TéléfilmsPrésentation

La caméra explore le temps

Volume 1



1.   MARIE WALEWSKA

Date de diffusion : 14 septembre 1957

Auteur : Alain Decaux

Résumé :

1807 : en guerre contre les monarchies coalisées, Napoléon occupe la Pologne. Lors d’un bal donné par Talleyrand à Varsovie, il fait la connaissance de la jeune Marie Walewska, issue de la noblesse polonaise. Une passion nait immédiatement, qui se poursuivra jusqu’au départ de Napoléon pour St-Hélène (Marie se rendra à l’île d’Elbe). En 1810, celle que l’on surnomma « l’épouse polonaise » de l’Empereur donna naissance à leur fils, Alexandre, futur ministre de Napoléon III. Après les Cent Jours, elle épouse le Comte d’Ornano, mais décède peu de temps après, du fait d’une insuffisance rénale, à 31 ans.

Critique :

Dès ce premier opus, la discussion initiale entre Castelot et Decaux s’avère un authentique régal, Issue de leur déjà longue collaboration, leur complicité fait merveille lors d’une amicale controverse perpétuant l’opposition de deux thèses caractérisant leur précédente série, Les Enigmes de l’Histoire. Decaux tient que Napoléon est un romantique aimant passionnément les femmes, tandis que Castelot estime que l’Empereur donna toujours la priorité à la politique et à son ego.

Cette opposition se cristallise sur la véritable nature de la relation unissant napoléon et Marie Walewska. La brillante discussion court librement, entre anecdotes, conseils de lecture et considérations érudites énoncées avec saveur. Elle s’avère caractéristique du dessein profond du duo, à la télévision comme à la radio : intéresser le public à l’Histoire, en ne présentant jamais celle-ci d’une manière assommante, bien au contraire ce sera de manière vivante et enthousiaste.

Comme dans tout bon pilote de série, l’auteur cherche à frapper l’esprit du public. Decaux a ainsi recours à Napoléon, soit l’un des personnages les plus connus et hors normes de l’histoire française, et à sa passion pour Marie Walewska, sujet idéal car mêlant romantisme, péripéties et politique, la Polonaise ayant toujours été une ardente avocate de sa nation auprès de l’Empereur. Un cocktail propre à susciter une histoire des plus prenantes, que Decaux sait évoquer avec vivacité.

On apprécie également que son récit ne sombre pas dans l’hagiographie, ne dissimulant les manières parfois rudes et irascibles de Napoléon et s’attachant toujours à privilégier le regard porté par Marie sur leur couple. Tout en appuyant son historicité sur des lettres retrouvées et évoquées à diverses reprises, la narration s’attarde particulièrement sur la naissance de la relation entre Napoléon et Marie. Un moment effectivement intéressant, la rencontre entre un désir sexuel et une ambition politique débouchant de manière inattendue sur la cristallisation d’un puissant sentiment amoureux.

La mise en scène accompagne efficacement l’ensemble, Stellio Lorenzi parvenant à optimiser avec aisance des moyens limités et les conditions particulières d’une diffusion en direct. Sar parfaite entente avec les techniciens et acteurs (avec l’aide précieuse de sa fidèle scripte Michèle O’Glor) lui permet de faire tourner cette complexe mécanique, tout en instillant une vraie mise en scène. Evidemment la qualité de l’image reste éloignée des normes d’aujourd’hui, de manière assez similaire à la période Cathy Gale des Avengers. On retrouve d’ailleurs pareillement les ombres visibles de caméra, les évidents décors de murs, ou les acteurs ayant parfois à reprendre leur texte (quel sang froid !), entre autres péripéties sympathiques.

 Le seul point véritablement contrariant demeure l’enchâssement de l’action dans des décors totalement fermés, jusqu’à des fenêtres perpétuellement closes. La qualité de la distribution fait toutefois oublier cet élément, avec notamment un William Sabatier toujours juste dans le rôle piégé de l’Empereur, prêtant facilement le flanc aux excès. L’ensemble se voit dominé par une Magali Vendeuil absolument magnifique dans le rôle complexe de Marie, femme amoureuse confrontée aux cruautés de la politique imprégnant toujours l’esprit de son amant, comme lors du mariage avec Marie-Louise.

Anecdotes :

  • L’épisode dure en tout 96 minutes. Tout au long de la série cette durée demeurera variable, elle oscillera entre 60 et 192 minutes.

