saison 2 saison 4

Angel

Saison 4

 


1. DANS LES ABYSSES
(DEEP DOWN)



Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : Terrence O’Hara

Trois mois se sont écoulés depuis que Connor a emprisonné Angel dans les profondeurs de l’océan, et « l’ascension » de Cordélia. Connor entrave les efforts de Fred et Gunn pour retrouver Angel, qui commence à devenir fou à cause du manque de sang. Wesley continue sa relation avec Lilah, qui de son côté est mise en difficulté par Linwood, peu content de son travail, ce qui pourrait lui coûter la vie…

La critique de Clément Diaz

Deep down est la parfaite ouverture de cette quatrième saison. Steven S. DeKnight confirme les talents qu’il a manifestés dans Buffy en maîtrisant à la perfection les personnages pourtant bien différents d’Angel. Son scénario est un brillant enchaînement de soli où chaque personnage a l’occasion de nous épater. Corollaire : les acteurs rivalisent de brillance, faisant de chaque scène une réussite.

Le ton est donné dès la splendide introduction, chimère onirique où Angel rêve d’un présent heureux que son fils a impitoyablement brisé. La bascule n’en est que plus douloureuse. Les délires d’Angel scandent ces épisodes comme autant de regrets ou de fantasmes. Amy Acker donne à Fred un développement plus acéré : femme d’action, serments de vengeance, attaque au taser… on est plus près de la Kelly Peyton d’Alias que de la foldingue de Pyléa ! Par contraste, Gunn (excellent J.August Richards) s'humanise au contact de Fred. Chez Whedon, on évolue grâce aux relations. Wesley est un sphinx : pourquoi se démène-t-il pour retrouver Angel alors qu’il n’a rien à gagner ? Est-ce la volonté de ne pas s’abîmer dans un nihilisme autodestructeur comme Angel a failli y sombrer en saison 2 ?

Quoiqu’il en soit, le personnage est moins lumineux, plus contestable, plus noir, une évolution démultipliée par la saisissante performance d’Alexis Denisof. Son énorme concours de vannes avec la furieuse Justine - nouvelle fois fantastique Laurel Holloman - est festif. Mais difficile de ne pas être saisi quand Wesley offre à Justine le choix (éternelle question chez Whedon) de se libérer de ses fardeaux. On ne connaît pas sa décision finale, mais j'ai une théorie : pour Justine, être libre signifie aller à West Hollywood, se maquer avec une directrice de musée d'art moderne, accoucher par insémination d'une petite fille... oups, pardon je m'égare. Quoique le plus grand numéro reste certainement celui de Stéphanie Romanov : sa Lilah est sur orbite : maîtresse cynique, Docteur ès perversité, redoutable stratège… La scène où elle renverse spectaculairement la situation en sa faveur est un exemple étourdissant des ressources du personnage ! Quelle méchante, my god, mais quelle méchante !

Avec ses airs d’enfant gâté, Connor est la seule déception. Il réussit à être plus énervant encore que Dawn, pas un mince exploit. Le scénario se divise en plusieurs arcs intenses : saving Angel, Connor langue de vipère, Lilah versus Linwood. Le superbe sermon final sur la mission, les sacrifices, et l’origine des Champions du Bien précède le gag final de la Déesse qui s’emmerde toute seule là-haut. Un super pilote !

La critique d'Estuaire44


 

- So, how was your summer? Mine was fun. Saw some fish. Went mad with hunger. Hallucinated a whole bunch.

La première partie de Deep Down  se résume à la mise en place traditionnelle de la nouvelle saison. Steven S. DeKnight opte pour une intrigue séparant totalement les protagonistes, ce qui permet de faire le point sur la situation de chacun d’entre eux,  de manière quelque peu scolaire. Totalement éclaté, le récit manque de souffle et d’allant, s’assimilant à une structure de films à sketchs. Comme souvent avec cette formule, le succès demeure inégal. Voir Fred et Gunn singer les parents adoptifs du toujours ennuyeux Connor s’avère mièvre au possible, d’autant que cela souligne la fadeur persistante de Vincent Kartheiser. Le vampire qui révèle tout avant d’attaquer tout de même, ce n’est pas bien malin. Les hallucinations aux chutes cauchemardesques d’Angel, toutes saisissantes, épicent bien davantage l’histoire. L’onirisme reste une valeur sûre du Buffyverse.

Le plus intense et surprenant réside en définitive se retrouve autour d’un Wesley toujours davantage crucial au sein de la série.  Le voir développer une double relation claire connotée sadomasochiste avec Justine, mais aussi Lilah, s’avère audacieux, agréablement dérangeant et parfaitement abouti. Les comédiens, à commencer par Alexis Denisof,  se sortent brillamment de scènes particulièrement casse-gueules, aidés par des dialogues au rasoir. Justine prend congé (on la retrouvera bientôt au Planet), tandis que Lilah bondit au premier plan après la mémorable chute de Linwood. Un mouvement très prometteur pour une saison dont la relation si transgressive entre elle et Wesley constituera l’un des socles.

On apprécie de retrouver ce dernier toujours sombre et complexe, s’attachant à rattraper ses torts mais refusant à s’abaisser à demander son retour au sein de l’équipe. Mais le Héros demeure le Héros, et c’est bien entendu avec le retour d’Angel que l’opus trouve son véritable souffle, en faisant enfin fusionner les parcours des protagonistes. On remarque que Steven S. DeKnight  a intelligemment positionné ses scènes les plus marquantes après cette péripétie. Malgré la montée en puissance de Wesley, Angel demeure celui autour duquel l’action  gravite et Boreanaz apporte toute une intensité particulière à la confrontation avec Connor, véritable coda de l’épisode (malgré l’impavidité de son partenaire).  Un pilote de saison réussi, avec une pensée particulière pour la pauvre Cordy 

  • Justine évoque Wesley comme étant « a little Ahab », une référence au roman Moby Dick, d’Herman Melville (1851), où ce dernier traque sans fin une baleine blanche.

  • Justine ne réapparaîtra plus dans la série. Les auteurs ont indiqué qu’elle avait été crée pour pallier à l’absence de Kate Lockley, du fait de la non disponibilité d’Elizabeth Röhm.

  • Disparition de Linwood Murrow, remplacé par Lilah à la tête (certes) de la Division des Projets Spéciaux, après un plan social expéditif.

  • Le hiatus entre les saisons 3 et 4 a duré trois mois.

  • Vincent Kartheiser figure désormais au générique, tandis qu’Alexis Denisof y a doit à une mention spéciale, étant le dernier présenté.

  • L’apparent retrait de Lorne sera explicité dans l’épisode The House Always Wins (4.03). Ici il lance un appel au secours à Fred, qui ne le comprend pas.

  • Il était initialement prévu que Gwen Raiden apparaisse dès cet épisode, mais son arrivée fut remise à plus tard, afin de centrer l’action sur le retour d’Angel.

  • Durant l’une des hallucinations d’Angel, Lorne chante une berceuse américaine traditionnelle, Hush, Little Baby.

  • La direction de la saison sera nettement plus fluctuante que précédemment, David Greenwalt se consacrant principalement à Miracles, sur ABC, tandis que Tim Minear et Joss Whedon allaient être très pris par l’aventure Firefly, mais aussi par l’ultime bataille de Buffy. Après une période intermédiaire, Jeffrey Bell devint le producteur exécutif, s’appuyant sur les auteurs Steven S. DeKnight et David Fury, ainsi que sur Mere Smith, à la supervision des scénarios.

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2. CORDELIA, OÙ ES-TU ?
(GROUND STATE)

Scénario : Mere Smith

Réalisation : Michael Grossman

Wesley refuse la proposition d’Angel de revenir à l’agence. Il a toutefois mené son enquête pour retrouver Cordélia, et déclare à Angel que s’il met la main sur un artefact magique, l’arc de la Pythie, il pourra trouver la dimension où elle se trouve. Malheureusement, Gwen Raiden, une mercenaire qui maîtrise l’électricité, cherche également l’objet pour la remettre à un client de Wolfram & Hart…

La critique de Clément Diaz

On peut reprocher au scénario de Mere Smith d’être très hétéroclite, partant un peu dans tous les sens. L’histoire tourne autour d’un banal casse pour dérober un objet magique, mais est considérablement relevée par le soin toujours minutieux que les auteurs apportent à leurs personnages, y compris l’adversaire du jour.

Si l’intrigue principale suit un chemin super fléché : Angel cherche McGuffin, Gwen cherche McGuffin, Gwen trouve McGuffin, Angel trouve Gwen, Angel récupère McGuffin, on reste toutefois pantois devant l’adversaire d’Angel. Femme de choc, alliant sensualité - tenues rouges moulantes à faire baver - redoutables talents de combat, don surnaturel de l’électricité, et vannes bien méchantes, Gwen a tout pour impressionner le spectateur. La composition tonique et subtile d’Alexa Davalos ne mérite que des éloges. Chaque scène avec elle crépite et pas seulement d’électricité : le rendez-vous avec l’employeur, les deux rencontres avec Angel, le piège d’Elliot, son renoncement final... Le casse high-tech fait très Alias, par son adrénaline omniprésente. Angel se cantonne ici à l’action, mais on aime quand il raisonne Gwen pour épargner la vie d’Elliot ; le vampire semble avoir gagné en indulgence et en sagesse.

Par contre, Lilah est toujours aussi garce, et ça on s’en plaint pas ! Toujours cette manière de se moquer d’Angel, qui ne se prive pas de lui faire d’onctueuses menaces sur un ton détaché. Leur antagonisme est explosif ! Entre Lilah et Wesley, c’est vraiment torride ; les voir s’étreindre tout en rappelant que chacun est l’ennemi de l’autre est un superbe résumé de leur relation tordue mais complice. Cela renforce d’ailleurs l’ambiguïté de Wesley, toujours plus ténébreux, mais sauvegardant in extremis ce qui lui reste d’humain. Denisof confirme d’épisode en épisode qu’il est le meilleur acteur de la distribution. Gunn est à l’écart, mais Fred étincelle lorsqu’elle craque l’armure de force qu’elle s’était bâtie après la disparition d’Angel. Sa terreur à l’idée de perdre Gunn, sa lassitude à gérer l’agence, et à feindre la confiance la rendent plus émouvante. Amy Acker, sublimement parfaite, abandonne le côté foufou de Fred, la faisant évoluer avec une étonnante aisance de jeu. Et puis, on est débarrassé de Connor, et ça aussi c’est chouette.

La critique d'Estuaire44

- I keep thinking, I gotta get Cordy back home. Finally I find her, and I realize she already is home. Where she belongs.

- What are you? Deficient ? Get me out of here !

Au début de Ground State, on craint un moment de se retrouver face à un simple duplicata des rituels du film de casse, plus ou moins habilement transposés dans un univers fantastique, tout comme l’avait été The Shroud of Rahmon, en saison 2. Il n’en est rien tant les péripéties résultent rapidement expédiées, le récit se centrant sur le véritable sujet du jour, la découverte d’une nouvelle femme perturbant la vie d’Angel (Une solide tradition perpétuée par Kate, Darla puis Justine, à des degrés divers, sans même parler de Lilah). Gwen Raiden aurait pu rebuter, tant elle semble se résumer à un fantasme de Geek, un assemblage de clichés entre une Lara Croft et une Electro Girl. La superbe performance dAlexa Davalos sauve la situation, la demoiselle, se révélant sexy en diable, percutante dans les combats, d’un humour acéré, mais aussi capable d’émotion. Le duo avec Boreanaz fonctionne de manière particulièrement efficace, ce qui incite à fermer les yeux sur quelques menus soucis, comme la nature de Gwen relevant davantage de la Science-fiction ou la si pratique résistance d’Angel à l’électricité. On se souvient de Spike paralysé par les tasers de l’Initiative, il y a là comme une incohérence.

On apprécie également vivement la séquence d’introduction, éthérée et mystérieuse, jusqu’à la chute brutale, une singularité au sein de la série. Ground State, au scénario quelque peu mécanique, reste décidément un épisode d’actrices. Stéphanie Romanov brille toujours en une Lilah manifestant toujours autant de panache ? Elle force le respect en conservant son sang froid face à un Angel revenu de l’abîme et distillant ses menaces sur un ton badin particulièrement inquiétant. Mine de rien ses discussions avec Angel et Wes (toujours très Liaisons Dangereuses) font progresser la saison de manière fluide. Wes a consacré du temps à rechercher Cordy, il reste décidément bien plus attaché au groupe qu’il ne veut bien le dire. On est également très ému devant une Fred finissant par craquer après avoir pris si longtemps en charge la maison commune, Amy Acker excelle décidément sur tous les registres. On n’oubliera notre Queen C toujours aussi hilarante en s’ennuyant au paradis ; il vaut mieux que Buffy n’en sache rien, il y a des explications de gravures qui se perdent. L’épisode reste avant tout distractif, amis très efficace. Au revoir au Fantôme Dennis, qui restera l’un des bons souvenirs de la série.

  • Alexa Davalos (Gwen Raiden) va participer à trois épisodes, une opportunité qui contribuera à lancer sa carrière. Elle est depuis devenue une figure familière des productions fantastiques ou de Science-fiction (Les Chroniques de Riddick, Clash of Titans, The Myst…). Elle est annoncée dans  l’adaptation au petit écran du Maître du Haut-Château, le classique de Philip K. Dick.

  • Le nom de Raiden est une référence au dieu japonais de la foudre (également nommé Raijin), notamment popularisé à travers le jeu vidéo Mortal Kombat.

  • L’épisode comprend plusieurs références à la mythologie grecque, notamment aux Mystères d’Eleusis et à l’Oracle de Delphes.

  • Now it's Surrealism déclare Gwen, après avoir fondu la montre à 12 000 dollars. Il s‘agit d’un clin d’œil aux célèbres montres molles de Salvador Dali.
  • Abandonné par mesure d’économie, l’appartement de Cordy apparaît ici pour la dernière fois. Denis le Fantôme prend également congé.

  • Il s’agit du seul épisode de la saison se déroulant sans Lorne, qui va très vite revenir dans la partie.

  • Après celle d’Angel, l’équipe se focalise sur la disparition de Cordy. Mais personne ne se soucie ou n’évoque Groo, pourtant volatilisé la même nuit que les deux autres. Tel est le triste destin des personnages secondaires délaissés.

  • Au bar, Gwen commande un Redcoat. Ce cocktail complexe, mixé au shaker, se compose de vodka, de rhum, de liqueur d’abricot, de jus de citron  et de grenadine, le tout sur glace.

  • Le titre original Ground State (ou « état fondamental » ) fait référence à la physique quantique. Il s‘agit de l’état de plus basse énergie d’un système, une notion reprise par Gwen quand elle décrit l’explication théorique de son pouvoir, liée  aux flux d’énergie. Le titre français opte pour le davantage intellectuel Cordelia, où es-tu ?.

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3. LE CASINO GAGNE TOUJOURS
(THE HOUSE ALWAYS WINS)

Scénario : David Fury

Réalisation : Marita Grabiak

Angel, Fred, et Gunn décident de rendre visite à Lorne, désormais star du casino Tropicana à Las Vegas. Mais Lorne les ignore superbement. Nos trois amis ont toutefois l’impression que quelque chose ne va pas dans le casino, surtout lorsqu’Angel remarque que la plupart des joueurs ont le regard vide…

La critique de Clément Diaz:

Cet épisode a été très critiqué pour sa peu subtile métaphore de l’addiction au jeu qui brise tant de vies. Mais cette métaphore s’inscrit dans une habile intrigue au suspense constant, au tempo rapide et plein de rebondissements, pimenté par des piques d’humour et un ton très Twilight Zone (The Fever traite un sujet similaire à l’épisode) dont le scénario de David Fury aurait pu constituer un opus. La réalisation virtuose, brillante, enlevée, de Marita Grabiak est une des plus belles jamais faites à la TV.

L’épisode commence en fanfare par une désopilante scène où Connor combat un vampire avec Angel commentant la scène alla Spike (La pierre d’Amarra (saison 1)) Vite, nos amis font un trip Las Vegas et voilà Lorne qui nous gratifie de deux numéros musicaux de pur bonheur, le tout sous lumières, paillettes, danseuses… voilà pour la partie lumineuse et pailletée de la Mecque des tapis verts. Bientôt, le rêve se transforme en cauchemar : véritable état de Lorne, piège diabolique de DeMarco, cercle infernal du jeu... le crescendo d’horreur est savamment mené, comme chez Rod Serling. Lorsqu’Angel chute à son tour tandis que Fred, Gunn, et Lorne sont pourchassés, on est au spectacle devant ce bourbier qui semble peu à peu avoir raison de nos héros. L’intervention deus ex machina du « miracle » est alors un brillant rebondissement.

Qu’importe donc une fin hâtive. L’impact métaphorique et l’ambiance très sombre sont réellement puissants alors même que les lumières outrageuses de Las Vegas incarnent la fausseté et les apparences clinquantes de ce lieu de rêves bien peu innocent. Clayton Rohmer incarne puissamment ce décalage : ses airs cools, détachés, cachent à peine sa roublardise et sa suffisance. Comme toujours, on aime les pointes d’humour parsemant le récit comme les interventions lassées de Cordy qui s’emmerde copieux là-haut, la spectaculaire infiltration de Fred en « Lornette » (Amy Acker est aussi exquise qu’hilarante), les non moins spectaculaires aigus de Lorne, les multiples « name-dropping » d’Angel, sans oublier la mythique séance de téléphone rose entre Lilah et Wesley - en voilà deux qui s’amusent bien ! Gunn semble plus investi dans le gang que jamais. La saison 4 le voit vraiment s’installer comme figure à part entière après deux saisons en semi-autarcie. Le cliffhanger décoiffe, et l’on se dit que la suite ne va pas être triste, oh non !

La critique d'Estuaire44:

- I just thought we all could use a little get-away to decompress. You know I haven't had a vacation in a while, not counting my recent ocean cruise.

The House Always Wins constitue sans nul doute un joyau télévisuel,  tant visuel que musical. Las Vegas s’avère ainsi magnifiquement filmée, avec une merveilleuse photographie et une Marita Grabiak s’affirmant en réalisatrice  particulièrement inspirée, débusquant sans cesse de somptueuses perspectives. La mise en scènes bénéficie clairement de moyens conséquents, mais aussi de la juxtaposition d’une nuit royaume naturel d’Angel mais aussi moment où s’éveille réellement la Ville du Péché. La bande son s’avère également exceptionnelle, avec un Andy Hallett totalement déchainé, brillant par son talent mais aussi par la flamme avec laquelle il se donne sur scène. On sent bien qu’à travers la magie de l’Etrange Lucarne, c’est un rêve de gosse qui s’accomplit ici, ce qui s’avère particulièrement émouvant en la circonstance. Que des critiques parfois très sévères envers l’opus ne soient pas sensibles à cela reste très triste.

Mais l’habile scénario de David Fury ne se contente pas de capitaliser sur un éblouissant travail de production. La semi éclipse d’Angel permet de laisser un bel espace aux personnages secondaires, pleinement employé. Gunn gagne ainsi encore en présence, tandis que Fred assure le spectacle en Lornette particulièrement croustillante. On applaudit la performance d’Amy Acker jouant parfaitement une cruche jouant elle-même très mal la comédie, une belle performance. L’aussi attachant qu’original Lorne confirme à quel point il représente un atout majeur pour la série. Cordy ajoute un amusant effet d’emboitement en scrutant elle-même un Angel surveillant Connor. Le tonitruant cliffhanger de son retour en amnésique lance de fait la trame principale de la saison, puisqu’il s’agit de la première étape du plan (abracadabrantesque) de Jasmine. Wes et Lilah continuent à chauffer la salle lors d’un dialogue pimenté mitonné par le boss en personne.

