TUNNEL OF FEAR

tunneloffear

Tournage : août 1961

Diffusion : ITV, 5 août 1961

Scénario : John Kruse

Réalisation : Guy Verney

Ingrid Hafner (Carol Wilson), Douglas Muir (One-Ten), Stanley Platts (Maxie Lardner), John Salew (Jack Wickram), Murray Hayne (Harry Black), Doris Rogers (Mrs. Black), Nancy Roberts (Mrs. Zenobia)

Résumé

Evadé de prison et grièvement blessé, Harry Black se réfugie au cabinet du Dr. Keel. Il proclame être innocent du crime dont on l’accuse. Ecoutant l’avis de Carol, Keel décide ne pas appeler la police. Steed découvre que l’affaire de Black est liée à la ville de Southend-on-Sea, où One-Ten soupçonne qu’un groupe d’espions exfiltre des documents à partir de la fête foraine locale. L’aide de Black va permettre à Keel de mener l’enquête, tandis que Steed s’infiltre parmi les forains en tant que bonimenteur pour un spectacle de danse exotique. Les Avengers vont découvrir que l’Opposition a recours à l’hypnose pour manipuler des innocents, puis découvrir l’identité du cerveau de l’opération. L’attraction du train fantôme et son tunnel sont au cœur de ce complot diabolique. Black est blanchi !


CRITIQUES


Estuaire44 21 Avril 2018

 

Au-delà du plaisir de sa découverte quasi miraculeuse, Tunnel of Fear présente l’intérêt de nous faire pleinement découvrir l’association formée par le Dr. Keel et un Steed au statut encore de second rôle. En effet, dans les trois épisodes de la saison 1 jusqu’ici disponibles en partie ou en totalité, Steed n’intervenait en définitive que fort peu : totalement absent dans Neige brûlante et dans La Trapéziste, et apparaissant de manière moins développée qu’ici dans Passage à tabac. Carol, fort peu présente lors de Passage à tabac, est fort heureusement elle aussi de la partie, nous disposons donc enfin d’un épisode illustrant pleinement la première équipe des Avengers.

 Tunnel of Fear se situe également dans sa temporalité, c'est-à-dire plus tardivement au sein de la première saison que ces trois épisodes (il en occupe la 20ème position). Cet apparent accroissement de la présence de Steed pourrait ainsi indiquer que son élévation prochaine au rang de protagoniste de la série était déjà à l’œuvre sur le tard de la saison 1, se peut concomitamment avec le désir exprimé d’Hendry de voguer vers de nouveaux rivages. Il faudrait évidemment disposer de davantage d’opus de cette période pour confirmer cette extrapolation, mais le jeu des acteurs semble néanmoins aller dans ce sens.

Certes, Ian Hendry interprète toujours Keel avec talent et professionnalisme, mais il semble davantage détaché du personnage que précédemment. Sans aller jusqu’à parler de pilotage automatique, on ne retrouve pas réellement chez l’acteur la flamme qu’il manifestait dans Neige brûlante et La Trapéziste, opus où il démontrait une vitalité et une conviction extraordinaires. A contrario, Patrick Macnee s’amuse visiblement immensément avec son personnage et donne libre cours à son brio dans les aspects parfois non politiquement corrects du Steed d’alors (bien éloigné du futur parfait gentleman), aussi bien qu’à sa fantaisie lors de son impayable numéro de bonimenteur enturbanné. L’implication est devenue bien plus manifeste chez un Macnee également bénéficiaire de la grande majorité des meilleures répliques, ce qui n’est jamais innocent dans l’écriture d’une série télévisée.

La dynamique de duo des Avengers reste un grand atout pour cette histoire d’espionnage au sujet en soi éminemment classique, très inséré dans la paranoïa de son époque relevant encore de la Guerre froide. Cela contribue à apporter un ressort supplémentaire à ce récit comportant de larges plages de dialogues, dues aux contraintes de tournage en décor et en quasi direct. Quelques naïvetés transparaissent, comme le blessé tombant pile sur le seul docteur de Londres connecté au service chargé de l’affaire, mais l’on y voit les prémices des séries d’action anglaises allant tant marquer les années 60, avec leur primauté absolue accordée à l’Aventure.