  • Avant de présenter leur nouvelle formule, lors de la traditionnelle séquence d’introduction, Alain Decaux et André Castelot annoncent les résultats du vote du public concernant les deux dernières émissions d’Enigmes de l’Histoire. Le fameux Chevalier d’Eon, fort prisé des cruciverbistes, est ainsi considéré comme une femme par 514 spectateurs et comme un homme par 310. Naundorff, horloger prussien ayant affirmé être le Dauphin n’étant pas mort dans la prison du Temple, se voit de son côté considéré comme louis XVII par 683 spectateurs, tandis que 229 le réfutent.

  • Marie Walewska fut interprétée par de nombreuses actrices, dont Greta Garbo (1937) et Catherine Schell dans la très réunie mini-série anglaise Napoleon and Love (1974), narrant la vie sentimentale de l’Empereur.

  • Elle est ici jouée par Magali Vendeuil, de la Comédie française. Celle-ci effectua lamjeure partie de sa carrière au théâtre et à la télévision (Au théâtre ce soir). Elle particpa régulièrement aux productions de son mari, Robert Lamoureux.  

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2.  LE SACRIFICE DE MADAME DE LAVALETTE

Date de diffusion :  23 novembre 1957

Auteur : André Castelot

Résumé :

La Comte de Lavalette, dont l’épouse Emilie était la nièce Joséphine de Beauharnais, fut le directeur général des Postes durant l’Empire et le redevint durant les Cent Jours. Arrêté après le retour des Bourbon, il est condamné à mort en 1815, mais s’évade la veille de son exécution. A cette fin, il revêt les vêtements de son épouse venue le visiter et qui le remplace dans la cellule. Après avoir gagné l’étranger il revient en France en 1822, après avoir été amnistié et retrouve Emilie,

Critique :

L’épisode marque une certaine déconvenue, après le lancement particulièrement réussi de la série que constituait Marie Walewska. La première raison tient au choix du sujet lui-même. Outre l’effet de doublon avec de retour à cette séquence impériale qui fascinera toujours le duo Decaux & Castelot, on assiste également à un tassement des enjeux. On passe en effet de l’évocation d'un personnage clé du mystère napoléonien à ce qui, malgré son aspect spectaculaire, relève en grande partie du fait divers. La péripétie était sans doute davantage sa place dans un programme comme Les évasions célèbres, que dans La Caméra explore le Temps.

Castelot se rend bien compte de la minceur de son sujet et s’efforce de tenir la distance en greffant aux dialogues de nombres références aux évènements politiques en cours. Mais, à force d’accumulation, ce ci pousse à ses limites le procédé voyant une personne décrire une scène plutôt que de montrer celle-ci. La frustration se ressent d’autant plus fortement que l’action déjà rendue fixe par les conditions particulières du tournage s’enchâsse ici dans l’appartement des de Lavalette, puis dans la cellule de prison. Le scénario n’hésite pas non plus à en rajouter dans un certain mélodrame. Très répétitive, l’orgue de barbarie entendue durant les intermèdes devient vite lassante.

La distribution vient au secours de cet épisode. Encore surtout connu au théâtre, Pierre Mondy recréée avec conviction cet honnête homme quelque peu idéaliste, en proie à la raison d’Etat. Maria Mauban théâtralise sans excès la tourmentée Mme de Lavalette et l’on doit à ces deux comédiens les vrais moments d’émotion du récit. On apprécie particulièrement les entretiens entre Louis XVIII et son ministre de la Police Decazes, avec des dialogues finement ciselés et évoquant sans les caricaturer ces deux figures de la Restauration.  Et son excellents, avec des rôles pleinement dans leur répertoire. La traditionnelle joute finale entre Decaux et Castelot évoque avec pertinence la question de la culpabilité du Comte de Lavalette.

Anecdotes :

  • Maria Mauban (Emilie) a beaucoup joué au théâtre, mais est aussi régulièrement apparue au cinéma. Dans Le Gendarme et les Extra-terrestres (1978), elle interprète l’épouse de Cruchot, en succédant à Claude Gensac.

  • En 1957, Pierre Mondy (de Lavalette), futur grand nom du cinéma et de la télévision est encore surtout connu au théâtre. Il perce au cinéma en 1960 en jouant cette fois l’Empereur en personne, ans Austerlitz, d’Abel Gance.

  • Jacques Castelot (le ministre Decazes) joua de très nombreux rôles d’aristocrates ou de personnages d’autorité durant sa longue carrière. Il est ainsi l’Archevêque de Toulouse ans Angélique, Marquise des Anges (1964). Il est le frère d’André Castelot.