On a pu reprocher un parallèle empesé entre le complot du jour et l’addiction du jeu. Mais il était logique que Fury cherchât à rattacher le cœur de l’intrigue à Vegas, un autre choix aurait été décevant et hors de propos. De plus l’épisode délivre un discours finalement équilibré sur The Entertainment Capital of the World, rendant hommage à sa dimension festive, tout en dénonçant ses excès et ses aspects sinistres. On peut préférer cela au ton très moralisateur du Beer Bad de Buffy ou, à l’inverse et pour rester en Californie, au regard permissif de Californication sur la coke.

On retrouve finalement une tonalité assez proche du Diamonds Are Forever de James Bond, avec une description assez humoristique de la ville, contrebalancée par le destin tragique de Plenty O'Toole. Les amateurs des séries SF/Fantastiques s’amuseront également de quelques à-côtés. Cordy toute puissante devant ruser pour intervenir sur Terre et revenant sur Terre amnésique fait ainsi beaucoup penser aux Anciens de Stargate SG-1 et au destin de Daniel. Clayton Rohner  s’avère un Roi de Las Vegas aussi pittoresque et madré que le Roi de la Pluie des X-Files. Ce méchant grand train, savoureuse personnification de Sin City elle-même, parachève le succès de cet épisode éblouissant, irrésistible escapade avant la marche à l’Apocalypse.

  • A leur arrivée à Las Vegas, Angel et ses amis passent devant la salle de spectacle de Wayne Newton. Surnommé Mr. Las Vegas, The Midnight Idol ou Mr. Entertainment, il règne depuis les années 60 sur les nuits de Las Vegas, ses chansons et spectacles tenant  le premier rang sans discontinuer. Les années 2010 le voient toutefois connaître de graves embarras financiers, suite à de mauvais investissements.

  • Angel déclare également vouloir assister au spectacle de Dany Gans. Celui-ci fut un chanteur  et meneur de revues très populaire de Las Vegas, à partir des années 90.. Il était aussi connu pour ses nombreuses imitations, notamment celle de Wayne Newton.  Il décède d’une overdose, en 2009.

  • Andy Hallett a indiqué qu’il s’agissait de l’épisode qu’il avait préféré tourner. Il interprète ici deux chansons, reprises dans l’album tiré des musiques de la série, Angel: Live Fast, Die Never. (2004).

  • Lady Marmalade (1975), grand succès de Patti Labelle, qui l’avait lancé dans le métier. Il la présenta de tous temps comme sa chanson préférée et  l’entonna d’ailleurs régulièrement à chaque convention de fans de la série auquel il participa.  La chanson fut reprise par de multiples interprètes, avec une orchestration évolutive. Elle fut notamment remise au goût du jour par le film Moulin Rouge (20001)
  • Bein’Green (1970) fut initialement interprétée par Jim Henson sous les traits de Kermit la Grenouille, pour le fameux Muppets Show. Séduit par le titre, Frank Sinatra le reprit dès l’année suivante, avant bien d’autres crooners. En 2014, le refrain de la chanson (It’s Not Easy Beeing Green) fut repris comme titre original de l’épisode de Once Upon A Time consacré au Pays d’Oz.
  • La chanson entendue quand Lore, Gun et Fred s’enfuient du Tropicana, on entend la chanson Viva Las Vegas, un grand succès d’Elvis Presley (1963). En 2002, la municipalité de Las Vegas entreprit d’en faire l’hymne officiel de la ville, mais les négociations avec les héritiers  du King achoppèrent sur le prix demandé.

  • Angel a fréquenté le Rat Pack, groupe de chanteurs dérayant la chronique durent les 50’s, autour de Frank Sinatra, Dean martin et Sammy Davis. Le Dark Avenger a également sympathisé avec Bugsy Siegel, gangster légendaire ayant puissamment contribué à l’essor de Las Vegas, en 1946. Ayant accumulé des pertes colossales, il fut exécuté par le Syndicat en 1947,  ses affaires étant reprise par Meyer Lansky.

  • Les producteurs David Fury (également auteur du scénario) et Kelly A. Manners réalisent un caméo, en figurant au premier rang durant le concert de Lorne.

  • Une fois bouclé, l’épisode était trop court de deux minutes. Joss Whedon écrit alors spécialement la scène du coup de téléphone érotique entre Wesley et Lilah, afin compléter l’opus.

  • La quasi-totalité de l’épisode fur réellement tourné à Las Vegas. Le tournage se déroula en cinq nuits, dans des conditions proches du cinéma ; David Fury se souvient que l’un des cameramen de l’équipe gagna 10 000 dollars en pariant sur le résultat du Super Bowl.

  • Le Tropicana (1957), où se donne Lorne, est un casino bien réel, couplé à des salles de spectacle et à un gigantesque complexe hôtelier (près de 1500 chambres). James Bond y résidé dans Diamonds Are Forever et les scènes de Las Vegas du Parrain y sont tournées, de même que la série télévisée Vega$ (1978-1981). Les fameuses Lornettes sont jouées par les danseuses professionnelles de l’établissement.

  • Quand Lorne, Gunn et Fred s’enfuient du Tropicana, l’extérieur est filmé sur Fremont Street, alors que l’établissement se situe sur Las Vegas Boulevard, à l’autre bout de la ville.

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4. MENSONGES ET VÉRITÉ
(SLOUCHING TOWARD BETHLEEM)

 

Scénario : Jeffrey Bell

Réalisation : Skip Schoolnik

Cordélia est de retour sur Terre, mais elle est désormais amnésique. Angel, Gunn, et Fred l’aident à se réadapter, mais lui cachent toute référence au surnaturel, entraînant une crise de confiance lorsqu’elle découvre la vérité. Elle se réfugie chez Connor qui par sa franchise, la réconforte. Pendant ce temps, Wesley surprend Lilah en train d’ordonner à des hommes de Wolfram & Hart de kidnapper Cordélia…

 

 

La critique de Clément Diaz:

Un épisode mal aimé à cause de son absence d’action. Cordélia devant reprendre ses marques, tout l’épisode est dédié à ce long retour au réel. Dans ce genre de scénario purement psychologique et introspectif, tout va reposer sur la mise en scène et l’interprétation. Pari remporté : la réalisation mystérieuse et même affectueuse de Skip Schoolnik cerne au plus près le superbe solo de Charisma Carpenter, bouleversante en amnésique perdue, effrayée, mais au courage et à la volonté intactes.

Pendant tout l’épisode, la caméra ne quitte pas Cordélia, qui erre dans un monde familier au spectateur mais pour elle désormais inconnu et cauchemardesque. Le choc, l’effroi, la douleur d’être dans un monde que l’on ne saisit pas regarde vers l’excellent Execution de la Twilight Zone Ce long réapprentissage via des révélations brutales à l’humour noir (Fred et Gunn couverts de sang violet, Angel se transformant sous l’effet des crucifix, gros méchant monstre…) exige Charisma Carpenter à jouer un rôle extrêmement difficile, mais l’actrice parvient à nous faire partager la lourde angoisse de son personnage, sans lassitude. Bell donne de la chair à son script en dissertant sur le thème de la vérité. Souvent dure, cruelle, la Vérité est pourtant vue ici comme préférable au pieux mensonge, spécialement envers quelqu’un que l’on aime (il est permis de se demander comment aurait-on réagi à la place d’Angel Investigations). Cordélia sera blessée des cachotteries de ses amis, et préférera la franchise brutale de Connor. L’auteur de ses lignes a pas mal tapé (et tapera encore) sur un Vincent Kartheiser en premier lieu assez insupportable, mais qui dans cet épisode laisse voir d’étonnantes sensibilités de jeu.

L’épisode vaut aussi le coup pour la relation toujours plus tordue entre Wesley et Lilah, révélant des faces inattendues chez eux. Wesley, en aidant Angel, et en laissant échapper un tendre aveu à Lilah, s’humanise lentement alors qu’il baigne encore dans des eaux grises. Lilah nous étourdit d’un nouveau plan diabolique à siffler d’admiration. Stratège hors pair, manipulatrice ultime, Lilah avoue pourtant de vrais lambeaux de compassion (Lorne) ou d’émotion sincère (le billet de banque). Leur dialogue final, ambigu et tendu, est un des moments les plus forts de leur relation.

La critique d'Estuaire44:

- Your friends here were just talking about murdering children. And there's-there's-there's singing and blood and-and pointy things. And did I mention the singing ?

Slouching Toward Bethlehem renoue avec un procédé de scénariste efficace mais également très  balisé : faire découvrir par un regard neuf l’univers de la série, permettant ainsi d’en souligner avec humour l’étrangeté, laquelle s’est forcément relativisée pour le spectateur au fil des épisodes (à moins d’être devant Doctor Who). Ce sujet apparaît d’autant moins original qu’il vient d’être pratiqué de manière très similaire dans l’épisode Selfless de la saison 7 de Buffy, diffusé peu de temps auparavant.  Ce choix n’est pas inepte en soi, mais tenir toute une moitié d’épisode sur cet épisode, via des allées et venues passablement artificielles au sein de l’Hypérion, résulte excessif, malgré la performance de Charisma Carpenter et l'efficace mise en scène. Que le regard porté soit celui d’une Cordy amnésique au lieu d’une nouvelle arrivée ne change en définitive pas grand chose, hormis une accumulation mécanique de références à son passé, plus ou moins subtilement insérées dans les dialogues. Malgré la formidable reprise de l’affiche The Future is Ours, la bonne idée de l’album souvenir de Sunnydale High voit son impact limité par le changement de diffuseur (évocations elliptiques, aucune photo des Scoobies ni commentaire de Cordy sur eux).

Jeffrey Bell n’évite pas non plus quelques maladresses, comme l’introduction du démon uniquement destiné à justifier le départ de Cordy en compagnie de Connor.  Il présente pour cela le démon comme client de Lorne, ce qui est impossible puisque celui-ci vient d’arriver de Las Vegas, de manière imprévisible (l’épisode se situe dans la continuité du précédent). Ce n’est pas acceptable. On passe sur l’arrivée providentiellement simultanée de Connor ou et de Cordy, etc. Mais l’épisode chute réellement avec le passage lourdement mélodramatique et les dialogues consternants de mièvrerie de la rencontre entre Cordy et Connor. On en frémit de honte pour cette série que l’on aime tant, La saison n’a pas encore versé dans ses élucubrations qu’elle se situe déjà dans le registre de la Telenovela. Un Vincent Kartheiser toujours aussi emprunté une Charisma cette fois hors de son emploi rajoutent encore à la consternation. Après Angel, Connor, on a l’impression que la série veut absolument caser Cordy, comme si elle en avait besoin pour être intéressante. Jamais ces scènes affligeantes ne seraient passées comme telles avec Greenwalt aux commandes directes et Whedon devait vraiment très pris par ailleurs pour laisser la chose se perpétrer.

Fort heureusement la cavalerie arrive au grand galop, avec un Wes et Lilah toujours aussi fascinants dans leur relation prédatrice, manipulatrice et antagoniste, mais aussi fusionnelle et, de manière bouleversante, sincère. Alexis Denisof et Stéphanie Romanov nous offrent un récital de haut niveau, avec une prime pour cette dernière crevant particulièrement l’écran où la rouerie de Lilah triomphe. On apprécie la belle audace d’accorder les lauriers de la victoire à la Bad Girl, tout en préservant l’humanité de celle-ci, une posture originale Le moment où les deux amants laissent tomber le masque pour s’avouer leur vérité et découvrir, tels Pandore au fond de sa boite, la persistance du sentiment amoureux demeure l’un des plus dramatiquement forts de la série. Habilement, Jeffrey Bell instille toutefois un doute sur les motivations de Lilah, quant à savoir si elle a épargné Lorne par affection ou afin de pourvoir poursuivre une profitable relation. Depuis l’apparition de ce formidable personnage qu’est Lilah Morgan, la plus précieuse de ses qualités aura été l’ambiguïté et le scénario s’entend  à jusqu’au bout préserver  cette dimension équivoque. Un bel atout pour cet opus malheureusement grevé par éveil trop tardif et la fadaise sans retour du couple Connor/Cordelia.

  • Le titre original est une citation de la conclusion d’un célèbre poème de Yeats, intitulé The Second Coming (1919).  Il établit un parallèle entre le Livre de l’Apocalypse et le panorama de l’Europe après la grande Guerre.

  • La strophe complète annonce la venue prochaine de la Bête :

  • And what rough beast, it's hour come round at last,
  • Slouches towards Bethlehem to be born ?
  • A hint of things to come, perhaps ?
  • Quand Cordy estime que Gun est un Russe noir, Angel pointe qu’il s’agit d’une boisson. Il s’agit en effet d’un cocktail sur glace de vodka et de liqueur de café Kahlúa. On obtient le White Russian en rajoutant de la crème.

  • La chanson qu’interprète Cordy devant un Lorne effondré est The Greatest Love Of All. Initialement composée pour un biopic de Mohammed Ali (The Greatest, 1977), elle est surtout connu pour sa reprise par Whitney Houston, l’un des très grands succès de 1986. Cordy l’avait déjà interprétée (massacrée) lors du concours  de talents de l’épisode The Puppet Show de Buffy The Vampire Slayer (1.09), suppliciant cette fois Giles.

  • Le démon client de Lorne massacre de son côte Sugar Sugar, de  The Archies, héros d’une série en dessins animés. La chanson fut un succès surprise de 1969, connaissant depuis de nombreuses reprises.

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5. L'OMBRE DES GÉNIES
(SUPERSYMMETRY)

Scénario : Elizabeth Craft et Sarah Fain

Réalisation : Bill L. Norton

Un article scientifique de Fred a été publié dans une revue. Elle est invitée à donner une conférence, présentée par son ancien professeur, à laquelle assiste Angel Investigations (ainsi que Lilah et Wesley). Mais en pleine séance, un monstre surgi d’une autre dimension tente de kidnapper Fred ! Toujours en danger, Fred enquête avec ses amis pour découvrir qui lui veut du mal…

La critique de Clément Diaz:

Nous avions vu que Fred n’avait pas encore surmonté le traumatisme de Pyléa. Supersymmetry met en scène une résurgence de cette peur, qui la fait osciller de l’effroi à la vengeance noire. Le scénario est fort sur cette histoire, mais s’encombre hélas du rapprochement Cordélia/Connor, la plus funeste idée du show.

Le début est lumineux : tendresse du couple Fred-Gunn, réparties de Lorne et Angel, exaltations fofolles de Fred devant ses amis totalement largués. Une bonne humeur qui vole en éclats quand Fred est bien près de revivre son cauchemar dimensionnel. L’on croyait qu’elle avait surmonté sa petite crise de Ground State, mais l’événement déchire à nouveau son armure de confiance. Elle replonge dans la peur et la paranoïa avant que son traumatisme enfoui se réveille, détruise sa douceur, et choisit la colère comme exutoire (excellent twist). Fred corrompt ses idéaux et s’écarte de la « mission » du gang - comme Angel en saison 2 - pour servir sa propre cause. Amy Acker accompagne avec fougue ce revirement. C’est saisissant, et ça mène à un acte final en furie. L’intervention désespérée de Gunn, porté par un J. August Richards humain et chaleureux - on est loin de la saison 1 ! - sauve in extremis Fred d’elle-même, mais le prix est lourd. Désormais, un mur se dressera entre eux, jusqu’à avoir raison de leur relation. Les questions éthiques soulevés par l’épisode sont assez vertigineuses pour une série télé (trouver le « juste » châtiment du criminel, thème de la vengeance, valeur du crime commis par amour), réalisant une fin pleine de malaise.

Connor et Cordélia se rapprochent, s’embrassent, avant de s’éloigner à nouveau. Le soap à gros bouillons de cette idée infâmante réduit beaucoup l’intérêt de l’épisode. Wesley continue de broder un caractère de plus en plus rude et sombre : aidant Fred dans sa vengeance, il se montre particulièrement dur envers Lilah (qui l’a quand même bien cherché), dont la tristesse d’avoir perdu une partie de la confiance de son amant est évidente. Lilah, toujours incarnée par une Stéphanie Romanov magistrale, ne perd cependant pas ses griffes, comme le montre son affrontement à couteaux tirés avec Angel, où elle se joue de ses menaces avec un courage et un culot d’acier. Les superlatifs ne suffisent plus avec un tel personnage. Mentions aussi l'hilarant geek, évident porte-parole des fans de la série comme pouvait l'être le dingo de Roswell ou la Leyla Harrison des X-Files ; un moqueur mais tendre hommage au public.

La critique d'Estuaire44:

- You know, Angel, coming from you, idle threats are so...well, idle.

-  Do you remember when I ripped your car in half?

-  Yeah, yeah. Hulk smash.

Supersymmetry a l’excellente idée d’être un épisode centré sur Fred, ce qui garantit un agréable focus porté sur le beau talent d’Amy Acker. L’actrice nous régale effectivement d’une troisième expression du traumatisme post Pyléa de son personnage : après la folie douce comme refuge puis l’apparente acceptation, on trouve ici une impressionnante rage vengeresse, astucieusement abordée sans concessions par le scénario.  Cet aspect fournit déjà  un vrai fond à un récit que les deux auteures, visiblement très portées sur le ship enrichissant encore de multiples moments sonnant justes, comme l’émotion de voir enfin Wesley  sourire de nouveau, le choix tragique de Gunn, ou une Lilah une nouvelle fois irrésistible, sur tous les fronts. Miss Morgan avait déjà beaucoup mais cette saison est bien la sienne. Tout comme Glory elle résulte une nouvelle fois suprêmement élégante, le Diable s’habille toujours en Prada. Angel retse quelque peu sur la touche au niveau sentimental, mais les auteures s’amusent malicieusement à gentiment le caricaturer en Héros mâle assurant en toutes circonstances (y compris en mémoire photographique, bien avant le Sherlock de Moffat) et passablement infatué de sa personne. Quelques à-côtés, comme les trous de ver à la Sliders ou le fan emblématique du Héros (même moins savoureux que l’adorable Becky de Supernatural), achèvent de rendre l’épisode prenant.

Malheureusement cette indéniable réussite doit être relativisée car elle comporte en germe des dérives qui s‘avèreront réellement nocives pour la saison. Celle-ci commence doucement mais sûrement à s’acheminer vers une forme davantage feuilletonesque qu’à l’accoutumée, or, si le feuilleton représente une forme narrative particulièrement puissante, il doit être manipulé avec soin pour éviter les risques de surchauffe et de contradiction scénaristique. Bien avant l’empilement insensé des étages du complot de Jasmine, on trouve déjà ici un premier faux pas : on ne peut pas, pour créer de l’émotion, montrer Fred craquer  à force de tenir Angel Investigations à bouts de bras (Gound State) et une poignée d’opus plus loin révéler qu’elle a eu en fait assez de temps pour mener à bien tout une considérable contribution à la physique fondamentale. C’est absolument contradictoire, donc inacceptable. Plus encore que la série, le feuilleton nécessite une supervision des scénarios au scalpel. A travers le professeur (aux motivations très vagues), la saison commence à réécrire des évènements passés, ce qui va s’avérer une Boite de Pandore. La période confirme également s’être lestée d’un boulet massif avec une relation Cordy/Connor suscitant toujours la même incrédulité catastrophée. Quelques trucages ont égalemnt vieilli, comme celui du monstre tentaculaire.

  • Le titre original fait référence à une branche complexe de la physique des particules, la Supersymétrie, visant à appréhender les interactions subatomiques dans le cadre de la théorie de la grande unification quantique des diverses forces fondamentales régissant l’univers. Elle a été notamment popularisée par les récents travaux autour du Boson de Higgs. Reliée à la Théorie des Supercordes, la Supersymétrie permet d’extrapoler l’existence d’univers parallèles théoriques (ou bien réels, de l’avis de Miss Winnifred Burckle).

