saison 1 saison 3

Le Saint (1962-1969)

Saison 3

 


1. LE THÉ MIRACLE
(THE MIRACLE TEA PARTY)

 

Date de diffusion : 8 octobre 1964

A la Gare ­­­­de Waterloo, un homme glisse subrepticement un mystérieux emballage de thé dans le sac à main d’une collègue, rencontrée par hasard, avant d’apparemment mourir d’une crise cardiaque dans une cabine téléphonique. Présent fortuitement sur les mieux, le célèbre Simon Templar découvre qu’il s’agit d’un assassinat. Il est encore plus interloqué de s’apercevoir que le paquet contient en fait une forte somme d’argent, alors que la jeune femme, la charmante Géraldine, travaille dans une importante base navale militaire, tout comme le disparu. Le Saint et Géraldine vont mener l’enquête. Il s’avère qu’un réseau d’espions, basé dans une boutique de thé située à proximité de la base, a entrepris de dérober des secrets nucléaires.

Sa scène initiale, qui lui donne judicieusement son titre, domine clairement The Miracle Tea Party. Insérée dans une série si coutumière des décors en studio, cette découverte du vaste hall de Waterloo Station, puis de ses environs, apporte une vraie bouffée d’oxygène. On l’apprécie d’autant plus fortement que le lieu grouille de vie et constitue un joli cliché sur ces années 60 alors en pleine ascension. Les amateurs des Avengers retrouveront avec plaisir les verrières caractéristiques de la grande gare londonienne, déjà aperçues dans Balles costumées. Mais cet appétissant préambule ne se limite pas à un panorama, les péripéties s’y déroulant s’avèrent marquantes. La présence des tueurs, efficacement insérés dans le récit, véhicule un joli suspense, jusqu’à la terrible scène du meurtre, impressionnante de réalisme violent (une ampoule de poison volatile transformant une cabine téléphonique en mortelle chambre à gaz où le malheureux se tord de douleur avant de périr). La rencontre entre Géraldine et le Saint apporte un instant déjà romantique au sein d’un mystère intriguant et sinistre, impeccablement introduit. On se retrouve finalement dans une atmosphère assez hitchcockienne, à la différence que le destin ne s’abat pas sur un quidam, mais sur le fameux Simon Templar !

Par la suite, l’épisode atterrit doucement sur des contrées souvent bien balisées de l’espionnage. Il n’en demeure pas moins prenant, malgré une énigme initiale débouchant sur une allée de marronniers. Le thème récurrent du thé apporte une légère spécificité à l’ensemble, tandis que Simon déroule le l’écheveau de la conspiration, remontant jusqu’à la tête, dans une histoire classique que le Take me to your Leader des Avengers exacerbe jusqu’à la parodie humoristique. Néanmoins le ton demeure vivace et l’on suit sans aucun ennui un défilé au demeurant tout à fait tonique des passages obligés du genre (affrontements, photographies en microfilm de documents, enlèvement de la damoiselle en péril…). L’action ne connaît guère de ralentissements et s’inscrit dans des décors soignés. On apprécie vivement l’efficacité de la mise en scène de Roger Moore, mais aussi l’amour des comédiens qui s’en dégage. Passé derrière la caméra, Sir Roger s’est entouré de proches à cette occasion, mettant avec sensibilité sa caméra au service de leur talent.

Les personnages secondaires s’imposent d’ailleurs comme l’un des atouts de l’opus, avec le Commandeur emblématique ou la vieille dame dynamique et passablement excentrique, incarnée avec un irrésistible naturel par Fabia Drake. Nanette Newman nous offre une Templar Girl particulièrement sympathique et attachante, le courant passe parfaitement bien avec Moore. On retiendra avant tout l’effarante prestation de Robert Brown en tueur à la fois expérimenté et possédé par une authentique soif de meurtre, en définitive très similaire à l’inquiétant sadique de Voyage sans retour. Avec son jeune apprenti, encore plus désaxé que lui et davantage de son temps, il forme un percutant duo. Son affrontement final avec le Saint, particulièrement mouvementé et totalement dépourvu de doublures, nous vaut l’un des combats les plus spectaculaires découverts jusqu’ici. On y retrouve l’inspiration épique d’Ivanhoé.

  • Nanette Newman (Geraldine) est très connue en Grande Bretagne, notamment pour une populaire série de publicités concernant Fairy Liquid, un liquide vaisselle. Son ami Roger Moore fut l'un des témoins de son mariage avec l'acteur Bryan Forbes.

  • Robert Brown (Atkins) fut le partenaire de Roger Moore sur Ivanhoé, où il interpréta Gurth, le fidèle comparse du héros. Il le retrouva également sur les tournages de James Bond, Brown ayant joué M dans quatre opus de la Saga, durant les années 80. Brown fut également le sinistre Saul de Voyage sans retour (Chapeau Melon).

  • Fabia Drake (Tante Hattie) interpréta le Colonel Adams dans The Danger Makers (Chapeau Melon). Elle fut l’une des professeurs de Roger Moore à la Royal Academy of Dramatic Art et l’acteur avoue dans ses mémoires (My Word Is My Bond) avoir été terriblement embarrassé à l’idée de la diriger. Mais la dame se montra fort amicale et sut le mettre à l’aise, ce pourquoi il lui fut très reconnaissant.

  • Plusieurs plans larges sont effectivement réalisés à Waterloo Station mais les gros plans sur les personnages le sont à l'évidence par surimpression d'images.

  • Il s'agit du second épisode réalisé par Roger Moore. Il raconte également dans ses mémoires que, lors du tournage de scènes se déroulant à Waterloo Station, il ne fut pas maquillé ni ne porta de costume particulier, car il apparaissait fort peu à l’écran. Il pensait que cela ne porterait pas à conséquence, mais sa mère, qui assistait aux prises de vues, lui rapporta que de nombreux voyageurs l’avaient reconnu et le trouvaient fort négligé, bien moins impressionnant qu’à l’écran.

  • La séquence d'ouverture se déroule dans la gare de Waterloo. Cet immense complexe connecte en fait quatre gares distinctes, plus un terminal routier. Inaugurée en 1848, Waterloo Station changea plusieurs fois d'apparence, notamment après d'énormes dégâts subis durant le Blitz; Sa gare internationale fut longtemps le point de départ et d'arrivée de l'Eurostar, avant d'être remplacée en 2007 par Saint-Pancras.

  • D'autres sites londoniens apparaissent au fil de l'épisode :Hyde park, Grosvenor, Piccadilly...

  • La base navale est située dans l’île de Portland, à l’extrémité sud du Dorset. Sur un site initial remontant à 1850, la Royal Navy y a effectivement développé une forte installation durant la guerre de 39-45, verrouillant la Manche. Il s‘agit de l’un des ports non naturels les plus étendus au monde. L’île fut de ce fait visée par de nombreux bombardements.  La majeure partie de la base a été démantelée en 1995, après la chute de l’URSS. Elle est désormais dédiée aux sports nautiques. Le site accueille les épreuves de voile des Jeux Olympiques de 2012.

Retour à l'index


2. LIDA
(LIDA)

Date de diffusion : 15 octobre 1964

Aux Bahamas, la jeune Joan Wingate s'inquiète vivement pour sa soeur, Lida, visiblement tourmentée par un secret qu'elle se refuse à révéler. A bout de ressources, Joan se résout à appeler l'un de ses amis à la rescousse, nul autre que le célèbre Simon Templar. Celui-ci détermine très vite que Lida fait l'objet d'extorsions. Le sinistre Maurice Kerr séduit des femmes riches et mariées, afin de les emmener au Captain Kidd's Club. Là, il fait réaliser des photos compromettantes, avant de faire chanter ses victimes. Lida est assassinée, sous des apparences de suicide ne trompant pas Simon, qui suspecte Kerr. Il débusque ce dernier, mais Kerr est lui aussi exécuté ! Joan est alors soudainement kidnappée. Une course contre la montre débute pour le Saint, afin de trouver le fin mot de cette énigme.

L’épisode frappe d’emblée un grand coup à l’occasion de l’habituelle accroche de Simon, via le Quatrième Mur. Avec le cynisme amusé et distancié coutumier de ses personnages, Roger Moore nous délecte d’un savoureux portrait de l’art de vivre des Bahamas : le soleil, de succulentes boissons, des femmes superbes et… Aucun impôt. Outre qu’elle souligne la propension du Saint à évoquer occasionnellement l’actualité de son temps (absente chez les Avengers après l’ère Cathy Gale), la diatribe revêt un de nos jours un amusement supplémentaire. En effet le conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puis le prédécesseur de Sir Roger dans le smoking de 007 en fera le meilleur usage. L’esprit de résistance du Highlander farouche mais valeureux peut s’incarner de bien des manières, y compris dans un séjour prolongé aux Bahamas et le refus de délester ses poches, pourquoi pas ?

Lida se distingue par ailleurs par la finesse d’écriture de Terry Nation, en cette année 1964 où il apparaît particulièrement en verve, avec par ailleurs la toute première apparition de ses Daleks (The Planet of Death). L’auteur reprend efficacement les codes du roman policier, tout en excellant particulièrement dans le portrait psychologique et en recevant le déterminant soutien d’excellents comédiens. La forte relation entre sœurs constitue un véritable atout mais l’on reste également très  touché par le portrait bouleversant d’une femme détruite par le chantage et taraudée par la peur, que nous offre une particulièrement inspirée Jeanne Moody. En sœur aimante mais terriblement  impuissante, Erica Rogers lui renvoie un écho particulièrement sensible, dans sa meilleure prestation jusqu’ici au sein de la série.

Nation opère un dégradé fort bien vu entre l’atmosphère ensoleillée des Bahamas et une plongée progressive au sein d’un univers des plus noirs, peuplé d’une faune sinistre. Peter Bowles manifeste le talent qu’on lui connaît en incarnant un être veule et lâche, éperdu face à des individus encore plus dégénérés que lui. La scène entre lui et Roger Moore se montre d’une force et d’une âpreté étonnante, une superbe confrontation. Le Saint peut aussi devenir à l’occasion une série tout à fait cruelle, à l’instar du personnage littéraire. Aubrey Morris (le Quince de Silence Dust) incarne un sadique voyeuriste assez hors normes dans les séries de l’époque, une figure notable d’un aréopage de pervers qui finira par s’entredévorer sous le regard courroucé de Templar.

L’indéniable impact de ce drame se voit cependant tempéré par quelques naïvetés. On conçoit mal qu’une telle machination ait pu se développer au sein d’un milieu aussi restreint que la bonne société britannique de Nassau ou que Lida  refuse la planche de salut que représente l’apparition de Simon. Mais c’est surtout la réalisation assez terne de Leslie Norman qui pose problème. L’ensemble manque d’inventivité et souffre particulièrement d’une représentation des Bahamas franchement bâclée. Les inserts évidents ou les paysages relevant manifestement de la campagne britannique se multiplient, entrecoupés de décors assez convenus. Retenir une demeure aussi caractéristiquement anglaise pour représenter l’exotique Captain Kidd's Club résulte étonnant. Cette ambiance souligne également l’incongruité de la présence de la ST1 à des milliers de kilomètres de Londres. Le convoyage a du couter une fortune au Saint ! Il s’agit visiblement de scènes extérieures tournées préalablement et employées ici sans guère de souci de cohérence.

  • Erica Rogers (Joan), d’origine sud-africaine, fut avant tout une actrice de théâtre et de dramatiques radiodiffusées, mais participa à plusieurs séries de l’époque. Elle apparaît en tout dans quatre épisodes du Saint : The Old Treasure Story, Lida, The Golden Journey et The Pearls of Peace.

  • Jeanne Moody (Lida) fut Miss Alabama 1951. Elle s'installa en Grande Bretagne au début des années 60 et apparut dans plusieurs productions de cette décennie, avant de se retirer après s’être mariée. Son accent du  vieux Sud lui valut de servir de répétitrice à des comédiens plus connus, devant interpréter des rôles originaires de ces contrées. Elle participe également aux épisodes The Man who Liked Toys et The Ever-Loving Spouse.

  • Peter Bowles (Maurice Kerr) a participé à quatre épisodes des Avengers : Seconde Vue, Meurtre par téléphone, Remontons le temps, et Les évadés du monastère. Il a tourné dans de nombreuses séries ITC des années 60 même si "elles rapportaient plus d'amusement que d'argent" : Le Saint, Destination danger, Département S, Amicalement vôtre, Cosmos 1999. Il est l'infâme A dans l'épisode A, B et C du Prisonnier. Très peu de films à son actif mais des sitcoms au début des années 80. Il s'est tourné vers le théâtre ces dernières années.

  • Terry Nation participe pour la première fois à la série. Il écrira en tout 14 scénarios pour le Saint, de 1964 à 1968.

  • La ST1 apparaît pour la toute première fois dans un épisode dont l’action se situe en dehors de Mother England.

  • Le Captain Kidd's Club est en fait Moat House, un ancien hôtel bâti en 1927. Il servit de centre de recherches militaires durant la seconde guerre mondiale. Dans les années 60, il était devenu un Playboy Club, apparaissant dans de nombreuses productions du fait de la proximité des studios d'Elstree. Le bâtiment a été démoli en 1989, pour construire un Holiday Inn moderne, accueillant notamment les touristes venus visiter le site d’Elstree.

  • Los du tournage de l’épisode, les  Bahamas étaient encore une colonie britannique, l’indépendance (sise au sein du Commonwealth) étant instituée en 1973. Toutefois 1964 demeure une année clé, puisque une très large autonomie intérieure est alors accordée à l’archipel. Le 4 janvier, Roland Symonette devient ainsi le premier chef du gouvernement local. Déjà lancée dans les années 50, une politique de développement économique basée sur le tourisme et le secteur financier off-shore s’instaure désormais pleinement. Templar y fait ironiquement allusion dans son habituel propos initial. Les Bahamas demeurent toujours un paradis fiscal de premier plan même si les conséquences de la crise financière débutée en 2008 ont amené les autorités à davantage de transparence.

Retour à l'index


3. LES PERLES DE MADAME CHEN
(JEANNINE)

 

Date de diffusion : 22 octobre 1964 

Une vive inquiétude étreint l’Inspecteur Quercy et le Sergent Leduc : le célèbre Simon Templar est de retour à Paris ! Circonstance aggravante, sa visite coïncide avec celle de Madame Chen, haute diplomate d’une grande puissance asiatique. Or la dame, au caractère particulièrement impérieux et détestable sous une apparente affabilité, est célèbre pour son fastueux collier de perles. Simon a d’ailleurs la surprise de reconnaître dans l’assistante de Madame Chen, Jeannie Roger, une ancienne voleuse de bijoux de sa connaissance ! Elle affirme être devenue honnête, ce qui laisse fort sceptique le Saint. Un duo de truands parisiens lorgne également sur la parure. Pour compliquer le tout, le Saint se décide finalement à entrer dans la danse, pour venir en aide à Lo Yung. Cet idéaliste compatriote de la dignitaire est en effet désireux de lui subtiliser ses perles, afin de venir en aide aux nombreux miséreux de son pays. 

La série aime décidément à demeurer en phase avec son temps. Après l'atmosphère troublée de la Guerre d'Algérie s'achevant, évoquée dans Le Chef d’œuvre d’Art (saison 2), nous découvrons ici le Paris joyeux et si plein de vie de la France du Général, alors que les années 60 ont désormais pleinement pris leur envol. On note avec satisfaction que Jeannine contient bien les plaisants éléments coutumiers aux épisodes de séries anglaises se déroulant dans notre capitale. Ceux-ci sont singulièrement mis en valeur à travers les aventures hautes en couleur du Saint et l'on retrouve effectivement les accents français croquignolets ou la langue de Ronsard s'invitant soudain au beau milieu d’une phrase. L’élégance parisienne est également de mise, notamment chez ces dames.

