saison 1 saison 3

Millennium (1996-1999)

Saison 3


PRÉSENTATION DE LA SAISON 3

Après s’être centré durant la saison précédente sur les X-Files (virage crucial de la migration de Vancouver à Los Angeles, tournage de Fight the Future), Chris Carter va désormais pouvoir s’intéresser bien davantage à MillenniuM. Certes il nomme un superviseur, en la personne du scénariste Chip Johannessen, mais il demeure bien plus présent que lors de la période précédente. Contrariés par l’aspect ésotérique, parfois flou, des développements apportés par le duo Morgan & Wong, lui et son complice Frank Spotnitz vont s’attacher à redonner aux épisodes loners le ton et le lustre de la première saison. Concernant les mythologiques, notamment incité par la Fox, le choix est cependant fait, non d’un retour aux sources de MillenniuM, mais plutôt d’un sensible rapprochement avec le modèle des X-Files. Franck Black redevient membre  du FBI et se voit  doté d’une partenaire au solide bon sens, l’Agent Emma Hollis. L’action se déplace de Seattle à Washington et, en conflit désormais direct avec le Groupe Millennium, Frank lutte contre une conspiration développée dans les sphères gouvernementales, visant à guider l’Humanité à travers l’Apocalypse, pour ensuite la contrôler.

 

Cette option offre plusieurs moments des plus réussis (notamment grâce au toujours passionnât Peter Watts), mais présente l’inconvénient de susciter une troisième tonalité pour une série en mal de cohérence. L’Apocalypse change encore de nature, après la déshumanisation globale de nos sociétés,  puis des évènements mystiques, elle provient de l’avidité de différentes mouvantes au sein de nos dirigeants. La mise en scène pâtit également de la baisse des budgets, condition de la poursuite de la série. Maquillages, effets spéciaux et décors, s’avèrent ainsi le plus souvent de moindre qualité. Fort heureusement, les compositions de Mark Snow demeurent splendides. Par ailleurs le public préfère souvent l’original à la copie et de nombreux observateurs considéreront désormais MillenniuM comme un X-Files de seconde classe, tandis que les fans de la première heure, se sentant dépossédés, quitteront le navire.

Et pourtant Carter, maintient une spécificité de MillenniuM, même réduite. La relation de mentor à élève, renforcée d’une solide amitié, liant, avant des temps plus troublés, Frank à Emma n’aura rien à voir avec celle unissant Mulder et Scully. Le combat de l’Ombre et de la Lumière, approchant inexorablement de son heure la plus critique, instille toujours une intensité dramatique à la résonnance particulièrement évocatrice. Terry O’Quinn et Lance Henriksen continuent à conférer une aura unique à leurs personnages, avec une qualité de jeu rarement atteinte à la télévision. Mais l’érosion de l’audimat demeure sans appel et le miracle de la reconduction ne se renouvellera pas. Sans être parvenue au terme de son prodigieux décompte, c’est en laissant bien des mystères irrésolus que MillenniuM prend congé. Série profondément singulière et audacieuse, d’une rare force narratrice, elle laisse également une amère saveur d’inachevé, comme une occasion manquée laissant bien des regrets.

Frank Black  connaîtra une ultime aventure lors de l’épisode Millennium des X-Files (saison 7), une péripétie ne rendant justice ni au personnage, ni à sa série (un bon souvenir néanmoins, pour le fin duo des Affaires non Classées). On comprend sans peine que Lance Henriksen ne se soit jamais satisfait de cette conclusion et qu’il continue encore à espérer qu’un film vienne apporter sa pierre de touche à l’un des rôles les plus marquants de sa carrière. En Octobre 2012, le livre Back to Frank Black, captivante somme d’entretiens avec les principales figures de MillenniuM, ouvrira un captivant panorama sur cette aventure télévisuelle à part, fascinante exploration des différents visages revêtus par le Mal dans le monde contemporain.

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1-2. LES INNOCENTS / EXÉGÈSE
(THE INNOCENTS / EXEGESIS)




Cinq mois se sont écoulés depuis l’épidémie ayant causé le tragique décès de Catherine. Black a désormais rejoint le FBI, en tant qu’expert en psychologie criminelle, à Quantico. Longtemps brisé, contesté par le père de Catherine, il parvient progressivement  à se reconstruire. Le réveil soudain de son Don l’incite à reprenne le service actif, lors d’une enquête autour d’un crash aérien. Black fait alors la connaissance de l’Agent Emma Hollis, opiniâtre et intelligente, au caractère bien trempé. Admiratrice de Black, elle parvient à s’imposer auprès de lui, le soutenant par son professionnalisme comme par sa détermination. Les deux enquêteurs découvrent qu’une sombre machination vise à exterminer un groupe de femmes aux étranges yeux bleus, ainsi que leurs filles. Celles-ci semblent se défier également de lui, préférant encore la mort à la révélation de leur secret. Frank découvre une connexion avec le Groupe et le Virus. Frank va découvrir que les femmes, aux pouvoirs télépathiques développés par la CIA, ont percé à jour les dessins du groupe, qui cherche à les exterminer à tout prix. Frank et Emma vont les aider à perserver un enfant, destin un jour, à s‘opposer à la conspiration.

Judicieusement, la première partie de ce pilote de saison prendre le temps de présenter les nouveaux venus, à commencer par Emma. Ainsi elle n’hésite pas à prolonger les dialogues tenus sur la scène du crash, sur plus de la moitié de sa durée ! Le pari est gagné, tant on se prend d’emblée de sympathie pour Emma. Bien davantage qu’une Dana Scully, l’Agent Hollis est un John Doggett au féminin, solide, professionnelle, policière jusqu’au tréfonds de l’âme mais c’est bien son honnête intellectuelle et son attachement à la vérité » qui l’incitent à ouvrir les yeux sur le Don et l’univers de Frank Black. Brillamment interprété par Kléa Scott, on apprécie vivement de la voir progressivement s’imposer auprès du solitaire de toujours qu’est Black, dont elle est une admiratrice mais jamais une groupie, bien au contraire. Il est très touchant de découvrir Black s’appuyer sur la conviction d’airain de sa partenaire, au moment où la vie l’a intimement blessé.

Toutefois les deux autres personnages paraissent moins marquants. Le Directeur adjoint McClaren, certes efficace et bénéficiant de l’abattage de Stephen E. Miller  ne s’extraie pas du répertoire si balisé du supérieur vieux complice du héros. Il ne fera pas d’ombre à Skinner ni ne fera oublier Giebelhouse. Surtout l’Agent Baldwin, ambitieux et détestable souffre d’un vrai manque d’envergure. Il ne manifeste en rien l’intelligence brillante et le charme maléfique de Brad Follmer, son équivalent des X-Files. Il faut bien avouer que, malgré les diverses précautions prises par les auteurs, cette première partie ressemble trop souvent à une copie conforme des X-Files, notamment d’Eve et de la Colonie, avec une Conspiration s’assimilant clairement à celle des meilleures heures de L’Homme à la Cigarette. L’ensemble demeure d’une évidente qualité (sublimes compositions de Snow), avec une parfaite adéquation du talent toujours si pénétrant de Frank, mais la série perd indéniablement en spécificité en se rapprochant des X-Files. Cependant on ne saurait nier un frétillement ressenti en découvrant Black déambuler dans les fameux couloirs du Hoover Building, en se disant que, quelques étages plus bas, un duo dynamique s’apprête à débuter sa sixième année d’aventures. La présence des paysages de Colombie britannique assure également une précieuse continuité à la série.

Cette première partie si indicative quant au chemin qu’empruntera la saison s’achève sur cliffhanger classique mais efficient. L’enquête exploite avec talent les prémices jusque là découvertes mais n’atteint pas tout à fait l’intensité d’un E.B.E., à la structure narrative finalement assez similaire. Quelques moments forts se détachent néanmoins, comme la révélation ultime du dessin poursuivi par ce groupe de femmes aux yeux étranges, d’un bleu que l’on dit céruléen. L’inévitable confrontation avec Peter s’avère superbement interprété, mais l’on comprend sans peine que ses admirateurs aient été blessés de le voir décrit sous un jour aussi sombre et sans nuances. La scène d’action finale se montre palpitante à souhait. Baldwin nous fatigue déjà avec son numéro étriqué et répétitif. Le ressort principal, outre l’exposé du décor de la nouvelle saison, demeure le développement de la relation de mentor à élève s’établissant, non sans peine, entre Emme et Frank, un atout particulièrement prometteur pour le devenir de la saison. Black reste fascinant, le scénario de Johannessen mettant talentueusement en scène le cheminement supérieur de son esprit ainsi que ses impératifs moraux. Le pilote de saison décrit avec conviction la haine inexpiable l’opposant désormais au groupe, avec un Lance Henriksen toujours grandiose. MillenniuM s’avoisine désormais aux X-Files, mais la stature et l’humanité de Frank Black sont réaffirmées avec souffle.

  • Le générique connaît de nouveaux changements, avec l'ajout d'images supplémentaires et Klea Scott (Emma Hollis) se substituant à Megan Gallagher. Les paroles évoluent également, This is who we are, the time is near devenant Wait, worry, the time is near.

  • Chip Johannessen devient le nouveau producteur exécutif de la saison, en remplacement de Morgan & Wong. Chris Carter sera néanmoins bien davantage présent qu'au cours de la saison 2.

  • Même si des précautions avaient été prises, relancer la série après le final apocalyptique de la saison 2 ne fut guère aisé. Carter indique que le choix fut fait d'un changement radical, notamment du fait de la mort de Catherine. Ce nouveau départ se traduisit par le déplacement de l'action à Washington D. C., par l'introduction d'une nouvelle partenaire de Frank en la personne de l'Agent Emma Hollis et par le retour de Frank au Bureau.

  • Chris Carter indique que Klea Scott fut retenue pour ses qualités d'actrice et sa crédibilité dans le rôle, mais aussi pour sa capacité à instaurer une relation de  maître à apprentie entre Frank et Emma, dépourvue de toute tension sexuelle. Carter estimait important que MillenniuM se distinguât des X-Files au moins sur un thème important, au moment où une convergence se dessinait sur d'autres points.

  • Aux cotés de l'Agent Hollis, deux nouveaux personnages récurrents apparaissent : l'ambitieux Agent Spécial Barry Baldwin (9 épisodes) et le Directeur Adjoint Andy McClaren (11 épisodes), supérieur et ami de longue date de Frank Black. Il est interprété par Stephen E. Miller, acteur ayant tenu plusieurs rôles dans les X-Files et jouant un policier dans le pilote de MillenniuM.

