Volume 7Volume 9

La caméra explore le temps

Volume 8



1. MATA HARI

lacamera 3 1

Date de diffusion : 14 Janvier 1964

Auteur : André Castelot

Résumé :

Inspirées par un séjour de jeunesse à Java, les danses aussi exotiques qu’érotiques de Mata Hari (1876-1917) lui valent un grand succès sur les scènes du Paris de la Belle Époque, au tout début du XXe Siècle. De son vrai nom néerlandais Margaretha Geertruida Zelle, son pseudonyme signifie  « Soleil » en malais. Très endettée après que sa carrière ait décliné vers 1910, elle tente de se renflouer en travaillant aussi bien pour les services secrets allemands que français durant la Grande Guerre. Le double jeu dans laquelle elle se trouve piégée lui vaut d’être arrêtée à Paris en février 1917, avant d’être condamnée à mort et exécutée le 15 octobre.

Critique :

L’épisode illustre à merveille la maxime selon laquelle « le mieux est l’ennemi du bien ». En effet les archives auxquelles accéda Castelot après une première écriture du scénario l’entraînent à accorder énormément d’espace aux procès-verbaux d’interrogatoires. D’où de multiples scènes fixes, que la mise en scène n’a guère loisir animer. Dès lors, une durée du programme (presque deux heures d’émission) devient très longue, d’autant que l’on ressent que l’épisode passe en partie à côté de son sujet. En effet, à moins d’avoir une vision purement d’archive de l’Histoire, c’est moins le déroulé détaillé des procédures qui importe que la signification de la condamnation à mort de Mata Hari. Ce que cela raconte de la cruauté d’une époque où il inenvisageable pour l’armée d’épargner une femme surtout coupable de légèreté, quand une génération entière est envoyée à l’abattoir. L’arrière-plan politique du procès ne se voit qu’à peine abordé, peut-être était-ce trop tôt pour la RTF de 1964. L’absence d’un débat final entre Castelot et Decaux se fait cruellement sentir.

Fort heureusement, l’épisode fait plus que se rattraper sur le volet romanesque, indissociable de cette affaire. Son grand atout demeure Françoise Fabian, qui nous régale d’une composition toute en finesse et en humanité. Son portrait d’une femme avant tout mythomane, peut-être narcissique, davantage que mauvaise, compose l’une des plus belles performances d’interprétation que nous ait proposé l’anthologie. D’ailleurs l’épisode s’anime dès lors que, grâce à de miséricordieux flashbacks, on échappe à l’enfilade des interrogatoires pour aller découvrir la vie de Mata Hari. La mise en scène nous offre enfin quelques belles performances, parfois terribles, comme la scène de l’exécution tournée en extérieur. Aidée par une superbe et variée garde-robe, la réalisation sait parfaitement appuyer l’étonnante présence à l’écran de l’actrice. Ses partenaires masculins en restent à un répertoire plus classique et balisé, mais l’on retiendra le touchant avocat et ancien amant de Mata Hari, désespéramment prêt à tout pour sauver « Marguerite ». 

Anecdotes :

  • Pour l’écriture de l’épisode André Castelot exploita les archives militaires de l’affaire Mata Hari. Il en avait pris connaissance grâce à un ami, alors qu’elles étaient demeurées au secret depuis 1917. La durée légale de prescription de 50 ans fut ainsi précédée de trois années.

  • Françoise Fabian (Mata Hari) s'est déjà fait un nom au théâtre lors du tournage de l'épisode, mais elle commence alors à peine à percer au cinéma (Maigret voit rouge, 1963). La seconde moitié des années 60 et la décennie suivante vont l'y voir devenir l'une des plus grandes actrices françaises (Ma nuit chez Maud, 1969 ; La bonne année, 1973).

  • Très tôt passée dans la culture populaire, Mata Hari a fait l'objet de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision. Après Greta Garbo et Marlene Dietrich, elle prend les traits de Jeanne Moreau un an après la diffusion de l'épisode, dans Mata Hari, agent H 21, écrit par François Truffaut. Son apparition la plus improbable survient quand elle possède Phoebe dans l’épisode Mata Hari de Charmed (6-13) !

