saison 4 saison 6

Le Saint (1962-1969)

Saison 5

 


1. LES BIJOUX DE LA REINE
(THE QUEEN'S RANSOM)

Date de diffusion : 30 septembre 1966

A Monte-Carlo, le Saint sauve la vie du roi déchu Fallouda, menacé par des tueurs. Celui-ci lui demande d’escorter la reine Adana en Suisse, afin de récupérer des bijoux devant financer une restauration. Adana est une ancienne aventurière, à qui la royauté est montée à la tête. Elle est contrariée de faire équipe avec Simon qui connaît ses humbles origines. Sur le chemin du retour, le duo doit faire face à de nombreuses attaques. Les épreuves feront retrouver le sens des réalités à Adana, sous le regard goguenard du Saint.

Si le nouveau générique séduit par son allant et son évocation graphique de l’univers du Saint, le passage à la couleur s’accompagne surtout d’une vraie déception. En effet, Roger Moore renonce à ses savoureuses apostrophes du public à travers le Quatrième mur, qui apportaient tant aux introductions d’épisodes. Même si l’acteur appose sa griffe au simple commentaire hors champ s’y substituant, on ressent une déperdition similaire à celle éprouvée lorsque Rod Serling délaissa ses apparitions en décors, lors de la saison 4 de la Quatrième Dimension.

La nouvelle ère n’apporte par contre aucune significative évolution aux aventures du suave Simon. Le Saint évolue beaucoup moins de saison en saison que les Avengers, hormis une très progressive évolution du roman noir vers davantage de fantaisie. La série continue à recycler et, autour des péripéties de Simon et Adana, on distingue de nombreuses convergences avec The Golden Journey. Fort heureusement le récit évite cette fois de retomber dans le piège du machisme outré, en ridiculisant ou infantilisant Adana. Au contraire la belle n’épargne pas le Saint au cours de prises de bec émaillant l’aventure de joyeux moments de pure comédie (épatante et sublime Dawn Addams). Comme dans tout bon road-movie, l’histoire est celle d’une rencontre et l’on apprécie de voir la véritable Adana, valliante et sympathique, apparaître au fur et à mesure que la morgue s’efface. Evidement le Saint se refuse à flirter, d’autant que le roi se montre loyal et sincèrement désireux du bien de son peuple. Les rapports entre Simon et Adana ressortent toujours finement dosés, tout en exprimant  le charme des interprètes.

Pour le reste, hormis la si plaisante vieille dame, on se situe dans le conventionnel, l’action se résumant aux affrontements successifs entre le Saint et les comploteurs, de Zurich à Monaco. Les clichés habituels s’installent (Français pittoresques au béret vissé sur la tête, non participation d’Adana aux affrontements, félons bien odieux, etc.). L’intrigue ne marque toutefois aucun temps mort au cours de ce voyage mené tambour battant, en avion, voiture ou train. Roy Ward Baker apporte son savoir faire bien connu aux scènes de bagarres ou de poursuite automobile, avec plusieurs moments réellement intenses. Le duel montagnard final se montre ainsi authentiquement spectaculaire. Comme souvent les seconds rôles permettent de reconnaître bien des visages connus des Spy shows anglais, tandis que la production demeure remarquablement soignée. Les décors sont finement travaillés et cette épopée franco-suisse noud vaut son lot de superbes voitures d’époque. La couleur apport une vraie valeur ajoutée dans cette série jouant d’un confortable budget. Un épisode entrainant et divertissant, à défaut de résulter vraiment novateur.

  • Dawn Addams (Adana) connut une carrière riche en nombreux seconds rôles au cinéma, avant de se tourner vers la télévision. Elle était effectivement liée au Gotha, étant l’épouse du Prince de Roccasecca, depuis 1954. Toujours très active durant les années 70, elle décède prématurément d’un cancer, en 1985.

  • George Pastell (Fallouda) incarnait le traitre Arkadi dans Du miel pour le Prince. Originaire de Chypre, son physique levantin lui valut de nombreux rôles exotiques dans les productions anglaises de l’époque, films ou séries. Il est ainsi le conducteur de l’Orient Express dans Bons baisers de Russie (1963).

  • Il s'agit du premier épisode en couleurs, également doté d’un nouveau générique. L’adresse initiale de Simon au public est désormais remplacée par un commentaire lu hors champ par Roger Moore.

  • L’épisode est également le premier non basé sur un écrit de Charteris, mais les auteurs demeurent fidèles au ton développé jusqu’ici.

  • Les coproducteurs Roger Moore et Robert S. Baker débutent leur collaboration, qui va durer jusqu'à la fin de la série.

  • La scène en extérieur représentant l’arrivée à l’aéroport de Zurcih à été à l’évidence tournée avec des doublures des deux comédiens principaux (13')

  • L'arrière plan du couloir de la banque est une peinture (14'20’’)

  • Le voyage mouvementé de Simon et Adana permet de découvrir plusieurs belles voitures : Citroën 11, Citroën DS 19, Jaguar Mk1, Mercedes-Benz 220 S, Rolls-Royce 20/25 h.p., Rolls-Royce Silver Cloud II, etc.

  • L’avion transportant nos héros à l’aller est un De Havilland DH.104. Construit de 1945 à 1964, cet appareil britannique de luxe était spécialisé dans la couverture des petites distances et la liaison Nice-Zurich lui convient tout à fait.

  • La route montagneuse où se déroule l'embuscade ne se situe pas dans les Alpes, mais au Pays de Galles, sur le site du grand barrage de Stwlan Dam. Il s’agit de la première centrale hydraulique bâtie en Grande-Bretagne, en 1963.

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2. INTERMÈDE À VENISE
(INTERLUDE IN VENICE)

Date de diffusion : 07 octobre 1966

A Venise, le Saint intervient pour sauver la jeune Cathy Alladyce d'une agression. Elle est la fille d'un ancien procureur américain reconverti dans la politique. Veuf, celui-ci s'est remarié récemment avec Helen et les deux femmes s'entendent mal. En fait Alladyce est visé par le truand Fortunati, dont il a jadis fait condamner le frère. Fortunati ordonne au noble ruiné Ubaldo de séduire Cathy, puis l'assassine en incriminant la jeune femme. Simon soustrait les preuves et remonte les fils du complot. Cathy est alors enlevée mais le Saint arrive à temps pour la sauver et découvrir la trahison d'Helen, alliée à Fortunati. Les deux sont tués en affrontant la police.

L'épisode sollicite quelque peu la bienveillance du spectateur contemporain, car les représentations de Venise en rétroprojection apparaissent aujourd'hui très datées. Mais ces arrières plans se situaient à la pointe de ce qui se pratiquait alors et supportent aisément la comparaison avec les vues de la Sérénissime sises en fin de Bons baisers de Russie (1963). Comme souvent, décors et inserts demeurent superbes. On retrouve les savoureux clichés inhérents à la série, (policier pittoresque et complice de Simon, Italiens fatalement raffinés et gominés, adeptes du couteau, des intrigues et des vengeances familiales). Le récit ne se départit pas non plus d'un certain mélodrame, mais développe toutefois de précieux atouts

En effet l'intrigue sait parfaitement articuler la machination de Fortunatti, en ne dévoilant que progressivement les rouages et en ménageant de retentissants rebondissements (assassinat soudain d'Ubaldo, révélation plus inattendue que d'habitude de la trahison d'Helen). Le travail d'enquête de Simon se montre solide et permet au spectateur de ressentir pleinement l'atmosphère, réelle ou fantasmée, du la Venise clandestine, peuplée d'escrocs, de tueurs et de demi-mondaines vénales. Toute une ambiance, bien soulignée par la caméra de Leslie Norman. On apprécie également de (déjà) retrouver Roger Moore dans la scène emblématique de l'affrontement autour d'une table de jeu au casino. Fort heureusement, le Saint préfère le Baccarat au Poker !

Cette souvent éprouvante incursion dans les arrières cours délétères de Venise doit aussi beaucoup à sa distribution. Stassino et Sylvester se situent parfaitement dans leur emploi, tandis que Parick troughton confirme ses dons de caméléon, en incarnant avec la même réussite un plaisant Inspectore que le Deuxième Docteur ou le Comte nazi d'Un drôle d'oiseau (Amicalement vôtre). La grande attraction reste bien entendu la présence de Lois Maxwell, aux côtés de son camarade Roger Moore. Sa classe et son talent rendent Helen parfaitement crédible et concourent puissamment  au succès du retournement final. On remarque que la pour toujours Miss Moneypenny aime à se dévergonder au petit écran, chez le Saint comme chez les Avengers. A l'inverse la charmante Quinn O'Hara manifeste peu de fond de jeu mais cela convient finalement assez bien à son rôle de péronnelle dépassée par les événements. Un voyage réussi, des palais jusqu'aux bas-fonds de la Cité des Doges, ce qui synthétise à merveille la dimension duale de Simon Templar.

  • Loïs Maxwell (Helen) naquit au canada et, en mentant sur son âge, participa au théâtre aux armées durant la Guerre, en Europe. Découverte, elle s’installa en Grande-Bretagne pour éviter la cour martiale et intégra en 1944 la Royal Academy of Dramatic Arts. Elle s’y lia d’amitié avec Roger Moore. Après quelques rôles aux États-Unis, elle se consacre à la télévision britannique (Gideon’s Way, UFO, deux épisodes du Saint, Amicalement Vôtre, Chapeau Melon pour Les Petits Miracles) mais accède à la célébrité avec le rôle de Moneypenny, l’irrésistible secrétaire de M, le supérieur de James Bond. Elle incarna le personnage durant les 14 premiers films de la série, de 1962 (Dr No) à 1985 (Dangereusement vôtre).

  • Paul Stassino (Ubaldo) participe en tout à cinq épisodes du Saint, ainsi qu’à de nombreuses séries de l’époque, notamment pour sa personnalité exotique lui permettant de jouer des étrangers. Au cinéma, il est surtout connu pour son double rôle dans Opération Tonnerre. Stassino interprète également un faux Tito dans l’épisode des Avengers, The Decapode.

  • La rousse Quinn O'Hara fut élue Miss Écosse en 1961. Elle fit des apparitions de charme dans les productions anglaises et américaines, jusqu'aux années 80. Son principal rôle demeure celui d'Ashley Davidson  dans Dallas.

  • Les arcades derrière la terrasse du café sont des peintures (6')

  • Les inserts permettent de découvrir nombre de splendeurs emblématiques de Venise : la Place Saint-Marc, son Campanile et sa Basilique, le Palais des Doges, La Basilique San Giorgio Maggiore ou encore celle de Santa Maria della Salute.

  • L'automobile dans laquelle Cathy est enlevée est une Fiat 1500. Ces voitures des années 60 et 70 de gamme moyenne mais très soignées connurent un grand succès, y compris en Espagne à travers la filiale Seat. Les Fiat 1500 furent souvent employées comme taxi, en Espagne comme en Italie.

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3. CONFÉRENCE À GENÈVE
(THE RUSSIAN PRISONER)

Date de diffusion : 14 octobre 1966

A Genève, où se déroule une conférence internationale, le Saint se voit contacté par la jeune Irma. Elle se déclare la fille du Pr. Jorovitch, membre de la délégation soviétique et désireux de passer à l’Ouest pour la retrouver. Mais il a été percé à jour et est désormais détenu dans un château isolé. Irma sollicite le célèbre Simon Templar pour qu’il sauve son père. Mais le Saint comprend que le scientifique a déjà été exfiltré et mis à l’abri par les Suisses. « Irma » est en fait une agent soviétique aux ordres de la diabolique Milanov, désireuse de le manipuler pour le rendre responsable de l’opération.

Conférence à Genève se conclue sur un rebondissement astucieux, suffisamment en trompe-l’œil pour dépister le spectateur. Mais sa mise en place suppose une situation tellement tirée par les cheveux et alambiquée qu’elle dévore l’essentiel d’un récit réduit à une interminable introduction. Après de superbes inserts helvétiques et une très amusante scène d’introduction, on assiste en effet à un incessant défilé de discussions en chambre, souvent laborieuses, et ponctuées de scènes d’action moins spectaculaire qu’à l’accoutumée. De peu marquants personnages secondaires ralentissent encore l’ensemble. On regrette que l'Inspecteur Klenhaus, fin renard dans The Loaded Tourist, passe ici son temps à vociférer, jusqu’çà en devenir épuisant. Le récit ne s’anime qu’en fin de parcours, avec une infiltration du château effectivement à suspense. La réalisation s’offre quelques scènes sous-marines tournées en bassin, réussies, même si l’on reste évidemment loin de L’espion qui m’aimait.

Fort heureusement, volontairement ou non, l’amateur du célèbre James Bond alias 007 trouvera son compte en visionnant l’épisode, tant il présente de convergences avec un autre classique, Bons Baisers de Russie. En effet Milanov apparaît comme un véritable clone de la mémorable Rosa Klebb ! Caractéristiquement, elle figure l’une des rares dames de la série totalement imperméables au proverbial charme du Saint. On la découvre pareillement ourdir un complot tordu basé sur la psychologie du chevalier errant anglais et mettant en œuvre une blonde damoiselle venue du Froid. Evidemment le SPECTRE n’est pas de la partie et les agents soviétiques demeurent loyaux, mais l’effet miroir résulte suffisamment marqué pour distraire. De plus l’opposition se montre moins soumise à l’idiotie souvent perçue du côté des adversaires russes des Avengers. Et puis on peut compter sur Roger Moore pour animer même un épisode mineur. Survolté, pétillant d’humour et de malice, il s’impose une fois de plus comme l’atout premier de sa série.

  • Penelope Horner (Irma) interprète Jenny dans l'épisode des Avengers, The Morning After. Elle figure dans de nombreuses séries anglaises des années 60 et 70, dont Amicalement vôtre.

  • Yootha Joyce (Milanov) fut la condisciple de Roger Moore à la RADA. Elle lutta longtemps contre un alcoolisme qui finit par l'emporter quelques jours après son 53e anniversaire. Elle buvait une bouteille de vodka par jour et elle décéda d'une hépatite alors qu'elle tournait la série George and Mildred. La co-vedette Brian Murphy était à son chevet. Elle interprète Miss Lister dans  Something Nasty In The Nursery.

  • Guy Deghy reprend le rôle de  l'Inspecteur Klenhaus, qu'il avait déjà tenu dans The Loaded Tourist. Ses origines hongroises le prédisposèrent à souvent interpréter des personnages allemands ou d'Europe de l'Est.

  • Anthony Booth (Pyotr) fut le président de l'important syndicat d'acteurs Equity et soutint activement le parti travailliste. Il est également le beau-père de Tony Blair, sa fille Cherie, célèbre avocate, épousant celui-ci en 1980.

  • Le bâtiment représentant l’ambassade d'URSS est en fait situé dans Kensington Palace Gardens, une rue particulièrement cotée de Londres, réputée pour contenir des maisons parmi les plus chères au monde. Située entre les jardins de Kensington et Notting Hill, elle se situe effectivement dans une zone comportant de nombreuses ambassades et abrite le consulat de Russie.

