Mark Harmon rend parfaitement Gibbs en homme dépassé par les intrigues féminines !

Anecdotes :

  • Le titre français est en partie inexact. La « fausse piste » étant certainement Paula, il ne rend compte que d’une partie de l’épisode.

  • DiNozzo ignore qui est Alan Ladd (acteur de western dans les années 50) et n’a pas vu L’homme des vallées perdues ainsi que Le faucon maltais. Surprenant quand, plus tard, le personnage nous sera présenté comme un cinéphile aguerri.

  • Une formule de Gibbs est à retenir : « Les histoires d’amour entre les agents finissent toujours mal ». Rétrospectivement, elle sonne prémonitoire.

  • Première apparition de l’agent Paula Cassidy.

  • Jessica Steen/Paula Cassidy : actrice canadienne, elle a notamment joué dans Un flic dans la Mafia (1987), Au-delà du réel, l’aventure continue (1996, 1999, 2000), Armageddon (1998), Monk (2002), Les Experts (2006), Flashpoint (2009).

  • Guantanamo : les Etats-Unis possèdent une base militaire dans la baie de Guantanamo depuis 1903 sous le régime de la location perpétuelle. La base abrite depuis 2001 un camp de détention militaire de haute sécurité (le fameux « camp Delta »). Le président George W. Bush a choisi ce site pour fonder juridiquement le refus de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain en arguant de l’extra-territorialité de la base. En juin 2006, la Cour suprême a déclaré illégale les procédures judicaires d’exception mises en place dans la base. Faute d’endroit pour accueillir ces derniers détenus, la prison de Guantanamo n’est toujours pas fermée.

Retour à l'index


9. MORT-VIVANT
(MARINE DOWN)

Scénario : John C. Kelley

Réalisation : Dennis Smith

Résumé

Mort en mission et enterré, un Marine contacte tout de même sa veuve !

Critique

Un épisode assez inégal. La bonne idée, assez glauque mais originale, de John C. Kelley est desservie par une longue partie qui tourne en rond. Le final rattrape cependant partiellement cette fâcheuse impression.

Lorsque le défunt major Kidwell appelle sa veuve en disant qu’il est vivant, la scène a un grain assez mauvais qui gâche l’horreur et l’incongruité de la scène. Par un habile contre-pied, juste après le générique, voici une séance de tir des agents DiNozzo et Todd. C’est drôle et, comme toujours dans NCIS, cette scène aura son importance pour le final. Pour le moment, on profite d’une belle luminosité pour cet entraînement en extérieur qui nous change des salles de tirs habituelles. Mark Harmon campe un Gibbs détaché, qui conseille sans engueuler ses troupes et se montre même taquin et, osons-le, espiègle. Quelle avancée par rapport à la statue du Commandeur d’Air Force One ! Mark Harmon ne fera pas carrière comme comique troupier mais il a le sens de la comédie.

Après un long passage moyennement intéressant, on arrive quand même à un élément perturbateur : le colonel auquel les agents ont parlé est un imposteur ! Bien que la scène soit elle aussi tournée en extérieur, la réalisation de Dennis Smith, qui fera bien mieux, ne se montre guère dynamique. La caméra avance au rythme du quatuor qui marche. On a connu plus énergique ! Ironie : pour avancer, l’équipe va avoir besoin de la paperasse bureaucratique. C’est facile de critiquer les administrations mais parfois on en a bien besoin ! Le scénario essaye de se relancer avec la scène du cercueil mais c’est beaucoup trop et linéaire et embrouillé. Abby ne sert pas à grand-chose même si Pauley Perrette est une actrice qui met en joie rien que par sa présence. Son explication technique des appels du « défunt » (on saura peu après ce qu’il en est) qui perd tout le monde, à commencer par Gibbs (mais on n’en est pas encore aux « Abby » ! pour couper court) est réjouissant mais, faute de rythme, elle tombe à plat.

On en ressort avec une sensation d’une intrigue emberlificotée plutôt qu’habile. Ducky sera plus déterminant et saluons Donald McCallum lorsque son personnage reçoit un choc. C’est si brusque que nous aussi nous sursautons ! L’épisode aurait pu choisir une voie plus noire (il y a quelques passages un peu glauques) mais on en reste à un mobile bassement crapuleux et, pour tout dire, décevant. L’humour demeure une valeur sûre et, à ce jeu, remercions Michael Weatherly et Sasha Alexander qui nous régale de saynètes, individuelles (Kate dans l’avion ! Sasha Alexander nous fait éclater de rire rien qu’avec sa mine déconfite !) ou en duo,  et de piques mais aussi par leur solidarité complice face à leur patron. 

Ce n’est que sur la fin (à partir de 32’57 sur une durée totale de 41’57) que l’épisode s’anime vraiment. L’assaut est bien filmé et le décor du funérarium baigne dans l’ocre et la poussière alternant ombre et lumière crue. Très belle photographie qui fait passer un décor convenu. L’action est en outre bien soulignée par une partition martiale. Par contre, faire croire à la Colombie, n’exagérons rien ! L‘ultime scène est très émouvante et nous fait également sourire. Un beau final.

Anecdotes:

  • Si le NCIS et le FBI s’entendent relativement bien, ce n’est déjà pas le grand amour avec la CIA !

  • On savait que Kate dessinait bien, on en a une nouvelle illustration mais c’est aussi une excellente caricaturiste.

  • Le formaldéhyde est utilisé en concentration (maximum : 35%) pour la préparation du formol dont se servent les thanatopracteurs pour embaumer les morts. 

  • Dennis Smith : réalisateur américain de série : The Practice, Bobby Donnell & Associés (20 épisodes, 1998-2004), JAG (7 épisodes, 2002-2005), Numb3rs (11 épisodes, 2005-2009), NCIS : Los Angeles (4 épisodes, 2010-2011). Il a réalisé plus d’une quarantaine d’épisodes de NCIS

Retour à l'index


10. AMNÉSIE
(LEFT FOR DEAD)

 

 

Scénario : Don McGill et Donald P. Bellisario, histoire de Don McGill

Réalisation : James Whitmore Jr

Résumé

Une femme émerge d’une tombe où on l’avait enterrée vivante, ne se souvenant que d’une chose : il y a une bombe sur un navire de la Marine !

Critique

Un très bon épisode avec un scénario habile et une réalisation de qualité. Le duo de scénaristes parvient à instiller plus de subtilité que d’habitude mais leur sens de l’humour est encore à peaufiner. Si Sherilyn Fenn est excellente, les seconds rôles sont beaucoup plus quelconques.

D’entrée de jeu, le spectateur est saisi : une femme qui sort d’une tombe ce n’est pas si courant ! Kill Bill était sorti la même année, le duo de choc l’a peut-être vu ? En tout cas, le réalisateur restitue une atmosphère d’effroi en se servant habilement du décor hivernal et de l’obscurité. La première image de Sherilyn Fenn frappe par sa brutalité mais son regard perdu et effrayé est encore plus intense. Dommage que tension et noirceur ne tiennent pas tout du long car, malheureusement, l’épisode pêche par ses longueurs. La première est la fouille de la tombe de l’inconnue égaillée par les bavardages de Ducky. La seconde sera le test de détection de bombe dont on se demande bien quel est son utilité sinon tenir les 42’ règlementaires.

Le point fort de l’épisode est de donner le rôle principal à Kate. Émue par la détresse de l’inconnue, elle la fera sortir de l’hôpital sous un faux nom et se donnera beaucoup de mal pour l’aider à se sentir mieux et à recouvrer la mémoire. Sasha Alexander est impeccable. Elle  donne beaucoup d’humanité à son personnage. Il en ressort une grande fraîcheur et une certaine candeur loin de tout cynisme. Gibbs la morigène à juste titre mais la scène sonne juste car ce n’est pas sa gentillesse qu’il lui reproche mais son manque de recul. Mark Harmon nous compose un Gibbs des bons jours, sachant manier la sollicitude mais exigeant d’abord du professionnalisme. Sa déclaration finale laisse voir un fin psychologue. Gibbs est sans illusion sur les gens (il devrait rencontrer Gregory House !) mais il n’a pas versé dans le pur cynisme. On voit clairement ainsi la différence entre un agent expérimenté et un agent débutant. Le talent des acteurs donne beaucoup de véracité à ces moments. Bien sûr, la vedette de l’épisode c’est Sherilyn Fenn. Son personnage (dont on apprendra qu’il s’appelle Suzanne McNeil) commence par être traumatisé pour remonter petit à petit la pente. Le final ne manque pas de froideur, renouant sans y parvenir tout à fait avec l’horreur du départ. L’actrice rend parfaitement crédible ces divers passages. D’autant que le réalisateur insère ses souvenirs petit à petit jusqu’au moment où ils divergent avec ses mots. Dès lors que nous comprenons qu’elle ment, mais à ce moment-là seulement, puisqu’auparavant elle était vraiment amnésique, sans doute possible, une tension revient dans l’épisode. Idée heureuse, c’est à Kate qu’il revient de comprendre.

Ducky ne sert pas à grand-chose dans cet épisode mais Donald Mc Callum ne nous ennuie jamais. Ses anecdotes, aussi inutiles qu’érudites, nous amusent beaucoup et visiblement l’interprète aussi. La manière dont il récupère le corps d’un homme retrouvé dans un hôtel est très drôle. Un homme dont s’est souvenue l’inconnue dans une boutique. On comprend ensuite que c’était par similitude mais le réalisateur commet l’erreur de faire jouer deux hommes, certes physiquement proches, par le même acteur. Du coup, on est un peu perdu pendant un temps. En revanche, les analyses d’Abby se révèleront précieuses. Oui, l’inconnue a manipulé des explosifs et donc la menace est crédible. Une clé, trouvée dans la tombe, conduit à un hôtel où un corps est retrouvé. Durant ces analyses, Pauley Perrette nous régale avec son personnage extrêmement pro, capable de raconter des énormités hallucinantes et grivoises sans jamais perdre le fil. Côté décor, ils n’ont pas beaucoup d’originalité mais on apprécie de découvrir l’appartement de Kate dont nous ne sommes pas surpris d’y trouver des tons chauds.

Le cadavre de l’hôtel et une bribe de souvenir de Suzanne conduisent Gibbs et DiNozzo chez BFF, une firme allemande produisant un détecteur de bombes pour la Marine. Ici, l’épisode perd de son intérêt car les morceaux du puzzle s’assemblent trop vite. On comprend rapidement qui a voulu tuer Suzanne et les questions des enquêteurs sont sans sous-entendues donc le spectateur suppose qu’il s’agit du mobile. La venue de Suzanne sur place, amenée par Kate, redonne du tonus pour finir. Les flashbacks, présentés en rafale, brefs, intenses, nous replonge dans une atmosphère de violence.

 

Nous comprenons ce qui s’est passé avant les policiers qui ont des certitudes mais aucunes preuves. D’ailleurs, ils ne se sont pas vraiment donné la peine d’en chercher. Bien sûr, ils se sont focalisés sur la recherche de la bombe et sur l’identification de l’inconnue mais les scénaristes, sachant qu’ils n’auraient pas le temps de tout développer et que ce ne seraient pas utile, font l’impasse sur la punition de la tentative d’assassinat. Sur la fin, hormis Kate qu’un détail tracasse, Gibbs et DiNozzo sont trop nonchalants. Quant à Brauer, sa culpabilité est évidente puisqu’il ne reste plus que lui ! L’interprète est assez convenu même s’il ménage quelques scènes intéressantes Son mobile est crédible certes mais, une fois que les policiers comprennent que c’est lui, que se passe-t-il ? Rien !