Retour à l'index


2. LE MYSTÈRE DE CHOISY

lacamera 3 2

Date de diffusion : 04 Avril 1964

Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Depuis 1764, Mme de Mellertz était devenue la concubine du riche Comte de Normont, qui l’avait rencontrée alors qu’elle était encore une servante d’auberge. Après le décès du Comte en 1788, elle devint la maîtresse du fils aîné du Comte, Charles. Elle acheva de lier les deux familles en mariant Charles à sa jeune nièce désargentée Elizabeth, dite Babet, en 1803.  Babet vit dès lors une existence sordide sous la férule de sa tante et de Charles, marquée par des brimades et des violences allant jusqu’à un possible infanticide. En 1813, dans leur maison de campagne de Choisy, Babet est victime de ce qui ressemble fort à une tentative d’empoisonnement. L’enquête va s’orienter vers ses bourreaux et donner lieu à de retentissants procès, mais Babet est-elle une victime ou une conspiratrice ?

Critique :

L’épisode apparaît comme une véritable antithèse de celui précédemment dédié à Mata Hari. Ainsi, alors que la prétendue espionne est entrée de plein pied dans la culture populaire, les tenants et les aboutissants du Mystère de Choisy sont aujourd’hui bien oubliés. Cela pourrait sembler minorer l’intérêt historique du présent récit, mais cela le rend au contraire d’autant plus ludique que l’on en ignore aussi bien la conclusion juridique que le destin final des personnages. Cela apporte toute une dimension ludique au suivi de cette ténébreuse affaire relevant aussi bien de La Comédie humaine de Balzac que du roman à énigme d’Agatha Christie, aux multiples péripéties et protagonistes.

Contrairement à leur traitement de l’Affaire Mata Hari, André Castelot et Alain Decaux optimisent d’ailleurs cet atout en nous épargnant l’essentiel de la procédure juridique. Celle-ci se voit ainsi synthétisée lors d’une brillante discussion finale, où chacun prend évidemment partie pour ou contre la thèse selon laquelle Babet aurait ourdi toute l’histoire. Ils l’enrichissent de plusieurs anecdotes, comme la passion de l’énigme se communicant jusqu’aux familles royales alors présentes à Paris à l’occasion de la Restauration. Ils rendent également hommage à l’historien de l’Affaire, Gosselin Lenotre, dont l’épisode constitue une belle illustration du style.

Mata Hari et Le Mystère de Choisy se rejoignent toutefois sur un point : tous deux sont des épisodes d’actrices, au-delà d’un Michel Vitold parfaitement dans son emploi dans le rôle du veule Charles. Si l’on ne se retrouve pas face à une performance comparable à celle de Françoise Fabian, Viviane Romance et Claudine Auger n’en animent pas moins les débats. Cette dernière se monte étonnante dans le rôle de Julie, la perfide servante espionnant Babet pour sa tante et devenue la maîtresse de Charles, aux antipodes de la pure Domino. Mais c’est bien l’émotion suscitée par Babet et l’excellente Geneviève Thénier qui remporte la mise. Les comédiennes apportent beaucoup de force au grand déballage devant le juge d’instruction, en aboutissement du récit.

Anecdotes :

  • Au-delà de son retentissement à l’époque, le Mystère de Choisy est remémoré pour le grand succès rencontré par l’ouvrage que lui consacra Gosselin Lenotre en 1927, Babet l’empoisonneuse... ou l’empoisonnée. Cet auteur (1855-1935) fut un spécialiste de la Révolution, doublé d’un passionné des faits divers marquants, des anecdotes et des énigmes historiques, ce que l’on nomme communément « La petite Histoire ».  La profusion et la méticulosité rigoureuse de ses enquêtes lui valurent un véritable écho, Alain Decaux et André Castelot ont d’ailleurs reconnu son influence sur leurs propres œuvres. Surnommé « Le P ape de la petite Histoire », Lenotre fut élu à l’Académie française en 1932.

  • Alain Decaux et André Castelot ont indiqué que l’épisode aura nécessité plus de deux mois de travail, durant lesquels ils auront dépouillé des volumes entiers d’archives à la Bibliothèque nationale.