  • Morgan &Wong indiquèrent ne plus s'être du tout intéressés à MillenniuM après leur départ. Morgan estime toutefois que s'éloigner du compte à rebours fatal de l'an 2000 aura été une erreur. Le sujet restait loin d'être épuisé. Il ajoute n'avoir regardé aucun épisode de cette troisième saison et que cela exprime bien ce qu'il en pense.

  • Alors qu'il avait achevé la saison 2 avait les cheveux uniformément blanchis, Frank a visiblement massivement noirci. Cela est du au refus de la Fox que l'une de ses séries soit portée par un personnage aux cheveux blancs. Lance Henriksen jugea absurde cet à-priori et l'on peut observer que sa chevelure blanchit progressivement au cours de la saison.

  • L'exégèse est l'analyse approfondie et critique d'un texte, quelque soit la nature de celui-ci. Le terme désigne également les nombreuses études des Saintes Écritures réalisées à travers l'histoire de l'Église.

  • L'épisode marque le virage narratif pris par la nouvelle saison, où le Groupe, MillenniuM apparaît désormais comme un ennemi de Frank. Les fans de la série, qui avaient déjà eu à subir plusieurs évolutions majeures acceptèrent difficilement cette évolution, notamment concernant le particulièrement populaire Peter Watts.

  • Première apparition, encore non créditée, de Mabius, l'assassin silencieux à la solde du Groupe Millennium. Il est interprété par Bob Wilde, qui incarnait déjà un gourou psychopathe dans Gehenna, en première saison. Mabius figurera dans quatre autres épisodes.

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3. CEUX QUI SURVIVRONT
(TAOTWAWKI)


 

Frank, Baldwin et Emma se rendent dans les environs de Seattle, où un atroce tuerie vient de se dérouler dans un collège. De nombreuses personnes ont été abattues par un tireur fou. Les enquêteurs suspectent rapidement le fils d’un riche et important informaticien, Chris Marmody. Mais quand ils se présentent pour l’interpeller, le jeune homme se sucide, en apparence. Malgré le scepticisme de Balwin, Frank et Emma, aidés par Giebelhouse, mettent un jour une terrible vérité. Rassemblés par Carmody, un groupe d’informaticiens, persuadés que le Bug de l’An 2000 signifiera la fin du Monde, est tombé dans une terreur paranoïaque les transformant en farouches survivalistes. Leurs craintes ont déteint sur le fis de Carmody, devenu psychopathe. Celui-ci a été abattu par son propre père, dans une tentative de maintenir le secret sur les activités du groupe. Black intervient à temps pour qu’u autre enfant ne soit pas sacrifié.

Chris Carter et Frank Spotnitz reprennent ici la directement la plume et l’on perçoit clairement leur objectif : un retour aux sources de la première saison de la série. L’objectif s’avère pleinement atteint, avec cette histoire horrifique, explorant avec acuité plusieurs frayeurs et travers américains, avec un arrière fond apocalyptique parfaitement rendu. Quelques mois avant la tuerie de Columbine la scène d’ouverture, l’une des plus éprouvantes de la série, nous plonge en plein cœur du drame, avec un rare réalisme. L’impact s’en révèle encore plus marqué pour le spectateur de la fin 2012, alors que vient de survenir la meurtrière fusillade de Newton. Un inextinguible fléau. Sans jamais tomber dans le déclamatoire, le récit élargit par la suite sa dénonciation véhémente aux rapports consanguins établis par une partie de l’Amérique avec les armes à feu, omniprésentes dans l’imaginaire de survivalistes et ardemment refusées par Frank Black.

L’évocation du Bug de l’An 2000 s’effectue aussi efficacement que sobrement, même si on peut regretter une certaine dramatisation des enjeux objectifs.  Mais Carter et Spotnitz ont la finesse de ne pas  y fixer le centre du récit ou de saturer celui-ci de jargon Cyber. L’enjeu est ailleurs sur le questionnement moral de personnes placées face à un problématique de catastrophe imminente, bien réelle de leur point de vue. Les auteurs opposent habilement les impératifs moraux de Black à la panique des informaticiens, oblitérant leur humanité dans leur obsession frénétique de survie. Des citations du Livre des Heures viennent ponctuer avec éloquence le propos, sans aucune similitude avec le fatras mystique de la saison précédente. Par ailleurs l’enquête policière se construit solidement, poursuivant l’installation du duo fort plaisant formé avec Emma. Baldwin demeure cependant trop caricatural, même si on apprécie de le voir remis à sa place par un Giebelhouse trop rare. Le grand talent de Robert Wisden renforce cette description particulièrement troublante de la chute morale induite par une vision du monde paranoïaque et violente.

  • Spotnitz, co-auteur de l'épisode avec Carter, estima que ce fut un vrai défi que de rendre inquiétant le supposé grand bug informatique de l'an 2000, à travers l'enquête d'Emma et Frank. L’épisode fut diffusé 14 mois avant le supposé évènement et cette perspective demeurait aussi lointaine que peu crédible pour une grande partie du public.

  • TEOTWAWKI est l'acronyme de The End Of The World As We know It.

  • La liste d'adresses mail récupérée par Emma comporte de nombreux noms de membres de l'équipe de production, à commencer par Spotnitz et Carter.

  • Robert Wisden (Chris Carmody) avait déjà participé à l'épisode Monster. Dans les X-Files Il incarne Robert Modell, le Pousseur, et apparaît par ailleurs dans de nombreuses séries fantastiques ou de Science-fiction.

  • Un Livre des Heures est un recueil de textes religieux, souvent des Psaumes,  remontant au Moyen Age. Destiné aux laïques, il scande les diverses prières survenant aux cours de la journée, selon la Liturgie dite des Heures. Le plus souvent richement enluminés ces ouvrages se divisent en plusieurs parties : Evangiles, calendriers, Psaumes pénitentiels, Heures de la Vierge, Office des Morts, suffrages des Saints, etc.

  • Le phénomène du Bug de l’an 2000 (souvent surnommé Y2K) est né de la crainte d’une panne systémique du réseau informatique mondial, du fait de la réinitialisation des horloges internes. Dans d’innombrables  logiciels et bases de données, la date n’était alors indiquée que par les deux derniers chiffres de l’année, d’où un conflit en passant de 1999 à 2000, qui deviendrait 1900 en terme informatique.  Certains systèmes, très anciens, ne pouvaient d’ailleurs pas être modifiés. Le problème a néanmoins été résolu à temps, grâce à de considérables investissements, publics et privés, provoquant un saut qualitatif global du réseau et l’affirmation du rôle d’Internet comme outil mondial de communication. En Europe s’est encore le problème du passage à l’Euro comme monnaie financière. Y2K a suscité des craintes chez les millénaristes et les conspirationnistes, certains écrivains ou journalistes, mais n’a jamais vraiment paniqué le grand public, sa résolution aurait néanmoins coûté entre 300 et 600 milliards de dollars, au plan mondial. Les systèmes UNIX (très présents sur l’Internet) utilisant un système de datation différent, les spécialistes travaillent déjà à la préparation d’un Bug de l’an 2038, devant survenir le 19 janvier. Certains envisagent même le très lointain Bug de l’an 10 000 !

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4. TRAUMA
(CLOSURE)


 

Deux anciens militaires et leur amie commettent des massacres aléatoires, pour le simple plaisir de tuer. Emme se déclare volontaire pour diriger l’enquête et fait preuve d’une implication particulière qui intrigue Black. Celui-ci découvre que la sœur de sa partenaire a jadis été assassinée par un tueur désaxé, aux motivations demeurées mystérieuses. Ces investigations provoquent une crise dans le duo, finalement surmontée. Depuis le drame, Emma tente désespérément  de comprendre ce type de criminel. Après l’arrestation fortuite de leur complice, les deux criminels, lourdement protégés, attaquent  le poste de police. Il s’en suit un prise en otage d’Emma par Van Hurn, le leader. Elle finit cependant par en triompher, mais sans avoir obtenue de réponse à ses questions.

En soi, consacrer l’essentiel d’un épisode à l’approfondissement du parcours et de la personnalité de l’Agent Emma Hollis ne représentait certes pas une mauvaise idée. Malheureusement le résultat ne convainc guère. Au moment où MillenniuM avait déjà accumulé de nombreuses convergences avec les X-Files, il était sans doute maladroit et redondant de susciter un trauma lié à la disparition de la sœur de la co protagoniste de la série. De plus le récit ne génère guère d’étincelles. Emma, et Frank, lui même très absent, ne font finalement que compter les points, les évènements clés de l’intrigue (arrestation de la femme, attaque du commissariat) se produisant sans qu’ils n’y prennent la moindre part, jusqu’au dénouement.

Il reste tout de même étonnant de voir Frank énoncer à Emma que rien ne pourra expliciter le comportement de serial killers alors qu’il pratique l’inverse depuis le commencement de la série ! L’enquête de nos héros demeure statique et périphérique, entrecoupée de tueries au déroulement plus classique que l’ordinaire de MillenniuM. On note quelques maladresses, comme des gilets pare-balles réellement miraculeux. Les antagonistes du jour manquent singulièrement de substance et d’envergure. Closure brille uniquement par son jeu d’acteurs, en particulier avec Kléa Scott, de nouveau parfaite dans l’expression de cet aspect plus tourmenté d’Emma, mais aussi Garret Dillahunt, idéalement dans son emploi et parvenant à rendre intéressant don personnage de Redneck à la dérive.

  • Garret Dillahunt (Van Hurn) a depuis réalisé une belle carrière, à la télévision comme au cinéma, souvent dans des rôles d'antagoniste. il tient ainsi des rôles récurrents dans  Alphas, Les 4400, Sarah Connor Chronicles etc.

  • Dans un hôtel, Van Hurn exécute son voisin car celui-ci ronflait trop fort. Frank précise que le tueur John Wesley Hardin avait déjà procédé de la sorte. Hardin (1853-1895) fut l’un des hors la loi les plus célèbres du Far West, on lui attribue une quarantaine de victimes, souvent pour des motifs futiles. Il finit par être lui-même abattu par un rival, après avoir fait paraître une autobiographie demeurée fameuse.