  • On découvre l’un des principaux symboles de Genève, le célèbre jet d’eau s’élevant à 140 mètres. Il est issu d’une nécessaire mais imprévue régulation de la centrale hydraulique inaugurée en 1886 et destinée à faire bénéficier la ville de la force motrice du Rhône. Il est rapidement décidé de le transformer en ornementation, des installations progressives permettant de hausser son sommet, tandis qu’un éclairage l’habillant d’une couleur blanche. La version actuelle fut établie en 1951, avec un pompage du Lac Léman autorisant un fonctionnement continu, qui ne deviendra cependant effectif qu’en 2003. Le grand jet d’eau est bien connu des amateurs des séries Sixties car il apparaît durant tout le générique des Champions, (1968-1969) série centrée à Genève.

  • Simon arrive à Genève dans une Caravelle de Swissair. Premier biréacteur civil produit en série, la Caravelle fut un immense succès de Sud Aviation, ancêtre de l’actuelle Aérospatiale. Avion emblématique d’Air France durant les années 60, il fut produit de 1958 à 1973. La Caravelle fut le premier avion à réaction employé par Swissair, de 1960 à 1971. Elle reste associée au crash de Dürrenäsch (1963), causant la mort de 80 personnes sur la ligne Zurich-Genève.

  • Dans le décor représentant l’aéroport de Genève, on remarque plusieurs des sublimes affiches désormais vintage développées par Air France, des années 30 aux 60. Ces œuvres stylisées reprenaient les destinations desservies par la grande compagnie française et ornent encore les bureaux de nombre d’aéroports, dont celui de Paris Orly. On distingue notamment celles figurant  Paris (Jean Vernier, 1953) et la Côte d’Azur, peinte en 1962 par René Gruau, créateur de la célèbre Silhouette de la Parisienne. Deux destinations hautement appréciées par le Saint, sinon par Roger Moore lui même ! 

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4. LA RÉVOLUTION
(THE RELUCTANT REVOLUTION)

Date de diffusion : 21 octobre 1966

Au San Pablo, en Amérique du Sud le Saint empêche la jeune Diana de tuer  Victor Lawrence, tout en la préservant de la police. Elle lui révèle que cet odieux bras-droit du dictateur Alverez a jadis causé la ruine et la mort en prison de son père. Après s’âtre assurée que Diane soit en sécurité au sein de la rébellion, Simon est arrêté. Il s’évade mais  un traitre livre Diane au chef de la police. Le Saint va utiliser un moyen original de provoquer la chute d’Alverez et de sauver Diane : enregistrer une conversation entre Lawrence et Alverez, révélant leurs turpitudes.

L’épisode narre une nouvelle incursion latino-américaine de Simon Templar, immuablement synonyme de guérillas et de coups d’Etats. Une constante pouvant prêter à sourire mais correspondant finalement assez bien à une décennie agitée dans un continent alors effectivement peuplé de  généraux Alcazar ou Tapioca. S’il demeure riche en scènes d’action ou autres fusillades, le récit se montre plus sombre qu’à l’ordinaire, notamment lors des séances d’interrogatoire ou d’une éprouvante exécution par les armes (on se situe aux antipodes de celle du Mort vivant, avec un Steed flegmatique et une Emma Peel plus hilarante que dévastatrice). De fait, à travers le format d’un intrigue d’aventures, The Reluctant Revolution évoque avec une  clarté étonnante pour l’époque la collusion entre les oligarchies militaires les milieux crapuleux et les grandes sociétés américaines, même si évidemment ces dernières ne se voient citées qu’en périphérie.

L’auteur réussit également une belle étude des caractères, chacun des trois adversaires de Simon s’avérant différemment veules, cupides ou cruels et constituant un joli panier de crabes. Certes les guérilleros ressortent de l’Imagerie d’Epinal et Diane est une nouvelle Templar Girl en détresse. Mais l’interprétation demeure de grande qualité, dominée par la ténébreuse présence du grand Barry Morse, qui parvient à rendre absolument central son rôle de malfrat peu relevé en soi. Jennie Linden se révèle convaincante et absolument charmante dans une légère  robe verte lui seyant à merveille. Si la mise en scène de Leslie Norman apparaît efficace, elle ne compense l’absence d’inserts identifiants de ce pays imaginaire par des éléments culturels totalement espagnols (voire andalous) et donc hors sujet ici : abondance de publicités, d’affiches de corrida ou improbable flamenco. Mais on regrette surtout la naïveté d’une conclusion voyant soldats et révolté fraterniser et déposer le dictateur dès la révélation  de sa corruption. C’est beaucoup, même à l’échelle de la série !

  • Barry Morse (Lawrence) constitue une figure importante de l'histoire des séries télé, grâce, notamment,  à ses rôles récurrents dans Le Fugitif, Cosmos 1999 (inoubliable Pr. Victor Bergman) ou encore L'Aventurier. Il connut également une longue et active carrière à la radio, au théâtre et au cinéma, tout en restant remémoré pour sa grande implication dans de nombreuses œuvres de charité.

  • Jennie Linden (Diane) participa à diverse séries anglaise, dont Amicalement vôtre, Les Champions ou L’Aventurier. Plus récemment elle parut dans Casualty et The Practice. Au cinéma elle joua dans Love (1969) et dans l’une des adaptions sur grand écran de Dr Who, aux côtés de Peter Cushing : Dr Who and the Daleks (1965). Elle incarne Katie dans Le quadrille des homards, le dernier épisode de la période Cathy Gale.

  • On retrouve la peinture représentant un couloir en trompe-l'œil, déjà vue dans The Queen's Ransom (20').

  • Parmi diverses publicités essentiellement espagnoles, on remarque, lors  de la séquence d’ouverture, un superbe logo de Cruzcampo. Lancée en 1904 à Séville, il s’agit de la bière largement la plus consommée en Andalousie. Si on la trouve néanmoins dans l’ensemble du pays, cette bière blonde et légère reste quasiment absente d’Amérique du Sud. So nom originel fait allusion à la  Vía Crucis a la Cruz del Campo, une reconstitution du Calvaire du Christ très populaire à Séville.

  • Plusieurs affiches de corrida invitent à se rendre à la Plaza de Toros de Jerez. Il s’agit de l’une des arènes les plus anciennes et réputées d’Andalousie notamment pour ses corridas à cheval. Inaugurée en 1840, elle se situe à Jerez de la Frontera, près de Cadix. Bâtie dans un style purement andalou, elle s’orne d’une superbe série d’azulejos, représentant des taureaux.

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5. LE TRÉSOR DU PIRATE
(THE HELPFUL PIRATE)

Date de diffusion : 28 octobre 1966

Le Pr. Roeding, spécialiste du laser, a disparu à Hambourg. A la demande de l’Intelligence Service, mais surtout de sa fille Fran, le Saint accepte d’enquêter sur place. Il va découvrir que Roeding s’était entiché d‘antiquités, à la recherche d’une carte au trésor. Mais il a en fait été manipulé par un gang d’escrocs, dirigé par Kolben. La belle Eva est chargée d’appâter les pigeons et Simon va remonter la filière en se faisant passer pour tel. Kolben a en fait enlevé Roeding en espérant le vendre à l’Est, représenté par le sinistre Roskin.

Alors que la majeure partie des autres épisodes débutent par l’arrivée de Simon dans sa destination du jour, The Helpful Pirate innove en le montrant lors de son départ de Londres. L’occasion de dialogues amusants sur le climat proverbial de  la capitale britannique ! Mais on rejoint bien vite un schéma très classique des récits d’espionnage de l’époque, avec un Saint cette fois directement commissionné par l’Intelligence Service, en tant que talentueux amateur. Hélas, le récit ne parvient pas à se développer au-delà de figures de style ultra balisées, comme le  poncif du scientifique et de sa fille servant de moyen de pression. L’intrigue, toujours prévisible, ne brille pas par son dynamisme : filatures répétitives ou conversations ressassant l’action composent l’essentiel du menu. La mise en scène se montre efficace lors des scènes de bagarre (la griffe de Roy Ward Baker), mais se montre paresseuse par ailleurs, ainsi que dépourvue de tout extérieur.

Surtout l’auteur commet une erreur majeure : installer une partie à trois et n’en tirer aucun parti par la suite. Les Soviétiques restent désespéramment inertes, se contentant d’assister en spectateur à l’affrontement entre Kolbel et Templar, suscitant de la sorte d’autres scènes bavardes inutiles. C’est d’autant plus frustrant que de ce fait le toujours excellent Vladek Sheybal demeure en arrière plan et ne bénéfice d’aucune ligne de texte commune avec Roger Moore. Un véritable gâchis, l’acteur sera bien mieux servi chez les New Avengers. L’épisode bénéficie toutefois du charme de deux comédiennes très différentes. L’épanouie et gaie Erika Remberg nous vaut les meilleures scènes de l’opus, lors de ses tentatives d’embobinage d’un Saint riant sous cape. Anneke Wills, arborant déjà l’apparence de Polly, n’a malheureusement que peu à exprimer, son personnage n’étant clairement là que pour se faire enlever. Ray Austin apporte son savoir-faire aux cascades et de jolis inserts évoquent le joyeux Hambourg by night de la Reeperbahn, mais cela n’anime qu’occasionnellement un opus bien morne.

  • Anneke Wills (Fran) apparaît dans les épisodes Balles costumées et Un petit déjeuner trop lourd des Avengers. Très présente dans les séries des 60's, elle est surtout remémorée  pour le rôle de Polly, un des plus importants Compagnons des premières saisons de Doctor Who. Parue en 2007, la première partie des mémoires de cette proche de Mary Quant et de nombreuses personnalités de l’époque connaît un grand succès pour sa vivante description du Swinging London. De 1962 à 1979, elle fut l’épouse de Michael Gough, l’interprète du Dr Amstrong (Les Cybernautes).

  • Erika Remberg (Eva), autrichienne née à Sumatra, connut une vie particulièrement itinérante, voyageant entre Asie, Amérique et Europe, tout en effectuant de nombreuses apparitions au cinéma. Elle fut la compagne de Klaus Kinski, puis l’épouse du metteur en scène Sidney Meyers, qui réalisa notamment quatre épisodes des Avengers.

  • Vladek Sheybal (Roskin) est né en Pologne. Il arrive en Grande-Bretagne au début des années 60. Il interprète Kronsteen dans From Russia With Love (1963), le second et un des meilleurs James Bond. Il enchaîne ensuite les petits rôles, surtout pour la télévision : Destination DangerLe Baron, Les Champions, Poigne de Fer et Séduction, Shogun. Il est le Dr Doug Jackson dans la série UFO et participe à l'épisode Un chat parmi les pigeons, des New Avengers.

  • On retrouve pour la troisième fois la peinture représentant un couloir en trompe l'oeil, après The Queen's Ransom et  The Reluctant Revolution (8').

  • La vue sur Hambourg via la fenêtre est à l'évidence un dessin monochrome (16'). Celui-ci représente en fait de l’Hôtel de ville d’Hambourg. La ville étant aussi un Land, il en accueille les institutions parlementaires. Inauguré en 1897, ce gigantesque édifice est de style néo-Renaissance et contient une superbe collection de peintures représentant Hambourg.

  • Simon et Eva passent une excellente soirée dans la  Reeperbahn, dans la quartier de St-Paul, dont les inserts montrent les célèbres néons et cabaret. Traditionnellement dédiée à la prostitution (dirigée vers les marins du port situé à proximité), l’artère est devenue au XXème siècle un quartier très animé, consacré à la vie nocturne et festive. Le Saint estime que la Reeperbahn est le Montmartre d’Hambourg. La rue est alors très connue en Angleterre, car les Beatles y firent leurs débuts. 

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6. UN DRÔLE DE MONSTRE
(THE CONVENIENT MONSTER)



Date de diffusion : 04 novembre 1966

A proximité du Loch Ness, le Saint porte assistance à Ann Clanreith, terrorisée par la découverte d’énormes empreintes de pas. Un chien puis un homme sont tués et la peur du Monstre du Loch Ness s’empare des esprits. L’employeur d’Ann, Noel Bastion, demeure sceptique, tandis que sa femme, la naturaliste et chasseuse experte Eleanor, est persuadée de l’existence de la créature. Elle est aussi très jalouse d’un évident rapprochement entre Ann et Noel. Simon mène l’enquête et découvre que c’est Eleanor qui a provoqué toute cette histoire, pour fournir une explication au meurtre programmé de son mari.

L’inépuisable mythe du Monstre du Loch Ness a stimulé l’imagination de biens des auteurs et l’on retrouve Nessie dans nombre de séries télévisées, de La vie privée de Sherlock Holmes aux X-Files, en passant par Doctor Who ou Bewitched. On remarque d’ailleurs que , tout comme lors du Quagmire des W-Files, un chien est envoyé ad patres, comme quoi des tendances perdurent ! En soi Nessie apporte un renouvellement bienvenu aux exploits du Saint, qui s’est jusqu’ici rarement aventuré aux lisières du Fantastique. L’intrigue exploite parfaitement cette dimension, en maintenant l’ambigüité autant que possible, mais aussi un vrai suspense quant à l’explication de l’énigme. La mise en scène de Leslie Norman se montre remarquablement maîtrisée, jouant à merveille de la brume écossaise, tout en mettant en valeur la performance des comédiens. La conclusion horrifique de l’épisode joue la carte de l’ellipse, du fait de la contrainte de moyens. Cela s’avère particulièrement suggestif, comme souvent quand on stimule l’imagination du spectateur.

The Convenient Monster ne se limite cependant pas à une simple variation autour de la bête légendaire. Des intrigues secondaires habilement entrecroisés enrichissent et soutiennent le récit, tandis qu’ne atmosphère écossaise se met en place, sans abuser de l’habituel catalogue de clichés. Comme souvent la distribution se révèle de qualité, avec des visages bien connus des amateurs des Avengers. Fulton Mackay (Chadwick dans Le retour des Cybernautes) interprète ainsi un pittoresque clochard, tandis que Caroline Blakiston, loin de la secrétaire de choc de La Dynamo vivante, se montre impeccable en femme obsédée et impitoyable. La sublime Suzan Farmer crève de nouveau l’écran, chacune de es participations au Saint la confirme comme l’une des meilleures féminines d’un Roger Moore une nouvelle fois convaincant. Deux réserves n’entachent pas l’éclatant succès de l’épisode : les passages entre les nombreux superbes extérieurs et inserts s’opèrent trop brusquement avec les passages en studio (un problème récurrent chez Chapeau Melon). Surtout, on regrette que pour une fois que l’on rencontre une femme forte dans cette série, elle soit dépeinte en tueuse désaxée. Décidément la série se montre réticente sur ce sujet.

  • Suzan Farmer (Ann) participera à trois autres reprises aux aventures du Saint. L’actrice connaît une vraie popularité durant les années 60 et 70, avant de se retirer. Elle participe notamment à plusieurs films d’épouvante de l’époque, ainsi qu’à l’épisode That’s Me over There, d’Amicalement vôtre. Elle fut l’épouse de Ian McShane.

