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Honey West

Présentation 


A Los Angeles, la belle et intrépide Honey West dirige avec succès l’agence de détectives privés jadis fondée par son père. Vive d’esprit et n’ayant pas froid aux yeux, elle mène à bien des enquêtes la confrontant parfois à de singuliers adversaires, des simples malfrats jusqu’à des robots. Elle use efficacement de tout un arsenal varié : redoutable intuition féminine, audace de chaque instant, gadgets  surprenants, arts martiaux et charme dévastateur. Outre son impressionnant ocelot prénommé Bruce, Honey peut aussi compter sur l’aide du dévoué Sam, ami d’enfance déjà employé par son père, parfois un peu trop protecteur. Tante May devra d’ailleurs régulièrement calmer les orages entre ces deux fortes personnalités que tout oppose, malgré leur indéfectible amitié. Outre ses éclatants succès, la féline et tonique Honey West brille également par sa perpétuelle joie de vivre et son caractère bien trempé. Au volant de sa nerveuse A.C. Cobra, elle bondit d’aventure en aventure sans jamais renoncer à sa féminité, comme en témoigne une garde-robe très glamour.

On portera le regard que l’on voudra sur l’œuvre particulièrement pléthorique du producteur Aaron Spelling, mais on ne saurait lui dénier d’avoir souvent su humer l’air du temps. En 1964, à l’occasion d’un voyage en Angleterre, une série sortant du lot va lui taper dans l’œil, The Avengers. Spelling est sensible à la fantaisie déjà bien installée en saison 3 et perçoit d’emblée en Cathy Gale tout le potentiel d’une héroïne émancipée, au caractère affirmé et se situant dans la modernité de ces années 60 ouvrant de nouvelles perspectives aux femmes au sein de la société. Dès lors, il va tout mettre en œuvre pour en créer une version américaine dès la rentrée 1965, sur ABC. Pour l’anecdote, enthousiasmé par le punch et le talent d’Honor Blackman, il proposera dans un premier temps à celle-ci devenir Honey West, mais la comédienne ne donnera pas suite, ayant déjà les yeux tournés vers le cinéma et Goldfinger.

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Tout en œuvrant dans l’urgence, Spelling va mettre toutes les chances de son côté pour assurer le succès de sa révolutionnaire série d‘aventures, première du genre à la télévision américaine à instaurer comme premier rôle une femme indépendante et maîtresse de son destin. A l’instar de succès marquants de l’époque, tels le Saint ou James Bond, il va s’appuyer sur un succès littéraire préexistant, gage d’un écho rencontré auprès du public. Spelling trouve le support idéal en Honey West. Celle-ci fut également pionnière en devenant le premier détective féminin de la littérature, au cours de neuf romans publiés entre 1957 et 1964 par le couple Gloria et Forest Fickling, sous le nom de plume de G.G. Fickling. Ceux-ci constituèrent autant de bestsellers internationaux, de nouveaux ouvrages venant s’y ajouter durant les années 70 autour d’une héroïne définie par ses auteurs comme un mélange de Marilyn Monroe et de Mike Hammer.

Afin de ne pas consacrer du temps à la réalisation d’un pilote en bonne et due forme et de constituer un test pour sa nouvelle production, Spelling fait apparaître tout d’abord Honey au sein de sa série policière à succès, L’Homme à la Rolls (1963-1966). Le scénario développe une enquête menée en commun, mais aussi une confrontation avec le protagoniste, le capitaine de police milliardaire Amos Burke (épisode Who Killed the Jackpot ?, avril 1965). Anne Francis crève d’emblée l’écran face à Gene Barry et rafle la mise : le public est conquis, les dirigeants d’ABC convaincus et Aaron Spelling peut dès lors lancer sa production.

Les aventures d’Honey West manifestent un entrain enthousiasmant, perdurant tout à fait de nos jours. Particulièrement en verve, Aaron Spelling va en effet pleinement réussir la transposition américaine de Cathy Gale. Là où les Avengers entremêlaient habilement espionnage et imaginaire, il va avoir la brillante intuition de détourner les romans noirs initiaux vers ces récits d’aventures structurant la Pop Culture des Etats Unis des années 60, avec leurs héros/agents secrets plus grands que la vie, le tout sans négliger l’humour. Honey et Sam vont affronter des adversaires parfois bien étonnants et utiliser des gadgets aussi technologiques que joyeusement farfelus, Annie, agent très spécial ne fera guère mieux sur ce registre. Tout comme Annie, Honey amusera par les nombreux déguisements et accents revêtus, mais elle saura intervenir dans les combats et ne se limitera pas à l’infiltration. Honey West et Chapeau Melon partagent également la caractéristique d’une identité nationale très forte. Steed et ses collaboratrices évoluent au sein d’une Angleterre surréaliste, tandis qu’Honey et son collaborateur prennent place au sein d’une vision sublimée de l’American Way of Life des Sixties, notamment sous son acception californienne.

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Surtout, Spelling va trouver son interprète idéale en la personne d’Anne Francis, l’un des castings les plus idoines de l’histoire des séries télé. Suffisamment connue pour rassurer les investisseurs et talentueuse pour porter une série sur ses épaules (et ressemblant quelque peu à Honor Blackman), elle va apporter une élégance, un charme et une vitalité formidables à une Honey West à qui elle permet de figurer dignement aux côtés de sa devancière Cathy Gale et de sa contemporaine Emma Peel (saison 4). Elle excelle pareillement dans les scènes de comédie et d‘action, se montrant aussi à l’aise en robe de soirée qu’en tenue de combat similaire à celles des Avengers Girls. Elle pilote avec dextérité une A.C. Cobra faisant écho à la Lotus Elan d’Emma Peel, pareillement synonyme de modernité et d’indépendance.