  • Oh, God! I'm between Ed Witten and Brian Greene ! s’écrie Fred ; ccei indique que ses recherches se situent au niveau de celles d’Edward Witten et de Brian Greene, deux physiciens bien réels, très réputés pour leurs contributions à la théorie des Supercordes.
  • L’épisode comprend diverses références à des Comics de super héros, dont Daredevil et Hulk. L’éditeur Dark Horse est également cité par l’homme dans la boutique spécialisée. Quand il quitte la boutique, Angel est également vu lisant un album (The Ghost) portant le logo de la compagnie. Dark Horse publie les saisons supplémentaires en bandes dessinées de Buffy contre les Vampires et Angel.

  • Les auteures Elizabeth Craft et Sarah Fain avaient initialement décidé que Fred tuait bel et bien Seidel, ce qui fut refusé par Tim Minear, qui voulait préserver la jeune femme.

  • L'épisode débute le déclin de la relation entre Fred et Gunn tout en instituant celle entre Connor et Cordy (oui, Connor et Cordy). Parallèlement, tout en restant lié à Lilah, Wesley ressent un début de retour de flammes pour Fred. La Carte de Tendre se complexifie dans la Cité des Anges.

  • L’épisode Inside Out (4.17) établira que Seidel avait été en fait manipulé par Skip, dans le but de réunir les différents membres d’Angel Investigations, une étape du plan légèrement compliqué de Jasmine.

  • L’épisode Cavalry (4.12) révèlera qu’en fait Angel n’a pas été dupe du mensonge de Fred et Gunn.

  • Lilah surnomme Lorne Jolly Giant Green, soit Le Géant Vert, la fameuse marque de maïs.

  • Parmi les photographies que colle au mur Cordy chez Connor se trouve celle de ses parents. Il s’agit de l’unique fois où ils seront visibles, à Sunnydale comme à Los Angeles. 

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6. LA BOUTEILLE MAGIQUE
(SPIN THE BOTTLE)

Scénario : Joss Whedon

Réalisation : Joss Whedon

Lorne active une bouteille magique qui devrait faire retrouver la mémoire à Cordélia. Mais le rituel foire : Lorne est assommé, et Fred, Gunn, Angel, Wesley, et Cordélia retrouvent tous leur personnalité d’adolescent, mais ne se reconnaissent pas et n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font tous là…



La critique de Clément Diaz:

Épisode décalé qui explose avec jubilation les codes de la série, Spin the bottle est comme son nom l’indique un « bottle episode » : unité de lieu, d’action, et de temps, guest stars quasi absentes. Un moyen de faire des économies à la prod, et surtout un moyen d’explorer des sentiers inédits pour la série. Le scénario de Whedon mélange régression adolescente et amnésie générale. Le résultat est hilarant en diable, alors que des pointes plus amères parsèment joliment cette hénaurme plaisanterie. Le Boss, même occupé sur trois séries différentes, n’a rien perdu de ses géniales inspirations.

L’épisode frappe d’entrée par sa narration décalée : car c’est Lorne qui le narre en s’adressant à un auditoire ! Ses partis pris subjectifs pimentent immédiatement le récit, entre commentaires désabusés, regards ironiques sur Angel Investigations, et Quatrième mur fracassé. Le premier acte est comme il se doit assez sombre pour préparer le changement d’atmosphère : tensions chez Gunn-Fred, Wesley noir et glacial - confrontation saisissante entre les deux rivaux à la clé - Cordy et Angel désorientés sur leurs sentiments. Nos cinq amis ne savent plus où ils en sont, et l’on peut considérer le thème de l’épisode comme la métaphore d’une dérisoire échappatoire que nous, pauvres humains, pouvons prendre quand nous sommes confrontés à des problèmes existentiels : celle de la régression. Whedon utilise de nouveau un maléfice raté pour délirer - une habitude chez Buffy, notamment avec Willow - et on part très vite dans l’absurde cosmique. Cordélia redevient la superficielle idiote de Sunnydale, Fred une scientifique en manque de weed, Gunn un p’tit voyou des banlieues, Wesley un observateur veule et pathétique, et Angel le Liam timide et peureux.

Difficile de décrire le désordre cocasse qui règne à l’hôtel Hypérion : répliques consternantes de Cordy qui bave en voyant le bô Angel, happening burlesque jusqu’au-boutiste de Wesley effrayé par tout ce qui bouge et expert en kung-fu au rabais (Alexis Denisof rafle quasiment toutes les scènes), Gunn qui se la pète grave en noir qui refuse la tyrannie des blancs, Fred totalement déconnectée du réel, ou encore Angel en benêt hors catégorie. Même le joyeux Connor est pris dans la spirale, ses mésaventures sexuelles sont à se tuer. Les dialogues nitroglycérine, et les gags multiples dont de croquantes métaphores sexuelles (Angel dans la salle de bains, Fred faisant « partir » le pieu de Wesley deux fois) font valser l’épisode dans une folie douce, bande son déviée comprise. Whedon sait réinjecter la tension a tempo - l’épisode sonnerait creux s’il n’y avait pas un minimum de suspense - lorsque Lorne puis Angel sont en danger de se faire lyncher. Le final est plus amer : nos héros, guéris, n’ont toujours pas résolu leurs problèmes, et le cliffhanger ne devrait pas arranger les choses. Fini de rire, maintenant !

La critique d'Estuaire44:

- Great. So we go vamp hunting. This place looks pretty big. I say two groups.

- Great. I'll go with tall, dark, and slightly less pathetic than you two here.

A défaut d’apparaître tout à fait originale (Tabula Rasa et Band Candy chez Buffy), la formule de Spin The Bottle résulte redoutablement efficace. L’idée géniale de faire ressurgir l’ancienne personnalité des protagonistes, permet  de susciter un irrésistible effet de Madeleine, en particulier autour du tour de Queen C, avec une Charisma Carpenter déchainée. Le retour de Liam apporte également toute une ribambelle de gags, de même que celle de l’Observateur novice Wesley Wyndam-Pryce. L’effet s’avère moins fort pour Gunn et Fred, quoique demeurant toujours sympathiques. Le défi pour ce genre de scénario consiste dans un  développement de l’intrigue au-delà de l’idée initiale. Whedon y parvient, certes au prix de nouvelles déambulations passablement artificielles au sein de l’Hypérion, mais surtout en établissant un parallèle habile  entre les tensions du jour et celles que connaissent le groupe à son état naturel, tout en dialoguant sur le thème de l’acceptation de la différence.

Les apparitions de Lorne apporte un supplément d’intérêt à la narration, mais la chute reste éventée, car très prévisible. La mise en scène de Whedon se montre également efficace, et fluide, dans les combats tout comme dans les des scènes de comédie. L’habilité du scénariste et du dialoguiste en chef parvient de fait à faire oublier le faible budget de l’ensemble (souligné dans le titre original, avec un clin d’œil), qui servira à financer la prochaine pluie de feu et évènements adjacents, annoncés ici par le regard de la Bête. On note toutefois deux bémols. L’irruption de Connor rompt un huis clos très porteur, sans apporter grand-chose en échange, hormis la bagarre inscrite au cahier des charges. La totale clarté quant aux causes de la situation apparaît moins forte dramatiquement que le mystère à la Twilight Zone de Cinq personnages en quête d’une sortie.

  • L’épisode est le seul écrit cette saison par Whedon, qui en assure également la mise en scène. Il est alors accaparé par la final de Buffy, ainsi que par Firefly.

  • Le retour de Queen C est accompagné de références à Sunnydale insérés dans les dialogues par Whedon (notamment le Cruciamentum subi par Buffy dans Helpless).

  • Durant le tournage, les comédiens connurent de nombreuses crises de fou rire, ce qui compliqua le tournage. Denisof fut en particulier ravi de renouer avec la veine humoristique de Wes.

  • Whedon a indiqué que l’idée d’attacher Lorne dans le fauteuil au centre de la pièce, ce qui lui permet de rester dans l’action tout en étant inconscient, lui fut proposée par Amy Acker.

  •  Comme souligné par le titre original et par la bouteille centrale du récit,  l’épisode est un Bottle Show, c'est-à-dire visant à couter le moins cher possible en n’utilisant que les décors et acteurs réguliers de la série (sans aucun artiste invité) et en minimisant les effets spéciaux. Les Bottle Shows permettent d’équilibrer le budget d’une saison face à des opus bien davantage onéreux, tout en évitant les redites des Clip Shows et en offrant un joli défi à l’inventivité des scénaristes.

  • Angel a quelque peu changé de coiffure, alors que l’action est censée suivre directement celle de Supersymmetry.

  • On découvre ici brièvement la Bête, qui va devenir l’ennemi d’Angel durant une bonne partie de la saison. De plus Jasmine entre ici en scène, le sortilège de Lorne brisant la protection installé au tour de Cordy par les Puissances Supérieures. De fait l’opus comporte l’ultime véritable apparition de Cordy cette saison, car désormais possédée par Jasmine.

  • Liam réagit à divers anachronismes vis-à-vis de son époque, mais curieusement pas à la présence de l’éclairage électrique.

  • En début d’épisode Lorne entonne The Way We Were, de Barbara Streisand, soit la chanson choisie par Harmony au Caritas, lors de Disharmony (2.17).

  • Fred confond la Slayer avec le groupe de Thrash Metal du même nom. Un tel quiproquo était déjà survenu lors de l’épisode Doomed de Buffy.

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7. LE DÉLUGE DE FEU
(APOCALYPSE, NOWISH)

Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : Vern Gillum

Des événements terrifiants se produisent dans tout Los Angeles : invasion de rats et d’oiseaux, transformations monstrueuses, pluie enflammée… Angel comprend qu’une apocalypse se prépare, commanditée par une créature monstrueuse qui vient de sortir des entrailles de la Terre…

La critique de Clément Diaz:



L’épisode n’est pas sans rappeler le déjà calamiteux Prophecy girl de Buffy par sa dimension apocalyptique brute et artificielle. Si le budget est plus conséquent, le scénario bavard, plus fumeux qu’enflammé, enferme l’épisode dans une copie de blockbuster apocalyptique avec tous les clichés du genre. Grisé par son enthousiasme à exploser le budget (apparemment le plus cher de la saison), Steven S. DeKnight laisse une bonne partie de ses talents en chemin, dialogues inclus. Heureusement quelques bonnes scènes remontent la côte de cet épisode.

De fait, Apocalypse, nowish ne se distingue pas du tout-venant Hollywoodien ; en premier lieu des relations amoureuses tirant à la ligne (Fred-Gunn), ou ridicules (Connor-Cordélia). Sur ce dernier ship, nous n’avons certes pas toutes les cartes en main, mais telles quelles, leurs scènes sont d’une pesanteur lourdingue. Le sweet apocalyptic love final (dixit le scénariste) en est l’insupportable zénith. Heureusement, il reste Wesley-Lilah qui passent en mode fétichiste - une scène culte chez les fans ! - avec une Stéphanie Romanov totalement vicieuse… et déchirée car il s’agit bien d’un effort désespéré pour le retenir - Denisof en macho saligaud est étonnant de noirceur. La perverse avocate commencerait-elle à ressentir des émotions qu’on aurait jamais cru d’elle ? C’est vraiment elle l’atout de cet épisode, comme le confirme sa scène électrique avec Angel (le voir entrer à répétition dans le cabinet sans problème confine au running gag) : quelle prestance, quelle majesté !

Comme le 4e acte va faire un trou dans les finances, DeKnight se voit obligé d’aligner bavardages sur bavardages. La psychologie commence à partir en vrille, avec un Connor toujours plus exaspérant (finalement Dawn était pas si mal) et une Cordélia embourbée dans une attitude vaticinante (une des pires performances de Charisma Carpenter). Quelques étincelles crépitent avec la révélation de l’œil de feu - qui rappelle une scène analogue du Conduit des X-Files - ou l’apparition spectaculaire du monstre. L’épisode s’arcboute sur sa grande baston finale de cinq minutes où arbalètes, haches, mandales, flingues, et même carabines sont dégainées ! Le combat lorgne à l’évidence sur Matrix, bullet time inclus. C’est peut-être too much, mais l’équipe se fait plaisir et c’est communicatif. Le feuilleton bigger than life continue !

La critique d'Estuaire44:


- How did you get in here? Vampire detectors my ass !

Apocalypse, Nowish souffre évidemment de contenir les moments les plus pénibles de la relation Connor/Cordy, avec la scène ignoble voyant cette dernière repousser Angel du fait des abominations d’Angelus ou la scène d’amour quasi incestueuse entre Connor et celle qui fut comme sa mère adoptive. Evidement l’on comprend mieux en intégrant a posteriori l’intervention de Justine mais, sur le moment, bien davantage que de nous alerter que quelque chose ne tourne plus rond chez Cordy, ces passages ne suscitent que dégoût. Sans même parler de l’incrédulité totale que continue à générer l’amour d’Angel pour Cordy, il vaut encore y rajouter le manque total d’électricité entre un Vincent Kartheiser toujours mono-facial et une Charisma Carpenter loin de son registre. Il s’avère également maladroit de nous montrer un cauchemar de Cordy à propos de la bête, ce qui ne tient pas dans le cadre de la possession.

Toutefois le reste de l’opus se montre digne d’intérêt, notamment parce qu’il constitue un bel exemple de l’élévation d’une menace, au dégradé finement orchestré par le scénario. Les évènements supranaturels deviennent inquiétants par une fluide accumulation, des l’amusante invasion des rats à la Teso Dos Bichos des X-Files, jusqu’à l’apothéose des oiseaux à la Hitchcock devenus fous d’épouvante. L’arrivée de la Bête, au maquillage particulièrement impressionnant et très inspiré de Legend (Geek un jour, Geek toujours) se voit annoncée avec le retentissement requis. La montée du péril débouche sur la scène étonnamment gore du brasier de la Bête et l’une des scènes de combat parmi les plus spectaculaires et ambitieuse de la série. Voir les tueurs d’Angel Investigations ainsi mis en route pose efficacement le débat, tandis que l’on se demande en arrière plan si l’issue aurait été différente avec Buffy (mais la patronne est déjà bien occupée de son côté).

Quelques à-côtés stimulent encore le récit avec une Lilah toujours en grande forme et un Wes allant loin dans la cruauté. Le voir enjoindre Lilah de conserver l’apparence de Fred durant l’amour (l’épisode n’est pas seulement chaud du fait de la Bête) évoque irrésistible Spike transformant Harmony en Buffy. On aime bien la facilité avec lequel il rejoint Angel Investigations face au danger, c’est à la fois naturel et viril. Lorne se montre à la fois touchant et amusant, on apprécie également il se joigne cette fois à la lutte face à la Bête, bel effort ! La pluie de feu demeure un effet spécial tout à fait spectaculaire, même aujourd’hui. C’est par contre seulement avec un intérêt poli que l’on assiste à la décomposition du couple Gunn/Fred, certes sympathique et autrement mieux interprétée que Cordy/Connor, cette relation avait manqué d’intensité pour réellement captiver.

  • Vincent Kartheiser a indiqué voir eu du mal à tourner la scène de sexe avec Charisma Carpenter, car celle-ci était alors enceinte de quatre mois. Il avait très peur de faire du mal à l’enfant.

  • Le titre original est un clin d’œil au classique de Coppola, Apocalypse Now (1979). Un pastiche du film avait déjà eu lieu lors de l’épisode Restless de Buffy.

  • Selon les scènes, la Bête a des pieds normaux ou fourchus.

  • La Bête est jouée par Vladimir Kulich, acteur canadien d’origine tchèque. Il fut un hockeyeur professionnel avant de devenir acteur. Il tient souvent des rôles de grande présence et fut notamment Olafsson dans l’épisode Død Kalm des X-Files.

  • Lors du combat contre la Bête, la hache faite maison de Gunn est détruite. Il s‘agissait de son arme préférée, apparue dans l’épisode Dear Boy (2.05).

  • La scène finale du combat contre la Bête fut filmée comme un assemblage de divers styles de combat popularisés au cinéma : Matrix (slow motion de la Bête détournant les flèches), films de John Woo (Wesley tirant sur la Bête avec deux revolvers, dans un déplacement latéral) et Terminator 2 (Wesley repoussant la Bête par plusieurs tirs de fusil à pompe).

  • Jasmine possédant Cordy fait l’amour avec Connor pour que son hôte devienne enceinte et lui donne naissance avec un corps qui soit vraiment le sien. Cela sera révélé dans l’épisode Orpheus (4.15).

  • Wes brise les codes du Buffyverse en affrontant la Bête avec des armes à feu. Il conservera un penchant pour ce type d’arme par la suite.

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8. LE PIÈGE
(HABEAS CORPSES)

Scénario : Jeffrey Bell

Réalisation : Skip Schoolnik

Cordélia et Connor, et Lilah et Wesley rompent. Connor s’introduit dans Wolfram & Hart et demande des réponses à Lilah à propos de son rôle exact dans les événements actuels. Mais la Bête entre à son tour dans le building et extermine tous les membres du cabinet !!! Un système de sécurité se déclenche, clôturant hermétiquement le cabinet. Lilah et Connor sont prisonniers, et la Bête est tout près…


La critique de Clément Diaz:

La saison 4 d’Angel est renommée (ou décriée) pour ses délires scénaristiques. Le délire commence en fait ici, avec des rebondissements narratifs assez énormes, traités ici toutefois grossièrement. Paradoxalement, si on a pas le temps de s’ennuyer, l’intrigue du jour est sans rythme, et se vautre souvent dans le ridicule.

La rupture Cordy-Connor fait partie de ces moments où on regrette vraiment que Whedon ne contrôle plus son staff : niaiserie et interprétation catastrophique. D’ailleurs la scène finale avec un Angel furieux que son fils lui ait chipé sa nana est dans le même ton. Quel contraste avec la rupture Wesley-Lilah, impeccablement écrite et exécutée ! La garce Lilah semblait bien avoir succombé à des sentiments plus purs. Pas son genre de se lamenter (Gavin paye les pots cassés), mais on sent sa douleur. Une Big Bad merveilleuse dont l’absence se fera sentir dans les épisodes suivants. Wesley qui la sauve d’ailleurs d’un horrible destin, prouve la persistance de leur lien, même si Fred demeure celle qui l’obsède. Wesley, toujours plus complexe alors même qu’il retrouve la lumière. Connor nous exaspère - un peu de changement, ça fait du bien - tandis que Fred est prise dans les duels à fleurets non mouchetés entre Wesley et Gunn - plus irritant que de coutume ; les personnages comme les acteurs ne sont vraiment pas en forme.

L’intrigue dans l’immeuble piégé bénéficie d’une superbe photographie morbide de Ross Berryman, mais quelle platitude, quelle lenteur ! Bon, on admire que la série brûle un satané gros vaisseau en démolissant Wolfram & Hart, le Big Bad d’Angel depuis le pilote tout de même ! L’opus bénéficie heureusement de bons dialogues, de jolis rebondissements (la « résurrection » des morts, la chambre blanche, Bye bye Gavin), de quelques défouloirs d’action qui scandent sporadiquement l’épisode, mais on attend que le gros feuilleton privilégie moins l’enfumage visuel et se recentre sur les histoires et les personnages.

La critique d'Estuaire44:

- There is a line, Lilah. Black and white. Good and evil.

-  Funny thing about black and white: you mix it together and you get gray. And it doesn't matter how much white you try and put back in, you're never gonna get anything but gray. And I don't see your Texas gal pal wearing that color. Come to think of it, she prefers black.

