Le classement "X" pour violence

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séribibi
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Le classement "X" pour violence

Messagepar séribibi » dim. oct. 20, 2019 12:39 pm

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C’est rare, mais ça a existé !
Le classement "X" est apparu en France en 1975, avec la prolifération sur notre territoire des films pornographiques dont les commissions bien pensantes ne savaient que faire. Le film classé "X" écopait d'une interdiction aux moins de 18 ans mais cette classification le condamnait aussi à n'être diffusé que dans un nombre de salles restreints dédiées à la circonstance, complètement à l'écart ("Cachez ce sein que je ne saurais voir !").
Ce que l'on oublie, c'est que la loi "X" fut aussi lancée pour pénaliser les films "à caractère très violent" et/ou "dont la violence pouvait gravement porter atteinte à la dignité".
Ainsi aura-t-on vu, dans les 70s et 80s, une petite poignée de films "hors-pornographie" affublés de ce bien embarrassant -et honteux- label.
Une sélection qui peut parfois surprendre, cette décision ne restant qu'à la seule appréciation de quelques censeurs...
Aussi pourrons-nous être étonnés de trouver dans cette liste "Les guerriers de la nuit" qui fut "iXé" quelques mois avant de sortir en circuit « normal » de distribution avec une interdiction -18 ans, qui se transformera vite en interdiction -13 (les interdictions de l’époque, jusqu’en 1990). Les premières raisons initialement évoquées pour ce film furent son côté salement réactionnaire : l'appel aux émeutes et à la révolte de façon organisée…
"Mad Max" premier du titre eu également droit à cette triste destinée : classé "X" pendant plus d'1 an, il finira par être dés-"iXé" et sortir en salles normales avec une interdiction aux mineurs au prix de plusieurs coupes, puis quelques mois après en version intégrale… Ici encore, c'est plus la morale du film qui posait problème (la loi du talion), le film étant en réalité très peu sanguinolent. En effet, même s’il ne fut pas le 1er, Miller avait « osé » légitimer les agissement de son héros.
D’autres films firent les frais de ce classement « X » : le nihiliste « La proie de l’auto-stop » qui donnait une image bien peu flatteuse du genre humain, et faisait de la gente féminine un simple objet de désir et de l’homme quelqu’un d’avide, d'individualiste, de purement matérialiste et d'égoïste, et dépourvu du moindre sentiment… Dans ce film où l’être humain est souvent présenté dans ses instincts les plus bas, les valeurs sont sans cesse renversées, les victimes finissent par devenir bourreaux, pour redevenir à nouveau victimes… Là encore bien peu de sang (voire pas du tout) mais une très vilaine morale… La France eut toutefois la chance de découvrir (mais dans une version tronquée) « La proie de l’auto-stop » au début des 80s, à l’époque bénie des vidéoclub, grâce au célèbre distributeur « Hollywood vidéo ». Est-il nécessaire de rappeler que la vidéo, qui n’était pas soumise aux mêmes réglementations, était un véritable vivier qui aura permis de découvrir bon nombres de ces films scandaleusement interdits sur notre territoire. D’ailleurs René Château se saisira de l’occasion avec sa célèbre collection « Les classiques de l’horreur et de l’épouvante », ce qui renvoie à 2 des plus célèbres exemples en matière de censure cinématographique :
D’abord le cultissime « Zombie » de Romero, qui, après sa présentation en 1978, écopera pendant 4 ans d’un classement « X » pour sa violence extrême, que ce soit d’un point de vue formel (certaines effets de Savini avaient interpelé la commission), ou en ce qui concerne l’idéologie véhiculée, surtout lors de la dernière partie avec les bikers qui font des macchabées leur défouloir… « Zombie » sortira enfin en France début 83(je serai présent au rendez-vous!) ! Le film deviendra culte, en même temps qu'un référence absolue du genre.
Toujours chez René Château, citons le plus célèbre exemple de film iXé dans nos contrées : l’imprésentable « Massacre à la tronçonneuse ». Ce film a d’ailleurs aura une drôle d’histoire sur notre territoire : distribué initialement par la société Luso France, il est d’abord projeté dans nos salles en 1974 sans le moindre visa d’exploitation (ce qui est parfaitement illégal), et sera retiré au bout de quelques jours par la commission de censure qui l’interdira complètement jusqu’à fin 76, avant finalement de le libérer sous label « X » ; le film ne sera cependant pas projeté en salles restreinte par son distributeur suite à un imbroglio judiciaire : « Massacre à la tronçonneuse » avait en effet été racheté par René Château quelques semaines plus tôt (LusoFrance étant censé en avoir perdu les droits, n’ayant pu tenir son engagement d’obtenir un visa d’exploitation pour le film sous 1 an maximum, et auquel il était contractuellement lié). Cela donna lieu à un bras de fer judiciaire qui dura de nombreuses semaines. Finalement la légitimité des droits de diffusion du film furent reconnues à René Château, mais, celui-ci ne souhaitant pas que son film soit labélisé « X » (ce qui représentait un suicide commercial -les films X étant par ailleurs surtaxés- et une atteinte aux qualités réelles de l’œuvre), le présenta à nouveau en commission plénière, et à plusieurs occasions. Finalement, après de nombreux refus de celle-ci pour le « désixer », le film obtint enfin en 1982 un visa qui lui permit d’être distribué en circuit normal, assujettit toutefois d’une interdiction aux moins de 18 ans avec avertissement. Le film est un succès, la légende des frasques de la censure contribuant sans doute largement à sa renommée, indépendamment de ses grandes qualités artistiques… Suite à cela, RC s’empressa quelques semaines plus tard de sortir son titre-phare en VHS et en VF (rappelons que le film avait été déjà édité en VOST depuis plus d’1 an chez le distributeur, dans sa célèbre collection « Les films que vous ne verrez jamais à la télévision », et que plusieurs privilégiés avaient eu la chance de le découvrir quelques mois avant sa sortie ciné).
Nous pourrions aussi citer, dans la même collection, « La chasse sanglante », que René Château présentera en 1981 en VHS et en VOST . Le film, qui est une version modernisée des chasses du conte Zaroff, fut le premier exemple de film à être classé « X » (avril 76). Il sera finalement « libéré » à partir de 1982 et pourra connaître une sortie cinéma (dans un nombre limité de salles cependant) ; un doublage français sera réalisé à cette occasion (RC ressortira le film en VHS avec ce doublage) .
Finalement, au-delà de leur périples, tous ces films « maudits » auront au moins eu la chance, au prix d’une longue bataille, de trouver le chemin des salles « classiques », leur histoire contribuant à leur renommée…. Ce qui ne fut pas hélas le cas de nombreux titres, qui seront purement et simplement interdits de toute sortie sur notre territoire ; tel fut le cas, par exemple, de « La dernière maison sur la gauche » (1er rape and revenge trash) ou « La marque du diable » (édité par RC à l’époque) traitant des sévices infligés pendant l’inquisition… Des films qui n'obtiendront jamais le moindre visa d'exploitation, même "sous X" !

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