  • Caroline Blakiston (Eleanor) est une figure régulière des séries britanniques (L'inspecteur Barnaby, Le Baron, Les champions , Département S, Paul Temple, Regan, Les mémoires de Sherlock Holmes, etc.). Elle incarne également Mon Mothma dans Le retour du Jedi (1983). Caroline Blakiston a joué dans trois épisodes de Chapeau melon : Dance With Death, Les fossoyeurs (saison 4) et La Dynamo vivante.

  • Lors de la séquence d'ouverture, le passage du plein air au studio est particulièrement visible.

  • Quand Simon commande une pinte, le tenancier du pub met un temps absurdement court pour la lui remplir. Il est évident que la pompe à bière est n’est un leurre servant pour le décor et que le verre est déjà plein !

  • En début d’épisode des inserts sont censés nous monter le Loch Ness. Or on y reconnaît le château d’Eilean Donan, bien connu des amateurs des New Avengers et celui-ci se situe dans les eaux du Loch Duich.

  • Le château aperçu à plusieurs reprises et dont les ruines jouent un grand rôle dans le récit est celui de Rhuddlan (1277). Initialement bâti en cercles concentriques, il se situe en fait au Pays de Galles. Rhuddlan joua un rôle important dans les guerres galloises s’opposant à la présence anglaise, durant le Moyen-âge tardif. Dans Amicalement vôtre la production utilisera également un château gallois pour représenter un écossais (A Death in the Family).

  • Plusieurs documents relatifs à la légende du Monstre du Loch Ness sont présentés. On remarque ainsi un extrait du film de Tim Dinsdale, qui vient de marquer les esprits en 1960. Réalisé lors d’une enquête sur l’existence de la bête, il montre ce qui semble être Nessie (ou un objet selon les sceptiques) nager à la surface des eaux. Ces images provoquent des débats passionnés, une analyse moderne réalisée e 11933 ne permettant pas de trancher sur leur nature. 

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7. LE DIAMANT
(THE ANGEL'S EYE)

Date de diffusion : 11 novembre 1966

Lord Cranmore convie son célèbre ami, Simon Templar, dans sa somptueuse résidence. Il lui confie que des revers de fortune l’obligent à de séparer d’un diamant, l’Œil de l’Ange. Malgré la farouche opposition de son neveu demande à Simon d’accompagner son bras droit, Upwater et la fille de celle-ci Mabel, à Amsterdam, où doit se dérouler la vente. Le Saint fait face à plusieurs attaques. Arrivés sur place, Upwater lui affirme que l’expert diamantaire lui a dérobé le joyau et lui propose d’aller cambrioler son coffre-fort. Simon mène l’enquête et découvre qu’Upwater a tout manigancé, prévoyant de le rendre responsable du vol.

Episode relativement mineur que The Angel's Eye, du fait d’un scénario amplement usité au cours de la série et ne dégageant aucune réel point fort. Sur un thème finalement similaire, le récent The Queen’s Ranson s’était ainsi montré autrement marquant. L’auteur Harry W. Junkin a toutefois suffisament de métier pour maintenir un suspense et un doute persistant sur l’identité du réel adversaire de Simon, le neveu se voyant habilement paré de tous les attributs du parfait suspect. Le temps libre suscité par la minceur de l’intrigue se voit en partie dédié à une intéressante visite touristique des canaux et autres lieux culturels d’Amsterdam, le dépaysement demeurant l’une de valeurs sures de la série. Anvers aurait peut être été plus indiqué qu’Amsterdam, mais qu’importe.

L’amateur des Avengers se verra comblé par une participation particulièrement riche de seconds rôles de cette série, toujours impeccables (Donald Pickering, T. P. McKenna, Liam Redmond, etc.) On a ainsi le plaisir de découvrir une charmante Jane Merrow, cette fois brune et non plus blonde comme dans Mission Highly Improbable. Un plus dégourdie que d’autres Templar Girls of the Week, Mabel reste cependant périphérique dans l’action. De ce fait l’épisode n’apporte pas non plus réponse satisfaisante quand à un éventuel remplacement de Diana Rigg ! The Angel's Eye se regarde sans ennui pesant, mais s’oublie prestement.

  • Issue de la RADA, Jane Merrow (Mabel) est une figure du West End. Elle participe également à de nombreuses séries télé, en Angleterre (Destination Danger Le Prisonnier, L'homme à la valise...) comme  aux États Unis (Mission Impossible, Cannon, Magnum...) Elle joue Susan dans Mission hautement improbable (Chapeau melon) et fut un temps considérée comme une possible remplaçante de Diana Rigg, avant que Linda Thorson ne soit finalement choisie.

  • T. P. McKenna (Malone) a participé à trois épisodes des Avengers: Le Cheval de Troie, Mort en magasin et Je vous tuerai à midi. Très présent au théâtre, cet acteur irlandais a connu une belle carrière tant à la télévision (Doctor Who) qu’au cinéma (Les Chiens de paille, 1971, Valmont 1989…). À la radio, Thomas Patrick McKenna connaît une grande popularité dans la dramatique à succès de la BBC Baldi (depuis 2000).

  • Lors de l'affrontement de début d'épisode, Roger Moore est doublé par un cascadeur. Les autres acteurs veillent à maintenir une main sur son visage, afin qu'il soit moins reconnaissable.

  • Cranmore House est en fait Osterley Park, située dans les faubourgs ouest de Londres. Construit au XVIIIème siècle, cet immense manoir, aux vastes jardins, permit à plusieurs riches familles de se retirer comme à la campagne, tout en demeurant à proximité de la Capitale. Désormais propriété publique, il est ouvert au public. Son aspect à la fois spectaculaire et verdoyant lui a valu d'apparaître dans de nombreuses productions anglaises. il est ainsi utilisé à deux reprises dans Amicalement vôtre.

  • Parmi les sites d’Amsterdam visités par Mabel et Simon, on reconnait la tout Montelbaanstoren, au croisement de deux importants canaux. Initialement destinée à défendre le port de la cité (1516), elle fut par la suite surmontée d’un carillon et d’un clocher de style Renaissance. Elle abrite le service municipal de gestion des eaux.

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8. LA FÊTE ROMAINE
(THE MAN WHO LIKED LIONS)

Date de diffusion : 18 novembre 1966

A Rome, le Saint s’apprête à rencontrer un ami, le journaliste Tony Allard. Celui-ci veut lui révéler des  informations concernant un dangereux bandit surnommé « l’homme qui aime les lions ». Mais il est assassiné près du Colisée. Grâce à Claudia, la fiancée de Tony, le Saint explore les indices que le journaliste a laissés. Il débusque ainsi Tiberio, chef d’un réseau criminel et obsédé par la grandeur de l’Empire romain. Tiberio l’invite à sa villa, où se déroule une somptueuse fête en costumes recréant les fastes impériaux. Mais son véritable but est de livrer le célèbre Simon Templar à ses lions !

Episode particulièrement relevé et cruel que celui-ci, se décomposant en deux parties clairement distinctes, mais résultant toutes deux d’un vif intérêt. La reconstitution par Simon de l’enquête suivie par le journaliste donne lieu à une succession de rencontres hautes en couleurs. Certes chacune d’entre elles exprime un cliché coutumier de l’Italie, mais filmé et interprété avec talent, tout en rappelant finalement cette structure de films à sketchs alors populaire dans la Botte (Les Monstres, 1963). The Man Who Liked Lions trouve cependant toute sa dimension avec la découverte de cette bacchanale endiablée constituant le clou du spectacle, aux effets encore accentués par Roy Ward Baker. Metteur en scène, décorateur et costumiers s’accordent à la rendre spectaculaire, avec un accord plaisamment trouvé entre un décorum antique et un entrain tout à fait Sixties. L’impressionnant duel final à l’épée achève de nous faire basculer dans un excellent péplum, genre dont on retrouve véritablement la saveur.

L’amateur des Avengers découvre ici l’une des plus belles pépites que lui réserve les aventures du Saint. On songe évidemment aux fortes convergences existant avec le fade Cette grandeur qu’était Rome des années Cathy Gale, mais le côté orgiaque de cette fête et la brutalité machiste exaltée par Tiberio nous rapprochent finalement davantage du Club de l’Enfer. C’est d’autant plus vrai que la personnalité baroque et hors normes de Peter Wyngarde domine l’ensemble des débats. L’acteur, particulièrement déchainé, se régale à l’évidence de cette version latine (et parfois très gladiateur) de l’inoubliable John Cartney. Il apporte une formidable dynamique à l’épisode, d’autant que son personnage fonctionne parfaitement comme antithèse du Saint. Le choc des deux comédiens principaux tient toutes ses promesses, enfin un (quasi) Diabolical Mastermind face à Simon Templar ! On retrouve également avec plaisir la talentueuse Suzanne Llyod, qui tout comme Wyngarde prend plaisir à employer un divertissant accent italien.

On s’étonnera toutefois de la voir devenue absurdement blonde au sein de cette aventure italienne. De même sa Claudia se montre trop éplorée et craintive, on regrette le tempérament bien trempé de sa Gabby dans The High Fence (saison 2). Au chapitre des regrets secondaires, on notera également que le chauffeur de taxi, habituel complice des escapades romaines du Saint, n’est plus interprété par Warren Mitchell. Son remplaçant se montre amusant mais n’a pas sa féconde. Il reste également dommage que Jeremy Young, le redoutable Frant du Club de l’Enfer, ici un policer milieux mais sagace, n’ait aucune scène en commun avec Wyngarde. Comme souvent dans la série, les passages entre inserts et décors résultent brutaux, c’est particulièrement vrai avec les superbes images du Colisée. Flamboyant et captivant de bout en bout, The Man Who Liked Lions n’en demeure pas moins l’un des sommets de la série,

  • Suzanne Lloyd (Claudia), actrice canadienne, accomplit de nombreuses apparitions dans les séries américaines de la fin des années 50 et du début des années 60 (Have Gun-Will Travel, Maverick, Bonanza…). Puis elle s’installa en Grande-Bretagne où elle totalisa six participations au Saint, et fut, bien entendu, la vénéneuse Barbara de Cœur à cœur. Elle mit fin à sa carrière à l’âge de quarante ans. Elle reste également dans les mémoires pour le rôle récurrent de Raquel Toledano dans Zorro.

  • Peter Wyngarde (Tiberio) demeure un méorable invité des Avengers (Le Club de l'Enfer, Caméra meurtre. Il est né à Marseille. Enfant, il fut détenu dans le camp de Lung-Hai en Chine après l'invasion japonaise en 1941. Le rôle de Jason King dans les séries Département S (1969-70), puis Jason King (1971-72) centrées sur son seul personnage, l'a rendu célèbre, notamment pour sa moustache et ses cravates flamboyantes. Auparavant, il avait tourné dans Le Saint (deux épisodes) et Le Prisonnier (Numéro 2 dans Échec et mat). Sa dernière apparition à l'écran remonte à 1994 dans un épisode des Mémoires de Sherlock Holmes.

  • Roger Moore était tout indiqué pour participer à cette évocation de la Rome antique, car il interpréta le légendaire Romulus, fondateur de l’Urbs,  dans L’enlèvement des Sabines (1961).

  • Cette fois le scénario n’est pas issu d’un texte de Leslie Charteris, mais du journaliste et romancier anglais Douglas Enefer (1910-1987). Il connut un grand succès dans la littérature de genre, principalement le Polar et le Western. Attiré par les séries télévisées, il écrivit également des romans basés sur leurs héros. En 1963 il publia ainsi un thriller mettant en scène John Steed et Cathy Gale, sobrement intitulé The Avengers. Il s’agit de la toute première novélisation tirée de la série. 

  • Charteris ne voulait pas que le titre original de l’épisode soit confondu avec l’un de ses ouvrages, The Man Who Liked Ants. Il proposa un titre alternatif, The Last Gladiator, qui fut refusé par la production. Celle-ci eut continuellement des relations exécrables avec le très attentif écrivain.

  • L'arrière plan de la demeure romaine est une peinture (19').

  • Le nom Tiberio fait référence au deuxième des Empereurs romain, Tibère (14-32) Ce fils adoptif d’Auguste guerroya avec succès en Germanie mais mis fin à l’extension territoriale de Rome. Menant des réformes politiques et économiques, il préféra consacrer son règne à la mise en valeur des conquêtes opérées depuis Pompée et César. Il aimait à se retirer à Capri, dans la fastueuse Villa Jovis, où il tenait une cour d’artistes, d’érudits et de philosophes, conduisant la culture romaine à de nouveaux sommets.

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9. LE MEILLEUR PIÈGE
(THE BETTER MOUSE TRAP)

Date de diffusion : 25 novembre 1966

A Cannes, Simon connaît une agréable romance avec la belle Nathalie, tandis que plusieurs palaces de la Riviera sont victimes de voleurs bijoux. Il fait également la connaissance d’une dame sympathique et volubile, Bertha. Un cambriolage survenant dans l’hôtel du Saint, il n’en faut pas plus pour que celui-ci soit soupçonné par une vieille connaissance, le Colonel Latignant. Simon mène l’enquête et découvre que le gang est dirigé par une femme inconnue. Or il se trouve que divers éléments semblent accuser Nathalie.

Le scénario de The Better Mouse Trap souffre de ne pas ne parvenir pas à dépasser une difficulté inhérente à la série. Tout l’enjeu de l’intrigue réside sur la potentialité que Nathalie soit la coupable, et on n’y croit jamais un seul instant. L’auteur Leigh Vance multiplie les manœuvres pour tenter de semer le doute en la rendant plus affirmée que la moyenne des Templar Girls of the Week, tandis que la caméra de Gordon Flemyng sait s’attarder sur les yeux bleu acier, devenus subitement menaçants, de la belle Alexandra Stewart. Rien n’y fait car la présence de Bertha annihile tout cela. Les personnages n’ayant d’autres justifications que d’apparaître in fine comme les coupables pullulent tout long des saisons et deviennent aisément repérables. L’audace aurait consisté à prendre la problématique à front renversé, ce qui ne survient pas. Pour autant l’opus demeure très distrayant, offrant des scènes d’actions réussies et une romance originale, car considérablement plus poussée qu’à l’ordinaire. Alexandra Stewart se montre  très attachantes et la solidité de Martha rend au moins crédible son attraction auprès du Saint.

Surtout, sur une trame évoquant vaguement l’ensoleillé La main au collet (1955), l’épisode sait employer l’atmosphère estivale de la Côte d’Azur  pour jouer pleinement la carte de la comédie. On retrouve en effet les seconds rôles coutumiers, pittoresques et à l’accent français plaisamment caricatural, permettant aussi à Alexandra Stewart de tirer son épingle du jeu, avec son charmant phrasé. Pour soon ultime tour de piste, le Colonel Latignant se montre en grande forme et bénéficie surtout d’un soutien de choc en la personne de son assistant Alphonse. Incarné par un Ronnie Barker à la fantaisie bien connue des amateurs des Avengers et ici totalement en roue libre, il ajoute une incompétence absolue à une hilarante succession de gags visuels. Difficile de ne pas songer à l’Inspecteur Clouseau, qui vient de débuter son époustouflante carrière en 1963.