Habeas Corpses souffre du manque de subtilité du plan de la Bête (1 : entrer, 2 : tuer tout ce qui bouge), alors même qu’il s’agit de l’ossature principale de son récit. En fait il apparaît comme une synthèse de l’ensemble de cette saison quatre, fonctionnant par succession, sinon empilement, de scènes chocs sans trop se soucier de l’art de la narration. Par moments on se  rapproche du Doctor Who de Moffat, avec sa prédilection pour l’effet visuel spectaculaire  et les trames tarabiscotées jusqu’à l’abscons stérile. On ne sait rien jusqu’au bout des réelles motivations de la bête, ni comment elle  pu accéder à la Salle Blanche, ni si c’est elle ou Wolfram & Hart qui déclenche la zombification, et dans quel but, etc. On ne recherche l’effet immédiat, avec une surenchère allant croissant. Fort heureusement la mise en scène se montre efficace dans ce qui  résulte comme un Resident Evil bis, avec quelques effets d’épouvante classiques mais réussis. Le tout bénéficie également d’une musique une nouvelle fois très évocatrice, de la part d’un Robert J. Kral toujours aussi inspiré.

Les personnages ne viennent qu’inégalement au secours de l’intrigue ; Connor bat tous les records de Dawn en matière de boulet se mettant dans des situations impossibles, Angel et Cordy virent au mauvais mélo. Gunn se montre fatigant à toujours chez Wes tandis que Fred n’assume pas. Morne panorama, mais comme depuis le début de la saison, al cavalerie répond à l’appel, Wes et Lilah nous offrant de nouveau quelques passages fort réussis. Il va ainsi d’une intense scène de rupture, dialogues et interprétation au diapason,  décidée par un Wes touché par une épiphanie tout comme jadis Angel, mais remportée haut la main par une Lilah décochant une nouvelle mémorable vacherie. On est également touché par Wes volant au secours de la dame (évidemment le scénario ne nous explique pas comment il est courant de l’invasion ou comment il est arrivé là), ou par Lilah manifestant une émotion inattendue devant la dépouille de ce pauvre Gavin. Le regard d’adieux entre les deux anciens amants reste aussi un moment fort de cet opus, dont la meilleure idée aura été de donner tout l’espace qu’il mérite au duo.

  • Disparition de Gavin Park, rival malheureux de Lilah Morgan au sein de Wolfram & Hart, mais finalement tué par la Bête.

  • L’épisode fut diffusé deux mois après le précédent et la grossesse de Charisma Carpenter devient vraiment visible.

  • La Petite fille, Mesektet, apparaît ici pour la dernière fois. Elle  déclare à Angel que la solution est parmi les siens, soit un indice de la possession de Cordelia par Jasmine.

  • Le titre de cet épisode riche en avocats est un clin d’œil à l’Habeas Corpus, le principe législatif selon lequel nul ne doit être emprisonné sans jugement.

  • Vladimir Kulich et Stephanie Romanov étaient des amis personnels bien avant la tournage, tous deux appartement à la communauté d’Hollywood issue de l’Europe de l’Est. En 2001, Kulich avait déjà poignardé Romanov dans la série de Science-Fiction Sept jours pour agir (1998-2001).

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9. LA COURSE DU SOLEIL
(LONG DAY'S JOURNEY)

Scénario : Mere Smith

Réalisation : Terrence O’Hara

Après la petite fille de la chambre blanche, La Bête tue trois autres créatures dont l’une était un des employeurs de Gwen Raiden (cf. épisode Cordélia où es-tu ?). Cette dernière partage ses renseignements avec Angel Investigations, et ils comprennent que La Bête veut tuer les cinq membres de l’ordre de Râ pour obscurcir le soleil et condamner le monde à une nuit éternelle. Angel Investigations se mobilise pour sauver le dernier membre, tout en essayant de démasquer le traître parmi eux…

La critique de Clément Diaz:

Il est heureux que les scénaristes n’aient pas été soumis à un contrôle anti doping, Whedon aurait été embarrassé de voir tout son staff viré pour avoir eu le nez tout poudré de blanc. Du moins, c’est-ce qu’on pense lorsque l’on regarde, médusés, les directions totalement hallucinées de cette saison, et notamment de Long day’s journey. Cela dit, l’épisode galope à vive allure, enchaînant les révélations massives, tout en enregistrant la puissante valeur ajoutée Gwen Raiden. La permanence des défauts de la saison (Connor-Cordélia enclumes, contorsions scénaristiques) empêche cependant l’épisode de compter parmi les meilleurs.

Le supplice du grotesque triangle Cordélia-Connor-Angel (réactions outrées, interprétation catastrophique, notamment de Charisma Carpenter, dialogues besogneux…) n’est pas prêt de se terminer et gâche tout le premier acte. On peut être plus indulgent envers les surenchères dirigées par Jeffrey Bell, qui préfigurent les séries totalement dingo de J.J.Abrams, donnant à Angel une atmosphère gaiement fofolle. Le retour de Gwen, avec une Alexa Davalos toujours de charme et de choc, dynamise cette histoire d’ordre de Râ, plaisante par son originalité (euphémisme). La menace latente du traître inconnu parmi nos amis est forte, car on se demande quand il va frapper, et jusqu’où il peut aller. L’humour est de la partie avec le personnage de Manny, totem de Râ très porté sur les lap dances et les magazines érotiques : un décalage hilarant que Mere Smith exploite sans se réfréner. Les petits sous-entendus de séduction entre Gwen et Angel sont assez drôles. Cependant, c’est l’atmosphère de paranoïa distillé par les enjeux (le soleil, rien moins !), cette fuite éperdue contre une Bête invincible, et l’épée de Damoclès du traître, qui imprègne cet épisode, notamment durant les scènes de la luxueuse maison de Gwen (beau boulot des décorateurs).

Le suspense répond présent. Le combat final est réellement prenant par son caractère désespéré. La chute de l’histoire glace : on ne s’attendait pas à un tel revers de la part de notre équipe. Le cliffhanger, purement psychologique, n’en est pas moins terrible. Toutefois l’on grimace un peu car les auteurs doivent prétexter qu’Angel ne se souvient pas de certaines actions d’Angelus ; ce n’est pas du tout crédible. On voit trop que les auteurs cherchent à placer le futur arc suivant au mépris de toute vraisemblance. Toutefois, la réalisation de Terrence O’Hara tire au maximum partie de l’angoisse générale. Une course efficace.

La critique d'Estuaire44:



- There's only one way we're going to defeat the Beast. We need Angelus.

Il fut un temps où Angel nous passionnait par ses études de caractères et le subtil mécanisme de ses intrigues, tous deux l'érigeant en captivant thriller ténébreux, à la fois psychologique et fantastique, parfois philosophique. Long Day's Journey confirme ici que la saison 4 suit un autre chemin, celui de la surenchère permanente du sensationnalisme, aussi bien visuel que narratif.

De ce point de vue on atteint même un certain nadir de la période : après l'irruption de la Bête, après la Pluie de Feu, après la destruction de Wolfram & Hart, voici venir, Mesdames et messieurs, l'Extinction du Soleil ! On nous montre pas la France combler son déficit budgétaire, mais presque, le tout sans trame scénaristique autre que l’empilement et avec une forme feuilletonesque accroissant encore l’impression d’emballement. Le cliffhanger final claironnant le retour prochain d’Angelus rajoute encore une couche, mais que l’on considérera cette fois avec bienveillance, car, soyons honnêtes, c’était espéré depuis le début de la série (hormis une rapide parenthèse en saison 1).

Toutefois, malgré la saturation, il serait excessif de décrire l’opus comme ennuyeux.

Les combats de la Bête s’avèrent toujours aussi spectaculaires et les différents effets spéciaux évocateurs des Ténèbres (orbe, soleil) se montrent performants. Le côté égyptien plaira évidemment aux Gaters, tandis que le Ra-Tet évoquera le Ka-Tet de Roland de Gilead aux lecteurs de Stephen King. On regrettera toutefois un certain manque de punch dans la gentille fantaisie installée autour de Manny, les Dieux Païens de Supernatural se montreront autrement plus Rock’n’roll. Le retour d’une Gwen Raiden (quel nom à la 007 !) toujours aussi spectaculaire et électrique fait évidemment plaisir, d’autant que les étincelles ne manquent pas avec Cordy. Le marivaudage, divertissant mais si éculé, d’Angel utilisant Gwen pour rendre Cordy jalouse illustre à quel point on s’est éloigné des cimes de la relation avec Darla, sans même parler de Buffy, on frôle le hors sujet. Au total tout ceci se découvre comme on lit une BD distractive et mouvementée, mais loin de saisons précédentes davantage littéraires.

  • Long Day's Journey est dédié  à Glenn Quinn. L’ex interprète de Doyle venait de décéder durant le tournage de l'épisode, le 03 décembre 2002.
  • Manjet (Manny) n’a en fait pas été massacré par la Bête, mais bien par Cordy possédée par Justine après qu’elle eut drogué Angel.

  • Les cheveux de Cordy sont redevenus bruns, alors que l’épisode est censé se dérouler dans la quasi continuité du précédent. 

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10. L'ÉVEIL
(AWAKENING)

 

Scénario : David Fury et Steven S. DeKnight

Réalisation : James A. Contner

Seul Angelus sait comment vaincre La Bête. Wesley fait appel à Wo-Pang, un moine d’un ordre secret ayant le pouvoir de retirer l’âme d’Angel. Wo-Pang commence son rituel. C’est alors qu’il sort son poignard et tente de tuer Angel ! Il échoue, et pour ne pas parler sous la contrainte, il se suicide. Nos amis doivent trouver un autre moyen de vaincre La Bête… à moins que…

La critique de Clément Diaz:

 

Après The Trial en saison 2, on sent que les auteurs connaissent leur Indiana Jones par cœur. Malheureusement, l’univers du joyeux explorateur se fond mal avec celui d’Angel, rendant les péripéties de leur odyssée (pièges, trésor, explosions, bagarres, grottes…) artificielles, plaquées sans génie sur un script sans fil rouge notable. Le triangle Angel-Connor-Cordélia continue à nous énerver menu. Le twist final est toutefois un gigantesque retournement de situation, une des plus grosses surprises de tout le Whedonverse. Seul le fameux twist de Surprise (saison 2 de Buffy) a une telle force, ce qui n’est pas anodin vu le contexte de l’épisode !

Le premier acte est de loin le plus passionnant : on sent toute la fébrilité, l’agitation, l’angoisse sourde de l’équipe à l’idée de faire réapparaître Angelus - prime pour David Boreanaz. Les dialogues, le jeu des acteurs, la réalisation nerveuse de Contner font monter la tension sans discontinuer. Le spectateur est à la fois impatient et pas du tout pressé d’attendre le tournant des événements. Après ce drame d’atmosphère, on revient à un scénario dont la concentration en clichés fantastiques consterne : copier Indiana Jones (énigme des lettres du 3e volet incluse) est une des plus funestes idées du show : l’inadéquation des deux univers et l’absence du souffle épique « Spielbergien » (le talent de Contner est impuissant sans le budget et l’emphase désirés) transforment leur aventure souterraine en péripéties nanardes.

Sentiment renforcé devant une Cordélia qu’on a rarement vu autant tête à claques : répliques de soap, massacre du personnage qui devient une godiche, et actrice totalement à la ramasse. Tout ça à cause d’une carte que les auteurs gardent dans leur manche. Quelque soit cette carte, le prix à payer pour le spectateur est quand même excessif ! Connor, on en peut plus, toujours à réagir comme un Dawn puissance 200 : la guéguerre entre lui et pôpa est insupportable, on se croirait devant Dynasty ! Heureusement, le vibrant discours de rassemblement d’Angel sonne juste, Connor choisissant de grandir, et le combat contre La Bête finissent l’épisode avec qualité et dans l’allégresse… Ah ben non en fait, c’est là que le twist final vient tout fracasser !! Tandis que l’écran s’évanouit sans musique, seulement sur un rire sardonique crevant le silence, on se régale d’avance ; le spectacle ne fait que commencer !

La critique d'Estuaire44:

 

- You have no idea what Angelus is. You only know what you've read in books.

Awakening se voit irrémédiablement coulé du fait de l’idée la plus désastreuse de la série. Après bâti l’une des plus belles relations amoureuses des séries télé entre Angel Buffy, puis un magistral retournement de situation  lors d’Innocence, on nous explique qu’en fait, non, le basculement Angel/Angelus peut s’effectuer avec une autre femme, Buffy n’était définitivement pas la véritable amour d’Angel (alors que Spike n’a jamais été tout à fait présenté comme un antre Angel pour Buffy). Cela a pour conséquence de rendre trivial tout ce qui avait précédé, ce qui porte un redu coup au Buffyverse. Même la relation avec Darla s’en voit relativisée. Par ailleurs le scénario accumule les maladresses. Angel prononce « Buffy » au moment suprême est une rustine idiote placée par les auteurs, pour tenter de solutionner le problème, mais cela donne l’impression qu’il fait l’amour à Cordy en pensant à la Slayer, bonjour la classe.

 Certes la séparation des diffuseurs rendaient malaisée la présence de Buffy, mais nous sommes dans un univers fantastique : l’imagination était  libre pour trouver un meilleur modus operandi. Ainsi, dans Eternity, on avait vu qu’Angelus pouvait temporairement revenir grâce à un euphorisant, pourquoi ne pas recourir à cette solution, autrement plus aisée, moins risquée et, à tout prendre, moins dommageable pour Buffy/Angel ? Les auteurs sont pris par leur surchauffe créative et ne tiennent même plus compte de ce qui a précédé dans leur propre série. Par ailleurs le reste de l’épisode se limite à un Indiana Jones du pauvre, avec des décors et des péripéties pareillement de seconde main. On croirait une très mauvaise partie de Donjons et Dragons.

L’épisode se voit souvent félicité pour l’efficacité de sa chute finale, mais cela indique surtout que le niveau de la saison est devenu similaire à celui de ce type d’histoire. L’effet fonctionne car la saison est du même tonneau que cette histoire, on devrait plus s’en inquiéter que s’en réjouir. On aime par contre l’idée qu’Angel incluse le destin de ses proches dans sa propre félicité, mais cela n’a rien de nouveau, c’était d’ailleurs annoncé avec plus de force dans le rêve initial de la saison. D’autre part le récit développe une séparation entre Angel et Angelus, déjà amorcée lors de l’opus précédent. Au lieu de la fusion ambigüe entre les deux personnalités, Angel étant un Angelus doté d’un Surmoi, on se retrouve ici plutôt avec deux entités distinctes, à la Jeckill et Mister Hyde, ce qui résulte moins fort dramatiquement. Lilah n’es plus là pour sauver l’opus, elle nous manque déjà.

La chanson interprétée par  Angel devant Lorne est The Night the Lights Went Out in Georgia. Il s’agit d’une ballade Country-pop tragique, racontant comment un homme est pendu pour le meurtre  de l’amant de son épouse, alors qu’il est innocent. D’abord interprété par Vicki Lawrence, ce grand succès de  1972 fut repris par de nombreux artistes. 

  • Angel pointe que Wes n’a jamais rencontré Angelus, alors que l’évènement  a eu lieu lors de l’épisode Eternity (1.17).

  • Durant la séquence Indiana Jones, Angel s’exclame : Wood. Why did it have to be wood ?, ce qui constitue un clin d’œil à une célèbre réplique de l’archéologue : Snakes. Why did it have to be snakes ?.

  • En parlant de ses indicateurs, Lorne déclare : All I could Kolchak was a rumor of bad mojo rising down in the warehouse district. Il s’agit d’une référence au héros de la série culte Kolchak: The Night Stalker (1974), un journaliste traquant les monstres nocturnes à Chicago.

  • Le clip promotionnel de l’épisode diffusé à l’époque contenait la révélation d’Angelus, ce qui  mina considérablement l’effet de surprise.

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11. SANS ÂME
(SOULLESS)

Scénario : Sarah Fain et Elizabeth Craft

Réalisation : Sean Astin

Wesley, Gunn, Fred, et Cordélia interrogent chacun leur tour Angelus sur le point faible de La Bête. Mais Angelus choisit de jouer avec les secrets de chacun pour tenter de faire exploser le groupe. Le duel des esprits s’annonce tendu…

La critique de Clément Diaz: 

 

L’épisode le mieux dialogué, le plus intense de la série.

Tout l’épisode repose sur l’affrontement entre Angelus et les alliés d’Angel. Les armes : les mots, rien d’autre. Sarah Fain et Elizabeth Craft nous prouvent qu’elles maîtrisent cette arme de guerre terriblement difficile à manier. Dans une cage, avec sa langue de vipère pour unique arme, Angelus resplendit d’intelligence, de méchanceté pure, de psychologie, anticipant chaque coup d’échecs du Fang Gang. Il est encore plus resplendissant que dans la saison 2 de Buffy. David Boreanaz crève l’écran. Les auteurs ne commettent pas le contresens d’affaiblir trop Angel Investigations, digne opposition qui force Angelus à puiser dans toutes ses ressources. La partie de poker menteur de l’épisode est d’une intensité foudroyante. Ce pseudo-remake du déjà bon Facteur Yoko de Buffy est encore plus puissant dramatiquement.

Quel plaisir de retrouver un des Big Bad les plus impressionnants des séries télé : suintant la perversité à chaque apparition, bretteur verbal d’une habileté stupéfiante, aux obsessions morbides frénétiques, d’une noirceur épouvantable, et grand amateur d’humour très très noir, Angelus est de retour ! L’acteur Sean Astin, futur Sam Gamégie du Seigneur des Anneaux, montre une maîtrise du huis clos stupéfiante : cadrages savants, pression constante, jeu d’ombres au cordeau. L’introduction où Wesley fait sa mise en garde à ses amis sonne comme un conte légendaire sur les grands exploits du Champion du Mal. Angelus, avec une précision démoniaque, se sert de la Vérité pour la déformer, et en faire une bombe destructrice.

Il connaît les failles du trio Fred-Wesley-Gunn, mais aussi les propres démons de Wesley : relation pourrie avec le père, complexe d’infériorité à l’idée de ne pas être un Champion. Fred tient tête, mais on sent sa terreur. Gunn, spontané et instinctif, n’a pas les rigueurs logiques de Wes, et est donc une proie plus facile, culminant avec une bagarre contre Wes, et une accélération vers la rupture avec Fred. Connor, enfermé dans une confusion qui le pousse à être tenté par la noirceur, est également une proie de choix pour le vampire qui joue sur son complexe d’Œdipe. Que de virtuosité ! Le marché complètement dingo de Cordélia pour faire parler Angelus accélère le cardiomètre au moins du double. L’intrigue principale de la Bête n’est pas oublié avec une ballade nocturne qui débouche sur une impasse, accentuant son invincibilité apparente du monstre. Le cliffhanger claque comme un coup de fouet. Sueurs froides en pagaille…

La critique d'Estuaire44: 

 

- When you think about it, the first woman you boned is the closest thing you've ever had to a mother. Screwing your mom and trying to kill your dad. Hmm ... There should be a play.

Soulless apporte plusieurs confirmations. La destination peut parfois s’avérer plus importante que le chemin, l’indigeste opus précédent se voyant prestement oublié. Un épisode essentiellement basé sur des discussions en huis clos (l’unique scène de bagarre syndicale étant remisée avant le générique) peut s’avérer passionnant. Un opus ne faisant guère progresser l'action principale de sa saison (hormis pour le cliffhanger final) peut néanmoins apporter beaucoup à celle-ci. Enfin Angelus s’impose bien comme l’un des Bigs Bads les plus enthousiasmants du Buffyverse, sinon de l’ensemble des séries télé. Les dialoguistes nous offrent un feu d’artifice bien plus passionnant que la surenchère de péripéties précédente, illustrant la cruauté perverse d’Angelus, mais aussi son intelligence supérieure et pénétrante, sa culture supérieure et un incroyable charisme de chaque instant.