Les décorateurs de la production  accomplissent également de vaillants efforts, multipliant les clins d’œil à notre pays, à côté d'inserts, certes évidents et classiques, mais aussi très évocateurs de l'époque. L'épisode marque aussi l'occasion de retrouver nombre de superbes voitures du temps, y compris la ST1, une nouvelle fois en goguette. Mais, par dessus tout, on goûte que cette comédie enlevée célèbre Paris comme une fête. L'huis clos de l'hôtel abritet un impromptu tonique, mêlant avec talent les ressorts du vaudeville français à la course à l’échalote. On retrouve de fait un mécanisme très similaire à celui que mettra en œuvre l'un des meilleurs épisodes d'Amicalement vôtre, Un drôle d'oiseau.

On ne soulignera jamais assez à quel point Le Saint est une série d'acteurs et Jeannine brille par sa savoureuse galerie de portraits, portés avec verve et humour par de talentueux comédiens en parfaite adéquation avec un Roger Moore ici idéalement dans son emploi. Quercy se voit fort heureusement de nouveau interprété par le très expressif Manning Wilson. On retrouve toujours avec un vif plaisir le débonnaire et bon vivant Sergent Leduc, dont l'éternel jeu du chat et de la souris avec un Saint goguenard n'est pas sans évoquer celui de Lupin et de Guerchard. Le récit trouve cependant un parfait équilibre entre humour et acuité de nos policiers, évitant de les rendre trop ridicules. Quercy confirme représenter un adversaire avisé, tant mieux ! De plus la superbe DS noire de Leduc s'oppose idéalement à la ST1 immaculée, lors d'une jolie scène en automobile. 

Les truands apparaissent joyeusement caricaturaux tandis que la merveilleuse et très douée Sylvia Syms nous régale d'une voleuse de haut vol et de grande classe. Le duel de charme et d'esprit l'opposant à Simon reste jusqu’au bout aussi captivant que distrayant. Le piège final que lui tend le Saint reste un modèle de cruauté ironique, jouant sur les mensonges où elle s'est elle même enferrée, tout en veillant bien entendu à la soustraire au bras vengeur de la justice. Le Saint est beau joueur. Le récit joue habilement des différences de style de cambriole entre les malfrats, Jeannine et l'idéaliste opposant, tandis que le Saint observe ce petit monde avec son irrésistible cynisme madré. Madame Chen compose un divertissant amalgame des clichés de l'époque concernant les Chinois (perfidie, cruauté…), elle ressemble d'ailleurs beaucoup à l’Anna Lee du  Clan des Grenouilles des Avengers ! Encore une fois le récit évite le piège de la caricature outrée, la dotant d'un vrai courage le moment venu.

La qualité d'une intrigue optimisant un grand nombre de pittoresques personnages, agrémentée de dialogue incisifs, fait pardonner une mise en scène médiocrement inventive, ainsi que certaines naïvetés, d'ailleurs souvent agréablement datées. On remarque que le gouvernement français s'autorise à snober l'émissaire de la Chine (jamais explicitement citée), les temps ont bien changé ! Madame Chen suit sans méfiance aucune un illustre inconnu affirmant représenter la France, etc. Plus gênant, la conclusion ne révèle pas comment le Saint est parvenu à soustraire le fameux collier à la perquisition approfondie de Quercy de l'appartement de Jeannine, un élément clé de la machination ourdie par notre héros. Cet opus constitue cependant une comédie particulièrement pétillante et enlevée, la ville la plus romantique au monde réussissant décidément à Simon Templar. Cette nouvelle saison des aventures du Saint confirme l'excellente qualité de son lancement.

  • Sylvia Syms (Jeannine) connut une superbe carrière au cinéma et au théâtre. Elle compte d’ailleurs parmi les invitées de la série les plus populaires au moment de sa participation  Sylvia Syms va participer à quatre reprises à la série, notamment à l’occasion du mémorable double épisode The Fiction Makers. Elle indique avoir participé au aventures du Saint avant tout par amitié pour Roger Moore, l’un des hommes les plus drôles et spirituels qu’elle ait jamais rencontré. Roger Moore rendait toujours particulièrement divertissant le tournage de la série. Elle avoue également avoir été davantage sensible à sa prestance et à sa classe naturelle qu’à son talent d’acteur proprement dit. L’actrice était également très proche de la compagne d’alors de Moore, Luisa Mattioli, les deux femmes ayant été enceintes au même moment, en 1963 (The Saint, from big screen to small screen, and back again). Sylvia Syms, OBE, est membre du conseil de direction de la Royal Academy of Dramatic Art, dont elle est issue, tout comme Roger Moore. 

  • L'Inspecteur Quincy est cette fois interprété par Manning Wilson, qui fut le Major Plessy dans The Master Minds (Chapeau Melon). Il joue également Quincy dans The Work of Art.

  • Jacqui Chan (Madame Chen) interpréta des personnages chinois tout au long de sa carrière, mais n'en maîtrisait pas la langue, ayant été élevée à Trinidad. 

  • L'hôtel où loge Jeannine est en fait le bâtiment abritant les services administratifs des studios, un décor apparaissant régulièrement au cours de la série.

  • Les accessoiristes de la production multiplient les éléments destinés à susciter une tonalité française. Ainsi Simon lit France Dimanche, alors supplément dominical de France Soir. Lancé en 1946 par Pierre Lazareff, le journal se consacre alors aux informations générales, mais rencontre un médiocre succès. Un tournant est effectué à la fin des années 50, le titre s'intéressant alors aux célébrités et au Gotha. Il va connaître un fulgurant succès durant les Sixties, avec des tirages culminant occasionnellement à deux millions d'exemplaires. France Dimanche reste ainsi un miroir précieux de l'actualité heureuse de la décennie. En 1983, talonné par des nouveaux venus sur le marché de la presse people et confronté à une forte érosion des ventes, France Dimanche évoluera vers le format des tabloïds. 

  • La une de l'exemplaire parcouru par le Saint évoque les relations difficiles entre Juliana et sa fille Irène (Irène à Julianna : pardon, maman). Il s'agit de la famille régnante des Pays-Bas. En 1964, Irène défraye en effet la chronique en se convertissant au Catholicisme, afin d’épouser, contre l’avis du Parlement, le prince espagnol et prétendant carliste Charles-Hugues de Bourbon-Parme. Le couple divorcera en 1981.

  • Simon lit également (en français, s'il vous plaît) Le Rempart des Béguines, de Françoise Mallet-Joris. Publié en 1954, ce roman connaît un grand succès, lançant la carrière de l'auteure, future membre de l'Académie Goncourt. Il fit sensation à l'époque en évoquant la relation lesbienne développée entre une adolescente et la maîtresse de son père. Le livre sera adapté au cinéma en 1972, avec Anicée Alvina et Nicole Courcel. 

  • Des affiches de films sont également aperçues. On reconnaît celle de La Chair et le Diable, drame amoureux de 1954, avec Viviane Romance et Rossano Brazi.

  • Afin de duper Jeannine, le Saint fait référence à la tradition antique des perles dissoutes dans le vin. Cléopâtre aurait fait dissoudre une perle dans un verre de vin et bu celui-ci, pour prouver à Marc Antoine qu'elle pourrait consommer la richesse d’une nation en un seul repas. Cette boisson aurait également été appréciée par des empereurs de la Rome décadente, tels Caligula ou Héliogabale.

Retour à l'index


4. LE SCORPION
(THE SCORPION)

 

Date de diffusion : 29  octobre 1964

Le mystérieux criminel surnommé le Scorpion  se livre à des chantages forts rémunérateurs dans les hautes sphères de la politique et de la finance. Le scorpion compose son symbole mais aussi le principal instrument de son pouvoir, puisqu’il n’hésite pas à utiliser son animal de prédilection pour commettre des assassinats. Le cambrioleur Long Harry, terrorisé, appelle à l’aide son ami, le célèbre Simon Templar. Le Scorpion lui a ordonné de dérober une lettre compromettante à l’industriel Mark Deverest. Trop curieux, il a cependant découvert le visage de son commanditaire et se sait dès lors condamné à mort. Le Saint ne peut empêcher son exécution et décide alors de mettre un terme aux activités du diabolique maître chanteur. Son enquête l’amène à s’intéresser à deux charmantes jeunes femmes, Karen, secrétaire de Deverest, et Patsy, hôtesse d’un Night club et complice du Scorpion.

Episode singulier que ce Scorpion, sans doute l’une des aventures du Saint les plus abouties. En effet tous les ingrédients de la réussite sont au rendez-vous, tranchant par la personnalité hors normes de l’adversaire du jour. Les ennemis du Saint, pour savoureux qu’ils apparaissent le plus souvent, relèvent ordinairement des figures conventionnelles du Polar ou de l’espionnage. Par l’effroi qu’il suscite et sa dimension de Diabolical Mastermind doublé d’une obsession authentiquement morbide, le Scorpion propulse le récit à la lisière de l’Etrange. Les scènes se déroulant dans son sinistre vivarium peuplé de créatures venimeuse se montrent particulièrement  évocatrices à cet égard. Dans une perspective moins sinistre, elles évoquent également l’antre dédiée aux automates du Redfern des Œufs d’Or, opus établissant une similaire convergence au sein de la saison 2 des Avengers. Comme souvent, l’aspect de Whodunit de ce type de récit suscite moins d’intérêt, puisque le coupable est forcément le second rôle ne manifestant pas d’autre utilité réelle. Mais l’idée d’un avoué utilisant les secrets de ses riches clients pour les faire chanter sans se révéler demeure astucieuse. Surtout l’intérêt du Scorpion ne réside pas tant dans son identité que dans son aura ténébreuse. Sa scène de sortie s’avère également magistrale.

L’intrigue instille d’ailleurs une atmosphère remarquablement frelatée, en raccord avec l’adversaire du jour. Il en va ainsi de cette description d’un milieu d’affaires politico-financières passablement corrompu, le nombre de victimes du Scorpion  se montrent tout à fait parlant. Le night club borgne en représente un reflet bien trouvé. Il permet également d’exploiter la double nature du Saint, ayant des accointances dans le milieu aussi bien que dans les hautes sphères. L’étude de caractère se met au diapason, avec le sadisme manifesté par Patsy envers Deverest, les turpitudes de ce dernier ou la violence meurtrière du blouson noir. Karen se présente comme la seule lumière du panorama, ce qui lui autorise une vraie utilité puisqu’elle demeure par ailleurs conforme aux conventions de la série. La mise inspirée de Roy Ward Baker tire magnifiquement parti de la nuit londonienne pour accompagner un récit sombre mais aussi sans temps mort.  L’action se déroule en une seule nuit et son lendemain, se situant de ce fait sur un tempo élevé, ponctué de percutants rebondissements (dont une apparition brève mais marquante de l’lnspecteur Teal). L’ensemble de la distribution s’avère admirable, avec en prime l’intérêt de découvrir une Catherine Woodville allant prochainement épouser Patrick Macnee, ainsi qu’une Nyree Dawn Porter aux antipodes de la Comtesse di Contini. Tour à tour cinglante ou émouvante, elle se montre absolument fabuleuse dans l’interprétation de Patsy. 

  • Catherine Woodville (Karen) a  participé au tout premier épisode des Avengers, Neige brûlante, où elle interprétait la fiancée assassinée du Dr Keel, ainsi qu'à Comsbustible 23. Elle a également participé à de nombreuses séries durant les années 60 et 70 (Z Cars, Destination Danger, Star Trek, Wonder Woman…), dont deux épisodes du Saint. Après s’être retirée à la fin des années 70, elle a créé un vaste haras avec succès. Mais elle demeure  surtout connue pour avoir été la seconde épouse de Patrick Macnee, de 1965 à 1969. « Kate » fut également une candidate malheureuse à la succession d’Honor Blackman.

  • Nyree Dawn Porter (Patsy) est apparue dans de nombreuses productions anglaises des années 60 et 70. Elle est notamment remémorée pour La Dynastie des Forsythe et le rôle de la Comtesse  dans Poigne de fer et Séduction.(1972-1973). Elle fut envisagée pour jouer la première partenaire féminine de John Steed, avant qu'Honor Blackman ne soit retenue. Elle joue également dans l'épisode disparu des Avengers Death on the Slipway.

  • Lee Philip Latham (Long Harry) participe aux épisodes de Chapeau Melon La Naine Blanche et  Avec vue imprenable . Il est principalement connu au petit écran pour le rôle récurrent de Willy Izard dans The Troubleshooters (1965-1972). Au cinéma il figure à l’affiche de Dracula Prince des Ténèbres (1966) où il interprète Klove, le serviteur du Dracula de Christopher Lee.

  • Nous apprenons que le numéro de téléphone du domicile londonien Saint est Regent 53-33.

  • Exceptionnellement le discours habituel du saint ne débute pas l’épisode : il est précédé par les images de la traque de Long Harry dans la nuit de Londres.

  • Le scorpion est une imitation inanimée, notamment sur la main de Katherine Woodwille (39'). Ensuite il s'agit d'un vrai scorpion mais évoluant sur le bras d'un mannequin et non d'un humain !

  • Différents sites londoniens apparaissent au cours de l'épisode : Westminster Bridge, Cleveland Gardens, Ingram Avenue...

  • Les différents plans extérieurs sont visiblement tournés avec des doublures. Cela devient particulièrement évident quand Le Saint sort de chez lui (6’37’’) ou de chez Deverest (11’30’’).

  • Le réalisateur Roy Ward Baker indique qu’il s’agit de son épisode préféré sur l’ensemble de la série, du fait des conditions particulières de sa mise en scène, l’action se déroulant quasi exclusivement de nuit. Il a également particulièrement apprécié cette collaboration avec des comédiens aussi doués que sympathiques. (The Saint, from big screen to small screen, and back again).

Retour à l'index


5. RÉVOLUTION
(THE REVOLUTION RACKET)


Date de diffusion : 5 novembre 1964

Dans un pays d’Amérique du Sud, le capitaine de police Carlos Xavier convie le Saint à diner dans un superbe restaurant. Parmi les clients, il lui montre deux redoutables criminels, les frères Enriquez. Xavier souhaiterait les mettre sous les verrous, mais il sait que les bandits sont sur le point de perpétrer une révolution. En fait, il souhaite se servir du Saint pour les contrer, comptant sur le goût de ce dernier pour l’aventure. Le capitaine est d’autant plus sûr de son fait que les deux frères sont en train de racketter des marchands d’armes, dont la charmante Doris. Ils les forcent à vendre leur marchandise pour une belle somme, mais néanmoins nettement inférieure à sa vraie valeur. Simon ne tarde pas à deviner que Doris et son époux sont en fait des escrocs, et que les armes sont fausses. Il permet au stratagème de fonctionner ce qui condamne la révolution, mais conserve le magot après que Doris se soit retournée contre lui. Xavier avait prévu tout cet imbroglio, en grand admirateur des aventures du Saint !

L’épisode souffre clairement d‘une reconstitution véritablement à l’économie de l’environnement sud américain. La majeure partie des différentes scènes s’effectue dans des décors quelconques, dépourvus de tout cachet particulier et pouvant fort bien convenir à une ville européenne. On remarque d’ailleurs la quasi absence des habituels savoureux inserts caractérisant la série. De plus, quand la mise en scène se décide à s’avancer sur ce terrain, cela donne lieu à quelques décors particulièrement indigents, comme cette reconstitution si évidente et minimaliste de la flore locale. Les intonations espagnoles entendues au fil de l’eau ne brillent pas non plus par leur crédibilité.