La détresse de Kate, superbement rendue par Sasha Alexander, sans un mot, juste avec le regard et l’attitude, est poignante et permet à l’épisode de se conclure sur une belle note d’émotion.

Anecdotes :

  • Selon Ducky, 2 mètres est la profondeur minimale pour une tombe afin d’éviter que l’odeur de décomposition attire les charognards.

  • Selon le médecin interrogé par Kate, être enterré vivant est la seconde peur primaire chez l’homme après celle d’être dévoré par un animal. Tarantino l’a bien compris puisque, outre Kill Bill, il s’est resservi de ce procédé pour le final de la saison 5 des Experts.

  • Abby a une ceinture de chasteté chez elle et elle s’est déjà assise les fesses à l’air sur une photocopieuse.

  • Les croiseurs ont des noms de bataille ; les destroyers des noms de héros.

  • James Whitmore Jr : acteur et réalisateur américain essentiellement pour la télévision. Il a notamment joué dans 200 dollars plus les frais (1977 et 1979), Simon et Simon (1981-1983, 1986), Rick Hunter (1984-1986), Code Quantum (1991-1993), Le Caméléon (1997). Comme réalisateur, il a travaillé sur Rick Hunter (13 épisodes, 1984-1990), Le Caméléon (8 épisodes, 1996-1999), Buffy contre les vampires (5 épisodes, 1998-1999), Cold Case (5 épisodes, 2004-2006), The Unit (5 épisodes, 2006-2009), NCIS : Los Angeles (10 épisodes, 2009-2013), NCIS : Nouvelle-Orléans (3 épisodes, 2014). Il a réalisé une trentaine d’épisodes de NCIS.

  • Sherilyn Fenn/Suzanne McNeil : actrice américaine, elle accède à la célébrité avec le rôle d’Audrey Horne dans Twin Peaks (1990-1991). Elle a joué dans Des souris et des hommes (1992) ou Boxing Helena (1993). Après un passage par le Royaume-Uni, elle revient avec la sitcom Rude Awakening (1998-2001). Elle tourne encore pour le cinéma (The United States of Leland, 2003) mais plus souvent à la télévision : New York : Unité spéciale (2002), Les 4400 (2005), Psy : enquêteur malgré lui (2010). 

Retour à l'index


11. L'ŒIL DE L'ESPION
(EYE SPY)

  

Scénario : Dana Coen, George Schenck et Frank Cardea

Réalisation : Alan J. Levi

Résumé

Un opérateur radar qui espionnait une femme nue sur une plage est témoin d’un meurtre.

Critique

La découverte du crime est pour le moins originale et assez drôle d’autant que la femme en question ne manque pas d’atours comme le constatera DiNozzo quand il la retrouvera pour l’interroger. Bien que le rôle soit secondaire, son témoignage sera primordial. L’humour est bienvenu et sera constamment présent ; à commencer par la désormais traditionnelle scène de bureau où le « fil rouge » du moment est le poids de Tony.  Lequel se dévouera sur la plage pour ne pas que la mer endommage le cadavre. C’est enlevé, énergique et cela donnera lieu à une petite série de gags visuels d’un excellent effet et qui, ce qui ne gâche rien, s’insèrent parfaitement dans la narration de l’épisode. Un scénario Schenck/Cardea est synonyme de qualité. Et dans la comédie Michael Weatherly est excellent.

Le meurtre a été signalé par un coup de fil anonyme. Le spectateur sait pourquoi (et en rigole encore) mais pas le NCIS. Pour aller plus vite, DiNozzo va retrouver McGee. La scène est certes utile et les dialogues piquants mais sa pertinence interroge. N’importe quel second rôle quelconque aurait pu faire l’affaire ou bien un dialogue entre les agents dans leurs bureaux aurait expliqué comment ils ont réussi à le trouver. La seule raison valable de la présence de Sean Murray  - même si on est content de le revoir - est d’habituer le spectateur à le voir travailler avec le reste de l’équipe. Considéré dans son rapport pertinence/durée, la scène est un peu longue. L’appel remonte à la CIA. Comme les relations entre les deux agences sont toujours aussi inexistantes, Gibbs se sert d’un ami d’Abby de la NASA. La première scène entre les deux amis est excellente et elle est aussi hilarante puisque le langage ultra-technique qu’ils emploient semble être farci de devil minds ! La découverte qui en résulte contraint la Compagnie de Langley à coopérer. 

La victime était détachée auprès d’une société civile construisant un prototype de sonar pour la Marine et ledit prototype a disparu. Comme la coopération n’est encore pas à l’ordre du jour, il faut que les agents se montrent extrêmement persuasifs. A ce jeu, Gibbs est le meilleur. Face à la collaboratrice du mort, il l’amène à avouer une liaison et, face au patron à remettre tous ses dossiers. La première scène jouit d’un bel extérieur.

Visiblement, la Marine américaine a levé ses réticences envers la série Bellisario. Il paraît que nous sommes à Norfolk en hiver. La qualité du ciel et les tenues des comédiens amènent à penser qu’il pourrait s’agir de San Diego. Mark Harmon est absolument brillant dans ses interrogatoires. Patient et ferme avec la femme éprouvée du mort, il est plus direct avec la maîtresse de celui-ci l’amenant à l’aveu après lui avoir bien exposé les faits mais le meilleur c’est son tandem avec Sasha Alexander devant le patron.

Le petit jeu du « Je fais pourtant attention à…/Absolument » que mènent Gibbs et Kate est aussi efficace que drôle. Fouilles et interrogatoires conduisent à penser que l’assassin est une femme militaire gauchère mais ça ne colle pas avec les suspects. Les scénaristes ont brillamment su mener leur fausse piste non sans avoir jeter un ou deux petits cailloux. Nous nous sommes complètement laissé embarquer et, du coup, nous en sommes au même point que les agents. Rétrospectivement, on comprend les indices pouvant mener à une autre piste mais, sur le moment, on ne voit rien et l’effet de déception joue à plein ! Qui a tué et pourquoi ? Quand on n’a pas de piste, c’est que l’on s’est trompé quelque part. Aucune perte de temps et surtout aucune sensation d’avoir perdu le nôtre car la fausse piste était hautement plausible. La reconsidération de l’enquête sous un autre angle est menée tambour battant mais, là, c’est l’absence de preuves qui pose problème. 

Dans la plus pure tradition de Mission : Impossible, les enquêteurs vont monter un piège pour amener l’assassin à se dévoiler. La NASA va épauler le NCIS et, là aussi, on sourit car la décontraction d’Abby et de son collègue, mais toujours pro, rassure. Pas de surprise malgré un « incident technique » qui maintient un semblant de tension bien aidé par une partition agréable quoique pas inoubliable. Tel est pris qui croyait prendre.

Anecdotes :

  • Seconde apparition de Sean Murray

  • Selon Ducky, 9% de la population mondiale est gauchère. La fourchette est précisément entre 8 et 15%. On appelle « gaucherie » ou « sinistralité » le fait de se servir de sa main gauche dans la vie quotidienne.

  • La 2ème femme de Gibbs jouait au golf en gauchère. Elle a d’ailleurs cherché à le frapper avec un fer 7 !

  • Kate joue aussi au golf en gauchère mais au ping-pong en droitière.

  • Le sonar (acronyme de sound navigation and ranging) est un appareil utilisant les propriétés particulières de la propagation du son dans l'eau pour détecter et situer les objets sous l'eau. Son invention remonte à 1917 et fut permise notamment par les travaux du physicien français Paul Langevin.

Retour à l'index


12. LA MANTE RELIGIEUSE
(MY OTHER LEFT FOOT)

Scénario : Jack Bernstein

Réalisation : Jeff Woolnough

Résumé

Une jambe découverte dans une poubelle mène à un Marine déclaré mort deux ans auparavant mais les analyses ne collent pas.

Critique

Un épisode qui baigne dans une ambiance sinistre du début à la fin malgré quelques passages d’humour. Néanmoins, la trame est quelque peu confuse.

La découverte de la jambe est à la fois horrible et assez cocasse comme le signale très finement l’officier de police mais c’est la jambe d’un Marine et ça ne fait évidemment pas rire Gibbs qui remet l’impertinent à sa place ! On peut trouver ça drôle et l’enquête sur la scène de crime plaisante. Sans corps, l’autopsie est assez vite faite mais le spectateur sera surpris de ce qu’on peut trouver sur une jambe ! Passage scientifique assez intéressant même si l’anecdote de Ducky traîne en longueur sans guère avoir d’impact sur l’histoire. On comprend mieux pourquoi Gibbs le coupe habituellement ! C’est aussi signe d’une histoire qu’on a besoin de rallonger.

Coup de bol ! La jambe comporte une prothèse (il faut bien faire avancer l’histoire même si c’est un peu forcé) qui donne l’identité du mort : Thomas Dorn. Pas de bol, il est décédé depuis deux ans. Bizarrerie : la jambe a été tranchée 24 heures avant. Logiquement, il s’agit de deux personnes mais cette explication nous est donnée tardivement et avec pas mal de circonvolutions. 

L’enquête s’oriente vers Harmony, Virginie Occidentale. Le débat entre DiNozzo et Kate sur les petites villes est un beau moment d’humour car les arguments sont les mêmes ! Seule l’intonation change et, logiquement, la conclusion est la même : « C’est exactement comme je l’imaginais ». Vraiment drôle mais, là aussi, ce passage meuble un voyage en voiture. Les agents interrogent le charmant docteur Silvia Chalmers, une gentille vieille dame qui sent bon l’essence de rose. L’histoire racontée est très plausible mais un détail relance l’intrigue.

Du côté du spectateur, c’est la musique qui interroge. Elle est plutôt jolie mais un peu décalée comme s’il ne fallait pas prendre tout ce qu’on a vu pour argent comptant. Le passage le plus intéressant c’est l’interrogatoire de la demi-sœur, Melissa, par Gibbs et Kate. Lui prend le café pendant qu’elle fouille mais ce qui stupéfait c’est de voir le rigide agent Gibbs flirter ouvertement avec la sublime rousse aux yeux bleus ! C’est littéralement chaud entre eux mais le réalisateur contrebalance avec les mines exaspérées de Kate qui entend tout ! Vraiment, on rit de bon cœur et sans réserve cette fois. Que Gibbs ait joué un rôle était normal mais Mark Harmon sème le doute avec son interprétation chaleureuse, ouverte, séduite.

L’enquête amène à suspecter une escroquerie à l’assurance. La vérité va naître des analyses d’Abby (Pauley Perrette est une valeur sûre avec chacune de ses scènes et on apprécie la qualité de celles avec Mark Harmon : les deux acteurs donnent à voir une chaleureuse complicité entre leurs personnages…qui ne s’interdit pas une petite « vacherie » de sa part à lui ! « Homme de peu de foi » rétorque la laborantine piquée au vif, citant Jean l’Évangéliste) couplée à une discussion avec un sergent des Marines. Le rôle de Veastman est bref mais Dean Norris, vieux briscard, le rend sympathique et chacune de ses paroles précieuse. Voilà un second rôle de qualité qui donne de la consistance à une seule scène. 

