3ème époque1ère épque

Maigret - Jean Richard (1967-1990)

4ème époque: 1987-1990

 


PRÉSENTATION DE LA 4e ÉPOQUE

Maigret « Pépère » 

La fin des années 80 voit l’épuisement de la série puisque les producteurs sont désormais contraints de piocher dans le vivier des nouvelles, la quasi-totalité des romans ayant été adaptés. On ne compte que trois exceptions non adaptées sur les 75 romans :

Les mémoires de Maigret pour des raisons aisément compréhensibles : il n’y a pas d’enquête, et cette pochade jugée géniale par certains admirateurs de Simenon est d’ailleurs ridicule.

La première enquête de Maigret pour laquelle l’explication est tout aussi vite trouvée : elle présente un Maigret jeune, donc impossible à tourner pour Jean Richard. Là non plus aucun regret car l’enquête est sans intérêt.

Maigret tend un piège : Sans doute a-t-il été jugé difficile de succéder au film avec Gabin, Ventura et Jean Desailly, un monument joué par des acteurs exceptionnels.

Après une année 1986 sans aucune diffusion, la série va revenir et connaître une brusque accélération avec vingt épisodes diffusés en trois ans, de 1987 à 1990, comme si les producteurs avaient hâte d’en finir. La série avec Crémer était-elle déjà en préparation ?

Ces vingt dernières enquêtes sont d’un niveau très inégal. Néanmoins, on ne retrouve pas d’épisodes aussi catastrophiques que ceux du début des années 80. Surtout, quelques épisodes remarquables surgissent de temps à autre, en particulier sur les adaptations des romans de qualité qui avaient été omises auparavant (Les caves du Majestic) ou qui sont tournées une seconde fois (Le chien jaune).

Car c’est bien une spécificité de la série de compter trois romans adaptés deux fois. Il s’agit de trois des meilleurs « Maigret » d’avant-guerre, dont la version en noir-et-blanc comportait quelques défauts. Deux se retrouvent dans cette quatrième et dernière époque.

Il est dommage que les acteurs entourant Jean Richard aient subis un tel renouvellement, ce qui finit par déconcerter quelque peu. Mais Jean Richard tient bon, malgré son affaiblissement physique et les 70 ans qui pointent le bout du nez. Bien sûr, il devient de plus en plus « pépère », et cet aspect est accentué par la lenteur de certaines enquêtes, notamment issues de nouvelles, mais à tout prendre il vaut encore mieux ce « pépère » débonnaire que le Maigret agressif que composait Jean Richard à ses débuts. Les qualités essentielles de Maigret demeurent, et le couple Richard-Tanguy reste criant de vérité.

Quel bilan peut-on tirer de cette série ? Tout d’abord, qu’elle ne mérite pas l’opprobre qu’ont tenté de jeter sur elle certains inconditionnels de Bruno Crémer. Qu’elle doit être présentée comme une bonne série, et que Jean Richard, après avoir tâtonné quelques années, fut un excellent Maigret. A cet égard, la légende selon laquelle il ne retrouva jamais son meilleur niveau après son grave accident de voiture est totalement fausse. Son affaiblissement physique n’a pas le moins du monde empêché l’acteur de composer un Maigret convaincant. Au contraire, il continua par la suite à perfectionner son personnage.

Alors ? Qu’a-t-il manqué à cette série ? Plus de régularité dans la qualité des épisodes, certes. Mais les enquêtes signées Simenon étaient elles-mêmes très inégales. En fait, la série aurait eu besoin de plus d’unité. Avec un même nombre d’épisodes tournés sur 10 ans et non sur près de 25, approximativement de 1973 à 1983, bien entendu tous en couleurs, avec des décors de la PJ, et notamment du bureau de Maigret, identiques du début à la fin, et avec des acteurs inchangés pour tous les rôles principaux, et non seulement pour les rôles de Maigret et Lucas, la série aurait été beaucoup plus cohérente.

Jean Richard (Maigret), Annick Tanguy (Madame Maigret), François Cadet (Lucas), Jean-François Devaux (Janvier), Maurice Gauthier (Torrence),  André Penvern (Castaing), Jean-Claude Dauphin (Lapointe), Bernard Lajarrige (Lognon), François Maistre (le directeur de la PJ), Marcel Cuvelier (le docteur Pardon) : ces dix acteurs auraient pu constituer la distribution récurrente de la série idéale, la série de rêve, en quelque sorte.