Mais qu’importe, The Revolution Racket compense largement ces défauts par un scénario particulièrement astucieux. Stratagèmes et arnaques de tous poils s‘entrecroisent en un ensemble dont la clarté limpide de la narration permet d’apprécier toute la diabolique complexité. Les chutes successives des masques entrainent de nombreuses péripéties, maintenant vivace l’intérêt du récit jusqu’à son terme. L’exercice de style s’avère brillant, composant un puzzle habile et original à partir d’éléments classiques du Polar traditionnel. Ainsi l’on découvre une grande innovation puisque, pour une fois, ce n’est pas le célèbre Simon Templar qui tire (entièrement) les ficelles de l’intrigue !

Le grand atout de l’opus demeure en effet le volubile, sybarite et machiavélique capitaine Xavier. Parvenir à manipuler le Saint de manière à ce que ce dernier ne puisse véritablement s’en offusquer, le tout avec une indéniable maestria, relève de l’exploit. Il prend ainsi un contre pied magistral avec l’ensemble des policiers rencontrés jusqu’ici, hostiles ou au mieux à la complicité toujours méfiante (Claude Eustache). De plus son admiration sincère et passionnée de notre héros renvoie un joli effet miroir au public de la série. il reste très amusant de le regarder prévoir avec gourmandise chacun des gestes de notre héros, non sans une diffuse mais plaisante ironie (à croire que Xavier est télépathe). L’épatant Eric Pohlmann apporte une vraie humanité à son malicieux personnage. C’est bien un maître coup que réussit là un Terry Nation jouant admirablement des codes des séries de l’époque. 

Si les autres joueurs de cette si divertissante partie de poker menteur paraissent plus conventionnels, ils bénéficient cependant d’une remarquable interprétation. On retrouve avec plaisir la sublime Suzanne Lloyd, toujours aussi en phase avec un Roger Moore en grande forme. Doris se montre autrement plus décidée et active que nombre des figures féminines de la série, même si le fait qu’il s’agisse d’une antagoniste relativise cette dimension. Peter Arne, à qui la saison 2 des Avengers doit tant, rend particulièrement marquant le plus brutal des deux frères, mais l’on peut regretter que son rôle ne soit pas davantage étoffé.

  • Suzanne Lloyd (Doris), actrice canadienne, accomplit de nombreuses apparitions dans les séries américaines de la fin des années 50 et du début des années 60 (Have Gun-Will Travel, Maverick, Bonanza…). Puis elle s’installa en Grande-Bretagne où elle totalisa six participations au Saint, et fut, bien entendu, la vénéneuse Barbara de Cœur à cœur. Elle mit fin à sa carrière à l’âge de quarante ans. Elle reste également dans les mémoires pour le rôle récurrent de Raquel Toledano dans Zorro.

  • Eric Pohlman (Xavier), d’origine autrichienne; gagnera Londres en 1939, son épouse étant juive. De langue allemande, il jouera un rôle actif dans les émissions de la BBC à destination de l’Allemagne. il rencontre, notamment grâce à son accent exotique, un grand succès à la télévision. Il participe ainsi à l'épisode Le Clan des Grenouilles, des Avengers. Son accent lui valut de jouer la voix de Blofeld dans Opération Tonnerre (1965).

  • Peter Arne (Pablo) a tourné dans quatre épisodes des Avengers : Death on the slipway , Warlock, Les œufs d'or et Avec vue imprenable. Il est né en Malaisie de père français et de mère américaine et a servi héroïquement comme pilote dans la RAF pendant la seconde guerre mondiale. Arne a de nombreux rôles de méchants à son actif dans des films de guerre ou d'espionnage. Son accent lui permit aussi de jouer des rôles de chinois, russes ou sud-américains ! Au cinéma, on peut noter son rôle de colonel dans trois films de la Panthère rose. À la TV, on l'a vu dans Destination danger,Département S, L'homme à la valise

  • Le restaurant que quitte Doris avant d'être enlevée est en fait un bâtiment aujourd'hui démoli des studios d'Elstree.

  • La scène de voiture où le groupe se dirige vers San Martino a été tournée sur la Zig Zag Road. Située à Box Hill, dans le Surrey, cette côte doit son surnom à ses virages particulièrement marqués. Permettant des scènes spectaculaires, elle apparaît dans de nombreuses séries de l'époque.

  • Lors de la scène finale, le Saint révèle à Xavier que l’argent sera offert à l’UNICEF. Un geste prémonitoire, puisqu’en 1991 Roger Moore deviendra ambassadeur itinérant de cette organisation caritative.

  • Durant la scène introductive, Simon décrit avec humour une Amérique du Sud où pulluleraient les coups d’états. Il faut dire que la décennie s’y prête particulièrement. En 1963, année précédant la diffusion de l’épisode, on ne recense pas moins de quatre golpes sur le continent latino-américain : Guatemala, Equateur, République Dominicaine et Honduras. En 1964 on en compte encore deux (Brésil et Bolivie), ainsi que diverses tentatives avortée et autres émeutes. Les guérillas se développent également, 1964 voit ainsi la création des FARC en Colombie.

Retour à l'index


6. LE PROCÉDÉ G
(THE SAINT STEPS IN)

 

Date de diffusion : 12 novembre 1964

Dans un bar cosy de  Londres, le célèbre Simon Templar est abordé par la belle Madeline, qui sollicite son aide. Son père, le scientifique Calvin Grey a mis au point une invention révolutionnaire. Le Procédé G permet de produire des fibres synthétiques aux nombreuses applications chimiques. Madeline craint que l’associé de Calvin, le richissime Jobbart Quennel, ne tente de s’en emparer. D’abord sceptique, Simon se décide cependant à intervenir, juste à temps pour sauver Madeline de deux dangereux individus. Approché par le Saint, Quennel nie tout, mais fait ensuite enlever les Grey par son diabolique bras droit, Walter. Le Saint va trouver une alliée inattendue chez la fille de l’industriel, Andrea, qui éprouve pour lui une passion des plus vives.

The Saint Steps In débute par un petit bijou d’humour, avec une scène d’introduction qui comptera certainement parmi les plus drôles et abouties de la série. Deux jeunes hommes s’amusent à pasticher le Saint recevant l’appel au secours d’une damoiselle en détresse, avec une verve pour le moins mordante. Or, tandis que Simon se défend devant nous d’être ce Casanova international et secouriste, Madeline survient et lui tient exactement le même discours que précédemment ! Une excellente idée auto-parodique, au terme de laquelle le Saint n’a plus qu’à se résoudre à l’inévitable, en précédant la jeune femme quand elle en appelle  au célèbre Simon Templar. La scène initiera  d’ailleurs un amusant fil rouge se prolongeant au fil du récit.

Par la suite l’épisode vérifie cette prophétie, puisqu’il navigue en des eaux pour le moins connues. On assiste de nouveau au proverbial enlèvement de la Templar Girl du jour, on y a quasiment droit à chaque opus depuis le lancement de cette saison ! La double figure de l’honnête professeur et de  sa fille servant de moyen de pression compte également parmi les grands classiques des récits d’espionnage des Sixties. Les Avengers y ont d’ailleurs eu aussi recours à l’occasion (Mission très improbable). Il n’en demeure pas moins que l’astuce de l’industriel finançant un projet pour s’en emparer et empêcher sa divulgation est bien trouvée. Surtout, s’ils ne développent aucune réelle innovation lors de son histoire assez convenue, les auteurs excellent réellement dans les dialogues, toujours acérés ou hilarants. C’est notamment le cas le cas lorsque le Saint entreprend d’échapper à la très entreprenante Andrea !

La mise en scène réussit quelques jolis coups, dont des extérieurs nous régalant de superbes demeures, ou un long et spectaculaire affrontement au sein d’un laboratoire de chimie. Sans être aussi acrobatique et survolté que celui remporté par Tara sans Mon rêve le plus fou, on y retrouve une parfaite exploitation de ce décor très particulier. Il s’agit d’une constante de cette série : la distribution achève de remporter la partie. Justine Lord se montre irrésistible en la délurée et très mordue Andrea, le scénario jouant de plus habilement de l’opposition avec la  sage Madeline, nettement plus sur le registre de l’émotion. L’adorable Annette André réussit parfaitement son examen de passage. Elle fonctionne à merveille avec un Roger Moore parfaitement à son affaire dans cette version à l’occasion passablement  ironique et distanciée de son héros. Les méchants ont tous la gueule de l’emploi, avec un surcroit d’intérêt pour Peter Vaughan, dont le délectable Walter n’est pas sans évoquer l’inoubliable Schubert des Persuaders. 

  • Peter Vaughan (Walter) connut une fort belle carrière au théâtre, mais aussi au cinéma, où il tourna régulièrement pour Terry Gilliam (Brazil, Bandits Bandits…). Il se spécialisa par ailleurs dans les rôles de policier ou d’agent secret. Vaugham apparut dans Public Eye, Amicalement vôtre, L’Homme à la valise, Poigne de fer et Séduction, Madigan, Thriller… Il incarne le Dr Jaeger dans Mon rêve le plus fou (Chapeau Melon).

  • Geoffrey Keen (Quennel) interprète le Ministre de la Défense dans six James Bond, durant les ères Roger Moore et Timothy Dalton.

  • Justine Lord (Andrea) participe à pas moins de sept épisodes du Saint ! L'actrice est une figure régulière des séries anglaises de l'époque (dont les Avengers pour Combustible 23). Son rôle le plus connu demeure celui de Sonia, que poursuit le N°6, dans La mort en marche , fameux épisode narratif se déroulant hors du Village. Elle y porte pas moins de neuf costumes différents, tous blancs!

  • Annette André (Madeline) va participer cinq fois aux aventures du Saint.  Dans Chapeau Melon, elle joue également dans Mandrake et Le château de cartes. Née en Australie, elle a débuté sa carrière en 1960 et a participé à de nombreuses séries : Le Baron, Le prisonnier, Amicalement vôtre, Le retour du Saint.... Elle demeure principalement connue pour son rôle récurrent de la veuve Jeannie Hopkirk, dans les très populaires Randall and Hopkirk (Deceased) (1969-1970). Également chanteuse et danseuse, elle est apparue au West End dans plusieurs spectacles musicaux.

  • Annette André participe ici pour la première fois aux aventures du Saint. Elle conserve un souvenir mitigé du tournage, car le réalisateur John Gilling se montrait facilement désagréable envers les actrices. De plus les scènes devaient être réussies en une seule prise. La nervosité lui faisait perdre ses moyens, mais, fort heureusement, Roger Moore l’a soutenue et a su la mettre en confiance.  A la suite de ces péripéties, ils sont restés bons amis, d’où ses multiples apparitions dans la série. Elle se souvient que les acteurs étaient toujours consultés sur les habits de leurs personnages. La costumière en chef, Laura Nightingale, a beaucoup apporté à la série. Elle estime que le plus important ne résidait pas dans les scénarios, mais dans l’ambiance aventureuse et glamour caractérisant l’univers du Saint, une production de grande qualité. Elle regrette de n’avoir jamais pu interpréter d’antagoniste ou de vamp, à la différence de Justine Lord ou de Down Addams. Les tournages étaient les plus souvent agréables. A cette époque comédiens et techniciens se retrouvaient dans un grand nombre de séries, d’où une confiance mutuelle (The Saint : From big screen to small screen and back again, Paul Simper).

  • La feuille de journal servant à piéger Walter change mystérieusement au cours de l’action.

  • La résidence d'Alvin Grey est en fait Willow House, située à Totteridge. Très ancien village (XIIIème siècle) situé au nord de Londres, Totteridge est réputé pour le pittoresque demeuré intact de ses veilles maisons victoriennes ou édouardiennes. De nombreuses réserves naturelles contribuent également à en faire un lieu de séjour très apprécié des Londoniens les plus aisés (notamment Arsène Wenger et plusieurs footballeurs). Remontant aux Tudors, Willow House est une grande maison comptant parmi les plus remarquables du site.

  • A l’hôtel, Andrea se grise au champagne. La bouteille nous indique qu’il s’agit de Perrier-Jouët, prestigieuse maison remontant à 1811 et située à Epernay. Fournisseur officiel de la royauté britannique depuis 1861, Perrier-Jouët est très présent sur le marché anglo-saxon. Elle a d’ailleurs commandé une fameuse publicité faisant se retrouver John Steed et Miss Tara King. Tourné en 1975 à Elstree, ce spot revêtit une grande importance dans l’élaboration de ce qui allait devenir les New Avengers.

Retour à l'index


7. CHARMANTE FAMILLE
(THE LOVING BROTHERS)

 

Date de diffusion : 19 novembre 1964

En Australie, le Saint fait la connaissance de Pop, un vieux mineur. Celui-ci est persuadé d’avoir découvert une fabuleuse mine d’argent. Souffrant, il est assisté par la charmante infirmière  Linda et souhaite voir le filon exploité avant de mourir. Il compte sur un financement accordé par ses deux fils, installé à Sydney et ayant réussi dans les affaires. Mais ceux-ci, sceptiques et ingrats, refusent de l’aider, malgré l’intervention de Simon. Une fois convaincus de la réalité du trésor, ils tentent d’en spolier leur père, en se rendant sur place. Suite à un accident, Pop décède, tandis que Simon découvre que la mine n’a en fait aucune valeur. Le Saint escroque alors les deux frères en leur faisant acheter très cher le gisement, et, conformément aux volontés de Pop, reverse l’argent, à Linda. Celle-ci va fonder un hôpital pour enfants.

Le Saint fait l’Australie. L’épisode a le mérite de tenter de développer une reconstitution aussi fidèle que possible du Cinquième continent, sollicitant au maximum les moyens de la série. On admire ainsi de superbes inserts, ainsi qu’un impressionnant plateau reconstituant la mine. La mise en scène a l’excellente idée de recourir à une distribution composée exclusivement d’Australiens. Il en ressort un véritable chatoiement des accents, dont le parfaite intonation londonienne de Roger Moore constitue l’idoine contrepoint. L’absence (rarissime) de tout visage reconnaissable par les amateurs des Avengers, hormis Annette André, rajoute même un exotisme supplémentaire ! Les allées et venues du scénario entre le Bush et Sydney soulignent éloquemment l’énorme fossé séparant  les côtes modernes et urbaines du centre sauvage et désertique. L’insertion de quelques éléments culturels (dont les coutumières affiches) achève un concluant panorama.

Malheureusement The Loving Brothers a la main trop lourde en développant plus qu’à satiété les habituels clichés concernant les Australiens, tels que repris plus récemment dans Crocodile Dundee (1986). Les personnages se montrent outrés jusqu’à la caricature, inévitablement rustres, fêtards, peu éduqués. Ils manifestent évidemment des manières bien moins raffinées que notre dandy anglais toisant tout ceci d’un regard amusé.  Amusant au début, cet humour à la Papa Schultz finit par lasser. Surtout il apparaît contreproductif car en contradiction avec le drame familial sordide que le récit s’efforce de bâtir. L’incohérence du fond et de la forme pâtit à l’ensemble, L’épisode aurait d’ailleurs gagné à jouer franchement la carte de la pure comédie. On conserve  l’impression d’une rivalité à laquelle le spectateur non anglo-saxon demeure étranger. A cela vient s’agréger quelques imageries d’Epinal assez datées, telles la scène lénifiante du décès de Pop ou le personnage même de Linda, malgré la charme toujours si présent d’Annette André.