Le final est un mélange troublant d’horreur (la reconstitution mentale par DiNozzo du meurtre dans la grange), d’émotion et de surprises. Un beau duel verbal s’engage entre Gibbs et l’assassin. La scène est bien filmée, bien éclairée mais une ombre sinistre ne quitte pas le décor.

Anecdotes :

  • On apprend qu’Abby a un frère. Elle raconte d’ailleurs une histoire assez horrible (mais sur un ton plaisant) qui mêle de la colle et des cheveux.

  • Le tatouage de Kate est le fil rouge de l’épisode ; d’abord son existence puis ce qu’il représente et enfin où il se trouve.

  • Selon Abby, « la crémation c’est la fin de tout » !

  • Gibbs n’a épousé que des rousses.

  • Bonnie Bartlett/Silvia Chalmers : Actrice américaine, elle a débuté en 1951. On a pu la voir dans La petite maison dans la prairie (1974), Les vampires de Salem (1979), V (1983), Arabesque (1989), Urgences (1998), Grey’s Anatomy (2008)

  • Stacy Haiduk/Melissa Dorn : cette très belle actrice américaine tourne principalement pour la télévision. Elle s’est fait connaître avec le rôle de Lana Lang dans Superboy (1988-1992) puis a joué dans SeaQuest, police des mers (1993-1994), Heroes (2006-2007), Prison Break (2008-2009) mais aussi Les Feux de l’amour (2009-2012, 2015).

  • Dean Norris/Veastman : cet acteur américain est principalement connu pour ses rôles dans Breaking Bad (2008-2013) et Under the Dome (2013-2015). On a aussi pu le voir dans La Firme (1993), Starship Troopers (1997), Bienvenu à Gattaca (1997), Little Miss Sunshine (2006) et à la télévision dans Le Caméléon (2000), Lost (2008) et quelques autres.

  • Josh Holloway /officier de police : ancien mannequin, il s’est fait connaître avec Lost  (2004-2010) et Intelligence (2014). Il a également joué dans Mission : Impossible. Protocole Fantôme (2011).

Retour à l'index


13. TIREUR D'ÉLITE
(ONE SHOT, ONE KILL)

Scénario :  Gil Grant

Réalisation : Peter Ellis

Résumé

Un recruteur zélé des Marines est abattu par un tireur d’élite.

Critique

Un épisode qui part d’une bonne idée mais qui souffre d’un manque de développement, s’essouffle vite et n’échappe au melon unique que par son humour.

Le démarrage est prometteur et l’accroche plutôt grinçante. Le sergent Alvarez sait comment recruter mais il est soudain descendu !

La recherche de la balle perdue par Kate et DiNozzo donne lieu à un passage assez drôle où T. J. Thyne (dont l’allure débraillée lui donne curieusement un air assez gamin) se livre à une comparaison involontairement décapante entre le NCIS, le FBI et Les Experts…en défaveur des premiers bien sûr ! C’est d’autant plus plaisant que c’est bref et le visage fermé des deux Fédéraux vaut beaucoup de discours ! Cet humour se poursuit avec la scène pseudo-gothique des poupées nues décapitées. Pauley Perrette sait ne pas en faire des tonnes et fait souffler un vent de folie faussement angoissant sur ce passage. Elle seule arrive sans faillir à mêler pur délire et informations essentielles dans une même scène !

Malheureusement, le scénario ne tient pas ses promesses et la poursuite de l’enquête manque cruellement de rythme. Pire ! Des scènes servent visiblement à « meubler » alors qu’il aurait été plus simple et plus efficace d’élaguer et d’aller au plus court. Pourtant, un premier élément a été apporté : les méthodes d’Alvarez étaient moyennement orthodoxes. Un des Marines abusé lui avait écrit une lettre que Kate juge suffisamment intéressante pour la soumettre à l’équipe. C’est l’occasion de montrer ses capacités de profileuse et elle en aura une seconde qui sera véritablement déterminante. C’est elle qui oriente l’enquête dans les directions prometteuses et, au final, décisives.

La série, quant à elle, semble souffler le chaud et le froid sur son rapport aux femmes. C’est à Kate que Gibbs confie la paperasse (le profilage n’est alors pas assez évoqué pour justifier ce qui pourrait apparaître comme une tâche subalterne) mais il la choisira pour tenir le rôle d’un officier.

Le cas du sergent Barnes est pauvrement exploité et jamais nous n’aurons l’idée qu’il puisse être le sniper. L’acteur joue trop mollement, son mensonge est évident et son alibi tellement faible qu’il saute aux yeux du spectateur le moins réveillé. On n’y croit tellement pas que l’explication finale ne nous intéressera pas le moins du monde.

C’est la découverte d’un détail insignifiant qui renverse la perspective et soudain dynamise l’épisode. L’idée est excellente, c’est bien amené et la nouvelle recherche qui s’ensuit nous permettra de rigoler grâce au tandem Tony/Kate. Il faut souligner la belle complicité entre les deux personnages. Vraiment, Sasha Alexander et Michael Weatherly ont dû s’amuser. Entre leurs personnages, c’est une question de complicité professionnelle. Le respect mutuel n’exclue pas les vacheries tout aussi mutuelles. A cette époque de la série, le personnage de DiNozzo ne se distingue pas complètement du « chien fou » et certains de ses commentaires, notamment sur les femmes, sont à mettre sur le compte de la jeunesse. Il est intéressant de voir que c’est une relation d’amitié qui se développe entre Kate et Tony. Les deux personnages seront plutôt des frères et sœurs terribles que des amants potentiels.

Pour capturer le sniper fou, le NCIS lui tend un piège qui implique que Gibbs joue l’appât. 

 

Le réalisateur, qui n’a pas donné vraiment signe de vie tout au long de cet opus mineur, donne tout ce qu’il a dans un passage où la différence entre la vie et la mort tient à l’épaisseur…d’une vitre blindée ! Joli coup qu’on n’a pas vu venir. La fin de l’assassin est par contre bâclée.

Un épisode très évitable.

Anecdotes :

  • DiNozzo ne sait pas manger avec des baguettes.

  • Gibbs appelle DiNozzo « Anthony ». Rarissime.

  • Michael Gaston/major Dougherty : acteur américain vu dans Mensonges d’Etat (2008) mais beaucoup plus à la télévision, notamment Oz (2000), JAG (2004), Jericho (2006), Damages (2007-2010), Mentalist (2010-2013).

  • T. J. Thyne est désormais connu pour son rôle d’Hodgins dans Bones (depuis 2005) mais il a aussi participé à Cold Case.

  • Règle n°9 de Gibbs : ne jamais sortir sans son couteau 

Retour à l'index


14. ALIBI
(THE GOOD SAMARITAN)

Scénario : Jack Bernstein

Réalisation : Alan J. Levi

Résumé

La découverte du corps nu d’un officier les mains attachées dans le dos puis celle d’un deuxième homme font craindre au NCIS la présence d’un tueur en série.

Critique

Un bon épisode avec une intrigue solide mêlant avec bonne fortune le glauque et l’humour. Le NCIS se fait même voler la vedette par l’invité du jour !

Dès l’arrivée du NCIS sur les lieux où a été découvert le corps, ça crépite ! Le shérif local n’entend pas se laisser déposséder de l’enquête par les Fédéraux car les élections approchent ! La pétulante Stéphanie Hodge apporte une vivacité et une énergie au shérif Dupray – pardon, à « Charly » - qui fait du plat à Gibbs d’entrée de jeu ! Voilà qui permet à Mark Harmon de jouer sur une gamme plus légère de son personnage. Gibbs semble amusé par sa vis-à-vis qui, pour originale qu’elle paraisse, n’en a pas moins les pieds sur terre. Un accord est trouvé. Tout au long de l’épisode, les apparitions, bien calibrées au niveau du nombre, vont apporter du tonus, pas mal d’humour mais sans jamais desservir l’intrigue. La contrepartie, Kate et DiNozzo, sont un peu mis sur le boisseau.

A peine l’enquête est-elle lancée  - et la fouille de l’appartement de la victime nous réserve un bon moment d’humour avec la collection pour le moins singulière de cette dernière - qu’un second meurtre est commis ! Il est en tout point identique au premier mais c’est un civil cette fois. Puis, il y en a même un troisième ; à nouveau un militaire ! L’interrogatoire du collègue de ce dernier permet d’identifier un suspect : l’épouse du défunt.

Laura Seeger – Heidi Nippold est très convaincante dans son rôle d’une femme charmante, forte aussi et aux nerfs solides, surtout lorsque Gibbs la confronte aux éléments troublants mis à jour - se montre parfaitement détendue lors de son interrogatoire par Gibbs et Kate. Détendue parce qu’affirmant avoir un alibi et acceptant même le prélèvement ADN. Ce qui serait curieux si elle était coupable. Là, le scénario se montre extrêmement habile. Sur la scène de crime, Ducky a affirmé qu’il s’agissait de l’œuvre d’un copieur et les éléments factuels tendaient à confirmer l’avis du légiste. Pourtant, tout aussi catégoriquement, Abby infirme cette hypothèse. Laura Seeger redevient suspecte…le temps que son alibi soit démontré de manière tout aussi irréfutable ! Abby ira même plus loin et elle prouvera l’impossible !

Cet épisode permet un récital de Pauley Perrette. Lorsqu’elle examine un pneu au garage, activité d’un intérêt somme toute limité, l’actrice nous accroche tout de suite par son échange « incisif » avec Mark Harmon. Les deux acteurs sont en symbiose et rendent tonique et plaisant ce qui pourrait n’être qu’une banale prise d’infos. Détail intéressant : lorsqu’Abby démonte la théorie de Ducky, il n’y a pas de musique mais, par contre, lorsqu’elle apporte à Gibbs les résultats déterminants, quoique surprenants, de ses analyses, là, il y en a. Manière sans doute de dire « voilà ce qui est important ».

once 2 14 4

La vérité va naître d’une boîte de preuves provenant du second meurtre et que le shérif, pardon « Charly », a apporté en échange d’un dîner ! DiNozzo y a relevé quelque chose de nouveau. C’est ce qui fera ultérieurement la différence. Jack Bernstein parvient même à ajouter une autre piste qui, pourrait apparaître tardive, mais se relie en fait au début de l’épisode et apparaît tout à fait vraisemblable. Du coup, l’identité de l’assassin, bien amenée, est parfaitement imprévisible. C’est effectivement glauque comme les enquêteurs l’avaient compris mais, l’épisode nous réserve un joli sourire pour finir avec la conférence de presse du shérif ! Cette touche légère termine agréablement un épisode très efficace.

Anecdotes :

  • La sœur de Kate habite à Miami. C’est la première mention de celle-ci mais elle ne sera présentée que bien plus tard dans la série.

  • DiNozzo est allé à la fac dans l’Ohio. Il se déclare fan de Magnum ; une série Bellisario. Très en verve dans cet épisode, il affirme qu’il aime « tout ce qui est Suisse «, y compris ABBA ! Quand Kate lui fait remarquer qu’ABBA est suédois, il rétorque aimer aussi la Suède !