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1. MAIGRET CHEZ LE MINISTRE
(adaptation de: MAIGRET CHEZ LE MINISTRE***)




Un étudiant a remis à Auguste Point, le ministre des travaux publics, un rapport compromettant pour de nombreux parlementaires et membres du gouvernement. Le document est dérobé avant qu’il n’ait pu le communiquer au premier ministre. Craignant d’être accusé de l’avoir volontairement fait disparaître pour protéger ses collègues corrompus, voire lui-même, Point demande l’aide de Maigret.

Et voilà notre commissaire entraîné dans une affaire politique nauséabonde, ce qu’il déteste au plus haut point. Il accepte néanmoins d’aider Point, qui lui paraît foncièrement honnête et semble victime d’une machination dont les conséquences s’annoncent terrifiantes : le ministre risque d’être accusé d’avoir enterré un rapport démontrant que le gouvernement et des parlementaires influents ont touché des pots-de-vin d’un promoteur immobilier pour accepter la construction d’un sanatorium dans un endroit dangereux, opération qui s’est soldée par la mort de 128 enfants. Une affaire à se faire lyncher…

Maigret et ses hommes, en concurrence avec la Sûreté, marchent sur une corde raide mais s’en sortent remarquablement bien, pour notre plus grand plaisir. Non seulement le suspense ne faiblit pas, mais l’ensemble des acteurs incarnant tant les policiers que les suspects jouent sans fausse note.

Jean Richard a su trouver le ton juste, ce qui n’était pas forcément facile dans un rôle différent de ses habituels affrontements avec la pègre ou les assassins ordinaires, somme toute beaucoup plus francs que les méandres vicieux et tortueux du microcosme politico-journalistique parisien dans lequel il est contraint d’évoluer pour les besoins de cette enquête.

Il trouve des partenaires de grande qualité pour lui donner la réplique, parmi lequel on ressortira Guy Tréjean, très bon dans ce rôle de ministre venu de sa province, complètement dépassé par le monde de requins qui l’entoure et par le piège implacable qui se referme sur lui, ainsi que l’excellent Alain Mottet, parfait en journaliste-député cynique, fanatique et extrémiste.

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2. UN ECHEC DE MAIGRET
(adaptation de: UN ECHEC DE MAIGRET**)

 

Ferdinand Fumal, un homme d’affaires sans scrupules, demande la protection de la police après avoir reçu une série de lettres anonymes le menaçant de mort. Il est assassiné avant que le dispositif policier ne soit véritablement déployé. Maigret fait face à une pléthore de suspects tellement la victime comptait d’ennemis irréductibles.

Une introspection dans la vie privée d’un grand bourgeois qui n’est pas sans rappeler Maigret hésite, mais en moins réussi. Ce n’est pas la première fois qu’une enquête menée sur un rythme assez lent se laisse suivre grâce à de bonnes performances d’acteurs.

Jean-Paul Roussillon incarne à la perfection Ferdinand Fumal, cet homme d’affaires parti de rien et devenu un des empereurs de la boucherie industrielle après avoir ruiné la majorité de ses concurrents. Une crapule de la pire espèce rendue crédible par le physique douteux de Roussillon, sa morgue, son jeu hautain et cassant.

Un acteur d’envergure comme François Maistre apporte tout de suite une épaisseur au rôle de chef de la PJ. On le croirait tout droit sorti des Brigades du Tigre, où il tenait le rôle similaire du divisionnaire Faivre, avec la même éclatante réussite. Et on se prend à rêver à ce qu’aurait pu être la série s’il avait été présent en permanence dans ce rôle.

Françoise Christophe et Paul Crauchet sont très bons en proches et victimes de Fumal, tombés dans l’alcoolisme et pas vraiment attristés par la mort de leur bourreau. Parmi les petits rôles, on reconnaît Corinne Dacla en jeune et douce maîtresse de Fumal, Ticky Holgado, alors inconnu, en médecin légiste désinvolte, Catherine Sauvage, qui reprend le rôle de grande bourgeoise pédante et arrogante qu’elle avait déjà tenu sur Maigret et le clochard, et l’inattendu Noël Mamère en présentateur de journal télévisé… qu’ il était alors dans la « vraie vie ».

Catherine Rouvel interprète avec un naturel étonnant Louise Bourges, la malicieuse secrétaire de Fumal, amoureuse de son chauffeur.

Tout cela est bel et bon, mais l’épisode comporte un trop grand nombre de lenteurs pour être passionnant, et la musique, certes bien adaptée à l’atmosphère énigmatique de l’hôtel particulier de Fumal, finit par devenir lancinante.

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3. MAIGRET VOYAGE
(adaptation de: MAIGRET VOYAGE*)

Inédit.