  • L'épisode s'inspire d'un fait divers réel.  Le 28 février 1997, après une tentative avortée de hold up dans une banque d'Hollywood, une forte fusillade opposa la police à deux bandits puissamment armés,  utilisant des armures recouvrant l'ensemble de leur corps. Douze policiers et huit témoins furent blessés, les deux gangsters furent abattus. A la suite du drame, les policiers américains furent équipés d'armes plus puissantes, capables de perforer ces protections. L'ensemble de la fusillade, l'une des plus massives recensées de ce type, fut télévisé en direct.

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5. TREIZE ANS PLUS TARD
(THIRTEEN YEARS LATER)



Un film d’horreur de série Z, Madman Maniac, est en train d’être tourné sur les lieux d’une sanglante affaire, résolue par Frank Black il y a treize ans. Le scénario reconstitue  de manière très libre l’affrontement entre Black et le serial killer et compte une participation du groupe Kiss. La vedette féminine et le réalisateur sont soudain assassinés, avant que d’autres meurtres horribles ne suivent. Frank et Emma s’aperçoivent que le tueur reconstitue de  célèbres scènes de Slasher movies. Mais qui raconte au juste cette histoire ?

Diffusé le 30 octobre 1998, cet épisode spécial d’Halloween constitue une succulente exploration du genre à la fois ultra codifié et joyeusement délirant qu’est le Slasher Movie. On pourra sans doute reprocher à l’auteur, Michael Perry, de s’être inspiré du succès de Scream, saga dont les deux premiers opus viennent de défrayer la chronique en 1996 et 1997. Mais la recette est reprise avec beaucoup de talent et de l’imagination, tout en l’adoptant avec un humour malicieux au format de MillenniuM. Tandis que histoire joue avec brio de divers niveaux de narration, les bonnes idées se multiplient, notamment l’opposition entre Franck, catastrophé de la faiblesse des approches psychologiques, et Emma, grande amatrice de ces films d’horreurs défoulatoires. Voir Frank Black tenter de réaliser le profiling de Freddy Krueger ou Jason Voorhees est énorme. La confrontation entre les serials killers tristement réels et les plus flamboyants du septième art s’avère passionnante de bout en bout.

L’aspect à la Nuit américaine apporte également un appréciable effet de miroir, qui n’est pas sans préfigurer celui de l’épisode Hollywood. on a ainsi droit au bain mousseux glamour pour Emma ou au face à face hilarant entre Black et sa doublure à l’affiche, avec ses questions désarmantes. L’épisode représente également un hommage amusé à l’univers bigarré et improbable des Séries Z et autres Nanars horrifiques, avec leur défilé de personnalités hautes en couleurs (starlettes délurées et arrivistes, vieux chevaux de retour, réalisateurs improvisés, spécialistes en effets spéciaux fauchés...) et leur indéniable énergie, délivrée de concepts frustrants tels la crédibilité ou la finesse de jeu. On s’amuse beaucoup entre deux torrents d’hémoglobine, tandis que la mise en scène très inventive de Thomas J. Wight glisse avec fluidité du tournage à la réalité du fil, plaisamment  graphique et à la saveur de Giallo. L’excellente distribution joue totalement le jeu, on se régale. La mémorable intervention des Kiss tombe à pic dans le cadre de cet épisode spécial. La révélation de la personnalité de l’assassin et du narrateur apporte une jolie pirouette finale à cet épisode gorissime, aussi référencé qu’irrésistiblement drôle.

  • La citation du jour est Never believe anything you see on Halloween (Ne croyez rien de ce que vous voyez durant Halloween), du révérend M. Goodman (1985). Il s'agit d'un clin d'œil à Morry Goodman, membre éminent du service de vérification (ou de censure) de la Fox, qui supervisa cette troisième saison. Très apprécié par l'équipe, il laissa une grande latitude aux auteurs concernant les scènes violentes, gore ou sexuelles.

  • Avec Kiss,  Thirteen Years Later demeure le seul épisode de la série à incorporer des vedettes du show business. L'idée vint de la Fox, désireuse de remonter l'audience de MillenniuM. D'abord peu convaincue, l'équipe finit par valider le projet, estimant que les Kiss conviendraient parfaitement à un récit sur Halloween. Il s'agit également de l'unique épisode humoristique de la saison.

  • Les musiciens du groupe jouent leur propre rôle mais tiennent également des petits rôles distincts, méconnaissables sans leur célèbre maquillage.

  • La scène où les Kiss interprètent leur tube Psycho Circus a été conçue et réalisée comme un clip vidéo, indépendant du reste de l'épisode. Le metteur en scène Thomas J. Wright, rapporte que les musiciens furent ravis du résultat. Il ajoute que le groupe fut formidable tout au long du tournage et que cette collaboration reste un grand souvenir.

  • Jeff Yagher (Mark Bianco, le pseudo Frank Black) est le mari de Megan Gallagher, l’actrice incarnant Catherine, l’épouse de notre héros. Il participe notamment à V, Six Feet Under, Bones, etc. Il incarne un étonnant imitateur d’Elvis dans un épisode de The Twilight Zone, The Once and Future King. Sculpteur réputé de statuettes, il est également connu pour ses nombreuses figurines de personnages de série télé.

  • Dans son bain, Emma lit Labyrinthes, de Jorge Luis Borges. Il s’agit d’un recueil de nouvelles du grand auteur argentin, paru en 1962.

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6. OSSEMENTS
(SKULL AND BONES)



Baldwin et Emma, assistés de Peter, mènent l'enquête sur un charnier révélé lors de la construction d'une autoroute et comportant de nombreux squelettes. De son côté Frank suit une piste menant à Ed, un homme souffrant de paranoïa mais étant parvenu à retracer les divers meurtres perpétrés par le groupe. Les dépouilles des victimes sont bien celles découvertes, mais Peter réfute les arguments de Frank. Emma finit par découvrir la vérité, mais Peter affirme que le Groupe a agit dans l'intérêt supérieur du pays, avant de détruire toutes les preuves. Grâce à Frank, Ed parvient à échapper à Mabius, puis à s'enfuir.

Skull and Bones vaut avant pour l'excellence de sa mise en scène et de sa photographie. Les perspectives choisies avec talent, comme subtil le jeu d'ombres et de lumières, composent une remarquable atmosphère de poésie funèbre, encore sublimée par les harmoniques de Mark Snow. De plus, avec le recul, l'accumulation de détails concernant les squelettes comme source d'informations pour la médecine légale confère à l'ensemble une saveur pré Bones assez divertissante. Malheureusement l'épisode pâtit grandement de son scénario. En effet celui-ci consacre la nouvelle mouture de la mythologie de MillenniuM comme copie quasi conforme de celle des X-Files, qui plus est sur un mode mineur. Tous les éléments développés par l'intrigue l'ont été durant la période Vancouver des X-Files, et son fameux conspirationnisme (y compris la multiplication des communications téléphoniques à la Mulder et Scully entre Frank et Emma).

Le groupe devient ici un concept attrape-tout et sans guère de consistance. Il devient également unidimensionnel, perdant sa précieuse ambiguïté morale. MillenniuM perd, à peu de choses près, ce qui assurait sa spécificité pour devenir un condensé bien trop accéléré et flou de sa série mère. En contradiction avec les événements de La Main de Saint-Sébastien, Les flash-backs montrant Cheryl Andrews ne servent à rien et introduisent une dommageable rupture de ton avec l'esthétisme global de l'épisode. Néanmoins le talent de Terry O'Quinn lui permet de maintenir l'intérêt de Peter Watts, qui conserve intelligemment une part de sincérité dans ses convictions. L'épisode permet également à Emma d'achever d'entrer de plain pied dans l'univers tourmenté de Frank Black et d'établir un précieux contact avec Peter Watts, mais demeure trop superficiel et elliptique par ailleurs.

  • Dernière apparition de Cheryl Andrews, biologiste membre du Groupe interprétée par C.C.H. Pounder.

  • Outre sa symbolique coutumière, le titre original fait également référence à The Order of Skull and Bones, une société secrète fondé en 1833 au sein de l'université de Yales et régulièrement citée dans les thèses conspirationnistes.

  • L'épisode détient le record de nombre de morts de la série, avec un total de 43.

  • La chanson entendue par Emma lors de son exploration de la maison est Love Hurts, dans sa version interprétée par le groupe Nazareth. Elle rencontra un grand succès aux États-Unis, en 1975 et a été reprise dans de nombreuses publicités et bandes son, dont celle d'Halloween (1978).

  • Le responsable de la photographie Robert Mclachlan fut nominé aux American Society of Cinematographers Awards à l'occasion de cet épisode.

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7. RECOMMENCEMENT
(THROUGH A GLASS, DARKLY)



Après 20 ans d'emprisonnement, Max Brunelli, auteur de l'abominable assassinat d'une petite fille, sollicite une libération conditionnelle. Le juge la lui accorde, malgré l'avis formel de Black, persuadé que ses pulsions sexuelles sont toujours présentes. Rentré chez lui, Max fait face à l'hostilité de la population, ainsi qu’à une campagne médiatique. Une autre enfant disparaît, Max est alors immédiatement soupçonné. Progressivement les analyses de Frank, assisté d'Emma, révèle une terrible vérité : Max est innocent des deux crimes.  Esprit faible et influençable, il a été manipulé par son avocat et prétendu seul ami, le véritable coupable. Il contribue à sauver la petite fille, obtenant une totale réhabilitation auprès de la population.

Après l'alignement bien trop marqué du précédent Skull and Bones sur les X-Files, Through a Glass, Darkly marque un retour bienvenu aux sources de MillenniuM. Il se confirme également que la véritable force de cette troisième saison réside bien davantage dans les épisodes loners que dans les mythologiques. On renoue ici avec les captivantes élucidations psychologiques aussi patiemment que brillamment menées par Franck Black. C'est à une progressive descente dans les ténèbres que nous assistons ici, avec l'étude très fine de deux psychés tourmentées et interconnectées, interprétées éloquemment par des comédiens pourtant peu connus. La découverte du prédateur ultime s'accompagne de twists retentissants, lui conférant plus de force encore. Il en va ainsi de la révélation de la véritable nature du lien de sujétion unissant les deux hommes ou de la remarquable audace d'un postulat inattendu : Frank Black s'est trompé, certes dans un premier temps, mais a été manipulé durant des années. Le moment où lui et max se pardonnent mutuellement est très émouvant.