Comme à chaque fois, Boreanaz se donne complètement dans l’incarnation d’un Mal à la fois abject et gouleyant, il apporte une indéniable classe au Lacenaire de l’épouvante, refusant encore et toujours de se soumettre. On pourra pointer une similitude avec The Yoko Factor, mais, là où la zizanie représentait pour Spike un moyen de parvenir à son but, elle devient une fin pour Angelus. Il l’érige en œuvre d’art, tant il savoure le mal infligé aux personnes représentant le plus fort lien d’Angel à l’Humanité. En contraste, l’opus souligne à quel point Spike est en fait moins pervers que celui qu’il nomma son Sire.

Le scénario anime le huis clos aussi efficacement que l’habile caméra de Sam Astin, jouant habilement de l’alternance des confrontations directes avec le Ténébreux et des effets secondaires au sein d’une équipe que ses cinglants et clairvoyants sarcasmes font progressivement se lézarder. L’introduction nous vaut une pertinente dramatisation de la part de Wes. Par la suite on avouera un faible particulier pour la confrontation de ce dernier et d’Angelus, sur un mode très proche du Silence des Agneaux, entre Starling et un Lecter pareillement  en cage. L’intelligence est communicative et l’on apprécie que Connor ait enfin quelque chose de pénétrant à énoncer, bien plus lucide sur le positionnement Angel/Angelus que n’acceptera jamais de l’être Buffy.

L’épisode n’échappe toutefois pas aux travers de sa saison, souffrant d‘une prolongation inutile de la relation Gunn/Fred et de l’étirement contreproductif de l’imposture de Jasmine. Représenter que la Bête ait pu facilement massacrer ceux sachant comment la vaincre n’a guère de sens. Le seul vrai regret de l’opus réside d’ailleurs dans cette excursion rompant inutilement l’unité du huis clos et passablement absurde chronologiquement, Pacoima se situant loin de Los Angeles (mais il est vrai que Jack Bauer nous aura régulièrement montré que l’on pouvait traverser la Cité des Anges en  deux minutes chrono). On avouera également déplorer l’absence de Darla dans les flashbacks, mais elle et Angelus se sont effectivement parfois séparés. C’est tellement bon de se retrouver autour d’un festin. 

  • L’épisode est réalisé par Sam Astin, qui mène une double carrière de comédien et de metteur en scène. Il est très connu pour le rôle de Sam Gamegie, dans le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson (2001-2003) et fut également Lynn McGill, dans la saison 5 de 24h Chrono. Sam Astin, désireux de s’essayer à la mise en scène pour la télévision, fut proposé par Doug Petrie, un ami personnel. Il suivit le travail de Minear durant quelques semaines, afin de se pénétrer de l’univers de la série et se déclara particulièrement enthousiasmé par le personnage d’Angelus.

  • Visiblement cultivé, Angelus se réfère à Sophocle (Œdipe Roi), Shakespeare (Othello), Coleridge (La complainte du vieux marin) et Yeats (Le Cirque des Animaux). Il s’étonne par ailleurs de la passion d’Angel pour Indiana Jones, en référence à l’épisode précédent. On a enfin trouvé un personnage du Buffyverse qui ne soit pas un Geek !

  • La chanson interprétée par Angelus avant le générique est Teddy Bears' Picnic, une comptine très populaire aux Etats-Unis (1907).
  • Le précédent épisode laissait Angelus attaché à une table, ici il apparaît libre de ses mouvements dans la cage. Le modus operandi n’est jamais expliqué, même si l’on peut supposer qu’il a été drogué par les fléchettes de Wes.

  • La famille descendant des prêtresses nordiques réside à Pacoima, ville située au Nord-Est de la Vallée de San Fernando, donc bien loin du centre de Los Angeles, où se situe l’Hypérion. La rapidité de l’aller retour réalisé par l’équipe résulte très exagérée. 

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12. LA GRANDE MENACE
(CALVARY)

Scénario : Jeffrey Bell, Steven S. DeKnight, et Mere Smith

Réalisation : Bill Norton

Lilah tente de libérer Angelus pour qu’il combatte la Bête, mais Gunn l’en empêche. Elle finit toutefois par s’allier à Angel Investigations, moins par volonté que parce qu’elle n’a nulle part où aller. Cordélia reçoit une vision qui lui apprend comment rendre son âme à Angelus, mais les apparences sont souvent trompeuses…


La critique de Clément Diaz:

Difficile de succéder à la bourrasque précédente. Le trio d’auteurs doit se contenter de copier l’épisode précédent pendant les deux premiers actes, avec efficacité certes mais avec moins de brio. Le troisième acte renverse cependant toutes les cartes, et se dirige droit vers un cliffhanger assassin. L’arc Angelus s’impose décidément comme un des plus enthousiasmants de la série.

And the bitch is back ! On trépigne de plaisir en revoyant Lilah Morgan. Elle a beau être à l’ouest, mal peignée, toute sale, complètement perdue, on est toujours autant accro à son charme vénéneux, à ses vannes froides, à son show de bad girl à fond la caisse. On ne surestimera jamais assez le grand apport de Stéphanie Romanov au show. Elle dynamise le relatif statisme de l’intrigue, voyant nos amis continuant de ployer sous les mots meurtriers d’Angelus. Angelus continue son travail de sape avec une confiance et une sûreté de soi intactes, ses dialogues sont en diamant, avec tout le tranchant qui va avec : fin de partie pour Fred-Gunn, Wesley en pleine confusion papillonnant autour de Fred et Lilah, Cordélia qui commence à enrager, Lorne y va également de sa petite musique. On regrette que notre ami vert soit particulièrement sacrifié cette saison.

Une touche de fraîcheur est apportée par le combat contre le mangeur d’âmes, assez différent des combats usuels de la série. Le 2e acte s’achève sur un terrible twist, enclenchant une dernière partie en pleine urgence et au suspense inarrêtable. Il est visible que la mécanique du feuilleton fonctionne davantage chez Angel que chez Buffy, dont la saison 7 manque singulièrement de peps. Quelle frénésie dans ce final diabolique où c’est pour la bitchy Lilah que l’on tremble  - pas un mince exploit d'écriture. Et alors que l’action est en plein cours, les auteurs nous achèvent par un cliffhanger sanglant, une révélation tombant comme un couperet de guillotine.

La critique d'Estuaire44:

- He's going to kill us.

-  I know.  Why do you think I let him out, you stupid bitch ?

Après la parenthèse de Soulless, Cavalry sighifie un retour au flux de la saison, et donc aux erreurs qu’elle charrie continuellement, quasiment absents de l’opus précédent. Tout le charabia passablement autour de la justification de l’amnésie d’Angel ou de l’effacement de la Bête atteint des sommets de pénibilité et d’ennui. La justification de l’empilement feuilletonesque accomplit jusque-là traduit une mauvaise maîtrise de la narration. Par ailleurs, même s’il se décide miséricordieusement à y mettre un terme, le récit étire encore le crépuscule rabâché de la relation Gunn/Fred, de même que l’imposture de Jasmine. Le sortilège employé par celle-ci sollicite tout de même beaucoup les potentialités du Fantastique pour permettre aux auteurs de retomber sur leurs pieds. Connor apporte toujours aussi peu tandis que Lorne demeure marginalisé depuis son retour de Las Vegas.

Fort heureusement, une nouvelle fois, la « cavalerie » est au rendez-vous (on peut se demander si le titre original n’est pas à double détente). Lilah réalise un grand récital pour l’ultime performance réalisée de son vivant, dynamisant l’ensemble de l’épisode par se réparties et sa présence. On aime qu’elle conserve son mordant malgré les vicissitudes subies, d’autant qu’il reste divertissant de découvrir Wes ramer entre ses deux  femmes. La saison prend un risque marqué en se séparant d’elle à mi-parcours, même si cela nous vaut un twist retentissant. Au début de leur relation Lilah avait demandé à Wes ce qu’il avait ressenti quand on lui ouvrait la gorge, maintenant elle le sait.

Angelus continue à dérouler, ce qui pourrait engendrer un effet de doublon avec Soulless, mais on ne s’en lasse pas. Sa libération anime les débats et on s’amuse d’un amusant effet miroir avec Buffy The Vampire Slayer. Angelus joue aussi bien Angel que l’inverse était vrai dans Enemies et notre artiste prolonge l’imposture par vice, tout comme lors d’Innocence, savourant la pureté et la bonté de Fred avant de s’apprêter à l’assassiner cruellement. Un grand show, mais décidément nos amis ne cesse d’être ventilés façon puzzle par la Bête, Jasmine et Angelus, il est temps que la véritable cavalerie arrive ! 

  • Le Mangeur d’Ames a été enterré par les Chumash, le peuple amérindien vivant au centre de la Californie avant l’arrivée des Occidentaux et déjà découvert dans l’épisode Pangs de Buffy.

  • Cordy/Jasmine perce le cou de Lilah avec la dague de la bête. Normalement il devrait couler beaucoup plus de sang que ce qui est montré.

  • Une version du script indiquant que Lilah était tuée par Angelus y fut mise en circulation par la production peu de temps avant le tournage, afin de préserver le secret.

  • Le titre original Cavalry signifie en fait Calvaire, l’endroit où fut crucifié le Christ.

  • Décès de Lilah Morgan mais la série n’en a pas fini avec elle. Tout comme Holland Manners, son contrat avec la Firme s’étend au-delà de la mort.

  • Plusieurs péripéties de la poursuite de Lilah par Angelus rappellent la mort de Jenny Calendar, ce qui donne encor plus de force au retournement de situation final

  • Le titre interprété par Angelus devant Lorne est Raindrops Keep Fallin' on My Head, la chanson du film Butch Cassidy et le Kid (1969). Parmi de nombreuses celle de Barry Manilow connut un grand succès, ceci indique peut-être une ruse d’Angelus, car Angel est un fan du chanteur.

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13. LE RETOUR DE FAITH
(SALVAGE)

Scénario : David Fury

Réalisation : Jefferson Kibbee

Wesley décapite le cadavre de Lilah pour être sûr qu’elle ne reviendra pas en tant que vampire. Il part ensuite en Californie où il persuade Faith de s’évader de prison pour arrêter Angelus et La Bête, car elle est la seule qui a la force nécessaire pour cet exploit. Cordélia demande à la Bête de convaincre Angelus d’une alliance…

La critique de Clément Diaz:

FAITH IS BACK !!! Ai-je vraiment besoin d’ajouter autre chose ? Avec un tel personnage, et sa si captivante interprète, David Fury se permet de délaisser quelque peu son intrigue, minorant donc sa réussite. Mais l’important est que le scénariste, épaulé par le réalisateur, déroule le tapis rouge pour sa majesté Eliza Dushku ! Et puis, Angelus est toujours plus flamboyant et fascinant.

Avec son meurtre brutal, Lilah a quitté la scène bien précipitamment. Heureusement, les américains aiment beaucoup les fantômes. Alors, Lilah a l’occasion de nous faire un dernier numéro. Et la grande question : est-ce que Lilah aimait vraiment Wesley ? Et surtout, comment Wesley va-t-il pouvoir gérer son chagrin et sa culpabilité avec la nécessité de surmonter cette perte ? Stéphanie Romanov quitte la scène avec brio ; le coup de hache décisif est un des moments les plus tragiquement poignants de la série. Faith fait son retour, et on sable le champagne : toujours aussi sensuelle, toujours aussi vanneuse, toujours aussi… cogneuse. Alors, oui, Faith continue son expiation, mais ne croyez surtout pas qu’elle est rouillée : elle est toujours la championne des mandales ! Elle devient la chef des opérations, lance des répliques de fer et de feu, et grand moment, ferme le clapet de l’enclume Connor. On ne discute pas les ordres de SuperFaith ! Même si elle perd son combat contre l’invincible Bête, sa vitalité survitaminée est intacte, elle se donne à fond ! Loin de n’être qu’une simple machine de combat, la volonté de Faith d’apaiser ses liens avec son ex-observateur, et à épargner Angel, est émouvante. Eliza Dushku nous conquiert encore une fois. Dommage que le scénario, une chasse au démon sans grand peps, soit décevant.

Angelus aime se donner en spectacle, ça lui donne une aura encore plus impressionnante : entrée saisissante dans le bar, pancarte de bienvenue - l’humour Angelus à l’état pur - commentaires ironiques… ce goût du one-man-show culmine lorsqu’il dégaine soudainement le poignard de la Bête ; Angelus fait ce qu’il veut quand il veut, et peu importe les conséquences ! Le revers est qu’il soulage la pression peut-être un peu tôt. Mais quel enthousiasme dans la performance de David Boreanaz, qui peut s’extérioriser tout à fait. Quant à Cordélia, la révélation de l’épisode précédent fait que ses attitudes à contretemps, instables, deviennent soudain fichtrement inquiétantes. Le cliffhanger laisse présager que la vraie Big Bad prépare encore un coup fumant (pauvre Connor !). Un épisode tonique et enlevé.

La critique d'Estuaire44:

-Are you okay ?

-  Five by five !

Salvage présente le mérite de se centrer sur Faith, dont les retrouvailles constitue bien évidemment l’évènement central du jour. Fury évite astucieusement de se lancer dans une intrigue complexe qui viendrait prendre le pas sur cet état de fait. Au contraire il centre le focus sur la Rogue Slayer, son ressenti et sur le regard porté sur elle par autrui. Le procédé se montre fructueux, permettant à Eliza Dushku de pleinement affirmer son retour, incarnant avec toujours autant de flamme l’incandescente et sarcastique Faith. Le relationnel fonctionne cinq sur cinq avec les membres d’Angel Investigations, hormis Connor, qui touche le fond et y demeure. Il doit s’y trouver bien.

Tout comme lors des confrontations avec Angelus, c’est derechef Wes qui remporte la palme. On apprécie sa réconciliation avec Faith (les deux reviennent de loin !), d’autant plus sincère qu’elle résulte moins formelle. Il reste touchant de les découvrir en mode Observateur/Slayer, l’ancien projet du Conseil prenant enfin corps, après tant de vicissitudes. La longue, magnifique et éprouvante scène combat avec la Bête illustre également les qualités martiales de Faith, ainsi que son inaltérable rage de vaincre. Un grand moment d’art télévisuel, où un Angelus toujours en surmultiplié trouble le jeu à sa manière après une rencontre marquante avec la Rogue Slayer.

L’unique éloignement de Faith que s’autorise Fury s’avère un coup gagnant. Toute la scène où Wesley fait ses adieux se montre magistrale, par l’émotion que suscitent les acteurs et par des dialogues synthétisant à merveille aussi bien la force que les ambigüités qui animèrent la passionnette relation entre West et Lilah. Filmé avec beaucoup de sensibilité et un vrai sens de l’étrange, jusqu’à une conclusion des plus tranchantes,  ce passage constitue une superbe épitaphespour l’un des atouts maitres de la saison. Celle-ci connaît d’ailleurs une accélération via cet opus particulièrement abouti.

  • L’attaque subie par Faith en prison établit un crossover avec Buffy, car il s’agit- d’un nouvel épisode de la compagne d’extermination des Tueuses et Potentielles menée par la Force. Le poignard utilisé est le même que celui utilisé par les serviteurs de la Force.

  • Le coup de fil d’Angelus à Dawn ajoute un  crossover de plus. Il s’agit de l’unique fois, dans les deux séries, où Dawn et Angel/Agelus s’adresseront la parole.

  • Ces crossovers conduiront certains fans à estimer que l’apparition post mortem de Lilah n’était pas une rêverie de Wes, mais bien une manifestation de la Force. Cela n’a jamais été confirmé par la production.

  • Faith est condamnée à 25 ans de prison, pour un meurtre de deuxième degré. Dans la terminologie juridique cela correspond à un meurtre au sens français, l’assassinat (prémédité) étant le premier degré. Faith doit donc avoir été condamnée pour le meurtre de l’adjoint du Maire et non pour l’assassinat du vulcanologue.

  • Debbie, la détenue tentant de tuer Faith, est jouée par Spice Williams-Crosby. Celle-ci incarna également l’assassin de l’Ordre de Tananka, qui s‘en prit à Buffy dans What’s My Line. Certains fans supposèrent qu’il pouvait s’agir de la même personne.

  • La Bête est finalement tuée par Angelus et non l’un des membres d’Angel Investigations.

  • Il est étrange qu’Angelus ne puisse sentir le sang de Cordy, alors que celle-ci se dissimule à proximité de la Bête.

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14. LIBÉRATION
(RELEASE)

Scénario : Steven S. DeKnight, Elizabeth Craft, et Sarah Fain

Réalisation : James A. Contner

Cordélia parle dans la tête d’Angelus jusqu’à ce qu’il accepte de lui obéir. Wesley et Faith continuent de traquer le vampire dans Los Angeles, mais Wesley n’est pas sûr que Faith soit prête à l’affronter tant moralement que physiquement…

La critique de Clément Diaz:

L’épisode sur deux atouts : Angelus toujours en roue libre, et le duo Wesley-Faith, sombre et étincelant. Pour le reste, le Fang Gang est au chômage technique, et remplit les blancs avec peu de bonheur. Toutefois, la splendide bagarre finale Faith-Angel, miroir de celle de Five by five, compte parmi les plus spectaculaires de la série.

La ritournelle Connor-Cordélia s’enfonce toujours davantage dans la stupidité. Cordy n’a que des répliques idiotes à lancer, tandis que Connor tente de se prouver qu’il est mature (non, on ne rit pas). Même si Cordy n’est pas Cordy, leur ship n’en reste pas moins un énorme contresens. Réconciliation de Fred et Gunn, mais dont la mièvrerie inhérente est à peine sauvée par le jeu des comédiens. Lorne est enfin au générique, chouette ! Mais il continue de passer les plats. Heureusement, Angelus est là pour dynamiter tout ça. On adore le voir rembarrer le maître de la Bête. Boreanaz est en pleine euphorie, il se laisse joyeusement emporter par la flamboyance de son personnage. On adore le voir ravaler sa honte lorsque Cordy parvient à le faire plier.

Le duo Wesley-Faith rayonne d’une aura noire et oppressante. Wesley use de méthodes plus controversables pour avancer, partant du principe qu’il doit se montrer aussi vicieux qu’Angelus pour le retrouver. Un profiler fantastique avec toute la kyrielle de dilemmes éthiques qui va avec : il torture une pauvre droguée pour la faire parler sous les yeux révulsés de la slayer, ou fait sortir Faith de ses gonds pour lui donner une rage négative qui la renforcerait. Faith de son côté se débat contre son côté maléfique qui comme Angel/Angelus peut refaire surface à tout instant. Mais son mûrissement est indéniable : elle refuse de se plier au jeu de Wesley et à celui d’Angelus. Angelus a cette capacité d’appuyer sur les points faibles de ses ennemis, mais commet toujours l’erreur de réduire l’humanité à quelques schémas psychologiques : il se trompe en croyant que Faith est comme lui, tout comme il pensait que Buffy serait sa nouvelle Drusilla. Faith est capable d’amour, et c’est son affection pour Angel qui l’a sauvée qui la maintient dans le droit chemin (scène de la douche). Une abnégation au-delà de tout, qu’Eliza Dushku imprime avec sa force coutumière. L’immense bagarre finale, une des plus cynégétiques de la série, marque bien le sommet de violence enragée entre le Bien et le Mal. Le terrible cliffhanger couronne cet affrontement à sueurs froides garanties.

La critique d'Estuaire44:

- Did I mention the only shots I'm good at involve tequila ?

