saison 5 saison 7

Hercule Poirot

Saison 6

 

  
 
 

1. LE NOËL D'HERCULE POIROT
(HERCULE POIROT'S CHRISTMAS)

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Peu de temps avant Noël, Poirot reçoit un appel du richissime Simeon Lee. Celui-ci, qui a fait fortune dans le diamant en Afrique du Sud, se sent en danger. Il invite Poirot à passer les Fêtes dans sa propriété du Kent. Arrivé sur place, le Belge découvre que Siméon est un véritable tyran domestique. Il règne sur ses trois fils et sur sa petite-fille Pilar, élevée en Espagne. Soudain Simeon est retrouvé assassiné, dans une chambre close de l’intérieur.

Contrairement au précédent Christmas Pudding, chantant avec ferveur les louanges de la famille et du Noël Britannique, les Fêtes servent avant tout ici de décor à une situation somme toute classique de vieux tyran familial entouré d’avides héritiers. On appréciera néanmoins la qualité de la production veillant à aérer le récit par plusieurs écoutes de somptueux chants de Noël anglais. A partir d’une situation convenue, l’intrigue sait néanmoins s’extirper des sentiers battus, expédiant très rapidement la figure imposée de la chambre close, pour jouer sur des indices essentiellement visuels. La transposition du récit à l’écran devient dès lors une force, en lieu et place du handicap habituel des maquillages évidents. L’épisode devient un pur rébus, absolument ludique et parfaitement solutionné par la scène de révélation orchestrée par Poirot. Comme souvent des différences se repèrent vis à vis du roman initial (Johnson remplacé par Japp), mais l’essentiel est préservé, même si on peut regretter un prologue trop suggestif. Le calendrier art-déco scandant les jours jusqu’à Noël compose une jolie idée de mise en scène.

L’étude de caractères se montre également à la hauteur, avec  tout un habile dégradé de personnalités au sein de la famille. Les héritiers avides et détestables répondent certes à l’appel, mais on y trouve aussi des figures plus lumineuses, dont l’admirable Lydia, voire plus excentriques, comme le couple hétéroclite mais étonnamment bien assorti formé par le pittoresque Harry et la brune et sensuelle Pilar, tous deux fort dessalés (épatante Sasha Behar, à l’amusant accent espagnol). La distribution s’avère de qualité mais demeure toutefois dominée par le grand numéro du vétéran Vernon Dobtcheff, grandiose en vieillard  haïssable en tous points. La superbe demeure se montre idéalement choisie, à la fois grand train et parfaitement sinistre. L’Inspecteur Japp et Poirot poursuivent évidemment leur rivalité amicale, un numéro bien rodé mais toujours irrésistible. Le potage Windsor si peu apprécié par Poirot est une soupe anglaise sophistiquée, à base de crème de riz, de pieds de veaux et de mirepoix au vin blanc.

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2. PENSION VANILOS
(HICKORY DICKORY DOCK)

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De menus vols se multiplient dans la pension d’étudiants tenue par la propre sœur de Miss Lemon. Celle-ci demande à Poirot d’intervenir. Il accepte, intéressé par la diversité insolite des objets dérobés. Une étudiante en pharmacologie s’accuse d’être kleptomane et d’en avoir subtilisé la plupart. Mais elle est promptement assassinée, confirmant les soupçons de Poirot selon lesquels ces apparents petits larcins dissimuleraient une vérité bien plus sinistre.

Cette histoire complexe, aux tenants et aboutissants particulièrement nombreux, s’insère pleinement dans les épisodes de format téléfilm,  ce qui rend plus sensible qu’à l’ordinaire le rythme très tranquille de l’action et de la mise en scène, assez inévitablement pour des récits se résumant essentiellement à des dialogues. Cependant le spectateur saura gré aux auteurs de tout tenter pour dynamiser l’ensemble, avec une grande multiplication des localisations (pension, Whitehaven Mansions, hôpital, université, pharmacie, etc.) et des scènes rendues les plus brèves possibles, afin d’en accélérer la rotation au maximum. On va jusqu’à rajouter des scènes d’action non prévues dans le texte (course poursuite dans le métro) La mise en scène réussit quelques jolis coups, comme les déambulations de l’amusante souris, fil rouge de l’histoire, ou la plongée dans le passé de  Japp filmée comme un cauchemar éveillé. L’humour gastronomique du trio Poirot/Japp/Miss Lemon apporte une précieuse obole, mais, malgré tous ces louables efforts, regarder d’une traite l’épisode résulte parfois assez long.