  • Annette André (Linda) est déjà de retour, après sa première participation à la série, lors de l'épisode précédent. Elle-même originaire d’Australie, il aurait été en effet dommage de se priver de ses services pour cet épisode. La majeure partie de la distribution est d’ailleurs australienne.

  • Les blocs de roche sont à l'évidence en polystyrène expansé !

  • L'hôtel du Saint à Sydney est en fait le bâtiment administratif des studios d'Elstree, utilisé à de multiples reprises au cours du tournage de la série.

  • Le metteur en scène Leslie Norman connait bien, l’Australie, car il y a travaillé au début de sa carrière de réalisateur, avant de revenir en Grande Bretagne. Située dans l’après guerre, cette période le voit participer à plusieurs films sur le conflit (La route est ouverte, 1946).

  • Parmi les images de Sydney on reconnaît notamment le célèbre et colossal Harbour Bridge, inauguré le 19 mars 1932 et permettant de traverser la gigantesque baie de la cité. L’ouvrage est réputé pour ses arches d’acier s’élevant à près de 140 mètres. Les anniversaires du pont, symbole de l’élévation de la puissance australienne,  font régulièrement l’objet de célébrations dans la ville. Le 19 mars 2012, Google lui a consacré l’un de ses Doodles, afin d’en commémorer le 80ème anniversaire. L’autre bâtiment identifiant habituellement Sydney est son Opéra en forme de voiles,  mais il ne prendra place qu’en 1973.

  • Le sol australien est effectivement riche en métaux précieux, un phénomène accentué par la taille du pays. Le milieu du XIXème siècle y a d’ailleurs vu se dérouler une ruée vers l’or, similaire à celle se déroulant peu de temps auparavant en Californie. Les années 60 donnent lieu à un véritable boom du fer australien, suite à de mirifiques découvertes de gisements. L’Australie se situe parmi les premiers producteurs mondiaux de fer, charbon, cobalt ou encore uranium, entre autres. Encore aujourd’hui, l’on estime que le centre désertique du pays est loin d’avoir révélé toutes ses richesses.

Retour à l'index


8. L'HOMME QUI AIMAIT LES JOUETS
(THE MAN WHO LIKED TOYS)

 

Date de diffusion : 26 novembre 1964 

Lewis Enstone est un magnat de l’électronique. Particulièrement passionné par les jouets, il en a accumulé une formidable collection. Sa secrétaire Rosemarie s’inquiète pour lui quand elle découvre qu’il fait expédier de mystérieuses  valises pleines de billets. Craignant un chantage, elle fait alors appel à l’un de ses amis, bien évidemment le célèbre Simon Templar. Celui-ci découvre qu’en fait Enstone finance une grève chez des concurrents, en soudoyant un syndicaliste. Il espère que la société finira par devoir accepter une prise de contrôle. Le Saint fait échouer le complot. Enstone connaît également une cruelle déconvenue quand il découvre que sa femme, la superbe  Marjorie, le trompe avec son bras droit. Désireux de lui dire son fait, Simon se rend à son domicile, mais a la vive surprise de le découvrir mort. Un pistolet d’enfant  a été transformé en arme létale et tout laisse à croire qu’Enstone s’est suicidé.

Les différentes aventures du Saint brillent plus souvent par leur atmosphère aventureuse et glamour que par la complexité et l’originalité de leurs scénarios. Un présupposé auquel The Man Who  Like Toys apporte un cinglant démenti. L’intrigue s’avère un bijou d’horlogerie, provoquant une succession de twists retentissants, comme la découverte de la manipulation financière ou le renversement de situation tout à fait inattendu voyant celui que tout désigne comme le méchant du scénario en devenir brusquement la victime. Alors qu’un temps considérable s’est alors écoulé, les auteurs parviennent à développer un Whodunit loin d’être dépourvu d’intérêt. La rivalité amicale entre l’Inspecteur Teal (tenant du suicide) et Templar (tenant du meurtre) divertit autant qu’à l’accoutumée. La mécanique du meurtre grimé en suicide demeure certes un grand classique. mais le motus operandi de celui-ci se révèle particulièrement astucieux et diabolique, visant l’unique faiblesse d’Enstone. A côté d’un récit particulièrement imaginatif et surprenant, l’opus  n’oublie pas l’étude de caractères, un point fort traditionnel de la série.

Enstone constitue un fascinant portait, à la fois sympathique et machiavélique, d’un enthousiaste enfantin et profondément dépressif. Un mélange habile entre un Excentrique des Avengers et le J. R. de Dallas. John Baskcomb  l’interprète avec un vrai sens du théâtre, lui apportant une indéniable présence. De plus les scénaristes lui accordent judicieusement tout l’espace nécessaire en évitant quasiment tout contact direct avec le Saint. La mécanique de la série faisant que toute scène où apparaît le Saint gravité inévitablement autour de lui, le personnage se voit ainsi astucieusement préservé afin que le public entende toute sa musique. Le syndicaliste compose une fripouille amusante, veule et cockney en diable. Pour le coup, on se situe tout près de l’Hervé de Caméra café ! Le charme des deux dames agit sans conteste, mais, hélas, les Templar Girls demeurent comme souvent périphériques. Sans atteindre, il s‘en faut, les inaccessibles sommets du Game des Avengers, l’omniprésence de jeux,  parfois filmés d’une manière savamment inquiétante, apporte une spécificité supplémentaire et bienvenue à l’épisode. Les jouets des Sixties dégagent une charmante  désuétude, non exempte de nostalgie. 

  • Jeanne Moody (Marjorie) fut Miss Alabama 1951. Elle s'installa en Grande Bretagne au début des années 60 et apparu dans plusieurs productions de cette décennie, avant de se retirer après son mariage. Il s'agit ici de sa troisième et ultime participation à la série.

  • La fabrique est en fait un bâtiment aujourd'hui démoli des studios d'Elstree.

  • On aperçoit plusieurs sites londoniens au cours de l'épisode : White Hall, Park Street, Southwick.

  • The Man Who Liked Toys s’ouvre ainsi sur un Yogi taille nature, tel celui découvert à l’orée de Death At Bargain Prices. Les deux modèles appartiennent visiblement à une même gamme. Les deux mannequins se situent pareillement dans un grand magasin de jouets. Après tout, peut être le Saint se trouve-t-il chez Pinters !
  • Enstone lit le Financial Times, le grand journal du monde des affaires britannique, fondé en 1868. Durant les années 60, le FT connaît une expansion. Il développe un réseau de correspondants à travers toute la planète, afin de suivre, déjà, les débuts de la mondialisation de l’économie.

Retour à l'index


9. PEINE DE MORT
(THE DEATH PENALTY)

 

Date de diffusion : 3 décembre 1964 

Le Saint passe par Marseille, en se rendant à Cannes. Sa voiture manque évite de peu un corps étendu sur la chaussée. Simon s’aperçoit que l’inconnu a été victime d’un coup de feu. En fait ce meurtre s’insère dans un conflit opposant Galbraith Stride, leader d’une grande bande criminelle, à son féroce baron Abdul Osman. Ce dernier ne recule devant rien pour s’emparer du pourvoir et décide d’utiliser la fille de Stride, Laura, comme moyen de pression. Laura ignore les véritables activités de son père, alors qu’Osman entreprend de la séduire, au moment où elle connaît des frictions avec son fiancé. Le Saint va protéger le jeune femme, tout en mettant l’organisation hors d’état de nuire.

Episode singulièrement mineur que celui-ci. La survenue de Marseille au sein du traditionnel resplendissant panorama de la Riviera promettait cependant beaucoup, d’autant que le portrait de la cité phocéenne énoncé avec gourmandise par Roger Moore dans l’excellente scénette d’introduction n’était pas piqué des vers ! Malheureusement la reprise de décors latino américains pour représenter la ville ne semble pas heureuse. En outre on en revient très vite à Cannes, pour y subir un récit policier que l’accumulation de raccourcis scénaristiques incongrus prive de tout impact. Il nous assène d’emblée une massive double invraisemblance, avec la ST1 traversant Marseille pile à l’endroit et au moment du meurtre, puis, dans la foulée, atteignant Cannes pile au moment et à l’heure pour croiser Laura. Une maladresse quittant la coutumière et charmante naïveté des aventures du Saint, pour atteindre la simple et confondante facilité.

C’est d’autant plus néfaste que toute la suite de l’histoire suit le même chemin. Les diverses gesticulations observées ne constituent guère un scénario et l’épisode ne trouve pas de second souffle dans les portraits de caractères, les seconds rôles demeurant ou transparents, ou ridicules. Le pire reste sans doute le jeune couple d’amoureux écervelés, bien plus crispant que divertissant. Wanda Ventham est bien jolie, mais ne manifeste strictement aucun don d’actrice en incarnant Laura. Elle ratifie le cliché de la Templar Girl choisie avant tout pour son physique et non talent, alors que le phénomène apparaît finalement bien moins répondu qu’on ne le croit. Seuls émergent du fiasco le talent et la présence de Paul Stassino, tout à fait à son affaire en Levantin suave, raffiné et mortel. On apprécié également de retrouver une nouvelle fois le colonel Latignant, auquel Peter Diamond apporte toujours la même saveur, campant comme un Hercule Poirot méridional.

  • Paul Stassino participe en tout à cinq épisodes du Saint,  ainsi qu’à de nombreuses séries de l’époque, notamment pour sa personnalité exotique lui permettant de jouer des étrangers.  Au cinéma, il est surtout connu pour son double rôle dans Opération Tonnerre. Stassino interprète également un faux Tito dans l’épisode des Avengers  The Decapode.

  • Le yacht d’Osman dans le port de Cannes a à l’évidence été rajouté par surimpression d’image.

  • L’épisode orthographie Marseille avec un « s » final. Les deux versions du nom sont valables en langue anglaise.

Retour à l'index


10. LE MINISTRE IMPRUDENT
(THE IMPRUDENT POLITICIAN)

 

Date de diffusion : 10 décembre 1964 

Christopher Waites, ministre du commerce extérieur et étoile montante de la scène politique anglaise commet une imprudence et une photo compromettante est prise de lui en compagnie de la jeune et délurée Denise Grant. Il fait alors l’objet d’un chantage et se voit sommé de révéler des informations encore confidentielles, les escrocs espérant commettre un profitable délit d’initié. Fort heureusement pour Waites, lui et sa femme Janet sont des amis du célèbre Simon Templar. Celui-ci va parvenir à récupérer le cliché mais Waites décide néanmoins de révéler l’affaire à Janet, qui le soutient malgré tout. Conscient de sa faute, en dépit du souhait de son épouse, il décide alors de mettre un terme à sa carrière.

Difficile pour le spectateur de 2012 de ne pas songer à l’Affaire DSK, face à ce ministre menacé de tout perdre suite à un adultère et cette épouse prête à accepter bien des couleuvres pour sauver une carrière bâtie en commun. Sans même parler du complot piégeant l’infortuné. Par contre, la sortie morale finalement retenue par l’intéressé diverge franchement du réel ! Outre ce clin d’œil fortuit, l’épisode bénéficie d’une mise en scène inventive (ombres chinoises, action vue par les yeux du suspect, extérieurs magnifiques…), ainsi que de dialogues joliment acérés. On apprécie également le côté mondain du méchant, assez Avengers, ainsi que le piquant de la cocotte du jour (Justine Lord, une habituée de la série). Hélas le scénario gâche ces différents atouts en se dispersant beaucoup trop.

Il oscille sans cesse entre un huis clos à la Agatha Christie (Poirot aussi  a eu affaire à des vols de documents) et les péripéties caractéristiques des séries d’aventures. De plus la segmentation entre les deux parties apparaît toujours tout à fait tranchée. Comme résultante, aucune des deux versants de l’intrigue ne se développe suffisamment, on reste figé sur un schéma dépourvu d’intensité dramatique. On remarque également quelques maladresses gênantes, comme Simon découvrant  en deux secondes la fatidique photo miraculeuse ou se contenant de récupérer la lettre alors qu’un innocent est mort. L’apparition de Michael Gough divertit mais son talent semble un peu à l’étroit dans un rôle dont on a vite fait le tour. Il en va de même pour Jean Marsh, bien plus marquante dans La Quatrième Dimension et Amicalement vôtre.

  • Justine Lord (Janet) participe à pas moins de sept épisodes du Saint ! L'actrice est une figure régulière des séries anglaises de l'époque (dont les Avengers pour Combustible 23). Son rôle le plus connu demeure celui de Sonia, que poursuit le N°6, dans La mort en marche , fameux épisode narratif se déroulant hors du Village. Elle y porte pas moins de neuf costumes différents, tous blancs!

  • Michael Gough (Phillips) a joué à deux reprises dans les Avengers (Les Cybernautes et Meurtres distingués) Apparu dans plus de 100 films, son rôle le plus populaire demeure l'Alfred des quatre Batman originaux. À la télévision, il fut notamment le Celestial Toymaker, l’un des adversaires les plus marquants de Dr Who (1966), série où il réalisa plusieurs autres apparitions. Il est également très populaire parmi les amateurs de film d’horreur, ayant tenu des rôles importants dans plusieurs œuvres cultes (Le Cauchemar de Dracula 1958, Crimes au musée des horreurs 1959, Le Fantôme de l'Opéra 1962…)

  • On aperçoit plusieurs sites londoniens au cours de l'épisode : Longham Place, Trafalgar Square, Fleet Street...

  • Quand Spencer ouvre l’enveloppe censée contenir les renseignements, il découvre en fait une simple feuille marqué par le logo du Saint, le bonhomme à l’auréole apparaissant dans le générique de la série. Dessiné à l’origine par Charteris lui même pour le personnage littéraire, ce dessin tenait à peu près le même rôle que la carte de visite d’Arsène Lupin. Mais au lieu de figurer dans un coffre fort, il accompagnait souvent les dépouilles des criminels abattus par le Saint, le justicier des romans demeurant bien plus sombre que son adaptation par le malicieux et suave Roger Moore.

Retour à l'index


11. VOL À MAIN ARMÉE
(THE HI-JACKERS)

 

Date de diffusion : 17 décembre 1964

Le célèbre Simon Templar se rend à Munich afin de participer à l’Oktober Fest. Il y rencontre un  de ses amis, le sergent Henry Johns, du contingent américain. Ce dernier  lui apprend qu’il s’est fiancé à la charmante Mathilde Baum, jeune allemande employée à la base. Etant retenu par le service, Henry demande au Saint de veiller sur sa promise durant la soirée. Malheureusement, il est tué en tentant de s’opposer à un audacieux vol de fournitures militaires. Simon ne tarde pas à comprendre que Mathilde est impliquée (vol de clés). Avec l’aide d’un autre militaire dupé par Mathilde, il parvient à rattraper le gang et à récupérer le matériel. Le Saint va  ensuite se servir de Mathilde afin d’atteindre le cerveau de l’opération, Hans Lasser.

D’entrée, l’épisode nous régale de joyeux et pittoresques inserts de l’Oktoberfest, suscitant une atmosphère festive que soulignent encore les trouvailles de Simon et de son ami. On remarque au passage que le Saint vide une chope aussi aisément que John Steed dans Le Club de l’Enfer ! Le public ressent avec d’autant place le passage à un pur roman noir, décrivant une longue traque nocturne menée par un Templar que l’assassinat de son ami rend singulièrement plus sombre qu’à l’ordinaire. Le juste courroux transportant le paisible soldat trompé résonne efficacement en écho. Interrogatoires et scènes de violence se montrent le plus souvent oppressants, ce qui n’empêche pas le scénario de demeurer alerte, en enchainant les rebondissements réussis. La mise en scène joue joliment d’une photographie soulignant la densité du récit, tandis que le montage apporte de l’allant à la scène du cambriolage tournant mal. L’épisode bénéficie également d’une impressionnante poursuite en. voiture, figure de style finalement assez peu pratiquée jusqu’ici dans la série. L’élégance épurée de la ST1 contraste plaisamment avec la massivité brute du camion, comme une espèce de Duel inversé.