  • Jacques Castelot va en tout participer six fois à La Caméra explore le Temps. La série va régulièrement faire revenir des comédiens, pour leur talent, mais aussi pour leur capacité à mémoriser rapidement leurs textes. A la demande de Lorenzi, les auteurs étant en effet souvent appelés à les modifier à la dernière minute. Decaux indique dans ses mémoires que quelques mouvements de mauvaise humeur se manifestèrent chez les acteurs durant le tournage des épisodes. 

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3.  KASPAR HAUSER, L'ORPHELIN DE L'EUROPE

Date de diffusion : 18 Janvier 1958

Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Le 26 mai 1828 à Nuremberg, en Bavière, apparaît un jeune homme seulement capable d’énoncer son nom, Kaspar Hauser. Le bourgmestre Binder sympathise avec lui et Hauser lui révèle qu’il a passé sa vie dans un réduit obscur, avant qu’un homme inconnu ne le relâche près de Nuremberg. Le mystère passionne la presse, surnommant l’Orphelin de l’Europe celui qu’elle suppose être l’héritier légitime du Grand-duché de Bade. Celui-ci est alors dirigé par Charles II, époux de Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon dont l’enfant aurait été substitué par un autre à la naissance. Hauser est confié au Comte Stanhope, mais plusieurs tentatives de meurtre ont lieu, Il est poignardé à mort en 1833, mais le médecin légiste estime qu’il s’est blessé lui-même.

Critique :

Kaspar Hauser, l'Orphelin de l'Europe présente le désavantage de se situer une nouvelle fois aux alentours de l’époque post impériale et il est vrai que toute une large première partie de la série se concentre sur cette période et ses attenants, parfois jusqu’à avoisiner la satiété. Le choix du thème, somme toute anecdotique même s’il passionna la presse de l’époque, illustre également la vision de l’Histoire qu’aura été celle d’Alain Decaux à la télévision, privilégiant les biographies ou les faits divers propres à exciter l’intérêt du public. Cette conception procura de grandes heures à la télévision françaises, dès La Caméra explore le Temps, mais aussi lors d’Alain Decaux raconte et ses versions ultérieures, où le présentateur mettait superbement en scène les évènements.

Mais, ici, exalter le mystère et la destinée singulière de Gaspar Hauser apparait en contradiction avec le mode narratif choisi, qui s’assimile à un dossier judiciaire assez froid et clinique. A chaque fois annoncées par un commentaire explicatif enjambant les évènements, les scènes se succédant apparaissent certes historiquement irréprochables, mais aussi comme des pièces versées au dossier, avec la sécheresse que cela véhicule. L’ensemble manque de souffle et de lyrisme, ce qu’il tente de compenser par un jeu trop théâtral de Jean Muselli, d’ailleurs visiblement trop âgé pour le personnage. La mise en scène et même le dialogue final entre Decaux et Castelot résultent plus ampoulés qu’à l’ordinaire. La formule aurait sans doute mieux correspondu à leur émission précédente, Enigmes de l’Histoire. Demeurent d’excellents acteurs dans les seconds rôles, notamment Jean Berger, bien connu des amateurs des Avengers. 

Anecdotes :

  • Sur le lieu de l'attentat, dans le parc du château d'Ansbach, en Franconie, une stèle indique : Hic occultus occulto occisus est (Ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu).

  • L’énigme de l’identité réelle de Kaspar Hauser a passionné historiens, romanciers et cinéastes et suscité une impressionnante publication d’ouvrages. Le mystère perdure encore aujourd’hui, des analyses contestées d’ADN ayant successivement infirmé ou confirmé son appartenance à la famille des grands-ducs.

  • Jean Berger (Comte Stanhope) fut un important comédien de doublage, il assura notamment la voix française de Patrick Macnee / John Steed tout au long de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Il va participer quatre fois à La Caméra explore le Temps.

  • Jean Muselli (Gaspard Hauser) connut une carrière d’étoiles filants durant les années 50 et 60, avant de mettre fin à ses jours en 1968, à 42 ans.

  • Hélène Constant (Stéphanie de Beauharnais) connaît ici le dernier rôle répertorié à l’écran d’une carrière se limitant essentiellement à quelques apparitions dans le cinéma des années 40.

  • Georges Wilson (Binder) tint plusieurs rôles marquants à la télévision, mais reste avant tout une grande figue du théâtre français, Il succède ainsi à Jean Vilar à la tête du Théâtre National Populaire. Il est le père de l’acteur Laurent Wilson. 