  • Le « bon Samaritain » est une parabole de Jésus cité dans l’Evangile selon Luc (Lc 10, 25-37). Elle met en scène un voyageur grièvement blessé par des bandits. Deux juifs, représentant l’orthodoxie religieuse de l’époque, passent à côté de lui sans s’en préoccuper. Or un Samaritain, population impie selon les Juifs, se montre capable de compassion envers cet inconnu, qui n’est pas de sa religion. Ce samaritain donnera du temps, prodiguera des soins et donnera de son argent pour sauver ce malheureux.

  • Stéphanie Hodge/Charlène « Charly » Dupray : actrice américaine, notamment de stand-up. 

Retour à l'index


15. FAUX SEMBLANT
(ENIGMA)

ncis 1 15 1

Scénario : John C. Kelley

Réalisation : Thomas J. Wright

Résumé

Compagnon d’armes de Gibbs, le colonel Ryan demande à ce dernier de l’aider à percer à jour une dangereuse conspiration.

Critique

Supérieurement écrit, excellemment mis en scène, cet épisode est un opus majeur de la série. Dès l’introduction, le spectateur est pris dans une ambiance conspirationniste. Mystérieuse, sur fond de musique vaguement orientale et, du coup, déstabilisatrice, nous voilà aussi aveuglé que le colonel Ryan par ce puissant projecteur qui dévoile des silhouettes menaçantes aux contours incertains.

Mais Ryan est-il la victime ou le coupable ? Le directeur Morrow rapporte que le colonel a quitté clandestinement l’Irak avec 2 millions de dollars. Gibbs ne croit pas que son ancien ami puisse être un traître. Rien que cette scène permet de mesurer le chemin déjà parcouru par la série et son interprète principal. Il y a bien plus de subtilité, de profondeur et d’émotion chez Mark Harmon quand Gibbs professe l’innocence de Ryan. C’est une conviction personnelle du personnage et non pas une vérité de foi comme on a pu le voir dans Réaction en chaîne. Le mystère reste donc complet.

L’épisode va jouer sur deux modes : d’abord personnalisant l’action en la recentrant sur Gibbs/Ryan ; ensuite en l’élargissant à l’équipe. Manière de dire qu’aussi doué soit Gibbs, il ne peut rien faire sans les siens. Dans la première partie, c’est une flasque de whisky (mais remplie de sable !) qui illustre le lien entre l’enquêteur et le fugitif. Portant les liens entre frères d’armes au dessus de la notion d’équipe, Gibbs la joue solo quand Ryan le contacte. L’appel est bien rythmé, pas de tunnel de dialogue car le montage alterne le bar et les bureaux du NCIS. Le bar est un décor des plus classiques mais il est le théâtre d’une scène troublante, en fait un simple plan de quelques secondes quand Ryan attend Gibbs. Deux personnes, deux anonymes, se parlant et regardant derrière eux. Rien que de très banal et pourtant, au moment où elle intervient, elle instille un malaise car elle ne paraît pas avoir d’utilité propre et sa brièveté interdit d’y voir une scène inutile. 

En tout cas, Ryan n’est pas seul mais il le sera quand Gibbs arrive. Voilà le moment de dire un mot de la prestation hallucinante de Terry O’Quinn. L’acteur est monstrueux du début à la fin. Il nous compose un dur à cuire, malin, courageux, déterminé. Sauf qu’ici, il est blessé et cela induit une faiblesse. Il y a une paille dans cette épée. Le récit que tient Ryan est stupéfiant mais loin d’être absurde : un complot visant à dissimuler le détournement d’argent entre l’Irak et les Etats-Unis pour financer une entreprise criminelle n’a rien de fantasmagorique. Entre les X-Files et Scandal, nous sommes au fait des mœurs de Washington ! Ce qui va modifier l’équilibre de l’épisode, c’est la venue du grand méchant FBI et qui mieux que Tobias Fornell peut le jouer ? L’arrivée de Joe Spano dans les locaux du NCIS est un beau moment d’humour et la conférence dans l’ascenseur entre Fornell et Gibbs est un passage surréaliste appelé à devenir un classique.

Pour le FBI, le colonel Ryan est un voleur et un meurtrier et c’est tendu entre les deux agents. Tendu mais respectueux. Aucun des deux ne hausse le ton mais la sobriété des acteurs confère une solennité à la séquence et la menace agité par Fornell n’est pas prise à la légère. Gibbs est un peu « poussé » à s’appuyer davantage sur son équipe. Une équipe qui n’a pas chômé non plus et c’est là une des forces du scénario que d’avoir réussi à équilibrer la mise en avant de Gibbs sans faire jouer les utilités à Kate et DiNozzo. Ils ont certes participé à la fouille – brève pour cause de bombe – de l’ancienne cabane de Ryan où un corps a été trouvé. La musique est à nouveau bien présente et elle scande très efficacement toute l’action. John C. Kelley trouve même le moyen de nous faire rire avec le coup de l’explosion différée. C’est vraiment bien trouvé !

Lors de leur rencontre, Ryan a remis une cassette endommagée à Gibbs. Plus grand monde ne s’en sert mais il faut croire qu’en 2003 c’était un moyen de communication encore commun. Cette bande va livrer, grâce au travail d’Abby, deux éléments majeurs. Le premier c’est l’identité de la personne avec qui Ryan parlait au bar, le lieutenant Cameron et la seconde le visage d’un fraudeur. Moins allumée que d’habitude, Pauley Perrette donne force à chacune de ses apparitions. Abby distille un humour caustique absolument délectable. L’important c’est le lieutenant car Gibbs en a effectivement rencontré un de ce nom mais il est mort ! Pas du tout selon Ryan lorsqu’il retrouve Gibbs pour la seconde fois, dans la cave de ce dernier. Cameron a fait croire à sa mort mais Gibbs n’y croit pas. Là, Thomas J. Wright filme intelligemment la scène de manière à ce que nous doutions de la présence réelle de Cameron ! Ainsi Gibbs ne lui parle jamais directement mais nous nous l’entendons clairement. Est-il là ou est-ce qu’on nous donne à voir ce que Ryan croit voir ? 

La tension ne cesse désormais de croître. D’abord dans un entrepôt où Ryan cache des armes. Le décor est plongé dans l’obscurité sauf les acteurs qui, eux, sont brutalement éclairés par une lumière crue. Ensuite, parce que Fornell met sa menace à exécution. Enfin, lors d’une scène (presque) finale quand la vérité éclate, douloureuse mais implacable. Le plan large effectué par le réalisateur est bref mais suffisant pour réaliser ce qui est en train de se passer. C’est joué avec force et passion et Terry O’Quinn est bouleversant dans la détresse et l’émotion brusquement déversée par son personnage.

Un épisode majeur de cette saison et même de la série tout entière.

Anecdotes :

  • Abby aime sortir avec des vieux : c’est un « signe de maturité » !

  • Selon Tony, les Marines mariés plusieurs fois construisent des bateaux car les autres ont les moyens de s’en acheter un !

  • Seconde fois que Gibbs appelle DiNozzo par son prénom complet.

  • Thomas J. Wright est un réalisateur de télévision américain. Il a notamment travaillé sur X-Files (3 épisodes, 1999-2000), Angel (2 épisodes, 2000-2001), Castle (9 épisodes, 2010-2015). Il a mis une trentaine d’épisodes de NCIS en boîte.

  • Terrance « Terry » O’Quinn/Ryan : acteur américain, il a commencé par être garde du corps et boxeur. On a pu le voir au cinéma dans Tombstone (1991), The X-Files, le film (1998) mais principalement à la télévision : Deux flics à Miami (1984), Clair de Lune (1987), JAG (1995-2002), MilleniuM (1996-1999), Alias (2002-2004), Hawaï Five-O (depuis 2011) et surtout Lost (2004-2010).

  • Règle n°12 de Gibbs : ne jamais sortir avec un coéquipier.

Retour à l'index


16. PIÈGE EN SOUS-SOL
(BETE NOIRE)

Scénario : Donald P. Bellisario

Réalisation : Peter Ellis

Résumé

Un terroriste inconnu s’infiltre en autopsie et prend plusieurs membres de l’équipe en otage.

Critique

Un épisode très nerveux, noir, à l’intrigue simple menée sans temps mort.

L’introduction en salle d’autopsie est très brève, légère et rigolote mais elle s’interrompt brusquement sur la vision d’un homme dans un sac mortuaire braquant un revolver vers Ducky et Gerald !

Chose inhabituelle, nous prenons une affaire en cours ; en l’occurrence, une menace d’attaque terroriste sur la base de Norfolk. La référence continue à Al-Qaïda date l’épisode. C’était le temps où le réseau clandestin d’Oussama Ben Laden tenait le haut du pavé. Comme le temps passe !

Le terroriste inconnu exige les pièces à conviction d’une affaire et cela nous permet de faire le lien avec le rapport qui nous a été présenté. Une conversation Gibbs/Morrow explicite les tenants de l’affaire et les rapports des agents à Guantanamo (coucou, agent Cassidy !) et Bahreïn fixent le cadre global dans lequel prend place l’intrigue. Soyez attentif, il est brièvement fait question de Tel-Aviv. Une référence qui aura plus tard son importance. Il est par contre dommage qu’Alan Dale soit maintenu dans un rôle secondaire, ou disons en position subalterne. Ses successeurs n’hésiteront pas à (trop) monter en première ligne ! Donald P. Bellisario parvient à introduire un certain humour grâce à Pauley Perrette.

Abby souffre d’une « phobie de l’autopsie » qui l’empêche de descendre à ladite salle d’autopsie pour y porter les preuves. Sur le plan du scénario, c’est assez téléphoné et l’explication du cauchemar un tantinet absconse mais Pauley Perrette sauve la mise. Par son interprétation très juste, mêlant nervosité et agacement devant la stupidité de sa peur, l’actrice donne une réelle crédibilité à la phobie de son personnage. Du coup, c’est Kate qui se charge de descendre les preuves mais, pas de chance, elle se fait prendre. Signalons l’interprétation de Donald MacCallum. Ducky est tendu et l’entendre parler sèchement à Abby est choquant tellement c’est inhabituel. C’est joué sans superflu.

Pancho Demming a sa scène aussi quand il se fait tirer dessus. Le premier assistant du docteur Mallard n’a jamais pesé sur l’action et n’a jamais vraiment intéressé. L’inconnu – car on ne saura jamais son nom dans cet épisode – est remarquablement interprété par Rudolf Martin. D’un grand calme, ce dernier joue un homme affable, souriant, bon connaisseur de l’histoire anglaise et possédant une culture médicale. Sobre et posé, il n’élèvera jamais la voix mais saura se montrer « persuasif ». Le plus impressionnant, c’est son sourire. Presque chaleureux, jamais condescendant, il est déstabilisant par la sûreté qu’il dégage.