La Mercedes représente souvent la voiture attitrée des antagonistes du Saint. Elle se montre inévitablement fort présente ici, accompagnée d’une fort plaisante Coccinelle en guise de voiture de police ! Les décors s’avèrent également admirables, en particulier la reconstitution de la typique taverne munichoise ou la splendeur du château abritant le repaire des adversaires. Ce dernier nous vaut d’ailleurs un spectaculaire affrontement final à l’arme médiévale, dans la grande tradition d’Ivanhoé. Une nouvelle fois, Roger Moore participe lui même aux cascades, un incontestable atout. On admire également le personnage de Mathilde, jolie femme ayant horreur de la violence, mais se montrant finalement plus intrépide que ses complices. Ingrid Schoeller manifeste beaucoup de naturel et de charme. Walter Gotell insuffle de la saveur à une figure pourtant bien caricaturale d’Allemand à la fois sadique et raffiné. Les Américains ne sont pas reste, avec des militaires un peu frustres mais sympathiques, n’étant pas évoquer les Australiens de The Loving Brothers. La profusion des accents yankees et germaniques sollicite d’ailleurs davantage que d’habitude l’attention du  spectateur français !

  • Walter Gotell (Hans) est très connu pour avoir interprété le général soviétique Gogol dans six opus de la saga James Bond, ainsi que Morzeny dans Bons Baisers de Russie. Il tint l'un de ses tous derniers rôles dans The X-Files, avec le Victor Klemper de Paper Clip.

  • Ingrid Schoeller (Mathilde) est une actrice allemande qui intervint fort peu dans les séries anglaises de l’époque. Installée à Rome, elle consacre l’essentiel de sa carrière, limitée aux années 60, à des films d’action italiens. Elle participe ainsi à plusieurs pastiches de James Bond (002 agenti segretissimi, Suspense au Caire pour A008…).

  • Des images d'archives de l'Oktober Fest avaient servi à représenter une fête mexicaine dans l'épisode Térésa, en saison 2. Tenue durant deux semaines depuis 1810, il s'agit de la plus grande fête foraine au monde. Elle est notamment réputée pour son imposant défilé inaugural, comportant des milliers de participants vêtus du costume folkloriques bavarois. Des activités ludiques et de nombreux concerts de musique traditionnelle accompagnent également des grandes consommations de bières. 7 100 000 litres ont ainsi été débités lors de la dernière édition (dont 151 000 de bière sans alcool).

  • Les soldats américains sont présents au titre de la participation de l’Allemagne de l’Ouest à l’OTAN, intégrée en 1955.  La France du Général se retirera du commandement intégré de l’OTAN en 1966.

  • Le portrait officiel ornant les bureaux de la base américaine représente Lyndon B. Johnson, alors effectivement président des Etats-Unis (1963-1969). Vice président de J.F.K., il accède au pouvoir après l’assassinat de ce dernier à Dallas. Il vient d’être élu très peu de temps avant la diffusion de l’épisode, le 3 novembre 1964. Il renoncera à la réélection, du fait de son impopularité due au conflit du Viêtnam.

Retour à l'index


12. PHILANTROPIE
(THE UNKIND PHILANTHROPIST)

 

Date de diffusion : 24 décembre 1964

Au Porto Rico, Simon fait la connaissance de la charmante Tristan Brown. Celle-ci représente une importante association caritative et recherche une personnalité locale, apte à utiliser au mieux les sommes collectées dans l'intérêt de la population. Elle est sur le point de retenir Elmer Quire, homme d'affaires à la philanthropie bien connue. Mais le Saint est prompt à découvrir la véritable nature de cet individu brutal, avide et malhonnête. Le triste sire est d'ailleurs en train d'exproprier une famille pauvre, au profit d'un riche investisseur américain. En profitant de l’ambiguïté du prénom de Tristan, Simon se substitue à la dame, afin de monter une arnaque visant à faire bénéficier les nécessiteux de l'argent mal acquis de Quire.

Une scène introductive particulièrement amusante introduit idéalement cet épisode de fort excellente cuvée. Découvrir le célèbre Simon Templar se prendre un joli bec sur le museau demeure un spectacle aussi rare que divertissant, d’autant que Sarah Brackett apporte un vrai chien à Tristan. Celle-ci représente d’ailleurs un indéniable atout pour l’épisode, figurant enfin une Templar Girl à la personnalité marquée. Certes, elle ne devient pas une Cathy Gale bis et finit par succomber au charme d’un Saint dont elle devient une active complice, mais ses colères nous valent quelques scènes savoureuses et bienvenues. Durant leurs échanges, on remarque que Simon Templar ne désire qu’une olive dans ses cocktails, ce à quoi Lord Brett Sinclair se montrera particulièrement fidèle !

La stratégie du Saint ne brille pas par sa subtilité et ne réussit d’ailleurs que grâce à un secours providentiel, mais  l’essentiel ne se situe pas à ce niveau. Elle permet surtout de mettre en place une opposition tragi-comique entre Simon et Quayre, un sinistre individu faussement débonnaire, auquel le vétéran Charles Farrell confère un remarquable pittoresque. A travers les agissements du peu scrupuleux Quayre, on assiste à une critique assez rare pour l’époque de l’affairisme régnant sous l’égide américaine et spoliant la population. Certes l’exercice trouve vite ses limites, le client yankee ignorant les actions de Quayre et sauvant in extremis la situation, mais la série va aussi loin qu’elle peut aller selon les conventions du temps. La mise en scène résulte tout à fait alerte, embellie de décors et d’inserts témoignent du savoir faire de la production.

On pourra objecter une certaine hagiographie du héros et la naïveté de la représentation de la famille portoricaine sauvée par le Bienfaiteur, mais le fait qu’il s’agisse d’un épisode de Noël incite à la clémence sur ce point. On se trouve face à une fable sensible et éloquente, dans laquelle les enfants jouent d’ailleurs un grand rôle. Le naturel des comédiens se montre communicatif et l’humour malicieux instillé par un Roger Moore en grande forme évite de chuter dans l’ornière du misérabilisme. Le récit demeure également l’occasion d’une célébration des œuvres caritatives, tout comme le fut  l’autre épisode de fin d’année que composa The Charitable Countess). Un thème envers lequel on connaît l’attachement toujours manifesté par le comédien.

  • Charles Farrell (Quire) débuta sa carrière au théâtre, à l'orée des années 30. Il participe à de nombreuses séries anglaises des années 60 et 70, notamment à l'un des épisodes perdus des Avengers, The Springers.

  • David Graham (Juan) participa à des diverses séries anglaises de l'époque mais fut surtout un grand spécialiste du doublage et des voix d'animation. Il participe ainsi régulièrement aux productions de Gerry Anderson (Thunderbirds, Fusée XL5...). Graham fut également l'une des voix des fameux Daleks durant les années 60 et 70, présent dès leur première apparition dans The Dead Planet (1963, Doctor Who). Durant ces deux décennies, Il assure également la voix de plusieurs extraterrestres ou mécanismes divers auxquels sont confrontés le Docteur et ses Compagnons. Il apparaît brièvement dans L'Homme dans le Miroir (saison 2, Avengers), où il incarne le producteur de la pétulante Vénus Smith.

  • The Unkind Philantropist réussit un magistral coup publicitaire  en substituant à la ST1 une splendide et immaculée Ford Mustang, dont la commercialisation vient alors tout juste de débuter. La voiture se voit mise en avant durant tout l’épisode et est bien entendu également  blanche, comme il convient à la monture d’un preux chevalier.

  • Certains prénoms se féminisent (Denise/Denise, Adrien/Adrienne), ou sont semblables par prononciation (Aimé/Aimée, Pascale/Pascal, Marcelle/Marcel). D'autres plus rares, à l'instar du Tristan anglais de l'épisode, ne varient absolument pas selon le genre. Ils sont dits « épicènes ». Parmi les prénoms épicènes, on trouve : Adama, Alix, Ambre, Ange, Anne, Bénédicte, Camille, Chantal, Claude, Dana, Dominique, Loïs, Maurice, Maxime Stéphane, Tiphaine, Yannick, etc.

  • Durant la scène introductive, le Saint visite les fameux canons et échauguettes du fort San Felipe del Morro, l’une des attractions touristiques de l’île de San Juan. Bâti au XVIème siècle et nommé en honneur du roi Philippe II d’Espagne, cette forteresse domine l’ensemble de la superbe  baie et servait d’important point d’appui aux galions venu emporter les richesses du Nouveau Monde. Enregistré au patrimoine mondial de l’Unesco en 1983, le fort accueille plus de deux millions de touristes par an.

  • Que l'épisode évoque des investisseurs américains aussi présents au Porto Rico n'est guère étonnant. L'archipel est devenu possession américaine depuis la guerre ayant opposé les États-Unis à l'Espagne, en 1898. Un état de fait guère modifié par une semi autonomie proclamée en 1952 et un statut d'état associé. Depuis l'opposition à cette présence s'est accentuée, donnant lieu à un conflit politique depuis le début des années 2000. La dénomination de l'archipel a été l'un des symboles du conflit. L'espagnol Puerto Rico se substitue toujours davantage au Porto Rico anglais, désormais largement obsolète, y compris aux États-Unis. La France continue néanmoins à utiliser ce dernier terme.

Retour à l'index


13.LA DEMOISELLE EN DÉTRESSE
(THE DAMSEL IN DISTRESS)

 

Date de diffusion : 31 décembre 1964

A Londres, alors qu’il est en galante compagnie, le célèbre Simon Templar se fait brusquement interpellé par « Papa » Naccaro, propriétaire d’un restaurent italien où il a ses habitudes. Papa réclame qu’il répare l’honneur de sa fille, Maria, enceinte et célibataire. Après un joli scandale, Papa s’explique : Maria a été séduite puis abandonnée par un vil suborneur, Rolfieri, depuis installé à Florence. Simon s’intéresse d’autant plus à l’affaire que l’Inspecteur Teal lui révèle que Rolfieri s’est enfui avec une petite fortune, issue de spoliations de petites gens. Le Saint se rend à Florence, se fait passer pour un Italien et parvient à être embaucher comme chauffeur par Rolfieri. Il doit alors affronter la méfiance d’Arturo, bras droit du malfrat mais aussi l’attention pressante de Barbara, la séduisante complice de Rolfieri. Il finit par parvenir à ramener le bandit en Angleterre. Là il perce à jour la combinazione de Papa, dont la fille est mariée mais qui désirait s’emparer du magot ! Attendri par Maria, le Saint pardonne au restaurateur, qui l’invite à vie dans son établissement. 

Comme souvent chez Le Saint, série dont l’intérêt ne se situe pas dans ce qu’elle raconte, mais dans  la manière de le narrer, il ne faut pas chercher l’atout de maître de l’épisode dans son intrigue. En effet le scénario se contente de lier astucieusement quelques poncifs des productions de genre de l’époque, le tout à la sauce italienne : la femme fatale, le bras droit plus méfiant que son patron, le sympathiques faire-valoir du héros, le twist final de rigueur… On apprécie néanmoins la présence d’un prologue anglais avant de passer à l’action principale, cela structure le récit et renouvelle quel peu le rituel de la série. L’ensemble n’a d’autre ambition que de divertir, et y parvient tant l’option de l’humour se voit ici clairement retenue, notamment par un recours sans nuances mais savoureux aux poncifs et accents italiens. Même Roger Moore finit par y sacrifier, un fait rare mais auquel il prend un plaisir communicatif. Même le titre The Damsel in Distress constitue un plaisant clin d’œil à l’un des clichés les plus omniprésents de la série. Après un certain ralentissement en milieu de parcours, l’action prend efficacement le relai, avec plusieurs affrontements et cavalcades réellement spectaculaires.

L’épisode représente par ailleurs un convaincant catalogue des points forts du Saint. La représentation de l’atmosphère italienne manifeste la qualité coutumière de la série en ce domaine (costumes, références culturelles, sublimes voitures dont l’emblématique Fiat 500, alors au sommet de sa popularité), tandis que les inserts des splendeurs de la Renaissance florentine se montrent absolument remarquables. Le Saint demeure encore et toujours une puissante invitation au voyage ! Les standards de la production se situent toujours à une hauteur rarement égalée par les autres séries de l’époque, notamment dans la qualité de l’image monochromatique et l’impressionnant mobilier déployé. Le décor en trompe l’œil figurant la campagne toscane s’avère un authentique chef d’œuvre. On se situe à des parsecs dans ce que pouvait présenter cette année la BBC dans Doctor Who.

Série d’acteurs, Le Saint bénéficie ici d’une superbe distribution, dont la dimension avengerienne séduira l’amateur comme rarement. Elle est le plus souvent mise au service de personnages croqués avec talent par les auteurs. Paul Whitsun-Jones montre son abattage et son pittoresque habituel, tandis que Ray Austin, un tantinet rugueux dans son jeu, excelle bien entendu dans les scènes d’action. On retiendra cependant avant tout la composition de la sublimissime Catherine Woodville, la fois malicieuse et impérieuse, dont le duo avec un Roger Moore en grande forme apporte une tension sexuelle assez rare pour l’époque.

  • Paul Whitsun-Jones (Domenick) a tourné dans quatre épisodes des Avengers : Lavage de cerveau L'homme aux deux ombres, Avec vue imprenable et Brouillard. Il a surtout tourné pour la télévision (quatre épisodes du Saint), et il joue le rôle d'un inspecteur de police français dans un épisode d'Amicalement vôtre (La Danseuse). Il est décédé suite à une crise d'appendicite.

  • Catherine Woodville (Barbara) a  participé au tout premier épisode des Avengers, Neige brûlante, où elle interprétait la fiancée assassinée du Dr Keel, ainsi qu'à Comsbustible 23. Elle a également participé à de nombreuses séries durant les années 60 et 70 (Z Cars, Destination Danger, Star Trek, Wonder Woman…), dont deux épisodes du Saint. Après s’être retirée à la fin des années 70, elle a créé un vaste haras avec succès. Mais elle demeure  surtout connue pour avoir été la seconde épouse de Patrick Macnee (trois mois après la diffusion l’épisode), de 1965 à 1969. « Kate » fut également une candidate malheureuse à la succession d’Honor Blackman.

  • Ray Austin (Arturo) connut une belle carrière de cascadeur, notamment pour les Avengers, durant laquelle il accomplit quelques apparitions comme acteur. Il devint réalisateur durant la saison 6 des Avengers ( Miroirs, Un dangereux marché), travaillant particulièrement pour la télévision. Parmi de nombreuses autres séries, anglaises ou américaines, il mettra en scène deux épisodes du Saint, The People Importers et The Desperate Diplomat.

  • L'Aéro Club de Florence est en fait l'aérodrome d'Elstree, situé non loin des studios. La campagne environnante est d’ailleurs bien plus anglaise que toscane !

  • Les bureaux de Rolfieri sont en fait représentés par le bâtiment administratif des studios d'Elstree, régulièrement utilisé comme décor au cours du tournage de la série.

  • Cherchez la femme, déclare le Saint à propos de Barbara, en Français dans le texte. Cette expression passée dans le langage courant, y compris en Anglais, indique qu’une femme est la cause secrète d’une affaire en cours. Elle provient des Mohicans de Paris (1854), où elle était employée avec vigueur par Alexandre Dumas. On la retrouve souvent dans la littérature policière, en écho à la figure de la femme fatale.