Un maître coup de la part du scénariste, qui manifeste par ailleurs d'autre excellentes intuitions, comme la mise à l'écart de l'appareil du FBI ou la relative mise en retrait d'Emma dans cette histoire centrée sur son mentor. Lance Henriksen se montre une nouvelle fois prodigieux dans son portrait d'un Black confronté à l'exercice inédit de l'autocritique. D'autres thèmes viennent encore enrichir une histoire très riche, qui n'hésite pas à limiter l'action ou le recours au Don, au profit de l'analyse : critique du dérèglement médiatique ou du préjugé populaire. Quelque soit la qualité des scénarios, plus variable cette saison que précédemment, la qualité technique de MillenniuM demeure toujours digne déloges, avec une nouvelle superbe photographie et une exploitation esthétique tout à fait réussie des paysages des forêts de Colombie britannique. Comme aux heures les riches (et les plus sombres) de la série, l'atmosphère est tendu parfois aux limites du supportable, dans les évocations si réalistes des tourments subis par les enfants. Through a Glass, Darkly s'avère difficilement regardable par moments et définitivement réservé à un public adulte. On regrette toutefois un happy end trop marqué et à contre courant.

  • Le titre original de l'épisode fait référence à la première Epitre aux Corinthiens (1-13) : Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant. Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face. Aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu. Le texte exprime l'idée que les hommes n'ont qu'une vision partielle de Dieu, mais celle-ci deviendra parfaite au Paradis.

  • Reprise littéralement, ou avec une légère modification, cette citation est le titre de nombreuses œuvres musicales ou littéraires. Toujours malicieux, Asimov intitule l’un de ses recueils de nouvelles Through a glass, clearly (1967). De nombreuses séries l’emploient comme titre d’épisode : Star Trek, Highlander, Andromeda, Haunted, Loïs et Clark, etc.

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8. DÉMONS INTÉRIEURS
(HUMAN ESSENCE)


Une cousine de l’Agent Hollis, vit à Vancouver et a sombré dans l’addiction à la drogue. Elle s’aperçoit qu’ne nouvelle substance en circulation entraine une étrange mutation chez une amie, avant que celle-ci ne soit assassinée. Elle envoie une lettre à Emma pour l’appeler au secours. Emma, rejointe par Frank, vont remonter la filière. Un chimiste d’une triade chinoise désire se venger de ses employeurs, après la mort de ses proches, en ajoutant une hormone à la drogue produite. Ces derniers anéantissent preuves et témoins, mais la cousine d’Emma est finalement sauvée.

Episode souvent très décrié par les amateurs de la série, Human Essence accumule en effet les maladresses. Il ne s’insère que marginalement dans la série, en prenant davantage des allures de série noire, vaguement reliée à MillenniuM par quelques éléments scénaristiques maladroits, dont les propriétés « psychologiques » de la drogue. Le conspirationnisme rajouté en toute fin de parcours fait ainsi office de correction de trajectoire parfaitement gratuite. L’épisode se centre sur Emma Hollis, sans apporter aucun élément qui servira par la suite au développement du personnage. Frank s’enferme dans un rôle de gourou, une vision du protagoniste assez limitée, et semble curieusement indifférent aux tourments de la jeune droguée.

De plus tout est excessif dans la poursuite de l’action, avec une mise en scène aux nombreux effets faciles, lestée de maquillages indigents, et une histoire accumulant invraisemblances et poncifs sur les mafias asiatiques, tout comme Hell Money a pu le faire chez les X-Files, avec ici un budget bien moindre. Reste l’occasion de mettre en avant le talent de Kléa Scott et de Lance Henriksen,  et la découverte de quelques superbes sites de Vancouver, ville à laquelle les séries de Chris Carter doivent tant (Chinatown, Lions Gate, Stanley Park et ses totems).

  • Il s'agit du second et dernier scénario écrit pour MillenniuM par Michael Duggan. L'auteur semble avoir eu du mal à s'intégrer dans l'équipe. Il quitta la série peu de temps après la production de cet épisode, généralement considéré comme le plus mauvais de MillenniuM par les fans.

  • Alors qu'Emma recherche un appartement, la télévision d'un voisin bruyant diffuse un épisode des X-Files. Il s'agit de Kill Switch et on reconnaît la voix de Gillian Anderson.

  • Le Lions Gate, inauguré en 1938, est un gigantesque pont suspendu reliant les deux parties de Vancouver, entourant la vaste baie Burrard. Son nom fait référence à une chaine montagneuse se situant dans la région côtière. Devenu l’un des principaux symboles d’une ville dont il a accompagné le développement, le Lion’s Gate figure dans de nombreux films se situant à Vancouver. Il sert ainsi de décor à l’impressionnante scène d’ouverture de Destination Finale 5 (2011).

  • Le Stanley Park, inauguré en 1888, est un des plus grands parcs urbains d’Amérique du Nord. Occupant toute une péninsule de la baie Burrard, il permet de bénéficier de décors boisés, mais aussi de superbes perspectives marines. Il constitue l’une des principales attractions touristiques de Vancouver et s’orne de nombreux monuments et statues. On y trouve également des totems et ouvrages d’art caractéristiques des indiens natifs de Colombie britannique.

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9. OMERTA
(OMERTA)


 

En 1989 Eddie,  un tueur de la mafia, est emmené dans une profonde forêt du Vermont, pour  y être abattu par des collègues. Il est ressuscité par deux femmes ressemblant fort à des fées. Depuis il vit à leurs côté, accédant à la rédemption. Frank se rend dans la région, pour changer les idées de Jordan, que l’approche de Noël rend triste en l’absence de sa mère. Suite à une autre résurrection, le pot aux roses est découvert par Black. Les deux jeunes femmes et Eddie deviennent le centre d’un combat opposant le crime organisé  au FBI. L’une des « fées » est d’ailleurs blessée par un tireur. Frank permet alors à Eddie de s’enfuir avec ses deux amies, pour regagner la sécurité des forêts.

Diffusé le 18 décembre 1988, cet épisode revêt vite la forme d’un émouvant conte de Noël, tout à fait sensible, même s’il ne démontre pas tout à fait la même force narrative que les deux opus précédents du genre. On pourra lui reprocher de ne pas se situer dans les canons de la série, et il est vrai que son aspect purement Fantastique l’aurait plutôt rapproché de l’Agent Mulder, mais en l’occurrence il s’agit bien évidemment du cas spécial de l’épisode de Noël, largement répandu dans les séries américaines. De plus on observe une avalanche de facilités scénaristiques, comme Frank tombant miraculeusement  sur la demeure des « fées » ou l’aisance avec laquelle Eddie s’enfuit avec ses amies. Mais qu’importe, il s’agit avant tout d’une fable, respectant parfaitement la symbolique du genre.

Demeure une histoire dégageant une véritable émotion, avec la candeur des fées, la rédemption d’Eddie ou l’évocation de sa mère par Jordan, tout en ajoutant un humour volontiers malicieux, notamment autour de tueurs dignes des Sopranos. En évitant le piège de la mièvrerie, l’épisode déploie une vraie force d’évocation du mystère de la forêt et brasse plaisamment de grands thèmes : le pardon des offenses, la rédemption ou la présence de nos   disparus. Un charmant mystère est savamment entretenu autour de la nature exacte de ces deux femmes. L’opus peut s’appuyer sur une excellente distribution, avec notamment un Jon Polito parfait pour incarner le pittoresque  Eddie, la splendeur toujours renouvelée des forêts canadiennes  et sur les nombreuses et sublimes mélodies originales de Mark Snow. Elle contribue puissamment à apporter un véritable cachet onirique au récit.

  • Le bruit de tambour accompagnant l’écran blanc d'ouverture est remplacé par les traditionnels grelots de Noël. Une carte de vœux apparaît également.

  • Il s'agit du troisième épisode spécial de Noël de la série, toutes les saisons en auront eu le leur. En définitive personne ne meurt dans cet épisode de MillenniuM, c’est vraiment Noël !

  • Jon Polito (Eddie) est connu pour ses participations régulières aux films des frères Coen (Miller’s Crossing), ainsi que pour ses apparitions dans de nombreuses séries policières ou de privés.

  • Tom McBeath (Agent Polgreen) est connu notamment pour le rôle récurrent du Colonel Maybourne dans Stargate SG-1.

  • Keegan Connor Tracy (Lhasa) a depuis réalisé un beau parcours, notamment dans les séries relevant du Fantastique et de la Science-fiction. Elle incarne par exemple Jeanne dans Battlestar Galactica et la Fée Bleue dans Once Upon a Time. Ayant séjourné à Paris, elle parle couramment le français.

  • Mark Snow classe les musiques qu'il composa pour cet épisode parmi ses plus belles créations. Elles incorporent plusieurs éléments d'opéras et de musique classique et figurent en bonne place dans la bande son de MillenniuM, sortie sur format dématérialisé en 2004 (iTunes).

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10. SURSIS
(BORROWED)



Plusieurs morts étranges se succèdent, les personnes décédées ayant les poumons remplis d’eau, sans aucune cause apparente. Frank s’aperçoit que, par le passé, toutes les victimes ont échappé de peu à la mort. Il repère également un mystérieux homme en noir, Samiel, présent sur les lieux à chaque drame, avant de disparaître subitement. L’affaire prend un tour dramatique quand Jordan, anciennement miraculeusement rescapée d’une méningite commence à dépérir. Désespéré, Frank se confronte inutilement à Samiel , qui lui explique qu’un délai supplémentaire a été accordé à sa fille, et qu’il doit maintenant bénéficier à quelqu’un d’autre. Alors que Jordan est à la dernière extrémité, Frank supplie Dieu d’épargner sa fille. Samiel sauve la vie de la bénéficiaire du don jadis accordé à Jordan (une petite fille rescapée d’un accident de train), mais, à l’heure critique, c’est lui qui meurt, et non Jordan.

Cet authentique chef d’œuvre de la saison 3 dégage une fascinante atmosphère ne s’affranchit certes pas de l’influences prégnante des X-Files. Au scepticisme inébranlable d’une Emma n’ayant jamais autant ressemblé à Scully, répond l’ouverture d’esprit au surnaturel de Frank, digne d’un Fox Mulder. Les amateurs de l’excellente franchise Destination Finale, d’ailleurs lancée par le duo Morgan & Wong en 2000, pourront également s’amuser des évidentes convergences. Néanmoins Borrowed, développe une toute autre ambiance, entre étrange et sombre merveilleux, absolument cryptique et fascinante. Celle-ci doit beaucoup à l’étonnante composition de l’épatant Eric Mabius, à des éons du Tim de The L Word.  Son passionnant et délectable Samiel s’avère captivant de bout en bout, entre vraie compassion et ironie cinglante. Les Anges de MillenniuM apparaissent toujours comme d’hermétiques Sphinx, très différents de ceux des Routes du paradis et autres séries chrétiennes, mais aussi des tueurs ailés délivrant le feu divin de Supernatural. La rareté de leurs apparitions les rend événementielles. La mise en scène use d’une efficace symbolique, avec le tic tac des montres dont s’entoure sans cesse Samiel, version moderne des sabliers de jadis. Le scénario très inventif de Chip Johanssen joue habilement de flashbacks et de lignes narratives juxtaposées, entres les événements du train et l’enquête désespérée menée par Frank. Cette structure originale peut déconcerter dans un premier temps, mais elles apportent un indéniable cachet au récit. La conclusion, mystérieuse et ouverte, est un maître coup.