Une expression de Ducky a alerté Gibbs qui passe en « mode action ». La tension monte d’un cran ! Peur de mourir en bas, peur que ceux d’en bas meurent en haut ! Gibbs est aussi mis en valeur. Il est efficace, déterminé et c’est lui qui jouera le rôle majeur de l’acte final. Mark Harmon maîtrise bien son personnage. Il a abandonné le côté hiératique pour une plus grande proximité. Son efficacité n’en fait pas un super-héros ainsi qu’en témoigne le final. Il n’a pas non plus de côté supérieur qui serait inapproprié. Son duel avec l’inconnu dans une salle d’autopsie plongée dans le noir est réalisé avec justesse et sobriété. Alors que Gibbs parle, l’inconnu, qui par deux fois a nié être un terroriste, ce qui est étrange comme conduite, se montre quasiment silencieux. Imperturbable, il est impressionnant de calme, ce qui n’est vraiment pas pour nous rassurer. Un plan large pour poser les pions et une brusque accélération pour le combat au pistolet suivi de l’intervention des Forces spéciales. Lesquelles échappent au cliché de la bande de bourrins ne songeant qu’à foncer dans le tas. Le briefing de Gibbs a été court, net, précis et l’attention totale. Voilà qui montre l’écriture d’un amoureux de la force militaire ! 

Si DiNozzo n’a pas grand-chose à défendre, c’est Kate qui prend la deuxième place dans les acteurs du jour derrière notre inconnu. Capturée, elle ne se laisse pas impressionner mais elle échoue à poignarder ce dernier. Là, Sasha Alexander se montre excellente. Elle nous oblige à nous interroger sur son personnage, à mettre Caitlin Todd en question ! Pourquoi a-t-elle échoué ? Plus souriant que jamais (mais le Diable ne sourit-il pas ?), l’inconnu l’interroge frontalement et semble jouer un jeu de séduction malsain et troublant. Sa question, nous nous la posons aussi et l’entendre aussi clairement formulée est saisissant. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », a dit Boileau. Quand on est au clair dans son esprit, l’action ne doit-elle pas procéder naturellement ? Or, l’attaque a été curieusement brouillonne de la part d’une ancienne des Services secrets. Pourquoi ? Si les paroles sont nimbées d’un souffle chaud, c’est un souffle glacial qui saisit le spectateur. Au final, Kate, si elle a l’air naturellement éprouvée, paraît surtout songeuse et mal à l’aise. D’autant qu’un commentaire de DiNozzo, pas anodin du tout (et Michael Weatherly a bien compris ce que sous-entend sa réplique) en rajoute dans le trouble et fait persister le mal-être.

Car l’inconnu a pu s’échapper avec un plan simple mais génial et exécuté d’une main de maître et la tête froide. Le « piège en sous-sol » accouche d’une « bête noire » ; ce qui implique qu’on le reverra. Et que fera Kate lorsque cela arrivera ?

Anecdotes :

  • Kate n’a jamais fait de cauchemar.

  • Gerald travaille depuis deux ans pour Ducky.

  • L’épisode fait référence au prestigieux collège d’Eton qui forme l’élite britannique. La légende se plaît en effet à dire que la bataille de Waterloo y fut remportée. Patrick MacNee y fit un séjour avant d’en être expulsé pour paris clandestins et trafic de magazine porno !

  • Retour de Jessica Steen

  • Rudolf Martin/Ari Haswari : acteur allemand, il a d’abord étudié le théâtre. Pas vraiment de film notable mais une certaine présence télévisuelle notamment dans Buffy contre les vampires (2000) où il incarne Dracula ! On l’a vu dans 24 heures chrono (2002) ; plus récemment dans Nikita (2011).

Retour à l'index


17. ZONES D'OMBRE
(THE TRUTH IS OUT THERE)

Scénario : Jack Bernstein

Réalisation : Dennis Smith

Résumé

Le corps d’un jeune officier tombe du plafond d’une boîte de nuit.

Critique

Le moins que l’on puisse dire c’est que cet épisode peine à nous intéresser. Son démarrage est intéressant mais ensuite c’est plutôt mou.

L’épisode se raccroche au précédent par les fréquentes mentions au terroriste disparu. Il y a beaucoup de références à ce dernier dans les trois premières minutes puis on s’intéresse au mort, l’officier Gordon. Déjà, l’image est de mauvaise qualité à ce moment. Certes, des toilettes dans une boîte de nuit, c’est pas les Champs Élysées mais là non seulement c’est glauque mais c’est hideux et, par-dessus le marché, l’image a du grain. Dans la foulée, on profite d’un moment d’humour original avec le proprio de la boîte, un gamin de 17 ans ! Son allure est cocasse mais son discours est ultra-pragmatique, capitaliste et assumé ! La rentabilité de ses soirées laisse Kate et DiNozzo songeurs…Plus sérieux, le mort cachait 40 000$ dans sa chambre !

Jack Bernstein ne doit pas bien aimer la science car il ne gratifie pas Ducky et Abby de scènes passionnantes. L’autopsie est troublante mais n’a pas apporté grand-chose au spectateur que ce qu’il a appris sur la scène de crime. Abby fera mieux mais, plus que les découvertes qu’elle fait, c’est la prestation de Pauley Perrette qui sauve ces scènes de l’ennui. Totalement relâchée, la gothique du labo nous régale avec ses histoires de rencards absolument hilarantes. Ça n’éclaire pas l’enquête mais on s’est bien amusé deux minutes. L’enquête va suivre deux directions : un chantage (ce qui expliquerait l’argent) ou un lien avec les équipiers. Kate et DiNozzo privilégient la première et c’est un régal de les voir travailler de concert. Il y a de l’énergie et de la vigueur dans ces scènes et les éléments découverts peuvent accréditer leur hypothèse. Hélas, elle tourne court beaucoup trop vite. C’est donc du côté des équipiers, les « cinq mousquetaires » qu’il faut chercher. Il reviendra à Gibbs de découvrir la vérité.

L’épisode fait la part belle à Mark Harmon, véritablement chef d’équipe. L’acteur est de presque toutes les scènes et il est excellent. Gibbs se montre amical avec Ducky, faussement badin avec Abby (la complicité Pauley Perrette/Mark Harmon est un rouage essentiel de la série. Grâce à eux, aucune routine ne s’installe dans ces scènes qui mêlent avec bonheur science légale et humour), directif avec ses agents  - mais aussi taquin lorsqu’il se refuse à leur dire ce qu’il a deviné sur la scène de crime- et dur avec les suspects. Gibbs est aussi doué en interrogatoire et cet épisode le montre particulièrement. Il est en outre bien servi par Dennis Smith qui anime comme il peut ce scénario inégal. Sa réalisation fluide évite l’effet « tunnel » lorsque les quatre suspects sont interrogés. La scène finale est nerveuse grâce à l’alternance entre l’interrogatoire et ce qui s’est passé ce soir-là avant le crime. Elle fait bien ressortir les différents caractères des suspects dont deux sont purement anecdotiques pour ne pas dire transparents. Décidément malicieux, Gibbs piège le coupable avec une vidéo mais un « double effet ».

A défaut d’avoir été emballé, on n’aura pas passé un mauvais moment.

Anecdotes :

  • Le titre français est inepte : il aurait suffi de traduire le titre original pour obtenir La vérité est ailleurs !

  • The truth is out there est la phrase de conclusion de la majeure partie des génériques de X-Files.

  • Les quatre suspects sont placés dans la même pièce. C’est une violation exceptionnelle de la règle n°1. DiNozzo le fait d’ailleurs remarquer, sourire aux lèvres.

  • Léonard Roberts/Howard Carter : on a vu cet acteur américain dans Buffy contre les vampires (2000), 24 heures chrono (2003), Esprits criminels (2010).

  • James Huang/Wong : acteur américain, il débute au théâtre. On a pu le voir dans New York Police Judiciaire (2010), Rizzoli & Isles (2011),  Hôpital Général (2012-2015), NCIS : Los Angeles (2015).

Retour à l'index


18. AFFAIRE NON CLASSÉE
(UNSEALED)

Scénario : Thomas L. Moran

Réalisation : Peter Ellis

Résumé

Un condamné pour meurtre s’évade de prison pour se faire justice.

Critique

Un épisode bien charpenté, bien écrit, de facture plutôt classique, divisé en deux parties, mais qui manque d’un petit quelque chose pour se hisser au niveau supérieur. Plus de folie, d’humour ou plus de noirceur, mais il manque quelque chose. 

L’ouverture est bien angoissante d’autant qu’elle profite d’une bonne utilisation de la pénombre ; une des ambiances les plus présentes dans cet épisode. La première partie cherche à découvrir comment le marin, Curtin, s’est échappé (le nageur de combat comme le rappelle le titre original) et pourquoi. La réponse à ces deux questions sera apportée d’une part par Abby (une de ses meilleures scènes avec une belle explication simple et claire suivie d’une autre filmée en contre-plongée, ce qui fait ressortir le résultat des recherches) et d’autre part par l’obligation faite par le NCIS au procureur et à l’avocat du marin échappé d’éplucher l’ensemble des archives du procès. Ce qui nous ramène subtilement à JAG.

D’ailleurs, la salle dans laquelle DiNozzo s’entretient avec le capitaine Coleman est empruntée à cette série. Le contraste entre l’agent boute-en-train (et qui en rajoute sciemment) et l’avocate militaire psychorigide (épisode des crayons qui renvoie à la série-mère) est savoureux. L’épluchage des archives constituait un moment périlleux pour le réalisateur qui s’en sort avec les honneurs. C’est un ping-pong permanent d’arguments et de contre-arguments. La caméra passe plutôt bien la parole sans en rajouter dans les effets. Si le décor est triste, l’animation le fait oublier. Il en ressort un élément qui paraît mineur mais qui, en fait, constitue le fil échappé de la pelote. Dans cette partie, Alicia Coppola campe une avocate très crédible, compétente et connaissant ses dossiers mais peu susceptible de sourire. On se dit qu’il vaut mieux l’avoir comme avocate que comme procureur ! En effet, le JAG constitue le ministère public dans les cours martiales tout en assurant aussi la défense des accusés. Manière subtile là aussi de se raccrocher à la série-mère.

Cette première partie permet aussi de réintroduire McGee et dans un rôle plus complet que sa dernière prestation. Il assiste Kate quand elle surveille la maison où vit le fils de Curtin avec ses grands-parents (bel éclairage nocturne lorsque Kate tente d’arrêter le fugitif, un des rares moments d’action de cet épisode) et donne un coup de main à Gibbs pour disposer rapidement des archives. Sa connaissance de l’informatique s’avère on ne peut plus précieuse ! Sean Murray est impeccable. Son personnage est certes un agent peu chevronné mais il n’est pas empoté (témoin, sa réaction lorsque Kate est piégée par Curtin) et il est capable d’initiatives ; ce que tous les chefs apprécient ! En revanche, il manque d’assurance (ce qui est normal) : ce qui nous vaut deux scènes bien rigolotes lorsqu’il est face à Mark Harmon ! Lequel joue très juste dans cet épisode. Il est ainsi très touchant lorsqu’il parle au fils de Curtin. On voit deux solitaires qui se parlent indirectement. Il nous fait aussi bien rire lorsque, silencieux, il pousse (à nouveau) Kate à la confession/confusion !