Release illustre à merveille les lacunes narratives d’une saison qui, après avoir accumulé les rebondissements jusqu’à plus soif, se borne ici à un simple recyclage, soit un emploi déréglé de la forme feuilletonesque. La trajectoire de la plupart des personnages vire au mauvais soap opera.  On trouve ainsi une resucée tout à fait pesante et contre productive de la relation Gunn/Fred, alors que ce chapitre avait été clos sans mélodrame. On distingue clairement que les auteurs ne savent quoi faire de ce duo, enfermé comme dans une boucle, ni de Lorne, totalement relégué a la marge du récrit.

Le duo Connor/« Cordy » désespère, entre une nouvelle grossesse (Telenovela nous voilà), un Kartheiser toujours aussi figé et une Charisma Carpenter qu’on loue de  poursuivre la représentation malgré sa grossesse avancée, mais qui est aussi peu dans son emploi en Big Bad qu’en amante mature. Asolument rien ne s’instille entre les deux comédiens. Il s’avère caractéristique que les moments les plus marquants de Justine soient jusqu’ici dus à une voix off, sans Charisma. Pour celle-ci jouer la grande méchante se limite à une pose figée et à la pose de lentilles colorées.

Fort heureusement Boreanaz brille toujours autant en un Angelus toujours aussi audacieux et monstrueux, même qu’and il ruse avec Jasmine pour gagner du temps. Là encore on trouve toutefois une redite, mais de manière limité, la mise en scène parvenant à efficacement renouveler ses effets durant le nouveau combat contre Faith (toujours experte au couteau). Celle-ci demeure un atout maître, Dushku restituant à merveille ses fêlures, mais, contrairement à l’opus précédent, ne se voit réellement mise en avant qu’en seconde partie d’épisode, jusqu’à un tonitruant cliffhanger. On applaudira une nouvelle fois l’extraordinaire performance de Denisof, qui parvient à établir un lien aussi fort avec elle qu’avec Stéphanie Romanov. Toujours plus sombre, Wes reste plus que jamais le pompier de cette saison inégale.

  • Devenue évidente, la grossesse de Charisma Carpenter est intégrée au récit. L’actrice tint à participer à la série jusqu’au terme extrême de sa grossesse. Son fils naquit le 24 mars 2003.

  • Lorne est enfin reconnu comme un personnage régulier et figure désormais au générique. Auparavant il avait été quarante-quatre fois crédité comme artiste invité.

  • Angelus se rallie finalement au Geekpower, déclarant A Brainiac like you à Fred. Brainiac, un être cybernétique maléfique issu de Kypton est l’un des adversaires récurrents de Superman.  De manière amusant il sera incarné par James Marsters (Spike), dans la série Smallville.

  • De son côté Fred compare Faiith à Supergirl (Supergirl wouldn't have fallen for a cheap hunk of crap like this)

  • Connor, pourtant situé à proximité, n’entend pas Cordy/Jasmine s’adresser à Angelus, alors qu’il avait été établi qu’il disposait d’une ouïe surpuissante 

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15. ORPHÉE
(ORPHEUS)

Scénario : Mere Smith

Réalisation : Terrence O’Hara

*Cet épisode fait suite à l’épisode 7.17 Un lourd passé, de la série Buffy contre les vampires. L’épisode 7.18 L’armée des ombres, suit de même cet épisode.

Coup de théâtre : Faith a absorbé une puissante drogue magique, l’Orpheus, pour qu’Angelus soit à son tour drogué lorsqu’il la mord ! Wesley les ramène à l’hôtel Hypérion, tous deux dans un coma critique. Les esprits de Faith et Angelus errent tous deux dans des souvenirs d’Angel postérieurs à la malédiction gitane. Willow Rosenberg arrive sur ses entrefaites après avoir reçu un coup de téléphone de Fred : ses connaissances en magie devraient lui permettre de rendre son âme à Angelus. Mais Cordélia est bien décidée à contrecarrer ses plans…

La critique de Clément Diaz:


La fin de l’arc Angelus tient globalement ses promesses. L’arrivée de Willow crée l’événement, les crossovers de personnages ayant été absents depuis la fin de la saison 2. Le revival Sunnydale joue à plein, et se met au service d’une intrigue assez audacieuse, rythmée, jouant sur deux fronts très intenses.

On croyait qu’on ne pourrait pas aimer Faith plus qu’on l’aimait déjà, mais non, il faut que la Slayer nous régale d’un coup de maître totalement kamikaze pour arrêter Angelus ! Les deux compères font alors une fascinante expérience à la frontière de la vie et de la mort, où la foi de Faith en Angel va vaciller. Les premières scènes nous valent d’excellents moments comiques avec un Angelus ulcéré de voir son double sauver un petit chien (Faith n’hésite pas à enfoncer le clou) ou le délire autour de Barry Manilow. Mais c’est alors que Faith doit affronter un côté d’Angel qu’elle ne connaissait pas dans la terrible scène du bar. Elle ne l’a pas revu depuis le début de la saison 2. Elle ignore donc qu’Angel peut chuter dans les ténèbres sans être Angelus. Faith perd pied : l’idéalisation de son sauveur est fracassée. Le traumatisme est si lourd qu’elle remet en question sa rédemption et son combat : pourquoi lutter si même mon mentor peut succomber aux ténèbres ? Le combat symbolique entre Angel et Angelus - en plus d’être saignant et énergique - dans lequel elle reste à l’écart montre son désarroi, jusqu’à ce qu’Angel trouve les mots justes - superbes dialogues - pour qu’elle se réveille aux deux sens du terme. Sinon, on ne supporte plus la pitoyable mascarade Cordélia-Connor, de plus en plus débile.

Willow est là ! Et on est au septième ciel : son allure souriante illumine cette saison sombre. C’est le Willow show : autodérision avec Wes sur leurs chemins de ténèbres, longs raisonnements intellectuels - Fred est sous le charme - magicienne surpuissante et efficace ; pluie d’or pour Alyson Hannigan, dont chaque performance est un délice absolu. Son duel magique contre Cordélia, aux rebondissements fastueux, est d’un suspense total. Au final, Faith bastonne Connor une seconde fois (Yeeeees !), puis repart avec Willow pour affronter… l’apocalypse de Sunnydale ! Faith ne peut pas se plaindre qu’elle s’ennuie. On regrette son départ mais heureusement, la rogue slayer n'en a pas fini avec Angel, et nous les reverrons dans les comics Angel & Faith, et leurs aventures complètement délirantes avec de bons festivals de gnons, de catastrophes, de noirceur (mais surtout de gnons)... bref la routine quoi.

La critique d'Estuaire44:

- Dust in the wind. Candle in the wind. There'll be a general wind theme.

On pourrait reprocher à Orpheus de pousser jusqu’à l’extrême la séparation en deux entités distinctes d’Angel et Angelus, alors qu’il nous semble dramatiquement davantage ambitieux de les entremêler. Mais l’épisode se montre tellement enthousiasmant par ailleurs que l'on passe aisément outre. Les nombreux flashbacks maintiennent la qualité observée tout au long des deux séries et viennent idéalement combler les lacunes perdurant encore dans le parcours d’Angel. L’opus permet ainsi d’établir définitivement le profil d’Angel au moment où celui-ci est contacté par l’envoyé des Puissances Supérieures. Mere Smith se montre également malicieuse avec le look disco de notre ami se déhanchant sur les mélodies de Manilow, un grand moment de solitude. Boreanaz interprète toujours avec talent les deux facettes de son personnage, il apporte beaucoup au face à face final, un moment particulièrement casse-gueule. Au total le scénario aura optimisé l'idée initiale d'une drogue surnaturelle, un thème relevant d'habitude davantage de la science-fiction (du Soma d'Huxley à la Substance Mort de Dick, en passant par la Semence des Dieux de Wagner).

Pour son ultime bataille sur le front de Los Angeles, Faith nous enthousiasme de nouveau, qu’elle se montre bouleversante, inanimée dans les bars de Wesley, ou tenant la dragée haute à Angelus (jusqu’au bout en grande forme), un face à face où sa gouaille fait merveille. Buffy avait laissé Angel boire son sang pour sauver celui-ci, Faith agit de même entre Angelus, mais pour le condamner, la Rogue Slayer reste bien une passionnante version enténébrée de Buffy. Mais avouons que Faith nous régale particulièrement quand elle corrige  Connor, vengeant le spectateur de l'horripilante niaiserie du personnage boulet de la saison. On atteint ici des sommets quand il accepte de tuer son père, la Telenovela outrée dans toute sa splendeur. Jasmine/Cordy compose toujours un Big Bad en carton-pâte (elle fait strictement n’importe quoi durant le récit), le duo vire définitivement au grotesque.

Mais le grand atout d’Orpheus réside bien entendu dans son Alysson Hannigan Show. Chaque scène de Willow est un enchantement. On adore qu’elle apporte avec elle l’atmosphère plus joyeuse de Sunnydale (même en saison 7 de Buffy, c’est tout dire) et que le récit lui accorde toute l’attention qu’elle mérite. L’auteure se montre une nouvelle fois malicieuse, multipliant les scènes évidemment crépitantes scènes avec Denisof (dialogues hilarants) et n’hésitant pas à montrer Will draguer légèrement Fred, sans doute inspirée par la proximité de West Hollywood. La sorcière se montre néanmoins déterminante dans le combat (Jasmine ne fait pas le poids). On peut d’ailleurs noter une certaine contradiction, Will se refusant à utiliser la magie à Sunnydale, mais n’ayant aucun problème pour y avoir massivement recours ici. Mais bon, nécessité fait loi. Willow et faith  prennent congé (on espère que la Slayer va pouvoir dormir pendant le voyage, cela fait une semaine bien remplie tout ça), ce qui signifie encore un tiers de la saison sans elles ni Lilah, mais avec Jamine/Cordy. Merci les filles.

  • Angel est arrivé dans le Nouveau Monde en 1902.

  • Alexis Denisof et Alyson Hannigan apparaissent ici ensemble pour ma dernière fis dans le Buffyverse. Ils devaient se marier sept mois après la diffusion de l’épisode.

  • Alyson Hannigan ne fut disponible que deux jours, du fait du tournage de Buffy, mais aussi d’American Pie 3.

  • Le jeune homme tuant le serveur du café à l’époque du Disco est joué par Nate Dushku, le frère d’Eliza.

  • Alyson Hannigan put participer à l’épisode car les diffuseurs WB et UPN renoncèrent à la situation prévalant jusqu’alors : aucune vedette de l’une des séries ne devait apparaître dans l’autre.

  • Cordy/Jasmine surnomme Willow « Glinda » soit le nom de la bonne sorcière d’Oz.

  • La chanson qu’interprète Lorne devant Faith endormie est MacArthur Park, un succès de Richard Harris (1967). En continuité on entend sa version disco dans le jukebox, interprétée par Donna Summer (1977).

  • La chanson qu’Angel sélectionne au jukebox est le Mandy de Barry Manilow (1974), qu’il avait déjà interprété au Caritas,  dans Judgment (2.01).

  • L’épisode marque la dernière apparition d’Angelus dans les deux séries, hormis dans les flashbacks. 

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16. OPÉRATION LISA
(PLAYERS)

Scénario : Jeffrey Bell, Sarah Fain, et Elizabeth Craft

Réalisation : Michael Grossman

Angel Investigations tente d’en savoir plus sur la grossesse de Cordélia, ce que cette dernière doit à tout prix faire cacher. Gwen revient à l’agence et demande à Gunn de l’aider à délivrer Lisa, la fille de son employeur, qui a été kidnappée par un rival…

La critique de Clément Diaz:

Légère pause dans le gros (et quand même pas mal surchargé) feuilleton de cette saison avec cet épisode mi loner-mi Mythologique. L’intrigue Cordelia’s baby se résume à des recherches stériles mais rebondit en fin de parcours. On appréciera davantage l’intrigue d’espionnage mitonnée par les auteurs, assez basique, mais au duo de charme et de choc, au goûtu triple twist, et à son émotion finale.

Surprise, Gwen ne veut pas faire équipe avec Angel, mais avec Gunn ! Une surprise qui renouvelle agréablement la saison, puisqu’il lui permet d’être cette fois au centre des projecteurs. Les auteurs ont le bon sens de ne pas trop sacrifier à l’espionnage, qui n’est pas leur domaine. Ils y arrivent en misant sur l’alchimie manifeste entre Alexa Devalos et J. August Richards - à son meilleur niveau - Gunn, dans une période pessimiste et dégoûtée de lui-même, se réduit à l’étiquette de « muscle » de la bande d’Angel. Alors quand il fait preuve d’inattendues ressources cérébrales, il prend conscience qu’il est plus qu’un bagarreur. Bien sûr, il reste un homme d’action, et il se surpasse avec un superbe combat de Bo-jutsu (bâton long), bel hommage aux films d’arts martiaux dont le Roi du Geekland a toujours été fan. Gunn admet que cette soirée est la plus « fun » qu’il ait passée depuis longtemps, on le comprend ! Nul doute qu’il va sortir plus profond et confiant de cette mémorable soirée. Quant à la torride Gwen, elle vêt un furisode de soirée qui la rend sublimement féminine et féline (Catwoman n’est pas loin), et nous mène en bateau tout le long, via trois twists de plus en plus fracassants. Son numéro de voleuse de charme est à se damner. Mais ce n’est pas qu’une femme de choc : la scène finale, à la tension sexuelle de malade, la montre très émouvante lorsqu’enfin elle exauce un souhait proche de la vision moderne du superhéros qui aimerait bien être quelqu’un d’ordinaire, loin de pouvoirs qui l’encombrent. Gunn et Gwen auront bien mérité leur petite « détente » !

Sinon, on stagne au niveau des vagues avec Connor. Charisma Carpenter, une fois sorti de son rôle lourdingue de manipulatrice au rabais, est plus convaincante en joueuse d’échecs qui cherche à parer les coups d’Angel Investigations. Elle donne un minimum de suspense à une intrigue qui n’en a guère. Aussi, on reprend espoir avec le cliffhanger final qui devrait enfin faire avancer cette intrigue mal dégrossie.

La critique d'Estuaire44:

- I've spent most my time this past year in a turgent, supernatural soap opera.

Centré autour de Gunn, Players apparaît par moments comme l’anti Zeppo. L’un des membres perçus cette saison comme particulièrement secondaire à l’occasion de briller en solo en vivant  sa propre aventure (et de copuler avec la bad girl locale), tandis que le groupe reste axé sur une intrigue supposée principale, mais minorée par la narration. Mais la ressemblance s’arrête là : l’approche de Gunn s’avère psychologiquement moins ambitieuse que celle d’un Alex en quasi rupture et les péripéties décrites, au-lieu de résulter admirablement déjantées et imprévisibles, relève des passages obligés du film de casse. Chaque épisode de Gwen aura été connecté à ce genre (qu’elle l’effectue ou le subisse), ce qui imite la palette du personnage et donc son ancrage dans la série. Mais on se laisse malgré tout séduire par le charme de ce couple, entre une Gwen à l’abattage toujours aussi incendiaire mais fendant l’armure et un Gunn prenant effectivement davantage d’ampleur. Alexa Davalos et J. August Richards  (prouvant ici qu’il peut assurer un élargissement de son personnage) se montrent impeccables et particulièrement complices. C’est pour eux que l’on aime cet opus, d’avantage que pour le scénario.

Ce dernier se montre maladroit, passant sous silence ce qui a pu faire échouer le rapprochement entre Gun et Fred précédemment amorcé, ou révélant que deux semaines se sont écoulées depuis le retour d’Angelus alors que tout a ici exposé comme en quasi continu. Surtout Jasmine/Cordy sombre encore davantage en composant le Big Bad définitivement le plu faiblard du Buffyverse. Voici quelqu’un que l’on montre en Mastermind échafaudant un Maître Plan archi complexe et tombant par la suite dans les panneaux les plus énormes, croyant qu’Angel av être aussi crédule que Connor ou ayant recours à des procédés aussi redoutables qu’une tasse de café quasi renversée sur du papier. Colossal. Quelqu’un qui ne perçoit rien quand Angel ne dit mot en l’écoutant et prend son vieux regard de mort. Il était temps que tout ceci s’arrête, y compris pour une Charisma à qui tout semble coûter, désormais.

  • Everything's been Clash of the Titans around here déclare Cordy. En 2010, Alexa Davalos (Gwen Raiden) participera au remake de ce film de 1981.
  • Gwen Raiden ne réapparaîtra plus par la suite. Elle participera néanmoins à la saison 6 Comics After the Fall, transformant notamment l’Hypérion en refuge pour les habitants de Los Angeles, aux côtés de Connor et de Nina Ash. Les événements d’After the Fall rendirent le système LISA inopérant.

  • Le chef mafieux japonais estime que quelque chose de merveilleux va bientôt survenir à Los Angeles, ce qui correspondant à peu près à la tactique qu’emploiera Jasmine incarnée.

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17. L'HORREUR SANS NOM
(INSIDE OUT)

Scénario : Steven S. DeKnight

Réalisation : Steven S. DeKnight

Manipulé par Cordélia, Connor vole à sa rescousse lorsqu’Angel Investigations découvre sa vraie nature. Pour comprendre comment son amie a pu se mettre au service du Mal, Angel interroge Skip, son « ange gardien ». Pendant ce temps, Cordélia incite Connor à tuer une jeune fille pour accélérer son accouchement. Une « invitée surprise » tente de l’en dissuader…

La critique de Clément Diaz:

Steven S. DeKnight avait explosé la baraque dans Buffy en écrivant le violent et déchirant Seeing red ; ici il va encore plus loin : mort d’un innocent, Big Bad étourdissant au centre, remise en cause intégrale de la série elle-même, conversations avec l’au-delà, suspense monstrueux, masques tombant dans un effet dévastateur, cliffhanger totalement dingo... On sort de cet épisode dans un état second.

Connor et Cordélia (ainsi que leurs acteurs en sévère méforme) ont souvent tiré la saison par le bas par leurs scènes sentimentalistes au rabais, que n’excusait pas le double jeu de Cordy. Mais là, Redde Caesari… les scénaristes poussent au paroxysme la perversité de Cordélia et la dérive morale de Connor, rendant le spectacle autrement plus intéressant. Charisma Carpenter explose d’emphase doucereuse en baddie sans pitié : conditionnement de Connor, déformation de la vérité, exaltation méchante, vivacité d’esprit... Vincent Kartheiser arrive enfin à nous serrer les tripes en nihiliste ne vivant que par un amour qui fait de lui une marionnette. On crève beaucoup dans Angel, mais on avait jamais assisté aux supplications déchirantes des victimes des démons (Stephi Lineburg, qui briserait un cœur d’acier), et encore moins à un « innocent » comme Connor en position de meurtrier. Le twist de Darla a été millimétré pour un résultat-choc : désormais apaisée par sa rédemption, Darla tente de sauver son fils des ténèbres (il est dit qu’on ne se remettra jamais du départ de Julie Benz) dans une séquence intense, virant à l’horreur psychologique quand Cordélia revient dans la bataille. Le couperet tombe à cru lorsque Connor chute dans la noirceur, plus bas qu’Angel lui-même dans les deux saisons précédentes.

Le retour de Skip (savoureux David Denman) a dû combler les fans. On adore son accueil chaleureux à Angel, suivi d’une super baston saignante et enfin de la grande grande scène de confrontation où il nous met KO à force de révélations chocs. Tout ce qu’on a vu depuis le pilote ? Un long long plan diabolique instauré par un maître en la matière !!! Le tragique de la scène est prenant. La tirade de Gunn, résolument non fataliste, est chaleureuse, avant que Skip se mette en mode Terminator, avec un final très… inattendu ! Angel accepte un nouveau sacrifice qui étend encore son aura de héros sans repos, marqué par le destin, mais le cliffhanger, un des plus… extrêmes de la série l’en empêche. Même J.J.Abrams n’aurait jamais osé…

La critique d'Estuaire44:

- Guy steps out for a few hours, half the place goes super-villain.