  • Canadienne francophone, Alexandra Stewart (Nathalie) a pu mener une double carrière, en France (L'homme qui revient de loin, Les Dames à la Licorne, Le Feu Follet) comme chez les Anglo-saxons (Destination Danger, Exodus). Celle qui fut la compagne de Louis Malle fut également une participante régulière à des jeux télévisés, comme Les Jeux de 20h ou L'Académie des Neuf.

  • Ronnie Barker (Alphonse) était l'homme à tout faire Outre-manche (théâtre, télévision, radio). Dans les années 60, il se fit un nom à la radio avant de devenir un habitué du petit écran. Il tourna dans des séries comme Le Saint mais c'est The Two Ronnies (avec Ronnie Corbett), une série de sketchs diffusée sur la BBC de 1971 à la fin des années 80, qui lui fit sa réputation. R Barker a été fait OBE (Officer of the Order of the British Empire) et il a fait l'objet d'une biographie, The Authorised Biography of Ronnie Barker de Bob McCabe. Il  participe l’épisode des Avengers Le tigre caché.

  • Arnold Diamond interprète pour la cinquième et dernière fois le Colonel Latignant, policier français auquel se confronta le Saint durant ses visites de  la Côte d'Azur. Plus sympathique et pittoresque que ses collègues parisiens, il aura été un réjouissant partenaire, ou parfois adversaire, du Saint.

  • Si on en croit le calendrier aperçu à l’accueil de l’hôtel, l’action se déroule le  mercredi 9 juin 1966, soit quelques mois avant la diffusion de l’épisode.

  • Il ne faut pas confondre le titre original de cet épisode avec celui de Build A Better Mouse Trap, épisode particulièrement réussi des années Cathy Gale (saison 3) !

  • La partie de roulettes initiale se déroule au Palm Beach. Depuis la destruction du casino municipal (1907-1979), il s’agit de l’établissement le plus ancien de Cannes. Inauguré en 1929 en tant que "casino d'été", il accueillant toute la jet-set de la Côte d’Azur de l’avant guerre. Souffrant de la crise connue par les casions classiques, il se transforme actuellement en complexe touristique de luxe.

  • En surveillant le Saint, Alphonse fait semblant de lire l’Aurore. Fondé en 1944, ce journal est au sommet de sa popularité durant les années 60, dépassant les 500 000 tirages et dépassant parfois son rival, le Figaro.  Proche du centre droit de Jean Lecanuet, il constitue l’une des plus grandes références de la presse française. Le journal sera acheté en 1978 par Robert Hersant, qui va progressivement el fusionner au Figaro, se débarrassant ainsi d’un concurrent. Un exemplaire du Monde est aussi rapidement aperçu. Fondé également en 1944, ce quotidien connait aussi une forte expansion par cette décennie se concluant par le départ de son fondateur, Hubert Beuve-Méry. 

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10. LA PETITE FILLE PERDUE
(LITTLE GIRL LOST)

Date de diffusion : 02 décembre 1966

En Irlande, le Saint sauve la jeune Mildred de deux dangereux individus. Elle lui révèle être la fille cachée d’Hitler, poursuivie par des nazis désireux de rétablir un parti nazi ! Simon suspecte une supercherie et découvre vite que le père de Mildred est en fait d’un riche homme d’affaires. Celui-ci a embauché deux détectives privés pour ramener sa fille, enfuie pour vivre une idylle qu’il réprouve. Le Saint abrite Mildred dans le cottage d’un ami irlandais, Brendan, mais elle est alors enlevée par les deux hommes de main, qui réclament une rançon, Simon apporte la somme au lieu convenu, tout en demeurant dubitatif.

Les amateurs des Avengers gouteront particulièrement la scène d’introduction, puisqu’elle permet de découvrir la ST1 franchir l’emblématique pont de Tyke's Water Lake, une fort jolie jonction entre les deux séries. Les péripéties de l’intrigue du jour ne brillent pas par leur originalité, d’autant que l’arnaque, si elle se montre astucieuse, s’évente bien avant le final. Qu’importe, le récit demeure suffisamment mouvementé pour maintenir l’attention et s’orne d’extérieurs bien plus fréquents qu’à l’ordinaire. Une fois dissipé, grâce à l’ironie pince-sans-rire de Roger Moore, le léger malaise du à l’évocation d’Adolf Hitler au sein d’un récit humoristique, le choix de la comédie correspond bien à la légèreté de l’argument.

Le grand atout de l’épisode demeure en définitive l’excellent choix de ses comédiens. Noel Purcell incarne à merveille un Irlandais expansif et évidemment grand amateur de bière. June Ritchie se montre irrésistible en jeune fille délurée et mentant comme elle respire mais au charme juvénile appelant à l’indulgence. On comprend sans peine que le saint manifeste une nouvelle fois une sympathie canaille avec les escrocs astucieux s’en prenant aux riches, d’autant plus quand ils appartiennent au beau sexe ! Sans réellement défrayer la chronique, Little Girl Lost parvient à distraire par son ton enlevé et plaisamment cynique.

  • L’épisode porte le même titre original qu’un opus fameux de la Quatrième Dimension, diffusé en 1962.

  • June Ritchie (Mildred) se spécialisa dans les rôles sentimentaux, à l’occasion humoristiques. Après une belle carrière au théâtre, elle donna des cours à la RADA, dont elle est issue.

  • Noel Purcell (Brendan Cullin) a interprété Jonah dans l’épisode A Surfeit of H2O des Avengers.

  • Le repaire des vilains est en fait Donnington Castle, dans le Berkshire. Cette imposante place forte médiévale, dont subsistent deux impressionnantes tours, remontre au XIVème siècle.

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11. ULTRA SECRET
(PAPER CHASE)

Date de diffusion : 09 décembre 1966

Après avoir entendu une conversation suspecte à eux pas de Westminster Bridge, Simon se retrouve plongé en pleine aventure. Il se rend en RDA, où un transfuge du Foreign Office d’origine allemande, Eric Redman, l’a précédé. Eric doit remettre des documents ultra secrets, afin de sauver la vie de son père, mais découvre que celui-ci est déjà mort. Le Saint va devoir s’assurer des papiers et faire refranchir le Rideau de fer à Eric, ainsi qu’à son amie, Hanya, tout en étant traqué par les services secrets hostiles.

Il est cinq heures, Londres s'éveille... Paper Chase débute avec l'une des plus belles séquences introductives de la série. L'étonnamment mélancolique balade de Simon dans le petit matin londonien, avec en arrière-fond le Parlement et Westminster Bridge, suscite un effet poétique aussi rare que réussi. Mais le Saint se voit bien vite replongé dans une intrigue d'espionnite, classique mais très prenante. La présence du Major Carter (rien à voir avec une blonde astrophysicienne) et d'un commun théâtre des opérations allemand suscite d'ailleurs un intéressant diptyque avec The Helpful Pirate. A cette occasion, on constate une nouvelle fois que les récits d'espionnage se montrent autrement plus intenses que ceux de contre, car immergeant bien davantage le héros dans un environnement hostile. Au lieu d'une plate succession de dialogues, nous découvrons une périlleuse odyssée menée tambour battant, culminant lors d'une fuite éperdue vers le salut.

S'il fait preuve de son astuce et de son dynamisme coutumiers, Simon domine d'ailleurs bien moins les débats qu'à l'ordinaire, ce qui véhicule une agréable nouveauté. De fait, sa victoire finale résulte  incomplète et amère, une rareté. L'action ne prive pas le récit de sa dimension psychologique. Le destin tragique d'un Redman, écartelé entre deux fidélités, émeut, de même que la soif désespérée de liberté de la résolue mais fragile Hanya. Tous les deux se voient interprétés avec expressivité et talent. Tout ceci demeure certes en terrain connu et les amateurs de 007 s'amuseront à constater que, 50 ans plus tard, Skyfall narre identiquement la traque de la liste des agents britanniques infiltrés. Simon a bien de la chance de vivre dans les Sixties, une simple feuille de papier s'avérant moins volatile et plus facilement destructible qu'un fichier informatique ! Si le Saint n'est pas, lui, confronté à un Génie du Mal, l'opposition demeure suffisamment convaincante pour animer ce récit d'espionnage, guère novateur mais au combien stimulant.

  • On retrouve le Major Carter, de l’Intelligence Service, qui avait déjà fait appel au Saint lors de The Helpful Pirate. Il est interprété par Jack Gwilim,qui a servi 20 ans dans la Royal Navy, avant de devenir comédien et membre éminent de la RSC. Spécialisé dans les rôles d’autorité, il jole Sir harper dans Le tigre caché.

  • Penelope Horner (Hanya) interprète Jenny dans l'épisode des Avengers, The Morning After. Elle figure dans de nombreuses séries anglaises des années 60 et 70, dont Amicalement vôtre.

  • Comme souvent dans la série, une peinture en trompe-l'œil simule un couloir, lors de la scène suivant le générique (3’18’’).

  • L'épisode bénéficie de nombreux extérieurs londoniens, en lieu et place des usuels inserts.

  • Lors de son voyage en train de Berlin à Leipzig, le Saint lit Black Bonanza. Publié en 1950, ce livre narre l’épopée de l’exploitation pétrolifère en Californie. Ce n’est pas le moyen le plus sûr de passer inaperçu en RDA !

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : Westminster Bridge, l'aéroport d'Heathrow, Downing Street...

  • Les évènements prennent place dans le cadre de la foire internationale de Leipzig,  généralement considérée comme la plus ancienne au monde. Cette tradition remonte aux privilèges impériaux accordés à la ville durant le Moyen-âge. Ces grands carrefours commerciaux ont puissamment contribué à la prospérité et à la modernité de la ville, ainsi qu'à son rayonnement international. Elle est ainsi aujourd'hui le siège de très nombreux consulats. Rétablie dès 1945, la foire de Leipzig fut effectivement amoindrie mais non supprimée par l'instauration du Rideau de fer. La RDA désirait s'imposer comme la vitrine économique de l'Europe de l'Est et accueillit de nombreux visiteurs, notamment français. La foire de Leipzig devint l'un des rares espaces d'ouverture et d'échanges entre l'Est et l'Ouest, ce qu'exprime parfaitement l'épisode. La foire de 1989 fut le point de départ des évènements devant amener la chute de la RDA et du Mur de Berlin.

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12. LE FUGITIF
(LOCATE AND DESTROY)

Date de diffusion : 16 décembre 1966

A Lima, le Saint vole au secours, d’Henry Coleman, riche propriétaire d’une mine, agressé par deux bandits. Simon découvre cependant que Coleman est un fait Hans Kroleich, un ancien nazi responsable de bien des atrocités. Réfugié au Pérou sous une fausse identité il est en fait aux prises avec des agents israéliens désireux de la traduire en justice. Le Saint se range de leur côté. Coleman enlève alors la jeune Maria, fille du médecin local. Le duel final va se dérouler dans sa mine.

L’épisode séduit d’emblée, grâce à de superbes vues du centre historique de Lima, superbe cité trop méconnue et surtout par l’originalité de son thème. Hélas, l’on ne ressent que plus durement le prompt retour à des chemins ultra balisés, qui plus est parcourus sur un rythme assez paresseux. Derrière le voile promptement évanoui, on retrouve derechef la damoiselle en détresse chloroformée ou les allées et venues répétitives destinées à meubler. Tout ça pour ça, y compris des affrontements moins spectaculaires que de coutume. Le final de rigueur déçoit particulièrement sur ce point. De manière caractéristique, hormis la péripétie initiale, le groupe israélien demeure totalement inopérant, laissant bien sagement place nette au Saint et multipliant les commentaires stériles, au lieu de susciter un véritable enrichissement narratif. Et cela alors même qu’il est censé constituer un groupe ultra motivé et d’élite (comme dirait le Général de Gaulle). Toutefois, le Saint est aussi une série d’acteurs et l’épisode doit une fière chandelle à ceux-ci, qui l’empêchent de sombrer inexorablement dans l’ennui.

John Barrie accomplit une saisissante performance, exprimant avec brio la double nature de Coleman, avec une violence pathologique transparaissant sous le vernis débonnaire et urbain. Les amateurs des Avengers auront le vertige en découvrant la Julia Arnall, impitoyable tueuse très connotée nazie dans Intercrimes, incarner au contraire une épouses effondrée par la découverte de la véritable nature de son mari. Il reste dommage que le personnage soit essentiellement utilisé pour une conclusion inutilement mélodramatique. On s’amusera aussi à reconnaître des acteurs totalement à contre emploi de rôles marquant, tels Roger Delgado (la Première Incarnation du Maître dans Doctor Who) en policier incorruptible ou la jeune Francesca Annis en jeune fille effacée, loin de la pétulante Tuppence. On apprécie également des décors réussis et évocateurs avec aussi de nombreuses publicités espagnoles déjà vues dans The Reluctant Revolution), mais l’épisode n’en demeure pas moins lent et décevant.

  • Julia Arnall (Ingrid) nait à Vienne et, ayant effectivement passé son enfance à Berlin, elle gagne la Grande-Bretagne après avoir épousé, en 1950, un officier du contingent d’occupation. Elle connaît une vraie popularité durant les années 50 en tant que mannequin et actrice de cinéma (Lost, 1955), puis réalisera quelques apparitions au petit écran durant la décennie suivante (Destination Danger, Dixon of Dock Green…). Sa carrière d’actrice ne se poursuivra cependant pas au-delà des années 60, dont elle demeure une petite icône glamour. Dans le Monde des Avengers, elle incarne la  glaciale Hilda Stern, tueuse à la solde d'Intercrime.

  • Francesca Annis (Maria) est une grande actrice shakespearienne et une figure de la RSC. Elle a interprété les grands rôles du Barde sur tous supports mais s'essaie égalent dans d'autres domaines. Elle incarne ainsi Tuppence dans la version télévisée de Partners in Crime d'Agatha Christie mais aussi Jessica dans le Dune de David Lynch.

  • Le thème de Locate and Destroy se situe dans l’air du temps, les années 60 voyant se dérouler nombre de spectaculaires captures d’anciens dignitaires nazis réfugiés en Amérique du Sud, sous l’impulsion de Simon Wiesenthal. En 1960, la décennie s’ouvre d’ailleurs avec l’enlèvement d’Adolf Eichmann, en Argentine. En août 1966, quelques mois avant la diffusion de l’épisode, Mengele manque d’être pareillement appréhendé au Paraguay. Franz Stangl, qui dirigea l’élimination de 70000 Allemands aliénés ou handicapés, fut arrêté au brésil en 1967, entre autres exemples.