  • De nombreux journaux sont lus durant l’épisode : Today, Corriere della Serra, The Daily Telegraph.

  • L’inégalable Florence nous vaut de nombreuses images de ses superbes églises et monuments. On distingue notamment sa célèbre Cathédrale et son gigantesque coupole dominat la ville, (1296-1436), soit le quatrième plus grand édifice religieux d’Europe. On remarque également le Palazzo Vecchio (1314), ancienne forteresse des Médicis, dont le fameux beffroi excentré (la Torre d’Arnolfo) symbolisait la puissance de la cité. Le Palazzo Vecchio est d’ailleurs devenu de nos jours l’Hôtel de Ville de Florence.

  • L'épisode contient un insert de Picadilly Circus. Située au centre du West End. Ce site prestigieux de l'Empire britannique demeure l'un des grands carrefours de la vie londonienne. Picadilly Circus est réputé pour ses nombreux théâtres, fontaines somptuaires et magasins de luxe, mais surtout pour ses immenses enseignes lumineuses. Celles-ci furent installées dès les années 20 et utilisèrent successivement ampoules à incandescence, tubes de néon et diodes luminescentes. En 2003, un immense écran de défilement  continu de publicités a été installé par Coca-Cola, doyen des annonceurs du site, puisque présent depuis les années 50.

Retour à l'index


14. LE CONTRAT
(THE CONTRACT)

 

Date de diffusion : 7 janvier 1965

Une tentative d’assassinat est perpétrée contre le célèbre Simon Templar, devant son domicile londonien. Le Saint comprend rapidement que le violent Farnberg, qui vient de sortir de la prison où il l’avait expédié il y a huit ans, est à l’origine du complot. Une course poursuite s’engage pour mettre la main sur le bandit, ainsi que sur le magot jamais retrouvé de son dernier cambriolage.

Le récit n’hésite pas à nous plonger immédiatement dans l’action, se lançant dans une confrontation sèche et nerveuse entre Simon et une bande de malfrats. Si on abandonne à cette occasion la traditionnelle et amusante scénette inaugurale, cette première partie réussie sait optimiser le propice décor de l’entrepôt. Par la suite le récit devient un peu plus lent et appliqué, mais s’organise autour de la structure toujours aussi efficace de la chasse au trésor. En un peu moins rocambolesque, on songe à La Grande Interrogation des New Avengers. L’intrigue sait utiliser les particularités du personnage d’auteure de romans policiers même si celle-ci demeure soumise à sons statut de damoiselle en péril.

A noter une divertissante légère ressemblance entre l’actrice et la Luna Lovegood des aventures filmées d’Harry Potter. Autre défaut récurrent de la série, le félon se devine avec vraiment trop de facilité, mais cela n’entache pas une conclusion animée comme on l’aime. Pour sa troisième réalisation, Roger Moore obtient de conséquents moyens, comme en attestent les nombreuses scènes en extérieur. La belle surprise que représente la brève apparition de Douglas Muir (One-Ten) achève de nous faire apprécier cet épisode efficace, aux savoureux seconds rôles.

  • Douglas Muir (Dr Jérôme) s’est fait connaître dans The Appleyards, considéré comme le premier soap opera anglais. Après une première collaboration avec Patrick Macnee lors dans Scrooge (1951) il incarne One-Ten, le supérieur de Steed, dans pas moins de 10 épisodes  des Avengers, durant les saisons 1 et 2.

  • The Contract est le troisième des neuf épisodes réalisés par Roger Moore.

  • L'hôpital militaire où se trouve Powers est en fait Coldecote Towers. Située non loin d'Elstree, cette demeure victorienne, célèbre pour son architecture de contes de fées et ses superbes jardins, a également servi de décors aux Avengers pour The Master Minds, mais aussi pour la conférence de They keep killing Steed. Elle a longtemps abrité un couvent de Dominicaines puis une école catholique pour jeunes filles et désormais son équivalent juif. Édifiée à la fin du XIXème siècle par un officier fortuné, la résidence est classée monument historique. 

  • On aperçoit divers sites londoniens au cours de l'épisode : Park Lane, Kensington Gore, Gloucester Mews, Phillimore Gardens...

Retour à l'index


15. LE FOURGON POSTAL
(THE SET UP)

Date de diffusion : 14 janvier 1965

Un casino où le célèbre Simon Templar se trouve en compagnie de l’actrice Oonagh O’Grady, est victime d’une attaque à main armée. Un garde est tué et le Saint se lance à la poursuite des voleurs.  Il capture l’un d’entre eux, mais celui-ci est abattu par un autre membre du gang. En représailles le chef des bandits organise une tentative d’assassinat du Saint, un tueur professionnel devant faire feu depuis la maison située en face de la résidence de Simon. Ce dernier échappe secrètement à l’attentat et suit l’individu jusqu’au repaire des malfaiteurs. Il découvre alors que l’attaque d’un fourgon postal se prépare.

Une nouvelle fois le scénario demeure désespérément classique, avec les rituels coutumiers autour de la figure imposée due l’attaque d’un convoi. Surtout, les relais habituels de la série ne fonctionnent ici que médiocrement. Hormis Claude Eustache, les personnages secondaires manquent de relief, les gangsters mais surtout la Simon Templar Girl of the Week, certainement l’une des plus fades découvertes jusqu’ici.

Plus gênant encore l’intrigue se montre bien trop divisée pour vraiment prendre de l’allant, avec deux prologues (casino, tentative de meurtre) ne faisant qu’annoncer l’action centrale mais représentant plus de la moitié de l’épisode. Le manque d’humour ne se voit pas compensé par de l’intensité dramatique. On apprécie vivement  les extérieurs réalisés de nuit, une performance technique joliment réussie, ainsi que l’amusant pastiche version Templar de La Maison Vide, où figurent un nombre impressionnant de convergences avec l’affrontement Moran/Holmes. Dans l’ensemble l’épisode demeure tout de même en dessous.

  • Penelope Horner (Oonagh) interprète Jenny, dans l'épisode des Avengers The Morning After. Elle figure dans de nombreuses séries anglaises des années 60 et 70, dont Amicalement vôtre.

  • A l'évidence l'arrière du buste mis en place ne correspond pas à ce qui est aperçu à travers la lunette du fusil. Un acteur s'est substitué à la statue

  • Le même décor de perspective est utilisé pour figurer la vue depuis la fenêtre des appartements d'Oonagh et de Tex.

  • On aperçoit divers sites londoniens au cours de l'épisode : Queen's Gardens, Gloucester Terrace, Craven Hill Gardens...

Retour à l'index


16. LE RAPIDE DU RHIN
(THE RHINE MAIDEN)

 

Date de diffusion : 21 janvier 1965

En Rhénanie, le célèbre Simon Templar sauve une jeune femme, Julia, alors que l’on jetait une urne sur elle depuis un balcon. L’agresseur est Charles Voyson, associé du père défunt de Julia. Julian enquêtait car Voyson ‘est enfui avec la trésorerie de l’entreprise. Rattrapé par le Saint, Voyson s’effondre, visiblement malade. Arrivé sur les lieux, Le docteur Schreiber indique que l’homme est mort. Méfiant, Simon découvre dans la clinique de Schriber le cadavre d’un inconnu, portant un masque représentant le visage de Voyson. Ce dernier veut faire croire à son décès, pour s’enfuir avec l’argent. Aidé par Julia, Simon met hors d’état de nuire le bon docteur, avant de poursuivre Greyson, parti en train pour la Suisse. Le Saint triomphe, après un rude combat.

Opus grand cru que celui-ci ! Le scénario se révèle un véritable chef d’œuvre en matière de récit d’aventures. Sans une once de gras, il maintient un tempo continuellement haletant, combinant habilement scènes d’action et de suspense, afin de susciter une authentique tension dramatique continue. Quasiment aucune concession ne se voit accordée à l’humour, au sein de ce thriller nerveux, sachant entremêler les retournements de situation les plus surprenants, sans pour autant verser dans la surenchère. Les différents combats, notamment durant l’affrontement final dans le train, sont  spectaculaires, Roger Moore payant comme d’habitude de sa personne. La trame demeure classique, mais l’ensemble se lit comme une bande dessinée particulièrement relevée et prenante. La mise en scène se révèle pareillement talentueuse, avec un savant jeu d’angles et de perspectives soulignant admirablement chaque effet. On retrouve également l’éventail des qualités coutumières de la série : superbes inserts et décors soignés, tant intérieurs qu’extérieurs, avec l’impressionnante résidence de Stanmore Hall. La poursuite du train rend un bel hommage à la ST1, dont on écoute avec délices les rugissements du moteur. La traditionnelle scène d’ouverture apparaît très amusante, évoquant cette fois le « wunderbar » Simon Templar.

La narration s’enrichit également d’une fine étude de caractères. Voyson n’est pas un Diabolical Mastermind tramant une gigantesque machination, mais un homme traqué, ayant franchi un cap sans retour. Il n’en apparaît que plus dangereux et déterminé. Mais les auteurs ne s’en tiennent pas là et veillent à lui maintenir une agréable dimension britannique. Raffiné, impitoyable, sachant manier un humour caustique et cynique, il domine de la tête et des épaules ses associés allemands, mécaniques efficaces mais dépourvues d’imagination. Il rend coup pour coup au Saint et s’impose comme un redoutable adversaire, tandis que ses discussions avec Templar évoquant Mother England sonnent justes. Une connivence originale d’Anglais expatriés s’instaure entre les deux antagonistes. Nigel Davenport apporte une vraie crédibilité au personnage, tandis que l’acteur allemand Victor Beaumont, au visage taillé à la serpe, est également excellent dans un rôle où l’on retrouve les fréquents clichés auxquels s’adonne la série. La superbe et longiligne Stéphanie Randall, au jeu parfois surchargé,  incarne une Templar Girl totalement partenaire du Saint dans l’action, sans romance hors sujet. Julia se montre agréablement courageuse et entreprenante, la série va ici au bout de ce qu’autorisent ses codes, sans franchir la ligne rouge de la participation aux combats.

  • Nigel Davenport (Charles) est connu dans le Monde des Avengers pour avoir interprété le Major Robertson (Les Chevaliers de la Mort ), ainsi que Lord Barnes (Double personnalité).

  • Stéphanie Randall (Julia) réalise quelques apparitions dans les séries anglaises des Sixties. Elle est ainsi la femme de ménage aperçue dans le pilote du Prisonnier, Arrival. En 1967, elle apparaît dans le film Prehistoric Women, aux côtés d’Edina Ronay.

  • La scène de la tentative d’assassinat de Julia sera reprise quasiment à l’identique (le visage de l’assassin étant celé) dans l’un des plus notables épisodes d’Amicalement vôtre, Regrets éternels.

  • La Clinique Schreiber est en fait Stanmore Hall. Cette demeure sert également de décors aux Avengers, puisqu'il s'agit de la résidence du Brigadier Whitehead dans From Venus with Love et de  celle du Pr. Poole dans The Winged Avenger. Situé au nord de Londres, Stanmore servit de quartier général à la RAF durant la seconde guerre mondiale.

  • Une bonne part de l’action prend place à Baden-Baden, ville qui accueillit les forces françaises basées en Allemagne, jusqu’en 1999. C’est là que, le 29 mai 1968, au paroxysme de la crise politique, le Général se rendit secrètement auprès de Massu, pour s’assurer de la fidélité de l’armée.

  • Le titre original fait référence aux Vierges du Rhin. Ces figures de la mythologie nordique sont des ondines chargées par leur père, le grand fleuve, de veiller sur ses trésors. Woglinde, Wellgunde et Flosshilde seront également reprises par Wagner dans son fameux opéra, L’Anneau du Nibelung. Lors d’une de leurs quêtes hors de Grèce, Xéna la Guerrière et Gabrielle rencontreront les Vierges du Rhin (arc nordique de la saison 6, The Rheingold / The Ring / Return of the Valkyrie).

Retour à l'index


17. LE LABORATOIRE SECRET
(THE INESCAPABLE WORD)

 

Date de diffusion : 28 janvier 1965

Le célèbre Simon Templar séjourne dans les Highlands écossais, à l’invitation du Colonel North,  notable et chef de la police locale, ainsi que de sa charmante fille, Marjorie. Lors d’une promenade dans une campagne envahie par le brouillard, le Saint observe d’étranges lueurs. Il s’aperçoit que de la végétation et des petits animaux sont morts, quand il est soudainement assommé. Revenu chez son hôte, il découvre qu’un employé a été retrouvé mort, sans cause apparente. Simon s’intéresse à un laboratoire gouvernemental ultrasecret situé non loin de là. Interrogé, le directeur scientifique laisse filtrer quelques informations. Ce dernier  est retrouvé assassiné dans son laboratoire, ayant écrit le mot COP avec son sang.  Le Colonel mène l’enquête et accepte bien entendu l’aide du Saint. Une étonnante vérité attend celui-ci, avec une arme à radiations aussi révolutionnaire qu’épouvantable.

The Inescapable Word marque l’évènement de l’introduction d’une dose certaine de Science-fiction au sein de cette série d'aventure lui étant profondément exogène qu’est Le Saint, oscillant plutôt entre polar, Spy Show et comédie. Avec sa sensibilité, Terry Nation, ici à l’écriture, était évidemment tout désigné pour ériger cette tête de pont en une terre inconnue. A cette époque, il vient de faire sensation dans la débutante Doctor Who, le grand classique The Dalek Invasion of Earth achevant tout juste sa diffusion sur la BBC. Nation a la grande habileté de ne pas heurter de front les codes de la série, l’épisode conservant la forme d’un Whodunit et un récit d’espionnage, d’ailleurs tout à fait efficace et astucieux. L’auteur parvient néanmoins à faire entrer par la fenêtre ses thèmes favoris, via le biais du projet scientifique décrit, allant bien au-delà des sujets habituels en la circonstance et devenant en substance le cœur de l’histoire, jusqu’au final purement horrifique. Nation peut également compter sur la solidité de Roy Ward Baker à la mise en scène, formant ainsi un duo très Chapeau Melon. Il s’avère d’ailleurs que la première partie de l’épisode fait souvent songer à sa correspondante de From Venus With Love. Nation ne s’essaie pas au pastiche subtil à la Man-Eater of Surrey Green, hors sujet dans le cadre du Saint, mais au contraire bâtit une intrigue solide, tout à fait dans l’air du temps des productions du genre à l’époque, notamment au cinéma, Hammer et autres.

On y trouve notamment les habituels éléments du décor, dont le proverbial laboratoire, d’ailleurs impeccablement reconstitué. L’auteur a du être aux anges de disposer d’un tout autre budget que chez le Docteur d’Hartnell ! On trouve évidemment les dialogues qui claquent de rigueur (I create this weapon, I can change the World !)Cette solidité et cette cohérence dans la démarche se retrouvent dans l’écriture des personnages, tous agréablement archétypaux. Le félon joue l’apprenti-sorcier de service, le savoureux et pittoresque colonel (excellent Maurice Hedley) incarne parfaitement le policier local valeureux mais un tantinet dépassé et jouant les faire valoir du héros salvateur venu de l’extérieur, nul autre que la Saint, avec un Roger Moore toujours parfaitement à son affaire. Si la Templar Girl du jour semble relativement moins présente qu’à l’accoutumée, Ann Bell apporte avec fraicheur l’indispensable élément féminin, avec son incontournable moment Damsel in distress. Mais la principale figure du jour demeure bien l’Ecosse. Elle ne donne pas lieu au joyeux catalogue de Castle Death (danse celtique en kilt comprise) mais, par son ambiance et son brouillard, sert de parfait écrin à l’ambiance mystérieuse du récit. The Inescapable Word compose un superbe exercice de style, admirablement maîtrisé par Terry Nation.