Les points de juxtaposition que constituent les confrontations entre Samiel et Black se montrent intenses, portées par deux grands comédiens et dépourvus d’effets ronflants. Lance Henriksen sort une nouvelle fois le très grand jeu, son appel à Dieu est bouleversant au possible. On n’avait jamais vu Frank Black craquer de la sorte. Cette dimension humaine ancre bien en définitive Borrowed Time chez MillenniuM plutôt que chez les X-Files. Malgré tout le fantastique environnant, c’est l’humain qui prime, non le surnaturel.  Brittany Tiplady est également parfaite dans cet épisode mettant en avant son personnage. Le drame humain que représente la vie s’achevant de Jordan empêche le puzzle de figurer comme un simple exercice de style intellectuel ou mystique.  Dwight Little filme chaque scène avec une infinie subtilité, notamment les regards échangés entre la petite fille du train et ce Mister Death issu des meilleurs moments de la Quatrième Dimension. La reconstitution de l’accident du train trahit néanmoins le faible budget de la série. La présence d’Amanda Tapping, dont le talent confère tout une aura supplémentaire à un rôle secondaire, représente encore un intérêt supplémentaire. Ce grand épisode de MillenniuM renoue pleinement avec les riches heures de la première saison. 

  • Le docteur Cantor est interprétée par Amanda Tapping,  figure majeure de la franchise Stargate et de Sanctuary. Stargate SG-1 avait déjà débuté lors du tournage de Borrowed et Amanda arbore la coupe militaire de Samantha carter. Une grande aventure commence. Amanda Tapping était également brièvement apparue trois ans plus tôt dans les X-Files, en tant que fugitive conquête de Walter Skinner (Avatar).

  • Eric Mabius (Samiel) est un acteur ayant touché à des genres tout à fait différents. Il est notamment connu pour avoir été le Daniel d’Ugly Betty, mais aussi le Tim de The L Word, compagnon malheureux de Jenny Schecter.

  • A l'occasion de cet épisode, Brittany Tiplady (Jordan) fut proposée pour la troisième fois aux Young Artists Awards.

  • L’homme en noir, Samiel, apparaît très similaire dans on comportement à l’ange aperçu en première saison dans Powers, Principalities, Thrones and Dominions. Savoir s'il s'agissait ou non de la même entité fit l'objet de vifs débats chez les fans de la série, que les auteurs se gardèrent évidemment bien de trancher ! Samaël (ou Samiel) est souvent surnommé l’Ange de la Mort ou le Venin de Dieu. Importante figure du Talmud et de la Kabbale, il est parfois confondu avec Satan. Il apparaît dans diverses séries fantastiques, dont Charmed ou Dead Like Me.

  • En début d’épisode le contrôleur du train lit une oiuvrage intitulé The Gigt. Il s’agit de l’édition parue en 1967 de L’Essai sur le Don (1924) de Marcel Mauss, le fondateur de l’école de l’anthropologie française. En étudiant diverses sociétés, l’auteur analyse le phénomène social du don, concluant qu’il mène toujours et en tout lieu à un contre don, dans un cercle de dépendance servant de socle au lien social. Cette trouve un résonnance dans l’épisode, où le délai de vie supplémentaire est un don divin.

  • Durant l'extrême onction de Jordan, une petite pendule indique qu'il est 10h13, soit un clin d'œil à la société de Chris Carter, Teen Thirteen.

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11. LÉSIONS DE GUERRE
(COLLATERAL DAMAGE)



Taylor, l’une des filles de Peter Watts, est enlevée par deux hommes, ce qui provoque l’intervention de Frank, mais aussi du Groupe. Le commando dirigé par Mabius parvient à abattre l’un des agresseurs. L’autre, Eric Swan, est un ancien soldat, ayant testé une nouvelle arme biologique pour le compte du Groupe, durant la Guerre du Golfe. Des soldats américains ont été accidentellement tués. Il veut faire pression que Peter pour que celui-ci révèle la vérité lors de l’émission de radio d’Art Bell et va jusqu’à inoculer la substance, dont il détient l’antidote, à la jeune fille. Frank parvient à découvrir l’endroit où Taylor est détenue, l’endroit est alors cerné par les hommes du Groupe. Peter craque et fournit à Swan des éléments prouvant ses dires, mais Taylor parvient à se libérer et à tuer son ravisseur.

Collateral Damage n’est pas sans évoquer de loin l’épisode des X-Files Sleepless, mais n’en reste pas moins l’épisode mythologique de la saison 3 le plus solide découvert jusqu’ici. Il permet d’interpeller moralement Frank Black sur sa relation conflictuelle le avec le Groupe, et jusqu’où il est prêt à aller pour mener à bien cette lutte. Seulement entrevu jusqu’ici, il met aussi l’accent avec talent sur le dilemme moral vécu par Peter, écartelé entre d’une part sa fidélité au groupe et en ses idéaux affiché et d’autre part son amitié envers Frank et le souci de préserver sa famille. Le suspense brillamment orchestré des évènements se double ainsi d’une dimension psychologique en rehaussant encore l’impact. Le scénario sait exposer avec acuité les différents points de vue des acteurs du drame et les alterner.

Il bénéficie également de la superbe composition de James Marsters, prouvant déjà qu’il n’est pas l’acteur d’un seul rôle, ce que la suite de sa superbe carrière achèvera de démontrer, de série en série. En version originale les amateurs de Buffy contre les Vampires pourront se divertir en le découvrant dépouillé de l’accent anglais caricatural de Spike. Le combat pour la vérité de Swan, allié à l’horreur de la méthode employée, synthétise parfaitement l’ambition du scénario et de l’écriture des personnages. De même Taylor s’avère un magistral contre pied à la figure usuelle de la Damsel in distress, si pratiquée durant les Sixties, amis aussi au-delà. Elle occupe une place active dans des débats qu’elle interrompt brusquement lors d’une scène saisissant à froid le spectateur, laissant Frank et Peter confrontés à leurs abîmes.

  • Le célèbre animateur de radio Art Bell joue ici son propre rôle. Son émission Coast to coast est diffusée depuis 1984 sur tout le territoire américain, à travers plus de 500 radios indépendantes. Diffusée de 22  à 02 heures du matin, elle enregistre régulièrement près de 4,5 millions d'auditeurs. Elle reste fameuse pour ses discussions autour de thèmes conspirationnistes, extra-terrestres ou plus improbables encore,  dans une tonalité assez similaire aux X-Files  (voire parfois au Lone Gunman).

  • Lance Henriksen participa à Coast to coast la veille de la diffusion de l'épisode et put ainsi présenter MillenniuM au public. Chris Carter y figura également fin 1999; cette fois pour évoquer la fin de la série et les perspectives futures. Le survivant est un ancien militaire

  • Eric Swan est joué par James Marsters, déjà l'interprète de Spike dans Buffy the Vampire Slayer (il en arbore d’ailleurs la coiffure). Sa partenaire Juliet Landau (Drusilla) apparaîtra plus tard dans la saison (Forcing the End). Marsters se déclara très fier de jouer aux côtés de Lance Henriksen, dont il est un grand admirateur depuis Alien. Il conserve un excellent souvenir de son passage dans MillenniuM, qu'il trouve comparable à Buffy sur plusieurs points, notamment la capacité à rivaliser en qualité avec le cinéma.

  • Nick Carfagna est interprété  par Brendan Fehr qui est alors sur le point de devenir l'un des principaux acteurs récurrents de Roswell (1999-2002), où il joue Michael.

  • Jessica Schreier (Barbara Watts) jouait le Dr Sayre dans le double épisode des X-Files Terma/Tunguska.

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12. LE BRUIT DE LA MORT
(THE SOUND OF SNOW)



Malgré le scepticisme d’Emma et de
Giebelhouse, Frank enquête sur une succession de suicides survenus à Seattle. Il découvre qu’une ingénieure du son dotée d’empathie envoie une cassette contenant un son étrange à des personnes s’estimant responsables de drames passés. Ce « bruit blanc » provoque des hallucinations basées sur leurs souvenirs douloureux, les acculant à se donner la mort. Frank écoute la cassette fatidique, car couplée  à son Don, le son lui permet de créer un lien avec Catherine, dont il s’impute la mort. Il parvient à faire la paix avec lui même grâce à la compréhension et au soutien manifestés par son épouse défunte.

Ce bouleversant épisode s’avère particulièrement riche, y compris selon les critères déjà fort élevés de MillenniuM. On y trouve ainsi une évocation particulièrement évocatrice du mystère de la musique, même subliminale. Cette évocation d’un son ouvrant une voie vers nos disparus n’est d’ailleurs pas sans évoquer ce pur chef d’œuvre du cinéma français que constitue Tous les matins du Monde (1991). Les dialogues entre Frank et Catherine se montrent d’ailleurs véritablement émouvants et sans pathos, presque aussi épurés qu’ont put l’être ceux entre Monsieur de Sainte-Colombe et son épouse. Le talent des comédiens et l’écrin parfait du décor naturel conviennent idéalement à ces intenses moments d’émotion. L’épisode représente d’ailleurs la coda de toute une trame narrative de la première moitié de saison s’attachant au souvenir de la disparue chez Frank et sa fille. Rasséréné, Black va désormais pouvoir poursuivre  son chemin et nous ne reviendrons plus à Seattle, dans ces décors emblématiques des deux premières saisons, dont la mise en scène développe une superbe revue  de détail (Seattle, maison jaune, cabane dans la forêt). D’une manière très symbolique Catherine et Giebelhouse réalisent ici leur ultime prestation.