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4.  LE MYSTÉRIEUX ENLÈVEMENT DU SÉNATEUR CLÉMENT DE RIS

Date de diffusion : 25 Février 1958

Auteur : Alain Decaux

Résumé :

Le comte Clément de Ris (1750-1827), de la noblesse de robe, se rallia à Révolution, durant laquelle il joua un rôle politique aux côtés des modérés. A l’avènement du Consulat, alors qu’il s’était retiré en Touraine, de Ris est nommé Sénateur par Bonaparte en 1800. Il est alors enlevé durant dix-neuf jours par un groupe inconnu et demeure captif dix-neuf jours. Les motivations des ravisseurs demeurèrent alors flous Il s’agissait d’agents de Fouché, chargés de récupérer des documents compromettants pour le ministre et qui commirent un excès de zèle. Avec l’assentiment de Bonaparte et la complicité silencieuse de Ris, Fouché fit alors arrêter et condamner à mort des innocents, afin d’empêcher un scandale.

Critique :

Encore une fois le récit du jour gravite autour de la période impériale et semble, dans un premier temps, relever du fait divers. Et pourtant le spectacle va s’avérer nettement plus prenant que lors du morne épisode dédié à Kaspar Hauser. C’est ainsi le cas en ce qui concerne l’intérêt historique d’une péripétie revêtant un impact politique supérieur pour le public français. L’évocation de l’arrière-fond de l’affaire indique avec éloquence à quel point la Vendée n’était encore que partiellement pacifiée, encore près d’un an après que Bonaparte se soit emparé du pouvoir et établit le Consulat. Par ailleurs, quelques qu’aient été les vicissitudes de son parcours et de sa moralité, De Ris est resté dans l’histoire de Paris pour les embellissements qu’il apporta au Palais du Luxembourg.

Surtout les développements de l’affaire, un authentique thriller politico-policier, se montrent palpitants, d’autant que la narration se voit dynamisée par un rythme plus élevé que précédemment (la scène d’ouverture nous plonge d’ailleurs d’emblée dans l’action). La présence de plusieurs grandes figures de l’épopée impériale semble également dynamiser la distribution, les comédiens jouant leur rôle avec un entrain manifeste. Les, le type de récit mouvementé et les figures impériales (dont l’emblématique Fouché) confèrent à l’opus une saveur à la Vidocq, bien connu des amateurs de séries historiques françaises, même si les contraintes techniques de la diffusion en direct perdurent. On regrettera par contre que les développements ultérieurs de l’affaire (dont le procès) ne se voient montrés qu’en accéléré, avec une voix hors champs accompagnant que=le passage de quelques gravures, puis le débat des historiens.

Anecdotes :

  • Nommé par la suite Questeur du Sénat, de Ris accomplit une brillante carrière sous l’Empire, où il supervisa notamment les embellissements du Palais du Luxembourg, et la reconstruction de l'Odéon.

  • De Ris fut l’un des premiers à trahir Napoléon, et il fut ensuite nommé Pair de France par la Restauration, et richement pensionné.)

  • Honoré de Balzac s’inspira de l’enlèvement pour écrire son roman Une ténébreuse affaire (1841), adapté en téléfilm en juin 1975.

  • William Sabatier (Savary) tint de très nombreux seconds rôles, à l’écran comme sur les planches. Il fut également un spécialiste du doublage, étant fréquemment la voix française de Marlon Brando, Karl Malden, Gene Hackman… Sabatier va participer 10 fois à La Caméra explore le Temps.

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5. L'EXÉCUTION DU DUC D'ENGHIEN

Date de diffusion : 25 Mars 1958

Auteur : André Castelot

Résumé :

Après avoir été l’un des dirigeants des armées royalistes en guerre contre la Révolution, le jeune duc d’Enghien (1772-1804), dernier membre de la Maison de Condé, s’est installé à Ettenheim, dans le Margraviat de Bade. Il réside dans ce territoire neutre, mais seulement à quelques kilomètres de la frontière française. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1804, il est enlevé par des militaires français, le Consul Bonaparte craignant qu’il ne soit à la tête d’un complot monarchiste visant à l’assassiner, en conjonction avec le chouan Cadoudal. Le duc est promptement passé par les armes, dans les fossés du château de Vincennes, après une parodie de procès. Cet acte, conseillé par Talleyrand, va exacerber la haine des Émigrés contre Bonaparte et d’Enghien deviendra l’une des icônes de la Restauration.

Critique :

Nous découvrons ici le cinquième opus d’affilée gravitant, peu ou prou, autour de l’épopée impériale, soit l’intégralité du premier volet des DVD dédiés à la série. Une certaine lassitude du public pourrait en découler, surtout en considérant la richesse t la variété de notre roman national. Toutefois L'Exécution du duc d'Enghien se distingue par l’importance de son sujet, tant cette action, couplée avec l’arrestation de Cadoudal (également évoquée ici), permit au Premier Consul de contrer la menace intérieure. En outre la mort de d’Enghien devait devenir un symbole pour les Ultras de la Restauration, lui dont l’exécution fut narrée avec un souffle inégalable par Chateaubriand. Pour le coup, on entre de plain-pied dans la grande Histoire.