 On regrettera toutefois que, si Carol dispose d’une conséquente durée de présence à l’écran, elle ne reste pas moins en retrait de l’action, de manière plus marquée que lors de La Trapéziste. De ce point de vue Tunnel of Fear confirme également la nouveauté absolue que représentera la survenue de Cathy Gale. One-Ten nous séduit déjà par son pittoresque naturel très anglais, ce qu’il confirmera durant l’ère Cathy Gale. Le retrouver ici est un indéniable plaisir.

Une grande particularité de l’opus réside également dans le cadre particulier d’une fête foraine provinciale. Avec des éléments toujours reconnaissables aujourd’hui (comme cet inquiétant et crucial tunnel hanté nous valant un titre très à la Doctor Who), mais parfois agréablement datés, comme le spectacle quasi érotisant des improbables danseuses du ventre, vanté par un Steed volontiers égrillard (le carnaval de ses personnalités d’emprunt est déjà là). De fait on trouvera ici plusieurs dames en petite tenue, le célèbre Simon Templar aurait été comme chez lui !

Le décorum de la fête bénéficie d’un travail de production d’excellente facture et se voit filmé avec talent par Guy Verney, pour son unique participation à la série. Sa caméra se montre aussi mobile que le permet les conditions de tournage d’alors et le metteur en scène réussit quelques jolis effets, comme ces jeux d’ombres et de silhouettes. L’image et le son apparaissent de qualité correcte, même si ne pouvant rivaliser avec le support de la pellicule.

Par son petit monde et ses figures pittoresques, l’univers de la fête foraine apporte au récit une fantaisie similaire à celle que signifiait le cirque pour La Trapéziste. La série aime visiblement déjà croiser l’espionnite avec d’autres univers. Ce ressenti est d’autant plus vif, que, sans encore parler de Science-fiction, le recours à l’hypnose et au conditionnement de l’esprit est déjà présent, annonçant bien d’autres singuliers épisodes à venir, ainsi que toute une thématique prégnante durant les années 60. Tunnel of Fear présente le mérite d’ainsi nous rappeler que cette première saison résulte moins monolithique que ce que l’on suppose parfois.

Le petit monde des forains impliquera une autre intéressante singularité pour le public n’ayant connu Chapeau Melon qu’à partir des sémillantes années Emma Peel : l’ouverture sur les classes laborieuses et le paupérisme subsistant dans une Angleterre chez qui le boom des Sixties ne surviendra réellement qu’à l’approche du milieu de la décennie. Une vraie fibre sociale se ressent au fil de portraits de personnages secondaires écrits avec soin, dans une vraie filiation avec Police Surgeon. Croqués avec autant de sensibilité que de respect, ces loyaux et courageux alliés des Avengers suscitent des récits annexes volontiers émouvants ou divertissants.

Cette tonalité perdurera durant l’ère Cathy Gale mais disparaitra quasi totalement par la suite, avec une Angleterre imaginaire devenue surréaliste, mais aussi très centrée sur ces hautes sphères dans lesquelles Steed et Mrs Peel se mouvront comme des poissons dans l’eau. On s’amusera d’ailleurs de constater à quel point le chef de l’Opposition évoquera par contre la City, avec son costume, son brolly et son chapeau melon, soit précisément les futurs attributs de Steed. Là encore Tunnel of Fear vient idéalement illustrer à quel point les Avengers ont connu des visages différents au fil d’un parcours évolutif comme chez aucune autre série, hormis sans doute Doctor Who.

EN BREF : Outre de précieuses indications sur la première période de la série, Tunnel of Fear propose une intrigue d’espionnage classique mais efficace, agrémentée par une fête foraine d’époque et portée par un duo dynamique, dont un Steed particulièrement en verve. De quoi espérer de nouvelles découvertes d’épisodes !


INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Tournage

Le bébé est de toute évidence une poupée de type poupon baigneur.


Continuité  


Détails

Southend-on-Sea, où se situe la fête foraine, est une station balnéaire située sur l’estuaire de la tamise à 65 km de Londres. Depuis le XIXe siècle jusqu’au début des années 60, elle est effectivement une destination prisée par les Londoniens durant l’été. Elle compote donc plusieurs sites destinés aux touristes : importante fêtes foraine permanente, mais aussi parcs d’attractions, et jetée aménagé Cette activité déclina par la suite, quand se popularisèrent les voyages à l’étranger.