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13. PLAN DE VOL
(FLIGHT PLAN)

Date de diffusion : 23 décembre 1966

Dès son arrivée en gare de Victoria, Diane Gregory manque d’être enlevée par une fausse religieuse, mais elle est promptement sauvée par le célèbre Simon Templar. Mais il s’avère que son frère Mike, un pilote de chasse, a disparu. Il a en fait accepté de livrer à l’Est  l’Osprey, un révolutionnaire jet à décollage vertical et sa sœur devait servir de garantie. Le Saint est parachuté à l’endroit où l’avion doit se ravitailler et met hors d’état de nuire l’opposition. Il convainc Mike, blessé au cours de l’affrontement, de rapporter l’avion en Angleterre, mais doit l’aider à le piloter.

Certes, Flight Plan souffre d’un trop plein de déjà-vu. Toute sa scène inaugurale se rapproche énormément, sur un ton mineur, de son équivalent de The Miracle Tea (saison 3), Victoria se substituant à Waterloo Station. Surtout, si l’on remplace simplement l’Osprey à la liste fatidique, cette histoire où Simon doit ramener un transfuge et son bagage du bon côté du Rideau de fer évoque trait pour trait celle du très récent Paper Chase. Et l’on avouera fort peu goûter que l’on nous repasse ainsi les plats. A sa décharge, cette intrigue ne s’avère qu’un argument ouvrant un récit trépidant, relevant en fait davantage de l’aventure que de l’espionnage. On y trouve intact tout le charme des bandes dessinées d’aviation si populaires à l’époque (Martin Milan, Steve Canyon, Buck Danny ou Natacha, entre autres). Il en va de même de la magie, toujours inaltérée en 2013, de ces avions effilés et vrombissant. Les inserts ascensionnels du Harrier se montrent d’ailleurs aussi impressionnants qu’étonnamment poétiques. Inutile de préciser que le spectateur français éprouvera les pires difficultés à contempler ces images sans évoquer les contemporains Chevaliers du Ciel (cherchant le soleil, ils se rient de la mort).

A-côté d’un récit nerveux, enrichi de superbes vues aériennes, l’épisode tire parti d’une superbe galerie de portraits, tant dans l’opposition que chez les alliés du Saint. Elle se voit portée par une distribution aussi divertissante qu’hétéroclite. On s’amuse ainsi à reconnaitre dans un même épisode le complice de Benny Hill (Henry McGee), ou le sémillant Comte du Five Miles to Midnight d’Amicalement vôtre (Ferdy Mayne), en passant par le tireur de La Porte de la Mort (Marne Mailland), entre autres exemples. S’il confirme ne pas figurer le meilleur acteur de sa génération William Gaunt a considérablement gagné en assurance depuis son apparition dans l’opus Un Traître à Zébra des aventurés de Cathy Gale. Cette fois on sent poindre le futur Champion. Si on mentirait en portant aux nues la finesse de son jeu, la spectaculaire Imogen Hassall dégage une vraie présence et l’on éprouve pour elle une chaleureuse sympathie.  Face à cette sarabande, la charmante Fiona Lewis manifeste du sentiment mais demeure un tantinet effacée. Il ne manque au tonique Flight Plan qu’un scénario moins rabattu parmi les grands succès de la série.

  • William Gaunt (Gregory) a participé à plusieurs séries anglaises des années 60, dont Chapeau Melon (Un traître à Zébra) mais reste bien entendu dans les mémoires pour son rôle de Richard Barett dans Les Champions (1968-1969). Par la suite il refit quelques apparitions dans d’autres séries (Dr Who), mais surtout dans des Soaps tels que No place like home (1983-1987) ou Next of Kin (1995-1996). Formé à la Royal Academy of Dramatic Arts, il mène parallèlement une brillante carrière au théâtre qui le conduira à intégrer la prestigieuse Royal Shakespeare Company en 2007, où il partage l’affiche du Roi Lear et de La Mouette avec Sir Ian Mc Kellen. Alors qu’il avait partagé les bancs de la Moravian School avec Diana Rigg, il retrouve celle-ci sur les planches, dans Humble Boy en 2001, au National Theatre.

  • Imogen Hassall (Nadya) apparut dans plusieurs Spies Shows anglais des années 60, dont Les Avengers, où elle fut Anjali dans Escape in Time.  Elle participe également au pilote d’Amicalement vôtre. Hassall fut une étoile des séries B de la Hammer durant les 70’s. Sa création la plus connue demeure celle d’Ayak, dans Quand les Dinosaures dominaient le Monde (1970). Elle fut surnommée « Countess of Cleavage» (Comtesse du décolleté) et « Queen of Premieres » pour sa propension à apparaître aux premières dans de suggestifs atours, catalysant l’attention des photographes. Elle se suicida par surdose de médicaments, pour une raison demeurée mystérieuse.

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : Inverness Terrace, l'Albert Memorial, Trafagar Square...

  • L’Osprey est fait l’un des premiers prototypes du Harrier, terme regroupant une famille d’avions à décollage vertical. Ce fer de lance de la technologie de la Royal Air force fut en activité à partir de 1969. Le Harrier était tout d’abord destiné à pallier à une éventuelle destruction des aéroports par bombardement (éventuellement nucléaire), puis fut adapté aux portes avions. En contrepartie de sa mobilité particulière, et contrairement à ce qui est affirmé dans l’épisode, le Harrier demeure subsonique et non supersonique, à l’inverse des autres jets modernes. Depuis 2010, la RAF les remplace par les F-35, plus modernes et supersoniques.

  • La Royal Air Force accepta de communiquer des images du Harrier à la production, mais refusât que celles-ci dévoilassent trop de détails. Les gros plans aperçus durant le ravitaillement en carburant représentent un Electric Lightning, intercepteur supersonique plus ancien, car mis en service dès 1960.

  • A Victoria Station, un grand panneau indique l’arrivée de la Flèche d’Or (Golden Arrow). Il s’agit d’un train Pullman de luxe, qui, couplé à un navire, relia  Londres (Victoria Station) à Paris (Gare du Nord) de 1926 à 1972. Les embarquements s’opéraient à Douvres, ainsi qu’à Boulogne ou Calais. Le développement de l’aérien fut fatal à cette ligne prestigieuse. L’appellation Flèche d’or fut conservée par le Corail équivalent, jusqu’à l’ouverture de l’Eurostar en 1994.

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14. LA ROUTE DE L'ÉVASION
(ESCAPE ROUTE)

Date de diffusion : 30 décembre 1966

L’Inspecteur Teal arrête le célèbre Simon Templar, surpris lors d’un vol de bijoux. Le Saint est incarcéré dans la sinistre prison de Dartmoor, mais il s’agit en fait d’une infiltration menée par les deux compères, destinée à abattre un réseau multipliant les évasions spectaculaires. Simon sympathise avec Wood, truand pittoresque devant prochainement s’enfuir. Après une évasion en hélicoptère, Simon découvre que l’organisation, notamment animée par la perfide Ann, assassine et dépouille ses clients après qu’ils aient récupéré leur butin.

 Certes l’idée d’une infiltration carcérale et d‘un policier ou justicier sympathisant avec un prisonnier pour pénétrer son organisation ou recueillir des informations ne bouleverse pas par son originalité. Mais, comme si souvent chez le Saint, l’important n’est pas le sujet de l’histoire, mais la manière dont on raconte celle-ci. L’intrigue de  Michael Winder maintient un suspense constant jusqu’à son terme et contient nombre d’excellentes idées. Le simulacre initial se poursuit autant qu’il était raisonnablement envisageable, s’enrichissant d’une poursuite automobile et d’autres péripéties finalement inutiles mais rendant palpitant le récit. L’auteur développe un effet miroir habile entre un Wood fruste mais fidèle en amitié et les chefs du réseau, sophistiqués et élégants, mais s’avérant plus crapuleux et déloyaux que leurs clients. On peut y discerner un discours social souvent perceptible chez un Roger Moore fier de ses humbles origines.

L’acteur se montre d’ailleurs une nouvelle fois habile metteur en scène, réussissant plusieurs moments spectaculaires, tels l’évasion en hélicoptère, ou l’affrontement final sur la Manche. Sa caméra demeure toujours astucieusement mobile et il s’offre quelques judicieuses audaces, comme le cambriolage tourné caméra sur l’épaule, une rareté dans la série. Moore a également l’excellente idée de profiter de cette halte anglaise dans les périples du Saint pour ouvrir une fenêtre sur le Swinging London. Cela nous vaut de beaux extérieurs et de typiques chansons au sein d’une caractéristique boite de nuit annonçant certains passages des Persuaders. La charmante chanteuse fait songer à une Vénus Smith plus affirmée, tandis que les amateurs des Avengers apprécieront les convergences avec le sujet d’Escape in Time, la fantaisie laissant bien entendu place à un polar bien huilé. Parmi la distribution relevée de cet excellent épisode, se détachent une parfaite Jean Marsh, en incisive responsable des opérations, et un Donald Sutherland à l’orée de sa carrière, aussi prometteur que lors du Dernier des Sept.

  • Donald Sutherland (Wood).est ici à l'orée d'une grande carrière au cinéma. Il se fait connaître grâce à  Les Douze Salopards (1967) et MASH (1970) qui le catapultent au rang de star. Son parcours sera d'abord émaillé de prestations décalées. Sa pléthorique filmographie contient bon nombre de personnages antipathiques ou excentriques. Il est le père de Kiefer Sutherland (24h Chrono) . Sutherland participe à un épisode de Chapeau Melon, Le Dernier des Sept.

  • Jean Marsh (Ann) connut un immense succès en Grande-Bretagne avec Upstairs-Downstairs. Elle intervient également dans également à I Spy, La Quatrième Dimension, Doctor Who, Amicalement vôtre, Department S, Gideon’s Way, Hawaï Police d’Etat… Au cinéma, Jean Marsh interpréta notamment l’infâme Reine Bavmorda (Willow, 1988). De 1955 à 1960, elle fut l’épouse de Jon Pertwee.

  • L’épisode marque la première apparition de l’Inspecteur Claude Eustache Teal dans un épisode en couleurs.

  • Il s'agit du sixième des neuf épisodes réalisés par Roger Moore.

  • Comme souvent dans la série, une peinture en trompe-l’œil simule un couloir (11').

  • Simon est incarcéré à la prison de Dartmoor, dans le Devon. Inauguré en 1809 et célèbre pour ses hautes murailles en granit, cet établissement de haute sécurité fut longtemps réservé aux criminels les plus dangereux. Dartmoor est référencée à plusieurs reprises dans les aventures de Sherlock Holmes, sous le terme de Princetown Prison, du nom de la localité voisine, aperçue dans l’épisode.

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : Queensway, l'Old Bailey, Trafalgar Square, Park Street...

  • Dans ses mémoires (Amicalement vôtre) Roger Moore narre l’anecdote selon laquelle Sutherland, totalement possédé par son personnage, écrasait réellement la main du cascadeur suspendu à l’hélicoptère prenant de l’altitude. Il dut lui hurler d’arrêter. Par la suite il communiqua un enregistrement de la scène à Sutherland, qui désirait la montrer aux producteurs américains du futur Les douze salopards. Moore se plait à penser que lui et le cascadeur Leslie Crawford ont ainsi contribué à l’envol de la carrière de Donald Sutherland. 

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15. TENTATIVE DE MEURTRE
(THE PERSISTENT PATRIOTS)

Date de diffusion : 06 janvier 1967

Le Saint sauve la vie de Jack Liskard, premier ministre d’une colonie africaine venu à Londres pour  négocier l’indépendance du pays et victime d’une tentative de meurtre. Liskard fait appel à Simon car il est victime d’un chantage lié à des lettres d’amour écrites à la belle Mary. Celle-ci affirme à Simon que les documents lui ont été volés, mais il découvre qu’elle est liée au complot. Liskard est retrouvé comateux, apparemment après une tentative de suicide. Le Saint soupçonne Anne, son épouse, à qui les lettres sont été envoyées. Mais il s’avère que le responsable est un rival politique.

Le syndrome de réemploi transparent des scénarios frappe de nouveau, tant l’on retrouve ici une trame scénaristique proche du Ministre imprudent de la saison 3, jusqu’au détail nautique près. Quelques précautions ou ravalements de façade sont bien entrepris. Il s’agit cette fois d’un premier ministre d’une colonie et non de la métropole, la belle affaire.  Les motivations de l’opposition sont politiques et non plus vénales, ce qui ne change strictement rien au déroulement des opérations, de même que la complice féminine s’entiche cette fois du Saint. Le passage à la couleur ne fait que souligner un mise plus indigente qu’à l’ordinaire et demeurant souvent confinée en décors, au long d’un scénario passablement bavard.

Fort heureusement, à côté  d’un Claude Eustache toujours réjouissant, l’épisode peut s’appuyer sur un double coup de maître concernant le casting. La présence d’une excellent Edward Woodward, bien avant Equalizer, suscite une authentique curiosité. Judy Parfitt, au talent bien connu des amateurs des Avengers, se montre une nouvelle fois admirable avec le saisissant tableau d’une épouse délaissée et à la dérive, trouvant refuge dans la rage impuissante et l’alcool, mais toujours amoureuse. Les deux comédiens apportent toute une dimension dramatique supplémentaire à un récit par ailleurs convenu, jusqu’à une heureuse réconciliation. Tout en s’accordant parfaitement avec Roger Moore, leurs scènes en commun demeurent les plus marquantes d’un remake inavoué et en demi-teinte.

  • Edward Woodward (Liskard), acteur et chanteur reste dans les mémoires pour les séries Callan et Equalizer, pour lequel il remporte le Golden Globe en 1987, ainsi que pour le film d'horreur culte The Wicker Man (1973). Ancien de la RADA, il connaît également une belle carrière théâtrale, au West End et à Broadway.

  • Judy Parfitt (Mme Liskard) est apparue dans quatre épisodes des Avengers: Le Point de Mire, L’éléphant blanc, Remontons le temps et George et Fred. Elle reste une des actrices ayant le plus fréquemment apparue dans les séries des années 60 et 70 (Adam Adamant lives !, Z-Cars, Poigne de fer et séduction, Le Saint…) Judy Parfitt a également participé à de prestigieuses adaptations littéraires (Hamlet, 1969). Encore active aujourd’hui, elle a tenu un des rôles principaux du magnifique film La jeune fille et la perle (2003).

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : Lodge Road, Westminster Bridge, Victoria Station...

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16. LES CHAMPIONNES
(THE FAST WOMEN)

Date de diffusion : 13 janvier 1967

Au circuit de Brands Hatch, le célèbre Simon Templar fait la connaissance de deux femmes pilotes, la blonde Cynthia et la brune Teresa. Toutes deux se détestent, étant de féroces rivales, en compétition comme dans en amour. Teresa semble ainsi très attirée par Godfrey, le mari de Cynthia. Quand cette dernière est victime d’une tentative de meurtre, la Saint soupçonne Teresa. Il parvient à mettre la main sur le tueur professionnel, qui est abattu avant de révéler son commanditaire. Simon décide de tendre un piège en simulant un accident mortel de Cynthia.