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4. MONSIEUR GALLET, DECEDE
(adaptation de : MONSIEUR GALLET, DECEDE****)

 

Un homme est retrouvé assassiné dans un hôtel à Sancerre. L’enquête est compliquée par la découverte de la double vie de la victime, qui avait quitté son travail de représentant depuis des années pour devenir, à l’insu de sa famille, un petit escroc.

Il est curieux qu’un excellent roman comme Monsieur Gallet, décédé n’ait pas été adapté plus tôt dans la série. Aux manettes, Georges Ferraro,  au service de l’épisode comme sur Maigret se défend (alors que d’autres metteurs en scène tentent sans succès de mettre l’épisode à leur service…). Ferraro joue sur du velours grâce au scénario de Claudine Cerf, fidèle à l’œuvre originale.

Bon roman et bonne adaptation : le résultat est à la hauteur, avec un épisode passionnant de bout en bout, et dont le sommet du suspense est atteint lors de la séquence des coups de feu tirés en direction de Maigret alors qu’il inspectait les lieux du drame. Que s’est-il passé ? La clé de l’énigme réserve une belle surprise…

Le commissaire mène l’enquête en compagnie de Lucas, seul inspecteur de son service à l’avoir accompagné sur Sancerre depuis Paris. François Cadet, unique acteur avec Jean Richard présent tout au long de la série, est comme toujours excellent dans le rôle du fidèle Lucas.

Roger Dumas est tout aussi convaincant en aristocrate bon vivant mais aux abois, tant et si bien que cet épisode sera finalement un des plus captivant de cette dernière époque.

*Cet épisode est inédit en DVD.

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5. LES CAVES DU MAJESTIC
(adaptation de: LES CAVES DU MAJESTIC****)


Une Française mariée à Clark, un riche Américain, est étranglée dans les sous-sols d’un palace parisien. Tous les indices semblent incriminer Prosper Donge, maître d’hôtel et ancien amant de la victime. Il aurait fait chanter Mme Clark en la menaçant de révéler à son mari qu’il était le véritable père de son enfant. Maigret, qui a de la sympathie pour Donge et pour sa compagne, ne croit pas à cette thèse et soupçonne une affaire beaucoup moins simple qu’elle ne paraît.

Voici un de ces épisodes magnifiques qui ont grandement contribué à rendre la série si attachante. L’enquête, excellente, est valorisée par une galerie de personnages tous plus authentiques les uns que les autres. Simenon n’avait pas son pareil pour décrire la vie et les sentiments des humbles, et la réussite de cet épisode est d’avoir parfaitement transcrit les personnages du roman.

Maurice Risch prouve qu’il peut se montrer à son avantage dans un rôle dramatique, lui qui a si souvent joué dans des comédies, notamment avec Louis de Funès. Curieusement doté d’une moustache, il forme un couple extrêmement sympathique avec Catherine Allégret, très naturelle en femme du peuple, modeste mais non vulgaire. Maigret aime s’immiscer dans la vie de ces gens modestes, très attachés l’un à l’autre bien qu’ils se voient peu, Prosper travaillant le jour et Charlotte la nuit.

Autre personnage attachant, celui de Gigi, interprétée par Florence Giorgetti. Gigi et Charlotte formaient avec Mimi, la victime, un trio d’entraîneuses à Cannes, à l’époque où Prosper y travaillait. Prosper était amoureux de Mimi, et ne regardait guère la brave Charlotte, pourtant sincèrement éprise de lui. Mais lorsque Mimi épousa un riche américain, Charlotte sut consoler Prosper…

L’évolution des rapports entre Gigi est Maigret constitue un fil rouge passionnant. En premier lieu, Gigi éprouve de la haine envers ce policier qui a profité de son état de droguée en manque pour lui soutirer des renseignements confidentiels. Son attitude commence à changer lors de la séquence de la dictée de Maigret à Charlotte, décisive dans la mesure où elle va prouver que l’écriture de Charlotte a été imitée, et donc que cette dernière n’est pas l’auteur de la lettre anonyme dénonçant son compagnon.

Désormais, Gigi a compris que le commissaire cherche à innocenter Prosper, et elle devient cordiale avec lui. Charlotte et Gigi se montrent ravies d’accompagner Maigret chez le postier louche, et radieuses lors du final, lorsque le vrai coupable est arrêté.