Inside Out exacerbe comme à plaisir les défauts narratifs de la saison. Le scénario mise beaucoup sur le cliffhanger voyant l’arrivée de Jasmine incarnée (merveilleuse Gina Torres), mais là on ne comprend plus. Il nous avait été présenté que la survenue de la bête, de la pluie du feu, de l’extinction mystique du soleil avait pour but de provoquer le retour Angelus. Or Angelus n’est pas là sans, que cela interfère le moins du monde. La présence d’Angel ne pose pas de problème non plus, car il est immédiatement subjugué par Jasmine. A quoi rime tout ce qui a précédé ? Jasmine/Cordy s’est exposée aux foudres d’Angel pour rien, elle aurait pu tout aussi bien mener une romance tranquille avec Connor.

Et puis on ne peut pas lâcher au détour d’une conversation, comme ça, que tous les protagonistes de la série ont été manipulés dès le départ, sans étayer le moins du monde cette perspective minorant profondément leurs actions. La désinvolture scénaristique est totale. En fait DeKnight perçoit bien que Jasmine/Cody a été une Big Bad en bois, de ce bois dont on fait les pipeaux. Il cherche dès lors à lui apporter une aura supplémentaire avec ce procédé extrêmement léger, inféodant les trois excellentes saisons précédentes à la présente, bâtie sur du sable.

L’épisode se sauve en partie par son parallèle  entre les dilemmes moraux de Connor et d’un Angel prêt à en terminer par devoir avec Cordy, tout l’aura été Buffy vis à vis d’Anya dans Selfless. Skip se sera montré amusant jusqu’au bout. Surtout, l’opus doit beaucoup à la grande performance de Julie Benz une nouvelle fois exceptionnelle dans l’incarnation d’une mère désireuse d’éviter à son enfant la damnation qu’elle a traverse. Le moment est particulièrement émouvant et DeKnight a cette fois-ci raison de ne pas opter pour un happy ending qui aurait été contraire à l’esprit de la série. Évidemment cela pousse l’aveuglement de Connor jusqu’à d’extrêmes limites, mais le personnage nous y a déjà habitué. Demeure néanmoins l’impression d’une saison tournant à vide, soutenue, comme par des rustines, par d’excellents personnages secondaires, réguliers (Wes/Lilah) ou invités (Willow, Faith, Darla). 

  • La bouteille d’eau offerte par Connor à la jeune femme disparaît ensuite sans aucune explication.

  • La marque du coup que porte la jeune femme au visage disparaît après son exécution.

  • Wes compare Cordelia à Lizzie Borden. En 1892 celle-ci fut accusée d’avoir massacré sa famille à coups de hache, avant d’être acquittée au terme d’un retentissant procès. Passée dans le folklore américain, Lizzie Borden est référencée dans de multiples romans, chansons, films ou séries télévisées. Elle fut notamment interprétée par Elizabeth Montgomery dans un téléfilm de 1975 et présentée comme possédée par un démon dans la série Supernatural.

  • Nobody comes back from Paradise. Okay, a Slayer once... déclare Skip, il s'agit d'une allusion aux événements survenus en début de saison 6 de Buffy contre les Vampires.
  • Lorne surnomme Connor Kid Vicious, un jeu de mots en référence à Sid Vicious, la rock star des Sex Pistols.

  • L'acteur David Denman (Skip) a indiqué que son costume nécessitait 3 heures et demie pour être posé, auxquelles s'ajoutaient encore 5 heures de maquillage, pour les finitions.

  • Julie Benz s'est déclarée ravie de reprendre le rôle de Darla et de pouvoir exprimer plus en avant les sentiments maternels de celle-ci.

  • Steven S. DeKnight, également auteur de l’épisode, passe pour la première fois derrière la caméra. Il a confirmé ultérieurement que Darla était bien envoyée par les Puissances Supérieures.

  • Après la « naissance » de Jasmine, Cordy sombre dans un coma dont elle n’émergera qu’en saison 5.

  • Jasmne est incarnée par Gina Torres, qui venait d’incarner Zoé Alleyne, le second du Serenity, dans Firefly. Pareillement, Nathan Fillion (Mal Reynolds, capitaine du Serenity) va jouer le terrible Caleb, au cours de la saison 7 de Buffy.

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18. DOUCE BÉATITUDE
(SHINY HAPPY PEOPLE)

Scénario : Elizabeth Craft et Sarah Fain

Réalisation : Marita Grabiak

La belle jeune femme sortie du ventre de Cordélia - dont l’accouchement l’a désormais plongée dans le coma - se présente comme une déesse des Puissances Supérieures. Elle charme immédiatement quiconque la regarde, et toute la ville de Los Angeles est à ses pieds. Elle déclare qu’elle est là pour éradiquer le mal sur Terre, et fait d’Angel Investigations ses champions privilégiés. Elle ne cesse de parler d’amour et de paix, mais Fred voit soudain une autre vérité…

La critique de Clément Diaz:

Les séries du Joss font rarement dans la demi-mesure niveau scénarios, mais il faut quand même admettre que le parcours hallucinogène de cette saison devient fortement opiacé. Le rebondissement massif de Jasmine évoque dans sa démesure les grands défouloirs Rambaldiens d’Alias. Et on se demande s’il y’a une limite à la poursuite du délire à tout prix des auteurs. Pour l’heure, Shiny happy people, une fois sa surprise passée, fait prélasser son intrigue au soleil, attendant les dernières minutes pour enfin décoller, et pas super intelligemment. Heureusement, c’est la fantastique Gina Torres, une des meilleures actrices américaines, qui incarne la déesse ; et tout comme Jasmine hypnotise tout le monde, l’actrice nous hypnotise à son tour.

Il est à la fois amusant et angoissant de voir tout le monde s’agenouiller devant Jasmine. Rivalisant de tirades enflammées, Angel Investigations semble sur un petit nuage. Le spectateur se demande vraiment quel est le jeu de la Big Bad de la saison : elle prêche l’amour entre les hommes, la paix universelle, le pardon envers l’autre, ne veut point qu’on s’agenouille devant elle, pose des regards affectueux sur tout le monde… on est loin de la Bête ! Toutefois, l’épisode prolonge usqu’à l’absurde cette situation. 42 minutes d’adoration devant la Jasmine, on a largement le temps de s’ennuyer. Cela dit, l’épisode pose une excellente métaphore : dans une optique très 1984, la renonciation volontaire au libre-arbitre est une idée tentante : après tout, penser et décider par soi-même est un processus douloureux, et souvent nous aimons nous mettre aux ordres de quelqu’un ou de notre entourage pour nous épargner cette expérience qui pourtant fait de nous des hommes. L’épisode frappe juste pour le coup.

Quand la tension revient, c’est mal exploité : après la vision-choc, Fred perd du temps à l’hôpital, puis - cliché absolu - s’ouvre à Wesley qui évidemment la dénonce et la force à fuir. Malgré les métaphores, on s’ennuierait à mort s’il n’y avait la merveilleuse Gina Torres, resplendissante de douceur trompeuse mais paradoxalement sincère. Elle est la raison d’être de cet épisode.

La critique d'Estuaire44:

- Eight legs, three heads, horns ?

- Hey!

- No offense.

Shiny Happy People a l’excellente idée de saisir pleinement la possibilité de relance de la saison que représente l’avènement de Jasmine. Le scénario joue ainsi efficacement d’un plein  effet de sidération, obtenu par les toujours plus hilarants dialogues de dévotion exprimés par des acteurs ne contraignant pas d’en faire joyeusement des tonnes (mention spéciale à Boreanaz). L’atmosphère évolue ensuite avec talent, passant progressivement d’une utopie incongrue à un dystopie de la plus belle eau, le tout n’étant pas ans évoquer l’excellent Number Twelve Looks Just Like You de La Quatrième Dimension.

Le masque tombe quand on comprend peu à peu que Jasmine ne détruit pas simplement le mal dans le cœur de ses adorateurs mais bien cette part d’ombre concourant également à faire d’eux des êtres humains à part entière et sans laquelle le libre arbitre ne peut s’exercer. En arrière plan se dessine également une perspective aussi aiguë qu’effrayante sur le phénomène sectaire. L’atout majeur de l’opus reste l’éblouissante prestation de Gina Torres en madone faussement angélique, dont l’irradiant charisme apporte une crédibilité permettant à l’ensemble du récit de fonctionner. Comme Big Bad, quel saut qualitatif vis à vis de Cordy/Jasmine ! La bonne nouvelle de réside Shiny Happy People réside aussi dans le terme mis à cet arc narratif pénible au possible.

Toutefois l’épisode s’autorise quelques dommageables légèretés. Le thème de Jasmine tirant les ficelles sur presque toutes la série se voit repris alors qu’il st contre-productif (nos héros transformés en pauvres dupes) et totalement inutile. Ce n’est pas d’où vient Jasmine qui importe, mais ce qu’elle est. Sweet, au pouvoir de suggestion pareillement global, n’avait pas eu besoin de tout un prologue délirant pour faire sensation à Sunnydale. Par ailleurs les auteurs tentent de contourner la difficulté par une pirouette, mais le problème est effectivement posé d’un retour d’Angelus du fait de la béatitude ambiante.

La relation psychologique se suffisait également en elle-même et les maquillages gore résultent quelque peu superfétatoires, même si celui de Jasmine reste une vraie réussite dans le genre. On distingue également une facilité dans le fait que le fait déclencheur de l’épiphanie de Fred ne soit jamais réellement élucidé. On s’étonne de voir une survivante solitaire comme elle tomber aussi facilement dans le panneau de tout raconter à Wesley. Mais on doit à Fred une  conclusion effrayante à souhait, dramatisant efficacement la poursuite de la saison.

  • Le titre original est une reprise de celui du tube de R.E.M., en 1991.

  • Lorne compare le règne de Jasmine au film des Beatles A Hard Day's Night (1964). Les Fab Four y étaient notamment poursuivis par une multitude d'adoratrices.

  • Angel apparaît dans des vêtements colorés, tranchant avec son noir coutumiers. Les auteurs voulaient ainsi souligner son tempérament désormais joyeux.

  • On peut se demander si la béatitude engendrée par Jasmine ne devrait pas faire réapparaître Angelus. En même temps, celui-ci n’a sans doute aucune envie de vivre dans un univers pareil.

  • Gina Torres (Jasmine) connaît une superbe carrière à la télévision. outre Zoé dans Firefly, elle incarne notamment la redoutable Ana Espinosa d’Alias, ou la Julia Miliken de 24h Chrono. Elle compose également une mémorable Cléopâtre aux côtés, sinon très proche, de Xéna la Guerrière. Épouse de Laurence Fishborne, elle participe également à Matrix. Son beau timbre mezzo-soprano la fit brillamment débuter comme chanteuse de Gospels, avant qu’elle n’opte pour une carrière de comédienne. Elle reste toutefois une importante actrice de voix, assurant notamment celles de Vixen et de Wonder Woman dans les dessins animés et jeux vidéo DC.

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19. LA BALLE MAGIQUE
(THE MAGIC BULLET)

Scénario : Jeffrey Bell

Réalisation : Jeffrey Bell

Seule à connaître le vrai visage de Jasmine, Fred est seule contre tous. Par ses pouvoirs, Jasmine peut savoir où elle se cache. Découvrant son unique point faible, Fred tente une contre-attaque solitaire et désespérée…

Angel 2 19 2

La critique de Clément Diaz:

Bon, ça bouge sur le front Jasmine ! La traque infernale lancée contre Fred permet à cette dernière d’être l’héroïne de jour, un plaisir que la série nous a trop rarement donné. Il est d’ailleurs visible que la saison tente de compenser la centralisation sur Angel et Cordélia en accordant quelques aventures marquantes en fin de parcours à leurs alliés (Gunn et Gwen, Connor et Darla). Amy Acker se saisit de l’opportunité en jouant à fond sur les émotions de son personnage seule contre tous. Sa fuite puis son retour dans la bataille sont source de suspense stressant et cravaché.

Pour bien nous faire ressentir la dimension ultra désespérée de la situation de Fred, les auteurs n’y vont pas de main morte : Jasmine s’infiltre dans chaque esprit de la ville pour espionner notre héroïne qui est bientôt encerclée de tous côtés ! Angel Investigations n’est pas en reste avec une belle poursuite initiale et des serments de meurtre de plus en plus inquiétants. Jasmine est vraiment un des Big Bad les plus fascinants du Buffyverse : douceur, calme, joie tranquille omniprésentes, elle imprime une présence particulière et inédite au sein de la série. Gina Torres est une Gorgone : impossible de s’arracher à son influence une fois qu’on la regarde, vraiment l’interprète idéale !

L’épisode insère quelques moments d’humour qui ne font qu’en accentuer l’intensité : Jeffrey Bell rend hommage aux X-Files, dont il a écrit plusieurs excellents épisodes avec une discussion au-delà du réel entre Fred et le paranoïaque de la librairie, hilarant pastiche de l’allumé de Roswell du Seigneur du Magma ! Ou encore la scène avec le démon végétarien pas végétarien, un autre grand moment de n’importe quoi. Quoiqu’on atteint de nouvelles cimes avec le karaoké de l’hôtel, avec en climax énorme Angel et Connor chantant… Mandy de Barry Manilow ! Le running gag du grand amour qu’Angel voue à cette chanson marche à plein ! L’opération suicide de Fred dans la gueule du loup fout une tension de tous les diables. L’occasion d’une belle scène intime entre Angel et Fred - vrai-faux baiser inclus - et sur la douleur que nous ressentons quand nous quittons un mensonge confortable pour accepter une vérité cruelle. L’idée excellente du sang de Jasmine permet un beau retournement de situation où Angel Investigations, petit à petit, retrouve la vue… sauf que le cliffhanger complique encore la situation ! Ça devient insoutenable l’affaire…

Angel 2 19 3

La critique d'Estuaire44:

- Where are those people?

-  I ate them.

- Cool.

La grande première partie de The Magic Bullet développe admirablement l’univers en folie installé lors de l’opus précédent, avec un irrésistible effet ciseau encore accru entre la nature abominable de la dystopie proposée et ses manifestations parfois joyeusement absurdes. Portée par une Gina Torres toujours aussi fabuleusement inspirée, Jasmine continue à sublimer l’action en cours. Pour elle coup elle fait beaucoup plus Déesse que Glory. Le scénario continue à rendre toujours plus abominable son ascension, entre asservissement psychique de ses adorateurs et « union » gustative  avec ces derniers (le Comment servir l’Homme de La Quatrième Dimension n’est pas loin).

L’opus évite par ailleurs tout classicisme, en entremêlant finement cet aspect à des moments de pur absurde, avec un effet hilarant garanti. Le festival s’avère permanent, on retiendra le simili Gollum prétendument végétarien notamment, le retour du Mandy de Manilow (tout le show à l’Hypérion est à se tordre de rire) et plus encore  les discussions hallucinées à la Lone Gunman avec l’inénarrable conspirationniste de la boutique. Voir Jasmine lui révéler, que, oui, il n’est qu’un tireur solitaire à Dallas nous achève. Le gaillard est impeccablement interprété par Patrick Fishler, qui incarna le très allumé Gabriel de Californication, ce qui ajoute encore au délire.

La quête de Fred et ses rencontres hallucinées sert idéalement de lien entre les segments de l’histoire, évitant une segmentation artificielle. Cela nous vaut également des aperçus du soleil californien, une rareté au sein de la série. L’intelligence de Fred se voit idéalement mise à contribution pour le twist très astucieux du récit, on ne l’avait pas vu venir. Malheureusement cela débouche sur une fin de parcours légèrement besogneuse, avec une guérison un rien mécanique des membres successifs d’Angel investigation. Evidemment Connor le Boulet fait capoter l’affaire (quelle surprise). Le cliffhanger couronne néanmoins joliment cet opus confirmant pleinement la relance de la saison sur sa dernière trajectoire.

  • Le titre original fait référence à la théorie de Paul Ehrlich, père de la chimio thérapie, visant à utiliser des médicaments de manière ciblée sur telle ou telle partie de l’organisme. Magic Bullet fait aussi allusion  parcours officiel parfois estimé très improbable de la balle ayant tué JFK.

  • Jasmine réside  dans la chambre 619, mais les extérieurs montrent que l’Hypérion ne comporte que cinq étages.

  • Fred se présente au démon comme new to the whole fugitive thing, alors qu’elle l’a été durant tout son séjour sur Pyléa.

  •  Le show de Lorne est musicalement animé par Zakk Wylde, le guitariste attitré d’Ozzy Osbourne.

  • Il accompagne Lorne quand celui-ci interprète Freddie's Dead, de Curtis Mayfield (1972)

  • La chanson entendue durant l’introduction ensoleillée de l’épisode est l’immense tube Wouldn't It Be Nice, des  Beach Boys (1966).

  • L’auteur Jeffrey Bell passe ici pour la première fois derrière fois derrière la caméra, une expérience qu’il jugea terrifiante.

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20. SACRIFICE
(SACRIFICE)

Scénario : Ben Edlund

Réalisation : David Straiton

Angel, Gunn, Fred, Lorne, et Wesley s’enfuient de l’hôtel et se cachent dans les égouts où ils rencontrent un groupe de patrouilleurs pas encore tombés sous l’influence de Jasmine. Toutefois, un démon hante les profondeurs, ayant déjà tué l’un des patrouilleurs. Pendant que Connor, toujours contrôlé par Jasmine, prend la tête d’une armée pour retrouver Angel Investigations, Wesley fait une découverte…

La critique de Clément Diaz:

On sent que les auteurs éprouvent de plus en plus de difficultés de tenir le souffle de leur feuilleton. Ben Edlund applique la même recette de l’épisode précédent avec une nouvelle poursuite « seuls contre tous », mais la formule marche beaucoup moins : manque de rythme, surplace du côté de Jasmine et de Connor, répétitions de scènes déjà vues, démon cabotin énervant. Les défauts récurrents du scénario étouffent toute velléité de tension, malgré un nouveau cliffhanger désespéré plein d’effet.

Gina Torres continue d’impressionner, mais elle doit se débattre devant le manque total d’évolution de son personnage qui reste tranquillement à l’hôtel manipuler Connor - ça devient un running gag cette manipulation continuelle, et ça contribue pas à nous le faire apprécier. Du coup, Jasmine se rapproche trop de Glorificus : elle prend la pose et laisse ses valets faire le sale boulot. Cela diminue son aura de Big Bad, le tout sans être compensé par l’humour massif de la Bimbo blonde. Notre quinte flush fuit dans les souterrains et qu’est-ce qu’ils font ? Ils rencontrent une équipe sortie du diable vauvert qui ne leur est d’aucune utilité. Les erreurs scénaristiques s’accumulent : la fuite de Matthew est une ficelle énorme uniquement destinée à ce que Jasmine les retrouve. Dans cette échappée, Fred et Gunn sont réduits à l’état de rouages dans la mécanique essoufflée de l’épisode.

On espère plus du côté de Wesley avec le démon-araignée, mais ce dernier n’a que des répliques vides de sens, pseudo-mystiques, et il ne faut pas compter sur Wes qui joue le perroquet répétant les répliques de son interlocuteur. Gros éclat de rire devant Connor en chef des armées, c’est aussi crédible que Kennedy qui en ce moment entraîne les Potentielles à la dure à Sunnydale sous notre regard navré. On sauve toutefois la réalisation glauque de David Straiton ainsi que la dernière minute où nos amis sont tous prêts à se sacrifier pour permettre à Angel de franchir le portail magique (mais l’effet de surprise est limité, vu qu’on a déjà eu Pylea)… et de plonger dans un nouveau merdier. Il est quand même temps que les auteurs rangent leurs cigarettes qui font rire, parce que là on a franchi depuis longtemps les frontières du délire àdonf…

La critique d'Estuaire44:

- You can't outrun my love. It has wings made of radio.