  • Ann Bell (Marjorie) est apparue dans de nombreuses séries britanniques, au cours d’une longue carrière débutée durant les années 50. Elle participe ainsi à un autre épisode du Saint, The Art Collectors, ainsi qu’à l’un des opus perdus de la première saison des Avengers, The Deadly Air.

  • Maurice Hedley (Colonel North) a interprété le général Sutherland dans un épisode des Avengers, The Box of tricks.

  • James Maxwell, (Jock), importante figure de la Compagnie royale de théâtre de Manchester, a notamment interprété le tueur Jason Wade dans l’épisode des Avengers The Superlative Seven.

  • L’épisode est le cinquième des treize écrits par Terry Nation pour Le Saint.

  • Parmi les ouvrages scientifiques compulsés par Simon afin d’élucider la nature du phénomène, on remarque un manuel de physique de Max Born (1882-1970). Ce dernier est un important physicien allemand, ayant émigré en Ecosse à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, puis devenu citoyen britannique. Ses travaux furent cruciaux pour le développement de la physique quantique et de sa théorie des solides. La Médaille Hughes lui fut attribuée en 1950 et le Prix Nobel en 1954. Sa correspondance avec Albert Einstein, établie sur quatre décennies, est également demeurée fameuse. En 1955, Born fut l’un des principaux signataires de la déclaration Russell-Einstein, où d’importants scientifiques alertaient l’opinion sur les périls de la Guerre froide et de l’arme atomique. Il est également le grand père de l’actrice Olivia Newton-John.

Retour à l'index


18. LES GRIFFES DU TIGRE
(THE SIGN OF THE CLAW)

Date de diffusion : 4 février 1965

Le Saint se rend en Asie du Sud Est, à la poursuite d’un dangereux terroriste ayant tué l’un de ses proches. La région, une éprouvante jungle humide, est troublée par des guérillas. Simon y retrouve une amie de longue date, Joan Morland. Don, le père de Joan, possède une ferme, subissant des pressions de la part  de son riche voisin, Max Volmont, qui désire le forcer à vendre  sa propriété. Les terroristes, commandés par Towau, attaquent la ferme, mais Simon parvient à prévenir l’armée, qui envoie des renforts. Les bandits s’enfuient, cependant ils parviennent plus tard à enlever Don. Volmont et son complice, le Dr Julius, l’ennemi de Templar,  s’avèrent être à la tête du mouvement de sédition. Ils prennent également Joan en otage, avant de tendre un piège au Saint. Le célèbre Simon Templar va avoir fort à faire pour renverser la situation !

Terry Nation est déjà de retour et continue à explorer des voies inédites pour la série, s’intéressant ici clairement au film de guerre. Toute une longue première partie de l’épisode se constitue ainsi de l’assaut de la ferme par les terroristes, une scène rendue hautement spectaculaire par le fracas des armes, l’excellente utilisation par le réalisateur Leslie Norman d’un vaste plateau reconstituant admirablement la jungle et rempli d’un nombre relativement impressionnant de figurants. L’emploi d’impressionnants inserts des conflits de l’époque (le conflit fait alors rage au Viêtnam) complète idéalement l’ensemble. L’opus souligne efficacement la tendance de la série à évoquer l’actualité de son temps, tout en évoquent une présence anglaise aux accents à la Kipling.

La suite de l’épisode renoue avec la série d’aventures traditionnelle, Nation sachant jouer avec fluidité de nombreux personnages, afin de susciter de nombreuses scènes d’action. Les péripéties se succèdent sans défaillir. L’ensemble bénéficie d’un nouveau décor réussi, celui du temple où les rebelles ont établi leur quartier général. La distribution se révèle également tout à fait performantes, avec des acteurs éprouvés, tous parfaitement dans leur emploi. S’en détachent par ailleurs le charme juvénile et l’énergie de Suzan Farmer, bien plus vive qu’elle ne le sera dans Amicalement votre (L’un et l’autre). Le duo performant formé avec Roger Moore demeure l’ossature de l’épisode. Nation réussit également le portrait de trois scélérats bien différents, mais pareillement délectables. Alors que l’auteur a su maintenir le suspense jusqu’à la toute fin de du récit, le final renoue avec la pyrotechnie et les scènes martiales, confirmant le côté spectaculaire de cet épisode réussi où Simon s’avère plus mortel qu’à l’accoutumée.

  • Burt Kwouk (Tawau) apparaît également dans trois aventures des Avengers Kill The King, Quadrille de Homards  et Les Cybernautes.  Il est connu pour son rôle de Cato dans les films de la Panthère rose. Cet acteur anglo-chinois est également apparu dans deux James Bond : Goldfinger (1964) et On ne vit que deux fois (1967). Occupant de très nombreux rôles d’asiatique au cinéma et à la télévision, il connaît une très grande popularité en Grande-Bretagne.

  • Suzan Farmer (Jean) est une figure coutumière de la télévision britannique (quatre épisodes du Saint, Destination Danger, Amicalement vôtre, UFO, L'Homme à la valise, Thriller…), comme des films de la Hammer (Les Pirates du Diable, Dracula prince des ténèbres, Rasputin…). De 1965 à 1968, elle fut l'épouse d'Ian Mc Shane.

  • Le décor derrière lequel le Saint et Joan discutent est à l'évidence une peinture (21'30’’).

Retour à l'index


19. LA GRENOUILLE D'OR
(THE GOLDEN FROG)

Date de diffusion : 11 février 1965

En Amérique latine, Fergus, vieil ami écossais de Simon et tenancier d’un hôtel, se voit dépouillé de ses économies par un duo d’escrocs, Humphrey Nestor et sa fille, la superbe Alice. Le Saint vient à la rescousse, mais son arrivée suscite l’intérêt du chef de la sécurité, comme d’un général fomentant un coup d’état. Celui-ci envoie son homme de confiance, Julio, surveiller les agissements de Simon. Le Saint veut prendre les bandits à leur propre piège, et se fait passer pour un riche crédule. Les Nestor lui proposent alors une arnaque, à propos d’une stature aztèque en or. Ils lui proposent de financer une expédition, auquel il se joint. Simon ignore que Nestor organise de plus un trafic d’armes pour les rebelles. Il va parvenir à plumer ses adversaires et à rembourser son ami, tout en donnant une bonne leçon à Alice. Humphrey se décide à prendre sa retraite avec le magot du général, tandis qu’Alice retrouve le droit chemin. Elle prend congé du Saint sur un sourire.

La série continue à varier les genres, Avec ici des aventures exotiques et légères, franchement orientées vers la comédie, soulignée par une guillerette musique locale et la personnalité burlesque de Julio. L’épisode se montre plaisant, tout en souffrant d’une large redite avec The Revolution Racket, diffusé cette même saison. En effet, on y retrouve pareillement les thèmes du coup d’état sud-américain, du préalable trafic d’armes, mais aussi du couple d’escrocs, le père et la fille succédant aux époux. C’est d’autant plus dommageable que le scénario de cette version demeure moins astucieux et imprévisible que lors de la précédente, avec une distribution également moins relevée, même si demeurant performante.

L’opus pâtit donc de la comparaison mais conserve quelques moments franchement humoristiques, avec des personnages pittoresques à souhait. Les caricatures d’accent hispanique sont à se tordre. L’état fictif de San Carlos représente un joli condensé de tous les divertissants clichés afférant traditionnellement au continent sud-américain, avec une tonalité Sixties comme toujours divertissante. Roger Moore excelle toujours dans le registre humoristique et son duo pimenté formé avec la tonique et naturelle Jacqueline Hill représente la véritable justification de l’entreprise. On apprécie la complicité canaille toujours manifestée par le Saint envers les escrocs talentueux, qu’il prend à leur propre jeu tout en les envoyant rarement en prison !

  • Jacqueline Ellis (Alice) accomplit quelques apparitions dans les productions anglaises des années 60 et 70 (L'homme à la valise, Softly Sotly...), avant de se retirer.

  • On aperçoit une ficelle accrochée au couteau se plantant dans le bois. En fait la scène a été tournée à l'envers, un membre de l'équipe technique tirant sur le fil pour donner l'illusion du lancer.

  • On remarque que, quelles que soient ses destinations, le Saint voyage encore et toujours sur les avions de la Pan Am. Un cas d’insertion publicitaire?

Retour à l'index


20. L'AUBERGE DU MYSTÈRE
(THE FRIGHTENED INN-KEEPER)

 

Date de diffusion : 18 février 1965.

En Cornouailles, Julia Jeffrol appelle à l’aide le célèbre Simon Templar. Elle est effrayée par des bruits étranges résonnant dans l’auberge isolée tenue par son père. Simon loue une chambre, ce qui semble déplaire à celui-ci. Le Saint s’aperçoit rapidement que les trois autres résidents sont d’anciens militaires de la même unité et qu’ils en train de creuser u tunnel dans la cave. Julia pense qu’ils cherchent un trésor, mais qu’en est-il vraiment ?

On ressent une vraie déception en visionnant L'Auberge du Mystère. L’introduction des évènements s’allonge, tout en se montrant statique et verbeuse. On  tente en vain de la doper avec une bagarre artificielle, tombant comme un cheveu sur la soupe. La  jeune première du jour, Susanne Neve,  apparaît tout à fait fade. Les autres comédiens se montrent corrects mais leurs rôles manquent de relief.

Pour une fois les décors résultent quelconques, tandis que le mystère se réduit en peau de chagrin. Il se voit résolu par des « sources policières », sans davantage de précision. Rien ne suscite réellement l'intérêt dans cet épisode des plus mineurs, hormis la scène de la destruction de la ST1. On en retrouve d’ailleurs un autre exemplaire (d'un modèle légèrement différent), dès la conclusion de l’opus, vraiment livrée très vite ! Tout ceci reste assez gratuit.

  • Michael Gwynn (Jeffral) a interprété Bill Bassett dans l'épisode Noël en Février de Chapeau Melon.

  • La prison où débouche le tunnel est en fait Princess Park Manor. De 1851 à 1993, cette résidence fut un vaste hôpital psychiatrique, le Colney Hatch Lunatic Asylum. Il comporta plusieurs célèbres patients, dont John Daffy, l’un des principaux serial killers anglais répertoriés. Durent les années 80 le Railway Killer viola et tua de nombreuses femmes repérées dans des gares. L’asile reçut également l’un des suspects dans l’affaire de Jack l’Eventreur, l’une des veuves du mage Alesteir Crowley ou encore une femme s’étant travestie en homme pour monter au front durant la Grande Guerre, etc. Aujourd’hui, l’établissement est devenu un hôtel de grand luxe, situé dans la partie nord de Londres.

Retour à l'index


21. MAGIE NOIRE
(SIBAO)

 

Date de diffusion : 25 février 1965

A Haïti, dans un bar dédié au Vaudou, Simon fait la connaissance de la belle et troublante Sibao. Celle-ci lui affirme avoir prédit sa venue. D’abord sceptique, le Saint doit reconnaître que la jeune possède d’étonnantes connaissances sur son compte. Sibao apparaît être sous la protection du charismatique Theron Netlord, propriétaire du bar et importante personnalité locale, aux douteuses relations. Un certain Krueger, en fait un agent de la CIA alcoolique, se montre désagréable envers Sibao. Plus tard, il tue le frère de celle-ci, dans ce qui semble être un accident d’automobile où il survit. Sibao promet alors qu’il ne verra pas le soleil se lever. Netlord confirme à Simon qu’un rituel magique est en cours. En fait, ces évènements sont orchestrés par Netlord, qui veut conduire Sibao à l’épouser. Avec la maîtrise du Vaudou alors obtenue  et sa propre position, il deviendra l’homme le plus puissant des Caraïbes. Krueger meurt et la CIA sollicite l’intervention du Saint.

Après la Science-fiction (Le laboratoire secret) puis le film de guerre (La griffe du tigre), Terry Nation entraine cette fois le Saint dans le domaine inédit du Fantastique. Qu’il s’agisse en l’occurrence du Vaudou ne représente que l’une des amusantes convergences s’établissant entre l’épisode et Live an let die, le premier opus de Roger Moore en tant que 007 (1973). On y trouve pareillement une représentation du Baron Samedi, les serpents, les danses frénétiques, la jeune fille étrange aux étonnants pouvoirs, le protecteur criminel et charismatique, la mise à mort d’Occidentaux, le bar servant de quartier général à la bande etc. Mais cet effet miroir est loin de constituer le seul intérêt de l’épisode. Par ses effets visuels et sonores la mise en scène accompagne idéalement la puissance d’évocation de l’histoire narrée par Nation, avec un vrai sens du merveilleux horrifique. Le récit se montre particulièrement sombre, voire oppressant.

Pour quasiment son premier rôle à l’écran, Jeanne Roland se montre convaincante en beauté énigmatique, avec un indéniable charme.  L’épisode se montre plus nuancé que le James Bond, à la superstition des locaux s’opposant la suffisance et la grossièreté américaines. Heureusement que notre ami Anglais est là. Par ailleurs l’intrigue tourne vite à une fascinante opposition entre le Saint et Netlord, adversaire hors normes évoquant par bien des points le Warlock des Avengers : charismatique et mégalomane, raffiné et cruel, situé entre deux mondes, le matériel occidental et celui du spiritisme exotique, finissant par être dévoré par ses propres démons. A la superbe composition de Peter Arne correspond ici celle du décidément surdoué et caméléon John Carson, il transfigure définitivement la figure de Nellord au dessus des gangsters et espions usuels de la série. L’épisode donne un écho très pertinent de ses compositions au cinéma, chez la Hammer. L’épisode sait s’interrompre brusquement, préservant ainsi l’impact de la scène finale, aux lisières de l’épouvante.

  • John Carson (Theron Netlord) a également participé à plusieurs épisodes des Avengers : Le clan des grenouilles, Seconde Vue Meurtre par téléphone (le sinistre Fitch) et Le baiser de Midas. Cet acteur polymorphe a participé à une multitude de séries, mais c’est au cinéma qu’il a connu ses plus grands succès. Il joue dans de nombreux films d’horreur, notamment dans les productions de la Hammer : The plague of the Zombies (1966), Taste the blood of Dracula (1969), Captain Kronos-Vampire Hunter (1974). Sa voix particulière l’a souvent fait comparer à Christopher Lee, une autre étoile de la Hammer.

  • Jeanne Roland (Sibao) accomplit quelques apparitions exotiques au cours des années 60. Sans être créditée au générique, elle joue Anna Wadkin dans  Avec vue imprenable (Chapeau Melon) et est également la masseuse de James Bond dans On ne vit que deux fois (1967). Elle participe également au Casino Royale de 1967, en tant que Capitaine des gardes. Née à Rangoon d’un père britannique et d’une mère birmane, elle fut avant tout une top model londonienne, rencontrant un grand succès durant cette période. 

  • L'insert montrant un avion de la Pan Am atterrir avait déjà été utilisé dans The Golden Frog (24'30’’).

  • Pour montrer l'effet de la drogue sur Simon, l'indicatif musical habituel est joué sur un mode ralenti.