L’assassin, justement, n’est autre que le comptable Ramuel, magistralement interprété par un excellent Jean Lescot, auteur d’un grand numéro dans un rôle de crapule à la fois cynique (dans ses activités illégales) et résignée (face à sa femme…). Le patron de la poste privée est incarné par Philippe Desbœuf, déjà vu sur L’amie de Madame Maigret, et ce choix est évidemment excellent tellement le physique de cet acteur est approprié pour un personnage aussi douteux que Jem.

L’affrontement verbal entre Maigret et l’ancien banquier escroc Atoum séduit par son intensité et son aspect véridique, Jean Richard trouvant du répondant en la personne d’un très bon Jean Gosselin dans le rôle d’Atoum.

Avec Clark, ce n’est plus d’affrontement verbal dont il s’agit, mais carrément d’agression physique puisque le prétentieux Américain, exaspéré par les investigations de Maigret, lui assène un violent coup de poing. Mike Marshall a tenu plusieurs petits rôles sur la série, et il faut reconnaître que le fils de Michèle Morgan se montre très à l’aise dans ces compositions de notables nord-américains, ne serait-ce que par son physique approprié et par sa maîtrise parfaite de la langue yankee.

La seule déception de l’interprétation vient d’Elyane Borras, qui en fait trop dans le rôle de l’enquiquineuse épouse de Ramuel : ses colères exagérées tombent à plat. Mais ceci ne remet pas en cause la grande qualité de cet épisode, magnifiquement conclu par la joie de Prosper Donge, qui rêvait depuis des années d’être père, espoir déçu par la stérilité de Charlotte, et va enfin pouvoir récupérer son fils naturel.  

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6. LA PIPE DE MAIGRET
(adaptation de: LA PIPE DE MAIGRET*)

Inédit 

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7. MAIGRET ET LA VIEILLE DAME DE BAYEUX
(adaptation de: LA VIEILLE DAME DE BAYEUX***)


Alors qu’il se trouve en Normandie où on l’a chargé de réorganiser les services de police locaux, Maigret s’intéresse à la mort d’une vieille dame fortunée. Il pourrait s’agir d’un assassinat maquillé en crise cardiaque par les héritiers présumés.

Une enquête passionnante menée de main de maître par notre commissaire préféré, pourtant privé de ses inspecteurs habituels. Certes, les méandres de l’enquête suscitent un intérêt constant, mais on ne peut s’empêcher d’avoir un doute : comme souvent lorsqu’il mène une enquête non-officielle, Maigret ne va-t-il pas simplement découvrir la vérité pour sa gouverne personnelle, mais sans arrêter le ou les coupables, soit parce qu’il n’en aura pas l’opportunité, soit parce qu’il ne le voudra pas ? Le dénouement, surprenant, ne va pas confirmer cette crainte, et l’on pourra donc apprécier cette enquête jusqu’au bout, sans cette frustration, cette sensation de montagne accouchant d’un souriceau que l’on a ressenties sur certains épisodes.

Outre la performance parfaite de Jean Richard, pleinement impliqué dans son personnage, et deux clins d’œil à Madame Maigret/Annick Tanguy par le truchement de coups de téléphones à Paris, l’ensemble de la distribution accomplit un sans-faute.

Pascale Rocard est époustouflante dans le rôle de Cécile Ledru, la demoiselle de compagnie et protégée de la vieille dame. De prime abord, elle donne l’impression d’une jeune fille pieuse et sage avec ses grosses lunettes, mais ses airs de Sainte-Nitouche cachent un caractère bouillant, d’ailleurs accentué par l’adaptation. La jeune Cécile va ainsi donner raison à certain dicton populaire relatif aux « femmes à lunettes »…

Saddy Rebbot (dit « Monsieur Papa Poule »…) incarne Philippe Deligeard, l’industriel ennemi de Cécile, qui ne se prive pas de l’accuser d’avoir tué la vieille dame pour s’emparer de son héritage. Et c’est son propre fils Jérôme Rebbot qui joue Gérard, le fils de Deligeard !

Le toujours excellent Michel Beaune, un habitué de la série, n’est autre que le procureur, celui qui apporte son soutien naturel à Deligeard, sous prétexte de sa popularité en ville, en réalité parce qu’il appartient comme lui au petit monde des notables. Une fois de plus, Maigret se heurte donc à la magistrature. Le procureur se montré évidemment réservé, voire critique face aux investigations de Maigret, qui semblent viser Deligeard, et surtout face à ses méthodes peu orthodoxes. Mais il saura tourner sa veste au bon moment…

Paule Noëlle est sarcastique à souhait dans son interprétation de l’épouse de Deligeard, et c’est toujours un plaisir de retrouver Armand Mestral, qui joue le beau-père du suspect numéro un. Quant à Denise Noël, elle donne vie à Mère Marie-Ange, celle-là même qui oriente Maigret sur cette enquête. Ce personnage a été créé de toutes pièces sur cette adaptation, et l’initiative s’avère fort heureuse… comme la plupart des autres. Il s’agissait d’étoffer le scénario, issu d’une nouvelle, donc forcément léger, d’où par exemple l’histoire à rebondissement des testaments multiples.