L’épidémie de redites de scénarios continue à inexorablement s’étendre au fur et à mesure que la série s’allonge. Avec The Fast Women on retrouve évidemment de nombreux éléments du The Chequered Flag de la saison 4 : la compétition entre deux écuries, un criminel mystérieux, une course à suspense comme final, le Saint aux commandes d’un bolide, etc. Mais, contrairement au récent The Persistent Patriots, l’intrigue comporte quelques changements significatifs vis-à-vis de l’original, dont bien entendu l’inversion du genre des protagonistes. Cela change bien entendu  absolument tout à l’atmosphère comme aux interactions avec le héros. Un phénomène bien connu des amateurs des Avengers ayant connu pareil phénomène lors du passage de Death of a Great Dane à The £50,000 Breakfast.Surtout l’intrigue n’est finalement qu’un prétexte à une immersion encore plus aboutie que précédemment dans le monde des courses automobiles des Sixties, si décontractées et joyeuses par rapport à aujourd’hui.

La mise en scène bénéficie de superbes et nombreux inserts de courses, ainsi que de vues filmés depuis l’intérieur des bolides. L’ensemble s’avère passionnant et intégré à l’action sans artificialité. Evidemment l’indulgence est requise lors des scènes de cockpit sur fond bleu, mais la couleur nous vaut de belles découvertes des voitures de l’époque. L’ensemble du travail de production se montre de qualité de même que la distribution avec des acteurs et actrices tous idéalement dans leu emploi : Jan Holden en Anglaise demeurant avant tout une femme du monde, Kate O’hara en Italienne pittoresque et extravertie ou John Hollis en tueur. Le numéro de music-hall de celui-ci nous vaut une scène originale et spectaculaire, aux couleurs astucieusement surchargées, très Avengers. Evidement la présence du surdoué John Carson désigne d’emblée le coupable, mais qui s’en soucie ? L’essentiel réside bien dans ce plaisant témoignage sur les sports mécaniques de l’époque.

  • John Carson (Godfrey) a également participé à plusieurs épisodes des Avengers : Le clan des grenouilles, Seconde Vue, Meurtre par téléphone (le sinistre Fitch) et Le baiser de Midas. Cette acteur polymorphe a participé à une multitude de séries  mais c’est au cinéma qu’il a connu ses plus grands succès, jouant dans de nombreux films d’horreur, notamment dans les productions de la Hammer : The plague of the Zombies (1966), Taste the blood of Dracula (1969), Captain Kronos-Vampire Hunter (1974). Sa voix particulière l’a souvent fait comparer à Christopher Lee, une autre étoile de la Hammer.

  • Kate O'Mara (Teresa) fait ses débuts au théâtre dans Le Marchand de Venise (1963) et elle tourna dans des films d'horreur de la Hammer au début des années 70. Elle se concentra sur le théâtre et la télévision (Destination Danger, Le Saint – trois épisodes, Les Champions, Département S, Paul Temple, Jason King, Poigne de Fer et Séduction, Le Retour du Saint, Mission Casse-Cou, Dynasty, Dr Who, Absolutely Fabulous…). Elle a fondé une compagnie théâtrale dans les années 80 et elle a écrit deux livres au début des années 90. Dans Le Visage, (Chapeau Melon), elle interprète Lisa.

  • Jan Holden (Cynthia) a joué dans deux épisodes des Avenegrs: Les Fossoyeurs (saison 3) et Meurtre par téléphone. Comédienne de théâtre réputée, elle connaît également de nombreux succès au West End. De 1952 à 1973, elle fut l’épouse d’Edwin Richfield, acteur apparaissant dans six épisodes de Chapeau melon.

  • Le circuit automobile apparaissant au cours de l'épisode est celui de Brands Hatch, situé dans le Kent. Il a accueilli le Grand Prix de Formule 1 de Grande Bretagne, de 1964 à 1986. C'est également sur ce circuit que surviendra la victoire de la Sinclair Special, dans l'épisode Une rancune tenace, d'Amicalement vôtre. The Fast Women permet d’y découvrir en couleurs plusieurs des magnifiques bolides des années 60, comme la BRM P261 ou la Lotus 25.

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17. LE JEU DE LA MORT
(THE DEATH GAME)

Date de diffusion : 20 janvier 1967 (The Fear Merchants : 21 janvier 1967)

A Londres, la Saint est victime d’une succession de spectaculaires meurtres simulés, après lesquels on lui annonce qu’il vient d’être assassiné. Il s’aperçoit qu’il a été à son insu intégré au Jeu de la Mort, une vaste Murder Party grandeur nature dont raffolent les étudiants en psychologie du monde entier. La jeune Jenny lui fait découvrir cette société, à l’apparence festive et aimable. Mais Simon découvre que le Jeu dissimule un sombre complot, le sinistre Vogler et sa complice Gretl attirant en Suisse les compétiteurs les plus performants, afin de sélectionner de potentiels tueurs à gage surdoués.

Alors que la saison semblait dériver vers une surcharge de remakes plus ou moins convaincants, The Death Game signifie une divine surprise. En faisant appel à de nouveaux auteurs (Junkin et Kruse, qui, hélas, ne reviendront pas), la série trouve ici une histoire profondément novatrice en son sein, grâce à son sujet original et à son ambiance étrange. De plus, alors que l’épisode est diffusé la veille du lancement des tribulations en couleurs d’Emma Peel, les amateurs des Avengers auront le vif plaisir de reconnaître des résonnances de leur série au cours du récit. En effet, celui-ci évoque des éléments de Meurtres à épisodes, des Aigles, de L’invasion des Terriens ou de L’économe et le sens de l’histoire.

Le mix prend bien, suscitant une atmosphère plus décalée qu’à l’accoutumée, marquée par une dégradation savamment progressive. Dans un remarquable effet, les divers rebondissements mènent en effet d’amusantes scénettes potaches à un pur cauchemar. Cette rieuse colonie de vacances helvétique voit sourdre les pulsions homicides, tandis que s’organise l’émergence d’esprits diaboliques, sous la houlette de Vogler. La mise en scène s’élève au diapason, avec tout un travail de photographie et un ensemble de décors subtilement biscornus évoquant le thème prégnant de du dévoiement de l’esprit affleurent sous un brillant et froid intellect. L’environnement informatique souligne cette déshumanisation, tout comme le bureau mégalomane de Vogler.

Plus encore que les étudiants tombant progressivement le masque d’urbanité, l’abyssal Vogler incarne superbement la climat si délétère de l’épisode. George Murcell le hisse au rang de véritable Diabolical Mastermind, avec une aura encore plus sombre que le Needle de Meurtres à épisodes. In constitue un duo marquant avec la spectaculaire Gretl, dont on perçoit aisément que le visage d’ange dissimule un beau cas, comme on dit en psychiatrie. Vêtue d’un simili Emmapeeler rouge écarlate, la magnifique Katharine Scofield situe à l’exact opposé de la douce Sabetha de Doctor Who ! La sympathique et juvénile Jenny (excellente Angela Douglas) apporte un précieux contrepoint aux tueurs en herbe, dont elle pointe par contraste la noirceur. Les amateurs d’action seront également comblés par le duel final entre le Saint et les disciples de Vogler.

  • George Murcell (Vogler) a surtout joué des rôles dans des séries télévisées : Destination Danger, Le Baron, Le Saint, Amicalement Vôtre, Jason King, Les Professionnels, ainsi que deux épisodes des Avengers Square root of evil et Meurtres à épisodes. De très brèves apparitions au cinéma dont des petits rôles dans le pré-générique d'On ne vit que deux fois et The assassination bureau avec Diana Rigg.

  • Angela Douglas (Jenny) est connue pour son rôle outre-Manche dans la série de comédies à succès  Carry On… Elle commença sa carrière en 1959 et elle a tourné dans de nombreuses séries :  Jason King, L'Aventurier, Poigne de Fer et Séduction, Dr Who. Son dernier rôle date de 2005. Elle a joué dans deux épisodes de Chapeau melon : Dance with death et Requiem, où elle incarne Miranda.

  • Katherine Schofield (Gretl), décédée en 2002 d'un cancer, a quitté l'école à 16 ans et a travaillé au pair en France avant de devenir actrice. Elle accomplit plusieurs apparitions dans les séries des années 60, dont Doctor Who (Keys of Marinus) et Chapeau Melon (Les Cybernautes).

  • Fait très rare, dans la série, l'épisode connaîtra une suite dans Un vieil ami, cette même saison. On y retrouvera notamment Vogler.

  • Le Jeu de la Mort s’inspire clairement de l’expérience dite de Milgram, qui vient de défrayer la chronique en 1963. L’la faculté de psychologie de Yale monta un système chargé de mesure de soumission à l’autorité. Des quidams payés pour l’occasion d’envoyer des décharges électriques d de plus en plus puissantes à leur vis-à-vis, en cas de mauvaises réponses à des questions, sous le contrôle une incarnation de l’autorité représentée par une tierce présente. Ce jeu de rôle particulier conduisit à de terrifiants  résultats sur la primauté donnée à l’obéissance vis-à-vis de sa conscience. Près des 2/3 des individus infligèrent la décharge maximale, malgré de signes de souffrance toujours plus manifestes. Le reste se rebella à un moment ou à un autre. Evidemment, il s’agissait de simulations de la part des « élèves », ce qu’ignoraient les « enseignants ». Milgram est représente à de multiples reprises dans la culture populaire. Le fameux compte à rebours dans le bunker de LOST en figure ainsi une réplique.

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18. LES AMATEURS D'ART
(THE ART COLLECTORS)

Date de diffusion : 27 janvier 1967 (Escape in Time : 28 janvier 1967)

A Paris, le célèbre Simon Templar sauve la belle Natasha d’une tentative d’enlèvement. Il en comprend la cause quand il découvre que Natacha possède une superbe collection de peintures. Elle souhaite vendre trois De Vinci, ce qui excite la convoitise deux groupes, allemand et russe. Natacha est la fille d’un officier allemand ayant rapporté ces peintures de Russie. Les Russes, dirigés par  souhaitent leur retour au pays. Après de nombreuses péripéties mouvementées, la jeune femme finit par céder les peintures aux Russes, contre une indemnisation d’un dixième, qu’elle partage avec Simon.

Après l’originalité féconde de The Death Game, on retrouve ici en abondances des situations abondamment usitées précédemment. L’argument en lui même est un claire décalque de celui de The Spanish Cow (saison 4), aves les transpositions habituelles visant à limiter l’effet de déjà-vu. Les tableaux se substituent aux bijoux et l’opposition Allemands/Russes à la confrontation entre les tenants des deux régimes, mais les postures principales demeurent tout à fait semblables. Pour le reste bagarres, enlèvements et substitution d’identité relèvent du quotidien de la série. Mais l’épisode a la bonne idée de se situer à paris, destination de prédilection entre toutes pour Simon. Comme à l’accoutumée on se régale des accents joyeusement caricaturaux et de phrases en français dans le texte, ainsi que de jolis inserts et décors représentant la Capitale. On se réjouit également de la présence de la ST1, la France demeurant la seule destination étrangère où elle figure, sans doute par la grâce des ferrys !

Par ailleurs les péripéties se succèdent à un rythme satisfaisant et ont la bonne idée de rester bon enfant. Voire de virer franchement à la comédie quand un mini vaudeville s’instaure autour des caisses censées contenir les tableaux et infailliblement vidées en secret par un Simon visiblement très amusé. Ce ton très parisien convient à Ann Bell, qui, sans absolument être la meilleure actrice figurant dans la série, apporte du piquant à une Natasha s’avérant une rude cocotte, vénale et au culot d’acier, au demeurant sympathique. Serge, agent soviétique suave, privilégiant l’astuce à la force brute, et au bon droit reconnu, apporte cette fois une vraie originalité à l’opus. Il n’est pas si fréquent de voir le récit se conclure par le Saint sablant le champagne avec l’opposition ! Peter Bowles (que l’on piouvait retrouver le lendemain de la diffusion de l’épisode dans Escape in Time) excelle sur ce registre, très différent du rude agent secret des Evadés du monastère.

  • Peter Bowles (Serge) a tourné dans quatre épisodes des Avengers : Seconde Vue, Meurtre par téléphone, Remontons le temps, et Les évadés du monastère. Il a tourné dans de nombreuses séries ITC des années 60 même si "elles rapportaient plus d'amusement que d'argent" : Le Saint, Destination danger, Département S, Amicalement vôtre, Cosmos 1999. Il est l'infâme A dans l'épisode A, B et C du Prisonnier. Très peu de films à son actif mais des sitcoms au début des années 80. Il s'est tourné vers le théâtre ces dernières années.

  • Ann Bell (Natasha) est surtout remémorée pour sa participation à Tenko, série retraçant le destin de femmes occidentales capturées par les Japonais durant la Guerre du Pacifique. Elle apparaît par ailleurs à de nombreuses séries, tout en étant une importante actrice de voix.

  • Dans la caisse vide censée contenir les tableaux, le Saint a ironiquement dessiné son célèbre emblème, œuvre de Charteris. Il s’agit de l’une des rarissimes apparitions du Templar stylisé en dehors du générique.

  • Le restaurant où Simon rencontre Natasha situe sur les Champs Elysées, dont on aperçoit un insert filmé de nuit. Parmi les gravures de monuments décorant la salle, on reconnaît Notre-Dame de Paris et le Mont Saint-Michel.

  • L’insert du Moulin Rouge montre également une grand néon publicitaire représentant les cigarettes Viceroy. Produites par British American Tobacco à partir de 1936, elles furent les premières à adopter le filtre, en 1952.

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19. ANNETTE
(TO KILL A SAINT)

Date de diffusion : 24 février 1967 (The Living Dead : 25 février 1967)

A Paris, le Saint est victime d'une maladroite tentative de meurtre, perpétrée par la charmante Annette. Verrier, patron de boite de nuit lié au Milieu, est persuadé que le célèbre Simon Templar veut l'abattre, alors que le dénommé Fellows veut racheter son établissement. Il a engagé des tueurs pour frapper le premier et Annette désire ainsi gagner sa confiance, pour s'en rapprocher et exercer une vengeance familiale. Le Saint simule sa propre mort et se fait passer pour l'exécuteur auprès de Verrier. Il s'avère que le responsable de la rumeur est André, bras droit de Verrier, désireux de provoquer sa chute. André est abattu lors d'un affrontement final entre les trois hommes

Tout règle comporte ses exceptions, comme l'illustre ce morose To Kill a Saint, rare escapade décevante du Saint au sein de ce paris lui convenant d'habitude à merveille. Il faut dire que l'épisode prend le parti exactement opposé au précédent et divertissant The Art Collectors, substituant une intrigue inutilement complexe à une histoire judicieusement légère, et des postures souvent mélodramatiques (quel final !) au ton de comédie tirant vers un vaudeville très français. La multiplicité des personnages et des péripéties tirées par les cheveux, conduit à un grand nombre de scènes bavardes, aux personnages datés et empesés. Tout ce polar amidonné donne furieusement envie de se replonger dans un vieux San-Antonio des familles. Afin d'insérer à marche forcée l'inévitable Templar Girl of the Week dans ce qui demeure par essence une histoire d'hommes, le scénariste recoure maladroitement à un biais narratif aussi peu crédible que derechef larmoyant.