La seconde partie est intéressante parce que l’épisode échappe à la poursuite du fugitif (qui disparaît totalement de l’écran jusqu’à la 39’d’un épisode qui en comprend 42) pour renverser le point de vue et changer d’hypothèse : et s’il était innocent ? C’est crédible à ce moment-là parce que la scène d’épluchage a permis d’étayer a priori cet angle de vue qui aurait été gratuit sinon. Le supérieur de Curtin, le commandant Foley (incarné par un Al Sapienza un peu monolithique) est remis dans la boucle et sa femme arrive dans l’histoire. L’interrogatoire de cette dernière par Kate et DiNozzo les surprend. L’affaire semble dans l’impasse mais, ce que les enquêteurs n’ont pu découvrir, les scientifiques vont le faire. Si on ne saisit pas bien ce que fait McGee avec Abby (professionnellement s’entend), c’est de leur association que sort l’élément crucial qui, combiné au petit fil découvert en fin de première partie, permet de découvrir une vérité inattendue mais parfaitement crédible. Cette association, à la fois fructueuse et drôle, est très intéressante pour la suite.

L’arrestation de Curtin au moment où il voulait se faire justice permet de découvrir une Kate sexy en diable dans une nuisette rouge du tonnerre ! Le réalisateur a dû apprécier tourner cette scène parce que certains angles sont un peu tendancieux !

Anecdotes :

  • Troisième apparition de Sean Murray. Il sera dorénavant présent dans tous les épisodes.

  • Kate dort (parfois) avec un flingue ; ce dont Gibbs la félicite !

  • Tony avoue franchement à McGee qu’il adore se moquer de lui.

  • Leavenworth : ville du Kansas établi en 1854 (la 1ère fondation de cet Etat) autour du complexe militaire. Il porte le nom du colonel Henry Leavenworth qui, en 1827, construisit le fort avec ses troupes. En 1881 y fut créé une école militaire, toujours active. La ville est surtout connue pour abriter deux prisons, une fédérale et une militaire.

  • DiNozzo fait référence à la série Le Fugitif dans laquelle un homme accusé du meurtre de sa femme recherche le véritable assassin, un manchot.

  • DiNozzo a été scout. Il fut renvoyé pour avoir vendu le totem de sa troupe !

  • Al Sapienza/commandant Foley : plusieurs apparitions au cinéma mais des rôles surtout à la télévision notamment dans Les Sopranos (1999-2004) et Person of Interest (2011-2013).

  • Cross-over avec JAG avec le retour du personnage de Faith Coleman, qui avait été l’avocate du capitaine Raab dans l’épisode « L’homme de l’ombre » (8-21) lançant NCIS.

  • Alicia Coppola/Faith Coleman : cette actrice américaine diplômée d’anthropologie et ancien mannequin n’a aucun lien de parenté avec Francis Ford Coppola. Vue au cinéma dans Benjamin Gates et le trésor des Templiers (2008) mais plus souvent à la télévision, notamment Another World (1991-1993), Trinity (1998-1999), Cold Feet (1999-2000), Preuves à l’appui (2003-2005), Mon oncle Charlie (2005-2013).

  • Règle n°22 : ne jamais déranger Gibbs en salle d’interrogatoire. Une des règles les moins appliquée…

Retour à l'index


19. DERNIÈRES PAROLES D'UN MORT
(DEAD MAN TALKING)

Scénario : George Schenck et Frank Cardea

Réalisation : Dennis Smith

Résumé

Le meurtre d’un agent du NCIS amène Gibbs et son équipe à se pencher sur une ancienne affaire.

Critique

Un épisode brillant qui s’apprécie encore mieux quand on le revoie car il pétille d’intelligence, de drôleries et de trouvailles.

La scène d’ouverture est une boucherie assez gore mais brièvement montrée. Elle contraste avec la légèreté dans les bureaux du NCIS où DiNozzo décroche le téléphone de Kate en son absence ! Une pratique dont l’agent « très spécial » ne se départira jamais. Légèreté brisée quand Gibbs annonce le meurtre de Chris Pacci, un des leurs. Cet épisode reprend directement après le précédent puisque le mort voulait parler à Gibbs de l’affaire dont il s’occupait. Ce sera la seule et unique fois où les locaux du NCIS seront fouillés pour une enquête criminelle.

Face au drame, les agents réagissent très différemment. DiNozzo se montre plus brusque, Kate très touchée, Gibbs surjoue le chef. Mais voilà que McGee appelle : Pacci lui avait demandé une recherche ! On se demande bien pourquoi solliciter un agent à Norfolk mais on passe cette facilité car il amène à l’équipe un dossier ; celui d’une affaire dans laquelle un capitaine de corvette, soupçonné de prévarication, était mort brûlé lors d’un accident de voiture. L’autopsie, pratiqué par un Ducky des plus touchés, a, de son côté, amené un suspect ou plutôt une. Cette première partie est dense côté émotions. Pacci était l’un des leurs et ce sentiment que la mort de l’un concerne tout le monde est excellemment rendu. 

Angel 2 19 2

La seconde partie va être plus classique (c’est une enquête policière) mais beaucoup plus légère et pétillante, sans se départir de son intérêt et sans que la rupture de ton soit brutale. En fait, c’est l’arrivé de McGee qui allège l’atmosphère. Son duo avec DiNozzo fait des étincelles ! S’il est trop inexpérimenté pour pouvoir se battre à armes égales, il se défend plutôt bien. On avait pu admirer ses talents d’informaticien dans L’imposteur ; il se montre tout aussi doué ici pour retrouver celle dont on apprend qu’elle s’appelle Amanda Reed. Il y a presque un petit côté holmésien quand McGee se fait une joie d’expliquer à un DiNozzo dépassé comment il a procédé pour la retrouver. Pour comprendre son rôle dans cette histoire, Gibbs organise une planque ; ce qui met DiNozzo en joie ! Cette seconde partie permet à Dennis Smith de montrer son talent. Il évite ainsi tout aspect statique, joue sur intérieur/extérieur et souvent nous mets dans la position de l’observateur (ou du voyeur, l’expression est utilisée) nous plaçant au cœur de l’action et, en même temps, à l’extérieur de celle-ci.

Michael Weatherly va se régaler dans toute cette seconde partie et nous avec ! Sa fascination pour cette superbe plante est très drôle et il ose braver les ordres en allant parler avec elle se faisant appeler Springfellow ! Là, on a franchement le sourire aux lèvres d’autant que McGee, placé devant le fait accompli, est plus que gêné aux entournures ! Ce premier contact est filmé du point de vue de McGee, ce qui nous invite à nous identifier au jeune agent inexpérimenté donc proche de nous. Il y a en outre une atmosphère de comédie quand vous placez Sean Murray et Michael Weatherly dans la même pièce. Le sérieux du « bleu » contraste avec l’aisance désinvolte de l’agent chevronné, reproduisant les tandems mal assortis qui, de tous temps, ont fait la joie de la télévision.

Sean Murray fait notre bonheur par la sincérité qu’il met à jouer McGee : c’est un « bleu » et il a l’énergie et la bonne volonté mais aussi la maladresse de ceux qui veulent faire leurs preuves. Comme le temps est compté, DiNozzo obtient un rancard le jour même et c’est d’emblée très chaud ! McGee est consterné, le spectateur hilare. Qui plus est, à ce moment là, nous savons quelque chose que Tony ignore, ce qui ne fait qu’aggraver notre hilarité. Un élément capital couronnant une enquête rondement menée par Kate qui a établi des liens entre la mystérieuse Amanda Reed et le capitaine véreux. Et le couronnement est l’œuvre d’Abby. Très en verve durant tout l’épisode qui la sollicite beaucoup, Pauley Perrette offre une danse de triomphe à son personnage devant un Gibbs obligé d’être patient. C’est drôle et la révélation pas piquée des vers nous colle à notre chaise ! 

Angel 2 19 3

Placée en retrait de fait de la structure de l’épisode qui lorgne du côté de « Fenêtre sur cour », Jamie Luner défend son personnage. Amanda Reed est véritablement mystérieuse et le sourire enjôleur de la belle rouquine masque mal cependant une dureté du visage et un regard aigüe. Il faut vraiment être tourneboulé comme DiNozzo pour ne pas voir le danger que cette femme peut représenter ! C’est la première mais pas la dernière fois que ses hormones font commettre une faute grave à l’agent en chaleur. Ici, il s’en tire avec une mortification. Deux en fait car le roi des blagueurs doit capituler devant la vacherie que Kate lui balance. Petite vengeance pour son indiscrétion ! Et dernier éclat de rire pour nous !

Anecdotes :

  • Springfellow est le surnom du principal personnage de la série Supercopter (1984-1987) ; une série Bellisario évidemment.

  • Première mention de la pratique d’écrivain de McGee.

  • Selon Abby, Gibbs est comme le Père Noël, il sait toujours si on n’a pas été gentil !

  • Jamie Luner/Amanda Reed : cette actrice américaine a fait toute sa carrière à la télévision avec Un toit pour dix (1987-1990), Melrose Place (1997-1999), Profiler (1999-2000), Shérifs à Los Angeles (2003-2004), La force du destin (2009-2011), Better Call Saul (2015).

  • Tim Kelleher/Chris Pacci : acteur, réalisateur, producteur et scénariste américain. Il étudia le théâtre à New York et mène carrière tant sur grand écran (Malcom X, Independence Day, Inception) que sur petit écran (NCIS [3 épisodes], Esprits criminels, Fringe)

Retour à l'index


20. BIENVENUE EN ENFER
(MISSING)

Scénario : John C. Kelley

Réalisation : Jeff Woolnough

Résumé

Un Marine disparaît. Le NCIS le recherche et découvre une horrible vérité.

Critique

Un épisode assez plat, une histoire banale et moins d’humour que précédemment. Seule la réalisation et un bon Michael Weatherly sauve le tout.

Pourtant, ça partait fort : kidnappé au sortir d’un bar très animé, un homme – le sergent-chef Atlas – se réveille dans une geôle boueuse aux côtés d‘un squelette ! On passe presque sans transition d’une ambiance rougeoyante festive à un gris sale écœurant.

La suite ne sera pas à la hauteur. Le NCIS est sur le coup parce que le disparu sait faire boum avec tous les genres d’explosifs possible mais ça ne sera plus exploité ensuite. Le seul suspect est le major Sacco, supérieur d’Atlas, et qui le déteste. C’est trop beau pour être vrai et ce n’est jamais le premier suspecté qui est le coupable dans une série télé. A l’avantage du scénario, l’identité du tueur est bien cachée et sa révélation bien amenée mais trop tardivement.

Par contre, l’épisode fait la part belle à DiNozzo et, là, c’est Weatherly Boulevard ! L’acteur le joue séduit par une magnifique barmaid (visiblement, il s’est bien remis de l’épisode précédent mais n’a rien appris !) et c’est réciproque en plus ! Le coup de la chemise à carreaux est un joli gag et le réalisateur insère un  montage bref et dynamique passant du shooting de la scène de crime à ladite serveuse ! Joli(e) ! DiNozzo est hâbleur : il cloue le bec à Gibbs en trouvant un indice alors que son chef le croyait (et nous aussi) jouant le joli-cœur. Joli ! DiNozzo est déterminé : quand il se retrouve en mauvaise posture, il reste calme et parvient à s’en sortir. Grâce à la règle n°9 que vous n’avez sûrement pas oublié. Il gagne assez de temps face au tueur pour permettre à ses collègues d’arriver. Joli !