Cet épisode charnière comporte aussi l’immense mérite de combler les blancs frustrants perdurant jusqu’ici entre les saisons 2 et 3. Cette révélation à vif du drame vécu par Frank et Jordan durant la fatidique épidémie revêt également beaucoup de force, tout en répondant à la plupart des questions. L’image de la petite fille accourant seule au devant de secours touche le spectateur au cœur, avec de nouveau une superbe performance de Brittany Tiplady. La mise en scène se montre également à la hauteur, portée par la musique de Mark Snow. On peut d’ailleurs se demander si le titre original n’est pas un hommage à puissance d’évocation des compositions de ce contributeur majeur au succès des séries de Chris Carter. Les scènes d’hallucinations, particulièrement durant la remarquable et horrifique scène d’ouverture, dégage une troublante impression de réalisme mâtiné de cauchemar. Les personnages secondaire se voient également joliment croqués, James Lang et Megan Gallagher retrouvent leurs  avec une palpable intensité leurs rôles. Les amateurs de Sanctuary pourront s’amuser de la fugitive apparition de Ryan Robbins, le futur interprète de l’excellent Henry. En serial killer troublante, dégageant un véritable mystère, Jessica Tuck (Grimm, True Blood) réalise une composition étonnamment éthérée et fascinante. Très marginalement, on regrettera les références à Nostradamus, plus à leur place dans la saison précédente.

  • L'épisode marque la dernière apparition de l'inspecteur Bob Giebelhouse, interprété par James Lang et présent par intermittences depuis le pilote de la série. De même Megan Gallagher joue une ultime fois Catherine Black.

  • La fameuse Maison Jaune occupée jadis par Frank et sa famille est également vue pour la dernière fois.

  • L'épisode révèle une grande partie des évènements survenus durant la période séparant les saisons 2 et 3.

  • Jack Scaife, analyste du FBI joué par Trevor White, entre ici en scène et va devenir un personnage récurrent.

  • L’épisode révoque des notions techniques d’acoustique, comme le bruit blanc, réparti également entre toutes les fréquences et se développant de manière aléatoire. On le nomme aussi bruit de neige (désignation reprise dans le titre original), en référence à une télévision non réglée sur un canal particulier. Scaife manie aussi les notions de bruit rose et de bruit route.

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13. ANTIPAS
(ANTIPAS)



Frank et Emma enquêtent sur une série de meurtres touchant des officiels. Le mot Antipas sert de fil rouge conduisant Black jusqu’à son ennemie intime, Lucy Butler, l’incarnation du mal. Celle-ci a entrepris de détruire la famille d’un important attorney général et future gouverneur de l’Etat. Un duel débute au sein de l’imposante demeure de ce dernier, dont le jardin revêt la forme d’un inquiétant labyrinthe.

Les deux premiers opus où apparaissait Lucy Butler s’étaient avérés particulièrement réussis. Par la nature primordiale du mal qu’elle incarnait et l’excellent fantastique qu’elle générait, Lucy avait véritablement imprimé sa marque à une série lui devant plusieurs moments particulièrement intenses. Malheureusement ce troisième épisode suscite une profonde déception, tout comme cela sera le cas pour le Dr. Charles Walker de Medium. Le récit de Carter et Spotnitz, particulièrement pompeux et dithyrambique, ne se compose que d’un patchwork d’idées reprises avec application dans nombre de films d’épouvante traitant de l’enfance, de La malédiction à Rosemary’s Baby, en passant par La main sur le berceau. Il manque singulièrement de nerf et d’à propos, se cantonnant tout du long dans un flou paresseux. On en ressort avec l’impression que le scénario a sans cesse échoué à trouver son véritable sujet.

la principale victime en demeure Lucy elle même, à qui Antipas n’apporte aucun développement autre que mélodramatique, mais bien des redites sur un ton mineur. Le personnage se voit réduit à un démon caricatural, à l’occasion lesté d’un maquillage de troisième ordre. La mise en scène s’en tient à des effets aussi efficaces que passablement éculés, mais manifeste néanmoins un certain sens de sens esthétique, notamment lors des scènes dans le labyrinthe. Le principal atout d’Antipas demeure néanmoins la nouvelle grande prestation de Sarah-Jane Redmond, aussi possédée par son personnage que Lance Henriksen peut l’être par Frank Black. L’alchimie entre les deux acteurs permet d’ailleurs à leurs confrontations de surnager au-dessus du lot. On apprécie également le numéro de l’avocat de Lucy, parfait de crapulerie satisfaite et pédante, un régal.

  • Troisième apparition de Lucy Butler, ennemie récurrente et démoniaque de Frank Black.

  • Lors de la conclusion de l’épisode, la promesse d’un prochain retour et les menaces contre Jordan énoncées par Lucy annoncent les évènements de Saturn Dreaming of Mercury (3-16), ultime épisode où elle se manifestera.

  • Sarah-Jane Redmond se déclare fascinée par le mal absolu que représente Lucy. A travers Lucy, elle s’est attachée à exprimer les aspects les plus sombres de sa propre personnalité, une exploration qu’elle juge passionnante.  Elle fut repérée par Chris Carter, lors d’une audition pour un rôle ponctuel et il lui confia d’emblée ce personnage appelé à devenir régulier. Son épisode préféré de Lucy demeure le premier, Lamentation. D’une manière la surprenant elle même, Lucy s’est imposée à elle dès le premier jour de tournage avec Lance Henriksen. Elle aurait certainement repris le rôle en cas de quatrième saison, tant elle a doré la collaboration avec Henriksen et le développement de la relation ente les deux adversaires. De plus ce type de rôle reste très rare pour une femme. Sarah-Jane Redmond se déclare très fière de sa collaboration avec Chris Carter (elle participe aussi aux X-Files) et est également très touchée par la popularité persistente de Lucy Butler chez les fans de MillenniuM. (Site personnel de l’actrice)

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14. MATRIOCHKA
(MATRYOSHKA)



Michael Lanyard, vieil agent du FBI à la retraite, se suicide à son domicile. Emma découvre que, la veille, il avait reçu la visite de Peter Watts. Elle et Frank vont démêler un écheveau remontant à 1945, quand Lanyard enquêta au centre atomique de Los Alamos, à propos du meurtre d’un scientifique participant à la mise au point de la Bombe. Un de ses collègues, le Dr. Alexander, travaillait sur les propriétés mutagènes du plutonium, ce qui le transforma en monstre. Sa collaboratrice, ainsi que désormais sa fille, sont des membres éminents du Groupe, dont on apprend qu’il fut fondé par Hoover en personne.

L’épisode renoue avec bonheur avec les excellents épisodes des X-files se déroulant durant les Fifties (Travelers et The Unnatural). On y retrouve une fine stylisation de l’époque, encore magnifiée par un fort beau travail de photographie, apportant un ton sépia aux flash backs, bien longtemps avant la mode actuelle des séries rétro , à la suite de Mad Men. Ces réminiscences  s’insèrent harmonieusement au récit principal, avec des transitions assurées avec fluidifié par la mise en scène. Si la seconde partie souffre d’une certaine naïveté dans cette version de Jekyll et Hyde due aux effets biologiques et psychologiques du rayonnement radioactif (on se croirait par moments dans un DC Comics de l’Age d’or), le dévoilement de l’intrigue s’effectue avec un vrai sens du mystère. On apprécie la conjugaison des talents de Frank et Emma, cette infatigable cheville ouvrière de l’enquête s’avérant toujours une alliée aussi précieuse. Au sein d’une distribution très relevée, Le guesting de Barbara Bain en membre historique et conscience morale du Groupe Millennium représente évidemment un maître coup, d’autant que l’actrice exprime aves  éloquence les tournements de son personnage.

De manière concomitante on retrouve d’ailleurs enfin cette dimension ambivalente qui bénéficiait tant à Peter Watts, trop manichéen durant la première partie de saison.  De plus, le récit insère une intense confrontation avec Black, bien trop rares sur cette période. Le questionnement moral de Peter , ainsi que la manière insidieuse dont ce manipulateur subtil et charismatique s’assure  d’une influence grandissante sur Emma titillent agréablement le spectateur et annoncent déjà les évènements de fin de saison. Terry O’Quinn est un immense acteur. Par contre la création du Groupe par Hoover apparaît quelque peu caricaturale et téléphonée, et vient surtout se surajouter aux multiples versions existantes de l’historique de l’organisation. Ce flou persistant demeure bien une faiblesse endémique de MillenniuM. La critique, énoncée par Peter, du Groupe remplissant l’esprit de fFranck d’Anges et de Démons au lieu de lui parler franchement résonne comme une critique acide du travail accompli par le duo Morgan & Wong en deuxième saison !

  • Robert Mclachlan, responsable de la photographie, reçut deux récompenses, pour le travail réalisé sur cet épisode.

  • Lilly Unser est interprétée par Barbara Bain, actrice culte de plusieurs séries télévisées (Mission Impossible, Cosmos 1999) et longtemps épouse de Martin Landau.

  • Lanyard jeune est incarné par l’excellent Dean Winters, notamment connu pour ses participations récurrentes à Oz (Ryan O'Reilly), 30 Rock, Terminator, les Chroniques de Sarah Connor, etc.

  • J. Edgar Hoover est interprété par David Fredericks, qui joue également ce rôle dans deux épisodes des X-Files (Musings of a Cigarette Smoking Man et Travelers).

  • Les tribunes du champ de course où Frank et Peter se rencontrent ressemble fort à celui où le first Elder tenait jadis conférence, dans les X-Files.

  • L’écran de la fille d’Alexander permet de renouer avec le fameux décompte mené en saison deux.  A la fin de l’épisode, il reste 316 jours avant l’an 2000, synonyme d’Apocalypse. Mais aussi avant le fameux premier baiser entre Mulder et Scully, très populaire chez les fans des X-Files (épisode Millennium).

  • Lanyard est sous les ordres directs de Clyde Tolson. De 1930 jusqu’au décès de John Edgar Hoover, survenu en 1972 Tolson fut le bras droit de ce dernier. Il fut plus précisément chargé de l’administration interne du Bureau et de sa discipline. Tolson fut un homme de confiance très proche d’Hoover, de nombreux commentateurs évoquant une probable relation homosexuelle entre les deux hommes. Indissociable de son célèbre mentor, il apparaît dans plusieurs films et séries, dont le J. Edgar de Clint Eastwood (2011).

  • Durant toute la scène d’ouverture, quand, Lanyard se remémore les débuts de l’affaire avant de se suicider, on entend le grand succès des Mills Brothers, Till Then. Ce groupe vocal composé de quatre frère fut une importante figure du jazz, des années 30 aux 60, vendant plus de 50 millions de disques.  Till Then parut en 1944,  ce qui correspond  aux souvenirs de Lanyard, survenant en 1945. Ce standard a été repris par de très nombreux interprètes.