  • Ancienne danseuse de French-cancan au Moulin Rouge, Viviane Romance (Mme de Mellertz) devint une star du cinéma français d’avant-guerre. Elle tint de nombreux rôles de Vamps et autres femmes fatales : La Bandera (1935), La Belle Equipe (1936), Naples au baiser de feu (1937), etc. En 1986, elle publia ses mémoires, Romantique à mourir/

  • Ancien mannequin et Première dauphine de Miss Monde en 1958, lors de la diffusion de l’épisode Claudine Auger (Julie) n’est pas encore devenue la première James Bond Girl française, avec la Domino d’Opération Tonnerre (1965). Mais elle commence à se faire un nom au cinéma (Le Testament d’Orphée, 1960 ; Le Masque de Fer, 1962). Partagée entre France, Espagne et Italie, sa carrière va se poursuivre jusqu’au début des années 90.

  • Geneviève Thénier (Babet) a connu une carrière principalement dédiée au théâtre. Elle tint toutefois quelques rôles au cinéma, dont celui de Josette, la serveuse du café de Danielle Darrieux dans Les Demoiselles de Rochefort (1967). 

Retour à l'index


3. LE DRAME DE MAYERLING

Date de diffusion : 2 Mai 1964

Auteur : André Castelot

Résumé :

Le 30 janvier 1889, les cadavres de Rodolphe, Archiduc héritier de la couronne impériale d'Autriche-Hongrie (fils de l'Empereur François-Joseph et de l'Impératrice Élisabeth, dite Sissi) et de sa maîtresse la baronne Marie Vetsera sont découverts au pavillon de chasse impérial de Mayerling. Leurs corps sont allongés côte à côte sur le lit.Tout semble indiquer un double suicide, ce que l’Empereur va tenter de dissimuler par crainte du scandale. Aucune enquête officielle n’est donc diligentée, ce qui va favoriser l’éclosion de toute une profusion de thèses complotistes niant le double suicide.

Critique :

Pour une fois La Caméra explore le Temps nous déçoit. D’abord à propos du sujet, déjà maintes et maintes fois rebattu et qui ne suscite guère d’enthousiasme. C’est d’autant plus vrai qu’après les Affaires Mata Hari et Babet, on aimerait aborder des sujets plus vastes que les interrogations à propos de diverses culpabilités individuelles. Fort heureusement l’épisode suivant opérera ce salutaire changement de braquet. Mais c’est surtout la manière d’aborder le mystère de Mayerling qui va s’avérer anti-climatique au possible. Toute la reconstitution historique tend ainsi à présenter les diverses explications possibles, de manière particulièrement tirée à la ligne. Ainsi tout y passe, de manière très scolaire : l’exaltation de la jeune baronne, la névrose de Rodolphe, ses sympathies françaises et libérales, la jalousie de Stéphanie, la rudesse de François-Joseph, la pesanteur de l’étiquette de la cour impériale, etc. Tout ceci se voit également plombé par une mise en scène assez figée et un piano romantique devenant vite envahissant.

Le duo vedette ne suscite guère d’étincelles non plus, avec un Pierre Vaneck en morne Hamlet et une jeune Danielle Palmero charmante, mais très effacée. Heureusement les seconds rôles assurent le spectacle, notamment Monique Morisi, parfaite en épouse Blessée, René Dary rendant François-Joseph savoureusement pittoresque et surtout Pierrette Pradier, très piquante en comtesse entremetteuse. Ce sont eux qui soutiennent l’épisode de la tête et des épaules et qui évite au spectateur de sombrer dans l’ennui. Par ailleurs Alain Decaux et André Castelot se contentent d’ironiser sur les thèses farfelues développées au cours du temps, pour finalement confirmer la thèse officielle du double suicide (même si c’est Rodolphe qui agit). C’est entendu, Mayerling est la résultante d’un romantisme exacerbé et d’une rigidité sociale, mais y avait-il vraiment besoin d’y revenir pour s’en convaincre ?