Certes les atouts habituels de l'étape parisienne perdurent, entre automobiles (incontournable DS), accents et décors (les quais de la Seine) plaisamment caractéristiques, dont une superbe peinture géante censée figurer Notre-Dame. La distribution résulte une nouvelle fois de qualité. Le charme d'Annette André agit comme à l'accoutumée, ainsi que sa complicité de toujours avec Roger Moore, amis son personnage n’intéresse guère. On regrette que le Commissaire Quercy et son fidèle Inspecteur Leduc prennent congé sur une prestation n'étant pas la meilleure. Les adieux aux condés parisiens succèdent à celui du Colonel Latignant,  ce qui donne l'impression que la série commence déjà à se clore, bien en avance. La morosité ambiante s'en voit encore accentuée, à l'issue d'un épisode bien peu gouleyant.

  • Annette André (Annette) va participer cinq fois aux aventures du Saint.  Dans Chapeau Melon, elle joue également dans Mandrake et Le château de cartes. Née en Australie, elle a débuté sa carrière en 1960 et a participé à de nombreuses séries : Le Baron, Le Prisonnier, Amicalement vôtre, Le retour du Saint.... Elle demeure principalement connue pour son rôle récurrent de la veuve Jeannie Hopkirk, dans les très populaires Randall and Hopkirk (Deceased) (1969-1970). Également chanteuse et danseuse elle est apparue au West End dans plusieurs spectacles musicaux.

  • La couleur de la citroën DS évolue, passant d'un jaune prononcé  à un autre nettement plus clair.

  • Après The Abductors, John Serret interprète à nouveau l'Inspecteur Quercy. Celui-ci apparaît ici pour la dernière fois, toujours accompagné du fidèle Sergent Leduc.

  • La course poursuite automobile se déroule Avenue Marceau, puis Rue Quentin Bauchart.

  • L'hôtel Concorde, où réside Simon, est en fait Sudbury House, une superbe résidence londonienne donnant sur Newgate Street, aujourd'hui démolie.

  • L’épisode fut tourné dans la foulée du précédent The Art Collectors, afin de réutiliser les décors parisiens.

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20. LES FAUX-MONNAYEURS
(THE COUNTERFEIT COUNTESS)

Date de diffusion : 03 mars 1967 (The Hidden Tiger : 04 mars 1967)

Dans la campagne anglaise, Simon vient en aide au pilote d’un avion s’étant écrasé. Mais celui-ci s’enfuit après avoir tenté de l’abattre. A bord, le Saint découvre de la fausse monnaie. L’enquête va le faire remonter un réseau international, dirigé depuis Chamonix par la séduisante et impitoyable Comtesse Nadine. Un premier affrontement se déroule dans une boite de nuit parisienne, où Simon fait la connaissance de la belle Mireille, ainsi que d’Yvette, sosie de la Comtesse.

Comme souvent au sein de cette série, les péripéties ne s‘extraient pas des conventions du genre. Bagarre, voiture aux freins coupés sur une descente montagneuse ou somnifère versé subrepticement dans un verre ne déparent pas d’une imagerie maintes fois vu par ailleurs. Néanmoins, outre des dialogues souvent amusants entre Simon et des dames, l’action se révèle plaisamment soutenue. Les dépaysements successifs du récit apportent un renouvellement bienvenu, de même qu’un souffle supplémentaire, même si aurait apprécié un développement supplémentaire de la découverte de Chamonix. Le cocktail entre suspense et action ressort bien dosé, avec un scénario évitant au maximum les phases verbales statiques.

Les différents personnages font l’objet d’une véritable caractérisation et se voient portés par des comédiens chevronnées, rompus à l’exercice par de multiples participations aux séries de l’époque, dont les Avengers. Derek Newark excelle ainsi en homme de main brutal et le toujours parfait Philip Madoc en patron de night-club davantage sémillant (et anti d’un angora blanc n’étant pas sans évoquer Blofeld). Sur le point d’accéder à la célébrité avec Les Champions, La sublime Alexandra Bastedo bénéficie de davantage d’exposition que lors de Le crime du siècle. Kate O’Mara apparaît en vedette de l’épisode, apportant d’excellentes scènes de séduction matoise vis-à-vis du Saint. Sans résulter absolument saillant, cet opus divertissant se situe dans une très bonne moyenne.

  • Kate O'Mara (Nadine/Yvette) fait ses débuts au théâtre dans Le Marchand de Venise (1963) et elle tourna dans des films d'horreur de la Hammer au début des années 70. Elle se concentra sur le théâtre et la télévision (Destination Danger, Le Saint – trois épisodes, Les Champions, Département S, Paul Temple, Jason King, Poigne de Fer et Séduction, Le Retour du Saint, Mission Casse-Cou, Dynasty, Dr Who, Absolutely Fabulous…). Elle a fondé une compagnie théâtrale dans les années 80 et elle a écrit deux livres au début des années 90. Dans Le Visage, (Chapeau Melon), elle interprète Lisa.

  • Alexandra Bastedo (Mireille) reste évidemment remémorée pour le Rôle de Sharron Mcready dans Les Champions (1968-1969). Elle participe également à Department S, Jason King, Randall and Hopkirk (Deceased)... Elle est généralement considérée comme l'un des plus grands sex symbols des 60's et fait partie des proches du Prince Charles.

  • Philip Madoc (Alzon) est un acteur gallois, ayant étudié à la Royal Academy of Dramatic Art, puis à Vienne. Il a ensuite participé à de très nombreuses séries anglaises des années 60 et70, tout en connaissant une belle carrière au théâtre et à la radio. Il a ainsi joué dans pas moins de cinq épisodes des Avengers : Le décapode, Six mains sur la table, Mort d’un ordonnance, Meurtres distingués et Mon rêve le plus fou. Madoc a également tenu quatre rôles différents dans Doctor Who.  Ses lectures dans des livres audio demeurent très populaires Outre-Manche. Il a soutenu activement le parti nationaliste gallois, le Plaid Cymru. Madoc expliqua avoir surtout joué des rôles de méchants du fait de son physique ténébreux, ce qu’il ne regrette pas car, selon lui, ce sont les meilleurs ! 

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21. DALILA A DISPARU
(SIMON AND DELILAH)

Date de diffusion : 24 mars 1967

Le célèbre Simon Templar visite Cinecittà en compagnie de Beth, chargée de relations publiques. Le tournage du péplum Samson et Dalila se déroule, avec l’éruptive star Serena Harris. Cette dernière, avec son partenaire, est spectaculairement enlevée et le Saint s’aperçoit que nombreux sont les suspects ayant d’exécrables relations avec elle (metteur en scène, mari, agent). Le producteur Vittorini réunit la rançon, que le Saint va suivre afin de remonter la piste.

Qu’importent que les péripéties demeurassent bien minimalistes à l’aune du polar, ou que le coupable devienne évident dès les prémices du récit. Simon et Dalilah (jeu de mot curieusement perdu dans le titre français) s’impose avant tout comme une irrésistible comédie à l’italienne, doublée d’une évocation joyeusement cynique du monde du cinéma. Ce dernier apparaît riche en ego surdimensionnés et en personnage pittoresques, mais surtout dominé par l’appétit du gain, du producteur au dessinateur des décors. Les différents métiers du Septième Art se voient habilement croqués durant les passionnantes mais trop brèves séquences initiales. Celles-ci montrent l’envers du décor des studios d’Estree, tout comme, sur un ton majeur, le grand épisode des Avengers qu’est Epic. Cinecittà constituait décidément un passage autant obligé que réussi pour le justicier international anglais!

Deux duos assurent le succès de cet opus haut en couleurs. Simon et Beth partagent le même regard incisif et amusé sur ce petit univers, avec des dialogues finement ciselés et toute la complicité entre Roger Moore et Lois Maxwell. Les combats de Simon résultent juridiquement plus chorégraphiés et truculents qu’à l’ordinaire, à l’italienne. Le ton tourne à la franche comédie, avec les deux comédiens enlevés, totalement infatués et déconnectés du réel, préoccupés de savoir qui vaudra la rançon  la plus élevée. Le scénario a la bonne idée de les voir tenter de s’évader en reconstituant une scène de films d’aventures, ce qui n’est pas sans évoquer le QQF des Avengers, mais même ici le Saint ne cède pas totalement à la fantaisie ! La superbe Suzanne lloyd, décidément totalement différente d’un épisode à l’autre, donne ici une savoureuse caricature de diva de cinéma, au généreux décolleté effectivement très péplum. Mais le clou du spectacle revient à un Ronald Radd totalement en roue libre, crevant l’écran avec ce producteur surexcité, comediante, tragediante.

  • Ronald Radd (Vittorini) participera à trois épisodes de la série, de même pour les Avengers (Le point de mire, le retour du traître et Mission très improbable). Ce grand acteur de théâtre, aperçu dans de nombreuses séries de l'époque, décédera après une représentation, des suites d'une hémorragie cérébrale.

  • Suzanne Lloyd (Serena), actrice canadienne, accomplit de nombreuses apparitions dans les séries américaines de la fin des années 50 et du début des années 60 (Have Gun-Will Travel, Maverick, Bonanza…). Puis elle s’installa en Grande-Bretagne où elle totalisa six participations au Saint, et fut, bien entendu, la vénéneuse Barbara de Cœur à cœur. Elle mit fin à sa carrière à l’âge de quarante ans. Elle reste également dans les mémoires pour le rôle récurrent de Raquel Toledano dans Zorro.

  • Loïs Maxwell (Beth) naquit au canada et, en mentant sur son âge, participa au théâtre aux armées durant la Guerre, en Europe. Découverte, elle s’installa en Grande-Bretagne pour éviter la cour martiale et intégra en 1944 la Royal Academy of Dramatic Arts comme plus tard une autre canadienne, Linda Thorson. Elle s’y lia d’amitié avec Roger Moore. Après quelques rôles aux États-Unis, elle se consacre à la télévision britannique (Gideon’s Way, UFO, Le Saint, Amicalement Vôtre, Chapeau Melon pour Les Petits Miracles) mais accède à la célébrité avec le rôle de Moneypenny, l’irrésistible secrétaire de M, le supérieur de James Bond. Elle incarna le personnage durant les 14 premiers films de la série, de 1962 (Dr No) à 1985 (Dangereusement vôtre, avec Patrick Macnee).

  • Le chauffeur, emmenant les deux comédiens enlevés dans une très anglaise compagne romaine, entonne le célèbre air Quanto e bella, quanto e cara.  Celui-ci est tiré de l’opéra comique L'elisir d'amore (1832), de Donizetti.

  • Cinecittà, « cité du cinéma », fut inaugurée par le gouvernement fasciste afin de rivaliser avec Hollywood symbole de la puissance américaine, évoquée par Simon dans son préambule. Cet immense complexe cinématographique s’étend sur plus de 60 hectares et comporte tous les dispositifs nécessaires au tournage de films spectaculaires, dont une grand bassin destiné aux scènes en mer. Après que plus de 300 films y soient tournés jusqu’en 1943, Cinecittà connaît un âge d’or durant l’après guerre, avec le Néo-réalisme italien, puis la production de superproductions commanditées par des américains (principalement de péplums), jusqu’au milieu des années 60. Aujourd’hui Cinecittà s’est reconvertie vers la télévision, séries et émissions. Fellini rend un superbe hommage à ces légendaires studios dans Intervista (1987).

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22. LE TRÉSOR MYSTÉRIEUX 
(ISLAND OF CHANCE)

Date de diffusion : 07 avril 1967 (The Superlative Seven : 08 avril 1967)

A l’invitation de Cody, l’un de ses amis, le célèbre Simon Templar se rend dans les Caraïbes. Mais Cody n’a que le temps d’évoquer un mystérieux trésor avant d’être assassiné. Le Saint s’intéresse à l’employeur du disparu, le Dr. Krayford, de même que la journaliste Maria Clayton. Krayford travaille à la mise au point d’une panacée universelle, mais le financement de ses recherches dissimule un sombre secret.

L’épisode compte à son actif une reconstitution réussie de l’atmosphère si particulière des Caraïbes, charriant bien évidemment son lot de clichés, mais telle est la loi du genre. Filmés non sans talents répondent ainsi à l’appel plusieurs passages obligés, tels les meurtres exotiques (sarbacane ou serpent), les calypsos mélodieuses ou les personnalités pittoresques tel l’inspecteur local. Dans la cas de Roger Moore s’y ajoute l’intérêt d’une relative proximité avec Live and let die. D’ailleurs la convergence avec 007 se pimente d’une jolie réplique d’un truand à qui le Saint demande l’origine de l’or : « Goldfinger nous l’a donné, il l’a pris à Fort Knox ».

Ces scénettes, auxquels se rajoutent plusieurs jolis inserts, ne parviennent pas à aérer un récit statique et étouffant, voulant sans doute s’inscrire dans la tradition du roman noir, mais au final s’avérant surtout mélodramatique. Outre un rythme lent subi après un alerte premier quart d’heure, la faute en revient également à une distribution moins talentueuse qu’à l’ordinaire. Les acteurs surlouent sans guère de panache et l’habituellement excellent David Bauer ne peut sauver un Krayford emphatique et déclamatoire. On apprécie toutefois les efforts méritoires de la piquante Sue Lloyd en simili Lois Lane pour électriser cet épisode sentencieux.

  • Sue Lloyd (Maria), récemment disparue, fut danseuse et modèle avant d'être actrice. Elle a tourné dans de nombreux films et séries dont Département S et Amicalement Vôtre. Elle a tenu le rôle récurrent de Cordelia Winfield dans Le Baron. Dans Chapeau Melon Sue Lloyd incarne la secrétaire recevant la visite d'un Steed très en verve (A Surfeit of H2O) . Elle a joué le rôle de Hannah Wild, la partenaire de Steed, dans la pièce de théâtre The Avengers et écrit une autobiographie en 1998 : Well, It seemed like a good idea at the time.

  • Le passage où Simon est confronté à un serpent précède une scène similaire dans le James Bond Live and Let Die (1973).

  • L'île admirée depuis les airs par Marie et Simon est en fait l'île écossaise de Luing, située dans les Hébrides intérieures. Très prisé par les touristes, le site est également réputé pour ses pêcheries de homard.

  • L’épisode fut dans un premier temps intitulé The White Toxedo.

  • L’hydravion censé véhiculer Simone et Maria est un Grumman G-21 Goose. Lancé dans les années 30 et encore en fonction durant les Sixties après modernisation, il connut un grand succès pour les déplacements d’affaires, mais aussi pour les reconnaissances militaires, sauvetages en mer et supports logistiques. Celui vu dans l’épisode est en fait la propriété d’un musée de l’US Navy, à Palm Springs.