Question anecdotes, on remarque que la personne mentionnée dans le titre, la « vieille dame », est la victime et donc n’apparaît pas à l’écran, pas même en flash-back ! Ceux qui attendaient un duel Maigret-Vieille Dame comme dans Maigret et la dame d’Etretat en sont donc pour leurs frais…

Une curiosité : Maigret, désireux de mener à bien l’interrogatoire discret de Deligard, finit par accepter un cigare de la part de son hôte ! Autre première pour le commissaire lorsqu’il est convoyé en automobile par Mère Marie-Ange. Maigret n’avait jamais eu de Mère supérieure comme conductrice, affirme-t-il. L’auto est bien entendu une deux-chevaux…

Qu’ajouter de plus, si ce n’est que tous ces personnages, combinés à l’ambiance éminemment « simenonnienne » présente de bout en bout, nous font passer un excellent moment.

*Après Le Port des brumes et Maigret et la dame d’Etretat, Michel Beaune participe à un troisième épisode se déroulant en Normandie…

*Cet épisode est inédit en DVD.

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8. LE CHIEN JAUNE (2ème version)
 (adaptation de: LE CHIEN JAUNE****)

 

Un groupe de notables de Concarneau est visé par des tentatives de meurtre, dont l’une aboutit. La serveuse du bar où les hommes menacés se réunissent va apporter une aide précieuse à Maigret, pour faire triompher une vérité où les coupables et les victimes ne seront pas forcément ceux que l’on pouvait imaginer.

Cette seconde version du fameux Chien jaune est une splendide réussite. Les quelques défauts de la première mouture ont été corrigés, avec bien entendu l’arrivée de la couleur, mais aussi une enquête enfin menée à Concarneau, comme décrit par Simenon, et non à Boulogne-sur-Mer.

Bien sûr, la qualité exceptionnelle du roman a facilité la tâche de la production, mais on a déjà vu d’excellents romans massacrés par des adaptations médiocres, voire catastrophiques. Ici, que du bon travail avec un scénario conforme à l’original et un excellent Jean Richard, auteur d’une composition humaniste à la hauteur de l’enquête et des personnages rencontrés.

Saluons les choix judicieux des comédiens, parmi lesquels on distinguera Michel Ruhl, acteur idéal pour incarner Le Pommeret, ce notable désinvolte et dépravé, Philippe Rouleau, non moins antipathique sous les traits du docteur Richoux, et bien évidemment la magnifique Christine Laurent.

Oui ! Christine Laurent, celle-là même qui avait illuminé de sa grâce le fabuleux Maigret et la jeune morte. La sensible Christine a un peu vieilli, mais avec son regard toujours mélancolique, elle reste vraiment l’actrice qu’il fallait pour le rôle d’Emma, cette modeste serveuse de bar condamnée à demeurer sous la coupe de notables sans pitié, et ce depuis la disparition de Léon, son fiancé.

Maigret va pouvoir laisser libre cours à sa haine de la bourgeoisie et réparer les injustices subies par Emma et Léon. Du Simenon classique, mais efficace et valorisé par la qualité de l’interprétation.

*Cet épisode est inédit en DVD.

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9. LE NOTAIRE DE CHATEAUNEUF
(adaptation de: LE NOTAIRE DE CHATEAUNEUF*)

maigret 4 9 

En vacances dans sa propriété de Meung-sur-Loire, Maigret est sollicité par un notaire de Châteauneuf-sur-Loire, désireux de lui confier une enquête à mener incognito à son domicile, où des objets d’art chinois sont régulièrement volés depuis quelques semaines. Le notaire soupçonne son futur beau-fils.

Une histoire peu captivante et qui souffre de multiples lenteurs, comme la plupart de celles adaptées de nouvelles. Les intermèdes au piano sont tout aussi mortels que leurs équivalents vus sur Maigret chez les Flamands.

Que Mme Maigret accompagne son mari chez le notaire n’est pas une mauvaise initiative : sa présence est toujours appréciée, bien que non prévue par Simenon. Ce qui est plus inattendu est de voir le couple se rendre chez le notaire en voiture. Bon, ce n’est pas Maigret qui conduit (encore heureux !...), mais tout de même, les Maigret possédant une voiture, voilà qui frise l’hérésie. Et l’on n’imagine pas du tout l’épouse réservée qu’est Mme Maigret au volant, conduisant son commissaire de mari.