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15. FORCER LE DESTIN
(FORCING THE END)



Un groupe de d’extrémistes juifs est certain de l’imminence de la Fin des Temps et de l’avènement concomitant du Messie. Certains signes les persuadent que l’enfant attendu par le jeune Jeanie Bronstein sera le Sauveur et ils kidnappent la future mère, afin que les rites de naissance soient accomplis.  Afin de les retrouver, Emma accepte l’aide déterminante de Peter Watts, le Groupe ayant collaboré un temps avec les ravisseurs, avant qu’ils n’évoluent vers la violence, cherchant à provoquer l’Apocalypse plutôt que de la prévenir. Frank la met alors en garde contre le prix qu’il faut toujours payer au groupe, mais elle estime que cela en valait la peine, pour sauver l’enfant.

Malgré un rappel bienvenu eu thème millénariste de la série, l’épisode souffre particulièrement d’une partie bien trop étirée (près des deux tiers de sa durée) où l’enquête de Frank et Emma demeure essentiellement verbale et contemplative. L’action progresse à un rythme terriblement lent et les auteurs se voient d’ailleurs contraints de meubler, avec cette histoire d’infirmière quasi exogène au récit et en servant visiblement que de bouche trou. On grappille cependant ici où là quelques éléments culturels, aortiques ou ésotériques préchrétiens suscitant l’intérêt, même si restant annexes. Il en va ainsi de l’étonnant décor du repaire des terroristes, un ancien sauna transformé en temple juif fidèle  aux descriptions de l’Ancien Testament. Le poteries et diverses représentations du double Ouroboros s’avèrent également superbes. 

Forcing the End ne trouve son véritable sujet qu’avec le tonitruant twist de l’apparition de Pater Watts auprès d’Emma, venu apporte une aide précieuse et en apparence désintéressée. D’un intérêt intrinsèque modéré, malgré l’étonnante composition d’une Juliet Landau aux antipodes de Dru, l’opus gagne en importance au sein d’un arc scénaristique majeur de cette seconde demi-saison : le parcours l’Agent Emma Hollis. Toujours fidèle, dans les faits, à Frank Black, on la voit ici évoluer d’une manière capitale, élevant pratiquement l’habile Peter Watts au rang de second mentor. Son scepticisme initial devient ici un suivisme quasi religieux, déjà digne d’un membre du Groupe,  des éléments bibliques conduisant à une conclusion accélérée et inutilement spectaculaire. Emma apparaît ici comme au milieu du gué entre Black (qui n’a besoin d’aucune vérité révélé, grâce à sa propre sagesse) et Watts, un équilibre dont on pressent qu’il ne pourra qu’être temporaire.

  • Jeanie Bronstein est interprétée par Juliet Landau, fille de Martin Landau et Barbara Bain, qui avait participé à l'épisode précédent. Juliet Landau venait alors d'incarner la terrifiante et démente Drusilla, dans Buffy the Vampire Slayer. Son partenaire James Marsters (Spike) intervient également dans cette saison.

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16. JORDAN CONTRE LUCAS
(SATURN DREAMING OF MERCURY)



Le Don, encore balbutiant, de Jordan s’active quand de nouveaux voisins s’installent dans le quartier. Elle est persuadée que le petit Lucas, dans la même classe qu’elle, est menacé par son père adoptif, en réalité un démon. Les visions de Jordan la pousse à des actes violents et trouvent d’étranges concordances dans une enquête en cours de Frank. Il s’avère en définitive que c’est bien Lucas qui représente un péril : contré par Frank, il révèle être nul autre que l’entité connue sous le nom de Lucy Butler.

Après Catherine dans Anamnèse, c’est autour de Jordan d’avoir un épisode centré sur elle. Cette configuration permet à la jeune Brittany Tiplady de donner toute la mesure de son si précoce talent. Le récit et la comédienne parviennent à la rendre touchante et pétrie de grâce enfantine, alors même que son désespoir se traduit par d’étonnantes scènes de violence. Outre se dimension fantastique, assez convenue, l’intrigue permet avant tout de porter l’attention sur l’amour unissant Frank à sa fille, l’un des moteurs narratifs essentiels de la série. Frank n’est finalement qu’accessoirement montré ici en tant qu’enquêteur, mais avant tout comme un père, une originalité bienvenue. Les liens s’établissant entre Emma et Jordan s’avèrent également touchants et novateurs.

Comme souvent l’analyse de l’éveil au mal demeure un atout de MillenniuM, d’autant plus prégnant ici qu’ils ‘agit d’une enfant. Posséder le Don de son père, de plus non maitrisé, retentit comme une vraie malédiction pour Jordan, les efforts désespérés menés par la petite fille pour gérer cela se montrent vraiment poignants. Le personnage de Lucas aurait pu également apparaître intéressant, mais se voit en grande partie gâché par l’inexpressivité de son jeune interprète, en total contraste avec Brittany.  Malgré des maquillages une nouvelle fois indigents, La mise en scène réalise quelques jolis coups, comme les inquiétants et énigmatique yeux de verre superbement mis en valeur ou la manifestation finale de Lucy Butler, cette figure de la série connaissant ici des adieux réussis.

  • Quatrième et ultime apparition de Lucy Butler, vue très brièvement en fin d'épisode.

  • L'image de l'œil de verre est reprise sur le coffret américain de la saison 3.
  • Cet épisode centré sur Jordan est le préféré de Brittany Tiplady.

  • Lors de la scène voyant les ordinateurs du FBI s’affoler, une multitude d’images envahissent les écrans. On assiste à un clin d’œil à 007, dont Jordan est une grande fan, mais aussi à Simon Templar, décidément toujours célèbre.
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17. L’ŒIL DE DARWIN
(DARWIN’S EYE)



En 1992, Cassie Doyle a été internée en asile psychiatrique pour avoir décapité son père. Elle s’enfuit après avoir pareillement étêté un membre de l’institution. Un jeune adjoint du shérif, Joe, tombe amoureux d’elle, convaincu de son innocence. Il l’aide à s’enfuir et ils deviennent amants. Franck détermine que Cassie a été victime de viols de la part des deux personnes dont elle a ensuite effacé le visage. Quand il parvient à la rejoindre, il doit néanmoins constater que la folie a définitivement pris le dessus, Cassie ayant décapité Joe sans en avoir conscience. Parallèlement la maladie d’Alzheimer  se développe chez le père d’Emma.

L’irritant point faible de Darwin’s Eye réside dans l’association de Balwin à Frank, de fait de la relative mise en retrait d’Emma. Baldwin, certes interprété avec talent par Peter Outerbridge, apparaît comme l’une des plus faibles créations de cette troisième saison. Il lasse rapidement par sa crétinerie avérée et arrogante et sa lourdeur pachydermique, une irritation croissant avec sa présence  à l’écran. De plus les auteurs manquent ici l’occasion d’enfin le faire évoluer. Néanmoins ils développent un joli contrepied le dotant de réflexions cette fois couronnées de succès, notamment lors de la superbe scène de la révélation du gigantesque visage de cassie et de l’obsession narcissique de cette dernière (eh oui, elle est juste dingue). De même, développer un arrière plan conspirationniste se révélant une fausse piste totale représente une jolie audace, dans le cadre des productions Teen Thirteen.

Le thème d’une progression à coups de hasards inexplicables, sans logique préconçue aucune, évoqué dès une introduction citant Darwin, se montre original et trouve un joli écho dans le déroulement de l’enquête. Il en va de même, d’une manière autrement sombre, dans le triste destin de l’infortuné Joe et la folie sans retour de Cassie. Cet épisode en trompe-l’œil ne se contente pas d’une décapante prise à rebrousse poil de nombreux clichés mais dégage aussi une vraie émotion, autour de l’effroyable dérive de Cassie (formidable Tracy Middendorf) et de sa romance avec Joe. Il en va pareillement de la tragédie vécue conjointement par le père d’Emma et celle-ci. La terrible maladie d’Alzheimer est évoquée avec pudeur et à-propos, tandis que le profil d’Emma ne cesse de s’enrichir.

  • Durant la scène d’introduction, on entend la chanson Trimm Trabb, de Blur (album 13, sorti en mars 1999).

  • L'épisode débute un arc narratif voyant le père de l'Agent Hollis être progressivement gagné par la maladie d'Alzheimer. Cela incitera  Emma a finalement intégrer le Groupe, dans l'espoir d'obtenir un remède.

  • Cassie Doyle est interprétée par Tracy Middendorf , connue notamment pour le rôle régulier de Babette dans Boardwalk Empire.

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18. BARDO THODOL
(BARDO THODOL)



Le Dr. Steven Takahashi, traqué par Mabius, se réfugie dans un temple tibétain. Sa main est boursouflée. Emma découvre une caisse contenant des mains coupées, mais néanmoins toujours vivantes. Les empreintes digitales correspondent à celles de Takahashi. Cela la conduit à un laboratoire du groupe s’intéressant au clonage humain. Les preuves disparaissent, ce qui provoque sa colère envers Peter Watts. De son côté Frank remonte jusqu’à Takashashi, désormais mourant. Il apprend par ce dernier qu’il occupe toujours une place importante dans les plans du Groupe. Takahashi  meurt avant l’arrivée de Mabius et Frank procède au rite funéraire tibétain.

L’épisode revêt malheureusement les mêmes travers que Skull and Bones cette saison, en les magnifiant. On se retrouve avec une resucée schématique et floue d’attitudes, clichés et autres ressorts scénaristiques maintes fois utilisés, en nettement mieux, dans les X-Files. Tout n’est pas mauvais et la convergence établie entre la science et la magie, la biologie et une nouvelle alchimie aurait pu susciter un captivant scénario. Mais les auteurs s’éparpillent beaucoup trop, ne maîtrisant absolument pas leur sujet. La mise en scène se contente le plus souvent d’exploiter l’esthétique raffinée et colorée  des rituels tibétains.

Quelques jolis coups sont cependant réussis, comme la vision particulièrement glaçante de mains coupées. Ecouter disserter l’érudit Peter Watts reste toujours un plaisir, cette fois à propos de l’historique et de l’art des bols mortuaires japonais. On s’amuse également à reconnaître la plupart des acteurs asiatiques usuels des séries américaines de l’époque, d’ailleurs également souvent apparus dans les X-Files. Mais tout ceci demeure accessoire face à l’inconsistance profonde du récit, avec un ton elliptique ne servant que de cache misère.