L’écriture et le tournage de l’épisode durant l’été 1961 se déroulent dans un contexte particulier. En mars l’opinion a en effet été bouleversée par le procès d’un groupe de cinq agents soviétiques implantés sur l’île de Portland, près d’une importante base de la Royal Navy. Ils transmettaient des informations stratégiques par radio. La crainte des réseaux d’espions infiltrés sur le sol national est alors portée à son comble. L’affaire du Portland Spy Ring sera adaptée à plusieurs reprises, au cinéma et à la télévision.

Black devient un traître après avoir hypnotisé, mais a également servi durant la Guerre de Corée, de même que Wickram, qui a changé après y avoir été fait prisonnier. Il s’agit peut-être d’un clin d’œil à un bestseller alors récemment paru The Manchurian Candidate (1959), où un héros américain de ce conflit a secrètement été capturé puis similairement conditionné par les Communistes, afin de devenir un important agent dormant aux USA. Le roman sera adapté au cinéma en 1962, avec Frank Sinatra dans le rôle principal.

Acteurs - Actrices

o Ingrid Hafner (1936-1994) incarna Carol Wilson, la secrétaire et réceptionniste du Dr Keel, durant 19 épisodes de cette première saison. Tout comme Ian Hendry, elle est une transfuge de Police Surgeon. Ces deux acteurs font de nouveau équipe, car ils y incarnaient le Dr Geoffrey Brent et son infirmière Amanda Gibbs, héros récurrents de cette série policière. Ingrid Hafner fut également une comédienne très réputée au théâtre, où elle apparut régulièrement au West End ainsi qu’au prestigieux Old Vic de Bristol. Elle y interpréta les grands rôles du répertoire shakespearien, mais composa également une Roxanne remarquée dans Cyrano de Bergerac. Elle participa également à de nombreuses autres séries (Public Eye, Crown Court, Les Rivaux de Sherlock Holmes…). Elle décède en 1994 des suites d’une maladie nerveuse dégénérative.

o Douglas Muir (1904-1966) s’est fait connaître dans The Appleyards, considéré comme le premier soap opera anglais. Après une première collaboration avec Patrick Macnee dans Scrooge (1951), il incarne One-Ten, le supérieur de Steed, dans pas moins de 10 épisodes des Avengers : Diamond cut diamond, The springers, Death on the slipway, The tunnel of fear, The deadly Air (saison 1), Missive de mort, Warlock, Monsieur Nounours, Tueurs à gage et L’argile immortelle (saison 2). Il participera par la suite à quelques autres séries (Z Cars, Le Saint).

o Anthony Bate (1927-2012) jouera par la suite Earle, le maître-chanteur de Trop d’indices (6-03).

o Miranda Connell (1938) devint par la suite animatrice de l’émission pour enfants Play School (BBC), tout comme Julie Stevens, l’interprète de Vénus Smith en saison 2.

À noter que…

o Steed tapote volontiers la partie charnue des danseuses exotiques, une manie qu’il conservera par la suite, même devenu un parfait gentleman.

o Puppy est joue par Juno, la propre chienne de Patrick Macnee. Il s’agit de sa dernière participation à la série, car elle décéda peu de temps après le tournage de l’épisode. 

o Perdu durant 55 ans, l’épisode fut retrouvé en 2016 au sein d’une collection privée.

o Le DVD paru en 2018, dont un livret richement doté en photos contenant un essai d’Alan Hayes et une introduction à l’épisode par le neveu d’Ian Hendry, Neil Hendry. On trouvera également la version sonore de l’épisode réalisée par Big Finish à partir du script, et des interviews d’époque de Patrick Macnee (1964) et Ian Hendry (1962), parmi d’autres éléments.

o Guy Verney (1915-1970) a été un prolifique réalisateur de la télévision anglaise durant une carrière débutée en 1938 et poursuivie jusqu’à sa mort. Il a participé à de nombreuses séries et a été le metteur en scène principal d’Armchair Theatre, pour laquelle il a réalisé pas moins de 28 épisodes. Il a également réalisé un des épisodes de Police Surgeon.

o John Kruse fut un auteur spécialisé dans les séries policières et d’espionnage. Il participa activement au Saint (14 épisodes) et au Retour du Saint (11 épisodes).

Fiche de Tunnel of Fear des sites étrangers :

En anglais
http://theavengers.tv/forever/keel-20.htm
http://www.dissolute.com.au/avweb/keel/120.html
http://deadline.theavengers.tv/keel-020-TunnelOfFear.htm

En flamand
http://home.scarlet.be/~pvandew1/avengers/keel21.htm

 

Retour à la saison 1