Le fond de l’histoire commence comme un mauvais mélo pour finir en récit d’horreur. Un amant raconte à sa belle qu’il craint de disparaître comme ses copains d’unité avant lui. L’amant c’est Atlas évidemment et la belle une journaliste…mariée. Ses jambes sont belles, sa jugeote sujette à caution mais elle a tenue son rôle : apporter l’information à l’équipe. Il avait raison : Kate recense trois autres disparitions et tout ramène à Sacco mais pas de preuves. DiNozzo obtient de le filer et c’est là qu’il tombe dans les rets du tueur. Dans le même bar où Atlas a disparu ; si vous aimez l’ambiance country, vous tenez le coup sinon vous serrez les dents en profitant de la réplique du jour ; de la serveuse sexy à DiNozzo : « Vous êtes là pour le boulot ou pour mon plaisir ? ».

Atlas n’est pas mort car le tueur veut le faire souffrir. Le décor de la geôle est atroce et chaque scène qui s’y passera sera plus dure que la précédente. Heureusement, le réalisateur les montre brièvement, juste le temps d’une réplique et pour que nous prenions petit à petit la mesure du caractère hideux de l’endroit. La vérité prendra la forme d’une confession et remonte au passé d’Atlas et de ses amis. A ce moment, la culpabilité du major Sacco est indiscutable. On pourrait soutenir que le twist final risquait de ne pas être crédible mais on aurait tort car le récit épouvantable du sergent, cru et d’une simplicité abominable, a fourni tous les éléments pour le comprendre. Sauf un mais ce n’est pas de la faute du sergent. La poursuite dans les égouts profite de décors très réussis, semi-obscur avec des trouées de lumière mais surtout cette humidité suintante et dégoulinante. Le mouvement permanent des acteurs empêche l’ennui et, surtout, a quelque chose de libérateur après la pénible sensation d’enfermement dans la geôle. Une musique agréable accompagne bien ce moment qui n’a pourtant rien de plaisant à vivre !

DiNozzo s’en sort et éprouve deux émotions contradictoires en rentrant au bureau : la joie et la stupéfaction !

Anecdotes :

  • 23/36 : ce code désigne les militaires capables d’amorcer et de désamorcer tous types d’explosifs, bombe nucléaire comprise !

  • Pour passer le temps, Abby construit une maquette de la bataille de Gallipoli (1915, victoire des Ottomans sur les Alliés) sans avoir que c’était une opération amphibie !

  • Sur la porte d’entrée du réseau d’égouts, on peut lire « Manassas » : nous sommes donc en Virginie.

  • Derek Webster/Sacco : quelques rôles au cinéma (Independance Day, Godzilla) mais une longue carrière à la télévision notamment JAG (2001-2005), Mental (2009), Revolution (2012).

Retour à l'index


21. FACE CACHÉE
(SPLIT DECISION)

Scénario : Bob Gookin

Réalisation : Terrence O’Hara

Résumé

Un Marine mort à cause d’une arme anti-char amène le NCIS à enquêter sur un trafic d’armes.

Critique

La diversité des missions du NCIS permet aux scénaristes de trouver des idées pour leur production. Ici, le trafic d’armes est un bon sujet bien mené. Ça manque d’humour mais le sujet s’y prêtait moins.

La découverte du corps du sergent Grimm est surprenante puisque l’on passe d’une séquence débile à la vision du cadavre ! Ce fort contraste fait paradoxalement sourire et nous intrigue. La manière dont Grimm est mort est loin d’être banale puisqu’il a été tué à l’ogive anti-char !! Ce type d’arme ne se trouvant pas à la supérette locale, le NCIS recherche sa provenance. Deux pistes sont soulevées. La première passe par l’armurerie de Quantico et l’autre par la boutique d’un prêteur sur gages suppléé par sa fille pour cause de peine de prison. Or, la mission de Grimm consistait à surveiller les armes et à les faire détruire si nécessaire. Le défunt n’apparaît donc pas tout blanc. 

Kate suivra en solo la première piste. DiNozzo puis Gibbs joueront les agents infiltrés. Les créations des identités secrètes par Abby sont des moments de pure comédie surtout pour le profil de Gibbs. Les critères de notre gothique préférée feraient sans doute tiquer les très sérieux profileurs d’Esprits criminels mais nous, ils nous font bien rire !! DiNozzo se lance en premier pour nouer contact avec la prêteuse sur gages. Moment de faire pause pour signaler le bon travail de Terrence O’Hara. Dans un espace restreint comme le bureau, il pause ses caméras à bon escient et fait bien bouger l’image pour que cela soit visuellement dynamique sans donner le tournis. Et puis, on profite de quelques extérieurs qui aèrent à bon escient. Les autres décors n’ont rien d’inoubliable surtout le domicile de la victime. Le goût de chacun sera sollicité par le débat Kate/DiNozzo sur le tapis. Le montage alterne très intelligemment les séquences à l’armurerie et celles de l’enquête de Kate. Aucun temps mort et manière de dire que les deux pistes sont valables et mèneront à la vérité. Ici, pas de fausse pistes mais plusieurs chemins pour arriver à Rome.

Entre DiNozzo et la prêteuse sur gages, c’est d’abord méfiance et jeu de la barbichette. Même avec une arme devant lui, Tony garde un flegme impressionnant. La glace rompue, on passe carrément à la phase de séduction ! A la remarque faussement désabusée de DiNozzo (ou plutôt de son alter ego) comme quoi les Marines sont un corps d’élite, elle rétorque qu’il en a un lui aussi ! Terrence O’Hara s’amuse même à se mettre à la place de son acteur et ce qu’il montre suffit à prévenir l’ATF qu’une bombe est en circulation. Justement, puisqu’on en parle de l’ATF, la prêteuse sur gages est en fait un agent infiltré, Melinda Stone. Nouvelle enquête conjointe pour le NCIS ; ça permet de faire le tour des agences fédérales !

Pendant ce temps, Kate interroge deux militaires liés à Grimm. La première, le caporal McLaine servait avec lui. Le second, le sergent Rafael, était chargé de vérifier les armes amenées par Grimm en vue de leur destruction. L’épisode nous permet de comprendre la procédure très précise du contrôle et de la destruction des armes mais il nous montre surtout que, quel que soit le degré de sophistication des procédures, il y a toujours des hommes derrière et qu’ils peuvent faillir. Cet épisode fait monter Kate en compétences. Gibbs occupé, c’est à elle qu’il revient de mener l’interrogatoire de Rafael dans la salle d’interrogatoire du NCIS. Kate est moins hiératique que son supérieur mais tout aussi efficace. Elle découvre ainsi un élément capital. Sasha Alexander nous convainc haut la main des progrès de son personnage. 

Les recherches d’Abby ont permis de trouver un acheteur potentiel pour les armes détournées par Grimm : les milices. Gibbs va conclure la vente avec Stone. La scène de la rencontre a lieu de nuit ; ce qui installe d’emblée une tension et une grande nervosité. On sent que les Fédéraux jouent sur le fil du rasoir et qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que tout capote et ça capote ! Gibbs se prend même une balle en pleine poitrine !! Incrédules, nous nous demandons alors comment cela va finir et le moins que l’on puisse dire est que le scénariste (dont c’est l’unique travail pour la série) réussit son twist final !

L’épisode poursuit l’introduction de McGee dans l’équipe. Il est ainsi présent au départ mais seulement pour paramétrer différemment la recherche du terroriste inconnu de l’épisode « Piège en sous-sol ». On se rend compte alors que cet écran tourne dans chaque épisode depuis lors. McGee sera présent en toute fin. Il devait aider Kate mais a mal fait son travail. C’est un débutant et Sean Murray rend bien le malaise de l’agent qui a conscience de sa faute et se montre maladroit dans son expression. Malgré un CV de haut vol, c’est un agent qui a encore ses classes à faire. Par contraste, bien que nouvelle dans son poste, Kate, qui bénéficie de son temps aux Services Secrets, se montre bien meilleure. Nous assistons enfin à l’arrivée du nouvel assistant de Ducky, Jimmy Palmer. D’emblée, on l’adore ! Brian Dietzen a plus de présence que ses devanciers et il est drôle d’entrée de jeu. Le voir avec un dictaphone répétant ce que dit Ducky fait bien rigoler. Et puis, rétrospectivement, le voir être dérangé par son portable, fait encore plus sourire car ce gag est appelé à se répéter dans les saisons suivantes.

On tient désormais l’équipe définitive au moment d’amorcer le final de cette première saison.

Anecdotes :

  • Les jeunes du début font référence à l’émission « Jackass ». Cette téléréalité, diffusée entre 2000 et 2002 (donc terminée au moment de la diffusion de l’épisode), montrait une bande de jeunes exécuté des cascades dangereuses et autres fantaisies d’une intelligence rare.

  • Selon Ducky, il y a trois façons de dépecer une mangouste.

  • Tony à 32 ans ; Michael Weatherly en avait 36 à cette date.

  • Gibbs n’aime pas les épinards.

  • Première apparition de Jimmy Palmer. Il sera présent jusqu’à la fin de la saison et récurent par la suite.

  • Lorsqu’elle assure pouvoir restaurer un disque dur, Abby affirme qu’elle peut le faire parce qu’elle en a la technologie. Une référence revendiquée à L’homme qui valait trois milliards mais sans succès auprès de ses collègues !

  • Abby a été anarchiste mais elle trouvait qu’il y avait trop de règles !

  • ATF : le  Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives est une agence fédérale créée en 1972. Il est le successeur du Bureau of Prohibition des années 1920 (avec Elliott Ness). A l’origine, il relevait du Département du Trésor. Aujourd’hui, il est sous la tutelle de la Justice.

  • Bellamy Young/Melinda Stone : cette actrice américaine, née Amy Maria Young, est principalement connue pour son rôle – magnifique – de Mellie Grant dans Scandal (depuis 2012). Elle incarne aussi la compagne d’Hotchner dans Esprits criminels (7 épisodes 2011-2013).

Retour à l'index


22.  SANS ISSUE
(A WEAK LINK)

Scénario : Jack Bernstein

Réalisation : Alan J. Levi

Résumé

Un membre d’une unité de Marine meurt dans des circonstances troubles à la veille d’une mission top secrète.

Critique

Les épisodes soignés Jack Bernstein sont ambivalents tantôt bons, tantôt moyens. Celui-ci appartient sans conteste à la première catégorie. L’histoire est bien conduite, sans temps mort et, si l’humour est moins présent, il est remplacé à bon escient par une très forte émotion.

D’emblée, nous sommes plongés en circonstances inhabituelles puisque l’exercice des militaires est présenté en vision nocturne ! Joli coup d’ouverture souligné par une musique martiale très appropriée. Soudain, c’est le drame : le lieutenant Johnson fait une chute mortelle.

L’épisode va faire son miel de plusieurs faits inhabituels, pour la série mais, plus largement, pour toute série policière. En effet, du supérieur de Johnson, le commandant Rainer (bonne composition d’Adam Baldwin, sans plus), à l’agent Cramer de la CIA, l’épouse du défunt, son meilleur ami (excellent Doug Savant) et ses compagnons d’armes, tout le monde se montre coopératif avec le NCIS ! Chaque témoignage est ainsi net, précis, argumenté, sans faux fuyants. Le seul mensonge relevé est ensuite expliqué par un motif tout à fait plausible. La scène classique d’interrogatoire tourne ainsi court parce que Gibbs n’a pas de munitions !