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23. PIÈGES EN TOUS GENRES
(THE GADGET LOVERS)

Date de diffusion : 21 avril 1967 (Something Nasty in the Nursery : 22 avril 1967)

Une compagne de meurtres d’agents occidentaux se déroule, mais de nombreux  soviétiques périssent également, victimes de gadgets trafiqués. Alors que la tension va crescendo entre l’Est et l’Ouest, le Saint et le colonel du KGB Tania Smolenko vont s’allier afin de résoudre cette ténébreuse affaire. Leur enquête les mène à Paris, puis en Suisse, d’où a été expédiée une lettre piégée destinée au Colonel. Simon et Tania vont découvrir que les Chinois sont derrière ce complot, cherchant à provoquer un conflit entre les deux Blocs, à leur propre avantage.

The Gadget Lovers constitue une épatante et tonique comédie détournant les Spy Shows occupant largement les petits et grands écrans des Sixties. On s’amuse franchement tout au long de cette aventure échevelée, ponctuée d’explosions cocasses et inattendues (n’importe quoi peut sauter n’importe quand), de scènes emblématiques accentuées jusqu’au pastiche, du gai Paris ou d’apparitions totalement absurdes de Chinois occupant tout un couvent Suisse. Kaos n’est pas loin, de même que les Barbouzes de Georges Lautner (1964). Si l’épisode sait conserver suffisamment de sérieux pour ne pas verser totalement dans la farce, les personnages sont croqués avec une piquante dérision.

Ils se voient également interprétés par d’excellents acteurs, aux côtés d’un Roger Moore particulièrement impérial. Les frustes gros bras soviétiques encadrent idéalement une Tania plus fine, évidement caricaturale, mais sans jamais avoisiner les outrances de l’Olga des Avengers. Si elle cède évidement au charme du Saint, elle n’en représente pas moins le premier personnage féminin de la série à se mêler directement aux affrontements, une précieuse innovation. Le major anglais et le colonel chinois, plaisamment caricaturaux, complètent ce panorama croquignolet de l’espionnite, où bien entendu la partie française se résume au Champagne et aux cabarets de Pigalle.

Mais l’intérêt de The Gadget Lovers se voit doublé par ce qu’il annonce de la future filmographie de Roger Moore. Certes les convergences avec les Avengers demeurent nombreuses, des gadgets létaux de Teddy Bear à l’alliance finalement très proche de Meurtres distingués, en passant par la présence de Campbell Singer (le major Bee de Qui suis-je ???) en responsable britannique assistant similairement au massacre de ses troupes. Mais cette fois c’est avant tout James Bond que l’on a en tête, en particulier l’association voisine avec l’Anya Amasova de The Spy Who Love Me, au scénario très voisin. Les Chinois avaient également été désignés comme tierce force poussant à l’affrontement des Blocs dans You Only Live Twice.

  • Plusieurs scènes caractéristiques répondent également à l’appel, comme l’incontournable smoking, la visite  d’une simili section Q aux amusants gadgets ou Simon harponnant un vilain avant le coup de feu fatidique, tout comme 007 dans Thunderball, mais cette fois avec une brochette flambée ! Au sein de cet environnement très bondien, il s’avère passionnant de contempler Roger Moore roder avec succès son 007, plus homme du monde, facétieux et suave que son (futur) prédécesseur, mais néanmoins diablement convaincant lors des scènes d’action. Sous ses allures de comédie finement dosée, The Gadget Lovers pourrait bien ressembler à une carte de visite transmise à EON Productions.

  • Burt Kwouk (Colonel Wing) apparaît également dans trois aventures des Avengers Kill The King, Quadrille de Homards  et Les Cybernautes.  Il est connu pour son rôle de Cato dans les films de la Panthère rose. Cet acteur anglo-chinois est également apparu dans deux James Bond : Goldfinger (1964) et On ne vit que deux fois (1967). Occupant de très nombreux rôles d’asiatique au cinéma et à la télévision, il connaît une très grande popularité en Grande-Bretagne.

  • Mary Peach (Smolenko), apparut dans de nombreuses productions de la BBC, dont Dr Who. Elle fut un temps considérée comme possible remplaçante de Diana Rigg après que celle-ci eut quitté les Avengers.

  • Le souffle explosion d’une valise piégée dans la section Q locale détruit une vitre, mais celle-ci apparaît miraculeusement intacte par la suite (8’06’’).

  • Quand Tania ouvre la lettre piégée, celle-ci s’enflamme du centre vers la périphérie, il en va inversement quand Simon la jette à l’extérieur.

  • L'action se déroule en Suisse, mais Simon paie le moine avec des Marks allemands.

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24. COPIES CONFORMES
(A DOUBLE IN DIAMONDS)

Date de diffusion : 05 mai 1967 (Who's Who ?? : 06 mai 1967)

A la demande de Lord Gillingham, un joaillier ami de Simon réalise la copie d'un superbe collier de diamants, mais est ensuite assassiné. Le Saint découvre que la commande a été en fait effectuée par, Kate, la secrétaire du Lord, acoquinée à une bande de malfrat désireux de procéder à un échange durant un défilé de mode. Mais le collier volé est lui même une copie, les versions étant portées par des sœurs jumelles mannequins. Déjoué, le gang enlève alors Mary, la fille de Lord Gillingham, mais est finalement dupé par Simon, à Paris.

Ce récit nerveux et aux nombreux rebondissements se suit avec un vif plaisir. Derrière les habituels affrontements opposant le Saint et ses antagonistes, on y retrouve toue la saveur des histoires de chasse au trésor, avec cet insaisissable collier voyageur, dissimulé ses copies. De fait le récit optimise le thème du double, bien connu des amateurs des Avengers, en n’hésitant pas à cumuler jumelles et colifichets ! Le ton itinérant de l’action de l’histoire lui impulse un tonus supplémentaire, d’une famille aristocratique anglaise archétypale au petit monde de Pigalle. On remarque que, si cette saison circonscrit davantage les tribulations du Saint à l’Europe, elle n’hésite pas à faire voyager le héros en cours de récit. Un pari gagnant, de même que le récente prédiction pour l’insertion de chanson.

Sans se départir des clichés coutumiers, l’épisode s’adorne également d’une profusion de jolis minois, ainsi que de très bonnes idées. Il en va ici du notable laps de temps accordé au défilé de mode. Cette originalité au sein de la série s’avère visuellement fort réussie, tant du point de vue des costumes que des charmants mannequins, pour un effet plus glamour que son équivalent de Two is a crowd. Indiquer l’identité des coupables représente un choix judicieux, accordant davantage de liberté pour le développement des péripéties. Outre de pittoresques seconds rôles, On s’amusera également de découvrir Yolande Turner et Cecil Parker restituer le duo Miss Pegram/Glover d’Un petit déjeuner trop lourd, mais dans des positions sociales inversées. Yolande Turner, toujours impeccable, convainc dans ce rôle davantage dramatique qu’à l’ordinaire, à côté de jeunes comédiennes manquante encore souvent de métier.

  • Les jumelles sont interprétées par les sœurs Dora et Doris Graham, qui seront par la suite pareillement associées à l'écran (Dad's Army).

  • Yolande Turner (Kate) eut une carrière limitée à plusieurs apparitions des années 60 et 70. Elle tint cependant trois rôles chez les Avengers. Elle fut ainsi la Miss Pegram de The £ 50,000  Breakfast, la réceptionniste perverse de The Girl from Auntie, amis aussi la voix d'Henrietta dans How to Suceed... at Murder.

  • Durant la scène d'ouverture, on voit que les boutons de manchette du Saint arborent son célèbre emblème.

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : le Palais de Westminster, le London Wall, Kensington Palace Gardens, etc.

  • La boutique du joaillier se trouve à Hatton Garden. Cette rue située à proximité de la City st effectivement réputée pour ses très nombreuses bijouteries de luxe, tout comme la Place Vendôme à Paris. Elle est également le centre du commerce diamantifère anglais. Cette tradition joaillère remontre au Moyen-âge, lorsque le vieux Londres se structurait en quartiers centrés autour d’activités précises.

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25. UN VIEIL AMI
(THE POWER ARTIST)

Date de diffusion : 19 mai 1967

Le jeune sculpteur Perry s'en prend au célèbre Simon Templar, l'accusant d'avoir des vues sur sa fiancée, Cassie. Mais Perry est assassiné par le sinistre Vogler, désireux de faire porter la responsabilité du crime sur le Saint, afin de venger de la ruine de ses plans (The Death Game). Cassie et le Saint vont s'allier à l'Inspecteur Teal pour révéler la vérité, recevant au passage l'aide d'un groupe de jeunes hippies.

Suite de l’absolument remarquable The Death Game, l’épisode souffre d’apparaître au combien moins ambitieux et abouti que son devancier. Certes l’introduction séduit par son mystère original et sa situation quasi hitchcockienne, voyant le héros plongé dans une situation totalement incompréhensible et menaçante. Sauf qu’ici nous n’avons pas affaire à un quidam dépassé, mais bien à Simon Templar, le Saint ! Après cette mise en bouche, c’est bien simple, tout va de mal en pis. L’intrigue devient statique et s’attarde beaucoup trop dans le studio du défunt artiste, sans doute pour rentabiliser un impressionnant décor, relevé d’art moderne. Les péripéties s’avèrent ensuite convenues et minimalistes, mais surtout lestées du boulet représenté par le groupe des hippies.

D’abord amusante ouverture sur l’environnement contemporain de la série (le fameux Summer of Love s’annonce), au plaisant humour potache, les joyeux hurluberlus lassent rapidement. Ils se montrent répétitifs dans leurs version Sixties du clip Wannabe des Spice Girls et occupent une place toujours plus absurdement prépondérante au sein d’une intrigue s’effilochant concomitamment. Jusqu’à aboutir à un final au débridé qu’inconsistant et inachevé, à l’image de ce que connaît le pastiche de Casino Royale en cette même année 1967.

On pourra apprécier la présence plus importante qu’à l’accoutumée du savoureux Inspecteur Teal (la confrontation avec les Hippies se montre effectivement divertissante) ou les répliques amusantes décochées par une Pauline Munroe ne manquant pas de chien. Surtout George Murcell brille de nouveau en incarnat un derechef sinistre et machiavélique Vogel, clairement connoté Blofeld, et qui bénéficie ici du Retour de la Vengeance de rigueur. Qu’il soit le seul ennemi de Templar a ainsi revenir reste une bonne idée en soi. Mais demeure la sensation d’un épisode cherchant plus à coller avec opportunisme à l’air du temps qu’à bâtir une réelle histoire.

  • George Murcell (Vogler) a surtout joué des rôles dans des séries télévisées : Destination Danger, Le Baron, Le Saint, Amicalement Vôtre, Jason King, Les Professionnels, ainsi que deux épisodes des Avengers Square root of evil et Meurtres à épisodes. De très brèves apparitions au cinéma dont des petits rôles dans le pré-générique d'On ne vit que deux fois et The Assassination Bureau avec Diana Rigg.

  • Pauline Munroe (Cassie) appartient a ces nombreuses charmantes actrices dont la majeure partie de la carrière se résume à de piquantes apparitions au sein des productions des années 60. Elle participe néanmoins à quelques séries marquantes, telles Adam Adamant Lives ! ou Public Eye.

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : Park Street, Belgrave Square, Trafalgar Square...

  • La voiture des Hippies porte l’inscription Mick Jagger for Premier (« Mick Jagger Premiers Ministre »). Depuis 1965 les Rolling Stones, connaissent la gloire et se situent pleinement dans la modernité. L’album Aftermath marque les esprits, de même que des tubes devenus légendaires, tels Satisfaction ou Paint it black. L’année 1967 voit le groupe accompagner l’arrivée de cette Love Generation évoquée dans l’épisode, avec le très expérimental album Their Satanic Majesties Request. Il fait pièce au Sergent Pepper des Beatles, qui connaitra davantage de succès cette même année. « Les Stones font tout six mois après nous », devait ironiser John Lennon.

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26. QUI EST LE TRAÎTRE ?
(WHEN SPRING IS SPRUNG)

Date de diffusion : 02 juin 1967

Après s'être vanté de pourvoir facilement faire évader un espion soviétique détenu, le célèbre Simon Templar est contacté par l'Intelligence Service, pour qu'il exfiltre John Spring, qui est en fait un agent double. Son épouse se joint à cette demande. Le Saint va faire équipe avec la belle Toby Robins, afin de circonvenir l'Inspecteur Teal, chargé de la surveillance du prisonnier .En fait les services russes se sont fait passer pour les anglais, afin de manipuler le Saint. Mais celui-ci évente la ruse et va prendre ses adversaires à leur propre piège.

La présence du toujours épatant George Pastell, de la Riviera française et de l’emblématique aéroport de Nice-Côte d’Azur permet de boucler joliment la boucle avec The Queen’s Ransom, l’épisode inaugural de la saison. Pour le reste celle-ci s’achève sur un opus non déplaisant mais relativement mineur. L’histoire se contorsionne et s’alambique à l’excès afin de parvenir à la chute souhaitée. Il en découle de nombreuses scènes de mise en place redent le récit bavard et au final très pauvre en action. L’utilisation habile du thème du double jeu, l’un des piliers du récit d’espionnage, maintient néanmoins l’intérêt. Le Saint demeure également agréablement itinérant au sein d’un même épisode et voit son amitié avec Claude Eustache agréablement mise en avant.

La mise en scène ne peut guère susciter d’étincelles dans ces conditions et doit s’appuyer sur des décors plus minimalistes qu’à l’accoutumée. Une faiblesse compensée par de nombreux extérieur agrémentés de superbes voitures d’époque et de plans de Mews ressemblant trait pour trait à la rue où réside un certain John Steed. Au sein d’une distribution assez automne, les amateurs des Avengers auront le plaisir de reconnaître un Allan Cuthbertson nettement au-dessus. L’un dans l’autre un épisode respectable, souffrant surtout d’une incapacité à apporter une conclusion relevée à cette saison par ailleurs réussie. Il faut dire que jamais la série ne marquera cette occurrence par un opus particulier, les cliffhangers conclusifs étant encore rarement à la mode dans les Sixties, hormis chez le Docteur.

  • George Pastell (Vulanin), figure régulière d’antagoniste étranger, participa quatre fois à la série et joua Arkadi dans Honey for the Prince (Chapeau Melon).

  • Allan Cuthbertson (Hannerly). Né en Australie, il est arrivé en Angleterre en 1947. Il joua dans quatre épisodes de Chapeau Melon : The Deadly Air, Mort en magasin, La porte de la mort et Le document disparu.

  • Plusieurs sites londoniens sont aperçus au cours de l'épisode : l'Old Bailey, New Scotland Yard, le Foreign Office.

  • Cette saison les aventures du Saint se seront déroulées en Angleterre, en Ecosse, en Irlande en Suisse, à Monaco, en Italie (Venise et Rome), en France (Paris, Côte d’Azur et Chamonix), au San Pablo (Amérique du Sud), aux Caraïbes, au Pérou, en Hollande, en RFA et en RDA.

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Images capturées par Estuaire44.