Anecdotes :

  • En mai 1956, le drame de Mayerling avait déjà été traité dans le premier épisode des Énigmes de l’Histoire, l’anthologie historique de Decaux et Castelot préfigurant La Caméra explore le Temps.

  • De multiples thèses très variées ont tenté d’expliquer le drame, qui aura par ailleurs été à l’origine de toutes une littérature romantique.  On totalise plus d’une cinquantaine de théories à ce jour. La baronne aurait été Vetsera aurait ainsi été la demi-sœur adultérine de Rodolhe, et la révélation de ce fait par François-Joseph aurait provoqué le double suicide. Selon d’autres versions, il s’agirait d’un meurtre suivi d’un suicide, voire d’un double meurtre, dont le coupable serait peut-être Stéphanie, l’épouse jalouse de Rodolphe, ou Bismarck, inquiet des sympathies françaises de Rodolphe, etc. En 2015, la découverte de lettres d’adieu écrite par la baronne à sa famille confirme la thèse du double suicide, face à un amour impossible.

Retour à l'index


4. LA TERREUR ET LA VERTU - DANTON

Date de diffusion : 10 Octobre 1964

Auteur : Alain Decaux et André Castelot

Résumé :

En 1793, la Révolution s’est installée, mais doit faire face à une guerre périlleuse contre l’Europe monarchique coalisée. La Convention jacobine instaure le règne de la Terreur pour faire face à l’ennemi intérieur et mobiliser la Nation. La figure dominante des Jacobins est Robespierre, qui va progressivement éliminer ses opposants au début de 1794, en les envoyant à la guillotine. D’abord l’extrémiste Hébert, puis au contraire les « Indulgents », partisans d’un régime plus libéral et d’une paix de compromis. Quand leur chef de file, Danton, est guillotiné le 05 avril 1794, Robespierre l’Incorruptible a apparemment achevé de faire le vide autour de lui.

Critique :

Ouvert par une martiale marseillaise, La Terreur et la Vertu constitue le grand épisode dédié à la Révolution par La Caméra explore le Temps.  S’il se centre sur l’épisode charnière du triomphe de la Terreur, puis sa chute après Thermidor, il compose un beau panorama d’ensemble du combat politique à la Convention. Ainsi, ce premier volet, loin d’être centré sur le seul Danton comme pourrait le faire croire le titre, embrasse toute le conflit complexe et impitoyable opposant Danton, Hébert et Robespierre. Au-delà des simples joutes politiques, toutes dimensions de la Révolution se voient couvertes, y compris la religieuse. Si la narration demande sans doute une connaissance de base de l’époque pour être pleinement appréciée, elle n’en demeure pas moins agréablement limpide et pédagogique. S’il se constitue essentiellement de scènes de dialogues, l’on ne s’ennuie pas une seule seconde pour autant. 

Les scènes changent fréquemment de styles, avec quelques apaisements domestiques au sein des harangues enflammées des clubs politiques et de la Convention, ou des manœuvres du Comité de salut public. Cette belle part laissée à l’éloquence permet à d’excellents comédiens de briller, nous délivrant des scènes réellement électriques. Leur talent se voit soutenu par une belle écriture sachant incorporer des mots historiques et par l’imposant décor de la Convention. Certainement le plus vaste et impressionnant de l’anthologie, il est savamment théâtralisé par la caméra de Lorenzi. Cette magnifique leçon d’Histoire sait dévoiler les caractères des protagonistes et leur vérité. Même si elle peut parfois sembler légèrement favorable à la complexe figure de Robespierre elle ne sombre jamais dans la caricature.

Anecdotes :

  • Le rythme de tournage et la quantité de textes à mémoriser en peu de temps conduisit le tournage à devenir plus agité qu’à l’ordinaire. Alain Decaux et André Castelot citent néanmoins La Terreur et la Vertu comme étant leur préféré de l’anthologie.

  • François Maistre (Hébert) est évidemment remémoré pour le rôle de M. Faivre dans Les Brigades du Tigre, mais compte bien d’autres rôles à son actif. Il va participer à pas moins de 15 reprises à La Caméra explore le Temps

Retour à l'index