Et pourtant, cette chute n’a rien d’un accident ainsi qu’Abby le prouve. Et l’épouse est une suspecte très crédible. Lors de la première visite, Kate voit ainsi quelque chose qui lui met la puce à l’oreille. Deux autres éléments placent Denise Johnson dans l’œil du NCIS. Néanmoins, rien de probant. Julie Benz défend quelques scènes brèves avec panache. Son interprétation d’une épouse éplorée est sans faute. Quand son personnage est mis en cause, elle la joue glaciale mais incapable de tenir cette froideur sur la distance parce que la douleur la submerge. Que Gibbs, qui n’hésite en général pas à secouer les suspects récalcitrants, se montre inhabituellement silencieux prouve que les mots de Denise Johnson l’ont touché et qu’ils sont crédibles bien qu’elle ait le mobile, les moyens et l’opportunité. Le second suspect, le quartier-maître Vengal, embarrassera les enquêteurs qui ont des éléments qui rendraient crédible un mobile de meurtre mais ça ne colle pas non plus. Le scénario est finement écrit parce que l’épisode ne manque jamais de rythme et ne nous ennuie jamais. Les impasses de l’enquête sont amenées avec justesse et opportunité et les acteurs sont au diapason.

Pour l’humour, on peut normalement compter sur Palmer et sur Abby. Le premier ne nous déçoit pas avec une explication emberlificotée mais tellement sincère de son retard qu’elle nous fait éclater de rire. Que Ducky veuille l’engager à plein temps est une excellente nouvelle. En deux épisodes et moins de dix minutes de présence, Brian Dietzen nous a plus fait rire, ou plus simplement fait éprouver quelque chose que Pancho Demming en quinze ! Par contre, Abby est en retrait : elle est mélancolique ! Comptons sur Pauley Perrette pour nous amuser avec le blues de son personnage. C’est à cause d’un homme qui veut faire le point sur sa relation avec elle. Classique, et c’est l’homme qui a le mauvais rôle. Sa confession à Kate (la complicité entre les deux personnages est touchante) est un joli moment d’introspection et d’explicitation de ce qu’elle veut, ou pas. Et l’homme en question, c’est bien sûr McGee. Du coup, quand il vient travailler avec elle (grâce ou à cause de Kate que Gibbs a « piégé » avec une habileté délectable – et on apprécie le sourire finaud du maquignon !), c’est clash verbal ! Sean Murray ne laissera pas tomber McGee au champ d’honneur ! Pas question pour l’acteur de laisser croire que c’est son personnage le « coupable » ! Néanmoins, au terme d’une dialogue hypertechnique et, du coup hilarant tellement on n’y comprend rien mais les personnages sont à fond dedans, ils se réconcilient ! Splendide !

La vérité va naître au terme d’une nuit blanche d’une phrase malheureuse de Kate qui éveille une idée dans l’esprit taquin de DiNozzo et, d’une séquence hilarante avec une Sasha Alexander qui joue à merveille (ou pas d’ailleurs) l’épouvantée en haut d’une grue, va jaillir la lumière. Une vérité confirmée par les petits génies de l’informatique et qui ouvre un final inhabituellement long mais profondément émouvant. Doug Savant, en prêtre ami de la victime (qui a su avec habileté ne pas répondre à une question de Gibbs qui mettait en cause le secret de la confession) a été brillant, touchant et ses scènes avec Sasha Alexander sont empreintes d’une émotion palpable mais d’une sobriété plus impressionnante et même une touche d’humour fine et bien venue. Mais c’est Julie Benz qui se montre impériale. Émue comme on le comprend, elle est littéralement bouleversante sans éclat, sans effets de manches, ni sanglots façon pleureuse antique ; juste avec l’émotion sincère d’une femme meurtrie dans son cœur et profondément malheureuse.

Anecdotes :

  • DiNozzo avoue ignorer faire le ménage.

  • Adam Baldwin/ commandant Rainer: son physique (1.93 m) lui a notamment permis de jouer des rôles de durs comme dans Full Metal Jacket (1987). Plus présent à la télévision, il a joué dans Firefly (2002-2003) retrouvant plus tard Nathan Fillion pour Castle (2012). Il a aussi joué dans Chuck (2007-2012).

  • Doug Savant/Larry Clannon : il s’est fait connaître grâce à la série Melrose Place (1992-1997) mais c’est le rôle de Tom Scavo qui lui a apporté la célébrité dans Desperate Housewifes (2004-2012).

  • Julie Benz/Denise Johnson : une chute a conduit cette patineuse junior à devenir comédienne. Au cinéma, on l’a vu dans John Rambo et Saw 5 en 2008 mais c’est à la télévision qu’elle décroche ses meilleurs rôles : Darla dans Buffy contre les vampires (1996-2000) et Angel (2000-2004), Rita Bennett dans Dexter (2006-2010) et Robin Gallagher dans Desperate Housewifes (2010).  

Retour à l'index


23.  L'AFFRONTEMENT
(REVEILLE)

ncis 1 23 1

Scénario : Donald P. Bellisario

Réalisation : Thomas J. Wright

Résumé

Gibbs est de plus en plus obsédé par sa « Bête noire » ; laquelle prépare un nouveau coup pour lequel il a besoin de Kate.

Critique

La suite de « Piège en sous-sol » ne convainc pas totalement, la faute à une histoire qui mouline un peu à vide et manque d’humour sans que la tension ou la noirceur prennent le relais. Dommage car Rudolf Martin est parfaitement affuté. Très à l’aise, il campe le premier adversaire récurrent du NCIS avec une délectation effrayante. Vraiment, cet acteur serait parfait en Dracula…

Thomas J. Wright est un bon choix pour conclure cette saison. Il anime judicieusement cet épisode, à commencer par les scènes d’ouverture et de clôture qui sont symétriques. D’entrée, nous sommes placés dans une situation tendue, horrible d’autant plus oppressante qu’elle est muette durant une minute ! C’est très long une minute sans dialogue et quasiment en silence. 

ncis 1 23 2

L’épisode joue par contre la facilité en caricaturant ses personnages. DiNozzo est ainsi un étourdi qu’une fille séduit facilement. McGee le « geek », Kate la profileuse au cœur tendre et Gibbs le chef dur à cuire. C’est franchement réducteur et un peu agaçant. Avoir vu évoluer et se bonifier ces personnages auxquels on s’est attaché pour les voir réduits à des figures est pénible. L’histoire est simple, presque simpliste voir un prétexte, jouant sur deux tableaux. Le premier est la recherche de l’identité du terroriste inconnu.

C’est là que McGee joue un rôle crucial, aidé par Ducky, en installant un logiciel qui facilitera le tri des photos et, miracle de la technologie, on a un nom : Ari Haswari. Une identité pour le moins étrange vue la consonance du nom et du prénom. Quant à son profil, Gibbs l’a demandé à Kate dans une scène commencé comme une comédie et qui finit dans une atmosphère pénible. Le second tableau est la préparation d’une attaque contre Marine One. La saison a commencé avec l’avion présidentiel et se conclue avec l’hélicoptère présidentiel.

Le déjeuner en extérieur entre Kate, DiNozzo et Ducky ne sert à rien sinon à des parlottes et à permettre de trouver un prétexte plausible pour séparer les agents. Le second est soudain distrait par sa Suédoise (dont on apprendra sans surprise qu’elle conspire avec Ari) et la première est enlevée au terme d’une scène extrêmement nerveuse et superbement animée par Thomas J. Wright. Heureusement qu’il était là, on avait failli s’assoupir !

En revanche, aucun risque lorsqu’Ari est aux côtés de Kate. Toujours poli, prévenant, il lui offre même du vin, se montrant nettement épicurien. Il expose son plan avec une satisfaction évidente. Rudolf Martin est excellent. Ari est bien plus redoutable dans sa grâce et sa gentillesse. En face, Sasha Alexander est magnifique. Avec peu de paroles (Kate est attentive et aux aguets), mais un regard à la fois sérieux, concentré et un peu inquiet, elle donne corps à une femme qui se demande à chaque seconde qui est vraiment l’homme en face d’elle, ce qu’il veut et ce qu’il attend d’elle. Boire du vin en plein air quand il fait beau dans une ambiance champêtre, c’est un cadre pour un rendez-vous amoureux plus que pour conspirer. Ari est séducteur et Kate sur la défensive. Elle se sait réceptive à son charme (elle l’a quasiment avoué plus tôt) et elle en a peur. Elle a sûrement d’ailleurs plus peur d’elle que de lui. En tout cas, elle n’a sûrement pas vu arriver le twist final, pas plus que nous ! 

ncis 1 23 3

La révélation de l’identité d’Ari ne conclut pas l’épisode qui nous réserve un final bien meilleur que la moitié de ce qui l‘a précédé. La colère de Gibbs est superbement rendue par Mark Harmon. Là, l’acteur est vraiment bon. Il joue la colère froide mais qui explose parce que Gibbs a trop pris sur lui, se montrant injuste avec son équipe mais c’est compréhensible. C’était une affaire personnelle et sa vengeance lui échappe à cause de la politique. La rencontre entre Ari et lui est le sommet de l’épisode qui n’avait en fait pour but que d’y mener. Sur un fond de musique orientale (la même que pour « Piège en sous-sol »), c’est un moment tendu entre l’agent fédéral très dur et l’espion israélien toujours aussi tranquille et serein. Ce face à face est un miroir et le réalisateur le montre parfaitement avec son mouvement de caméra bien pensé. L’explication entre eux, dans une ambiance glauque presque sinistre, est capitale et sa fin d’une grande dureté. Mais, loin de se plaindre de la violence de Gibbs, Ari se met à rire. Et ce rire sincère est plus effrayant qu’une menace.

Anecdotes :

  • Retour de Jessica Steen et Rudolf Martin pour cet épisode.

  • Visiblement, les choses vont mieux entre McGee et Abby puisque le premier a dormi (mais pas que) chez la seconde. Détail croustillant : il a dormi sans le savoir dans un cercueil !

  • Kate n’est jamais allée sur un site porno.

  • Ari est médecin, diplômé de la faculté d’Édimbourg comme Ducky.

  • Erreur : Ari parle de « son » président en faisant référence à Ariel Sharon ; lequel était Premier ministre et non Président de la République. Mais le chef du gouvernement est le vrai chef de l’exécutif en Israël.

  • Ariel Sharon (1928-2014). Brillant soldat, tacticien de talent, il était aussi connu pour son indépendance vis-à-vis de l’état-major. En 1971, il se lance en politique en participant à la création du Likoud (droite). Elu député en 1973 (jusqu’en 2006), ce partisan de la colonisation sera plusieurs fois ministre dont de la Défense (1982-1983) au moment de l’invasion du Liban et il sera considéré « indirectement responsable » des massacres de Sabra et Chatila et devra démissionner. Premier ministre de 2000 à 2006, il est terrassé par une grave attaque cérébrale qui le plonge dans un coma irréversible. Sa personnalité et son action politique restent discutées.

  • Règle n°7 : toujours être précis quand on ment.

Retour à l'index