Et pourtant l’adaptation s’avère de qualité. Le passage à l’écran permet de mieux visualiser les nombreux étudiants ainsi que  l’inventaire à la Prévert des différents objets volés. Le dévoilement progressif d’une intrigue à tiroirs très imbriqués s’effectue avec fluidité et clarté. L’épisode apporte quelques distorsions vis à vis du récit original. Certains ne posent pas réellement problèmes, comme le déplacement de l’action des années 50 aux 30, la série ayant décidé d’y situer l’essentiel de ses opus pour donner une impression d’univers continu. Nettement plus gênant demeure la  disparition des étudiants non anglais, dont la présence apportait une vraie saveur au récit et était plus en phase avec la nature cosmopolite de l’Université de Londres, au cœur de l’Empire. Comme toujours, la distribution apparaît de haut niveau, s’adornant de plus de quelques visages connus : Paris Jefferson (Athéna dans Xéna), David Burke (le Dr. Watson dans une partie de la série de Jeremy Brett) ou surtout un tout jeune Damian Lewis, bien avant Band of Brothers, Life et Homeland

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3. LE CRIME DU GOLF
(MURDER ON THE LINKS)

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A Deauville, où il est en villégiature avec Hastings, Poirot est abordé par le riche Paul Raynaud, qui craint pour sa vie. Le lendemain, Raynaud est retrouvé assassiné, près d’un club de golf. Poirot mène l’enquête mais subit l’hostilité de l’Inspecteur Giraud, de la Sûreté, très imbu de lui-même. Les deux hommes décident d’un pari : si Poirot débusque  en premier le coupable, Giraud renoncera à sa fameuse pipe, dans le cas contraire Poirot rasera ses célèbres moustaches !

L’épisode s’empare pleinement de l’idée  initiale du roman d’Agatha : ne pas cette fois composer une seule grande révélation par Poirot concluant ce récit, mais diviser ce passage incontournable en plusieurs fragments distincts, dont l’insertion permet à chaque fois de dynamiser l’intrigue. Cela suscite bien davantage de twists retentissants que les rebondissements classiques du scénario. Le procédé soutient également une intrigue particulièrement complexe et fertile, riche en passions humaines voyant un esprit diabolique manipuler sans pitié amour et altruisme. Une mécanique fascinante, encore adornée par des indices savamment en trompe l’œil et des situations dignes du meilleur théâtre. Alors qu’il pouvait sembler que le roman utilisait l’Inspecteur Giraud pour décrire avec une brillante ironie  les méthodes déductives de Sherlock Holmes, ici il vise clairement Maigret. La rivalité avec Poirot n’est passez développée pour pleinement fonctionner mais nous vaut malgré tout plusieurs scènes savoureuses.

Plus inventive et tonique qu’à l’accoutumée, la mise en scène tire la meilleur parti de sa localisation dans ce paradis anglais sur le Continent qu’est Deauville. Palaces, superbes villas et paysages normands, urbanisation élégante du front marin, golf emblématique (1929) : l’opus est un enchantement pour le regard, le tout se voyant filmé avec goût et une parfaite photographie. L’atmosphère et la douceur de vivre française servent idéalement à la grande aventure romantique du valeureux Capitaine Hastings. L’espace imparti à ce dernier, bien au-delà de son rôle humoristique coutumier permet à l’épatant Hugh Fraser de donner une prestation de grande qualité, en incarnant cet homme bon, pris entre sa loyauté envers Poirot et la protection qu’il assure à celle en qui il a enfin trouvé le grand amour. Cette histoire émouvante connaît l’un de ces aboutissements heureux si chers à Agatha, grâce à un Poirot en grande forme, aussi impérial en défenseur de la Justice que généreux en amitié. Suchet se montre une nouvelle fois parfait, avec ici un sabir français parfois étonnant. En toute logique, Poirot devrait s’exprimer en français avec nombre de ses interlocuteurs !

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4. TÉMOIN MUET
(DUMB WITNESS)

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Poirot et Hastings sont invités par un ami de ce denier, Charles Arundell, à assister à la démonstration de son nouveau  bateau ultra rapide. Malheureusement cela s’avère un échec La riche tante d’Arundell affirme publiquement qu’elle ne financera plus ses travaux, ce qui le rend furieux. Ayant été victime d’une tentative de meurtre, elle indique à Poirot craindre l’avidité de ses héritiers. Poirot mène l’enquête, avec l’aide d’un petit chien particulièrement sympathique.

L’épisode se montre relativement décevant, alors même qu’il fut en son temps annoncé comme le final de la série, avant que celle-ci ne reprenne trois ans plus tard. L’intrigue se montre relativement minimaliste, avec une énigme sensiblement plus facile à résoudre qu’à l’accoutumée (indice, opportunité et mobiles évidents), ponctuée par quelques péripéties interchangeables. Même si les deux sœurs mediums résultent tout à fait sympathiques et bienveillantes, le recours à un simili fantastique ne produit guère d’étincelles véritables, hormis l’emploi aussi morbide que spectaculaire du phosphore. Ce n’est pas là l’ADN de la série, même si Agatha a par ailleurs écrit de superbes nouvelles relevant pleinement de ce genre particulier. La galerie de portraits formée par les personnages secondaires ne se départit qu’occasionnellement du classicisme.

Pour débusquer quelques points forts, il faut s’attacher aux à-côtés. La localisation du tournage dans le Lake Dictrict autorise quelques superbes panoramas et vues nautiques, la région s’avère authentiquement magnifique. Les standards de production et la distribution maintiennent leur qualité habituelle. Suchet impulse avec talent une facette du Belge plus grave, voire plus sombre, qu’à l’accoutumée. Avouons que le charmant et vaillant petit chien allié de Poirot se montre particulièrement attendrissant, leurs adieux permettant de conclure la saison sur une note touchante, mais aussi humoristique. Il en vole la vedette à un Hastings ne disposant guère de scènes porteuses, même si Fraser demeure un comédien de grand talent.

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Images capturées par Estuaire44.

 

L'Entraide