Retour à l'index


22. LE CRIME DU SIÈCLE
(THE CRIME OF THE CENTURY)


Date de diffusion : 4 mars 1965

L’Inspecteur Teal se résout à appeler à l’aide le célèbre Simon Templar. Le richissime et machiavélique Bernhard Raxel, grâce à une machinerie sophistiquée de son invention,  prépare un cambriolage spectaculaire : rien de moins que le vol du papier monnaie et des plaques d’impressions du Trésor de Sa Majesté ! Teal, ne pouvant rien prouver, demeure impuissant, ce qui n’est certes pas le cas de son compère auréolé. Raxel réunit toute une équipe de professionnels aguerris, dont l’américain Carl Munster, spécialiste des coffres forts. Avec l’aide de la police, qui sécurise le malfrat à son arrivée à Heathrow, Simon se substitue à lui. Gregory, bras droit de Raxel, demeurant sceptique, le génie du crime se décide à faire venir la petite amie de Munster, pour une confrontation surprise.

Après une succession de bandits (relativement) réalistes, le Saint semble décidément franchir le Rubicon sous la houlette de l’inépuisable Terry Nation. De nouveau à l’écriture, celui-ci nous plonge cette fois dans une atmosphère très Avengerienne. C’est notamment le cas avec cette scénette d’introduction particulièrement amusante, ce crime initial absolument fabuleux d’humour noir, ce Diabolical Mastermind plus vrai que nature (c’est même lui qui construit le mécanisme permettant ce hold-up très scientifique et sophistiqué), une très belle scène à la Teddy Bear, une sublime demeure anglaise, etc. On retrouve une démesure vraiment enthousiasmante, avec un Peter Jeffrey tombant à pic et toujours aussi performant Il reste cependant vrai que l’acteur aurait pu donner davantage en jouant le patron et non son exécuteur.

L’influence de Goldfinger, sorti l’année précédente, se fait également rudement sentir. Plusieurs scènes en constituent un vrai décalque (gaz, spectaculaire exposé du crime, cible célèbre et réputée sanctuarisée, milliardaire fou et génial etc.). Un cocktail Avengers /007 réussi, autant que l’épisode frappe très fort. Il compte également un plaisant défilé de nombreux jolis minois, dont Alexandra Bastedo, pour une brève apparition. Le seul regret provient pour une fois de Roger Moore qui a l’occasion de jouer un Anglais imitant un américain caricatural et ne la saisit pas, se cantonnant à Templar grimé de quelques postiches. L’exercice de style se montrera pourtant très divertissant dans Amicalement vôtre (L’un et l’autre). On peut également déplorer que Nation ne s’affranchisse pas de certains clichés usuels de la série, dont l’éternel bras droit de l’archi criminel, davantage méfiant que son patron. Son scénario n’en demeure pas moins fort enlevé et haut en couleurs.

  • Peter Jeffrey (Gregory) a participé à quatre épisodes des Avengers, dont il demeure l'un des plus mémorables adversaires : Avec Vue imprenable, Le Joker, Jeux et Le château de cartes.  Diplômé de Cambridge, son répertoire allait du théâtre classique aux comédies télévisées. Il travailla avec les plus grandes compagnies théâtrales dont la Royal Shakespeare Company. Il est décédé le jour de Noël 1999, d'un cancer de la prostate.

  • Alexandra Bastedo (Joan) reste évidemment remémorée pour le Rôle de Sharron Mcready dans Les Champions, ultérieurs à au tournage de l’épisode (1968-1969). Elle participe également à Department S, Jason King, Randall and Hopkirk (Deceased)... Elle est généralement considérée comme l'un des plus grands sex symbols des 60's et ait partie des proches du Prince Charles.

  • La résidence de Raxel est The Grove, située dans Hadley Green, réserve naturelle du nord ouest du Grand Londres. The Grove, classé monument historique, est considéré comme un remarquable exemple de l'architecture géorgienne (1720-1840). Situé en hauteur, 1e bâtiment est également réputé pour les vues offertes sur la splendide nature environnante.

  • Plusieurs sites londoniens sont découverts au cours de l'épisode, dont l'urbanisation Oslo Court et le  Royal Festival Hall, où se déroule la scénette d’introduction entre Teal et Simon. Inauguré en 1951, celui-ci est une immense salle de concert, principalement dédiée à la musique classique. Il abrite ainsi l'Orchestre philharmonique de Londres. Après avoir hébergé l'Eurovision en 1960 (remporté par la française Jacqueline Boyer), il se situe dans l'actualité lors de la diffusion de l'épisode, du fait d'une importante extension et l'ajout de terrasses donnant sur la Tamise. Ces éléments sont d’ailleurs montrés dans l’insert initial. Le Royal Festival Hall, très populaire chez les Londoniens, est le premier bâtiment construit après guerre a avoir été classé monument historique.

Retour à l'index


23. UNE BELLE FIN
(THE HAPPY SUICIDE)

 

Date de diffusion : 11 mars 1965

A New York, Ziggy Zglan est un présentateur vedette de la télévision américaine, sympathique à l’écran mais odieux ans le privé. Son frère Paul, dont il exploite sans vergogne les idées, se décide à reprendre son indépendance. Il annonce qu’il va  publier un livre dénonçant les impostures de Ziggy et de ses veules assistants. Simon accepte une invitation au show de Ziggy, conquis par sa charmante collaboratrice, Lois. Le lendemain Paul est retrouvé mort, apparemment suite à un suicide par pendaison. Le Saint demeure sceptique, d’autant que tout semble accuser James McCleary, dont la sœur avait jadis été tuée accidentellement par le bateau de l’équipe de Ziggy.

The Happy Suicide reste un épisode policier tout à fait solide, dont la résolution de l’énigme s’effectue efficacement, jusqu’à une scène de révélation où le Saint prend la pose d’Hercule Poirot. Le coup du faux coupable, ainsi que celui de la diversité des mobiles des suspects,  fonctionnent parfaitement, d’autant que les circonstances du meurtre apparaissent légèrement plus complexes qu’à l’accoutumée dans cette série. Le scénario se prête merveilleusement à la satire du monde de la télévision (américaine et non anglaise, bien entendu...), mais cet aspect fonctionne moins bien. En effet le personnage de Ziggy apparaît bien trop excessif. Son l’interprète se montre d’ailleurs volontiers caricatural, de même que certaines répliques («C’est un monstre comme il ne s’en trouve qu’un par génération.»). Bien plus tard, 30 Rock montrera bien davantage de finesse et de d’humour aiguisé sur ce point.

Reste que le sujet est excellent, on peut d’ailleurs regretter que les Avengers, si inspirés sur le cinéma (Z.Z. est bien meilleur que Ziggy !) ne s’y soient pas frottés. Notre série fétiche aurait également été très inspirée de recourir davantage à la superbe et supérieurement douée Jane Merrow, défendant à merveille l’attachant personnage de l’assistante et revêtant une amusante intonation yankee. Un peu de douceur dans un monde de brutes. Quelques à-côtés pimentent encore l’ensemble, comme l’étonnante demeure de la victime, très Le Corbusier, ou l’amusante prestation de Donald Sutherland. Avec son air menaçant et cette coupe de cheveux il fait d‘ailleurs légèrement penser à son fils dans 24h Chrono.

  • Issue de la RADA, Jane Merrow (Lois) est une figure du West End. Elle participe également à de nombreuses séries télé, en Angleterre (Destination Danger Le Prisonnier, L'homme à la valise...) comme  aux Etats Unis (Mission Impossible, Cannon, Magnum...) Elle joue Susan dans Mission hautement improbable (Chapeau melon) et fut un temps considérée comme une possible remplaçante de Diana Rigg, avant que Linda Thorson ne soit finalement choisie.

  • Donald Sutherland (Mc Cleary) est ici à l'orée d'une grande carrière au cinéma. Il se fait connaître grâce à  Les Douze Salopards (1967) et MASH (1970), qui le catapulte au rang de star. Sa pléthorique filmographie contient bon nombre de personnages antipathiques ou excentriques. Il est le  père de Kiefer Sutherland (24h Chrono). Donald Sutherland est également le Mastermind de l’épisode des Avengers The Superlative Seven.

  • Le décor de la discussion entre Simon et Lois est clairement une peinture (15'45’’).

  • Toujours sybarite, Simon est descendu à l’hôtel Waldorf-Astoria. Ce palace, l’un des plus côtés et luxueux de New York, allie la construction des grattes-ciel (47 étages) à l’Art déco. Situé sur la Park Avenue, à Manhattan, il est également réputé pour les prestigieuses expositions artistiques qu’il abrite. Le Waldorf-Astoria s’intitule ainsi en hommage à ses constructeurs (1931), membres de l’une des familles patriciennes les plus riches et influentes de la ville. Il fut le premier hôtel à offrir un room service, révolutionnant la profession. Désormais propriété de la famille Hilton, il abrite la résidence officielle du représentant américain aux Nations Unies.

  • Durant cette troisième saison, les aventures du Saint se seront déroulées en Angleterre, en Ecosse, en Cornouailles, aux Bahamas, dans deux pays fictifs d’Amérique latine, en Australie, en France, en Allemagne, au Porto Rico, en Italie, en Asie du Sud Est (sans plus de précision), en Haïti et aux Etats Unis, New York.

Retour à l'index

Images capturées par Estuaire44.

Date de diffusion : 8 octobre 1964

 

A la Gare ­­­­de Waterloo, un homme glisse subrepticement un mystérieux emballage de thé dans le sac à main d’une collègue, rencontrée par hasard, avant d’apparemment mourir d’une crise cardiaque dans une cabine téléphonique. Présent fortuitement sur les mieux, le célèbre Simon Templar découvre qu’il s’agit d’un assassinat. Il est encore plus interloqué de s’apercevoir que le paquet contient en fait une forte somme d’argent, alors que la jeune femme, la charmante Géraldine, travaille dans une importante base navale militaire, tout comme le disparu. Le Saint et Géraldine vont mener l’enquête. Il s’avère qu’un réseau d’espion, basé dans une boutique de thé située à proximité de la base, a entrepris de dérober des secrets nucléaires.

 

Sa scène initiale, qui lui donne judicieusement son titre, domine clairement The Miracle Tea Party. Insérée dans une série si coutumière des décors en studio, cette découverte du vaste hall de Waterloo Station, puis de ses environs, apporte une vraie bouffée d’oxygène. On l’apprécie d’autant plus fortement que le lieu grouille de vie et constitue un joli cliché sur ces années 60 alors en pleine ascension. Les amateurs des Avengers retrouveront avec plaisir les verrières caractéristiques de la grande gare londonienne, déjà aperçues dans Balles costumées. Mais cet appétissant préambule ne se limite pas à un panorama, les péripéties s’y déroulant s’avèrent marquantes. La présence des tueurs, efficacement insérés dans le récit, véhicule un joli suspense, jusqu’à la terrible scène du meurtre, impressionnante de réalisme violent (une ampoule de poison volatile transformant une cabine téléphonique en mortelle chambre à gaz où le malheureux se tord de douleur avant de périr). La rencontre entre Géraldine et le Saint apporte un instant déjà romantique au sein d’un mystère intriguant et sinistre, impeccablement introduit. On se retrouve finalement dans une atmosphère assez hitchcockienne, à la différence que le destin ne s’abat pas sur un quidam, mais sur le fameux Simon Templar !

 

Par la suite, l’épisode atterrit doucement sur des contrées souvent bien balisées de l’espionnage. Il n’en demeure pas moins prenant, malgré une énigme initiale débouchant sur une allée de marronniers. Le thème récurrent du thé apporte une légère spécificité à l’ensemble, tandis que Simon déroule le l’écheveau de la conspiration, remontant jusqu’à la tête, dans une histoire classique que le Take me to your Leader des Avengers exacerbe jusqu’à la parodie humoristique. Néanmoins le ton demeure vivace et l’on suit sans aucun ennui un défilé au demeurant tout à fait tonique des passages obligés du genre (affrontements, photographies en microfilm de documents, enlèvement de la damoiselle en péril…). L’action ne connaît guère de ralentissements et s’inscrit dans des décors soignés. On apprécie vivement l’efficacité de la mise en scène de Roger Moore, mais aussi l’amour des comédiens qui s’en dégage. Passé derrière la caméra, Sir Roger s’est entouré de proches à cette occasion, mettant avec sensibilité sa caméra au service de leur talent.

 

Les personnages secondaires s’imposent d’ailleurs comme l’un des atouts de l’opus, avec le Commandeur emblématique ou la vieille dame dynamique et passablement excentrique, incarnée avec un irrésistible naturel par Fabia Drake. Nanette Newman nous offre une Templar Girl particulièrement sympathique et attachante, le courant passe parfaitement bien avec Moore. On retiendra avant tout l’effarante prestation de Robert Brown en tueur à la fois expérimenté et possédé par une authentique soif de meurtre, en définitive très similaire à l’inquiétant sadique de Voyage sans retour. Avec son jeune apprenti, encore plus désaxé que lui et davantage de son temps, il forme un percutant duo. Son affrontement final avec le Saint, particulièrement mouvementé et totalement dépourvu de doublures, nous vaut l’un des combats les plus spectaculaires découverts jusqu’ici. On y retrouve l’inspiration épique d’Ivanhoé.

 

 

·         Nanette Newman (Geraldine) est très connue en Grande Bretagne, notamment pour une populaire série de publicités concernant Fairy Liquid, un liquide vaisselle. Son ami Roger Moore fut l'un des témoins de son mariage avec l'acteur Bryan Forbes.

 

·         Robert Brown (Atkins) fut le partenaire de Roger Moore sur Ivanhoé, où il interpréta Gurth, le fidèle comparse du héros. Il le retrouva également sur les tournages de James Bond, Brown ayant joué M dans quatre opus de la Saga, durant les années 80. Brown fut également le sinistre Saul de Voyage sans retour (Chapeau Melon).

 

·         Fabia Drake (Tante Hattie) interpréta le Colonel Adams dans The Danger Makers (Chapeau Melon). Elle fut l’une des professeurs de Roger Moore à la Royal Academy of Dramatic Art et l’acteur avoue dans ses mémoires (My Word Is My Bond) avoir été terriblement embarrassé à l’idée de la diriger. Mais la dame se montra fort amicale et sut le mettre à l’aise, ce pourquoi il lui fut très reconnaissant.

 

·         Plusieurs plans larges sont effectivement réalisés à Waterloo Station mais les gros plans sur les personnages le sont à l'évidence par surimpression d'images.

 

·         Il s'agit du second épisode réalisé par Roger Moore. Il raconte également dans ses mémoires que, lors du tournage de scènes se déroulant à Waterloo Station, il ne fut pas maquillé ni ne porta de costume particulier, car il apparaissait fort peu à l’écran. Il pensait que cela ne porterait pas à conséquence, mais sa mère, qui assistait aux prises de vues, lui rapporta que de nombreux voyageurs l’avaient reconnu et le trouvaient fort négligé, bien moins impressionnant qu’à l’écran.

 

·         La séquence d'ouverture se déroule dans la gare de Waterloo. Cet immense complexe connecte en fait quatre gares distinctes, plus un terminal routier. Inaugurée en 1848, Waterloo Station changea plusieurs fois d'apparence, notamment après d'énormes dégâts subis durant le Blitz; Sa gare internationale fut longtemps le point de départ et d'arrivée de l'Eurostar, avant d'être remplacée en 2007 par Saint-Pancras.

 

·         D'autres sites londoniens apparaissent au fil de l'épisode :Hyde park, Grosvenor, Piccadilly...

 

·         La base navale est située dans l’île de Portland, à l’extrémité sud du Dorset. Sur un site initial remontant à 1850, la Royal Navy y a effectivement développé une forte installation durant la guerre de 39-45, verrouillant la Manche. Il s‘agit de l’un des ports non naturels les plus étendus au monde. L’île fut de ce fait visée par de nombreux bombardements.  La majeure partie de la base a été démantelée en 1995, après la chute de l’URSS. Elle est désormais dédiée aux sports nautiques. Le site accueille les épreuves de voile des Jeux Olympiques de 2012.