Sacrifice apparaît clairement comme un opus destiné à rallonger passablement artificiellement l’arc de Jasmine. Il le délaye inutilement au lieu d’y apporter un contenu supplémentaire, contrairement à l’opus précédent. L’action  se poursuit uniquement par une cavalcade schématique et passablement maladroite. La découverte de ce gang de résistants ultra poncif et de la seule créature capable de représenter une Jasmine relève trop du providentiel pour ne pas s’assimiler à une facilité scénaristique. Le monstre se veut inquiétant, mais résulte d’avantage répugnant qu’autre chose. Pour couronner le tout, il est totalement absurde qu’il se mettre à pérorer avec Wes au lieu de l’incorporer à son tas de dépouilles. Les sectateurs possédés par Jasmine font toujours leur effet mais celui–ci s’use à force de répétition.

Il est également maladroit de faire poursuivre Angel Investigations par les seules voitures de police, normalement on devrait avoir tou Los Angeles aux trousses de nos amis, ce qui serait plus efficace à l’image Jasmine doit toujours beaucoup à Gina Torres, mais s’enchâsse dans l’Hypérion, ce qui l’imite son champ d’action. Les auteurs ont aussi la maladresse d’établir une relation entre elle et Connor ressemblant trait pour trait à celle que ce dernier avait avec Cordy /Jasmine, ce qui augmente encore l’impression de surplace. Sur ce point on atteint sn sommet avec Gunn et Fred ressortant le vieux dossier du Professeur tué, sans aucune nécessité. Clairement, on meuble. Heureusement la découverte par Angel d’un monde totalement étrange évite cette fois un sentiment de doublon avec l’environnement très terrestre de Pyléa.

  • Le démon araignée est joué par Jeff Rickets, quivait déjà été Weatherby, le chef du commando du conseil ; Apparaissant également dans Firefly, il est l’un des très rares acteurs à figurer dans les trois séries majeures de Whedon.

  • Ici évoqué, le pouvoir des noms est une forme de magie très présente dans la culture ésotérique (notamment chez les Wiccas) et déjà présente dans la Kabbale.

  • The last feisty wife in Stepford déclare Lorne faisant référence à un film de science-fiction (The Stepford Wives, 1975), où les femmes sont remplacées par des androïdes soumis.
  • Les amis d’Angel ne le suivent ps dans le monde démoniaque car ils estiment ne pas pouvoir en respirer l’atmosphère. Or le démon en provenant respire parfaitement celle de la Terre. L’incompatibilité ne paraît donc pas démontrée. 

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21. LA PAIX UNIVERSELLE
(PEACE OUT)

Scénario : David Fury

Réalisation : Jefferson Kibbee

Gunn, Fred, Lorne, et Wesley sont faits prisonniers par Jasmine, qui s’apprête à étendre son influence sur la planète entière via les médias mondiaux. Angel, dans la dimension du démon-araignée, doit affronter le Gardien du Mot, et le … du Nom, pour connaître le vrai nom de Jasmine, qui anéantira ses pouvoirs…

La critique de Clément Diaz:


David Fury prend la plume pour écrire sinon le plus grand chef-d’œuvre de la série, du moins son plus profond, son plus riche. A travers une intrigue palpitante qui clôture avec bravoure l’arc de Jasmine, les auteurs s’interrogent sur des questions philosophiques millénaires : valeur du libre-arbitre, sacrifice d’innocents pour le bien commun, soumission volontaire au doux mensonge, raisons de se battre pour un combat perdu d’avance, le fait de tuer ce que l’on aime le plus…

Passons vite sur Angel Investigations, prisonniers dans une cage durant tout l’épisode, ils ne sont que spectateurs de la bataille Angel-Connor-Jasmine. Alors qu’Angel livre un combat de Titan contre les gardiens du nom secret de Jasmine (ça aussi ça fait très Loup Solitaire cette idée de connaître le nom d’un ennemi pour le neutraliser), il est confronté à une question simple : pourquoi se bat-il ? Pour des amis qu’il croit morts ? Pour un fils qui ne l’aimera jamais ? Pour une humanité décevante qui ne fera que le rejeter ? Peut-être justement pour ses raisons, qui rejoignent le service ultime d’un Champion : celui de se battre pour le salut du monde, sans jamais rien recevoir en retour, ou alors seulement du rejet - un thème déjà très Jack Bauer - Connor nous apporte une réponse similaire lors de la scène avec Cordélia : l’unique raison de vivre de son père est de se battre, de lutter, c’est son seul droit. Ce destin cruel sans repos, et pessimiste est bien rendu par David Boreanaz, où derrière les flots de vannes que son personnage envoie au Gardien du Mot, se dissimule à peine une souffrance inapaisable.

Connor nous a souvent agacés, mais Fury lui concocte un magnifique monologue rageur et amer sur la valeur du mensonge. Le twist retentissant voyant Connor ayant toujours vu Jasmine comme elle l’est s’explique avec beaucoup de justesse : contrairement à Angel Investigations, il a été élevé dans une dimension démoniaque où tout n’est qu’apparences. Il voit au-delà de cela, et a vu que derrière l’apparence démoniaque se cachait l’authentique Sauveuse du Monde. Mais Connor est un homme (bon, il a une essence de démon, mais là je chipote) et lui-même a du mal à lutter contre cette face de laideur qui prend le dessus sur l’amour de Jasmine. Ses tourments existentiels - vie bâtie sur un empilement de mensonges - l’ont rendu méfiant et fermé à toute source de joie, et c’est aussi pour cela qu’il est impuissant à ressentir l’amour infini de Jasmine. Vincent Kartheiser nous a rarement convaincus, mais on voit pas ce qu’on peut lui reprocher dans sa scène centrale, où il resplendit de fureur, de chagrin, et d’amertume ; on ne peut que s’incliner.

Jasmine est dramatisée à point : Puissance Supérieure devant recourir à un masque adorable pour se faire aimer. Que ce masque se brise, et l’aveuglement des hommes prend le dessus : ce qui est « laid » est forcément maléfique. Quand Angel brise le charme, il a un peu le mauvais rôle, et Jasmine, qui aime (mais mal) ce monde, est dans une grande souffrance d’avoir échoué - inoubliable Gina Torres, parfaite dans son ultime aria. Jasmine pose une question immortelle sans réponse : faut-il sacrifier quelques milliers d’innocents pour sauver des milliards d’êtres humains, qui vivraient dans un nouvel Eden ? Angel, farouche partisan du libre-arbitre humain, déclare que le bonheur ne peut être vendu contre la vérité. Tout homme doit choisir son destin, même s’il est malheureux, car il ne serait plus un homme si on le forçait à être heureux, il ne serait qu’une marionnette.

Il est intéressant de se dire dans cette situation What would Buffy do ? Mais plus encore What would I do ? Accepterions-nous de ne plus contrôler nos vies et d’avoir un bonheur sincère et plein (et non artificiel comme les tromperies de Big Brother), ou choisirions-nous la lutte douloureuse, mais assumée ? L’esprit de tragédie totale figure ainsi dans la décision de Connor de se séparer définitivement du père. Sans doute Connor aurait-il souhaité la paix universelle au prix de son libre-arbitre ; privé par son père de cette possibilité, il s’éloigne définitivement de lui. Cette amertume indélébile se retrouve quand il tue Jasmine, qu’il aime, mais sur le point de supprimer Angel. Connor ne peut vouloir la mort d’un père qu’il hait sans retour, car il est l’unique balise qui lui reste dans sa vie. Passées ses considérations métaphysiques, bornons-nous à dire que le duel Angel-Jasmine est musclé à souhait, que Gunn a un sacré coup de pied, et que le cliffhanger est absolument génial, bien qu’hélas stupidement éventé dans les crédits de début d’épisode. Un épisode d’une profondeur sidérante.

La critique d'Estuaire44:


- You’re not human.

- Working on it

Peace Out conclue par le haut l’arc de Jasmine. Il se montre à la fois riche en action et ambitieux dans les thèmes abordés, mais n’évite pas le piège de vouloir en faire trop. Ainsi, dans le domaine des péripéties on apprécie de retrouver un Angel en mode Dark Avengers, aussi tranchant dans les combats que dans les dialogues, mais l’ultime combat contre Jasmine abuse des destructions de décors en carton parte et des cabrioles diverses et variées. La création en images de synthèse de l’univers des insectes accuse également son âge. Il s’avère également maladroit de montrer Gunn démolir la cage qui avait résisté à Angelus. On en comprend guère pourquoi Jasmine celui qui, somme toute, est son grand père.

Brillamment dialogué, l’opus n’hésite pas à aborder de grands concepts enrichissant son récit, comme la relativité du Bien et du Mal face à une logique froide, l’importance du libre arbitre dans la nature humaine et le prix à payer pour cela, ou bien encore, entre autres,  le pouvoir manipulateur de la télévision. On apprécie particulièrement le retour des thèmes clefs de la série : les failles existentialistes d’Angel et son difficile rapport à l’une Humanité dont on peut douter qu’elle vaille la peine d’être sauvée. En méta récit les auteurs nous signifient sans doute qu’après les errements de la saison 4, la série va redevenir elle-même.

Malheureusement Peace Out paie l’addition de Sacrifice, épisode globalement inutile et qui l’aura empêché de se constituer en double épisode, comme son sujet le méritait et le nécessitait. Les thèmes se voient donc trop  rapidement abordés mais guère approfondis, jusqu’à se bousculer. C’est particulièrement vrai pour Connor, dont le comportement évolue trop précipitamment pour ne pas résulter erratique, alors même que Vincent Kartheiser s’était enfin montré capable de défendre une belle scène, aux côtés de Cordelia. 

  • Never give up. Never surrender déclare Gunn ; il s’agit de la phrase rituelle de la série de science-fiction mise en scène dans le film Galaxy Quest (1999).
  • Tim Minear a indiqué qu’il était prévu que Cordy émerge de son coma et porte le coup fatal à Jasmine. Mais Charisma Carpenter venant tout juste d’accoucher et ce fut donc Connor qui s’en chargea.

  • Charisma Carpenter retient son souffle quand Connor parle à Cordy, mais cette dernière est censée être dans le coma, donc toujours respirant.

  • La surprise du retour Lilah est singulièrement atténuée par la mention de Stéphanie Romanov au générique.

  • Le titre original est un synonyme familier d’"au-revoir". 

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22. UNE VRAIE FAMILLE
(HOME)

Scénario : Tim Minear

Réalisation : Tim Minear

*Cet épisode connaît une suite dans le double épisode final de Buffy contre les vampires 7.21/7.22 : La fin des temps.

Lilah revient provisoirement de l’enfer pour faire à Angel une offre surprenante : lui remettre les clés de Wolfram & Hart !!! Motif de cette offre : en tuant Jasmine, ils ont rétabli le chaos dans le monde, et donc sont dignes de posséder le cabinet ! Angel Investigations accepte de faire un tour d’horizon au sein du cabinet remis à neuf, et aux salariés bien vivants. Angel, méfiant, est sur le point de décliner l’offre lorsqu’il apprend que Connor, totalement déboussolé, a pris un magasin en otage et a attaché des ceintures d’explosifs autour des otages, mais aussi sur lui-même !…

La critique de Clément Diaz:

La saison 4 d’Angel se termine d’une manière similaire à la saison 4 de Buffy : les arcs de la saison sont bouclés dans l’avant-dernier épisode, et le dernier épisode constitue un final « à part », préparant nos personnages à la saison suivante via une épreuve purement psychologique. Tim Minear, de retour après l’injuste annulation de Firefly, transpose l’éternelle situation du Pacte avec le Diable, ici d’autant plus forte que le mystère entourant Wolfram & Hart demeure. Le sacrifice final d’Angel est un superbe moment de la série, étant simultanément un happy end et un sad end.

Le scénario de Minear rend hommage à la fabuleuse Lilah Morgan, qui trouve l’occasion ici de synthétiser toutes les facettes de son personnage, de nous rappeler combien elle fut fondamentale au show : séduction mutine, perversité sous-jacente, ironie acide, domination psychologique, mais aussi quelques fibres d’émotion sincère, son affection non feinte pour Wesley, son sentiment d’emprisonnement dans une prison qu’elle s’est elle-même forgée. Stéphanie Romanov est la lumière de cet épisode, et l’on enrage d’autant plus son départ définitif de la série. La scène où elle fait sa surprenante offre, qui entraîne un silence quasi délirant de 40 secondes - superbe idée de mise en scène - est très jouissive à regarder : à la défiance stupéfiée d’Angel Investigations, répond le flegme mi-flippant mi-hilarant de l’avocate.

La question quant à accepter le pacte agite tout l’épisode : peut-on se servir des armes du Diable pour le Bien, et surtout acceptera-t-on d’en payer le prix s’il y’a un prix à payer ? Après le dilemme éthique de Jasmine, les auteurs se surpassent à fourrer nos héros dans des eaux toujours plus troubles. A part le mystère Gunn (que s’est-il passé dans la Chambre Blanche ?), Fred, Angel, Wesley, et Lorne ont devant eux ce tout ce qu’ils désirent : un laboratoire de pointe pour Fred, toute la connaissance démonologique pour Wesley, une division chants et divertissement pour Lorne, et tout l’attirail du parfait PDG pour Angel, qui questionne avec soin le balancement entre sa croisade purement philanthropique, et la logistique de grande entreprise privée qu’on lui propose.

Tandis que Fred et Lorne sont enchantés, Wesley n’est ici que dans un but sublimement altruiste. Sa scène avec Lilah resplendit de force et d’émotion, et l’on peut voir sur le visage de l’avocate le regret et les sentiments qu’elle éprouve alors pour le bel acte de Wesley. Hélas, Wesley ne peut obtenir sa rédemption, car Lilah, en toute connaissance de cause, s’est lancée dans une voie sans retour. Cet échec pour Angel Investigations est d’autant plus amer que si elle n’avait pas été tuée par Jasmine, on aurait pu supposer un retour dans la lumière. Fatalité…

Les échanges Lilah-Angel, très screwball comedy - la romance en moins - sont une parfaite transposition de Faust et Méphistophélès : à ceci près que ce dernier ne demanderait rien en retour. Peut-être nos héros n’ont-ils pas besoin du diable pour chuter dans les ténèbres ? Se corrompent-ils s’ils acceptent l’offre ? Cette question tient encore après l’épisode. Si on a du mal à avaler le coup de folie de Connor - décidément le boulet parfait, on serait même prêt à l’échanger contre 2 Dawn - il faut reconnaître que Vincent Kartheiser accomplit une superbe prestation en maniaque suicidaire. Son duel face à Angel est aussi explosif dans leurs échanges que dans leurs empoignades. Le dernier sacrifice d’Angel est peut-être son plus bouleversant, et rejoint celui de I will remember you (saison 1) : la preuve d’amour par excellence. Cet happy end pour Connor est un déchirement pour Angel qui n’a plus qu’à s’enfoncer dans la nuit. Un superbe final, et un superbe prélude pour la saison 5.

La critique d'Estuaire44:

- Goodbye Mr. Sunshine. Hello Gloomy Avenger !

Tout comme le Restless de la saison 4 de Buffy contre les Vampires, Home s’en vient conclure la saison 4 de manière originale et décalée. Toutefois l’ambition apparaît ici considérablement rognée, puisqu’il ne s’agit pas de créer un épisode tout çà fait singulier et hors normes, mais essentiellement de placer en fin de saison le pilote de la suivante. Le procédé de la visite guidée permettant de découvrir en long et en large le nouveau décor central d’une série s’effectue ici efficacement, même s’il n’est pas foncièrement original. Les différents segments s’avèrent d ‘un intérêt inégal, celui de Lorne étant hélas inexploité et celui de Fred relevant d’une Science-fiction hors sujet ici. De plus Jonathan Woodward compose un personnage trop similaire au récent Webster de Conversations With Dead People (Buffy), pour que cela ne soit pas gênant. Mystérieux à souhait celui de Gunn se montre prometteur tandis que, comme si souvent cette saison, Wes assure le spectacle (dommage que l’on ne fasse pas davantage connaissance l’intéressante figure de l’Observateur renégat). Angel demeure évidemment au centre de l’action et a la bonne idée de décharger la saison suivante de la résolution du cas Connor, toujours aussi boulet.

Fort heureusement, on sort de ces entiers battus grâce au mémorable twist de la tonitruante prétendue « reddition » de Wolfram & Hart Los Angeles. Ce magistral renversement de situation renouvelle profondément la série et se voit astucieusement révélé durant le générique, avant une séquence silencieuse tout à fait hilarante (Whedon tire toujours le meilleur parti du muet). Mais le grand atout de l’opus réside avant tout dans le cadeau aussi somptueux qu’inattendu qu’il nous offre : un ultime Lilah Show, absolument irrésistible. Home nous régale d’un brillant condensé des qualités d’antagoniste de la dame, avec une Stéphanie Romanov visiblement décidée à faire date pour cet ultime récita : manipulatrice redoutable, langue de vipère grand train (mais au registre plus malicieux que sadique à la Angelus), toujours aussi rétive à la auto complaisance et à la crainte, Lilah apparaît à son zénith, telle qu’elle s’est progressivement dessinée au cours de sa carrière au sein de la Firme. Ce panache de chaque instant, qu’Ève ne parviendra jamais à égaler n’étouffe pas la dimension sentimentale du personnage, avec de nouvelles scènes fortes et émouvantes avec Wesley. 

  • Angel se fond dans la nuit, tournant le dos à une saison inégale, mais s’achevant cette image joliment emblématique de son Héros.

  • Le joyau qu’offre Lilah à Angel est celui que lui même apportera à Buffy peu de temps avant la bataille finale contre la Force. Il assurera la victoire grâce au sacrifice de Spike et permettra à celui-ci de revenir en saison 5 d’Angel.

  • Jusque là il n’y a guère eu d’interaction entre les Apocalypses ourdies par la Force et par Jasmine. Visiblement personne n’écoute la radio ou ne regarde la télé à Sunnydale (aujourd’hui Jasmine serait sur Twitter) et Jasmine ne se préoccupe pas des la horde de super vampires allant bientôt déferler sur son paradis.

  • La destruction du Conseil est survenue dans Buffy contre les vampires et est l’ouvre de Caleb, aux ordres de la Force.

  • Jonathan Woodward (Knox) avait déjà incarné Wbester, le vampire psychologue discutant avec Buffy dans Conversations With Dead people. Il apparaît également dans Firefly (The Message).

  • Connor adresse le même toast à sa nouvelle famille que celui qu’il avait prononcé dans le pilote de saison, dans le rêve d’Angel.

  • Stéphanie Romanov accomplit sa dernière participation à la série. fois en tant qu’interprètes de personnages réguliers.

  • Lilah Morgan ne reviendra pas, remplacée en saison 5 par Eve. Toutefois Lilah réapparaîtra dans les saisons Comics, en émissaire des Associés Principaux, jusqu’à ce qu’elle parvienne à annuler son contrat. Elle aura participé à 36 épisodes de la série, devant le plus présent des personnages récurrents.

  • Désormais libéré de Firefly, Tim Minear est à la fois auteur et réalisateur de l'épisode. Lui et Whedon conçurent l'épisode comme installant la saison prochaine, notamment pour la vendre au diffuseur. Whedon commenta également qu'il souhaitait une fin de saison sortant des sentiers battus, tout comme Restless pour la saison 4 de Buffy.

  • La chanson interprétée par Lorne est  Something’s Coming, issue de West Side Story (1957).

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Toucher le fond… (Broken - Part 1)