Face aux lacunes du scénario, ce sont les quelques scènes humoristiques qui vont animer le déroulement de l’enquête. Maigret se montre très maladroit face aux questions de la fille de son hôte quant à son passé de « copain de régiment » du notaire. Agacé par l’attitude du maître de maison, Maigret se délecte de le mettre volontairement mal à l’aise : il s’amuse à tutoyer son « vieux camarade » et lui rappelle « qu’il faisait souvent le mur » !

On doit cependant attribuer un bon point pour l’interprétation de Martine Sarcey et d’Yves Vincent, qui jouent avec talent le notaire et son épouse, et saluer un dénouement très honorable, ce qui permet à cette adaptation de se situer, une nouvelle fois, au-dessus de l’original.

*Cet épisode est inédit en DVD.

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10. MAIGRET ET L’ENFANT DE CHOEUR
(adaptation de: LE TEMOIGNAGE DE L’ENFANT DE CHOEUR**)

 

Un enfant de chœur affirme avoir vu au petit matin le cadavre d’un homme poignardé, étalé sur un trottoir devant la maison d’un juge à la retraite. Les policiers ne croient guère à ce témoignage car personne d’autre n’a vu ce cadavre, et il n’a jamais été retrouvé. Maigret va mener son enquête, persuadé que l’enfant n’a pas menti.

C’est presque un exploit de réussir un épisode d’une heure trente très valable à partir d’une simple nouvelle dont l’intrigue est fort banale. Ce que l’on constate dès le départ, c’est que Maigret a de la sympathie pour Julien, le jeune garçon, car il a lui-même été enfant de chœur.

Le commissaire mène une partie de l’enquête au lit, car il a pris froid en accompagnant le gamin dans la neige à six heures du matin, aux fins de procéder à une reconstitution. Quel régal de voir le couple Maigret vivre au quotidien, surtout quand Mme Maigret soigne son mari grippé !

Alors, comment se fait-il que l’ennui ne se soit pas installé dans cette enquête ? Encore une fois, la qualité de l’interprétation est prépondérante. Ne citons que les comédiens les plus marquants, cela sera bien suffisant.

Le juge Mougin est un vieil anticlérical, un « mécréant » selon Julien. Dans ce rôle, Michel Vitold s’avère bien meilleur que dans Les Brigades du Tigre, où il jouait un Russe caricatural. François Dyrek, c’est le chef de la police locale (l’histoire se déroule en Normandie), par ailleurs ancien inspecteur de Maigret. Mme de Mazières, cette femme respectable dont le fils met du somnifère dans la tisane les soirs où il reçoit son jeune amant, est interprétée par Yvonne Clech.

Jérémie Covillault se hisse à la hauteur des adultes en enfant de chœur désappointé de ne pas être cru. Il faut dire que ses quelques entorses à la vérité ne facilitent pas la tâche de la police. Henri Lambert produit une performance remarquable dans le rôle d’Ortega,  le pharmacien rapatrié d’Algérie. Sa composition d’homme aux abois en raison d’une ignoble maître-chanteur est un des moments les plus marquants de l’épisode.

Une belle passe d’armes a lieu entre Maigret et le garçon-coiffeur « gigolo tout terrain », comme il le surnomme, et on a même droit à une séquence humoristique en début d’épisode, avec l’arrivée tonitruante de Sœur Marie-Madeleine, dite « Sœur Marie-Mad ». Probablement hérité de la série des Gendarme, avec Louis de Funès, le rôle de Marie-Mad est celui d’une religieuse au volant d’une deux-chevaux. Le commissaire, et surtout Madame Maigret, ont peur car Sœur Maire-Mad conduit de manière très sportive…

L’épisode se termine comme il a commencé. Après avoir offert un vélo à Julien pour le récompenser de son aide, Maigret peut enfin partir pour le Mont-Saint-Michel… dans la voiture de Sœur Marie-Mad ! « On y sera dans moins d’une heure ! », affirme la conductrice...

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11. MAIGRET ET L’INSPECTEUR MALGRACIEUX
(adaptation de: MAIGRET ET L’INSPECTEUR MALGRACIEUX**)

Inédit

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12. LA MORTE QUI ASSASSINA
(adaptation de: LE CLIENT LE PLUS OBSTINE DU MONDE***)

maigret 4 12 

Un coup de feu retentit tout de suite après la sortie d’un homme du bar où il était resté toute une journée. Contrairement à ce que supposait le patron du bistrot, la victime n’est pas son client, mais un inconnu.