La question se pose dès lors de savoir si l’épisode du jour va se montrer à la hauteur du rendez-vous, un défi relevé avec éclat. Ainsi, malgré les contraintes particulières de mise en scène, Stellio Lorenzi fait preuve d’une authentique maestria dans la direction des caméras. Il sait ainsi trouver plusieurs angles judicieux, rendre intense la confrontation entre Enghien et ses ennemis, jusqu’au terrible coup d‘éclat d’une exécution impeccablement chorégraphiée. Le bel effet de la pluie tombant dans le studio dramatise encore davantage la scène.

Les dialogues écrits par Castelot se montrent également très évocateurs de la psychologie de de ce drame autant humain qu’historique. Disons-le : c’est ici avec grand talent que l’auteur campe une version résolument positive d’Enghien, tout comme plus tard le mémorable double épisode La Terreur et la Vertu nous proposera un Robespierre pareillement idéal. Cela provient toutefois d’une passion communicative pour le sujet, d’autant plus sympathique que, pour autant, elle ne vilipende pas Bonaparte (en fait on se situe assez près de Chateaubriand, qui incriminait avant tout Talleyrand).

La distribution se montre à la hauteur de ce grand spectacle historique. Parmi d’autres excellentes prestations on apprécie celles de Roger Cadoudal en un sarcastique Cadoudal capturé, ou encore celle de Sabatier en un Bonaparte acharné à défendre la France, mais aussi sa propre destinée, dont il pressent la grandeur. Toutefois le clou du spectacle réside bien entendu dans la formidable prestation d’un jeune Georges Descrières. Sans encore la gouaille canaille du Gentleman cambrioleur, il en possède déjà la classe et l’élégance naturelles.

Visiblement pénétré de l’importance du rôle et ayant pleinement intégré la dimension théâtrale de ces représentations en direct, il joue d’Enghien comme sur la scène du Français. Sa fausse indifférence, doublée d’une ironie aussi feutrée qu’incisive, exprime à merveille l’idéal aristocratique représenté par d’Enghien. Ce grand numéro, sans doute le plus marquant des cinq premiers épisodes, couronne le succès de l’opus. On regrettera simplement que le savoureux échange final entre Castelot et Decaux n’ait pas cette fois été conservé.

Anecdotes :

  • La mort du duc d’Enghien inspira à Chateaubriand plusieurs des pages les plus admirables des Mémoires d’Outre-tombe (1848).

  • Lors de leur traditionnel dialogue d’après épisode, malheureusement perdu pour cet épisode, Alain Decaux et André Castelot demandèrent au public de voter pour savoir si Bonaparte avait eu raison de faire exécuter d’Enghien. La réponse fut très majoritairement négative.

  • Anne Caprile jouait déjà Pauline, sœur de l’Empereur dans Marie Walewska. Ici elle devient son épouse, Joséphine de Beauharnais.

  • William Sabatier (Bonaparte) tint de très nombreux seconds rôles, à l’écran comme sur les planches. Il fut également un spécialiste du doublage, étant fréquemment la voix française de Marlon Brando, Karl Malden, Gene Hackman… Sabatier va participer 10 fois à La caméra explore le Temps et incarnera également Napoléon dans la série Vidocq (Le chapeau de l’Empereur).

  • Pierre Asso (Talleyrand) va participer pas moins de quatorze fois à La Caméra explore le Temps. Il est le frère du parolier Raymond Asso, qui écrivit beaucoup pour Edith Piaf.

  • Georges Descrières (Le Duc d'Enghien) est alors connu pour quelques rôles au cinéma, mais surtout pour être devenu récemment, le 01 janvier 1958, l’un des sociétaires de la Comédie française. Il va se consacrer prioritairement à cette institution, dont il deviendra le doyen et qu’il ne quittera qu’en 1985. Il tint néanmoins plusieurs rôles marquants à la télévision, dont ceux d’Arsène Lupin et du Sam de Sam et Sally. Descrières participa à deux reprises à La Caméra explore le Temps, série faisant régulièrement appel à la Comédie française.

  • Jean Berger (Chuméry) fut un important comédien de doublage, il assura notamment la voix française de Patrick Macnee / John Steed, tout au long de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Il va participer quatre fois à La Caméra explore le Temps.

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