  • On entend la très belle chanson Prayer de Huun-Huur-Tu. Il s’agit d’un groupe provenant d’une région russe proche de la Mongolie, formé en 1992. Il présente la particularité de développer un chant diphonique, basé sur le larynx.

  • Le titre de l'épisode désigne le  Livre des morts tibétain. Il vise à guider les morts durant la période les séparant de la renaissance. Bardo Thödol signifie littéralement libération par l'écoute dans les états intermédiaires.

  • Mabius parle ici parle la première fois, manifestant une parfaite maitrise du japonais.

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19. SEPT ANS DE MALHEUR
(SEVEN AND ONE)



Frank reçoit de nouveau des photographies menaçantes, prises à son domicile et truquées de manière à représenter ses peurs les plus intimes. Il revit ainsi ses moments les plus traumatisants, vécus avant et durant les évènements de la série. Cela entraine une crise psychologique provoquant son départ du FBI. En fait tout ceci est orchestré par l’agent chargé de l’enquête, un démon polymorphe possédant de grands pouvoirs. Il disparait après s’en être pris une dernière fois à Frank et Emma.

La première partie de l’épisode s’avère particulièrement réussie. A l’occasion de leur dernier scénario écrit pour la série, Carter et Spotnitz introduisent subtilement tout un album d’images évoquant les moments phares de MillenniuM, notamment en première saison (le Polaroïd Man, Bletcher, etc.). La montée de la paranoïa chez Black apparaît également fort bien rendue. Surtout, Black est demeuré, pour une part non négligeable, un mystère tout au long de la série et ses créateurs s’efforcent de nous faire comprendre ce que ressent cet homme percevant les pulsions des criminels les plus abominables et à quel point cela peut le conduire à s’effondrer.

Malheureusement les auteures veulent en faire beaucoup trop dans le cadre d’un seul épisode. Il reste pour lm moins étonnant de voir le Fbi se séparer aussi promptement de Frank Black (au nombre de succès inégalable), uniquement parce que l’organisation croit qu’il traverse une profonde dépression nerveuse. L’interprétation demeure brillante, mais le scénario accumule les concepts religieux moraux et ésotérique jusqu’à en donner le tournis et donner l’impression d’artificialité. La mise en scène donne aussi lieu à une surenchère de spectaculaire assez vaine, renonçant, hélas, au réalisme psychologique, au profit du grand guignol. D’autre part l’épisode renoue avec une des principales faiblesses de cette troisième saison, la trop grande convergence avec les X-Files. En effet que la nature de l’adversaire de Frank relève du Fantastique, et non de la Science-fiction, ne change rien au fait qu’il évoque trait pour trait le Bounty Hunter.

  • Durant la fête d’anniversaire de Jordan, on entend la chanson Everybody, des Backstreet Boys (album Backstreet's Back, 1997).

  • Jordan vient d’avoir huit ans.
  • Il s'agit du dernier épisode écrit par Chris Carter et Franck Spotnitz pour MillenniuM.

  • En numérologie 8 (sept et un) équivaut à 1999, la dernière année de paix.

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20. NOSTALGIE
(NOSTALGIA)



Emma retourne dans sa ville natale, où six jeunes femmes ont mystérieusement disparu. En étudiant la première victime, une call girl, Frank établit qu’elle est morte suite à un meurtre passionnel commis par un membre des forces de l’ordre, Jerry Nelson. Celui-ci a ensuite répliqué le schéma, souhaitant au fond de lui favoriser son arrestation par la police. Il révèle à Black où il a dissimulé les dépouilles de ses victimes. L’affaire éveille une nostalgie chez Emma, qui se remémore l’époque heureuse précédant le meurtre de sa sœur.

Entre un épisode mythologique clé mais trop ambitieux et le grand final, on apprécie vivement que MillenniuM prenne le temps d’une respiration et de nous offrir un ultime loner, de fort bonne cuvée qui plus est. On retrouve ici une solide enquête, certes très classique dans son ordonnancement, assez proche du ton de la première saison et s’appuyant sur des personnages marquants, écrits et interprétés avec talent. Si Emma demeure quelque peu périphérique dans le développement des évènements, il reste touchant d’observer les auteurs continuer à approfondir le portrait de la protagoniste et son arrière plan à la veille de la clôture de la série. On apprécie l’exploration de l’arrière cour d’une petite ville tranquille, dont  apparence sereine dissimule bien des secrets et des turpitudes. Le pied coupé fait d’ailleurs joliment écho à l’oreille du Blue Velvet de David Lynch, très proche sur ce point.

Le regard désenchante d’Emma accroît encore l’impact de cette révélation, tandis que sa complicité avec Frank se montre particulièrement communicative Il est également astucieux, pour ce dernier épisode, de s’intéresser au moment précis où nait un rueur en série,  quand ses pulsions prennent le dessus sur son humanité, sans toutefois totalement l’oblitérer. Nelson reste sans doute l’assassin rencontré jusqu’ici désirant le plus ardemment être découvert. La compassion de Frank envers le coupable apporte une précieuse sensibilité au récit, loin du manichéisme habituel aux productions américaines. La mise en scène, toute en sensibilité, souligne avec finesse cet aspect. Ce type d’épisode, intelligent et maitrisé, à défaut d’être novateurs, complète efficacement une saison et laisse des regrets quant au potentiel toujours démontré par MillenniuM.

  • April Telek (Liddy Hooper) interprétait également la strip-teaseuse dans le pilote de la série.

  • La sœur d'Emma se prénomme Melissa, tout comme celle de Dana Scully. De plus les deux héroïnes ont grandi dans un environnement militaire.

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21-22. LE CHEMIN DE CROIX / LA FIN D’UN TEMPS
(VIA DOLOROSA / GOODBYE TO ALL)



Francis Barr exécute un couple selon le modus operandi d’un célèbre serial killer, qui vient de passer sur la chaise électrique. Frank aide à le débusquer. Saisi d’une prémonition, il  fait rapidement évacuer l’appartement du suspect lors d’une perquisition par Balwin et ses hommes. En effet l’endroit est piégé et ne tarde à exploser. Parallèlement Peter révèle à Emma que le Groupe connaît le moyen de sauver son père d’Alzheimer, mais qu’un échange, elle doit inciter Frank à quitter le FBI pour rejoindre l’organisation. Baldwin est tué parle Groupe, ce qui permet de proposer Emma pour remplacer un McClaren partant à la retraite. Elle refuse le pacte, ce qui provoque l’enlèvement de son père. Peter, choqué, rejoint Frank. Il lui indique comment ses amis ont manipulé la personnalité de Barr et lui fournit des documents lui permettant de se préserver du Groupe. Le père d’Emma lui est rendu guéri et elle intègre finalement le groupe pour éviter une rechute.  Frank quitte alors le FBI, après avoir réussi à Barr hors d’état de nuire. Tandis que Peter paie de sa vie son revirement, il prend  la fuite avec Jordan.

L’enquête menée en première partie se révèle un modèle du genre, permettant d’ailleurs d’encore compléter l’historique de Frank. Les différents acteras de l’action donnent le meilleur d’eux mêmes, y compris Baldwin. Le personnage se décide à évoluer quand survient la onzième heure, lors d’un rapprochement presque émouvant avec Frank. Les auteurs ne cèdent pas à la tentation de l’emballement et prennent le temps de développer une solide intrigue policière, voire scientifique. Le récit apparaît d’ailleurs plus high tech que la grand majorité du parcours de MillenniuM. Le profil de Barr, tueur posé et doté d’une prodigieuse confiance en soi, se montre haut en couleurs. Le père d’Emma continue à se montrer bouleversant, avec une maladie oblitérant jusqu’à son amour paternel, jusqu’au souvenir de sa propre fille. Grâce à Terry O’Quinn, Petee Watts se montre enthousiasmant en tentateur digne de Méphistophélès !

Après le spectaculaire cliffhanger, le récit passe à une vitesse encore supérieure, la traditionnelle chasse au serial killer s’élargissant magistralement à la mise à jour d’un sombre et formidable complot. Le final de la série réussit là où des épisodes comme Bardo Thödol ou Skull and Bones ont échoué, avec un récit s’assimilant cette fois aux meilleures heures des X-Files. L’intrigue se montre captivante et rythmée, parfaitement explicite et accumulant les rebondissements. Chaque protagoniste trouve sa vérité avant la fin, y compris Watts choisissant seq idéaux moraux et son amitié envers Frank à l’heure ultime. Le choix d’Emma laisse un goût amer mais se montre inéluctable, compte tenu de son parcours et de l’attachement porté à son père. La voir doublement condamnée, par ce dernier mais aussi par Frank, est réellement tragique. En ultime serial killer de la série, et premier artificiellement créé, Barr tient parfaitement la route. Il se révèle un excellent moteur pour l’intrigue, surdoué et macabre au dernier degré. Le choc terminal de ses deux personnalités se montre bouleversant.

Ce chef d’œuvre qu’est Goodbye too all that rend en définitive un superbe hommage aux différentes facettes de MillenniuM, avec un Lance Henriksen toujours aussi impérial. La fuite éperdue de Frank et de Jordan revêt la forme d’une angoissante interrogation, tant le Groupe n’aura jamais paru aussi puissant et triomphant. Peter n’est plus là pour modérer et protéger, alors que l'échéance du millénaire se rapproche toujours davantage. Le mérite du médiocre Millennium des X-Files présentera au moins le mérite de nous rassurer quant au devenir de cette si attachante famille. 

  • L’Agent Emma Hollis intègre finalement  le Groupe Millennium.

  • Quand elle ouvre son ordinateur, l’écran d’accueil lui apprend qu’il reste 224 jours avant l’an 2000, terme ultime du décompte lancé en saison 2

  • Le titre original Goodbye to All That reprend celui de l'autobiographie de l'écrivain anglais Robert Graves (1895-1985), passionné par l'Antiquité et les divers mythes des cultures européennes.

  • La Fox ne révéla que lors de sa diffusion qu'il s'agissait de l'ultime épisode de MillenniuM, le 21 mai 1999.

  • MillenniuM aura en  tout comporté 67 épisodes.

  • Frank Black connaîtra une ultime aventure dans les X-Files (épisode MillenniuM). Le coffret de la saison 3 de MillenniuM a l’excellente idée de comporter cet épisode parmi ses suppléments.

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Images capturées par Estuaire44.

TREIZE ANS PLUS TARD