L’adaptation de cette nouvelle recelait une difficulté majeure : comment réussir à captiver le spectateur pendant toute la durée passée dans le bar par ce fameux client? Cette journée entière, l’exaspération du patron de bar, les soupçons qui montent peu à peu ne pouvaient être décrits en cinq minutes, mais risquaient de devenir d’un ennui mortel sans astuce de scénario.

Le scénariste s’en est sorti avec le recours à l’intrigue parallèle sur les faux-monnayeurs, qui passionne le chef de la PJ, mais pas Maigret, et en imaginant que le commissaire était venu à deux reprises dans le bar, pour rendre visite au patron, un ancien garçon de la brasserie Dauphine. Une façon comme une autre d’intégrer Maigret à cette histoire avant qu’elle ne démarre pour de bon.

Passé cet écueil, l’enquête sur les faux-monnayeurs n’a plus lieu d’être, et se trouve vite résolue pour laisser le champ libre à l’intrigue principale. Dès lors, l’épisode donne sa pleine mesure, basé sur une belle histoire, à la fois captivante et touchante.

Maigret mène la majeure partie de ses investigations avec Janvier (Jean-Pierre Maurin), alors que Lucas se fait plus discret, le plus souvent dans les limites des locaux de la PJ.

Comme souvent, la plupart des comédiens sont très bons, de Paul Le Person, remarquable de vérité en patron de bar, à Jean Négroni en directeur de la PJ, en passant par des petits rôles bien connus : Gérald Denizot ou Alain Mac Moy, excellent dans le personnage du médecin de Mme Auger.

Mais c’est la magnifique composition de Nathalie Nell qui va donner toute sa dimension à ce très bon épisode, un cran au-dessus de la nouvelle, pourtant une des meilleures de la série. L’adaptation a parfaitement fait ressentir l’âme de l’histoire de Simenon, en ajoutant le petit plus apporté par les acteurs, et notamment par la jolie Nathalie Nell, remarquablement adaptée au personnage troublant et mystérieux d’Isabelle Auger (ou Claire Combarrieu ?...).

L’apogée se trouve dans la dernière demi-heure, avec le face-à-face tout en finesse entre Jean Richard et Nathalie Nell, puis le procès. Bien que certains indices laissent supposer que l’accusée a usurpé l’identité de sa sœur décédée, comme le prétendait Combarrieu, la peu reluisante  victime, le commissaire a de la sympathie pour Mme Auger, cette petite femme décidée. Son témoignage plutôt favorable sera tout aussi déterminant pour l’obtention du verdict clément que la bonne mémoire d’Isabelle concernant la date d’engagement de sa femme de ménage.

La conclusion de l’épisode, tout comme celle de la nouvelle, laisse le spectateur dans le doute : chacun peut se laisser aller à rêver, à imaginer qu’Isabelle est bien Isabelle, ou qu’Isabelle est en réalité Claire, et c’est bien ce goût délicieux de mystère qui fait le charme de cette histoire.

*Cet épisode est inédit en DVD.

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13. MAIGRET ET LE VOLEUR PARESSEUX
(adaptation de: MAIGRET ET LE VOLEUR PARESSEUX*)


Un cambrioleur bien connu de Maigret a été retrouvé mort, victime d’un meurtre. Il est certain que le corps a été déplacé après la mort. Le commissaire pense à un cambriolage qui a mal tourné, mais l’enquête s’annonce difficile, car l’homme travaillait toujours en solitaire.

Deux enquêtes sont menées en parallèle, et bien entendu celle qui parait en théorie la moins importante, concernant le « voleur paresseux », est la seule qui intéresse Maigret. La magistrature, antipathique au possible, lui intime l’ordre de ne pas s’en occuper, mais le plus célèbre policier de France est têtu…

Le commissaire fait équipe avec Fumel, un policier abandonné par sa femme depuis quinze ans, confiné dans les bas grades en raison de son manque d’ambition et surtout de sa faiblesse en orthographe, handicap sérieux pour rédiger les rapports. Rufus est vraiment très, très bon sans ce rôle de Fumel, une sorte d’inspecteur Malgracieux en plus aimable.

Madeleine Barbulée, interprète émouvante de Justine Cuendet, la mère du « voleur paresseux », apporte beaucoup à cet épisode, tout comme Geneviève Mnich dans le rôle d’Evelyne Schneider, la maîtresse du cambrioleur. Ces deux femmes douces et sensibles se retrouveront dans l’épilogue, en souvenir de l’homme qu’elles aimaient, l’une en tant que mère et l’autre en tant qu’amante.