Aussi rayonnante que s’avère Anne Francis, il était inimaginable pour les dirigeants d’ABC de confier pleinement une série d’aventures à une femme, aussi Spelling dota-t-il Honey d’un partenaire masculin absent des romans initiaux. Toutefois, il va veiller à ce que la primauté dans le duo demeure clairement à Honey. Par ailleurs, John Ericson apporte pas mal d’humour à Sam Bolt, en accentuant son côté gentiment macho et surprotecteur, ce qui en définitive concoure astucieusement au projet de la série, en le dépeignant comme incapable de percevoir la modernité d’Honey. L’évidente complicité entre les deux comédiens, se connaissant de longue date et ayant déjà travaillé ensemble, apporte beaucoup au programme.

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Spelling va judicieusement éviter l’instauration de toute romance au sein du duo, ce qui aurait pu enfermer Honey dans des schémas classiques. La belle n’a besoin d’aucun homme dans sa vie et l’amitié entre associés contre le crime demeure en soi un efficace moteur narratif. Devenant conforme aux canons d’un network américain, la Honey télévisuelle n’a pas non plus l’aura de croqueuse d’hommes des romans initiaux, très sexualisés. Sans liaison connue, son sex-appeal lui sert avant tout d’arme pour circonvenir les suspects masculins. Le spectateur reste bien entendu libre de laisser vagabonder son imagination quant à ce qui se déroule dans l’arrière–boutique ente Sam et Honey, le non-dit n’est jamais tout à fait exclu. Leurs nombreuses prises de bec pimenteront également la série, Sam privilégiant l’approche déductive aux intuitions fulgurantes d’Honey et lui reprochant son impétuosité virant parfois à la témérité. Sam et Honey retrouvent ainsi des intonations à la Steed/Cathy, tout en préfigurant le duo dynamique de Clair de Lune.

Si le budget résulte convenable, il n’atteint toutefois pas les sommets du genre, même si un soin particulier est apporté au décorum installé autour d’Honey : garde-robe, ocelot, voiture de sport… Le producteur va s’attacher à réunir de nombreux talents en soutien à son héroïne si novatrice. Le couple Gwen Bagni / Paul Dubov, auteurs parmi les plus talentueux de L’Homme à la Rolls, va superviser l’écriture de la nouvelle série, à laquelle participera également le prometteur duo Richard Levinson/William Link, futurs créateurs de Columbo. Le programme pourra également compter sur des réalisateurs chevronnés et de nombreux jeunes comédiens en train de percer, qui accèderont par la suite à de belles carrières télévisuelles. Le compositeur Joseph Mullendore va offrir une superbe bande son, jazzy en diable, à Honey West, dont la garde-robe s’embellira des créations du couturier et bijoutier Nolan Miller. Le spécialiste Gene Lebell enseignera de solides rudiments d’arts martiaux à Anne Francis, très présente dans les scènes d’action. Les cascades resteront l’apanage de la superbe et talentueuse Sharon Lucas, dont l’apport s’avèrera similaire à celui de Cyd Child pour les Avengers.

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Toutefois ces apports ne suffiront pas à pallier à une faiblesse chronique de la série, le format court de ses épisodes d’une demi-heure. Il en découlera des scénarios souvent schématiques et des combats sobrement chorégraphiés, deux domaines où Honey West ne rivalisera pas en définitive avec les Avengers. Le programme va néanmoins connaître une audience correcte, quoique régulièrement déclinante, et un succès critique. Anne Francis sera ainsi proposée aux Emmy Awards et se verra décerner un Golden Globe bien mérité, en 1966.

Totalisant 30 épisodes, la production ne sera pas renouvelée à l’issue de la saison 1965-1966. Honey West a en effet subi de plein fouet sur sa case horaire la concurrence de Gomer Pyle, U.S.M.C., série comique-militaire peu connue dans nos contrées, mais immense succès de CBS. Surtout, pour se développer face à l’offre pléthorique en séries d’action de qualité (de nombreux grands classiques du genre sont alors en cours de diffusion), le programme aurait dû évoluer en format long et passer à la couleur. ABC va juger moins onéreux et plus efficace d’opter directement pour le modèle de la série, en acquérant les Avengers. La saison couleur de Steed et Mrs Peel sera ainsi programmée en 1966-1967, en lieu et place d’une Honey n’ayant pourtant pas démérité. Ainsi en va-t-il de la télévision et de son univers impitoyable.

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Ainsi s’achèvent les aventures de l’intrépide Honey West, ironiquement envoyée au tapis par Emma Peel, après avoir été impulsée par Cathy Gale, une nouvelle péripétie de ce que l’on a surnommé aux USA The British Invasion. Devenue culte au fil du temps, elle aura su faire écho à cette idée se propageant alors irrésistiblement à travers la société, selon laquelle le genre ne doit pas faire obstacle à occuper quelque profession que ce soit, mais aussi qu’une femme peut très bien s’assumer seule si elle le désire. Honey West, admirablement incarnée par Anne Francis,  conserve de plus le mérite d’avoir été pionnière parmi les héroïnes télévisuelles américaines, à une époque où les femmes étaient cantonnées aux seconds rôles. Hormis pour la très décalée Annie, agent très spécial, ses consœurs attendront néanmoins la décennie suivante pour suivre la voie ainsi tracée, avec Super Jaimie, Sergent Anderson, Wonder Woman, Les Drôles de Dames de Spelling, ou encore le téléfilm Get Christie Love.

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Toucher le fond… (Broken - Part 1)