Dans un autre registre, celui de Marina, la prostituée black ingénue et provocante, l’actrice Yao est véritablement très rafraîchissante. André Penvern compose un Castaing consistant, et Jean-Pierre Maurin, s’il ne fait pas oublier Jean-François Devaux dans le rôle de Janvier, se montre tout à fait à la hauteur de son personnage de flic motivé et efficace.

A signaler une scène d’introduction surprenante. Maigret et ses inspecteurs font le guet pour surprendre des malfaiteurs en pleine action. Les voleurs surgissent et leur chef tire sur Maigret. A ce moment-là, notre commissaire se réveille, bouleversé par ce qui n’était qu’un cauchemar. La bande des voleurs présente dans le rêve est celle de l’enquête secondaire, la seule qui intéresse les chefs de Maigret, et elle est dirigée par un gangster complètement caricatural, histoire de bien montrer que cette enquête n’a aucune importance.

Non, seul compte le « voleur paresseux », dont les meurtriers, de riches étrangers que la magistrature refuse d’inquiéter pour éviter l’incident diplomatique, ne seront jamais arrêtés. Au final, une belle histoire, très améliorée par rapport au roman (au moins, on sait pourquoi Cuendet est surnomé « voleur paresseux »…), et une fin émouvante. 

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14. MAIGRET ET L’HOMME DANS LA RUE
(adaptation de: L’HOMME DE LA RUE*)


Un neurologue réputé a été assassiné par balles. Son corps est retrouvé dans le bois de Boulogne, à un endroit fréquenté par les prostitués travestis. En raison des relations influentes de la victime, la magistrature et les supérieurs de Maigret veulent imposer la thèse du crime crapuleux, mais le commissaire entend bien mener son enquête à sa manière… 

Un épisode qui démarre bien, avec notamment la séquence insolite où Maigret subit le racolage d’un travesti dans le bois de Boulogne, mais l’enquête déçoit dans sa seconde partie. La fausse reconstitution, idée géniale de Maigret pour débusquer les suspects, oriente le scénario vers de trop nombreuses séquences de filatures, dont l’aspect languissant est accentué par leur côté répétitif.

Seul l’interrogatoire folklorique de Lola, le travesti, anime quelque peu la seconde moitié de l’épisode, malgré un point de scénario suranné : le type douteux qui découvre un mort et s’empare de son portefeuille, ce qui brouille les pistes, on connaît…

Petite erreur presque sympathique : il semble que le scénariste ait des connaissances médicales limitées car il est visible qu’il confond neurologie (maladies du système nerveux) et psychiatrie (maladies mentales)…

Si Gilles Segal est parfait dans le rôle de Masson, « l’homme de la rue », d’autres choix de comédiens s’avèrent peu judicieux. On a si souvent vu Jean Négroni interpréter des truands qu’on peut difficilement le prendre au sérieux en tant que chef de la PJ. Quant à André Valardy, son physique n’est guère adapté au rôle du juge Coméliau, l’ennemi intime du commissaire. Néanmoins, ces deux comédiens s’en tirent honorablement grâce à leurs qualités intrinsèques, et il faut saluer leur mérite dans ces rôles à contre-emploi.

Au final, le bilan de cet épisode est fort honnête, compte tenu de la minceur de la nouvelle adaptée, quinze pages que l’on peut lire en une demi-heure à peine, et qui décrivent essentiellement les scènes de filature. Tout ce qui précède la reconstitution, soit près de la moitié de la durée, et sur la partie la plus intéressante, a été opportunément ajouté.

*Cet épisode est inédit en DVD.

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15. TEMPETE SUR LA MANCHE
(adaptation de: TEMPETE SUR LA MANCHE**)

Inédit 

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16. L’AMOUREUX DE MADAME MAIGRET
(adaptation de: L’AMOUREUX DE MADAME MAIGRET***)

Inédit 

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17. L’AUBERGE AUX NOYES
(adaptation de: L’AUBERGE AUX NOYES***)

Inédit 

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18. JEUMONT, 51 MINUTES D’ARRET
(adaptation de: JEUMONT, 51 MINUTES D’ARRET*)

Inédit 

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19. STAN LE TUEUR
(adaptation de: STAN LE TUEUR***)

Inédit 

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20. . MAIGRET A NEW-YORK
(adaptation de: MAIGRET A NEW YORK**)

Inédit 

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Crédits photo: lmlr.

Images capturées par Phil DLM.